Erès - Juillet 2026
« Penser se fait […] dans le rapport du territoire et de la terre » écrivent, en 1991, Gilles Deleuze et Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?). Mais quel est ce territoire que la pensée ne peut éviter d’arpenter au moment même où elle s’exerce ? Quelle est cette terre sur laquelle elle est nécessairement bâtie ? Et comment concevoir ce rapport entre terre et territoire, une fois admis que l’un présuppose l’autre (et réciproquement) ? Si Deleuze et Guattari ont tenté d’apporter des réponses à ces questions à travers leur proposition de « géophilosophie », il ne fait aucun doute que le problème du rapport de la pensée à la terre et au(x) territoire(s) soulevé par ces deux philosophes, non seulement continue de se poser, mais ne cesse de se reposer encore et encore.
Et pour cause, un tel problème au XXIe siècle, revêt une urgence et une acuité inégalées avec la destruction massive, l’altération durable et la transformation en partie irréversible d’innombrables « territoires existentiels » humains et non humains. Ces processus, perçus comme autant de symptômes de dérèglements climatiques et écologiques plus profonds voués à s’aggraver en l’absence de mesure idoines, appellent en effet un renouvellement des pensées du territoire, et plus largement de l’espace, qui soit à la hauteur des enjeux du siècle.
Ce numéro de Chimères se proposera donc de questionner ces nouvelles figures de la terre, des territoires, du globe et du cosmos, en suivant les pistes tracées il y a quelques décennies par les deux tomes de Capitalisme et schizophrénie.
Manola Antonioli (édition) est philosophe, professeur d'esthétique et philosophie de l'art à l'École supérieure d'art et de design de Valenciennes, maître assistant associé à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles, membre du comité de rédaction de la revue Chimères.
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