Rédigé par le secrétaire d’un aristocrate napolitain au cours de l’occupation du royaume de Naples par l’Espagne au XVIIe siècle, ce traité, à destination des lettrés italiens subissant le joug de l’Empire, propose de transfigurer une attitude contingente en vertu morale.
La dissimulation est une ruse nécessaire à la survie de tout individu ou groupe placé sous domination, mais contrevient en principe à l’éthique de vérité qui oblige à ne pas mentir. Pour ne pas se compromettre dans le mensonge, trahissant ainsi ses propres valeurs, ni s’exposer dangereusement à la violence d’un pouvoir tyrannique, le dominé devra apprendre à avancer masqué, afin de distraire et de subjuguer l’ennemi pour mieux le vaincre.
La dissimulation n’est pas le travestissement de la réalité, mais l’art de ne pas laisser voir les choses telles qu’elles sont.
« Dissimuler n’est rien d’autre qu’un voile fait d’ombres honnêtes et de précautions imposées par la contrainte : cela ne produit pas le faux, mais accorde à la vérité quelque repos, afin de la montrer au moment voulu.
Et de même que la nature a voulu que, dans l’ordre de l’univers, il y eût le jour et la nuit, il faut aussi que, dans le cours des actions humaines, il y ait la lumière et l’ombre, c’est-à-dire que l’on agisse ouvertement ou en secret, selon la raison qui règle la vie et les événements qui s’y produisent. »
Loin de s’opposer à la bravoure, la dissimulation honnête, bien qu’elle puisse sembler passive, réclame parfois plus d’efforts que de parler à voix haute ou de révéler ses desseins au grand jour. De plus, elle peut procurer un certain plaisir à celui qui la pratique intelligemment.
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