dimanche 30 août 2026

Jean-Paul Sartre : Cours de philosophie de terminale, pris sous la dictée par son élève Maurice Mermet. Lycée Condorcet, 1942-1943

 Gallimard - Septembre 2026


Maurice Mermet a seize ans à la rentrée scolaire de 1942. Venu de Lyon, il intègre la classe de terminale math élém du lycée Condorcet. Son professeur de philosophie est "M. Sartre", Jean-Paul Sartre - dont c'est également la première année dans l'établissement parisien. Aujourd'hui centenaire, Maurice Mermet garde un souvenir net de cette année de découverte de la discipline et surtout de cet enseignant passionnant, déjà auteur d'une Esquisse d'une théorie des émotions, de La Nausée et des nouvelles du Mur, qui invita ses quarante-quatre élèves, en juin 1943, à la première des Mouches, au Théâtre de la Cité. Maurice Mermet était non seulement un très bon élément, mais aussi un élève consciencieux. Il a pris le cours sous la dictée de son professeur avec une application rare - en témoignent aujourd'hui les quatre cahiers qu'il a conservés, dont ce volume donne la transcription intégrale, enrichie de copies corrigées. Jean-Paul Sartre a déjà plusieurs années d'enseignement derrière lui quand il prend la suite de Ferdinand Alquié à Condorcet. C'est un professeur expérimenté et précis qui se révèle dans ce document exceptionnel et touchant - une année de cours qui éclaire la façon dont on pouvait enseigner la philosophie sous l'Occupation, mais également la culture et les intentions philosophiques de l'écrivain qui achevait alors l'écriture de L'Être et le Néant (1943). Il faut ainsi se faire élève de terminale, et écouter Sartre nous brosser à grands traits, comme il était recommandé de le faire, une histoire de la philosophie, en nous parlant de vérité, de science, de beauté, de morale, d'émotion... et de liberté : "Une décision peut donc être considérée non comme une conséquence de faits antérieurs, mais comme un commencement premier."

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Enzo Traverso : Survivances de la révolte. Essai sur la dialectique de la mémoire

 La Découverte - Septembre 2026


Après Mélancolie de gauche et Révolution, le nouvel ouvrage d'Enzo Traverso.
Comme il y a une dialectique de la raison qui transforme les Lumières en rationalité autoritaire et aveugle, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l'ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l'héritage de l'Holocauste en légitimation d'un État génocidaire ; ainsi s'affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes. Face aux " lieux de mémoire " figés, passifs et conformistes, qui semblent aujourd'hui dominer, les révoltes du passé survivent comme des fleuves souterrains ; elles sont des legs vivants à réactiver pour façonner notre présent.
Dans ce livre richement illustré, Enzo Traverso examine quatre cas emblématiques de cette mémoire rebelle : la Commune de Paris, l'iconoclasme dirigé contre la statuaire coloniale et raciste, le conflit entre l'héritage du colonialisme et celui de la Shoah, et enfin la réminiscence toujours inquiète des " années de plomb " italiennes. Ces mémoires ne sont pas étrangères les unes aux autres, elles forment une constellation que ce livre s'attache à explorer.

Enzo Traverso est historien, professeur à l'université Cornell (Ithaca, New York). Il a publié de nombreux ouvrages, traduits en une quinzaine de langues, parmi lesquels La Violence nazie (La Fabrique, 2002) ou À feu et à sang (Stock, 2007). Mélancolie de gauche (La Découverte, 2016), Révolution (La Découverte, 2022) et Survivances de la révolte (La Découverte, 2026) composent une trilogie consacrée à la culture et l'histoire des mouvements révolutionnaires.

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samedi 29 août 2026

Clara Ramas : Le temps perdu

 Arpa - Septembre 2026


Nous vivons une époque crépusculaire : crises économiques, guerres, urgence climatique, malaise culturel. Incapables de donner sens à notre présent et d'imaginer un avenir désirable, nous voyons proliférer, à gauche comme à droite, des discours politiques nourris par la mélancolie et la nostalgie d'un passé supposément meilleur (le fantasme de l'Amérique blanche aux États-Unis, le temps des colonies en France, les Trente glorieuses partout en Europe...). Un futur annulé, un passé regretté –; et, à chaque fois, un même repli fait d'impuissance, de ressentiment et d'une aspiration obsédante : rentrer " chez soi ".
S'appuyant sur Proust, mais aussi sur Žižek, Kristeva ou Platon, la philosophe espagnole Clara Ramas analyse la mélancolie de notre époque. Admettant d'emblée l'impossibilité d'un retour au passé, car nous sommes toujours en mouvement, jamais tout à fait chez nous, elle nous invite à accepter une possibilité inattendue : non pas celle de récupérer un temps perdu, mais celle d'apprendre à aimer notre présent autrement. Le temps perdu esquisse ainsi une grammaire nouvelle qui refuse la nostalgie réactionnaire et réaffirme une responsabilité politique envers le présent.

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Mildred Galland-Szymkowiak : Dialogue et système. Schelling, Solger, Hegel

 PU Septentrion - Septembre 2026


À la rationalité du système reliant tout à un principe, nous opposons les dialogues philosophiques et leur chatoiement de relations réelles. Mais qu'advient-il de notre conception de la raison si le dialogue n'est pas l'opposé du système, mais sa forme la plus adéquate ? L'ouvrage montre comment Schelling et, plus explicitement, Solger, conçoivent le dialogue philosophique comme une incitation faite au lecteur à effectuer en première personne la genèse du système. L'entretien écrit, véritable « oeuvre d'art philosophique », révèle et actualise le système comme vie – comme notre vie. Cette voie est pourtant bientôt déclarée par Hegel périmée, et inadaptée à l'essence de la philosophie. En articulant les unes aux autres ces visions contrastées du dialogue, c'est la nature même du philosopher et non seulement sa forme qui est ici interrogée.

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Maxime Cartron : Histoire des usages politiques du baroque

 Brepols - Août 2026


Déjà solidement balisée en Italie, en Allemagne et dans d’autres domaines géographiques encore, la question des usages politiques de la notion de baroque n’a, pour plusieurs raisons dont on rend compte ici, jamais été affrontée en tant que telle pour l'espace francophone. Le présent ouvrage tente de combler cette lacune.

Table des matières

Introduction générale
Une dynamique des appropriations : du « signifiant vide » au plein idéologique
Une tension fondatrice : nationalisme et internationalisme
Une enquête inédite pour la France et l’espace francophone
Le baroque comme hypostase catégorielle créatrice de disciplines

Première partie : « Protéger le monde des formes » ?

Chapitre 1. « Pour le meilleur et pour le pire »

« Ne pas perdre ce qui nous est propre à force d’assimiler ce qui nous est étranger » : nationalisme de Wölfflin ?
Des « correspondances qui dépassent les limites d’une nation » : universalisme de Wölfflin ?
Fascination et ambiguïtés : la troisième voie
Wölfflin et ses continuateurs : radicalisation ou normalisation ?
Wölfflin et les historiens de l’histoire de l’art : polarisations idéologiques

Chapitre 2. Eugenio d’Ors et ses émules

D’Ors wölfflinien : une influence dissimulée
Le monopole du baroque : D’Ors écrivain et publiciste
D’Ors baroquiste ou classiciste ? Fluctuations idéologiques d’un positionnement
Louis Hautecoeur et Jean Cassou : passages de l’héritage orsien en France
« Une tentative vers l’unique » : la Vie des formes d’Henri Focillon et le sens politique du « baroque éternel »
Jacques Vanuxem disciple de Focillon
Un Wölfflin à son image : André Chastel européiste
La responsabilité de Wölfflin : Pierre Francastel et la « doctrine nazie » en histoire de l’art
Victor-Lucien Tapié : « prévenir des confusions ou dissoudre les conformismes »

Seconde partie : Territoires et origines idéologiques du baroque littéraire

Chapitre 3. Entre France et États-Unis

Chapitre 4. Modèles et expansions suisses du baroque littéraire

Gonzague de Reynold : du « personnalisme du baroque » à la « Renaissance catholique »
« Le dernier venu des grands mythes » : Marcel Raymond et les « pouvoirs antithétiques » du baroque
« Purifier le démon germanique » : Jean Rousset et les identités du baroque

Illustrations

Chapitre 5. Rousset et ses suiveurs

« L’esprit démocratique » du baroque : Claude-Gilbert Dubois disciple et continuateur de Rousset
Dominique Fernandez : « formes baroques et caractère italien »

Troisième partie : Logiques publicitaires du baroque et sociologie des instances de contrôle

Chapitre 6. « Le plus jeune des Universaux »

Les géographies de Charpentrat
« Magie pour magie » : vertiges de l’universel

Chapitre 7. Une « innocente querelle entre historiens de l’art » ?

La réaction classiciste : dépolitisation, repolitisation
Fumaroli lecteur-continuateur de Tapié, ou pourquoi préfacer Baroque et Classicisme

Chapitre 8. Les méthodes du Baroque

Fumaroli : la rhétorique comme pierre philosophale
Sociologie de l’invention baroque : Charpentrat et Francastel
Deux repoussoirs méthodologiques
Francastel contre Tapié : l’hégémonie sociologique en jeu
Francastel et Charpentrat anti-wölffliniens : l’élaboration d’une contre-méthode
« Liberté et refus des frontières » : la littérature comparée d’Hatzfeld à Souiller

Quatrième partie : Le Baroque, catégorie (du) politique ?

Chapitre 9. Baroque, marxisme et postmodernité

« Aussi antibaroque que possible » : le paradigme bourgeois
Baroque vision postmoderne
« Un art d’accueil » : le baroque de Benito Pelegrin comme « antidote pluriel » au classicisme

Chapitre 10. Baroque et religion

« L’union du spirituel et du sexuel » : Max Raphaël, Guy Scarpetta
Le baroque, une offensive pour la rechristianisation ?
« L’alliance étroite du baroque et du religieux » : Bernard Chédozeau
Eugène Green : la parole baroque contre la civilisation du classicisme

Chapitre 11. De Mazarin à Le Pen en passant par Mitterrand

La Fronde : une « guerre baroque » ?
Les chefs d’États baroques de la France
« Des vérités permanentes au-delà du mouvement de l’histoire » : la propagande lepéniste et baroquiste d’Yvan Blot

Chapitre 12. Le genre du baroque

« La femme est une éternelle malade » : le baroque contre et pour le féminisme

Conclusion
Bibliographie
Index

Maxime Cartron est actuellement chargé de recherches du FNRS à l’UCLouvain. Il est également l’auteur de L’Invention du Baroque. Les anthologies de poésie française du premier XVIIe siècle (Classiques Garnier, 2021), de Jean Rousset : traduire et compiler le baroque(Droz, 2023) et de « Au seuil d’une présence nue ». Phénoménologies baroques (Droz, 2024).

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vendredi 28 août 2026

Eric Fiat : Grand traité des petits poils. Quand la philosophie fait l'école buissonnière

 L'Observatoire - Août 2026


Aucun être humain ne laisse son corps à l’état de nature, contrairement à la plupart des animaux. Mais pourquoi donner tant d’importance à nos toisons, duvets, tignasses, touffes, buissons ? Et bien parce qu’ils se laissent couper, raser, sculpter, tresser, teindre, peigner, friser ou défriser sans protester et sans que nulle douleur ne nous vienne. Bien obligés d’accepter nos yeux, nos mains, nos pieds tels que la nature nous les donne, nous avons en revanche la possibilité de ne pas accepter simplement ces poils que sur notre corps elle fait pousser. Voilà ce qui me semble les désigner comme les lieux privilégiés de la civilisation de notre propre corps.
Honte du jeune chauve, érotisme d’un sexe épilé ou d’un battement de cils, tristesse d’un crâne nu croisé dans un couloir d’hopital, fierté d’une chevelure abondante… Adorer ou détester les poils sont bien deux façons opposées mais égales de reconnaître leur importance. L’exploration des rapports que nous avons à notre propre incarnation, là est bien le sujet de ce livre !

Docteur en philosophie, professeur de philosophie morale et d’éthique médicale à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Éric Fiat est l’auteur de plusieurs ouvrages portant sur la fragilité humaine, dont Grandeurs et misères des hommes : petit traité de dignité (Larousse), La Pudeur, avec Adèle Van Reeth (Plon) et Ode à la fatigue (Observatoire, 2018). Il vit à La Ferté-sous-Jouarre (77).

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Francesca Saggini, Dan Poston, Adam Schoene (éds.) : Le silence dans les arts, l'histoire et la philosophie du XVIIIe siècle

 Champion - Août 2026


Le silence dans les arts, l’histoire et la philosophie du XVIIIe siècle traite des formes, des représentations et des modalités du silence au XVIIIe siècle, envisagé dans son acception épistémologique et herméneutique la plus large. Les auteurs analysent des textes qui vont de la peinture aux traités d’esthétique, de la poésie à la littérature clandestine, interrogeant les diverses déclinaisons du non-dit et de l’inexprimé à travers de multiples formes artistiques et culturelles. Issu du Séminaire pour les jeunes chercheurs et chercheuses organisé par la Société internationale d’étude du dix-huitième siècle à l’Université de Tuscia (Viterbo) en septembre 2018, le volume montre comment les discours du silence – de l’anonymat à la méditation, des marques typographiques et linguistiques à la lecture intérieure, de la censure aux lieux du silence – s’inscrivaient profondément dans la société, les arts et la culture des Lumières.

L’ouvrage rassemble seize contributions rédigées par Antonella Del Prete, Tomasz Jędrzejewski, Keiko Kawano, Dorothée Lanno, Rosamaria Loretelli, Dirceu Magri, Justine Mangeant, Amelia Mills, Alessandro Nannini, Beatriz Onandia Ruiz, Joanna Orzeł, Dan Poston, Saverio Ricci, Francesca Saggini, Peter Sabor et Adam Schoene.

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Florian Cova : Dans la tête des connards. Comment s’en prémunir… et éviter d’en être un soi-même

De Boeck Supérieur - Août 2026


Un automobiliste qui vous coupe la route, un collègue qui vous interrompt sans cesse, un inconnu qui grille la file en vous regardant de haut… Vous venez sans doute de croiser un connard. Mais pourquoi ces petits actes d’incivilité nous irritent-ils autant ? Que révèlent-ils de notre besoin de respect, de reconnaissance et, parfois, de notre propre ego ?
Dans ce livre aussi éclairant qu’irrésistible, Florian Cova, chercheur en philosophie et sciences cognitives, dissèque avec précision les mécanismes psychologiques et moraux qui transforment certains individus en « connards », ces personnes qui se pensent au-dessus des autres et se comportent comme si leur existence comptait plus que la vôtre. De la philosophie de Kant à la psychologie expérimentale, de Sherlock Holmes à Steve Jobs, il dresse un portrait savoureux (et parfois inquiétant) de cette figure contemporaine devenue omniprésente.
Mais surtout, il nous met face à une question vertigineuse : et si, parfois, le connard… c’était nous ?
Avec humour et rigueur, ce livre nous apprend à les repérer, les comprendre, mais aussi à ne pas leur ressembler.

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Pierre Descotes : Lire l'échantillon. Des coeurs sans repos

 Cerf - Août 2026


Depuis seize siècles, l’ombre des Confessions d’Augustin traverse la littérature occidentale. Dans le jardin de Milan où il versa les larmes de sa conversion naquit bien davantage qu’une oeuvre :une manière nouvelle de parler de soi, d’affronter le désir, la faute, l’espérance et le vertige d’exister.Sa voix n’a jamais cessé de résonner.De Jorge Luis Borges à Emmanuel Carrère, de Bob Dylan à Albert Camus, de Fritz Zorn à Kazuo Ishiguro, Pierre Descotes explore jusqu’à nos jours les métamorphoses de l’héritage augustinien. À travers récits de conversion, aveux, mensonges, quêtes de vérité, crises spirituelles ou égarements de la mémoire, il montre comment les écrivains de notre temps prolongent, détournent ou contestent l’invention augustinienne de la confessio.Cet essai littéraire révèle la présence discrète mais persistante d’Augustin dans quelques-unes des oeuvres majeures des xxe et xxie siècles. Il montre que les grandes questions des Confessions demeurent : le mal, la liberté, le désir, la grâce.Les siècles passent, les croyances changent, les empires s’effondrent.Mais le coeur humain demeure ce qu’il a toujours été : un coeur sans repos.Ancien élève de l’École normale supérieure, maître de conférences à Sorbonne Université, Pierre Descotes est spécialiste de la littérature chrétienne de l’Antiquité et de l’oeuvre de saint Augustin, dont il a notamment traduit et édité La grâce de la nouvelle alliance.

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Valentin Denis : La Nature de la modernité. La controverse Descola-Latour

 PUF - Août 2026


Quand on invoque la « fin du grand partage » entre nature et culture, on en vient souvent à assimiler ses deux principaux inspirateurs, Bruno Latour et Philippe Descola.
Or, si ces deux anthropologues ont en effet battu en brèche une telle distinction, ils l'ont fait selon des modalités tout à fait distinctes, pour ne pas dire opposées.
Latour affirme ainsi que « nous n'avons jamais été modernes », au sens où nous n'aurions jamais vécu dans un monde séparant effectivement la nature et la culture ; Descola, quant à lui, relativise ce grand partage bien plus qu'il ne le dissout, et réaffirme sa prégnance dans l'ontologie moderne - qu'il appelle « naturalisme » - en la comparant avec celles des peuples étudiés par l'ethnologie.
Ce livre se propose de reconstruire, pour la première fois de manière systématique, les tenants et les aboutissants de ce débat encore méconnu dans la pensée écologique.

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Dominique Bourg, Ernst Zürcher (dir.) : Les droits de la nature Vs les droits de l'environnement

 Frémeaux & associés - Juin 2026


« Pour quelles raisons devrait-on instituer des droits de la nature, et en quoi seraient-ils plus efficaces que les droits de l’environnement, et tout particulièrement en matière de gestion de l’eau ? Telle est la question à laquelle ce livre cherche à répondre à partir de cas particuliers (…). » Dominique BOURG
Cet ouvrage, dirigé par Dominique Bourg et Ernst Zürcher, interroge la pertinence et l’efficacité des droits de la nature face aux limites du droit moderne de l’environnement, en particulier dans la gestion de l’eau. À partir de quatre études de cas – la lagune de Mar Menor en Espagne, les marais de Bourges, l’Assemblée populaire du Rhône et les écosystèmes forestiers –, il montre les insuffisances d’un droit anthropocentré, largement structuré par des logiques économiques. Le livre met en évidence l’échec des dispositifs juridiques classiques à protéger durablement les milieux vivants, comme en témoigne la dégradation de la lagune de Mar Menor. Face à ce constat, les auteurs explorent l’émergence des droits de la nature, en plein essor à l’échelle internationale depuis une quinzaine d’années. Ces droits ne visent pas à compléter le droit existant, mais à en transformer les fondements, en reconnaissant aux écosystèmes une existence juridique propre. Les études présentées analysent des expériences concrètes de gouvernance, associant scientifiques, citoyens et institutions, et expérimentant de nouvelles formes de décision intégrant les non-humains. L’ouvrage propose ainsi une réflexion à la fois théorique et empirique sur les conditions d’une refondation du droit, capable de prendre en compte les interdépendances du vivant et les exigences d’une nouvelle relation aux milieux naturels.

Dominique Bourg, philosophe et professeur honoraire à l’Université de Lausanne ; spécialiste des limites planétaires, il dirige également les collections audio Frémeaux / PUF. À ses côtés, Ernst Zürcher, ingénieur forestier et professeur émérite, apporte une expertise scientifique sur les écosystèmes forestiers et les relations entre forêts, eau et climat. La jeune recherche est représentée par Thomas Fabre, doctorant en philosophie, et Justin Soubanere, politiste, qui analysent droits de la nature et gouvernance écologique. L’ouvrage intègre aussi la société civile avec Laure Bonnevie, Agnès Golfier et Frédéric Pitaval, membres de l’association id·eau.

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jeudi 27 août 2026

Pascal Chabot : Nos vies encapsulées. Quel avenir pour l'humanité ?

PUF - Août 2026


Où êtes-vous en ce moment ? Probablement dans une capsule, objet technique total offrant autonomie, confort et connexion permanente dans lequel nos existences se sont peu à peu installées.
Cette vie encapsulée nous a permis d'aller plus vite, plus loin, de communiquer davantage, parfois même de nous sentir plus libres. Mais la promesse moderne d'émancipation semble aujourd'hui se retourner contre elle, pour produire narcissisme et dépendance. Continuons-nous vraiment d'exister dans ces capsules ? Ne serions-nous pas tous atteints de digitose, ce mal digital par excellence ?
Comme dans le mythe de la caverne, il nous faut apprendre à sortir de ces capsules, et à retrouver les liens subtils qui nous unissent au monde. À travers des exemples concrets - une couveuse, une mandarine dans une chambre d'hôtel, une capsule temporelle laissée par Baudelaire, un bar européen à Bruxelles -, Pascal Chabot explore les voies possibles d'une existence plus habitée et pose les questions philosophiques qui nous traversent : que désirons-nous devenir ? Et comment réinventer le progrès ?

Philosophe, Pascal Chabot est l'auteur d'une douzaine de livres parus aux Puf. dont Un sens à la vie (2024) et Global burn-out (2013, rééd. 2017). Son oeuvre, écrite dans une langue fluide et sensible, explore les métamorphoses du monde contemporain.

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Bernard Lahire : Pourquoi comprenons-nous le monde ?

 La découverte - Août 2026


S'il est loisible de méditer sur les mystères insondables du monde que nous habitons, le fait que la science parvienne à le rendre compréhensible devrait être un sujet d'étonnement. Pourquoi l'ingéniosité du vivant anticipe-t‑elle nos techniques ? Pourquoi les mathématiques les plus abstraites décrivent-elles le réel ? Conjuguant sciences sociales et sciences du vivant, Bernard Lahire remonte aux racines du réalisme pour élucider l'" éternel mystère " : pourquoi comprenons-nous le monde ?
Comment se fait-il que la nature ait déjà " inventé " tant de mécanismes que l'humanité s'efforce de concevoir techniquement ? À quoi faut-il attribuer cette analogie entre l'" ingéniosité sans ingénieurs " du vivant et l'ingéniosité intentionnelle humaine ? Comment expliquer que nos techniques efficaces aient souvent fourni des modèles de compréhension scientifique du monde ? De quel réalisme involontaire procèdent les mathématiques les plus pures lorsque, indépendamment de toute considération empirique, elles se révèlent adéquates pour saisir des phénomènes réels ?
Derrière ces questions apparemment différentes auxquelles Bernard Lahire s'attache à répondre dans ce livre se cache une énigme majeure : pourquoi comprenons-nous le monde ? Pour résoudre ce qu'Albert Einstein qualifiait d'" éternel mystère ", il faut résolument plonger vers les racines du réalisme, en faisant entrer dans la réflexion des faits tirés autant de l'histoire et de l'anthropologie des sciences et des techniques que de la biologie évolutive, de l'écologie, de l'éthologie, de la sociologie ou des neurosciences.
En revenant aux lois fondamentales du vivant, on prend alors conscience que la science et la technique prolongent culturellement des facultés sensorielles et cognitives issues de l'adaptation au monde dans lequel nous avons évolué. Dans le nouvel âge de l'ignorance que nous traversons, cette perspective nous rappelle que, loin d'être un luxe spéculatif ou une construction symbolique parmi d'autres, la connaissance scientifique s'ancre dans des contraintes réelles et nous permet de les maîtriser en vue d'assurer notre survie.

Bernard Lahire est directeur de recherche CNRS,professeur de sociologie à l'École normale supérieure de Lyon (Centre Max-Weber) et membre senior de l'Institut universitaire de France. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres, parmi lesquels Les Structures fondamentales des sociétés humaines (La Découverte, 2023), Savoir ou périr (Seuil, 2025) et Vers une science sociale du vivant (La Découverte, 2025).

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Emilien Ruiz, Clarisse Berthezène (dir.) : Une certaine idée du politique. Histoire, administration et démocratie

 Septentrion - Août 2026


Prenant acte de trois décennies de renouvellements historiographiques majeurs, cet ouvrage collectif défend une certaine vision de l'histoire politique. Interdisciplinaire, attentive aux pratiques des acteurs comme à la fabrique et aux usages des savoirs, elle doit aussi être consciente de son rôle dans la Cité. À travers une trentaine de contributions, historiennes et historiens, mais aussi juristes, politistes et sociologues montrent, sans prétendre à l'exhaustivité, à quel point les terrains de jeu de l'histoire politique se sont élargis depuis une trentaine d'années. Quatre grands domaines sont explorés du XIXe siècle à nos jours : l'État et son administration ; les régimes autoritaires et la démocratie ; l'importance du dialogue entre l'histoire et le droit pour comprendre le politique ; l'histoire politique hors les murs universitaires. Chaque chapitre présente ainsi une approche, une méthode, une interprétation du politique pour illustrer l'incontestable vitalité d'une historiographie pluraliste et toujours en mouvement.

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Jacques Rancière : Aisthesis. Scènes du régime esthétique de l'art

 La fabrique - Septembre 2026


Le terme « aisthesis » désigne le mode d’expérience selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très éloignées par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art. Du Torse du Belvédère analysé en 1764 par Winckelmann au décor des métayers de l’Alabama décrit en 1941 par James Agee, en passant par une visite de Hegel au musée de Munich, une conférence d’Emerson à Boston, une soirée de Mallarmé aux Folies-Bergère, une exposition à Paris ou à New York, une mise en scène à Moscou ou la construction d’une usine à Berlin, Jacques Rancière examine une quinzaine d’événements ou de moments, célèbres ou obscurs, où l’on voit se transformer la perception de ce qu’est l’art et ce qu’il fait. Les histoires et les philosophies de la modernité artistique qui font prime l’identifient à la conquête par chaque art de son autonomie, exprimée par des œuvres exemplaires qui se séparent à la fois de l’art du passé et des formes de la vie prosaïque. Quinze années de travail ont amené Jacques Rancière à des conclusions exactement inverses : le mouvement propre à la modernité esthétique, celui qui a soutenu les rêves de nouveauté artistique et de fusion entre l’art et la vie, tend à effacer les spécificités des arts et à brouiller les frontières qui les séparaient entre eux et les tenaient à l’écart de l’expérience ordinaire. Les quatorze scènes ici retenues, empruntées aux arts plastiques comme au théâtre, à la littérature comme au cinéma ou à la photographie, sont autant de témoignages de ce bouleversement dans l’expérience de l’art et de ses rapports avec la vie. On y apprend comment une statue mutilée peut devenir une œuvre parfaite, une image d’enfants pouilleux une représentation de l’idéal, une culbute de clowns l’envolée dans le ciel poétique, un meuble un temple, un escalier un personnage, une salopette rapiécée un habit de prince, les circonvolutions d’une robe de danseuse une cosmogonie et un montage accéléré de gestes la réalité sensible du communisme. Autant de moments où se brouillent les rapports admis entre l’art des esthètes, l’amusement du peuple, la description du monde vécu et sa transformation politique. Ces quatorze scènes dessinent une histoire de la modernité artistique bien éloignée du dogme moderniste.

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Didier Fassin : Ainsi pensait Michel Foucault. Enquête sur une philosophie pour notre temps

 La découverte - Août 2026


Après Leçons de ténébres, et à l'occasion du centenaire de la naissance de Michel Foucault, le nouveau cours de Michel Fassin au Collège de France.
L'œuvre de Michel Foucault jouit d'un rayonnement international et son influence n'a cessé de s'étendre dans de multiples disciplines et des domaines variés. Plus encore que ses concepts, tels que la biopolitique, la gouvernementalité, les problématisations, les régimes de vérité ou les techniques de soi, c'est le mouvement de sa pensée, son questionnement des évidences et sa démarche critique qui ont inspiré des générations de chercheuses et de chercheurs, y compris pour prospecter des territoires qu'il n'avait pas parcourus.
Reprenant le cycle de conférences qu'il a donné au Collège de France à l'occasion du centième anniversaire de la naissance du philosophe, Didier Fassin examine cette œuvre riche, multiforme, qui n'est exempte ni d'obscurités ni de contradictions, mais qui ne cesse de mettre à l'épreuve ce que nous croyons savoir. De la folie à la prison, du pouvoir au sujet, de la confession chrétienne à la répression de la sexualité, de l'affirmation d'une guerre des races à l'annonce de la fin de l'homme, il en analyse les grands thèmes, s'attachant également à saisir l'engagement tardif mais résolu de Michel Foucault dans des luttes collectives et son expérimentation audacieuse d'un reportage d'idées.
Ni exégèse de l'œuvre ni hagiographie de l'auteur, le livre explore cette pensée libre sans en éluder les points aveugles et les débats qu'ils ont suscités. Il en montre l'actualité dans les sciences sociales et les humanités et la pertinence pour appréhender les bouleversements du monde contemporain.

Didier Fassin est anthropologue, sociologie et médecin, professeur au Collège de France sur la chaire Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines et à l'Institute for Advanced Study de Princeton. Il est l'auteur de vingt-cinq livres traduits en douze langues, dont Leçons de ténèbres. Ce que la violence dit du monde (La Découverte, 2025), Une étrange défaite. Sur le consentement à la destruction de Gaza(La Découverte, 2024), et a dirigé une trentaine d'ouvrages collectifs, dont La société qui vient (Seuil, 2022).

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mercredi 26 août 2026

Yvon Quiniou : L'interprétation. De la religion à la pensée moderne

 L'Harmattan - Août 2026


Ce livre propose une réflexion critique sur la notion complexe d'interprétation, au-delà de Ricoeur, dans le champ de la réalité et de sa connaissance. Il part d'une critique de la religion comme interprétation fallacieuse de l'univers et de l'homme, qui a pourtant prétendu en fournir une vérité dogmatique. À l'inverse, il montre l'origine humaine de l'interprétation comme obstacle à la vérité, en tant qu'idéologie ayant pesé sur la philosophie elle-même depuis des siècles, selon Marx, tout en étant un fait social dont on peut comprendre la source et les effets.Mais l'interprétation s'est aussi transformée en source illusoire de connaissance chez Nietzsche, interprétant l'humanité à l'aune de la "volonté de puissance", avec ses méfaits humains naïvement revendiqués. Enfin, elle peut être aussi, paradoxalement, un instrument de connaissance à partir de Freud, qui interprète les comportements conscients en les déchiffrant à la lumière de l'hypothèse de l'inconscient. À la philosophie de s'inspirer de cette approche critique pour interroger la science elle-même, afin d'en extraire le sens implicite et de le formuler dans ses propres catégories. Loin de condamner l'interprétation en bloc, l'ouvrage en propose une relecture rigoureuse, distinguant ses usages idéologiques de ses potentialités cognitives, et invitant à une vigilance critique renouvelée.

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Jonathan Crary : L'attention en suspens. Crise de la perception dans la culture moderne

 Presses du réel - Août 2026


Dans cet ouvrage novateur, Jonathan Crary soutient que notre manière de regarder ou d'écouter attentivement le monde qui nous entoure résulte de transformations profondes de l'expérience perceptive, transformations qui remontent à la seconde moitié du XIXe siècle, et replace résolument la question de la contemplation esthétique dans le cadre d'une réflexion plus large sur la nature instable de la perception – en psychologie, en philosophie, en neurologie, dans les débuts du cinéma et en photographie.
Au cœur de son propos se trouve la nature paradoxale de l'attention moderne, condition essentielle de l'autonomie et de la créativité individuelles, mais aussi condition indispensable au bon fonctionnement des espaces économiques et disciplinaires, ainsi qu'à la consommation de masse et au spectacle. Se concentrant sur la période allant d'environ 1880 à 1905, Jonathan Crary examine les liens entre la modernisation de la subjectivité et l'expansion spectaculaire et l'industrialisation de la culture visuelle et auditive. L'ouvrage explore comment, en psychologie, en philosophie, en neurologie, dans les débuts du cinéma et en photographie, s'est opérée une prise de conscience collective de l'instabilité de la perception et la découverte que l'attention soutenue, loin de fixer ou de sécuriser le monde, conduisait à une dissolution perceptive et à une perte de présence.

Jonathan Crary (né en 1951) est professeur d'histoire de l'art et d'esthétique à l'université de Columbia, à New York. Co-fondateur de Zone Books, il est notamment l'auteur de L'Art de l'observateur, vision et modernité au XIXe siècle (1999) et de 24/7. Le capitalisme à l'assaut du sommeil (2014).

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