dimanche 15 mai 2022

Giorgio Agamben : La Folie Hölderlin. Chronique d'une vie habitante 1806-1843

 Armand Colin - Avril 2022


Traduction de Jean-Christophe Cavallin

Alors que Napoléon est occupé à faire l’Histoire, que Goethe fait éclore Faust et que Hegel esquisse son système philosophique, Friedrich Hölderlin, le grand poète allemand, sombre dans ce qui est peut-être la folie la plus célèbre de l’histoire de la littérature. Est-ce pour le plaisir de s’infliger un confinement de 36 années qu’Hölderlin vivra en reclus jusqu'à sa mort, locataire d’un charpentier dans une tour surplombant le Neckar ?

Sa vie se divise exactement en deux moitiés : 36 ans de 1770 à 1806 et 36 ans de 1807 à 1843. Si dans la première moitié le poète vit dans le monde et participe dans la mesure de ses forces aux événements de son temps, la seconde moitié de son existence se passe entièrement en dehors du monde, comme si un mur le séparait de toute relation avec les événements extérieurs.

Pour notre époque qui perd de vue la distinction entre les sphères, la vie d’Hölderlin est la prophétie de quelque chose que son siècle ne pouvait penser sans frôler la folie.

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vendredi 13 mai 2022

Pierre-Damien Huyghe : Numérique. La tentation du service

 Editions B42 - Mai 2022



Considéré depuis le milieu des années 1990 comme la concrétisation de la troisième révolution industrielle, le numérique se matérialise aujourd’hui à travers des objets du quotidien (téléphone, montre, enceinte), des usages socioculturels (groupes d’échange, téléchargement, visionage de programmes audiovisuels), et des infrastructures réticulaires et interfacées (plateformes, moteurs de recherche, bases de données). De nombreux philosophes, sociologues, économistes, et psychologues ont déjà analysé et interprété les effets transformants du numérique, notamment la réorganisation de la société industrielle et l’émergence de nouveaux comportements. Dans ce texte inédit, Pierre-Damien Huyghe prolonge sa réflexion sur les bouleversements esthétiques inaugurés depuis l’avènement des techniques de reproduction et de diffusion qui nous permettent d’éprouver au quotidien le fait d’être ici et maintenant tout en ayant la possibilité d’être ici et là. Convoquant Walter Benjamin et Louis Sullivan, Pierre-Damien Huyghe propose une stimulante réflexion philosophique en mettant en tension d’un côté ce qu’il appelle « les poussées techniques », c’est-à-dire la mise en œuvre industrielle des avancées scientifiques et technologiques, et de l’autre, le programme social et politique du design qui, en tant que discipline, doit penser ce processus de modernisation, l’accompagner, voire l’anticiper.

Pierre-Damien Huyghe est professeur émérite à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est l’auteur de plusieurs essais philosophiques parmi lesquels Art et industrie, philosophie du Bauhaus (Circé, 1999, réédition 2015), Éloge de l’aspect (Mix, 2006), Modernes sans modernité (Lignes, 2009), Le Cinéma avant après (De l’incidence éditeur, 2012), À quoi tient le design (De l’incidence éditeur, 2014), Du travail, essai (Azimuts 46, 2017), De l’un à l’autre, retours sur la question sexuelle (De l’incidence éditeur, 2021). Aux Éditions B42, il a publié Contre-temps. De la recherche et de ses enjeux. Arts, architecture, design (2017).

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Patrick Bray : Retours proustiens. Qu'est-ce qu'un événement littéraire ?

 Kimé - Mai 2022

Ce livre analyse de manière suivie et lyrique ce qui se répète chez Proust. Il s’agit pour nous d’un geste de retour vers Proust, non seulement en tant que spécialiste ou chercheur universitaire, mais par des détours nombreux dans le champ de la création – la philosophie (Deleuze), l’image (Chris Marker), la sémiologie (Barthes), et de bien d’autres domaines. S’immerger dans l’événement littéraire qu’est À la Recherche du temps perdu nous protège de la dilution du moment actuel en « événements » médiatisés et médiatiques, déterminés à l’avance et figés ; en lisant Proust, nous affirmons notre liberté, nos marges de manœuvres pour retrouver les intermittences du temps. Des entre-temps ou entre-images à travers quelques chapitres courts où les thématiques se suivent et se répètent de façon parfois inattendue.

Patrick Bray enseigne dans le département de français à University College London, après avoir enseigné dans plusieurs universités américaines. Il est l’auteur de deux livres. Le premier, The Novel Map (Northwestern University Press, 2013), propose d’explorer la dimension cartographique des textes de Stendhal, Nerval, Sand, Zola et Proust. Le deuxième, The Price of Literature (Northwestern University Press, 2019), s’inspire de la célèbre phrase de Proust qui compare la théorie dans un roman à la marque de prix qu’on laisse sur un objet ; il y démontre ainsi que la pensée littéraire se nourrit du paradoxe d’une écriture qui dissimule sa propre pensée. Il a également édité l’ouvrage Understanding Rancière, Understanding Modernism paru en 2017 chez Bloomsbury.

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Pierre-Henri Castel : Le mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps

 Lexio - Mai 2022



Crépuscule de l'espérance, jouissance de la destruction, attente de la fin du monde : que nous dit de l'humanité la représentation contemporaine du temps sans jour d'après ?
Il n'est plus temps, désormais, d'espérer empêcher, par une sorte d'ultime sursaut collectif, l'anéantissement prochain de notre monde. La fin de l'humanité semble devenue aussi inéluctable qu'imminente.
Il va alors devenir de plus en plus tentant de jouir en hâte de tout détruire : si tout est perdu, à quoi bon ? La tentation du pire, à certains égards, anime d'ores et déjà ceux qui savent que nous vivons les temps de la fin.
Sous ce jour crépusculaire, le Mal, la violence et le sens de la vie changent de valeur et de contenu.
Entre argument philosophique et farce sinistre, Pierre-Henri Castel explore, dans cet essai percutant, quelques-uns des paradoxes nés de ce nouvel état de fait.

Pierre-Henri Castel est philosophe, historien des sciences et psychanalyste. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont récemment Mais pourquoi psychanalyser les enfants ? aux Éditions du Cerf.

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jeudi 12 mai 2022

David Piché : Épistémologie et psychologie de la foi dans la pensée scolastique 1250-1350

 Vrin - Mai 2022


Les théologiens des années 1250-1350 se sont vivement intéressés aux questions philosophiques portant sur le statut épistémologique et les conditions psychologiques de la croyance religieuse. Quel type d'assentiment constitue l'acte de foi au regard de l'opinion et de la science ? Quel rôle joue la volonté dans la production de l'acte de foi ? Est-il rationnel de croire des énoncés dont la vérité ne peut être ni empiriquement vérifiée, ni établie à l'aide d'arguments décisifs ? Quelles sont les parts respectives de l'acquis et de l'infus dans l'économie de la foi ? Le présent ouvrage étudie les réponses qui ont été apportées à ces questions par quelques figures majeures de la théologie scolastique : Bonaventure, Thomas d'Aquin, Richard de Mediavilla, Pierre de Jean Olivi, Jean Duns Scot, Durand de Saint-Pourçain et Robert Holkot. Le point de bascule du mouvement historique qui se dégage de nos analyses se situe dans le premier quart du XIVe siècle, alors que des penseurs tels que Jean Duns Scot et Durand de Saint-Pourçain forgent des conceptions de la foi qui se démarquent par leurs aspects critique, subjectiviste et naturaliste.

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Michaël Foessel : Kant et l'équivoque du monde

 Biblis - Mai 2022


" L'énigme, c'est précisément qu'il semble évident que le monde existe pour nous " : c'est à cette énigme que se confronte Kant dès ses premiers écrits. Tout au long de son œuvre, le philosophe ne cesse de spécifier le rapport au monde, que ce soit du point de vue de la sensibilité, de la connaissance ou de la morale. Il ouvre ainsi un nouvel horizon pour l'homme, comme " habitant du monde ".
Dans cet ouvrage, Michaël Fœssel revisite la " maison Kant " dans ses coins et recoins, et met à l'épreuve la rationalité de l'édifice, dans une confrontation féconde entre Kant, Husserl et Heidegger.

Michaël Fœssel, professeur de philosophie à l'École polytechnique, est notamment l'auteur, après des travaux sur Kant, de Après la fin du monde (2012), Le Temps de la consolation (2015) et Quartier rouge (2022).

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Philippe Descola, Gérard Lenclud, Carlo Severi, Anne-Christine Taylor, Grégory Delaplace : Les idées de l’anthropologie

Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales - Mai 2022


Montrer que l'anthropologie est une science, reposant sur des attendus théoriques élaborés depuis plus d'un siècle, tel est le projet de ce livre. Il présente les principales notions mobilisées par les anthropologues dans leurs enquêtes : la cause, la fonction, la structure et l'histoire. L'ouvrage propose ainsi une réflexion épistémologique sur la construction intellectuelle d'une discipline qui a trouvé sa place au cœur des sciences de l'homme.
Initialement publié en 1988, ce livre écrit au début de leur carrière par quatre anthropologues aujourd'hui mondialement reconnus, Philippe Descola, Gérard Lenclud, Carlo Severi et Anne-Christine Taylor, est enrichi d'une introduction de Grégory Delaplace qui éclaire son actualité ainsi que d'une postface inédite.

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mercredi 11 mai 2022

Symon Silvius : Le commentaire de Marsille Ficin, Florentin : sur le Banquet d'amour de Platon

 Classiques Garnier - Mai 2022


Le Commentaire sur le Banquet de Platon par Marsille Ficin est l'un des textes fondamentaux de la Renaissance européenne. Discuté, imité, pillé, traduit à plusieurs reprises, ce chef-d'oeuvre de la jeunesse du philosophe est entré tôt dans la culture française. La première traduction française intégrale du Commentaire paraît en 1546. Symon Silvius, « dit J. de la Haye, valet de chambre » de Marguerite de Navarre, s'y révèle un remarquable traducteur. Précis et vif, ce Ficin français marque un progrès important dans le développement de la langue philosophique en France au XVIe siècle. Cette édition permet au lecteur de découvrir ce traité en français de la Renaissance. Le riche paratexte en éclaire les enjeux philologiques, linguistiques et historiques.

Stephen Murphy (éd.), professeur de langues romanes à la Wake Forest University, est spécialiste de l'histoire culturelle et de la littérature françaises et italiennes de la période médiévale et de la Renaissance. Nous lui devons notamment The Gift of Immortality: Myths of Power and Humanist Poetics (Madison, 1997). Il est également co-éditeur de l'Album de poésies des Villeroy (Paris, 2019).

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Luz Ascarate : Imaginer selon Paul Ricoeur. La phénoménologie à la rencontre de l'ontologie sociale

 Hermann - Mai 2022


L’importance de l’herméneutique pour Ricœur nous a fait sous-estimer le rôle de la phénoménologie dans sa pensée. Une lecture attentive de son œuvre montre qu’au contraire, lorsqu’il s’agit de l’imagination, Ricœur défend une perspective proprement phénoménologique. Celle-ci, esquissée par Ricoeur dans sa traduction française des Ideen I, met en avant la capacité de neutralisation de l’imagination et se révèlera indispensable à sa philosophie de la volonté des années 1950-1960. Mais c’est dans les années 1970 que Ricœur va développer une ontologie sociale, que Luz Ascarate met en dialogue avec la nouvelle génération de la Théorie critique, autour du concept d’utopie. Cette ontologie est fondée sur une phénoménologie de l’imagination approfondie dans des textes encore inédits. Dans ces textes, Ricœur montre que l’imagination est d’autant plus chargée d’implications ontologiques qu’elle est neutralisante et éloignée de la réalité empirique. Grâce au pouvoir ontologique de l’imagination pour la constitution de l’espace social, l’utopie peut constituer de nouvelles réalités sociales.

Luz Ascarate est docteure en philosophie et sciences sociales de l'EHESS (Paris) et de la PUCP (Lima). Auteure de trois recueils de poèmes, elle dispense des cours de philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à l'INSPÉ de Besançon et à l'université de Franche-Comté. Ses recherches portent sur la phénoménologie, la métaphysique, l'ontologie sociale, l'utopie et la possibilité.

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Vincent Citot : Histoire mondiale de la philosophie. Une histoire comparée des cycles de la vie intellectuelle dans huit civilisations

 PUF - Mai 2022


Après avoir posé en introduction les principes épistémologiques et la méthode qui président à ce travail historique, l'ouvrage se compose de huit chapitres, chacun retraçant l'histoire de la vie intellectuelle (avec une insistance particulière sur la philosophie) d'une civilisation : la Grèce, Rome, l'Islam, l'Europe, la Russie, l'Inde, la Chine et le Japon. Chaque chapitre se décompose entre trois parties - période préclassique, période classique et période postclassique - qui se retrouvent invariablement dans les aires culturelles considérées. L'histoire intellectuelle est donc cyclique (la Chine et l'Inde connaissent même plusieurs cycles). Ces cycles correspondent à des ramifications et à des inflexions majeures dans la vie intellectuelle - singulièrement la rupture entre une recherche de type philosophique et une autre de type scientifique. La conclusion fait le bilan comparatif et propose quelques explications des récurrences observées. Elle alerte contre les risques d'une perte de culture scientifique des philosophes.

Vincent Citot, agrégé et docteur en philosophie, enseigne à l'INSPE de Paris - Sorbonne Université. Directeur de la revue Le Philosophoire (Vrin), il est notamment l'auteur de Puissance et impuissance de la réflexion (2017) et de Problèmes épistémologiques en histoire de la philosophie (collectif, 2017).

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mardi 10 mai 2022

Bernard Andrieu : Être vif, être à vif. La vivacité du corps devant la dismose

 Liber - Mai 2022


La dismose est le contraire de la cosmose. Là où celle-ci nous immerge dans la nature en orientant notre sensibilité vers le bien-être, la dismose altère cette même sensibilité par l’invasion des autres, la contagion du monde et la pénétration des techniques en nous. La contamination, le viol, la maladie chronique, les biotechnologies, mettent ainsi à l’épreuve notre vivacité en portant parfois atteinte à notre vitalité. Confronté de l’intérieur à des modifications sensorielles par la contrainte ou de manière involontaire, le sujet doit alors trouver ― mais ne trouvera pas si la dismose est trop forte ― les ressources capacitaires pour se revivaciter et se revitaliser. Car « être à vif » est aussi l’occasion, dans le dépassement de nos limites physiques, d'« être vif », de ressentir l’intérieur de notre corps par l’exaltation de sensations inverses et encore inactives. Sentir alors sa vivacité est une manière de s’activer, moins pour s’adapter que pour développer ce corps capacitaire encore inédit.
Cet ouvrage examine quelques-unes des façons que, devant la menace ou dans la douleur, le corps vivant emprunte pour se maintenir en vie et assurer sa résilience, et se demande s’il nous est possible d’activer de nouvelles formes de vie en puisant dans la vivacité de notre corps.

Bernard Andrieu est philosophe et professeur à l’université Paris-Descartes en sciences et techniques des activités physiques et sportives, où il dirige l’unité de recherche TEC « techniques et enjeux du corps », et coordonne au CNRS le groupement de recherche international consacré à l’écologie corporelle. Il est l’auteur, aux éditions Liber, de "Les avatars du corps : une hybridation somatechnique" (2011) et de "Donner le vertige : les arts immersifs" (2014).

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lundi 9 mai 2022

George Orwell : Le Quai de Wigan

 Flammarion - Mai 2022 - Climats


Préface : Jean-Laurent Cassely
Traduction (Anglais) : Clotilde Meyer, Isabelle D. Taudière

« Il y a une réalité qu’il faut regarder en face : renoncer aux distinctions de classes revient à renoncer à une part de soi-même. Prenons mon cas particulier : je suis représentatif de la classe moyenne, et rien ne m’est plus facile que de proclamer mon désir d’abattre les barrières de classes. Or, presque tout ce que je pense et fais découle de ces distinctions sociales. Toutes mes valeurs – mes conceptions du bien, du mal, de l’agréable et du désagréable, du comique et du sérieux, du laid ou du beau – sont des valeurs de la classe moyenne. Mes goûts littéraires, culinaires et vestimentaires, mon sens de l’honneur, mes manières de table, mes tournures de phrase, mon accent et jusqu’à ma gestuelle propre, sont le produit d’une éducation particulière, d’un segment spécifique à mi-chemin de l’échelle sociale. Une fois que j’ai pris conscience de cela, je comprends qu’il ne sert à rien de taper amicalement dans le dos d’un prolétaire et de lui assurer qu’il vaut autant que moi. Si je veux établir avec lui un vrai contact, je dois déployer un effort auquel je ne suis certainement pas préparé. Car pour m’extraire du schéma d’oppression de classes, je dois faire abstraction non seulement de mon propre sentiment de supériorité, mais aussi de la plupart de mes autres penchants et préjugés. Je dois opérer une telle transformation sur moi-même qu’au bout du compte, j’en serais à peine reconnaissable. »

Écrit en 1937, Le Quai de Wigan symbolise pour le critique Simon Leys la « transmutation du journalisme en art ». Reportage sur un lieu réel au nom imaginaire (Wigan n’existe pas), il consacre les efforts d’Orwell pour décrire et comprendre la société de son temps, mais aussi l’exigence morale d’un journalisme engagé.

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Joelle Samaha : Le pathologique : une normativité vitale ? Selon Georges Canguilhem et Samuel Hahnemann

 L'Harmattan - Mai 2022


Le point de départ de cette étude consiste à mettre en valeur les concepts de normal et de pathologique, dans le but de questionner le rapport qu'ils entretiennent avec la santé, à partir des recherches de Georges Canguilhem et Samuel Hahnemann. L'approche de la maladie selon Canguilhem est guidée par un vitalisme qui se traduit par une philosophie de la vie, laquelle tient compte de l'expérience du malade. La conception de la pathologie basée sur l'appréhension de l'homme dans sa totalité singulière demeure son souci premier. Samuel Hahnemann, fondateur de l'homéopathie, aborde le normal et le pathologique d'un point de vue médical non conventionnel. Il met l'accent sur le rôle de la « force vitale » dans la compréhension de la pathologie ainsi que dans le processus de guérison. Cette étude comparative vise à éclaircir la nécessité de repenser la pathologie et explore la possibilité de son appréhension en tant que « normativité vitale ».

Joelle Samaha est docteur en philosophie. Son domaine d'étude est l'épistémologie médicale. Elle a fondé le premier centre d'éducation à la santé mentale au Proche-Orient :PhiloLife Wellbeing Education Center-Dubaï.

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Matthieu Duperrex : La rivière, le bulldozer et nous

Premier Parallèle - Mai 2022


Un regard insolite et passionnant sur notre rapport aux sédiments et notre devenir archéologique.

En un temps très court de leur histoire, les humains ont transformé la planète –la chose est entendue. Cela au prix d'un dérèglement climatique et de quelques autres paramètres du " système Terre " qui conditionnent l'habitabilité à moyen terme de notre monde sublunaire, si exceptionnellement – miraculeusement même – propice à la vie. Cette situation critique qu'on nomme Anthropocène (entre quelque deux cents dénominations concurrentes) a désormais généré le plus grand nombre de travaux et publications des sciences humaines et sociales depuis leur naissance. Il s'agit ici de rappeler que la notion d'Anthropocène désigne, de façon surprenante, l'essence géologique de l'être humain. Des civilisations nous savions qu'elles étaient mortelles, ce dont des ruines et autres héritages attestent pour l'archéologie. Mais qu'elles ont une compétence à devenir fossiles, c'est ce que ce petit essai essaye de décrire.

Philosophe et artiste, Matthieu Duperrex enseigne à l'École nationale supérieure d'architecture de Marseille. Ses travaux procèdent d'enquêtes de terrain sur des milieux anthropisés et croisent littérature, sciences-humaines et arts visuels. Il est l'auteur de Voyages en sol incertain (Wildproject et La Marelle, 2019).

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dimanche 8 mai 2022

Jean-Louis Bertocchi : Un impensé de Marx. la question juive

 Editons de l'éclat - Mai 2022


Le livre de Jean-Louis Bertocchi revient sur la question lancinante de Sur la Question juive du jeune Marx, qui répondait en 1843 à Bruno Bauer. Le pamphlet a fait couler beaucoup d'encre et de larmes sur le supposé antisémitisme de Marx et, par ricochet, de la gauche tout entière. La psychanalyse a parlé de « haine de soi » et les historiens ont invoqué « l'air du temps » pour expliquer une position qu'il faut replacer dans un ensemble de textes de la même époque, dont la cible est principalement la société bourgeoise capitaliste. L'analyse de Jean-Louis Bertocchi donne accès au cabinet de travail de Marx et insiste sur la manière dont il s'approprie certains concepts hérités de la philosophie allemande et les redéfinit de façon à les articuler aux discours antijuifs de l'Allemagne du XIXe siècle, à partir desquels il pense pouvoir tenir une position politique singulière. L'édifice est fragile et si Sur la Question juive dérange et semble vouloir régler des comptes pour lesquels l'auteur manque d'argumentation, le « Juif » de Marx finira par disparaître complètement comme figure et principe de l'égoïsme bourgeois dans les œuvres à venir. Prenant appui sur ce constat et sur une analyse des notions qui composent le tissu spéculatif de Sur la Question juive, Jean-Louis Bertocchi revient également sur la persistance du ‘signifiant' juif, tel qu'il a pu prendre forme dans ce texte de jeunesse, au sein d'une gauche qui y est restée attachée comme l'arapède à son rocher. La simplification, jusqu'au simplisme, du raisonnement du jeune Marx, semble une aubaine pour une partie de la gauche qui ne parvient pas à dépasser ses propres démons. Il est d'ailleurs curieux que la première réédition en France du texte de Marx, en décembre 1968, soit justifiée en préface par une montée de l'antisémitisme due à la récente ... guerre des Six jours, annonçant le glissement de la Question juive vers une question israélienne.

Jean-Louis Bertocchi, docteur en philosophie, a participé aux activités du laboratoire de recherches du CNRS (URA?1084) dirigé par Yves Schwartz au sein de l'Université Aix-Marseille. Il a publié Marx et le sens du travail, aux Éditions sociales en 1996 et, plus récemment, Moses Hess. Philosophie, communisme et sionisme. De la fraternité sociale à la terre du retour, aux Éditions de l'éclat en 2018.

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Baptiste Lanaspeze : Nature

 Anamosa - Mai 2022


En redonnant du crédit à l'idée que nous faisons partie d'un monde vivant, les pensées de l'écologie accompagnent aujourd'hui une recomposition de l'idée de nature, lourde de conséquences politiques et qui ébranle en profondeur les croyances et les valeurs de l'Occident moderne. Pour se repérer dans ce vaste chantier philosophique, cet ouvrage propose quelques balises.

Après des études de philosophie et différents postes dans l'édition, Baptiste Lanaspeze, l'auteur de ce livre, a créé en 2009 Wildproject à Marseille, une maison pionnière dans la diffusion des pensées de l'écologie et de la philosophie environnementale. Dans une époque de prolifération parfois cacophonique des discours sur l'écologie et la crise en cours, ce livre a été conçu comme une boussole pour s'orienter. C'est aussi une tentative de synthèse d'une vie intellectuelle, professionnelle, psychologique et politique. Tout en s'appuyant sur des lectures et références philosophiques et scientifiques non occidentales en grande partie et muries depuis une vingtaine d'années (citons notamment l'historien powatan Jack Forbes, l'écologue japonais Kinji Imanishi, l'historien camerounais Achille Mbembe ou encore la philosophe et écoféministe indienne Vandana Shiva), le texte témoigne aussi d'une trajectoire, du mouvement d'une génération.
En redéfinissant la nature comme la société des vivants, les pensées de l'écologie nous invitent à penser nos organisations sociales non pas comme une prérogative spécifiquement humaine, mais comme des prolongements des sociétés animales et végétale. Nos sociétés humaines ne transcendent pas les autres sociétés terrestres, mais y sont intégrées, elles en découlent, et elles lui sont redevables. Tout en s'adossant à l'idée d'un sens ancien de la nature comme " monde vivant dont nous faisons partie ", il s'agit cependant ici de " recharger " l'idée de nature par les avancées des pensées écoféministes et décoloniales. Il s'agit même d'un enjeu majeur pour l'auteur : " une lutte écologiste conséquente est nécessairement décoloniale ; et inversement ".

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Pierre Pellegrin : Des animaux dans le monde. Cinq questions sur la biologie d'Aristote

 CNRS - Mai 2022


Auteur d'une œuvre polymorphe – de la physique à la politique, de la logique à la biologie – Aristote est un savant multiple, animé de l'ambition de décrire et de comprendre tant le monde d'ici-bas, caractérisé par la contingence, que celui des astres, immuable et éternel. Dans le sillage du biological turn initié depuis une quarantaine d'années, Pierre Pellegrin met au premier plan la zoologie déployée dans les grands traités biologiques : l'Histoire des animaux, les Parties des animaux et la Génération des animaux.
Les questions de la génération spontanée, de la nécessité hypothétique, des rapports entre les parties et leur hiérarchie ou encore entre genèse et structure sont ici reprises, situées et saisies selon leur logique interne. L'originalité d'Aristote ressort particulièrement de son entreprise zoologique, qui n'avait pas de précédent et n'a trouvé un successeur qu'au tournant du XIXe siècle, lorsque Georges Cuvier, en particulier dans les Leçons d'anatomie comparée, reprit son programme, ouvrant ainsi un nouveau champ scientifique.
Par-delà les rapports des traités biologiques à la science moderne – qui animent, et parfois égarent la recherche actuelle –, cette enquête nourrie d'une exceptionnelle familiarité avec l'œuvre du Stagirite permet de mettre en évidence une " pensée aristotélicienne ", caractérisée par l'anti-réductionnisme, la confiance dans la connaissance sensible et l'anti-empirisme. Cette approche approfondie renouvelle de la sorte l'intelligence de la démarche globale d'Aristote et, en quelque sorte, la relance.

Pierre Pellegrin, directeur de recherches au CNRS, est un traducteur et un interprète d'Aristote, reconnu internationalement. Son dernier ouvrage s'intitule L'excellence menacée. Sur la philosophie politique d'Aristote (2017).

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Jean-Luc Nancy : La haine des Juifs. Entretiens avec Danielle Cohen-Lévinas

 Cerf - Mai 2022


Jean-Luc Nancy nous a quittés avant la publication de ce livre d'entretiens auquel il tenait. Il porte sur l'antisémitisme et le rejet des Juifs. Pourquoi hait-on les Juifs ? Comment le judaïsme a-t-il survécu à la pulsion d'extermination ? Comment vivre avec l'antisémitisme quand on est juif ?
Autant de questions, et bien d'autres, que ces entretiens soulèvent : les origines de l'antisémitisme, sa singularité irréductible, le rôle du christianisme dans sa constitution, la distinction entre antijudaïsme et antisémitisme, l'impensé que l'exclusion des Juifs représente dans l'histoire de la philosophie, le cas Heidegger depuis la sortie des Cahiers noirs, le phénomène de banalisation, les questions théologico-politiques, ou encore le renouveau de l'antisémitisme. La haine des Juifs semble être un fait civilisationnel avéré, que Jean-Luc Nancy analyse ici sous la forme d'un dialogue sans concession avec Danielle Cohen-Levinas.

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