jeudi 2 avril 2026

Bertrand Geay, Jérôme Camus, Pierre Clément, Pierig Humeau (dir.) : La Reproduction au 21e siècle. Actualité de la sociologie de Bourdieu et Passeron

 Editions du Crocquant - Avril 2026


L’égalité des chances, la méritocratie et la mobilité sociale sont au coeur de l’idéal républicain : dans une République sociale, le statut des individus ne devrait dépendre ni de la naissance ni de l’héritage. Or, force est de constater que les mécanismes qui s’opposent à cette promesse et assurent la reproduction des positions sociales d’une génération à l’autre semblent plus puissants et plus agissants que jamais. C’est précisément à la déconstruction de ces mécanismes que ce livre entend contribuer en revenant sur les apports et l’actualité d’un ouvrage fondateur pour la sociologie en général et la sociologie de l’éducation en particulier : la reproduction de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Publié six ans après Les Héritiers et deux ans après le vaste mouvement de révolte de 1968, il constitue l’un des ouvrages les plus marquants et les plus cités de ces auteurs. Il est en effet venu couronner tout un ensemble de recherches sur l’éducation et la culture et a été à l’origine de nombreux travaux ― venant en discuter les thèses ou en exploiter la portée empirique ― tout en constituant l’un des ouvrages les plus en phase avec certaines des avant-gardes politiques de cette période. En un sens, le livre a été victime de son succès. Sans toujours être lu et cité à bon escient, il est devenu une sorte de point de repère commode, convoqué à l’appui de tous les projets de dépassement d’une sociologie jugée trop déterministe. Ne cherchant ni à rendre hommage ni à régler des comptes, les autrices et auteurs réunis ici revisitent et actualisent, à partir de leurs propres travaux, les analyses de Bourdieu et Passeron pour proposer un panorama inédit sur la reproduction sociale à l’école et par l’école dans la France du 21e siècle. Réunissant les contributions d’une trentaine d’autrices et auteurs, français et étrangers, ce livre collectif s’organise en cinq parties. La première revient sur la genèse de La reproduction ainsi que sur sa réception et sa diffusion à l’étranger. La seconde prend à bras le corps la question des stratégies de reproduction des différentes classes sociales en mettant l'accent sur la place qu'y occupe l’école. La troisième propose quant à elle sur une sociologie politique des savoirs scolaires en rattachant, là encore, leurs transformations aux intérêts et aux stratégies de différents groupes sociaux. La quatrième partie réexamine alors cette question centrale de la sociologie de l’éducation à savoir les relations entre les pratiques pédagogiques et la re-production (ou la réduction) des inégalités. Enfin, la cinquième partie met au jour les mécanismes de sélection et de ségrégation à l’oeuvre dans le système d’enseignement contemporain.

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Bernard Guibert : Pour empêcher l'Apocalypse qui vient. L'impératif d'une forte décroissance très sélective

 Classiques Garnier - Avril 2026


Le dérèglement climatique et la destruction de la biodiversité risquent de mettre en cause l'existence même de l'humanité. À long terme les diminutions du stock des gaz à effet de serre et de l'empreinte écologique doivent être planifiées plutôt que subies dans le chaos et l'injustice. Le calcul économique myope devant le très long terme en volume et impuissant à affronter les incertitudes radicales non probabilisables doit être subordonné au principe de précaution. La mise en oeuvre démocratique et participative de ce principe permet à la décroissance de répartir équitablement les efforts pour réparer les préjudices subis par ceux qui n'en sont pas responsables et pour prévenir les violences que le chaos ne manquerait pas de susciter.

Bernard Guibert, économiste marxiste, polytechnicien et docteur en économie, a déroulé sa carrière d'économiste statisticien dans les services publics de statistiques, d'études et de recherches. Ses réflexions l'ont conduit à s'engager dans l'écologie politique, le mouvement de la décroissance et l'écosocialisme. Il a publié L'Ordre marchand... (Paris, 1986) et La Violence capitalisée... (Paris, 1986).

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Albert Einstein, Sigmund Freud : Pourquoi la guerre ? (Nouvelle édition)

 L'Herne - Avril 2026


Ce texte est né d’une initiative singulière dans l’histoire intellectuelle européenne. En 1932, l’Institut international de coopération intellectuelle entreprit d’organiser une série d’échanges épistolaires entre grandes figures de la pensée contemporaine sur les questions fondamentales de la civilisation.
C’est dans ce cadre qu’Albert Einstein, physicien mondialement reconnu et engagé dans les mouvements pacifistes depuis la Première Guerre mondiale, choisit d’adresser une question à Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse. Sa demande était d’une simplicité redoutable : Existe-t-il un moyen de délivrer l’humanité de la menace de la guerre ? La réponse de Freud constitue l’un des textes les plus remarquables qu’il ait consacrés à la violence et à la vie collective. Refusant toute illusion morale ou politique, Freud déplace immédiatement la question. Pour lui, la guerre ne peut être comprise uniquement à partir des institutions ou des rapports entre États : elle plonge ses racines dans la constitution psychique de l’être humain lui-même. Les sociétés ne cessent de tenter de canaliser l’agressivité inhérente à la condition humaine, sans jamais pouvoir l’abolir entièrement.
Malgré tout ce qui les sépare, les deux hommes offrent une réflexion dense – qui aujourd’hui conserve tout son sens – sur la violence qui habite l’humanité et proposent un témoignage fervent en faveur du désarmement, de la non-violence et de la paix.

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Catherine Puigelier : Les dangers de la recherche scientifique (ou l'indispensable respect de l'intégrité scientifique)

 Mare Martin - Avril 2026


La recherche scientifique est par nature dangereuse. Elle l'est parce qu'elle est l'occasion – outre des accidents, des explosions, des contaminations…. – de bouleverser les données plus ou moins acquises de la science. Elle l'est parce qu'elle nécessite une réflexion susceptible d'indisposer d'autres scientifiques ou des pouvoirs (ou institutions). Elle l'est parce qu'elle crée des combats (ou luttes) parfois anormalement agressifs pour dire le dernier mot et neutraliser l'adversaire ( on pense – s'agissant d'excès, voire de haine – à Léonard de Vinci, André Vesale, Giordano Bruno…mais encore à Albert Einstein, Rachel Carson, Barry Marshall…). L'intégrité scientifique est sans doute ici le moyen d'éviter, de réguler ou d'apaiser les débordements ou crises. Le respect de l'expression de l'autre – en sciences comme dans d'autres matières - est indispensable au maintien d'une sécurité dans la Cité ou devenir des progrès du savoir. L'objet du présent livre est de rappeler les dangers de la recherche scientifique en l'absence de mesure et/ou d'une écoute de l'autre.

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Serene J. Khader : Décoloniser l'universalisme. Pour une éthique féministe transnoationale

 Eliott - Avril 2026


Le féminisme a-t-il partie liée avec le colonialisme ? Pour lutter contre l’impérialisme, doit-il renoncer à toute exigence morale universelle et embrasser une forme de relativisme culturel ? Dans Décoloniser l’universalisme, la philosophe américaine Serene J. Khader s’attaque à l’un des dilemmes les plus vifs de la pensée contemporaine. Contre le « féminisme missionnaire » qui entend « sauver » les femmes du Sud en leur imposant un modèle situé et idéalisé de la modernité occidentale, Khader plaide pour un féminisme à la fois pluraliste et universaliste. Le féminisme est nécessairement universel : il est partout et toujours opposition à l’oppression sexiste. Mais pour que cette opposition soit efficace et ne reconduise pas d’autres formes de dominations, il doit se montrer attentif aux contextes où cette lutte se joue et y adapter ses revendications. Ce n’est en un mot que s’il renonce au projet de réaliser une conception unique et abstraite de la justice, qu’il pourra espérer concrètement contribuer à l’accroître.

Préface de Manon Garcia

Serena J. Khader est professeure de philosophie et d'études de genre au CUNY Graduate Center (New York) et titulaire de la Jay Newman Chair in Philosophy of Culture au Brooklyn College. Spécialiste d'éthique féministe et de philosophie politique, elle est l'une des voix les plus influentes du féminisme décolonial anglophone.

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Christian Hauer : De l'expérience artistique partagée. L'intersubjectivité comme intercorporéité

 Septentrion - Avril 2026


Qu’est-ce qui rend possible l’expérience artistique partagée, c’est-à-dire le moment de la rencontre entre une oeuvre (performée ou pas) et un individu ou un public ? L’explication avancée est que cette expérience n’est possible qu’à travers une relation intersubjective définie comme intercorporéité. Fondée sur le phénomène de la simulation incarnée et nourrie par les travaux en neurosciences et en psychologie du développement, cette explication est illustrée par de nombreuses analyses concrètes.

Sommaire

Avant-propos
Introduction
« Au commencement il y a la relation »
L'intersubjectivité comme horizon partagé
Une ontologie de l'intersubjectivité
Pourquoi expérience artistique et non esthétique ?

Première Partie. Le cadre temporeL et neurophysiologique de la relation intersubjective

Chapitre 1. Les différents « moments » de l'expérience artistique partagée (D. Stern)
Le « processus de changement »
Ce qui rend le « processus de changement » possible : une « relation implicite partagée » sur la base d’une « connaissance relationnelle implicite »
Comment le « processus de changement » se structure dans le temps

Chapitre 2. Une neurophysiologie de la relation intersubjective
Introduction
Une « perspective en première personne » :
le « soi corporel » comme représentation sensori-motrice
Une « perspective en deuxième personne » : les « soi corporels en relation »
La « simulation incarnée » : le moteur de la relation intersubjective

Deuxième Partie. La simuLation incarnée comme Phénomène constituant de l’expérience artistique partagée

Quelques précisions utiles sur l’idée de partage (partager n’est pas nécessairement communier)

Chapitre 3. Gestes inscrits dans l’œuvre (gestes implicites)
Études expérimentales
Conclusion 1 (partielle) : le caractère nécessairement multimodal de la simulation incarnée
Conclusion 2 (complémentaire) : autres cas de gestes inscrits dans l’œuvre et gestes indirects

Chapitre 4. Gestes montrés par l’œuvre (gestes explicites)
Gestes immobiles, figurés (photographie, sculpture, peinture) et diverses digressions (autour des neurosciences cognitives)
Gestes mobiles, performés (danse)
La figure humaine : le trouble de la ressemblance

Chapitre 5. Gestes décrits par l’œuvre (gestes explicites)
Un exemple (V. Woolf )
De la « lecture empathique » (P.-L. Patoine)
Parenthèse : quelques exemples de cognition incarnée

Chapitre 6. Gestes vus ou inscrits dans l’œuvre (gestes explicites ou implicites)
Le cas particulier de la musique
Les affordances (musicales)
L’« hypothèse mimétique » en musique (A. Cox)

Chapitre 7. Gestes inscrits dans des œuvres où les gestes sont montrés (gestes implicites)
L’espace mobile
L’espace manipulé

Troisième partie. Du geste comme « forme de vitalité » à la condition de toute relation intersubjective : l’« accordage affectif »

Chapitre 8. La forme de vitalité comme « manifestation primaire de tout être animé »
Un « profil d’activation »
Forme et non pas contenu
Un phénomène spécifique

Chapitre 9. L’accordage affectif comme événement déclencheur de toute relation intersubjective
Un état émotionnel partagé
Les différents types d’accordage affectif dans l’expérience artistique partagée

Quatrième partie. Pour prolonger et compléter la réflexion. À quoi sert le « quelque chose de plus de l’interprétation » (Stern)

Chapitre 10. Comment l’expérience artistique partagée peut nous changer : une approche herméneutique
Se comprendre devant le texte (l’œuvre)
Se comprendre, c’est être capable de se raconter
L’œuvre comme aire transitionnelle

Postlude
Références bibliographiques

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mercredi 1 avril 2026

Rudolf Carnap : La syntaxe logique du langage

 Gallimard - Avril 2026


La syntaxe logique du langage est un classique de la philosophie du XXᵉ siècle, au sujet duquel Karl Popper relevait que "si jamais une histoire de la philosophie rationnelle de la première moitié de ce siècle devait être écrite, ce livre y occuperait une place qui ne le cède à aucune autre". Figure centrale du Cercle de Vienne et de l'empirisme logique, Carnap (1891-1970) y introduit une nouvelle méthode philosophique fondée sur la distinction entre langage et métalangage, et une nouvelle approche - syntaxique - de l'analyse du langage. Ce livre fondateur, longtemps caricaturé ou jugé difficile d'accès, a fait l'objet ces dernières décennies d'un grand nombre d'études qui en éclairent la signification et la portée au sein de la philosophie contemporaine. Jacques Bouveresse (1940-2021), l'un des meilleurs spécialistes de la philosophie de Carnap, a porté ce projet de traduction durant près de cinquante ans. Il accompagne le texte d'une introduction qui éclaire ce grand classique de la philosophie analytique et de la littérature logique à la lumière des études les plus récentes.

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María José Villaverde Rico : Tocqueville. Colonialisme, Racisme, Esclavage

 Champion - Avril 2026


Pourquoi Tocqueville a-t-il soutenu la guerre totale en Algérie et comment s’explique son silence envers les enfumades ? Son libéralisme est-il en contradiction avec son nationalisme, son colonialisme et son « impérialisme », voire son racisme ? Pourquoi l’idée de « mission civilisatrice » provenant de la pensée des Lumières a-t-elle conduit à une politique coloniale dévastatrice ? Et pourquoi ses contemporains de « gauche » ont-ils défendu majoritairement le colonialisme ? Peut-on parler d’un tournant pro-impérialiste du libéralisme dans les années 1830 ?
Ce livre est né de la nécessité de mieux comprendre la contradiction entre le côté « bon » de Tocqueville, celui du libéral, et son côté « sombre » (appui à la colonisation, l’« impérialisme » et le mouvement expansionniste européen vers l’Orient).
La professeure espagnole María José Villaverde Rico examine ces sujets, en plaçant Tocqueville dans son contexte historique et en présentant une lecture dépourvue autant que possible de préjugés idéologiques. Elle analyse aussi la question de la trahison de Tocqueville envers les principes libéraux et quelle était à l’époque la relation entre libéralisme, colonialisme et Empire.

María José Villaverde Rico est professeure d’Histoire des Idées politiques à l’Universidad Complutense de Madrid où elle a enseigné pendant plus de 30 ans. Son champ de spécialisation étant le libéralisme (abolitionnisme, colonialisme) et les Lumières françaises, elle a publié une centaine d’articles et d’ouvrages en plusieurs langues.

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Na Zhang : L'éthique narrative de la mémoire. Un dialogue entre Paul Ricoeur et la tradition mémorielle chinoise

L'Harmattan - Avril 2026


Qu'est-ce qui permet à une communauté de se souvenir de manière juste ? Comment raconter un passé traversé par l'oubli, la blessure et le silence sans le trahir une seconde fois ? Ces questions se trouvent au c?ur de la pensée de Paul Ric?ur et rencontrent, de manière à la fois surprenante et profonde, les intuitions de la longue tradition mémorielle chinoise. Chez Ric?ur, la mémoire est une pratique éthique, une manière de répondre à l'appel de l'autre à travers le récit. Cette conception rejoint, au-delà des différences culturelles, les méditations chinoises sur l'histoire, la fidélité et la transmission - où la mémoire apparaît comme un geste relationnel et une responsabilité partagée.En articulant la philosophie herméneutique de Ric?ur avec les conceptions chinoises de la mémoire, l'ouvrage examine trois dimensions essentielles : la connaissance, l'éthique et l'écriture. Ce dialogue propose une forme de justice mémorielle qui, loin de toute clôture ou réconciliation forcée, invite à habiter le passé d'une manière plus humaine et hospitalière.

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La Cause du désir n°121 : Silences

 Navarin - Février 2026



Freud l’a découvert à ses débuts, le silence –celui de l’analyste– est nécessaire à l’opération analytique. Mais Freud n’en restera pas à ce silence inaugural. Il se montrera attentif aux silences de ses analysants et relèvera, au fil de sa clinique, les différentes valeurs qu’il convient de leur donner dans la cure : il distingue ainsi les moments de silence dans le transfert – quand les associations viennent à manquer –, du silence lié au surgissement de la pulsion, de l’angoisse, ou encore de celui – Unerkannt – qu’il associe à l’ombilic du rêve.
Lacan, quant à lui, reprendra la question du silence dans son articulation avec la pulsion, avec le cri (cf son commentaire du célèbre tableau de Munch dans le Séminaire XII), ou encore, à propos du sujet de la psychanalyse, sujet « vide » qui résonne dans le silence du « grand secret de la psychanalyse ».
Ce numéro, enfin, s’inscrit dans une actualité particulière, celle d’attaques menées contre la psychanalyse (cf éditorial) afin de la réduire au silence.

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mardi 31 mars 2026

Olivier Carré : Du bon usage de l’attention à l’égard des plus vulnérables. Les empêchés

 L'Harmattan - Avril 2026


Accompagner les personnes les plus vulnérables est d’une grande complexité. Face aux plus fragiles, aucune technique ne saurait dicter avec certitude la juste posture de celui qui aide. Dès lors, il devient essentiel d’interroger la relation de pouvoir qui, quoi qu’on en dise, s’instaure inévitablement entre l’accompagnant et celui dont la dépendance est importante.
Par une perspective philosophique et pratique, cet ouvrage s’inscrit dans une réflexion critique sur la vulnérabilité, la contrainte et la capacité d’agir. Pour ce faire, Olivier Carré s’appuie sur une longue expérience professionnelle et sur l’étude des petites actions, bonnes ou mauvaises, que l’on trouve dans les dynamiques d’accompagnement.
La réflexion qui est menée s’adresse aux étudiants du médico-social et du sanitaire, aux professionnels, aux aidants, à toutes les personnes qui ont pour volonté d’être plus respectueuses à l’égard des personnes avec handicap, les personnes âgées, les malades, etc. L’approche conceptuelle de la juste attention, qui est menée ici, a pour volonté de permettre aux plus vulnérables de ne pas être empêchés de vivre dans leur pleine humanité.

Olivier Carré a été éducateur, chef de service éducatif, directeur. Il est consultant-formateur et diplômé en philosophie éthique à l’Université Gustave Eiffel.

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Claire Pagès : Dormir. Essai de philosophie sociale

 Vrin - Avril 2026


Peut-on considérer une partie des troubles du sommeil comme des pathologies sociales, faisant du sommeil une question politique? C’est ce que propose cet essai : examiner et évaluer les rapports du dormeur à la fois au monde et à son environnement de sommeil dans une perspective de philosophie sociale, à partir de l’aggravation contemporaine des troubles du sommeil, et en mettant au cœur de l’analyse la question du rapport entre sommeil et travail. Cela exige de rompre avec l’idée que le sommeil constitue une privation de monde. En vérité, l’appartenance du dormeur au monde n’est pas suspendue par son endormissement, et le sommeil ne saurait être un véritable oubli des peines. S’il est manifeste que tous les dormeurs ne profitent pas du même repos, c’est que le sommeil est loin d’égaliser les conditions. Bien que nous dormions, les multiples chaînes qui nous relient au monde, certaines plus étroitement que d’autres, ne se trouvent pas déliées.
Le sommeil humain est tenu pour éminemment plastique : l’homme seul aurait la possibilité de déconnecter milieu nocturne et sommeil, notamment en travaillant la nuit. Reste à déterminer ce qu’il en coûte de faire de la nuit le jour. À partir des atteintes à la santé qui en résultent, le livre propose de mettre au jour une articulation plus juste entre déterminants naturels (astronomiques et biologiques), déterminants sociaux et processus psychiques en jeu dans le sommeil.

Claire Pagès est professeure de philosophie sociale et politique à l’Université Paris Nanterre. Membre du Sophiapol, elle participe également aux recherches de l’Institut de psychodynamique du travail.

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Actuel Marx n° 79 (2026-1) : Kantisme et marxisme

 PUF - Avril 2026

Ce dossier est consacré aux hybridations entre la pensée de Marx et celle de Kant élaborées au XXe siècle, principalement, mais pas exclusivement, dans l’aire germanophone et dans le cadre des débats qui ont animé les partis socio-démocrates.
Le dossier revient sur les deux axes principaux de ces débats : l’axe épistémologique (la théorie de la connaissance de Kant permet-elle de fonder la sociologie de Marx ?) et l’axe éthico-politique (la théorie morale de Kant permet-elle de justifier l’engagement en faveur du socialisme ?).
Le dossier restitue ainsi un moment fort de la philosophie et des sciences sociales du XXe siècles, durant lequel le problème de la validité de la pensée socialiste et de la valeur de l’engagement pour le socialisme a été frontalement posé.

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Alberto Fabio Ambrosio : Le corps du Christ. (Dé)voilé, déchiré, glorifié

 Hermann - Avril 2026


Dans cet essai profondément original, Alberto Fabio Ambrosio propose une approche inédite du mystère chrétien à travers le prisme du vêtement. Loin des débats convenus sur la sexualité, l’auteur explore le corps du Christ comme un paradigme vivant qui traverse trois dimensions : le corps voilé et la modestie, le corps déchiré de la kénose divine, et le corps glorifié de la Résurrection.
Cette « christologie textile » révèle comment langes, tunique, linceul deviennent des signes théologiques majeurs, éclairant aussi nos sociétés contemporaines obsédées par l’apparence, et rongées par la honte. De la modestie évangélique aux stars, des abus dans l’Église aux exclusions sociales, l’auteur tisse une réflexion qui associe rigueur théologique et analyse sociologique.
Un essai qui transforme le regard sur le corps, le vêtement et la foi, révélant comment le Christ incarne la fragilité et la gloire de l’humanité blessée.

Alberto Fabio Ambrosio, dominicain, spécialiste de la mystique musulmane, conduit ses recherches à la Luxembourg School of Religion & Society ainsi qu'au Collège des Bernardins. Il est professeur de théologie et d’histoire des religions au Grand Séminaire de Luxembourg et chargé de cours à l’Université de Bologne. Il est déjà l’auteur de nombreux ouvrages, principalement sur le soufisme et les relations entre mode et religion.

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Natalie Depraz : Le geste du visage, une éthique de l'image. Essai sur la poétique d'Yves Bonnefoy et la philosophie d'Emmanuel Levinas

 Hermann - Avril 2026


Sceller deux passions en une : ce que tente le présent essai, avec l’écriture de la prime jeunesse et que l’autrice longtemps hésita à rendre publique. Deux passions : la littérature, poétique, la philosophie, phénoménologique. Cet essai : tenter une mise en présence : Yves Bonnefoy, Emmanuel Levinas. Sitôt assignées, les voilà qui, par leur ampleur de vue, ne cessent de déborder le cadre où je les cantonnais. Le premier mène une réflexion à l’écoute des discours philosophiques, critique à l’égard de certains (Heidegger), le second pratique une écriture philosophique qui souvent avec vertige confine au poème.
Deux pensées qui n’ont de cesse de susciter une interrogation sur le lieu natif de leur rencontre, partant, sur ce qui permet cette étrange osmose des discours. Pratiquant l’interpénétration des régimes d’écriture, je favorise le partage de leur rencontre, où spiritualité et exigence éthique se cultivent et se nourrissent. C’est en partant de l’écriture poétique d’Yves Bonnefoy que je fais émerger, comme par isomorphie, le texte levinassien. Ainsi : « Et ne dirait-on pas qu’une lueur / Autre, bouge dans cet accord de leurs visages / Et, riante, les mêle ? » (Y. Bonnefoy, Dans le leurre du seuil). « La jouissance dans sa possibilité de se complaire en elle-même, exempte de tensions dialectiques, est la condition du pour-l’autre de la sensibilité et de sa vulnérabilité. »

Natalie Depraz est une philosophe française, spécialiste de philosophie allemande, de phénoménologie et en particulier d'Edmund Husserl. Elle est l'autrice d'une vingtaine d'ouvrages.

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Clément Rosset : Entretiens avec un dévoyé ou De la philosophie considérée comme dialogue

 Fata morgana - Février 2026



Deux hommes se rencontrent dans un café parisien : MOI, professeur de philosophie, et LUI, étrange inconnu. Au fil de conversations teintées d’ironie, de contradictions et de provocations, ce dernier dévoile son quotidien : écouter les hommes instruits, épouser leurs obsessions, se modeler selon leurs désirs. Non pas une faiblesse, mais une stratégie – une théorie de l’existence, à la fois comique et cruelle, brouille les frontières de l’identité. Vient alors une question cruciale : où finit la vérité, où commence le rôle ? Ainsi se dessine la figure paradoxale du «héros moderne» : celui qui n’est rien, sinon le reflet des attentes et passions d’autrui. Un dialogue vif, drôle, où la philosophie perd ses allures de leçon pour se muer en véritable expérience. Derrière, en filigrane, point la joie tragique et la pensée vertigineuse de Clément Rosset.

"LUI. Admettons. Et quelle est cette théorie ?
MOI. Elle affirme qu’il n’y a aucun rapport nécessaire entre les moments successifs de l’expérience psychologique et que ce que nous appelons moi ou personnalité n’est que l’addition contingente d’instants hétérogènes. D’où il résulte qu’il n’y a aucune véritable unité de la personnalité, que l’idée du moi est un mirage, un fantôme ; que lorsqu’on pense à soi, on ne pense exactement à rien."

Clément Rosset (1939-2018), philosophe français singulier, fut hostile à tout système. Il a développé une pensée centrée sur l’acceptation sans détour du réel, «sans double» ni consolation possible. Ses ouvrages, courts et incisifs, s’attaquent ainsi aux illusions du sens et de la transcendance. Figure marginale mais influente, il reste l’un des rares à avoir fait de la lucidité sans fard non pas une résignation, mais une forme de «gai savoir philosophique».

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dimanche 29 mars 2026

Essaim n°56 : Poésie et vérité des formules des quatre discours écrites par Lacan

 Erès - Avril 2026


Inventée par Lacan dans les années 1970, l’écriture des quatre discours constitue une étape importante de la poursuite de sa démarche à visée scientifique afin de sortir la psychanalyse de l’empirisme psychologisant délétère. Une démarche qui repose sur le statut de la lettre, élément tiers entre parole et langage, une lettre s’inscrivant dans le « virage » du littoral au littéral selon Lituraterre.
Au-delà de raccourcis simplificateurs, notons qu’il n’est pas facile de concilier ce que Lacan présente comme « un discours sans parole » (D’un Autre à l’autre) avec la fonction de la parole et le champ du langage qui constituent l’ethos de la pratique analytique.
Dès lors cela implique de cerner le véritable enjeu de cette écriture pour l’advenue d’interprétations fondées sur le réel psychanalytique (celui du non-rapport sexuel).
Afin d’y parvenir, nous proposons de répondre à des questions qui se posent quant à l’origine et à la structure topologique des formules des quatre discours. En voici, de façon non exhaustive, quelques-unes.
À quel moment politique les discours ont-ils été écrits ? Quelles ont été les étapes de leur élaboration ? Par quoi font-ils lien social ? Quelles sont les relations et le fonctionnement entre leurs lettres et les places ? Quelles sont leurs relations avec les structures de la névrose, de la psychose, de la perversion ? Quelle est la place du « discours intérieur » ainsi que la fonction du facteur temporel ? Quelles sont les menaces du discours capitaliste pour la psychanalyse ? Qu’en est-il du « branchement » (topologique) des quatre discours avec les quatre formules de la sexuation ?

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Benjamin Constant : De la Liberté

 Manucius - Avril 2026


S’il reste l’auteur inoubliable d’Adolphe, Benjamin Constant (1767-1830), fut également un théoricien de la démocratie libérale, une figure clé du libéralisme politique au début du XIXe siècle. De la liberté, extrait de ses Principes de politique et d’autres écrits réunis dans l’édition de ses Œuvres politiques (établie par Charles Louandre chez Charpentiers et Cie, en 1874), est un plaidoyer ardent pour les libertés individuelles dans une société moderne.
De ces Œuvres politiques, nous publions ici la quatrième partie, structurée originairement en cinq chapitres et dont nous n’avons retenu que les quatre premiers consacrés à la liberté individuelle, religieuse, à la liberté de la presse et à celle enfin, de l’industrie.
Ces textes, écrits dans le climat post-révolutionnaire français, où les excès de la Terreur et les retours autoritaires menaçaient les acquis libéraux, défendent une conception de la liberté centrée sur l’individu opposée aux empiétements de l’État. À travers une argumentation rigoureuse, nourrie d’exemples historiques et philosophiques, Constant met en garde contre l’arbitraire du pouvoir et prône des garanties institutionnelles pour protéger les droits humains.

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