mercredi 22 avril 2026

Jean-Marc Mouillie : Une histoire de la norme

 Les Belles Lettres - Mai 2026


De façon inattendue, il n’existe pas d’histoire de la notion de norme. Et cette histoire, retracée, se révèle étrange. Le mot est ancien dans les langues européennes, mais rare. Son usage ne se répand, soudainement, qu’à la fin du XIXe siècle. Et tout en devenant omniprésent dans le champ des savoirs, il n’y est guère explicité. La norme se trouve au contraire confondue avec la règle édictée et devient l’un des noms du mal moderne. Se plaindre d’un monde excessivement encadré est pourtant un lieu commun ancien. Et la norme ne manifeste pas tant un pouvoir désireux de contrôler et de conformer que le fondement de la socialisation culturelle. Alors que nous dénonçons en elle des préjugés, des monotonies, des enfermements, des rapports autoritaires, la négation des singularités et la mise en coupe réglée du monde, la norme est avant tout ce qui, au coeur de notre humanité, structure du commun, inhibe des excès, et permet le lien social.
En ce sens, loin d’être « asphyxiés par les normes », nous sommes aujourd’hui assujettis à un système productiviste, technologique et dirigiste qui fait régresser la vie normative. Il ne s’agit donc pas, dans cette enquête, d’une simple histoire de mots, ni même des idées, mais de cerner la confusion qui fait interpréter comme envahissement normatif le processus tout à la fois « sans normes » et programmatique qui se déchaîne. Notion bouc-émissaire de la modernité, la norme pourrait bien en vérité désigner ce que détruisent l’ambition absurde de dominer le réel et le projet morbide de recréerla vie qui s’intensifient dans ce nouveau siècle.

Jean-Marc Mouillie est Maître de Conférences de philosophie à l’université d’Angers et membre de La République des Savoirs (UMR 8241, ENS-CNRS-Collège de France).

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François Bafoil, Paul Zawadzki (dir.) : Violences, cruautés, dénis. Sciences sociales et Psychanalyse. Vol. II

 Hermann - Avril 2026


Après Politiques de la destructivité (2024), ce second volume édité par François Bafoil et Paul Zawadzki poursuit l’effort de ranimer le dialogue entre sciences sociales et psychanalyse, qui avait fécondé il y a plus d’un demi-siècle aussi bien la connaissance universitaire que la pensée politique. Cet ouvrage explore la part de réalité située aux confins de ces deux champs. Les psychanalystes savent généralement que le savoir issu des cures ne leur permet pas de penser, sans médiation, l’expérience historique collective. De leur côté, historiens, philosophes, sociologues et politistes se heurtent souvent au point où leur démarche explicative se dérobe devant l’opacité de l’expérience humaine. Parmi les phénomènes qui mettent l’explication et les dispositifs de mise en intelligibilité à rude épreuve, figurent au premier chef les violences extrêmes et les cruautés, souvent accompagnées de dénis. C’est à l’exploration de cette face sombre de la vie sociale et politique que se consacrent les études ici réunies.

Avec les contributions de 
Jacques André, Paul-Laurent Assoun, François Bafoil, Dominique Bourg, Gilbert Diatkine, Julien Guillou, Laurence Kahn, Paul Luciani, Cédric Michon, Daniel Sabbagh, Paul Zawadzki.

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Philippe Hoffmann : Etudes de philosophie grecque, de l'âge classique au néoplatonisme

 Les Belles lettres - Mai 2026


Ce volume rassemble dix-huit études majeures de Philippe Hoffmann, helléniste et historien de la philosophie antique, directeur d’études émérite à l’École Pratique des Hautes Études et membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il restitue les articulations essentielles d’une oeuvre qui a profondément renouvelé, au cours des dernières décennies, l’étude de la philosophie grecque, tout en s’inscrivant dans la tradition parisienne des études néoplatoniciennes, illustrée par de grands savants tels qu’André-Jean Festugière, Jean Trouillard, Jean Pépin, Henri Dominique Saffrey, Ilsetraut et Pierre Hadot. Alliant rigueur philologique et analyse approfondie des doctrines métaphysiques, théologiques et cosmologiques, les études réunies dans ce volume éclairent en particulier les figures dominantes de la fin de la tradition philosophique grecque – Proclus, Damascius, Simplicius – et révèlent la vitalité et la grandeur d’une pensée qui, à la charnière du monde antique et du monde chrétien, a représenté pendant plusieurs siècles le fer de lance de la « réaction païenne » face à la christianisation de l’Empire.

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Manuel Cervera-Marzal, Bruno Frère : Pour une démocratie sauvage. Une sociologie charnelle au c ur des luttes et des conflits

 La découverte - Mai 2026


Face aux turbulences que traverse la sociologie contemporaine, accusée d'être, d'une part, trop militante et, de l'autre, scientiste et coupée de celles et ceux dont elle prétend rendre compte, Manuel Cervera-Marzal et Bruno Frère proposent une voie nouvelle : la sociologie charnelle.
En effet, le sociologue est toujours plongé dans la " chair " du social – son ordre et ses désordres, ses héritages et ses possibles. Inspirés par Maurice Merleau-Ponty, Cornelius Castoriadis, Pierre Bourdieu, Bruno Latour, Isabelle Stengers et Chantal Mouffe, les auteurs défendent une science politique (au sens premier du terme), radicalement démocratique, qui, non contente de décrire la société, accompagne les formes de vie émancipées. De la Zad de Notre-Dame-des-Landes au Chiapas zapatiste, le sociologue doit ainsi embrasser une multiplicité de luttes qui fragilisent le roc du capitalisme racial et patriarcal.
Loin des visions trop lisses d'une société pacifiée comme des dénonciations désespérées d'une domination implacable, la sociologie charnelle voit dans les conflits, impossibles à étudier sans les habiter, le moteur même de la démocratie. Renouant avec sa vocation subversive, la sociologie se place ainsi du côté des petits, contre les puissants. Dans le tumulte des luttes se dessine non pas un autre monde, mais l'envers de ce monde, son double intempestif. C'est à cette part sauvage que ce livre entend donner voix. Et il entend le faire scientifiquement.

Manuel Cervera-Marzal est sociologue, chercheur au FNRS et professeur associé à l'université de Liège. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Le Populisme de gauche (La Découverte, 2021) et Résister (10/18, 2022).
Bruno Frère est sociologue, professeur à l'université de Liège. Spécialiste des théories critiques et de l'épistémologie des sciences sociales, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels La Fabrique de l'émancipation (Seuil, 2022).

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Vincent Bourdeau : Pourquoi avons-nous besoin des classes moyennes ? Essai de philosophie sociale républicaine

 Armand Colin - Avril 2026


« En beaucoup de domaines, le meilleur est dans la moyenne », et « dans la cité » en particulier, on doit vouloir « être au milieu », affirmait Aristote dans Les Politiques. Cette idée d’une bonne citoyenneté a pris corps au lendemain de la Révolution, opposant l’égalité aux privilèges par l’avènement d’une large classe centrale. Mais que reste-t-il de ces idéaux républicains, quand une partie de notre classe moyenne hurle sur les ronds-points les inégalités sociales et la peur du déclassement ?
Dans un tableau culturel, historique, sociologique, politique et philosophique des classes moyennes, Vincent Bourdeau explore et élargit le sens d’une expression, « classes mitoyennes », que l’on rencontrait dans les écrits de Germaine de Staël. En revisitant cette appellation, il réaffirme leur pouvoir d’intégration sociale et d’accomplissement de soi par une véritable culture du lien.
En remplaçant le concept éculé de méritocratie – qui institutionalise les injustices sociales – par celui de considération, l’auteur trouve un moyen de réveiller la république mitoyenne. Il ne questionne plus seulement le rang mais aussi le rôle des classes moyennes : celui de rendre sa place à chacun ; de transformer les institutions de la République sans les mettre à bas ; de faire advenir une société solidaire et agissante qui prenne son avenir en main.

Vincent Bourdeau est enseignant-chercheur en philosophie sociale et politique à l’université Marie et Louis Pasteur. Ses travaux abordent les liens sociaux, les actions collectives et les institutions dans leur rapport à l’émancipation individuelle. Il a codirigé La République et ses démons. Essais de républicanisme appliqué et Quand les socialistes inventaient l’avenir. Presse, théories et expériences, 1825-1860. Son dernier livre Le Marché et le Mérite explore l’imaginaire social républicain.

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Hervé Glevarec, Thibaut de Saint Maurice, Clément Combes : Des séries qui comptent. Sociologie d’un goût contemporain

 L'Aube - Avril 2026


Depuis l’arrivée de Netflix en 2014, la « plateformisation » a bouleversé les pratiques audiovisuelles : en 2022, un Français sur deux regarde des séries en VOD aussi souvent qu’à la télévision en direct. S’appuyant sur une enquête sociologique, Des séries qui comptent explore l’évolution des usages et des goûts, la diversité accrue des thématiques, et le rôle des personnages emblématiques qui marquent les spectateurs. Les séries ne sont plus seulement un loisir : elles deviennent des expériences qui nourrissent l’attachement, la réflexion et la discussion. Elles apparaissent comme des ressources cognitives et morales, élargissant l’expérience et affinant les perceptions du monde contemporain. Une lecture ­passionnante ! »

Hervé Glevarec est directeur de recherches au CNRS. Clément Combes est maître de conférences en sociologie à l’université Sorbonne Nouvelle, et chercheur à l’IRMÉCCEN. Thibaut de Saint Maurice est chercheur en philosophie à l’université Panthéon-Sorbonne.

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mardi 21 avril 2026

Louis Althusser : Sur le matérialisme. Thèses de juin et autres textes (1980-1986)

 PUF - Avril 2026 - Perspectives critiques


En novembre 1980, après le meurtre de sa femme Hélène Legotien, Louis Althusser disparaît de la scène publique. Il continue pourtant à écrire et à se confronter avec des rares interlocuteurs, afin de prolonger la séquence politique et théorique des années 1970 dont il a été l’un des protagonistes intellectuels. Dans des textes et des interventions tourmentés, pris entre recommencements perpétuels et formulations fragmentaires, Althusser poursuit ses réflexions dans la décennie qui s’ouvre et questionne la conjoncture qui suit la crise du communisme international. Ces matériaux tardifs témoignent ainsi d’une pensée aux directions multiples : Althusser revient sur la genèse de la théorie de Marx et s’efforce d’élaborer une forme singulière de matérialisme dit de la « rencontre », dont il retrace la généalogie dans les marges de la tradition philosophique occidentale. Mais il interroge aussi les perspectives d’une politique émancipatrice dans le contexte de la mondialisation, par-delà les États-nations et les Parti-États. Par-là, il rencontre sur son chemin la théologie de la libération et l’idée d’une fraternité à pratiquer ici et maintenant, finalement dépourvue de garanties métaphysiques.

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Jean Vioulac : Penser la technique avec Marx et Heidegger

 PUF - Avril 2026 - Quadrige


En devenant majoritairement urbaine, l’humanité a abandonné le monde naturel pour intégrer un monde artificiel, intégralement constitué d’objets techniques. L’ouvrage aborde de front la question la plus urgente aujourd’hui : celle du devenir de l’humanité sous la domination de la technique. Il analyse ainsi les profondes mutations, le plus souvent inaperçues, que la technique fait subir à l’existence humaine, et dans tous ses aspects. Il propose en outre une relecture nouvelle de Marx, totalement indépendante de l’idéologie marxiste, dans une approche inspirée de Heidegger qui tente d’en souligner la portée phénoménologique et ontologique.
Jean Vioulac montre à la fois l’emprise totale de la technique sur les hommes et sur le monde aujourd’hui, en même temps qu’il met au jour la nouveauté radicale de cette technique par rapport aux usages anciens de l’outil, et découvre finalement dans cette domination de la technique une menace portant sur l’humanité comme telle.
L'époque de la technique est suivi d'un inédit intitulé Machination et capitulation. Heidegger et Marx revisités.

Jean Vioulac est agrégé et docteur en philosophie.

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Günther Anders : Sur Sartre

 Fario - Avril 2026


Bien qu’ils se soient sans doute croisés physiquement, notamment au cours d’Alexandre Kojève, ou qu’ils aient publiés dans un même numéro des Recherches philosophiques, la revue d’Alexandre Koyré, les chemins de Sartre et d’Anders sont restés énigmatiquement parallèles. Sartre ignorant ou feignant d’ignorer son contemporain viennois, Anders découvrant l’existentialisme avec un train de retard comme il le dira lui-même.
Si Anders retrouve ― on ne sait trop si c’est avec humour ou amertume ― la reprise de certaines de ses thèses des années trente dans les ouvrages à succès de Sartre, quinze ans plus tard, la lecture qu’il en fait, après avoir assisté à New-York à une représentation des Mouches, est tout simplement magistrale.
Anders ne reproche pas seulement à Sartre d’employer des concepts ou des notions déjà existantes, entre autres sous sa plume, il se livre à une archéologie de ce qu’il nomme l’illusion sartrienne. Son regard s’exerce tant sur le plan de la tragédie ― Oreste est un Prométhée récusant l’autorité de Zeus, dans la lignée de ceux de Shelley, de Goethe ou d’Ibsen ― que dans le registre philosophique.

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Ghislain Casas : Théorie du feu de camp. Une métaphysique de la hiérarchie sociale

 La Tempête - Avril 2026


La hiérarchie, loin d'être le mauvais souvenir d'une époque révolue, continue de régenter nos rapports, que ce soit dans les relations de travail ou dans les groupes militants. Pourtant, personne, pas même ceux qui prétendent s'organiser sans elle ou contre elle, ne parvient à s'en défaire. Sans doute est-ce parce que nous peinons à nous la figurer et donc à la penser. En renversant l'image classique de l'échelle verticale, Ghislain Casas propose de considérer la hiérarchie depuis l'horizontalité d'un groupe réuni autour d'un feu de camp central dont chacun cherche à s'approcher le plus possible. En développant cette image et en interrogeant ses présupposés philosophiques et sociologiques, ce livre pose de manière inédite la question d'une vie sans pouvoir.

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Céline Durain-Löhrer : Éloge de l'imprévision

 L'Harmattan - Avril 2026


Être capable d'anticiper, de prévoir, est une vertu. C'est le signe d'un esprit mature. Mais le monde, dit-on, est devenu imprévisible. Est-ce véritablement le cas ? Est-ce le réel qui a changé ? N'avons-nous pas plutôt occulté ce que nous savons pourtant depuis toujours : nos théories ne sont pas des outils absolus. Alors pourquoi nous accrochons-nous à nos prévisions jusqu'au déni, jusqu'à la catastrophe ?Pour que le chemin d'un autre rapport au réel soit possible, il faut comprendre cet ' esprit de prévision ' qui règne dans le genre humain. Mais sommes-nous prêts à nous embarquer pour cette exploration ? C'est ce que propose cet essai qui avance l'idée que prévoir, c'est faire en sorte de ne plus avoir à voir le monde. Et dans ce cas, résister à la tentation de toujours prévoir, n'est-ce pas aussi s'orienter différemment, avec d'autres outils ?Alors continuerons-nous de blâmer les irresponsables cigales pour leur opposer les sérieuses fourmis ? Cette imprévision qui est le plus souvent attribuée aux esprits naïfs est peut-être plus riche en horizon qu'on ne le croit. Elle contraint à voir les choses telles qu'elles sont : singulièrement. Et si de cette attitude naît une manière plus prudente, plus attentive, et plus ajustée d'être au monde, alors c'est bien un éloge que mérite l'imprévision.

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Antoine Houlou-Garcia : Le théorème du Jury de Condorcet. Les mathématiques au service de la démocratie ?

 Les Belles lettres - Avril 2026


Peut-on se fier à la majorité ?
En 1785, Condorcet établit un résultat mathématique, aujourd’hui connu sous le nom de « théorème du jury de Condorcet » : si la compétence des électeurs est supérieure à une chance sur deux, alors toute décision prise à la majorité aura de grandes chances d’être correcte. Cela justifierait l’usage de la règle de majorité d’un point de vue épistémique. En outre, plus il y a d’électeurs, plus la probabilité d’obtenir une bonne décision augmente. Cela justifierait une ouverture du suffrage au plus grand nombre possible.
Malgré l’importance du théorème du jury dans la théorie politique contemporaine et en particulier dans la défense épistémique de la démocratie, aucun ouvrage ne lui avait encore été consacré, jusqu’à ce livre, première étude exhaustive du théorème et de ses implications.

Préface de Philippe Urfalino

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lundi 20 avril 2026

Patrick Vassort, Sacha Vassort : Face à la fascisation de la société : l'antifascisme. De la nécessité à la contradiction

Le bord de l'eau - Mars 2026 


Alors que la démocratie semble de plus en plus fragilisée par des relations internationales conflictuelles, les heures sombres du fascisme né au 20e siècle apparaissent de nouveau dans de nombreuses régions du monde, venant s’ajouter aux dictatures depuis longtemps « stabilisées ».
Pour Antonio Gramsci, le fascisme est le résultat d’un état de crise de la société. Quels sont donc les points communs entre les sociétés du début du siècle précédent et les sociétés contemporaines ?
Au travers de cette courte étude de politique comparée, ce travail aura pour finalité de mettre au jour les différents positionnements des politiques antifascistes, des collectifs s’en réclamant. Quelles sont donc les constantes des militants antifascistes dans le temps ?
De plus, au-delà de ces constantes (luttes contre l’exploitation des travailleurs, luttes contre les inégalités, lutte contre l’autoritarisme…), si nous rappelons la nécessité de s’opposer au fascisme, il est également utile d’en montrer les contradictions (autoritarisme féministe ou décolonial, idéologies et oppositions fragmentaires…) ainsi que les points aveugles.
Le premier, et non des moindres, étant le total abandon de l’analyse de l’évolution sociétale, de l’accroissement des technologies et la grande part prise par les techno-sciences dans ce déploiement idéologique fasciste.

Patrick Vassort est sociologue et politiste MCF HDR de l'université de Caen Normandie. Il a rédigé plusieurs ouvrages sur la sociologie politique du sport ainsi que sur les idéologies. Diplômé de sociologie, Sacha Vassort est un observateur des milieux militants.

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Justyna Morawska : Quand y a-t-il diagramme ? La signification des « papiers » d’architecte

 PU de Rennes - Avril 2026


Qu’est-ce qu’un diagramme ? Il s’agit d’une notion dont les architectes s’emparent volontiers, que ce soit dans le cadre d’un discours sur les stratégies de design ou pour expliciter des projets accomplis. Parlons-nous, cependant, tous de la même chose en prononçant le mot « diagramme » ? Les efforts pour fournir une définition du diagramme se heurtent inévitablement à sa double signification – comme objet graphique ou comme outil conceptuel – ainsi qu’à la multitude de ses « versions », parfois incompatibles entre elles. « Si les tentatives pour répondre à la question “Qu’est-ce que l’art ?” tournent de façon caractéristique à la frustration et à la confusion, peut-être […] la question est-elle une fausse question », écrit Nelson Goodman à propos de l’art. Et si rechercher une définition du diagramme constituait également une « fausse question » ? Ce livre expérimente en effet un changement, ou plutôt un déplacement, de la question. Qu’est-ce qu’un diagramme ? devient Quand y a-t-il diagramme ? Formulée ainsi, la question oriente vers l’exploration de la condition circonstancielle et transitoire du diagramme. Cela revient à affirmer que l’objet ne parle pas par lui-même : rien n’est un diagramme de façon fixe et stable. C’est ainsi que l’investigation concerne des « papiers » d’architecte au sens large, qui fonctionnent – parfois – comme des diagrammes.

Justyna Morawska est architecte praticienne, docteure en architecture et maître de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine. Ses recherches explorent l’articulation entre les pratiques de représentation et la conception architecturale.

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Alexander Neumann : La propagande nazie. Projet, actualité et critique catégorique

 Kimé - Avril 2026


Tout le monde croit connaître la propagande nazie, par la voix bruyante de Hitler, mais presque personne n’arrive à la reconnaître dans ses formes les plus performantes : la boisson Fanta, les costumes Hugo Boss, les entreprises Ford, Porsche, Volkswagen, IBM ou Tesla, la série télé Inspecteur Derrick, Les trois petits cochons de Disney, les écrits des prix Nobel Heisenburg ou Lorenz, sans parler de quelques bestsellers, romans et livres de philosophie. La propagande nazie fut et reste si efficace – au milieu de l’extrême droite mondiale – parce qu’elle se drape dans des formes divertissantes, innovantes et en apparence innocentes.
Percer à jour le projet historique de la propagande nazie permet de comprendre toutes ses ramifications contemporaines. Pour y parvenir, le livre d’Alexander Neumann reprend des enquêtes que l’École de Francfort n’avait pas poussées jusqu’au bout, tout en exposant l’état de l’art international, introduisant ici ses propres recherches. Il montre que le noyau dur de la propagande nazie réside dans son organisation médiatique, institutionnelle, industrielle et scientifique, davantage que dans son discours politique grossier. L’exemple Elon Musk permet d’actualiser et de détailler cette approche critique. Le livre permet de cerner le problème, de le rendre visible et invite les lecteurs à désintégrer la propagande nazie.

Alexander Neumann est professeur à l’Université Paris 8 – Vincennes où il occupe le poste Internationalisation des pensés critiques, Sophiapol (sociologie, philosophie, anthropologie). Il a été initié à la Théorie critique francfortoise par Oskar Negt, disciple de Theodor W. Adorno. Il est l’auteur de Après Habermas (Delga, 2015) ; Kritische Arbeitssoziologie (Schmetterling, 2016) ; La révolution et nous. La formation de la Théorie critique de 1789 à nos jours (La Brèche, 2023, préface O. Negt).

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Bernard Jolibert : Laïcité et liberté de conscience. Aux fondements de la morale laïque

 L'Harmattan - Avril 2026


L’idée de laïcité présuppose un principe philosophique radical : celui de la possibilité d’un usage libre de la raison par tous, pour tous et dans tous les domaines de l’existence. Cette émancipation, qui est bénéfique à chacun, croyant ou incroyant, se voit aujourd’hui menacée par un retour offensif
d’un militantisme clérical hostile à la laïcité.
Le libre usage de l’entendement, dont rêvaient les philosophes des Lumières, aurait-il fait son temps ? Le principe philosophique initial sur lequel repose la laïcité, celui de la liberté de conscience, qui fonde conjointement la responsabilité citoyenne et la liberté religieuse, mérite mieux que la caricature qu’on se plait parfois à en faire.

Docteur ès lettres, agrégé de philosophie, Bernard Jolibert est coordonnateur du GREPHE (Groupe de recherche en philosophie de l’éducation). Auteur de nombreux travaux (articles, essais, traductions, éditions critiques), il dirige la collection « Philosophie de l’éducation » aux éditions Klincksieck et co-dirige la collection « Éducation et philosophie » aux éditions L’Harmattan.

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samedi 18 avril 2026

Philosophique n°29, 2026 : Critiques du temps social

 PUFC - Avril 2026


Les textes qui composent ce numéro de la revue Philosophique sont issus d’une journée d’études qui s’est tenue à Besançon le 19 novembre 2021. L’enjeu des critiques sociales du temps, considérées ici dans leur diversité, est de mettre au jour les normes qui régissent notre rapport au temps et d’identifier des possibilités de résistance, de contournement, voire de subversion des normes dominantes.

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Günther Anders : Sur la langue philosophique

 Fario - Avril 2026


Quelle langue pour la philosophie ? La distinction, voire l’opposition, discutable en elle-même, entre langue ésotérique et langue exotérique se décline de bien des façons : les philosophes appartiennent-ils à une caste privilégiée qui leur imposerait un sabir ou un jargon technique préservant leurs secrets ? De quoi se protègeraient-ils ? Comment conjuguer vérité et démocratie ? Car si l’on sait la vérité mise en péril dans les dictatures, le pluralisme autorisé ou prescrit par la démocratie ne fait-il pas courir à la vérité le risque de se fondre dans le registre de l’opinion ? Faut-il se soucier d’une vulgarisation qui porterait son inévitable lot de condescendance ? Quand ne pas s’en soucier laisserait un vide pour les simplificateurs et les marchands d’opium…
Pour avoir été traversé par cette question et avoir opéré lui-même une révolution par le refus d’un formalisme académique dans laquelle il a pourtant grandi et évolué, Günther Anders sait qu’il n’existe pas de réponse simple, évidente, au choix d’une langue. S’il s’est écarté de la carrière universitaire, sans renoncer en rien pour autant à la rigueur, ce fut pour décider d’empoigner des questions de et pour son temps. On mesure à travers ces textes sur l’expression de la pensée philosophique que ce choix ne s’est pas fait aisément et qu’il est le fruit tant d’une nécessité intérieure que des enjeux d’une époque. L’analogie qu’Anders explore avec les questions rencontrées aujourd’hui par le poète est sur ce point remarquablement éclairante.
Les textes assemblés ici témoignent directement de cette recherche et de la singularité de la réponse andersienne : dialogues fictifs et mise en scène troublent le jeu. Sur cette scène des personnages apparaissent. Et s’il est très explicitement question des options d’Heidegger quant à la langue, la figure d’Adorno n’est pas loin, avec laquelle les comptes, on le devine, demeurent en suspens.

« Nous avons donc trouvé un troisième style dans la poésie. Il me semble que notre tâche consiste à trouver quelque chose d’équivalent en philosophie. Par pitié, pas une imitation directe de Kafka ou de Brecht. Mais en tout cas une tentative pour trouver un ton direct. Un ton qui se tient autant à distance du langage courant dépravé que du langage technique élevé. Si cette tentative réussit, alors nous aurons fait un grand pas. Qu’on nomme encore ou non cette tentative “philosophie”, quelle importance ? À propos de Whitman ou de Brecht, on a aussi douté que leur œuvre était de la “poésie”, on a dit que le premier écrivait des hymnes religieux, et qualifié le second de didacticien. Et aujourd’hui, sait-on si les ponts sont des oeuvres d’art ou bien des équipements techniques ? Les questions de classification ne devraient jamais nous faire peur. Si les choses réussissent, elles contribueront d’elles-mêmes à modifier après-coup les classifications. » G.A.

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