jeudi 5 novembre 2026

Vladimir Jankélévitch : La musique ou le mystère de l'instant

 Bouquins - Novembre 2026


Les textes essentiels sur la musique de Vladimir Jankélévitch réunis pour la première fois en un volume.

Aux yeux de Vladimir Jankélévitch, les frontières entre philosophie et musique sont floues, et il les franchit avec curiosité et allégresse pour en explorer la " double complication, génératrice de problèmes métaphysiques et de problèmes moraux, et bien faite pour entretenir notre perplexité ". Environ un tiers de son œuvre est consacré à l'art musical.
Écouter, jouer la musique (il était lui-même un interprète de haut niveau), c'est alors pour Jankélévitch articuler l'expression de sa philosophie : celle du battement de cœur.
Ainsi la musique donne-t-elle à ses textes et à sa voix le charme d'une harmonique du discours raffinée et non moins puissante, qu'il s'agisse du mystère d'ambiguïté chez Fauré, de la lucidité clairement consciente chez Ravel, de la profondeur paradoxale chez Liszt, ou d'un Debussy qui " donne une voix aux choses les plus impondérables ". Lorsqu'il évoque Satie, Rimski-Korsakov et Chopin à l'aune des moments du jour (le matin, le midi et le nocturne), la plénitude sonore d'Albéniz, l'ineffable sonorité de Déodat de Séverac, ou la " fête de la présence absente " chez Mompou, mais aussi Louis Aubert, Manuel de Falla, Joaquín Nin, Béla Bartók et Rachmaninov, c'est toujours au même émerveillement que nous convie ce philosophe du temps: celui d'un art de la " durée enchantée ", toujours insaisissable, sinon dans une " apparition disparaissante ".

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Jacques-Henri Vollet : Sûr et certain ? Pourquoi savoir ne suffit pas

 Eliott - Novembre 2026


Introduction partisane à la philosophie de la connaissance, cet essai présente de manière pédagogique et critique les principales théories de la connaissance (scepticisme, infaillibilisme dogmatique, contextualisme, empiétement pragmatique, faillibilisme, infallibilisme non-dogmatique, etc.). Il discute ces théories populaires à la lumière des débats les plus contemporains et défend avec rigueur des thèses modestes qui se veulent en accord avec la perspective du sens commun et de la tradition : la connaissance est possible ; elle n’implique aucune forme de dogmatisme ou d’intolérance ; elle ne repose que sur des considérations relatives à la vérité, comme des preuves ou des données, et elle donc indépendante des facteurs pratiques (raisons ou intérêts). Rejeter ces intuitions préthéoriques constitue à l’évidence un coût théorique très important qu’une théorie philosophique satisfaisante se doit d’éviter dans la mesure du possible. La profonde originalité de cet essai tient à la manière dont il défend cette perspective sur la connaissance. Il diagnostique les difficultés redoutables rencontrées par les principales théories de la connaissance actuellement discutées dans le fait qu’elles présupposent toutes un concept inadéquat de certitude. Dans ces théories, la certitude est tantôt confondue avec le savoir, tantôt identifiée à un idéal inatteignable. Cet essai propose une théorie alternative de la certitude, d’après laquelle la certitude, et non le savoir, est sensible au contexte pratique. La certitude est ainsi distinguée du savoir mais rendue ordinairement accessible.

Certifié en philosophie et docteur de l’université de Genève (Suisse), spécialisé en philosophie de la connaissance, Jacques-Henri Vollet est actuellement ingénieur-chercheur au Collège de France, rattaché à la chaire de Métaphysique et Philosophie de la Connaissance. Il enseigne depuis plusieurs années la philosophie de la connaissance à l’université Paris-Est Créteil (UPEC). Il a publié de nombreux articles dans des revues internationales de premier plan.

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Marie Laureillard, Isabelle Charrier (dir.) : Le Goût du noir. Perceptions, formes, imaginaires artistiques

 Hémisphères - Novembre 2026


Le noir est certainement la plus insaisissable des couleurs. Il en est d’une certaine façon la négation, la soustraction radicale, alors que le blanc, à l’opposé du spectre, est la synthèse de toutes. Notion ambivalente, il fut longtemps chargé d’idées négatives en Occident, à l’inverse de l’Asie orientale, où il peut être considéré comme la couleur reine.
Le mettre en lumière est précisément l’objectif de ce livre, dont les textes ici rassemblés abordent le noir sous tous les angles–esthétique, anthropologique, scientifique, sémiotique –, laissant une large place à la parole des artistes et à l’iconographie. Il invite à explorer la richesse conceptuelle de la notion de noir et la multiplicité des enjeux qu’elle ouvre dans l’étude de l’image, de l’écriture, du texte, des formes mixtes, et, à travers plusieurs études de cas, à réfléchir à l’évolution de l’esthétique du noir et à ses prolongements dans des arts très contemporains (installation, art vidéo, bande dessinée), en intégrant le regard des praticiens eux-mêmes.

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Jean-Claude Milner : Alentours du nom juif

 Verdier - Novembre 2026


Ce recueil porte sur le nom juif, mais il n’en traite pas directement. Il se tient aux alentours. Protestant, puis athée, Jean-Claude Milner ignora longtemps ce que c’est que d’être nommé juif. De quel droit peut-il en écrire aujourd’hui ? À cet égard, deux rencontres devaient être mentionnées : Benny Lévy et Claude Lanzmann. L’un, par sa parole et la Torah, l’autre, par ses films et les camps de la mort, ont fait entendre et voir à leur témoin ce qu’il y a de réel dans le nom juif.
Les textes ici rassemblés s’étendent de 2005 à 2025. Ils couvrent ainsi deux périodes : jusqu’au 7 octobre 2023, la haine antijuive se vouait à la clandestinité en Occident ; aujourd’hui, elle s’exprime à voix haute et sans masque. Chacune de ces deux postures est analysée pour elle-même, à la lumière de quelques cas révélateurs. Est analysé aussi l’événement dont ce retournement témoigne : le retour des persécutions.

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Revue des études italiennes 2026 – 1, n° 7 : Des humains aux terrestres. Pour un nouveau récit du vivant

 Classiques Garnier - Novembre 2026


Davide Luglio, « Avant-propos » - Carla Benedetti, « La "République des terrestres". Les raisons d'un projet » - Francesco Zizola, « Hybris. Immagine, percezione e responsabilità nell'epoca dell'Antropocene » - Federico Luisetti, « Per una geocultura pluriversale » - Mario Carparelli, « Un philosophe "terrestre" du xviie siècle. Giulio Cesare Vanini » - Antonio Moresco, « Quattro preghierine per i terrestri » - Davide Luglio, « Méta-manifeste des arts terrestres » - Elena Casetta, « Premiers pas vers une révision du concept d'environnement à l'époque de la crise écologique » - Alessandro Fiorillo, « Visioni telluriche. Antropocene, resistenza, politiche partigiane » - Stefania Achella, « Co-habiter l'Anthropocène. Plaidoyer pour un récit terrestre » - Marguerite Bordry, « Écrire l'Anthropocène depuis les marges de la littérature italienne du xixe siècle » - Lucia della Fontana « "Al dio degli orti piacendo". Semis et symbioses chez Michele Mari et Laura Pugno » - Davide Faranda, « ClimaMeter - comprendere gli eventi estremi nel clima che cambia. Il caso del ciclone mediterraneo Harry »

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Sciences Humaines, 2026/HS34 n° 34 : Montaigne. Pour moi donc j'aime la vie

 Sciences humaines - Novembre 2026


Dans un XVIe siècle marqué par des bouleversements majeurs, bousculé aussi bien par les guerres de Religion que par la découverte du Nouveau Monde, Montaigne anticipe toutes les inventions modernes, au premier rang desquelles les sciences humaines. Par ses réflexions proto-laïques, relativistes ou même antispécistes, il ouvre la voie aussi bien aux Lumières qu’à la philosophie moderne, la psychologie ou l’anthropologie.

mercredi 4 novembre 2026

Grégoire Belmont : Vers l'Etat de justice

 Boleine - Novembre 2026


L’État de Droit est aujourd’hui un paradoxe. Il se veut l’expression juridique de la démocratie, mais il confère à des instances non-élues le pouvoir de bloquer les politiques publiques. Il se veut « garantie » contre les dérives autoritaires, mais par son refus de toute finalité, il institue un arbitraire qui s’ignore. Il se veut « État », mais il dilue la société dans les droits individuels. Le principe de cet État, c’est la liberté, mais son fruit, c’est une contrainte grandissante. L’État de Justice, c’est un État de Droit qui a trouvé un sens à son existence. Un État dont le premier devoir est de rendre à chacun ce qui lui revient. Un État qui encourage les citoyens à contribuer au bien commun. Un État qui unit les intérêts de ses membres, et fait de la cité, selon la formule de Cicéron, la « société du droit ». Le principe de cet État, c’est la justice, mais son fruit, c’est la liberté.

Grégoire Belmont est avocat au Barreau de Paris. Ancien président d’une association d’art oratoire, il préside et anime désormais le Cercle Affectio Societatis. Il est le directeur de publication de la Revue de Philosophie du Droit.

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Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, tome 58 : L'invention de la compassion (anthropologie, politique, esthétique)

Georg (Genève) - Octobre 2026


Ce 58e tome des Annales de la Société JeanJacques Rousseau consacre son dossier principal à la compassion dans la pensée de Rousseau, en explorant ses dimensions anthropologiques, esthétiques et politiques. Les contributions interrogent les rapports entre pitié, raison et justice, ainsi que le rôle de la sensibilité dans la formation du jugement moral. Elles examinent également la manière dont la littérature, la musique et les arts éveillent et transmettent la compassion, avant d’en analyser les usages politiques, les dérives et les héritages, de la Révolution française aux débats contemporains. Le volume accueille également la présentation d’une lettre inédite de Milord Maréchal à la comtesse de Boufflers, ainsi qu’une réflexion sur la réception et les déformations de la pensée rousseauiste par l’extrême droite. Il contient aussi une étude consacrée à un herbier réalisé par Rousseau pour l’éditeur Panckoucke (annexe disponible en téléchargement).

Avec les textes de Martin Rueff, Marco Menin, Francesco Boccolari, Céline Spector, Rudy Le Menthéour, Gabrielle Radica, Paolo Quintili (traduit par Fabrice Brandli), Gauthier Ambrus, Michel Delon, Miriam Begliuomini, Martha C. Nussbaum (traduit par Marco Menin et Alexis Tétreault), Patrick Bungener, Timothée Léchot, Beat Bäumler, Nicola Schoenenberger et Martin W. Callmander.



Hubert Prolongeau : Les Frères amis. Élisée & Élie Reclus

 Arthaud - Novembre 2026


Géographe et écrivain merveilleux, précurseur de l’écologie, du végétarisme, du féminisme, de l’anarchisme ou encore de l’union libre, Élisée Reclus (1830-1905) a été à l’aube des mouvements sociétaux les plus actuels.
Son parcours aurait-il été le même sans son double, son frère aîné Élie (1827-1904), tout aussi remarquable journaliste, écrivain, anthropologue, père fondateur de l’idée de coopérative… et à qui le liait une immense amitié ? Se baptisant l’un l’autre « fratrissime », les deux frères Reclus ont bataillé de pair sur tous les fronts. Enfants soumis à l’autorité rigoureuse d’un père pasteur, ils ont étudié ensemble la théologie, fugué, combattu Napoléon III, milité pour la Commune, été francs-maçons et anarchistes, vécu avec leurs épouses en communauté tant à Paris qu’à la campagne.
Raconter cette magnifique fraternité, au sens premier comme au sens figuré, c’est replonger dans une histoire de luttes, d’engagements, d’enthousiasmes, d’amour pour la science. En la retraçant, Hubert Prolongeau déplace subtilement le projecteur et éclaire la plus belle page de la vie d’Élisée Reclus : celle écrite avec son frère ami Élie.

Journaliste, Hubert Prolongeau a publié plusieurs essais et romans, notamment Sans domicile fixe, Américain, américain, Le baiser de Judas, Le curé de Nazaret et La cage aux fous.

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mardi 3 novembre 2026

Catherine Lallemand : La métaphysique

 Ellipses - Novembre 2026



Dans cet ouvrage, les lecteurs trouveront les clés dont ils ont besoin pour aborder la branche de la philosophie nommée « métaphysique » :Le vocabulaire indispensable pour lire les métaphysiciens et suivre leur pensée ;
Les questions incontournables de la métaphysique, traitées sous la forme de dissertations ;
La présentation de doctrines philosophiques critiques de la métaphysique ;
Les principaux textes de référence à connaître pour bien cerner les enjeux de la métaphysique ;
Une récapitulation des points d’accords et de désaccords majeurs entre les différents courants de la métaphysique.

Après l’obtention d’un CAPES de philosophie, Catherine Lallemand enseigne en lycée pendant une quinzaine d’années, puis s’attache à diffuser la philosophie auprès d’un public plus large, en la rendant accessible par le biais d’ouvrages de vulgarisation, de cours particuliers, de cafés-philo, etc.

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Yann Diener : Comment le langage vint aux machines. Enquête sur Ada Lovelace, Grace Hopper et Jean Bartik

 Climats - Novembre 2026


Si les ordinateurs ont été imaginés par des hommes, les premiers langages de programmation ont, eux, été conçus par des femmes. Parce que les hommes pensaient que l'assemblage du matériel, le hardware, était un travail plus sérieux, ils ont confié aux femmes la programmation, le software. En manipulant ainsi câbles, commutateurs et cartes perforées, ces petites mains vont acquérir une connaissance intime des machines et poser les fondements du langage informatique moderne. Parmi elles se trouve Ada Lovelace, qui travaille sur la machine analytique de Charles Babbage et imagine en 1843 le premier programme destiné à être exécuté par cette machine. Au milieu du XXᵉ siècle, la mathématicienne Grace Hopper ouvre à tous la possibilité de dialoguer avec une machine en concevant le premier compilateur, capable de convertir en langage machine des instructions écrites en anglais courant. Enfin, à la même époque, Jean Bartik fait partie des six femmes qui donnent vie à l'ENIAC, le premier ordinateur exploitable commercialement. Longtemps invisibilisé, le rôle de ces femmes est pourtant décisif dans la naissance de l'informatique, puis des grands modèles de langage. À travers leurs parcours mais aussi leurs difficultés, Yann Diener raconte une part méconnue de l'histoire et interroge dans cette enquête psychanalytique le destin du langage humain à l'ère des intelligences artificielles.

Yann Diener, psychanalyste à Paris, a publié LQI : Notre Langue Quotidienne Informatisée (Les Belles Lettres, 2022), La Mâchoire de Freud (Gallimard, 2024) et L'Inconscient inculqué à mon ordinateur (Premier Parallèle, 2025). Il est chroniqueur à Charlie Hebdo.

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André Malraux : La Politique, la culture. Discours, articles, entretiens (1925-1975) - rééd.

Gallimard - octobre 2026 - Folio


L'homme, par le seul fait qu'il existe et qu'il se pense en tant qu'homme, dément la fatalité de sa condition. Ce pouvoir, l'artiste l'affirme avec force, qui non seulement développe sa propre vision du monde, mais sait la faire partager à d'autres ; le grand homme l'affirme également, qui perpétue par l'Histoire ses actes exemplaires.
Dans cette tension qui sans cesse oppose l'homme à la mort apparaît l'unité profonde de la démarche de Malraux : l'action est l'une des formes que revêt cette tension, l'art en est une autre, sans doute plus efficace et plus fondamentale. Armes contre la mort, la politique et la culture sont indissociables - c'est ce que disent les discours, articles et entretiens ici réunis.

Introduction de Janine Mossuz-Lavau

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Thierry Hoquet : La Joconde et ses doubles

 Vrin - Novembre 2026


Que cache « La Joconde » et comment expliquer son extrême popularité? Trop souvent, un sobriquet – « Monna Lisa » – nous empêche d’y penser davantage. Nous croyons tout savoir en prononçant le nom de la dame florentine dont Léonard de Vinci peignit jadis le portrait, il y a cinq cents ans de cela.
Dans cet ouvrage, le philosophe des sciences Thierry Hoquet rouvre la question. Il se demande comment on peut non seulement voir, mais connaître « La Joconde ». Quelles sont les conditions de possibilité de l’établissement d’une vérité de ou sur cette œuvre, si admirée et si controversée à la fois? Devant le célèbre chef-d’œuvre, il ne suffit pas d’ouvrir les yeux pour voir.
« La Joconde » interroge aussi ce que peut la philosophie : s’il est vrai que les philosophes n’ont aucune compétence qui leur est propre, que sera un regard philosophique, que pourra « l’œil du philosophe » face à cette célébrissime icône, que tout le monde reconnaît mais que plus personne ne voit?

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lundi 2 novembre 2026

Marcelo Real : Micropolitiques de la sensation. Analyse de l'inconscient et psychédélie

 Presse du réel - Octobre 2026


La « cure par la parole » ne se limite pas à parler ; elle porte également sur les sensations érogènes d'odeur, de couleur ou de bruit, voire sur l'angoisse, la douleur, le plaisir et même les anesthésies. Mais alors, la psychanalyse – au sens large, sans la limiter au cabinet ni au domaine exclusif des experts – a-t-elle pour but de dominer ou d'éliminer ces événements sensibles ? Vise-t-elle à les produire, ou à en amplifier, à en démultiplier les effets ? À les rendre signifiants, ou à en faire des signes ? En définitive, à quel point les différentes modalités d'analyse de l'inconscient − présentes ou à venir, au sein des institutions et en dehors de celles-ci − permettent-elles de sentir autrement ?
L'analyse en tant qu'exercice critique de la sensibilité engage l'analysant et l'analyste dans un rapport de sensations qui implique paradoxalement l'insensible. Il est notable que les premiers textes freudiens problématisent cette logique de la sensation, pourtant longtemps négligée par une grande partie de la tradition psychanalytique qui privilégie plutôt celle du sens, et en mettent en évidence les nuances, la distinguant ainsi de la métapsychologie de l'affect. C'est précisément dans ce sillon que l'analyse de Lacan – et, toute proportion gardée, la philosophie de Deleuze – relève le pari de construire une esthétique − au sens strict du grec aisthesis (sensation) – non kantienne qui tienne compte de l'inconscient.
Face à la nature éminemment sensible des effets des psychotropes, leur étude s'impose pour explorer ces questions, comme en atteste le phylum remontant depuis les expérimentations de Freud sur la cocaïne jusqu'à la reprise lucide, par Guattari, de la molecular revolution de la Beat Generation. Les expériences psychédéliques – induites par l'ayahuasca, le peyotl, les champignons ou des molécules comme le LSD, la DMT, la mescaline et la psilocybine – se répandent en tant que telles depuis les années 1950 en France, dans les Amériques et ailleurs, dans des usages tantôt dissidents, tantôt réactionnaires. Déployées dans des contextes littéraires, néochamaniques et cliniques nourris d'une certaine conception de l'inconscient, elles relèvent d'une analyse au prisme des intensités maximales, de visions impossibles et de fantasmes aberrants.
Focalisé sur leur versant expérimental radical, ce parcours montre comment, par des moyens spécifiques, la psychanalyse et la psychédélie constituent des pratiques sémiotiques et micropolitiques de rupture du sens commun et de dérèglement des sens, qui bouleversent les rapports entre le sens et les sens, et produisent des mutations plus ou moins permanentes des conditions du sentir.

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Critique n°947 : Cosmopolitiques

 Minuit - Octobre 2026


Comment faire monde sans réduire la pluralité des mondes ?
Longtemps associée à l'idéal d'une humanité réunie par-delà les frontières, la cosmopolitique connaît aujourd'hui de profondes transformations. À l'heure des guerres entre grandes puissances, des bouleversements écologiques et de l'intensification des logiques extractivistes, elle désigne aussi la recherche de formes de coexistence capables d'accueillir des différences irréductibles : entre humains, mais également entre humains et non-humains, savoirs scientifiques et savoirs vernaculaires, cosmologies et manières d'habiter la Terre. De la philosophie à l'anthropologie, de la pensée écologique aux luttes autochtones, ce déplacement ouvre un nouvel espace théorique et politique, en pleine effervescence.
Ce numéro explore les multiples vies d'une notion devenue cruciale pour comprendre comment habiter ensemble un monde qui ne sera jamais un seul monde.

Dossier coordonné par Germana Berlantini et Davide Gallo Lassere.

Sommaire

Jamila Pinheiro Dias : Ailton Krenak et la reforestation du temps
Jeanne Etelain : Les êtres-Terre. Un cosmopolitisme de la divergence
Julien Pallotta : Réflexions sur l'équivocité de l'idée cosmopolitique aujourd'hui
Pierre Sauvêtre : Géopolitique de la lutte des mondes Sarah Vanuxem : Des communs sans communisme
Patrice Maniglier : Faire revenir la politique sur Terre Sophie Gosselin : Contre-récits de l'Anthropocène
Entretien avec Étienne Balibar
Entretien avec Philippe Descola
Entretien avec Isabelle Stengers

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Marie-Laure Léandri, Daniel Metge (dir.) : La question du père

 Erès - Octobre 2026


Comment penser le père aujourd'hui ? Au carrefour d'une fonction, d'un personnage et d'une personne, il reste, malgré sa fin annoncée, un organisateur central de la vie psychique de l'infans. Si le complexe d'oedipe est un moment central du complexe paternel, celui-ci se préfigure dès la naissance de l'enfant, voire dès sa conception. La présence corporelle et relationnelle du père concourt au développement de l'enfant, de façon directe mais aussi dans son lien à la mère. Et ce lien complexe définit des champs d'identifications mutuelles essentielles pour l'enfant.
Les diversités contemporaines des modes de conception ouvrent à de nouvelles questions relatives au rôle paternel et confirment que la question du père se pose, même là où on ne l'attend pas.
Quelle place a, quelle place prend le père auprès du bébé ? Est-on père dès le début de la même façon, à l'identique, d'une fille ou d'un garçon ? Quelles conséquences a le fait de devenir père sur le psychisme de l'homme ? Et le rôle de la mère dans cette construction ?
Telles sont quelques-unes des problématiques que nos auteurs explorent en interrogeant les différentes figures du père que la clinique nous donne à entendre.

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Thibaut Sallenave : Des amitiés ordinaires. Éloge des liens imparfaits

 Editions de l'Aube - Novembre 2026


Pourquoi attendons-nous tant de nos amis?? Nous rêvons l’amitié comme un lien sans faille, fait de confiance, de fidélité et de compréhension. Pourtant, nos amitiés réelles sont rarement à la hauteur de cet idéal. Nous nous décevons, nous nous blessons, nous nous éloignons. Certains amis disparaissent, d’autres nous surprennent. Et les liens que nous pensions indéfectibles se révèlent parfois fragiles. Faut-il pour autant parler d’échec?? En prenant ses distances avec les représentations idéalisées que nous ont léguées la philosophie et la littérature, Thibaut Sallenave explore nos amitiés telles qu’elles sont?: imparfaites, ambiguës, changeantes – et pourtant essentielles. Car c’est peut-être en renonçant à demander à l’amitié d’être parfaite que nous pouvons comprendre ce qui fait véritablement sa valeur. Un essai philosophique sensible sur nos liens, leurs fragilités et la place irremplaçable qu’ils occupent dans nos vies.Thibaut Sallenavenormalien, agrégé et docteur en philosophie, enseigne en classes préparatoires. Il est notamment l’auteur du Petit traité de la ponctualité, Prix lycéen du livre de philosophie 2025, chez le même éditeur.

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dimanche 1 novembre 2026

Michel Guérin : Kant. Servitude et grandeur du transcendantal

 Hermann - Octobre 2026


Quoique synthétique, cet essai ne vise aucunement à présenter dans ses grandes lignes l’ensemble de la philosophie de Kant. Celle-ci est appréhendée à travers la problématique spécifique du transcendantal. Partant de l’hypothèse que ce concept condense l’esprit de la pensée du philosophe, l’auteur s’efforce d’en examiner ce qu’il recèle à la fois d’anticipation décisive et d’obédience plus ou moins assumée à la tradition de la métaphysique.
En portant une attention particulière aux trois Critiques, l’analyse croit pouvoir y déceler autant de hardiesse que de prudence. Car le transcendantal, qui fonde sur l’énergie propre des facultés, par un côté marque la rupture tant avec l’empirisme qu’avec l’innéisme en reconnaissant à l’esprit un pouvoir constituant (dans le domaine théorique), réalisateur (sur le plan pratique), régulateur dès qu’il s’agit des fins. Par l’autre côté, toutefois, il se heurte à une limite génétique : celle-ci n’est autre que la séparation des sensibles et des intelligibles, soit la transcendance dont le point culminant est Dieu.
Qu’il y ait de l’intelligible est une chose ; qu’il emprunte nécessairement le format d’un monde à part en est une autre. C’est proprement à la tension, potentiellement agonale, entre un transcendantal du monde et la transcendance de Dieu, que s’intéresse la présente recherche.

Michel Guérin, est l’auteur de nombreux ouvrages philosophiques s’inscrivant à l’enseigne d’une figurologie. Il a également publié chez Hermann André Leroi-Gourhan, l’Évolution ou la liberté contrainte et Le Signe et la touche (philosophie du toucher).

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