lundi 9 février 2026

Eric Dagiral : Quantified self

 Ecole des Mines - Février 2026


Dormir mieux, marcher davantage, manger plus sainement, optimiser sa productivité, surveiller son rythme cardiaque ou encore anticiper une maladie : les promesses du Quantified Self, ce mouvement qui valorise le recours aux données personnelles pour se connaître et se transformer, se sont diffusées bien au-delà de ses pionniers technophiles. À partir d'une enquête sociologique approfondie, ce livre propose une lecture critique de ces pratiques de quantification de soi. Que fait-on vraiment des données collectées ? Quels savoirs produit-on sur soi à travers capteurs, applications et tableaux de bord ? Quels régimes de vérité, de responsabilité et de normalité s'y construisent ? Entre quête de maîtrise de soi et injonctions à l'auto-optimisation, entre autonomie proclamée et pilotage algorithmique, le Quantified Self interroge en profondeur notre rapport au corps, à la santé, au temps, et à la performance.

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Camille Dejardin : Introduction à la pensée de Nietzsche

 Ellipses - Février 2026


De jeune philologue prometteur à « immoraliste » incompris de son vivant, Nietzsche a-t-il accompli son souhait de « couper l’histoire en deux » ? Sa pensée, servie par une plume brillante mais retorse, requiert d’être « ruminée » et fut sujette à des récupérations funestes. Aujourd’hui appréhendée plus indépendamment des idéologies, elle révèle une approche du réel radicalement anti-métaphysique qui tranche avec toute la tradition : plus d’Idées ni d’absolu chez Nietzsche, mais une réhabilitation des instincts, de l’évolution, du travail des affects et des conflits latents qui façonnent la vie. Plus de vérité, de norme éternelle ni même de concepts proprement dits, mais des valeurs qui reflètent des besoins vitaux autant qu’elles les entretiennent. Plus de certitudes, mais des problèmes qui transforment notre appréhension de l’existence, avec une dimension toujours interprétative et créatrice.
Ce nouveau livre sur Nietzsche, proposant plusieurs parcours de lecture, entend compléter ou précéder les études préexistantes en rendant accessibles les traits saillants de sa philosophie tout en s’attachant à démystifier les préjugés et les formules devenues des clichés. Car, si Nietzsche est célèbre, il n’en est pas moins souvent malmené. Or, se familiariser avec lui, c’est saisir quel tournant l’histoire intellectuelle a pris à la fin du XIXe siècle, ouvrant la voie à nos tours de pensée actuels sans pourtant perdre de sa puissance subversive. C’est aussi et surtout découvrir un monument de la philosophie, stimulant et souvent féroce, dont les idées iconoclastes ne peuvent que laisser leur lecteur transformé.

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Hélène Trespeuch : Kandinsky et l'image photographique. De la culture visuelle d'un artiste devenu pionnier de l'art abstrait

 Les Presses du Réel - Février 2026


Une étude inédite sur le rapport qu'a entretenu Vassily Kandinsky, pionnier de l'art abstrait, avec l'image photographique.Cet essai pose un nouveau regard sur Vassily Kandinsky : en explorant sa culture visuelle nourrie par l'image photographique, cette étude met en évidence certaines des interrogations et pratiques communes au monde de l'art de la première moitié du XXe siècle. S'appuyant sur des archives de l'artiste peu ou jamais étudiées, l'ouvrage propose également plusieurs traductions inédites en français.
S'interroger sur le rapport que ce pionnier de l'art abstrait a entretenu avec l'image photographique peut, de prime abord, sembler incongru : l'art non figuratif s'éloigne volontairement des formes du monde perçu alors que la photographie les enregistre. Pour autant, cet essai rappelle qu'un artiste, quelles que soient ses orientations plastiques, demeure attentif à son environnement. Kandinsky ne fait pas exception : il fut un artiste extrêmement curieux des images photographiques, notamment celles imprimées dans les magazines en plein essor dans l'entre-deux-guerres. Certes, il n'a été ni un grand photographe, ni un adepte de la modernité photographique, cependant il a envisagé avec une remarquable acuité la photographie comme un outil. Il a rêvé pendant un temps que celle-ci lui permette d'enregistrer des images de ses pensées picturales ; il l'a utilisée pour promouvoir son œuvre et diffuser ses conceptions artistiques ; il a en outre collecté de nombreuses images photographiques pour son enseignement au Bauhaus. Il était ainsi pleinement de son temps.

Hélène Trespeuch est professeure d'histoire de l'art contemporain à l'université Bordeaux-Montaigne. Ses travaux portent tout à la fois sur les mécanismes d'écriture de l'histoire de l'art, sur les images imprimées, sur l'exposition et son catalogue, etc. Elle a fondé et codirige la revue numérique exPosition. Elle est la commissaire associée de l'exposition Kandinsky face aux images au LaM (Villeneuve d'Ascq) en 2026, qui se fonde en partie sur ses recherches présentées dans Kandinsky et l'image photographique.

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Jean-Louis Chrétien : Fragilité

 Minuit - Février 2026


Les Grecs anciens, méditant la condition humaine, voyaient dans la faiblesse, le manque ou le dérobement de la force un de ses traits essentiels. Les Latins introduiront la fragilité, la possibilité de se briser, parfois tout à coup et de façon imprévisible. Ce « lieu commun » de notre compréhension de nous-mêmes parcourt tous les domaines, de la philosophie à la poésie, du roman à la peinture ou à l’histoire. Bien que nul ne l’ignore, chaque homme le découvre en acte avec une sorte de saisissement et d’effroi.
Ce livre en décrit d’abord les figures variées : le dénuement du nourrisson, les matières fragiles (verre, argile, bulle de savon), la fêlure invisible qui soudain produit la catastrophe, ou enfin la poétique des ruines.
Il y va dans un second temps du concept même de fragilité, de Sénèque à Kant en passant par saint Augustin, qui donnera à la fragilité un sens moral que la modernité tentera d’écarter.
Le livre s’achève sur la fragilité de la voix humaine, qu’un rien peut briser, qui pourtant dit le sens qui ne périt pas et que l’homme se transmet, en le renouvelant, d’une génération à l’autre.

Jean-Louis Chrétien est né en 1952 à Paris. Professeur de philosophie à la Sorbonne, il a publié entre 1985 et 2017 une trentaine d’ouvrages de philosophie, de théologie et de poésie. Il est mort en juin 2019.

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Denis Clerc : Les économistes non-conformistes en France au XIXe siècle

 Les Petits matins - Janvier 2026


Dans une France en pleine révolution industrielle, entre les chantres du libéralisme économique et les rêveurs d’utopies, une troisième voie a tenté de se frayer un chemin : celle des économistes non-conformistes. Ni marginaux ni dogmatiques, ils ont été les premiers à dénoncer la misère ouvrière, les journées de travail interminables et l’absence de protection sociale.
Ce livre retrace leur trajectoire, analyse leurs propositions et interroge les raisons de leur occultation. Exclus des sphères de pouvoir intellectuel et divisés entre eux, ces penseurs n’ont jamais pu constituer une véritable école. Pourtant, nombre de leurs idées – réduction du temps de travail, protection contre le chômage… – s’imposeront plusieurs décennies plus tard.
En revisitant ces figures méconnues – parmi lesquelles Jean de Sismondi et Louis Blanc, mais aussi une dizaine d’autres restées dans l’ombre –, cet ouvrage éclaire une histoire alternative de l’économie, guidée par une exigence de justice sociale et par la volonté de corriger les déséquilibres du capitalisme naissant.

Denis Clerc est le fondateur du magazine Alternatives économiques. Depuis de nombreuses années, il s'attache à rendre l'économie accessible à un large public, et défend une approche critique et engagée de la discipline.

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dimanche 8 février 2026

Emmanuel Carré : Avoir question à tout. Anthropologie communicationnelle d’une crise sanitaire

 L'Harmattan - Février 2026


Pourquoi avons-nous accepté de signer une auto-attestation pendant la crise sanitaire de 2020 ? Comment la peur s’est-elle propagée au point de justifier un conditionnement social sans précédent ? Comment comprendre l’enchaînement des décisions prises à l’échelle individuelle et collective qui continuent à marquer nos modes de communication ?
Emmanuel Carré propose une analyse communicationnelle rigoureuse de cette période en relisant les auteurs des sciences de l’information et de la communication, de la psychologie sociale et de l’anthropologie. Une préface documentée de Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, complète ce décryptage des processus systémiques à l’œuvre.
Avoir question à tout : une posture nécessaire pour comprendre les fondements et les enjeux de la communication et du pouvoir à l’ère numérique et pour cultiver un esprit critique plus que jamais nécessaire.

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Joëlle Hansel, Michel Olivier (dir.) : De Bergson à Levinas. Le "sens de l'humain"

 PU de Paris-Nanterre - Mars 2026


Le « sens de l’humain » est-il le thème autour duquel s’articulent les interrogations propres aux philosophes français du xxe siècle ? Est-il, pour eux, un point d’ancrage ou une pierre d’achoppement ? Telles sont les questions directrices de cet ouvrage collectif, fruit d’un dialogue entre des spécialistes européens, américains et israéliens de Levinas, Bergson, Lyotard, Jankélévitch, Sartre, Derrida, Foucault, Deleuze et Blanchot. Ils les abordent sous l’angle de la philosophie et de la phénoménologie, de l’anthropologie, du Talmud et de la philosophie juive, de la psychanalyse, de la littérature et de l’éthique du soin. La question du « sens de l’humain » fait aussi l’objet d’un entretien exclusif avec Corinne Enaudeau, fille de Lyotard et spécialiste de son œuvre.
Si Levinas et Jankélévitch ont affirmé, au nom de l’éthique, le primat du « sens de l’humain », ce privilège a été contesté par Derrida, Foucault et Deleuze. Comme Sartre et Lyotard, ils lui ont opposé les conditions extérieures qui pèsent sur l’humain. Faut-il pour autant accepter la fin ainsi proclamée de l’humanisme face au spectacle de l’inhumain ? Penser le « sens de l’humain » en un xxe siècle qui fut marqué par des tragédies sans nom, n’est-ce pas faire la part du « dés-humain » et de « l’in-humain » ?

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Claudel Madéni, Quérini Nicolas, Landenne Quentin, Frémont Matthieu (dir.) : Bildung: Figures d'un idéal moderne intempestif

‎ Publications des Facultés universitaires Saint-Louis - Février 2026


Alors que les études portant sur la Bildung abordent d’ordinaire isolément les théories des auteurs de cette période, il convient aujourd’hui d’entreprendre une comparaison systématique des philosophies de la Bildung dans la philosophie classique allemande (Herder, Mendelssohn, Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Schiller, Schleiermacher, Goethe, Humboldt) qui puisse se construire autour de différents axes thématiques, où s’expriment des tensions entre des pôles opposés portant sur sa vocation émancipatrice et les modalités de sa fonction transformatrice. Mais outre ce travail de reconstruction historique et systématique, il faut aussi pouvoir montrer jusqu’à quel point l’idéal moderne de la Bildung est encore actuel dans ses ressources conceptuelles et normatives, d’une part en le mettant à l’épreuve des reprises critiques dont il a pu faire l’objet depuis la fin du XIXe siècle, et d’autre part en le confrontant à certains enjeux politico-éducatifs contemporains. Ce qu’il faudra interroger et problématiser, c’est plus généralement le sens même de l’inactualité inévitable et tout à la fois d’une actualité possible d’une idée philosophique qui s’est développée dans une époque et un contexte qui ne sont plus les nôtres et qui pourtant continue à faire sentir son influence, sa pertinence et ses effets dans les représentations, les discours et les pratiques. C’est à ce double travail de reconstruction historico-systématique de la philosophie moderne de la Bildung et de mise à l’épreuve de sa pertinence actuelle que se consacre le volume intitulé « Bildung. Figures d’un idéal moderne et intempestif. / Bildung. Figures of a Modern and Inactual Ideal ».

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Jacques Derrida : Le monolinguisme de l'autre

 Gallimard - Février 2026 - Folio essais


« Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. » C’est par cet aveu déconcertant que Jacques Derrida ouvre Le monolinguisme de l’autre. Livre hybride, il renferme à la fois un essai de philosophie du langage et un témoignage de l’auteur sur l’acculturation qu’il a vécue durant son enfance en Algérie française.
Dans ce récit, Derrida fait état des facteurs psychologiques parfois contradictoires dont est investi le sujet colonisé, tiraillé entre le désir de renouer avec une langue d’origine « perdue » et l’ambition de maîtriser celle du colonisateur. En comparant sa trajectoire avec celles d’autres penseurs bilingues, notamment ashkénazes, il met également au jour la singularité culturelle, linguistique et historique de la diaspora juive sépharade.
Retraçant la construction de son identité par le langage, Derrida revient par la même occasion sur un passé colonial que la France peine à exorciser, et offre un texte d’une rare fécondité sur les questions de l’occidentalisme, de l’ethnocentrisme et de la décolonisation.

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Vivek Chibber : La matrice des classes sociales. La théorie sociale après le "tournant culturel"

 Agone - Février 2026


Suivant la logique du marxisme classique, on devait conclure que l'organisation de la classe ouvrière depuis le XIXe siècle conduirait inexorablement au renversement du système capitaliste. Pourquoi cela ne s'est-il pas produit ? Comment le capitalisme survit-il ? Qu'est-ce qui limite l'existence d'une résistance collective ? Selon les penseurs critiques de l'après-guerre, la théorie matérialiste des classes n'avait pas les moyens de répondre à la question. Dans les années 1970, le « tournant culturel » a inversé la perspective marxiste : pour expliquer et prédire les comportements des acteurs sociaux, cette nouvelle théorie impute un pouvoir bien plus important à la culture, au langage et à l'identité (la « superstructure ») qu'à la structure sociale (l'« infrastructure »). Si nous avons gagné quelques éléments de réponse théorique, nous n'avons pas gagné en réponse pratique, c'est-à-dire en termes de lutte contre la domination du capital à l'heure de l'anthropocène. Face au néolibéralisme mondialisé, qui creuse les inégalités en matière de richesse et de pouvoir, Vivek Chibber est convaincu qu’il faut revitaliser les réflexions matérialistes négligées par le « tournant culturel », mais dont il faut tenir compte des acquis. Chibber s'engage donc dans une fusion des bases du matérialisme et des idées les plus fécondes de la théorie culturelle. Il apporte ainsi une pierre essentielle à la théorie sociale en montrant qu'il est possible d'intégrer les principaux arguments du tournant culturel dans un cadre matérialiste solide. Tout en montrant qu’est possible une théorie de la structure et de la constitution en classe qui repose sur des fondements « matérialistes » identifiables, Chibber montre comment la culture joue un rôle central dans de nombreuses sphères pour étudier ces questions. Il revient ainsi sur les notions d'« agentivité sociale » et de « contingence » pour tester ce qui résiste de l’universalité des propriétés structurelles du capitalisme. Ainsi, plutôt que d'opposer les courants qui ont permis d'analyser les rapports de domination de la société capitaliste, Chibber en tire le meilleur.

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César Chesnau Du Marsais : Le Philosophe, et autres textes philosophiques clandestins

 Hypatia Logoi - Février 2026


César Chesnau Du Marsais [1676-1756], philosophe matérialiste, et prolifique collaborateur de l’Encyclopédie de Denis Diderot, compte parmi les premiers penseurs radicaux des Lumières. Son œuvre, qui touche à la fois à la grammaire et à la philosophie, a joué un rôle important au siècle des Lumières. Malgré cela, il n’existe à ce jour aucune monographie consacrée à ce penseur, et ses œuvres, notamment ses écrits philosophiques clandestins, restent méconnus.

Sont ici rassemblés :Le Philosophe, œuvre clandestine très prisée à l’époque, et qui a été réutilisé dans l’Encyclopédie pour l’article devant présenter au monde le portrait idéal de l’homme éclairé.
Les Réflexions sur l’existence de l’âme et sur l’existence de Dieu soulèvent quelques objections contre l’existence d’une âme distincte du corps et d’un Dieu transcendant.
L’Analyse de la Religion Chrétienne est une œuvre inspirée par la critique biblique de Spinoza et qui tente de montrer le peu de crédit que l’on doit accorder aux Écritures.
De la Raison est une courte synthèse sur la doctrine empiriste de la connaissance telle que la concevait le philosophe grammairien.
Les articles de l’Encyclopédie (Éducation, Caractère, Expérience, Abstraction) offrent quelques aspects de la conception de la connaissance et du langage chez Du Marsais.

Cette édition est accompagnée d’annotations, d’une bibliographie, et d’une introduction consacrée à l’œuvre et à la doctrine de César Chesnau Du Marsais, permettant d’inscrire son œuvre dans les débats de son temps.

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vendredi 6 février 2026

Marie-Claire Guerin-Lacroute : L'intime, ressource du soin

 Erès - Janvier 2026


Imprévisible, imprescriptible, non quantifiable, l’intime ne se laisse pas appréhender par les critères de la médecine scientifique. Mais sans l’intime, peut-on réellement prendre soin ?
L’auteure, médecin gériatre, propose à travers des récits de rencontres, éclairés par des repères philosophiques, une réflexion sur l’intime comme une ressource majeure du soin. Elle décrit son surgissement et ses manifestations en le distinguant de l’intimité. À partir de situations qui le convoquent avec force, elle analyse la relation fondamentale qu’il entretient avec le langage.
À l’heure de l’intégration de l’intelligence artificielle en médecine, cet ouvrage fait valoir comment l’intime maintient et promeut l’humain dans le soin. Les soignants y sont invités à développer leur disposition à le reconnaître et à l’accueillir mais aussi à appréhender comment, en retour, il les mobilise et les modèle.

Marie-Claire Guerin-Lacroute est praticienne hospitalière en gériatrie, à l'unité mobile de gériatrie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, titulaire d'un Master en Éthique clinique.

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Elise Marrou : Wittgenstein

 Les Belles Lettres - Février 2026 - Figures du savoir


Ludwig Wittgenstein (1889-1951) a grandi dans la Vienne fin de siècle et rejoint l’Angleterre pour poursuivre ses études d’aéronautique. Il est ensuite passé à la philosophie sous la pression de questions liées à la logique et aux fondements des mathématiques. C’est en effet en butant sur des problèmes précis que, selon lui, on entre en philosophie et non par la progression sereine d’un travail académique. Des premiers carnets de guerre jusqu’aux dernières remarques portant sur la certitude, Wittgenstein affronte sans relâche des séries de problèmes qu’il décape et reformule. Philosophe avant tout ventriloque, il part de voix anciennes, de celle de Platon en particulier, pour traiter les difficiles questions du « suivi de la règle » ou de la chimère d’un « langage privé » ou encore de l’autorité singulière de la bouche qui dit « je ».
Ce volume se propose de présenter la méthode des « jeux de langage », la modélisation qui y préside, afin de saisir le fil directeur de la thérapie qui se déploie dans les Recherches philosophiques et se prolonge dans la philosophie de la psychologie. Les remarques qui composent ce dernier volet de l’oeuvre, rédigées entre 1945 et 1951, sont dans l’ensemble encore méconnues. Nous en dessinons ici les principales lignes de force, en centrant l’examen sur la logique de nos expressions et les reconfigurations de la relation à soi.

Ancienne élève de l’ENS Ulm, agrégée et docteure en philosophie, Élise Marrou est maîtresse de conférences à Sorbonne Université où elle enseigne la philosophie contemporaine. Dernières publications : Wittgenstein en France (2022), Le Proust de Descombes : la prose des mondes (2023).

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Jacques-Bénigne Bossuet : De la dignité des pauvres et des devoirs des riches

 Les Belles Lettres - Février 2026


Textes précédés d’un essai d’Alain Supiot

Les deux sermons et le panégyrique que Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) a consacrés à la pauvreté éclairent puissamment les temps présents, où le culte de l’enrichissement personnel est universellement célébré et où partout progressent la misère et les inégalités économiques.
Dans ces trois textes, mis pour la première fois en regard dans le présent volume, celui que l’on surnommait « l’Aigle de Meaux » prévient les riches, « qui s’imaginent que tout leur est dû et qui foulent aux pieds les pauvres », que leur « insatiable désir d’amasser » les condamne à être « toujours avides, toujours affamés dans la profusion et dans l’excès même ». Ils ne peuvent échapper à ce destin et s’assurer une place légitime au sein de la société qu’en se mettant au service des pauvres.
Dans l’essai qui introduit la lecture de ces textes, Alain Supiot retrace le destin contrasté du « renversement de l’ordre du monde » ainsi prêché par Bossuet. Qu’elle soit posée en termes religieux, philosophiques, scientifiques ou politiques, la question d’une juste répartition des richesses n’a cessé d’agiter les sociétés, depuis les aspirations révolutionnaires des XVIIIe et XIXe siècles, jusqu’à l’actuel renversement de l’État social par des régimes ploutocratiques.

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Nicole Oresme : Œuvres choisies, t. VIII : Problèmes

 Les Belles Lettres - Février 2026


Les Problèmes (Problemata) de Nicole Oresme, inédits pour la plupart, constituent sa dernière oeuvre, rédigée au cours de la période finale de sa vie (1370-1380), peu avant sa disparition (1382). Ils se composent de 44 questions qui pourraient paraître hétéroclites et disparates, mais qui offrent en fait un vaste et passionnant panorama de la philosophie oresmienne, axé sur la notion de causalité.
Nicole Oresme (1325-1382) fut un maître ès arts renommé de l'Université de Paris au milieu du XIVe siècle. Toutefois, s'il a pu enseigner la règle du mouvement à l'aide du traité de Thomas Bradwardine (ce que nous ne savons pas), il ne semble pas qu'il faille nécessairement relier à l'enseignement son traité Sur les rapports de rapports. La compréhension de ce texte requiert une bonne connaissance des notions mathématiques qui fondent la théorie des rapports et des proportionnalités et une bonne maîtrise des manipulations sur ces objets. Le vif intérêt de Nicolas Oresme pour les mathématiques n’apparaît pas seulement dans ce traité, mais se retrouve dans d’autres ouvrages du maître parisien, comme ses Questions sur la géométrie d’Euclide , son traité À ceux dont l’attention se porte sur un petit nombre de sujets.

Ed. Alain Boureau et Béatrice Delaurenti

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Géraldine Sauquet : Le Journal intime d'Henri-Frédéric Amiel. L'écriture de soi à l'épreuve du temps

 Champion - Février 2026


« Ces cahiers sont ma chair » écrit Henri-Frédéric Amiel pour caractériser, dans la continuité de Montaigne, le lien consubstantiel qui l’unissait à ses pages intimes rédigées dans le secret pendant plus de trente ans, jusqu’à sa mort en 1881. Croiser la trame des jours à l’écriture de soi conduit ainsi le diariste genevois à composer un journal intime remarquable, tant par son projet que par son ampleur : saisir la vie dans le flux de l’écriture et du temps. Tenus en un siècle où la transformation du journal accompagne la formation de l’identité moderne, les cahiers d’Amiel dévoilent aussi une nouvelle perception du temps, une autre manière de le vivre et de l’écrire. Il s’agit dès lors de prendre appui sur les études poétiques consacrées aux écritures de soi, en particulier au journal personnel, pour rendre compte d’un journal-oeuvre considéré comme le modèle du genre, un récit de soi au long cours, investi d’une valeur aussi bien existentielle que littéraire.

Géraldine Sauquet, agrégée de lettres modernes, docteur en langue et littérature françaises, exerce au lycée Louis Barthou à Pau.

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Chimères 84 : Avec Jean Oury (dir. Olivier Apprill et Jean-Claude Polack)

 Erès - Février 2026


Jean Oury n’a jamais cessé de l’affirmer : dans l’abord de la folie, le plus petit détail, un simple geste ou un sourire peuvent avoir une valeur inestimable. Ce souci de l’ambiance, ces paroles qui soignent, cet humour, cette bienveillance, ces moments féconds au cours desquels une existence parfois bifurque constituent l’arrière fond sensible dont ce numéro de Chimères se veut l’écho, nourri d’expériences, de témoignages et de récits souvent placés sous le signe d’une « vraie rencontre ». Une sorte de constellation affective où les voix de plusieurs générations de patients, de « psychistes », d’artistes, d’amis proches ou de compagnons de route se mêlent pour composer un portrait multiple, polyphonique, de l’homme qui a tracé « son chemin en marchant » et a su s’adresser, avec une qualité de parole incomparable, à ce qu’il y a de plus singulier en chacun.

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jeudi 5 février 2026

Recherches en Esthétique N° 31, janvier 2026 : L'irréversible

CEREAP - Janvier 2026


"L’irréversible est une notion qui renvoie à un processus inarrêtable, qui nous échappe, sur lequel nous n’avons aucune prise et aucun pouvoir. La pause, de même que le retour en arrière, le renversement et l’inversion sont impossibles. L’irréversible nous condamne à une adaptation nécessaire vis-à-vis de ce qui est à la fois agissant et impalpable, qui nous …
"L’irréversible est une notion qui renvoie à un processus inarrêtable, qui nous échappe, sur lequel nous n’avons aucune prise et aucun pouvoir. La pause, de même que le retour en arrière, le renversement et l’inversion sont impossibles. L’irréversible nous condamne à une adaptation nécessaire vis-à-vis de ce qui est à la fois agissant et impalpable, qui nous entraîne irrémédiablement vers le devenir.
La marche du temps, dans son écoulement régulier, est irréversible. Il n’existe aucune possibilité de retour en arrière, de sens contraire, de pas de côté. Notre existence est plongée au coeur de l’irréversible dont on ne s’extrait qu’à l’instant de notre propre fin. Cette réalité dans ce qu’elle a d’implacable et d’inexorable n’est toutefois pas totalement dépourvue de possibilités et d’espérance.
L’irréversible suscite, voire encourage l’action, en termes de réponse, de réaction, de sursaut. Il provoque en retour des élans, des créations, quel que soit le domaine. Les arts dans leur diversité ne font pas exception. Comme le montre ce volume, ils sont concernés par la question de l’irréversible. Le sujet est immense et passionnant. Parmi les nombreuses questions que suscite cette notion, sont évoquées dans ce numéro par exemple : comment certains artistes expriment-ils l’irréversibilité ? Comment la surmontent-ils ? Comment l’utilisent-ils ? Quels moyens mettent-ils en oeuvre ?" Dominique Berthet

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