samedi 5 septembre 2026

Paul Audi : Partie prenante. De quoi sommes-nous responsables ?

 Stock - Septembre 2026


Serions-nous revenus au temps des punitions collectives ?
Que l’on pense à ceux qui se voient reprocher des actes auxquels ils n’ont pas participé du seul fait d’une origine partagée avec le coupable ; que l’on pense aux salariés d’une entreprise dont les dirigeants ont été condamnés et qui éprouvent de la honte à y être assimilés : ils ne sont pas « jugés » pour ce qu’ils auraient fait, mais en raison du groupe auquel on les associe.
Une logique de culpabilisation et de blâme collectif investit aujourd’hui les domaines de la politique et de la morale, élargissant sans cesse le cercle des accusés. Ces personnes découvrent alors combien elles sont liées à des réalités qu’elles n’ont pas choisies – une langue, une culture, une histoire, des institutions –, c’est-à-dire parties prenantes d’un monde qui les dépasse.
Dans cet essai d’une brûlante actualité, Paul Audi poursuit sa réflexion sur les pièges de l’identité en essayant de distinguer ce qui participe de la responsabilité de ce qui relève du procès arbitraire.

Paul Audi, né en 1963, est philosophe. Auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages, il poursuit chez Stock son œuvre sur l’identité, entamée avec Troublante identité (2022) et Tenir tête (prix Femina essai 2024).

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Élie Halévy : Oeuvres complètes VIII. Philosophie anglaise

 Les Belles lettres - Septembre 2026


En consacrant sa thèse de doctorat à La formation du radicalisme philosophique, Élie Halévy entame un long dialogue intellectuel avec le juriste et philosophe Jeremy Bentham, les philosophes James et John Stuart Mill, les économistes Adam Smith, Thomas Malthus et David Ricardo, ainsi qu’une plongée politique dans le milieu des radicaux anglais, jacobins et républicains puis chartistes. Grâce à cette somme publiée en trois volumes entre 1901 et 1904 et encore considérée de nos jours comme un classique de la philosophie politique, Élie Halévy s’affirme comme l’un des meilleurs spécialistes français de l’histoire intellectuelle et politique britannique et l’une des références incontournables sur l’utilitarisme et le libéralisme.
Ce volume Philosophie anglaise est le quatrième de la série consacrée à Élie Halévy philosophe.
Il présente en premier lieu le manuscrit de la thèse d’Élie Halévy, titré La formation du radicalisme philosophique. La Révolution et la doctrine de l’utilité (1789-1815), paru en 1900 et jamais réédité depuis. Ce texte original est accompagné d’un corpus documentaire, souvent inédit, qui en retrace la généalogie mais aussi la réception.
Ce volume explore également les relations qu’Élie Halévy a nouées avec la communauté philosophique britannique des années 1890 aux années 1930 et éclaire son rôle de passeur entre les deux rives philosophiques de la Manche. À travers sa correspondance, ses recensions, ses conférences, Élie Halévy nous livre ainsi une appréciation caustique des différents courants qui constituent la philosophie britannique, un siècle et demiaprès la naissance de l’utilitarisme.

Philosophe de formation, auteur d'une thèse sur Platon et d’une somme sur La formation du radicalisme philosophique et animateur dès 1893 de la nouvelle Revue de métaphysique et de morale, Élie Halévy (1870-1937) peut également être rangé parmi les grands historiens du XXe siècle français.
Il est notamment l’auteur d’une Histoire du peuple anglais au XIXe siècle (Hachette, 1912-1932 et rééd. 1973-1975), vaste fresque commencée en 1906 et restée inachevée malgré la conclusion d’un Épilogue fondamental en deux volumes, Les Impérialistes au pouvoir (1895-1905) et Vers la démocratie sociale et la guerre (1905-1914), et la publication posthume, en 1946, du Milieu du siècle.

Marie Scot (éd.), historienne, est enseignante à Sciences Po et chercheuse au Centre d'histoire de Sciences Po.

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Panagiotis Sotiris : Découvrir Althusser

 Les éditions sociales - Septembre 2026


Découvrir, c'est laisser de côté les formules et les simplifications pour se confronter directement aux textes. Sur une autrice, sur un auteur, sur une question, la collection Découvrir présente douze textes, commentés et mis dans leur contexte, proposant au lecteur des pistes pour aller plus loin. Les textes de Louis Althusser (1918)990) réunis et commentés ici explorent ses principaux concepts (coupure épistémologique ; dialectique ; antihumanisme théorique ; historicisme ; appareils idéologiques d'Etat, etc.). Panagiotis Sotiris explicite les déplacements et les ruptures qui travaillent l'oeuvre d'Althusser et montre que ce dernier a entrepris de redéfinir la philosophie marxiste comme partie intégrante de la lutte pour le communisme.

Ponagiotis Sotiris est philosophe, spécialiste d'Althusser et de Gramsci et membre du comité éditorial de la revue Historical Materialism.

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Blanche Leridon : Nos inachèvements

 Seuil - Septembre 2026


Nous avons un problème avec la fin.
Interrompre la lecture d’un livre, disparaître alors que la fête bat son plein, précipiter son retour de vacances, s’accrocher à une relation qui s’épuise, ne jamais terminer l’aménagement de son appartement… Ces inachèvements, des plus sérieux aux plus anodins, sont une matière vibrante pour réfléchir à notre époque dans laquelle rien ne semble devoir se terminer. Pourtant, celle-ci est plus que jamais traversée par l’angoisse de sa propre fin.
Loin de réduire cette tendance au mal contemporain de l’inattention, Blanche Leridon explore les ressorts intimes de ces abandons que nous vivons le plus souvent comme des échecs ou des renoncements coupables. Peut-on les accueillir plus généreusement ? Et si l’inachevé n’était pas seulement une fuite, mais aussi une forme de lucidité, de courage et de liberté ?
Nourri de références littéraires, cinématographiques et de récits personnels, cet essai sensible et percutant touche à un endroit particulier de nos vies où se croisent l’enfance, l’amour, la mort, les rêves. Il explore avec humour et mélancolie les chantiers perpétuels que sont les « territoires d’inachèvement » de nos existences.

Blanche Leridon est essayiste et enseigne à Sciences Po. Elle est l’autrice d’Odyssées ordinaires. Le matin, mode d’emploi (Bouquins, 2022) et du Château de mes soeurs. Des Brontë aux Kardashian, enquête sur les fratries féminines (Les Pérégrines, 2024 ; Points, 2026). Ce dernier a obtenu le prix de l’essai Psychologies Magazine en 2024.

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Mohamed Amer Meziane : Le Sacrifice du ciel. Une autre histoire de la raison

 Seuil - Septembre 2026


Pourquoi pensons-nous spontanément avec les « grands auteurs » occidentaux ? D’où vient cette tendance qui semble si naturelle à ne citer qu’eux ? La raison moderne s’est proclamée comme la seule à pouvoir éclairer le monde après les Lumières et la « mort de Dieu ». Mais à quel prix a-t-elle accompli ce « sacrifice du ciel » ?
Mohamed Amer Meziane répond à ces questions en fissurant les statues de ce panthéon de la pensée. Il traverse l’histoire de la philosophie contemporaine en étendant ses limites géographiques habituelles. Confrontant Kant ou Hegel à l’émir Abdelkader et al-Afghāni, il montre que l’ancien monopole européen de la Raison la conduit à déraisonner en l’isolant des autres mondes. Cet ouvrage propose ainsi une histoire inédite de la pensée, ouvrant la voie à une rationalité autre : ni d’Occident, ni d’Orient.

Mohamed Amer Meziane est philosophe, maître de conférences à l’université de Brown (États-Unis) où il occupe la chaire d’humanités Robert Gale Noyes. Il a déjà publié : Des empires sous la terre (La Découverte, 2021, prix Albertine 2023), et Au bord des mondes (Vues de l’esprit, 2023).

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vendredi 4 septembre 2026

Eric Hoffer : L'épreuve du changement

 Les Belles lettres / Machine arrière - Septembre 2026


Chaque grand changement soulève un dilemme pour les individus et les sociétés : leur faut-il s’accrocher à la stabilité ou y renoncer pour évoluer ?
L’Épreuve du changement, paru en 1963, nous livre les réflexions d’Eric Hoffer sur les sources et conséquences de ce dilemme. Pour Hoffer, si les bouleversements sociaux et technologiques provoquent un déchirement du tissu social, ils révèlent également un puissant potentiel créateur chez ceux qui y font face.
À la lumière de thèmes variés tels que le goût du travail, le rôle des intellectuels et des marginaux dans les révolutions, ou l’impact du monothéisme sur notre rapport au monde, l’auteur parvient à donner au mot « changement » une profondeur rare.
Déjà acclamé pour Le Vrai croyant et son analyse des mouvements de masse, le docker-philosophe n’en tenait pas moins L’Épreuve du changement pour la pièce maîtresse de son oeuvre.
Depuis longtemps disparu, ce texte d’un penseur hors norme revient aujourd’hui avec une traduction revue et enrichie.

Eric Hoffer (1902-1983) était autodidacte. Refusant l’étiquette d’intellectuel, il considérait les marginaux comme les pionniers de la société. Issu d’une famille d’immigrants alsaciens, il craint, enfant, de devenir aveugle. Cette peur le transforme en lecteur compulsif, notamment de Montaigne qu’il admire. Sa vie est faite de petits riens : vendeur d’oranges, chercheur d’or, serveur dans des restaurants, ouvrier agricole itinérant… Après Pearl Harbor, il travaille comme docker à San Francisco pendant vingt-cinq ans. Auteur de plus de dix livres, dont The Passionate State of Mind, The Ordeal of Change et The Temper of Our Time, Eric Hoffer a reçu la médaille présidentielle de la liberté en 1983.

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Santiago Espinosa : Fantômes de la liberté

 Encre marine - Septembre 2026


On a beau montrer et démontrer la vacuité d’un mot, on ne s’en débarrasse pas pour autant, tant s’en faut. C’est le cas de cette prétendue liberté humaine, aussi inexplicable que contradictoire : on y croit quand même, ne serait-ce qu’à titre de bel idéal. Les illusions s’enracinent dans le désir et sont, de ce fait, indéracinables.
Pourtant, si le concept traditionnel, et métaphysique, de liberté ne désigne aucune réalité ; si l’homme est, tout autant que les autres êtres vivants, soumis au déterminisme de la physis ; s’il est, en outre, soumis inévitablement aux lois de la polis, il n’empêche que l’individu libre existe. Seulement, là où on l’attendait le moins : aux antipodes de la morale, de la « bien-pensance », de l’académie même. À ce titre, il convient de dire que l’« esprit libre » est, non pas celui qui s’oppose à la nature ou à la loi civile, mais celui qui, au sein de ces cadres non modifiables à sa guise, vit et pense comme il veut. Encore faut-il pour cela, et c’est bien le problème, parvenir à vouloir quelque chose.

Santiago Espinosa (Mexico, 1978) est philosophe et traducteur. Il est le lauréat 2015 de la Bourse Cioran du Cnl. Encre Marine a déjà publié de lui L’Inexpressif musical (2013), Voir et entendre (2016), Traité des apparences (2017), L’Impensé (2019), L’Objet de Beauté (2021).

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Pierre Crétois : La république des biens communs

 Amsterdam / Multitudes - Septembre 2026


C’en est fini du « doux commerce ». L’illusion d’un marché porteur de paix, de prospérité et de civilisation s’est dissipée sous nos yeux. Celui qui s’est consolidé avec les républiques modernes a débouché sur un paradoxe dont n’importe qui peut désormais faire l’expérience quotidienne : la promesse de l’émancipation par la richesse a engendré l’effondrement de notre monde commun. L’accumulation de l’opulence est une accumulation de la destruction, et, n’en déplaise aux (néo)libéraux, on ne peut attendre du marché qu’il résolve un problème dont il est lui-même la cause.
Ce qui détruit nos biens communs, c’est l’architecture même d’un ordre social marchand qui, prétendant pouvoir se passer de volonté commune, produit des structures que personnes n’a choisies et qui pourtant gouvernent nos vies.
La notion de « République des biens communs » ne tient donc pas du pléonasme. Elle entend rompre avec les républiques existantes, qui sacralisent la propriété privée et font de la vie collective un agrégat d’intérêts propriétaires pour repartir de biens englobants, dont le maintien dépend exclusivement de notre capacité à coopérer et à nous organiser politiquement. Réinscrire le commun dans la délibération politique, reconnaître et protéger les biens communs : cet ouvrage ambitieux nous invite à imaginer des institutions capables de donner forme à notre interdépendance. Une utopie ? Non, une nécessité vitale.

Pierre Crétois est philosophe, maître de conférences à l’Université Bordeaux-Montaigne. Aux éditions Amsterdam, il a publié La Part commune (2020) et La Copossession du monde (2023).

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Laurent Lavaud : Acte et mouvement. Aristote au prisme de ses exégètes de l’Antiquité tardive

 Les belles lettres - Septembre 2026


Comment Aristote pense-t-il le rapport entre les concepts d’acte (energeia) et de mouvement (kinēsis) ? C’est là l’une des questions les plus centrales de sa philosophie puisqu’à travers elle se décide la possibilité même de construire une science de la nature. C’est aussi l’une des plus chaudement débattues dans les recherches contemporaines sur l’oeuvre d’Aristote. Ce livre se propose de guider le lecteur à travers le maquis des interprétations possibles de la doctrine aristotélicienne du mouvement en suivant le fil des commentaires de l’Antiquité tardive, qui anticipent et éclairent les principaux débats contemporains.
Ce parcours permet aussi d’enquêter sur les différentes pratiques d’histoire de la philosophie : l’exégèse au plus près du texte d’Aristote (Alexandre d’Aphrodise, Thémistius ou Simplicius) ou la lecture polémique (Plotin, critique méthodique de la doctrine aristotélicienne du mouvement ou Jamblique, adversaire déclaré de la critique plotinienne…). L’un des enjeux de ce livre est cependant de montrer qu’il ne faut pas trop s’y fier : derrière les intentions déclarées et les positionnements de façade se jouent, dans les coulisses de l’exégèse, des distorsions inconscientes ou des trahisons dissimulées ou, à rebours, des affinités inavouées et des alliances de circonstance. Ainsi Plotin, par-delà son approche critique d’Aristote, est-il peut-être, parmi ses lecteurs, celui qui revivifie le plus authentiquement certaines intuitions centrales du Stagirite concernant l’entrelacement des concepts d’acte et de mouvement.

Laurent Lavaud est actuellement Professeur de philosophie ancienne à l’École Normale Supérieure de Lyon. Il est spécialiste de l’histoire du néoplatonisme et de ses prolongements dans la patristique. Il a traduit et commenté Alexandre d’Aphrodise et Plotin, et a co-dirigé une traduction commentée des Éléments de Théologie de Proclus.

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Meryem Sebti : Penser le monde avec Avicenne. Une introduction à sa philosophie

 Les Belles lettres - Septembre 2026


Abū ʿAlī al-Ḥusayn ibn ʿAbdallāh Ibn Sīnā – né en 980 à Afshana, près de Boukhara, dans l’actuel Ouzbékistan – est connu sous le nom d’Avicenne dans le monde latin, où une partie importante de son corpus fut traduite dès le XIIe siècle. Sans conteste le philosophe le plus important du monde islamique, penseur systématique, il aspirait à substituer à celle d’Aristote sa propre synthèse de tout le savoir humain. Son oeuvre marque un tournant décisif dans l’histoire intellectuelle du monde islamique.
Ce livre offre une initiation aux questions qui constituent le coeur de sa philosophie. Partant de la vie et de la formation d’Avicenne, il expose les fondements métaphysiques de son système, la démonstration de l’existence et de l’unicité de Dieu, la doctrine de l’émanation, la théorie de l’âme et de l’intellect, avant d’aborder la quête avicennienne de la science dans ses dimensions logique, naturelle et médicale. Une troisième partie examine la place de l’homme dans le monde : gouvernance divine, liberté humaine, prophétologie, statut du politique.
Le livre s’achève sur l’héritage et l’actualité d’une pensée dont on montre qu’elle peut encore enrichir les débats contemporains les plus urgents. Qu’il s’agisse de l’intrication du religieux et du politique dans les sociétés islamiques, des prétentions universalistes des Lumières, ou de l’écologie, la métaphysique avicennienne offre des ressources conceptuelles d’une remarquable fécondité.

Meryem Sebti est directrice de recherche au CNRS. Spécialiste de philosophie en Islam, elle a publié notamment Avicenne. Prophétie et gouvernement du monde (2021).

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jeudi 3 septembre 2026

Georg Simmel : Les problèmes de la philosophie de l'histoire

 PUF - Septembre 2026


Dans ce livre, devenu un classique des sciences sociales, Georg Simmel examine la manière dont l’histoire peut prétendre à une validité scientifique. Il soutient que les faits historiques ne sont pas donnés immédiatement, mais construits à travers des catégories et des points de vue qui sélectionnent et organisent la réalité passée, anticipant en cela nombre de résultats des sciences cognitives à venir. L’histoire ne reproduit donc pas le passé tel quel : elle en propose une interprétation cohérente à partir de valeurs et de significations. Simmel insiste ainsi sur le rôle actif du sujet connaissant et sur la spécificité méthodologique des sciences historiques, distinctes des sciences naturelles par leur rapport au sens et à l’individualité des phénomènes. Il prolonge en partie les réflexions de Wilhelm Dilthey dans le grand débat intellectuel de l’Allemagne de la fin du XIXe siècle concernant le statut scientifique des sciences humaines face au modèle des sciences de la nature.

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Torquato Accetto : De la dissimulation honnête

Éditions de la Reine Rouge - Septembre 2026


Rédigé par le secrétaire d’un aristocrate napolitain au cours de l’occupation du royaume de Naples par l’Espagne au XVIIe siècle, ce traité, à destination des lettrés italiens subissant le joug de l’Empire, propose de transfigurer une attitude contingente en vertu morale.
La dissimulation est une ruse nécessaire à la survie de tout individu ou groupe placé sous domination, mais contrevient en principe à l’éthique de vérité qui oblige à ne pas mentir. Pour ne pas se compromettre dans le mensonge, trahissant ainsi ses propres valeurs, ni s’exposer dangereusement à la violence d’un pouvoir tyrannique, le dominé devra apprendre à avancer masqué, afin de distraire et de subjuguer l’ennemi pour mieux le vaincre.
La dissimulation n’est pas le travestissement de la réalité, mais l’art de ne pas laisser voir les choses telles qu’elles sont.
« Dissimuler n’est rien d’autre qu’un voile fait d’ombres honnêtes et de précautions imposées par la contrainte : cela ne produit pas le faux, mais accorde à la vérité quelque repos, afin de la montrer au moment voulu.
Et de même que la nature a voulu que, dans l’ordre de l’univers, il y eût le jour et la nuit, il faut aussi que, dans le cours des actions humaines, il y ait la lumière et l’ombre, c’est-à-dire que l’on agisse ouvertement ou en secret, selon la raison qui règle la vie et les événements qui s’y produisent. »
Loin de s’opposer à la bravoure, la dissimulation honnête, bien qu’elle puisse sembler passive, réclame parfois plus d’efforts que de parler à voix haute ou de révéler ses desseins au grand jour. De plus, elle peut procurer un certain plaisir à celui qui la pratique intelligemment.

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Olivier Boulnois : La domination de la nature

 Vrin - Septembre 2026


Comment expliquer que l’homme occidental ait dominé la nature jusqu’à la dévaster?
L’idée vient-elle de la Bible? Mais celle-ci ne fait que promettre à l’homme qu’il pourra vivre paisiblement d’agriculture et d’élevage.
De la philosophie? Certes, la pensée grecque fait de l’homme un être redoutable et une fin de la nature, mais il est lui-même dominé par le ciel et les dieux. De la théologie médiévale? Mais lorsqu’elle harmonise la Bible avec la philosophie, elle reconnaît certaines limites : si l’activité humaine imite la nature, elle ne la détruit pas. C’est seulement avec la science et la philosophie modernes que la domination a pris un sens technique. Or sous le règne de l’homme par la technique, une histoire plus fondamentale s’est déroulée : celle des manières de penser l’activité humaine, d’arracher l’homme à la nature, et de réduire celle-ci à un fonds exploitable. C’est cette histoire souterraine qui vient aujourd’hui à échéance. Si l’on veut prendre un nouveau départ, il faut examiner ses principales étapes et interroger sa signification.

Olivier Boulnois est directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études.

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Byung-Chul Han : Contre la société de la peur

 PUF - Septembre 2026


Du désespoir le plus profond naît aussi l'espoir le plus intime. L’espoir nous propulse vers l’inconnu, nous met sur la voie de la nouveauté, de ce qui n'a jamais existé.
Guerres, migrations massives, attentats, catastrophes climatiques, crises et pandémies : des scénarios apocalyptiques très divers nous confrontent à une menace imminente d’effondrement et d’extinction. Et tandis que nous passons de catastrophe en catastrophe, notre vraie vie s’étouffe et se réduit à une simple survie. Cependant, l’espoir nous ouvre des temps futurs et des espaces inédits, dans lesquels nous entrons en rêvant. C’est toute une manière d’exister, qui ne résulte pas de faits donnés, mais qui rend possibles de nouveaux événements précisément lorsqu’ils semblent les plus impossibles.

Figure majeure de la scène philosophique internationale, Byung-Chul Han est l’auteur d’une vingtaine d’essais, traduits dans le monde entier, dont notamment aux Puf La Société de trans­parence (2017), Amusez-vous bien ! (2019), L’Expulsion de l’autre (2020), La Société palliative (2022) et Infocratie (2023).

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Études sartriennes 2026, n°30 : Sartre inédit : le manuscrit Gorz (1952-1953)

 Classiques Garnier - Septembre 2026


Jean Bourgault, « Présentation du manuscrit Gorz » - Jean-Paul Sartre, « Le manuscrit Gorz. Société, collectifs, aliénation » - Jean Bourgault, « "Que reste-t-il de Marx ? Eh bien tout". Introduction à une approche génétique du manuscrit Gorz de Sartre » - Grégory Cormann, « Sartre et les Cahiers internationaux de sociologie. Les rapports de l'existentialisme avec la sociologie dans le manuscrit Gorz (1952-1953) »

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Jean-Clet Martin : Le silence de Perelman. La genèse de l'espace

 Kimé - Septembre 2026


Grigori Perelman a résolu l'un des plus grands problèmes mathématiques du XXe siècle, puis il a refusé la médaille Fields et le million de dollars qui l'accompagnait. Il s'est retiré dans le silence. Ce geste n'était pas une provocation. Il marquait une fidélité : son travail ne visait ni la gloire ni la récompense, mais l'accès à une vérité plus profonde, celle de la structure même de l'espace. À partir des travaux de Thurston et de Hamilton, ce livre montre comment Perelman transforme notre compréhension du réel. L'espace n'y apparaît plus comme un simple cadre où les choses se placent, ni comme un corrélat de la conscience, mais comme une réalité dynamique, capable de se modifier, de traverser ses propres déchirures et de produire ses formes. Il ne s'agit pas d'expliquer des équations, mais de saisir la portée d'une révolution discrète : une genèse de l'espace et du temps qui oblige à repenser notre rapport au monde. Le silence de Perelman devient alors le signe d'une exigence rare : laisser parler l'univers lui-même. Après avoir exploré les multiplicités dans l'art (L'oeil des choses), l'histoire (Ossuaires), et la fiction (Plurivers), Jean-Clet Martin plonge ici dans les profondeurs de l'espace mathématique, où les géométries de Thurston deviennent des feuillets vivants, traversés par le travail silencieux de Perelman. Une nouvelle étape dans sa réflexion sur des lignes qui franchissent les fissures du réel.

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Revue de métaphysique et de morale 2026/2 N°126 : Responsabilité, II

 PUF - Juin 2026


Présentation / Chevarie-Cossette, Simon-Pierre 
La responsabilité morale existe-t-elle par degrés? / Rachel Frenette 
Le devoir de répondre de nos bonnes actions / Patricia Sanchez Oliva 
Fission et prison / Benoît Gaultier 
Que fait le temps à l'affaire? / Elodie Boissard 
Le sens des responsabilités / Edgard Darrobers 
Strawson et les excuses / Chevarie-Cossette, Simon-Pierre 
Chronique de métaphysique et de philosophie de la connaissance 

Frédéric Gros : Violence de la propriété

 Albin Michel - Septembre 2026


Il existe une part maudite de la propriété privée. Celle qui affirme que ce que je possède est à moi seul ; que devenir propriétaire prive un autre de ce que j'ai ; que ce qui fonde mon droit de propriété, c'est d'être autorisé à en user et à en abuser. Les grandes crises climatiques, sanitaires, sociales, relationnelles, géopolitiques peuvent se lire comme une conséquence du déchaînement de cette appropriation prédatrice.
Mais l'appropriation n'est pas par essence du côté de cette dernière. Son sens premier - celui d'une appropriation réciproque, mutuelle, régulatrice, écologique - se retrouve dans trois activités fondamentales qui permettent de construire un rapport harmonieux de l'homme au monde : habiter, apprendre, accueillir. Ainsi, habiter ne signifie plus occuper tout l'espace ; apprendre, consommer à outrance ; accueillir, assimiler coûte que coûte. C'est bien là tout l'enjeu de ce livre que de retrouver le sens perdu de l'appropriation.
Essai politique, livre de combat, Violence de la propriété propose une nouvelle définition de cette dernière : plus juste, redistributive, consentie. En un mot : heureuse.

Frédéric Gros, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de philosophie, est professeur d'Humanités politiques à Sciences Po. Il est notamment l'auteur de Le Pouvoir de la honte, essai sur un sentiment révolutionnaire, et de Pourquoi la guerre ?, parus dans la même collection.

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