mercredi 4 novembre 2026

Grégoire Belmont : Vers l'Etat de justice

 Boleine - Novembre 2026


L’État de Droit est aujourd’hui un paradoxe. Il se veut l’expression juridique de la démocratie, mais il confère à des instances non-élues le pouvoir de bloquer les politiques publiques. Il se veut « garantie » contre les dérives autoritaires, mais par son refus de toute finalité, il institue un arbitraire qui s’ignore. Il se veut « État », mais il dilue la société dans les droits individuels. Le principe de cet État, c’est la liberté, mais son fruit, c’est une contrainte grandissante. L’État de Justice, c’est un État de Droit qui a trouvé un sens à son existence. Un État dont le premier devoir est de rendre à chacun ce qui lui revient. Un État qui encourage les citoyens à contribuer au bien commun. Un État qui unit les intérêts de ses membres, et fait de la cité, selon la formule de Cicéron, la « société du droit ». Le principe de cet État, c’est la justice, mais son fruit, c’est la liberté.

Grégoire Belmont est avocat au Barreau de Paris. Ancien président d’une association d’art oratoire, il préside et anime désormais le Cercle Affectio Societatis. Il est le directeur de publication de la Revue de Philosophie du Droit.

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Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, tome 58 : L'invention de la compassion (anthropologie, politique, esthétique)

Georg (Genève) - Octobre 2026


Ce 58e tome des Annales de la Société JeanJacques Rousseau consacre son dossier principal à la compassion dans la pensée de Rousseau, en explorant ses dimensions anthropologiques, esthétiques et politiques. Les contributions interrogent les rapports entre pitié, raison et justice, ainsi que le rôle de la sensibilité dans la formation du jugement moral. Elles examinent également la manière dont la littérature, la musique et les arts éveillent et transmettent la compassion, avant d’en analyser les usages politiques, les dérives et les héritages, de la Révolution française aux débats contemporains. Le volume accueille également la présentation d’une lettre inédite de Milord Maréchal à la comtesse de Boufflers, ainsi qu’une réflexion sur la réception et les déformations de la pensée rousseauiste par l’extrême droite. Il contient aussi une étude consacrée à un herbier réalisé par Rousseau pour l’éditeur Panckoucke (annexe disponible en téléchargement).

Avec les textes de Martin Rueff, Marco Menin, Francesco Boccolari, Céline Spector, Rudy Le Menthéour, Gabrielle Radica, Paolo Quintili (traduit par Fabrice Brandli), Gauthier Ambrus, Michel Delon, Miriam Begliuomini, Martha C. Nussbaum (traduit par Marco Menin et Alexis Tétreault), Patrick Bungener, Timothée Léchot, Beat Bäumler, Nicola Schoenenberger et Martin W. Callmander.



Hubert Prolongeau : Les Frères amis. Élisée & Élie Reclus

 Arthaud - Novembre 2026


Géographe et écrivain merveilleux, précurseur de l’écologie, du végétarisme, du féminisme, de l’anarchisme ou encore de l’union libre, Élisée Reclus (1830-1905) a été à l’aube des mouvements sociétaux les plus actuels.
Son parcours aurait-il été le même sans son double, son frère aîné Élie (1827-1904), tout aussi remarquable journaliste, écrivain, anthropologue, père fondateur de l’idée de coopérative… et à qui le liait une immense amitié ? Se baptisant l’un l’autre « fratrissime », les deux frères Reclus ont bataillé de pair sur tous les fronts. Enfants soumis à l’autorité rigoureuse d’un père pasteur, ils ont étudié ensemble la théologie, fugué, combattu Napoléon III, milité pour la Commune, été francs-maçons et anarchistes, vécu avec leurs épouses en communauté tant à Paris qu’à la campagne.
Raconter cette magnifique fraternité, au sens premier comme au sens figuré, c’est replonger dans une histoire de luttes, d’engagements, d’enthousiasmes, d’amour pour la science. En la retraçant, Hubert Prolongeau déplace subtilement le projecteur et éclaire la plus belle page de la vie d’Élisée Reclus : celle écrite avec son frère ami Élie.

Journaliste, Hubert Prolongeau a publié plusieurs essais et romans, notamment Sans domicile fixe, Américain, américain, Le baiser de Judas, Le curé de Nazaret et La cage aux fous.

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mardi 3 novembre 2026

Catherine Lallemand : La métaphysique

 Ellipses - Novembre 2026



Dans cet ouvrage, les lecteurs trouveront les clés dont ils ont besoin pour aborder la branche de la philosophie nommée « métaphysique » :Le vocabulaire indispensable pour lire les métaphysiciens et suivre leur pensée ;
Les questions incontournables de la métaphysique, traitées sous la forme de dissertations ;
La présentation de doctrines philosophiques critiques de la métaphysique ;
Les principaux textes de référence à connaître pour bien cerner les enjeux de la métaphysique ;
Une récapitulation des points d’accords et de désaccords majeurs entre les différents courants de la métaphysique.

Après l’obtention d’un CAPES de philosophie, Catherine Lallemand enseigne en lycée pendant une quinzaine d’années, puis s’attache à diffuser la philosophie auprès d’un public plus large, en la rendant accessible par le biais d’ouvrages de vulgarisation, de cours particuliers, de cafés-philo, etc.

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Yann Diener : Comment le langage vint aux machines. Enquête sur Ada Lovelace, Grace Hopper et Jean Bartik

 Climats - Novembre 2026


Si les ordinateurs ont été imaginés par des hommes, les premiers langages de programmation ont, eux, été conçus par des femmes. Parce que les hommes pensaient que l'assemblage du matériel, le hardware, était un travail plus sérieux, ils ont confié aux femmes la programmation, le software. En manipulant ainsi câbles, commutateurs et cartes perforées, ces petites mains vont acquérir une connaissance intime des machines et poser les fondements du langage informatique moderne. Parmi elles se trouve Ada Lovelace, qui travaille sur la machine analytique de Charles Babbage et imagine en 1843 le premier programme destiné à être exécuté par cette machine. Au milieu du XXᵉ siècle, la mathématicienne Grace Hopper ouvre à tous la possibilité de dialoguer avec une machine en concevant le premier compilateur, capable de convertir en langage machine des instructions écrites en anglais courant. Enfin, à la même époque, Jean Bartik fait partie des six femmes qui donnent vie à l'ENIAC, le premier ordinateur exploitable commercialement. Longtemps invisibilisé, le rôle de ces femmes est pourtant décisif dans la naissance de l'informatique, puis des grands modèles de langage. À travers leurs parcours mais aussi leurs difficultés, Yann Diener raconte une part méconnue de l'histoire et interroge dans cette enquête psychanalytique le destin du langage humain à l'ère des intelligences artificielles.

Yann Diener, psychanalyste à Paris, a publié LQI : Notre Langue Quotidienne Informatisée (Les Belles Lettres, 2022), La Mâchoire de Freud (Gallimard, 2024) et L'Inconscient inculqué à mon ordinateur (Premier Parallèle, 2025). Il est chroniqueur à Charlie Hebdo.

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André Malraux : La Politique, la culture. Discours, articles, entretiens (1925-1975) - rééd.

Gallimard - octobre 2026 - Folio


L'homme, par le seul fait qu'il existe et qu'il se pense en tant qu'homme, dément la fatalité de sa condition. Ce pouvoir, l'artiste l'affirme avec force, qui non seulement développe sa propre vision du monde, mais sait la faire partager à d'autres ; le grand homme l'affirme également, qui perpétue par l'Histoire ses actes exemplaires.
Dans cette tension qui sans cesse oppose l'homme à la mort apparaît l'unité profonde de la démarche de Malraux : l'action est l'une des formes que revêt cette tension, l'art en est une autre, sans doute plus efficace et plus fondamentale. Armes contre la mort, la politique et la culture sont indissociables - c'est ce que disent les discours, articles et entretiens ici réunis.

Introduction de Janine Mossuz-Lavau

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Thierry Hoquet : La Joconde et ses doubles

 Vrin - Novembre 2026


Que cache « La Joconde » et comment expliquer son extrême popularité? Trop souvent, un sobriquet – « Monna Lisa » – nous empêche d’y penser davantage. Nous croyons tout savoir en prononçant le nom de la dame florentine dont Léonard de Vinci peignit jadis le portrait, il y a cinq cents ans de cela.
Dans cet ouvrage, le philosophe des sciences Thierry Hoquet rouvre la question. Il se demande comment on peut non seulement voir, mais connaître « La Joconde ». Quelles sont les conditions de possibilité de l’établissement d’une vérité de ou sur cette œuvre, si admirée et si controversée à la fois? Devant le célèbre chef-d’œuvre, il ne suffit pas d’ouvrir les yeux pour voir.
« La Joconde » interroge aussi ce que peut la philosophie : s’il est vrai que les philosophes n’ont aucune compétence qui leur est propre, que sera un regard philosophique, que pourra « l’œil du philosophe » face à cette célébrissime icône, que tout le monde reconnaît mais que plus personne ne voit?

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lundi 2 novembre 2026

Marcelo Real : Micropolitiques de la sensation. Analyse de l'inconscient et psychédélie

 Presse du réel - Octobre 2026


La « cure par la parole » ne se limite pas à parler ; elle porte également sur les sensations érogènes d'odeur, de couleur ou de bruit, voire sur l'angoisse, la douleur, le plaisir et même les anesthésies. Mais alors, la psychanalyse – au sens large, sans la limiter au cabinet ni au domaine exclusif des experts – a-t-elle pour but de dominer ou d'éliminer ces événements sensibles ? Vise-t-elle à les produire, ou à en amplifier, à en démultiplier les effets ? À les rendre signifiants, ou à en faire des signes ? En définitive, à quel point les différentes modalités d'analyse de l'inconscient − présentes ou à venir, au sein des institutions et en dehors de celles-ci − permettent-elles de sentir autrement ?
L'analyse en tant qu'exercice critique de la sensibilité engage l'analysant et l'analyste dans un rapport de sensations qui implique paradoxalement l'insensible. Il est notable que les premiers textes freudiens problématisent cette logique de la sensation, pourtant longtemps négligée par une grande partie de la tradition psychanalytique qui privilégie plutôt celle du sens, et en mettent en évidence les nuances, la distinguant ainsi de la métapsychologie de l'affect. C'est précisément dans ce sillon que l'analyse de Lacan – et, toute proportion gardée, la philosophie de Deleuze – relève le pari de construire une esthétique − au sens strict du grec aisthesis (sensation) – non kantienne qui tienne compte de l'inconscient.
Face à la nature éminemment sensible des effets des psychotropes, leur étude s'impose pour explorer ces questions, comme en atteste le phylum remontant depuis les expérimentations de Freud sur la cocaïne jusqu'à la reprise lucide, par Guattari, de la molecular revolution de la Beat Generation. Les expériences psychédéliques – induites par l'ayahuasca, le peyotl, les champignons ou des molécules comme le LSD, la DMT, la mescaline et la psilocybine – se répandent en tant que telles depuis les années 1950 en France, dans les Amériques et ailleurs, dans des usages tantôt dissidents, tantôt réactionnaires. Déployées dans des contextes littéraires, néochamaniques et cliniques nourris d'une certaine conception de l'inconscient, elles relèvent d'une analyse au prisme des intensités maximales, de visions impossibles et de fantasmes aberrants.
Focalisé sur leur versant expérimental radical, ce parcours montre comment, par des moyens spécifiques, la psychanalyse et la psychédélie constituent des pratiques sémiotiques et micropolitiques de rupture du sens commun et de dérèglement des sens, qui bouleversent les rapports entre le sens et les sens, et produisent des mutations plus ou moins permanentes des conditions du sentir.

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Critique n°947 : Cosmopolitiques

 Minuit - Octobre 2026


Comment faire monde sans réduire la pluralité des mondes ?
Longtemps associée à l'idéal d'une humanité réunie par-delà les frontières, la cosmopolitique connaît aujourd'hui de profondes transformations. À l'heure des guerres entre grandes puissances, des bouleversements écologiques et de l'intensification des logiques extractivistes, elle désigne aussi la recherche de formes de coexistence capables d'accueillir des différences irréductibles : entre humains, mais également entre humains et non-humains, savoirs scientifiques et savoirs vernaculaires, cosmologies et manières d'habiter la Terre. De la philosophie à l'anthropologie, de la pensée écologique aux luttes autochtones, ce déplacement ouvre un nouvel espace théorique et politique, en pleine effervescence.
Ce numéro explore les multiples vies d'une notion devenue cruciale pour comprendre comment habiter ensemble un monde qui ne sera jamais un seul monde.

Dossier coordonné par Germana Berlantini et Davide Gallo Lassere.

Sommaire

Jamila Pinheiro Dias : Ailton Krenak et la reforestation du temps
Jeanne Etelain : Les êtres-Terre. Un cosmopolitisme de la divergence
Julien Pallotta : Réflexions sur l'équivocité de l'idée cosmopolitique aujourd'hui
Pierre Sauvêtre : Géopolitique de la lutte des mondes Sarah Vanuxem : Des communs sans communisme
Patrice Maniglier : Faire revenir la politique sur Terre Sophie Gosselin : Contre-récits de l'Anthropocène
Entretien avec Étienne Balibar
Entretien avec Philippe Descola
Entretien avec Isabelle Stengers

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Marie-Laure Léandri, Daniel Metge (dir.) : La question du père

 Erès - Octobre 2026


Comment penser le père aujourd'hui ? Au carrefour d'une fonction, d'un personnage et d'une personne, il reste, malgré sa fin annoncée, un organisateur central de la vie psychique de l'infans. Si le complexe d'oedipe est un moment central du complexe paternel, celui-ci se préfigure dès la naissance de l'enfant, voire dès sa conception. La présence corporelle et relationnelle du père concourt au développement de l'enfant, de façon directe mais aussi dans son lien à la mère. Et ce lien complexe définit des champs d'identifications mutuelles essentielles pour l'enfant.
Les diversités contemporaines des modes de conception ouvrent à de nouvelles questions relatives au rôle paternel et confirment que la question du père se pose, même là où on ne l'attend pas.
Quelle place a, quelle place prend le père auprès du bébé ? Est-on père dès le début de la même façon, à l'identique, d'une fille ou d'un garçon ? Quelles conséquences a le fait de devenir père sur le psychisme de l'homme ? Et le rôle de la mère dans cette construction ?
Telles sont quelques-unes des problématiques que nos auteurs explorent en interrogeant les différentes figures du père que la clinique nous donne à entendre.

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Thibaut Sallenave : Des amitiés ordinaires. Éloge des liens imparfaits

 Editions de l'Aube - Novembre 2026


Pourquoi attendons-nous tant de nos amis?? Nous rêvons l’amitié comme un lien sans faille, fait de confiance, de fidélité et de compréhension. Pourtant, nos amitiés réelles sont rarement à la hauteur de cet idéal. Nous nous décevons, nous nous blessons, nous nous éloignons. Certains amis disparaissent, d’autres nous surprennent. Et les liens que nous pensions indéfectibles se révèlent parfois fragiles. Faut-il pour autant parler d’échec?? En prenant ses distances avec les représentations idéalisées que nous ont léguées la philosophie et la littérature, Thibaut Sallenave explore nos amitiés telles qu’elles sont?: imparfaites, ambiguës, changeantes – et pourtant essentielles. Car c’est peut-être en renonçant à demander à l’amitié d’être parfaite que nous pouvons comprendre ce qui fait véritablement sa valeur. Un essai philosophique sensible sur nos liens, leurs fragilités et la place irremplaçable qu’ils occupent dans nos vies.Thibaut Sallenavenormalien, agrégé et docteur en philosophie, enseigne en classes préparatoires. Il est notamment l’auteur du Petit traité de la ponctualité, Prix lycéen du livre de philosophie 2025, chez le même éditeur.

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dimanche 1 novembre 2026

Michel Guérin : Kant. Servitude et grandeur du transcendantal

 Hermann - Octobre 2026


Quoique synthétique, cet essai ne vise aucunement à présenter dans ses grandes lignes l’ensemble de la philosophie de Kant. Celle-ci est appréhendée à travers la problématique spécifique du transcendantal. Partant de l’hypothèse que ce concept condense l’esprit de la pensée du philosophe, l’auteur s’efforce d’en examiner ce qu’il recèle à la fois d’anticipation décisive et d’obédience plus ou moins assumée à la tradition de la métaphysique.
En portant une attention particulière aux trois Critiques, l’analyse croit pouvoir y déceler autant de hardiesse que de prudence. Car le transcendantal, qui fonde sur l’énergie propre des facultés, par un côté marque la rupture tant avec l’empirisme qu’avec l’innéisme en reconnaissant à l’esprit un pouvoir constituant (dans le domaine théorique), réalisateur (sur le plan pratique), régulateur dès qu’il s’agit des fins. Par l’autre côté, toutefois, il se heurte à une limite génétique : celle-ci n’est autre que la séparation des sensibles et des intelligibles, soit la transcendance dont le point culminant est Dieu.
Qu’il y ait de l’intelligible est une chose ; qu’il emprunte nécessairement le format d’un monde à part en est une autre. C’est proprement à la tension, potentiellement agonale, entre un transcendantal du monde et la transcendance de Dieu, que s’intéresse la présente recherche.

Michel Guérin, est l’auteur de nombreux ouvrages philosophiques s’inscrivant à l’enseigne d’une figurologie. Il a également publié chez Hermann André Leroi-Gourhan, l’Évolution ou la liberté contrainte et Le Signe et la touche (philosophie du toucher).

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Gisèle Chaboudez : Petite préhistoire du rapport sexuel

 Erès - Octobre 2026


Et si l’origine du langage humain était fondamentalement sexuelle ? En s'appuyant sur les découvertes récentes de la préhistoire, cet ouvrage explore comment l'évolution biologique a fait basculer l'humanité de la simple reproduction à l'érotisme continu.
L’évolution des connaissances dans le champ de la préhistoire comporte des faits qui viennent résonner de façon nouvelle avec la conception d’une cause sexuelle du langage. Cette rencontre inattendue a poussé Gisèle Chaboudez à en explorer les termes, à en évaluer les fondements et en esquisser les conséquences.
En cessant de décrire l’activité sexuelle préhistorique comme simplement reproductrice, des préhistoriens changent la donne et ouvrent ce champ à la jouissance spécifique des corps parlants, rejoignant ainsi, sans le savoir, des travaux méconnus de Lacan. Avec le langage, l’Homo sapiens manifeste la jouissance qui résulte de l’interaction du corps et du langage, la représente dans l’art pariétal, lui donne une importance sociale et même sacrée.
Cette préhistoire du rapport sexuel, comme celle du rapport des sexes, intéresse particulièrement notre époque. Or les structures de domination et d'organisation sociale pourraient découler de la façon dont les communautés parlantes répondent au manque structurel du rapport sexuel, pour y suppléer. Que recèle le sexe entre l’homme et la femme pour connaître un destin aussi singulier ? Ce livre offre une grille de lecture anthropologique inédite de nos systèmes de croyances et de pouvoir.

Gisèle Chaboudez est psychiatre, psychanalyste à Paris, membre du bureau d'Espace analytique, rédactrice en chef de Figures de la psychanalyse.

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Jérémy Attard : La connaissance scientifique du monde social

 Matériologiques - Novembre 2026


Les sciences sociales sont-elles, ou peuvent-elles être, des sciences comme les autres ? Cet ouvrage propose de réactualiser le débat sur le monisme et le pluralisme épistémologique en le cadrant à partir des buts épistémiques poursuivis par les diverses disciplines à vocation scientifique : peuvent-elles ou doivent-elles toutes (1) poursuivre les mêmes buts épistémiques, et si oui, (2) être soumises aux mêmes contraintes de justification ?
De ce point de vue, nous dégageons trois positions épistémologiques possibles : une position pluraliste forte considérant que chaque discipline a ses propres buts épistémiques qui dépendent du type d’objets étudiés et ne peuvent donc pas être jugées selon les mêmes critères ; une position moniste forte soutenant que pour être scientifique, une discipline doit poursuivre un ensemble de buts bien déterminés et être jugée selon des critères qui ne dépendent que de ces buts ; et une position intermédiaire, selon laquelle les disciplines à vocation scientifique, et plus particulièrement les sciences sociales ici, peuvent poursuivre les mêmes buts épistémiques que les sciences naturelles (indépendamment de la poursuite éventuelle d’autres buts) et, le cas échéant, doivent être jugées selon les mêmes critères.
Dans cet ouvrage, nous défendons cette dernière position selon un dispositif argumentatif se déployant en trois temps. Après avoir catégorisé les différents arguments classiquement donnés pour soutenir une position pluraliste forte, nous leur opposons des contre-arguments théoriques pour finalement enrichir la défense d’une position moniste intermédiaire par des exemples concrets de courants contemporains en sciences sociales qui, tout en produisant des connaissances scientifiques authentiques sur le monde social, ne semblent pas requérir d’épistémologie drastiquement distincte de celle ayant cours en sciences naturelles.

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samedi 31 octobre 2026

Blaise Bachofen : Jean-Jacques Rousseau. Eléments d'une théorie de la guerre

 PUF - Octobre 2026


Peut-on voir en Rousseau un théoricien de la guerre ? La récente découverte de ses Principes du droit de la guerre invite à relire l’ensemble de son œuvre politique et à y chercher les éléments d’une enquête sur la guerre, qui se révèle beaucoup plus féconde qu’il n’y paraît au premier abord.
Pour Rousseau, la guerre n’a rien d’une relation consentie ou quasi-contractuelle. Elle est une réalité éminemment politique mais ne se laisse pas aisément soumettre au droit, puisqu’elle est une lutte pour l’exercice de la souveraineté, seule instance capable de créer un droit effectif. De là une réflexion profondément originale et toujours actuelle sur la « vie » et la « mort » des corps politiques, qui explique son intérêt pour les guerres insurrectionnelles menées par des « peuples naissants » et qui permet de comprendre les raisons de son scepticisme concernant l’établissement d’un droit des gens et d’une paix perpétuelle.

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Michel Foucault : La Place de l'homme dans la pensée occidentale moderne. Cours de Tunis (1966-1967)

 EHESS/Gallimard/Seuil - Novembre 2026


En 1966-1967, première année de son enseignement à l’université de Tunis, Michel Foucault consacre un cours public à la place de l’homme dans la pensée occidentale moderne. Quelques mois plus tôt, la parution des Mots et les Choses avait suscité de vives controverses en annonçant la « disparition » imminente de l’homme dans les a priori du savoir contemporain.
Pourquoi est-il si difficile de renoncer à l’idée d’homme ? Foucault répond en proposant d’interpréter cette idée comme un « mythe », nécessaire pour que la culture occidentale puisse s’y retrouver malgré l’extraordinaire dispersion de ses manifestations. Il en révèle les motifs et les limites. Il dénoue le paradoxe d’une revendication humaniste qui s’affirme avec d’autant plus de force que ses fondements épistémologiques et culturels commencent à s’effriter. On découvre ainsi un Foucault inédit, « ethnologue » de sa propre culture. Il en explore les lignes de fracture à travers les arts, les sciences, la littérature ou les technologies, et diagnostique l’« universalisation » par le savoir et la colonisation qui conduit toute culture à se définir dans son rapport à l’Occident.
Prononcé dans une Tunisie récemment indépendante, à un moment où les enjeux de cette universalisation croisent ceux de la décolonisation, ce cours invite à relire la critique foucaldienne de l’humanisme à la lumière des tensions intellectuelles et politiques de son temps.

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Jacques Derrida : Être témoin. Séminaire (1993-1994). Secret et témoignage, vol. III

 Seuil - Novembre 2026


Édition établie par Geoffrey Bennington et Peggy Kamuf

Entièrement inédit, ce séminaire poursuit, sous le titre général des « Questions de responsabilité », la problématique du témoignage ouverte en 1992. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que « témoigner » veut dire, mais ce que c’est qu’« être témoin ». C’est ainsi depuis une minutieuse relecture de Être et Temps de Martin Heidegger que Jacques Derrida avance le concept d’attestation. Son analyse reconduit le Dasein (« Être-là ») heideggérien tout entier à sa structure de témoin, jusqu’à la question du Schuldigsein– cet être-en-dette ou être-coupable que Derrida traduit par un mot-valise de son invention, la « culparesponsabilité » – et à celle de l’inquiétante étrangeté, l’Unheimlichkeit, pour laquelle il propose une traduction inédite : « la horde chez soi ».
Que le séminaire s’ouvre par le mot de « porter » donne le ton car Derrida en tire toute la polysémie, du porter témoignage à la portée musicale ou la mère porteuse, en passant par cette traditionnelle mais douteuse dissymétrie – relevée par Freud dans « L’Homme aux rats » puis par Joyce dans Ulysse– entre la supposée certitude sensible de la maternité, et l’hypothèse toujours risquée de la paternité. Dissymétrie que la procréation assistée et le droit du corps mort viennent aujourd’hui déstabiliser plus encore.
Entre lectures de Nietzsche, de Hamlet, ou de Blow-Up d’Antonioni, Derrida témoigne à son tour – jusqu’à cette question qui hante tout le volume : « Serais-je coupable de faux-témoignage ? »

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Didier Fassin : Michel Foucault retrouvé. 16 leçons de philosophie

 Seuil - Novembre 2026


La publication des cours donnés par Michel Foucault au Collège de France a renouvelé la compréhension de son œuvre. En effet, s’y déploient librement sa méthode, son travail critique, son franchissement des frontières disciplinaires, son souci de toujours mettre en cause ce que l’on croit savoir, mais s’y révèlent également ses hésitations, ses obscurités, son humour. Au fil des années, son questionnement se déplace, et l’on passe de la psychiatrie naissante au tribunal des anormaux, de la guerre des races au pouvoir sur la vie, du gouvernement des populations aux écoles du néolibéralisme, des techniques de soi au courage de la vérité, du christianisme au stoïcisme. Prolongement d’une série de podcasts qui a permis, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, de faire entendre sa voix, ce livre propose une sélection d’extraits des cours, présentés et commentés, qui permettent de ressaisir la cohérence et la créativité d’une pensée en mouvement dont la pertinence et l’actualité ne se démentent pas.

Didier Fassin est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines ». Il est notamment l’auteur de L’Exil, toujours recommencé. Chronique de la frontière (Seuil, 2024, avec AnneClaire Defossez), et a récemment publié Ainsi pensait Michel Foucault. Enquête sur une philosophie pour notre temps (La Découverte, 2026).

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