vendredi 15 mai 2026

Bertrand Russell : Propagande officielle et pensée libre

 La découverte - Mai 2026


De graves menaces pèsent sur la liberté de penser : tel était l'avertissement visionnaire lancé dès 1922 par le grand philosophe britannique Bertrand Russell, témoin privilégié de l'essor des techniques modernes de propagande.
Ce texte court et percutant, d'une actualité saisissante, dresse un diagnostic d'une étonnante clairvoyance. La propagande, nouvelle méthode de gouvernement s'emparant des armes forgées par les publicitaires, ne se contente plus d'interdire les positions dissidentes : elle les étouffe par la pression économique, la distorsion et la manipulation des preuves. Elle offre ainsi un avantage indu, sur le terrain des idées, à ceux qui concentrent pouvoir et richesse.
Comment résister à ces assauts contre la démocratie ? Russell mise sur l'éducation, à réformer d'urgence. L'école devrait ainsi enseigner l'" art de lire les journaux " et développer l'esprit critique. À l'ingurgitation passive d'informations, le philosophe oppose la cultivation de l'intelligence, entendue comme authentique capacité de penser et de juger par soi-même. À la crédulité servile, il oppose le doute rationnel, cette attitude libératrice dont il fait l'éloge.
Russell signe ici un véritable manifeste pour la pensée libre – un " anti-Propaganda ", antidote avant la lettre à cet art de la manipulation dont Edward Bernays devait, quelques années plus tard, exposer cyniquement les principes.

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Mathilde Tahar ; Le temps du vivant (avec un tecte de Henri Bergson)

 Vrin - Mai 2026


Le vivant. Les espèces évoluent; l’organisme vieillit; nous parlons d’histoire naturelle comme de mémoire individuelle pour rendre compte de l’imprévisibilité des formes biologiques. Mais que signifie, pour le vivant, de durer? La différence de l’inerte et du vivant se joue aussi et même surtout dans la distinction des modes de temporalisation. Le temps en biologie a en effet un sens qu’il n’a pas en physique : il est synonyme d’inventivité. Durer, pour les espèces comme pour les individus, c’est en effet se transformer de façon singulière, dans des situations toujours uniques. Si la théorie de l’évolution a mis au premier plan la dimension historique du vivant et l’imprévisibilité de ses trajectoires, les conséquences pour la science qui l’étudie, dans ses objets comme dans ses méthodes, doivent encore être évaluées. L’enjeu n’est pas seulement théorique. Parce que la créativité du temps biologique passe par la diversité des rythmes propres à chaque organisme, ce sont également nos pratiques et nos relations avec les autres vivants qu’il convient de repenser.

Mathilde Tahar est agrégée de philosophie et docteure en philosophie de la biologie. Elle est actuellement “Research fellow” à University College London et travaille sur l’agentivité biologique et l’invention comportementale chez l

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Étienne Gilson : Le Thomisme (Œuvres complètes, tome IV)

 Vrin - Mai 2026


« On ne peut enseigner saint Thomas. Car on ne peut l’apprendre, on ne peut que le recommencer. Éternelle jeunesse, perpétuelle fraîcheur d’une source qui ne cesse d’être source à moins de cesser d’exister. »
Nul paradoxe en ces lignes, adressées au P. M.-D. Chenu, par Étienne Gilson en février 1942, l’année même où il met la dernière main à la quatrième édition du Thomisme, bientôt suivie, en 1944, d’une cinquième édition. Et en effet, depuis le tout premier cours, donné à Lille en 1913 et 1914 (Le système de S. Thomas), jusqu’à la dernière édition de 1965 (Introduction à la philosophie de saint Thomas d’Aquin), Gilson n’aura jamais, à la différence de quelques-uns de ses contemporains avec lesquels les relations furent souvent polémiques, enseigné une doctrine. Si dans la Préface, datée de janvier 1964, à la sixième et dernière édition du Thomisme, l’auteur nous apprend que « ce livre fut le compagnon de toute une vie », l’unité d’un tel livre n’en reste pas moins hautement problématique, ce que souligne fortement la même Préface : « Chaque fois que l’on recommence un livre, on obtient un nouveau livre qui suit son ordre propre et complique encore le problème. »
Un premier cours donc, puis six éditions différentes (1919, 1923, 1942, 1944, 1965), non seulement révisées, amplifiées, mais profondément remaniées dans leur économie interne, en 1942 d’abord, en 1965 enfin. Dans le cadre de ce quatrième tome des Œuvres Complètes, il était naturellement exclu de redonner chacune des éditions dont plusieurs chapitres se recoupent : sans donc prétendre proposer ici quelque édition génétique ou historico-critique, nous nous sommes efforcé, en distinguant deux ensembles (celui des trois premières éditions, celui des trois dernières, à partir de 1942), d’éclairer – à travers l’échange des correspondances, la réception critique des comptes rendus, les polémiques ouvertes ou couvertes – les motifs et les étapes de ce perpétuel « recommencement », visant toujours le retour amont, à la quête de la source en sa fraîcheur retrouvée.
Un livre, des livres…? Question abordée par Alain de Libera dans une Postface qui ne se borne pas à retracer quelques étapes de la « réception », mais tend à cartographier d’un côté et de l’autre de l’Atlantique une longue séquence de la recherche en philosophie médiévale où le thomisme gilsonien vient s’inscrire d’un siècle l’autre, en français comme en anglais, entre Paris et Toronto.

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Franco "Bifo" Berardi : Thinking Gaza. An Essay on Ferocity

Semiotext(e) - Mars 2026


A call to imagine a less deadly future, written in the shadow of genocide and “ferocious optimism.”

After Gaza, it is time to recognize that the attempt to humanize history has failed, and that there will not be a second try. It is time to recognize that the experiment called “civilization” has failed… The abyss is wide open and we cannot help but see it. We must gaze into the abyss, we must gauge the breadth and depth of the abyss. We must draw a map of the abyss, while precipitously falling into it.

“Thinking after Gaza” means recognizing the collapse of universal reason and democracy, the humanistic values that were the famed—and fragile—promise of modernity. But it also means searching for ways to escape the grim future awaiting those born in this disenchanted century: this century that promises to be the last, in which thought has lost all political power and the survival instinct struggles to withstand the ferocity of techno-military extermination machines. To the generation born in the twilight of Western civilization, we owe this last act of thinking, so as to imagine the desertion of our barbaric present, along pathways that have yet to be illuminated.

The latest essay by renowned Italian autonomist theorist Franco “Bifo” Berardi, Thinking After Gaza is a reflection on the multivalent consequences—political, philosophical, civilizational—of the current genocide in Gaza and the West Bank. Bearing sober witness to the conditions on the ground in the Occupied Territories, while tracking the “ferocious optimism” that has replaced Enlightenment ideals, this book is addressed not only to activists but also to pacifist philosophers, historians, and theologians.

Franco Berardi, aka “Bifo,” founder of the famous Radio Alice in Bologna and an important figure of the Italian Autonomia movement, is a writer, philosopher, and media activist. He teaches at the Accademia di Brera, Milan.


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Inflexions, 2026/1, n° 62 : Sans mentir

 Armée de terre - Mai 2026


« Ne mentez pas ! » nous admonestent à l’unisson morales et éthiques, les premières ramenant l’existence à des valeurs transcendantales, donc à Dieu, alors que les secondes, à suivre Spinoza, définissent des modes d’existence immanents, ou pour le dire autrement d’adéquation au milieu, notamment social. Reste que dans les deux cas, mentir est mal pour les uns, mauvais pour les autres, à la fois mal et mauvais pour ceux, nombreux, dont l’éthique est nourrie de morale. C’est entendu, mentir est hors la loi des dieux comme des hommes. Qui oserait en effet revendiquer le mensonge comme art de vivre sinon à susciter l’opprobre collective et à s’attirer les foudres d’une société fondée sur un indispensable socle d’honnêteté qu’induit un « vouloir vivre ensemble » ? Pourtant… la mauvaise foi est une seconde nature chez l’homme, nombre de petits arrangements sont d’indispensables composants du ciment social, le droit de la guerre reconnaît la licéité du mensonge destiné à ruser pour gagner, les infox, la confusion croissante entre mensonge et vérité ainsi que la post-vérité sont notre quotidien. Le nez de Pinocchio s’allonge. Et il paraît que même Dieu ment ! Dans ce nouveau numéro Inflexions vous propose de réfléchir à ce qu’est mentir.

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Emmanuel Alloa : Le contemporain, l'intempestif et l'imminent – Petits arrangements avec une époque

 Presses du réel - Mai 2026


L'époque contemporaine a substitué au futur – horizon ultime de la modernité – la promesse d'une expérience à jamais conjuguée au présent. Mais à force de vouloir être de son temps et de rester en phase avec l'actualité, l'actuel a pris le pas sur le possible. Le régime présentiste du contemporain nous a paradoxalement enfermés dans un hors-temps qui nous prive de recul et nous rend aveugles à ce qui peut advenir.
Ce livre explore les contre-temps de notre époque : ses désynchronisations et ses écarts, dont l'art révèle aujourd'hui toute la nécessité. À travers neuf portraits d'artistes contemporains aux pratiques hétérogènes – photographie, dessin, film, performance, installation – se dessine une interrogation commune : comment toucher à ce qui (nous) arrive ?

Emmanuel Alloa est professeur d'esthétique et de philosophie de l'art à l'Université de Fribourg. Aux Presses du réel, il dirige les collections Perceptions, Esthétique:critique et co-dirige la collection Médias/Théories.

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mercredi 13 mai 2026

L'amorce n°3 / 2026. Revue contre le spécisme

 Eliott - Mai 2026


Née en 2018 d’un collectif de philosophes, sociologues, intellectuelles et militantes, L’Amorce est la principale revue francophone consacrée à l’étude du spécisme, la discrimination arbitraire selon l’espèce. Elle s’adresse à celles et ceux qui souhaitent comprendre les mécanismes de domination qui en découlent et agir pour un monde plus juste pour tous les animaux, humains inclus.
Dans ce troisième numéro, retrouvez des entrevues avec la bédéiste Rosa B., la politologue Réjane Sénac et le créateur de podcast Victor Duran-Le Peuch. Lisez des textes de Sue Donaldson, la coautrice de Zoopolis, de David Olivier et Yves Bonnardel, initiateurs des Cahiers antispécistes, et découvrez les analyses des philosophes François Jaquet et Virginie Simoneau-Gilbert. L’Amorce, c’est aussi des recensions de livres et des réponses articulées aux thèses spécistes, en l’occurrence celles de Francis Wolff et de Michel Onfray.
Le dossier du numéro s’attaque à l’idée de Nature, souvent utilisée pour justifier le spécisme et d’autres formes de domination. En explorant les liens entre écologisme, antispécisme et justice sociale, ce numéro propose une réflexion critique originale sur les discours qui naturalisent les inégalités et les violences envers les animaux.

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Alexis Anne-Braun : Galaxie du personnel

 Othello - Mai 2026


A chaque fois qu'on lui demande ce qu'il fait, Alexis éprouve une gêne passagère. Comment expliquer à quelqu’un ce que l’on fait dans la vie et de sa vie ? Cette question est embarrassante pour tout le monde, mais singulièrement pour un philosophe, dans un contexte politique dramatique.

Une série d'accidents administratifs déclenche chez lui un retour sur sa trajectoire d'enseignant-chercheur. Ce texte intime évoque le vertige de l'intellectuel partagé entre ses différentes vies, passant au scalpel les procédures de recrutement, le flou des statuts, les pratiques de lecture et d'écriture, les contrats avec les pairs, avec les étudiants, avec les lecteurs...– jusque dans leurs conséquences les plus matérielles : l’ennui, la fatigue, la faim, le désir, la lutte de chaque instant mener contre le sentiment de son inutilité. Partagé en trois moments, « Parler », « Chercher » et « Écrire », ce récit fait le lien entre le langage codé de l’académie et les rituels hébraïques, entre Roland Barthes et Maggie Nelson, entre la culture pop et Anne Carson. C’est un texte qui prend le mot d’autothéorie à la lettre : à la fois écriture de soi et drame de la théorie.

Alexis-Anne Braun a 36 ans. Enseignant en esthétique et en philosophie de l'art à l'ENS, il est l'auteur de trois romans : "L'Approximation des choses" (un voyage d'été de Séoul à Busan), "Ce qu'il aurait fallu dire" (l'arrivée d'un jeune prof de philo dans un lycée en Picardie), et "Le Grand Contournement" (une lutte collective contre un projet d’aménagement autoroutier hébergée sur les terres d'un château en Alsace).

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Benjamin Simmenauer : Tendance(s). Mythologies de la mode et autres engouements passagers

 Les Léonides - Mai 2026


Est-ce que je commande un matcha parce que j’aime vraiment ça, ou suis-je influencé par le matraquage de la fameuse boisson verte sur les réseaux ou dans tout quartier branché qui se respecte ? Il y a plus d’un siècle, déjà, Edward Sapir définissait la mode comme un comportement à la croisée de la coutume et de l’engouement, oscillant entre habitus ancré dans les mœurs et marque de distinction d’une élite – les modes, même fugaces, ne sont pas de simples caprices, et recèlent leur lot de complexité et de nuance.Du Labubu au chocolat de Dubaï en passant par la fièvre Ozempic, Benjamin Simmenauer brosse les mythologies de notre siècle et décortique leurs implications éthiques et philosophiques. Aux côtés de La Bruyère, Descola et les autres, le chercheur s’interroge : pourquoi les hommes politiques s’habillent-ils tous pareil quand bien même leurs idées sont aux antipodes ? Comment les Instagrammeurs sont devenus les Eisenstein de notre époque, prêts à tout pour provoquer une émotion à leurs followers ? Par quel mystère le pari pascalien s’applique-t-il si bien à Kim Kardashian ? Et, surtout, pourquoi aime-t-on tant détester la mode, tout en nous empressant de la suivre ?

Benjamin Simmenauer est docteur en philosophie, professeur et directeur de la recherche à l’Institut français de la Mode.

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Jean-Pierre Bréchet : Bref traité du savoir méthodique. Fondements et règles du dialogue avec le monde

 Matériologiques - Avril 2026


Un dialogue avec le monde est au fondement du savoir humain. La maîtrise de ce dialogue implique une méthode car connaître est un acte qui respecte des règles. Ce bref traité vise la compréhension et l’appropriation des fondements de cette méthode. Dans ce souci de médiation, il propose de courtes propositions qualifiées de vraies. Le lecteur pourra les considérer comme contestables ou acceptables. S’il les accepte, quelques conclusions s’imposent :
1/ L’acte de connaître est un acte de dialogue avec le monde qui respecte des règles, celles de l’inscription du connaître dans l’existence.
2/ Les règles du dialogue avec le monde sont l’expression de la contextualisation de la connaissance dans les conditions de sa genèse. L’expression langagière et conceptuelle doit en rendre compte.
3/ L’acte de connaître est un acte perceptif, interprétatif et observationnel qui fonde une connaissance toujours partielle, partiale et parcellaire. Ainsi s’affirme l’essence ternaire du dialogue avec le monde que recouvre l’agir humain dans les sphères liées du faire à proprement parler et du connaître en tant qu’acte.

Jean-Pierre Bréchet est professeur émérite à l’Université de Nantes, chercheur dans le domaine des théories de l’action et de l’épistémologie dans une perspective transdisciplinaire. Il a notamment publié Le Dialogue avec le monde. Le défi de régulation de la connaissance et de l’action (Editions Matériologiques, 2022).

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lundi 11 mai 2026

Paul-Antoine Miquel : Philosopher avec les sciences. Le problème de la vie

 Ellipses - Mai 2026


Cet ouvrage se donne d’abord comme objectif méthodologique de philosopher avec les sciences, plutôt que de traiter celles-ci comme si elles étaient déjà constituées, et comme si finalement la philosophie ne servait à rien dans leur constitution. Cela suppose d’abord que la philosophie est une réflexion qui ne se construit qu’en se nourrissant de sa relation avec d’autres disciplines, ce dont toute son histoire atteste en réalité. Ensuite, nous défendons la thèse qu’il n’existe pas d’hypothèse scientifique libre de toute relation avec la philosophie. C’est une absurdité à nos yeux, malheureusement fondatrice d’un courant de pensée encore très puissant aujourd’hui. Enfin, si tel est le cas, la réflexion philosophique ne joue pas un simple rôle d’analyse du travail de la science. Elle intervient dans son champ.
Nous croyons que tel est le cas en biologie. Il existe depuis sa naissance ce que nous appelons des schèmes conceptuels qui accompagnent les hypothèses essentiellement expérimentales que cette discipline développe. Le plus célèbre est celui de la machine. Nous allons montrer dans ce livre comment les trois différents sens qu’on peut lui donner correspondent aussi à trois étapes majeures dans le développement de cette discipline. Enfin nous indiquerons aussi pourquoi il est aujourd’hui un obstacle au développement d’une biologie véritablement théorique qui viserait à expliquer la vie, plutôt que telle ou telle propriété du vivant.

Paul-Antoine Miquel est professeur de philosophie contemporaine à l’Université de Toulouse Jean Jaurès. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur la question de la vie.

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Dork Zabunyan, Elie During (dir.) : Deleuze en douze figures. Bréviaire des personnages conceptuels

 De l'incidence - Mai 2026


Ils et elles sont philosophes, écrivains, poètes, psychanalystes, historiens de l’art, réalisateurs, critiques de cinéma, et parfois tout cela à la fois. Treize voix en tout, pour un hommage d’un genre inhabituel. L’idée est simple : à l’occasion du centenaire de Gilles Deleuze (1925-1995), remettre en scène, non pas ses principales propositions théoriques, mais quelques-uns des « personnages conceptuels » qui parsèment son œuvre et qui distinguent son style si singulier. Quitte à en créer, au besoin, de nouveaux. Ces personnages deleuziens, on les compte par dizaines au fil des livres et des entretiens, dans des registres savants ou populaires, graves ou comiques : l’Idiot, le Nomade, l’Épuisé, le Schizo, le Voyant, Zarathoustra, Bartleby, Alice… pour ne citer qu’eux. Chacun performe à sa manière des mouvements de pensée qui sont aussi des circulations d’affects spécifiques. Deleuze préconisait en effet une « méthode dramatique » en philosophie. L’introduction de nouvelles perspectives pour la pensée réclame un « théâtre spécial », et donc des personnages. Ceux-ci ne se contentent pas de personnifier des idées abstraites, à la manière de symboles ou d’allégories. Leur fonction est d’intensifier les enjeux, de les dramatiser en révélant des lignes de force, des lignes de fuite, ainsi que des zones de danger qui sollicitent l’imagination autant que la raison. Les contributions réunies dans ce volume prolongent le travail inventif du philosophe en évoquant librement douze figures : du personnage du Personnage, qui fixe le thème général, à la référence ambivalente à l’Enfant, en passant par le Coureur, l’Indien, le Christ, la Larve ou le Cinéphile… Il y est question bien entendu de philosophie (au pas de course), de création artistique (cinéma, peinture, poésie), de modes de subjectivation atypiques, mais également de ce qui, dans nos temps crépusculaires, oblige à une discipline de vigilance accrue et de pensée aux limites de ce qui est identifiable et même nommable. Méditations, souvenirs de lecture, saynètes pittoresques, exercices de ventriloquie : dans des registres variés, chaque texte s’appuie sur une image (tableau, photographie, photogramme…) et dessine à sa façon un parcours personnel et vivant au sein de l’œuvre foisonnante d’un des penseurs les plus créatifs du 20e siècle. Deleuze en douze figures tient à la fois du bréviaire et de l’imagier : cet album de vignettes ou de miscellanées philosophiques servira aussi d’introduction concrète à tous ceux qu’intrigue une œuvre aussi intimidante que séduisante, et dont les effets débordent les formats universitaires de la philosophie. 

Textes de Judith Abensour, Claire Allouche, Patrice Blouin, Antoine de Baecque, Élie During, Jérôme Game, Tristan Garcia, Sophie Mendelsohn, Mathieu Potte-Bonneville, Bertrand Prévost, Émilie Notéris, Dork Zabunyan, Pierre Zaoui. Avec le soutien du Centre Pompidou et de la Bibliothèque Nationale de France, ainsi que des Universités Paris 8 – Vincennes-Saint Denis et Paris Nanterre.

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Peter Schöttler : Marc Bloch. Une biographie intellectuelle

 Gallimard - Mai 2026


Spécialiste du Moyen Âge européen, fondateur des Annales d'histoire économique et sociale - une revue devenue le porte-étendard du renouveau de la pratique historienne au XXᵉ siècle -, combattant de la Première Guerre mondiale, engagé volontaire dans l'armée en 1939, figure de la Résistance, mort en martyr sous les balles de la Gestapo en juin 1944 : Marc Bloch, l'un des historiens les plus connus et les plus cités au monde, est un symbole d'intelligence et de probité autant que d'engagement. Un "grand homme", dans toute la plénitude de l'expression. Celui dont le propre fils, Étienne Bloch, disait la biographie " impossible " demeure néanmoins, à bien des égards, un mystère. À distance de toutes les tentatives visant à l'accaparer ou à le mettre au goût du jour, ce portrait intellectuel complet, riche et nuancé, s'attache à reconstituer et à replacer dans leur contexte le parcours, le style et la pensée d'un savant chez lequel théorie et pratique ont été, jusqu'à la dernière heure, étroitement unies.

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dimanche 10 mai 2026

Claude Buffier : Éléments de métaphysique

 Vrin - Mai 2026


Claude Buffier (1661-1737) publie en 1725 les Éléments de métaphysique à la portée de tout le monde. Faut-il voir dans ce dialogue entre Eugène, esprit mondain, et Téandre, philosophe expérimenté, un simple exposé de son Traité des premières vérités de 1724 à destination des novices? Certes, la métaphysique est cette science qu’il s’agit de rendre accessible au plus grand nombre, mais elle est aussi redéfinie par Buffier comme l’exactitude dans l’usage de notre pensée. Ceux qui, comme Eugène, n’ont pour eux que le sens commun, feraient au fond de la philosophie sans le savoir. Cette édition critique – la première à confronter le texte de 1725 avec la version remaniée que Buffier fera paraître en 1732 – est précédée d’une longue introduction et suivie de trois annexes qui éclairent plusieurs enjeux de l’ouvrage.

Édition, présentation et notes par L. Rouquayrol.

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Buffon : Discours sur le style

 Allia - Avril 2026


En 1753, Buffon est reçu à l’Académie Française. Il y prononce un discours qui fera date. Le secret : rester clair et précis. Trouver l’équilibre entre le fond et la forme. “Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans les pensées.”
Mais le véritable style ne réside pas que dans la perfection de la langue. Apprendre à le reconnaître, c’est surtout cultiver son esprit critique. Buffon nous apprend à démasquer cette éloquence factice conçue pour persuader les foules. “Un ton véhément et pathétique, des gestes expressifs et fréquents, des paroles rapides et sonnantes” : voilà les armes des tribuns et des manipulateurs.
Lumineuse leçon d’écriture et de lecture, le Discours sur le style est un remède pour se prémunir de tous les discours creux et des falsificateurs du langage.

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Alexander Pope : Essai sur l'homme. Suivi de Héloïse à Abélard

 Les Belles lettres - Mai 2026


Alexander Pope écrivit l’Essai sur l’homme en 1734. Dans des vers harmonieux, d’une densité souvent admirable, il nous propose, plutôt qu’une méditation philosophique, une sorte de roman sur l’homme, roman animé par un optimisme fervent. Voltaire vit en ce poème didactique « le plus sublime qu’on ait jamais fait ». Kant l’admira. De même Rousseau, Montesquieu, Diderot. Plus que son contenu philosophique, c’est sa tonalité enthousiaste, son empressement à persuader l’homme d’un bonheur possible, son déisme consolateur, qui marquèrent son temps, celui des Lumières naissantes.
Certes, Voltaire, après l’avoir encensé, l’attaqua non sans virulence, opposant à son optimisme, comme à celui de Leibniz, le désastre de Lisbonne. De leur côté, un Lessing ou un Moses Mendelssohn lui contestèrent le sérieux métaphysique, tandis que les tenants de l’orthodoxie religieuse fustigeaient son déisme.
Aujourd’hui, son roman de l’homme nous apparaît plus romanesque que jamais, et sa cosmologie bien obsolète. Quant à sa démonstration que la vertu seule assure le bonheur, nous y voyons d’abord un voeu pieux. Mais nous pouvons encore saluer dans l’Essai sur l’homme une belle tentative d’embrasser l’ensemble de la condition humaine et de donner aux humains des raisons d’espérer. Byron, dont le romantisme transgresseur aurait pu mépriser cette oeuvre, l’admirait au contraire par-dessus tout, et qualifiait Pope de « plus grand poète moral de tous les temps, de tous les climats, de tous les sentiments et de tous les stades de l’existence. »

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Frédéric Lebaron : Le capital linguistique. Une sociologie du langage

 CNRS Editions - Avril 2026


Comment expliquer la diversité des formes du langage, invariant d’Homo sapiens et principale ressource de la vie en société ? À la lumière des multiples disciplines qui ont contribué à éclairer le développement des langues depuis un siècle, ce livre propose un effort théorique nouveau pour unifier les sciences sociales autour du langage. Il invite à analyser les interactions les plus ordinaires à partir des normes incorporées par tout un chacun, sans nier leur potentialité créatrice. Il nous renseigne sur les liens entre variations langagières, inégalités (de classe, de genre, de champs) et ensemble des facteurs sociodémographiques différenciant les individus et les groupes. Le capital linguistiqueest ainsi plus ou moins source de profit, de la salle de classe au système international où les 7 000 langues planétaires se voient implicitement hiérarchisées.
De la dimension cognitive du langage aux rapports entre langues et cultures, en passant par la production des normes et leurs enjeux de pouvoir, ou encore les modes d’expression non langagiers, Frédéric Lebaron offre une synthèse rare des savoirs sur le langage en même temps qu’un essai critique original.

Frédéric Lebaron est sociologue, professeur à l'École normale supérieure Paris-Saclay et chercheur à l'IDHE.S (Institutions et dynamiques historiques de l'économie et de la société). Il est spécialiste de sociologie économique, de sociologie politique et de méthodologie des sciences sociales. Il a publié en 2020 Savoir et agir. Chroniques de conjoncture (2007-2020) aux éditions du Croquant.

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samedi 9 mai 2026

Critique, n°946 : Exposer la nature

 Minuit - Mai 2026


Des cabinets de curiosités et ménageries royales aux parcs zoologiques et réserves naturelles, l’exposition de la nature a connu de nombreuses formes. Si elle traduit une volonté d’éduquer et de divertir, elle est aussi une démonstration de pouvoir, par laquelle l’Autre, étrange ou étranger, se trouve exhibé, transformé en spectacle. Longtemps, les institutions de la nature exposée ont ainsi contribué à légitimer, de part et d’autre des barreaux, la séparation entre humains et non-humains. Devant la nature encagée, se renforçait par contraste le sentiment de la liberté humaine.
Aujourd’hui, les zoos modernes ont pour mission de simuler des espaces naturels et de sensibiliser aux extinctions et à la conservation des espèces menacées. De même, les musées anthropologiques réévaluent la frontière entre nature et culture, révélant la violence des collectes coloniales. Ce dossier met en lumière leur ambiguïté : entre héritages historiques débattus, émerveillement devant la diversité des vivants et urgence écologique.

Nélia DIAS : « Entre conservation et extinction. Collections vivantes, collection du vivant »
Anne LAFONT : « 1933. L’avifaune africaine et le musée colonial »
Aurélie DARBOURET : « Rencontrer les géants des mers, une enquête liquide et embarquée »
Frédéric KECK : « Quand les animaux s’exposent »
Guillaume BLANC : « De la terre, du pouvoir et des hommes »
Entretien avec Guillaume BLANC : « Parler de nature revient toujours à parler d'humains »
Pierre VINCLAIR : « Les possibilités du poème »
Laurent JENNY : « De la photographie à la post-photographie »
Jean-Loup BOURGET : « Les singuliers nocturnes de Wright of Derby »
Thierry HOQUET : « L.D.T. Le langage de Donald Trump »

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