lundi 5 octobre 2026

Tristan Garcia : L'autorité est un chantage

 Climats - Octobre 2026


De "l'autorité", on commence en général par regretter la crise et le déclin. À rebours de ce lamento, ce livre de philosophie ne propose pas de nous soucier de la fin supposée de " l'autorité " en général, ni d'appeler à sa restauration. Il en appréhende plutôt une grande variété de formes à l'oeuvre dans notre vie psychologique et sociale. Avec la conviction que ce ne sont pas celles et ceux qui l'exercent et la rendent légitime, mais celles et ceux qui la subissent qui la connaissent le mieux, il attire notre attention sur les phénomènes charismatiques, les institutions et les grandes traditions, aussi bien que sur nos moindres manières quotidiennes de nous imposer et de nous justifier. Au fil de cette enquête, il sera donc question de l'ascendant supposé pris par Cortès sur Moctezuma, du canon des "oeuvres incon-tournables" de l'histoire de l'art occidental, du pouvoir des princes et de l'autorité du Pape... Mais on s'y intéressera également au simple fait de pointer du doigt, pour donner un ordre, à la domestication, au dressage ou aux débats sur l'éducation positive. De la profusion de ces formes d'autorité, évidentes ou plus inattendues, il se dégagera un motif commun : le chantage. Dilemmes et conflits de loyauté coincent la subjectivité. L'autorité ou le chaos : il faut choisir. Ce livre refuse résolument un tel choix. Délivré du souci de rendre l'autorité nécessaire au bon fonction-nement des sociétés humaines, il fait le pari inverse : désamorcer ensemble les logiques autoritaires sans cesse en train de se former.

Tristan Garcia est écrivain et philosophe. Professeur à l'École des Beaux-Arts de Paris, il est notamment l'auteur de La Meilleure Part des hommes (2008, prix de Flore), Faber (2013), 7 (2015, prix du livre Inter) etLa Vie électrique (Autrement, 2016).

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Bertrand Binoche (dir.) : Avec Pierre Macherey

 Classiques Garnier - Octobre 2026


Voici un portrait du philosophe en poulpe : il avance en lançant un tentacule pour s'emparer d'un objet, un autre pour se saisir d'un autre objet, et ainsi de suite ― chemin faisant, il témoigne d'un appétit considérable et progresse sans que l'on puisse prévoir où il va. De même, Pierre Macherey explore de nombreux continents, mû par la question : que signifie « faire de la philosophie ? » Car elle se fait et se défait : dans les textes de ceux qu'on nomme de grands auteurs (Spinoza, Hegel, Marx, Foucault) ; dans des institutions très diverses et très déterminantes (pas seulement l'Université) ; dans ses multiples dehors (la littérature ou les sciences humaines). Toujours, il s'agit d'apprendre à lire, de lire pour écrire et d'écrire pour faire penser.

Bertrand Binoche est professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre du Centre d'histoire des philosophies modernes de la Sorbonne. Ses recherches portent sur les Lumières, Nietzsche et les philosophies de l'histoire. Il a récemment publié Vouloir souffrir. Nietzsche en contexte ascétique (Paris, 2025).

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Françoise Lhéritier : L’identique et le différent (rééd.)

 Mikros - Octobre 2026


Tout a commencé en Auvergne, dans les savoir-faire du terroir et l’observation silencieuse des liens familiaux. De là est née une vocation : comprendre comment les sociétés humaines s’organisent, se transmettent, s’interdisent. Françoise Héritier a consacré sa vie à cette question. Spécialiste des systèmes de parenté, successeure de Claude Lévi-Strauss au Collège de France, elle a aussi porté l’anthropologie hors des amphithéâtres – sur le terrain africain, dans le débat public, aux côtés des malades du sida, dans les combats pour la parité. Dans ce dialogue avec la journaliste Caroline Broué, elle revient sur un parcours d’une rare générosité intellectuelle : la guerre, l’Afrique, le féminin et le masculin, la violence, l’inceste – et toujours, la conviction que comprendre les sociétés des autres, c’est apprendre à voir la sienne.

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dimanche 4 octobre 2026

Jean-Marc Moret : Lautréamont, un kantien méconnu

 Honoré Champion - Octobre 2026


Deux livres de haut niveau ont paru dans les dernières décennies, qui mettent en lumière l’influence que Kant a exercée sur la pensée française. Mais Lautréamont a passé entre les mailles du filet. Ce qui est compréhensible, car les Chants de Maldoror sont la dernière œuvre littéraire où l’on s’attendrait à trouver, fût-ce de manière cryptée, des réminiscences de la Critique de la raison pure. Les cours donnés à l’Université de Genève par Jeanne Hersch et René Schaerer familiarisèrent Jean-Marc Moret avec le philosophe de Königsberg dont il n’eut ensuite de cesse de consulter l’immense littérature. À sa première lecture de Lautréamont il constata, avec une certaine stupéfaction, les corrélations entre les deux auteurs. Décidément, Lautréamont n’en finira jamais de se jouer de nous, quand nous croyons l’avoir définitivement mis au jour.

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Mental n°53 – Septembre 2026, Revue européenne de psychanalyse

 Eurofédération de psychanalyse (EFP) - Septembre 2026


Dit-mension européenne
France Jaigu

Le 26 septembre 1939 à Londres, Stefan Zweig prononce l’éloge funèbre de Freud. Saluant la mémoire de celui qui s’est aventuré « dans les terres vierges jusqu’à son dernier jour », l’écrivain évoque une œuvre « vivante […] devenue une légende impérissable dans toutes les langues, et ce au sens le plus littéral, car quelle langue pourrait désormais se passer, se priver des concepts, des mots qu’il a arrachés au crépuscule de la semi- conscience ? » 1 Alors que l’Europe s’apprête à vivre les heures les plus sombres de son histoire, l’hommage, vibrant, témoigne de l’enthousiasme que Zweig affichait quelques années plus tôt quand, écrivant à Freud, il avouait sentir « que l’heure est proche où votre exploration de l’âme […] deviendra un bien universel, une science de dimension européenne 2 ».
Où en est la psychanalyse un siècle après cette prédiction ? En 1959, relevant la réplique d’Horatio à Hamlet – There needs no ghost, my lord, come from the grave, to tell us this –, Lacan constate que s’agissant « du thème œdipien, nous en savons, nous, déjà long 3 ». Nul besoin en effet d’un fantôme sorti de son tombeau pour nous révéler ce qui, à l’instar de la phrase d’Horatio, maintes fois citée par Freud, comme le rappelle Lacan, « fait proverbe 4 ».
Zweig aurait donc vu juste : les signifiants de la psychanalyse ont pénétré le discours courant. Ils circulent, indéniablement. Mais sommes-nous, pour autant, « soumis au pouvoir de [leur] esprit 5 » ? Le croire, ce serait méconnaître le ravalement auquel ils ont été soumis, ravalement à la mesure de celui que subit la psychanalyse, attaquée par le lobby scientiste, réduite, quand elle n’est pas tout bonnement rayée de la carte, à une banale psychothérapie.
À l’heure où l’Europe est pressée de s’unir pour faire face à de nouveaux défis internationaux, nous n’oublions pas que l’existence de l’inconscient dépend de l’attention que chacun lui porte. Ainsi est-ce aux analystes des écoles de l’EuroFédération qu’il incombe de veiller à ce que la psychanalyse – dans le tranchant que lui a donné Freud – ne se cantonne pas à quelques « happy few 6 », qu’elle continue à se déployer sur les terres de sa naissance et au-delà. La rédaction de Mental, en proposant une nouvelle formule où chacune des rubriques fait signe à notre héritage européen commun, entend contribuer à ce combat.

1. Zweig S., « Sur le cercueil de Sigmund Freud », Sigmund Freud. La guérison par l’esprit, Paris, Le livre de poche, 2010, p. 146.
2. Freud S., Zweig S., Correspondance, Paris, Rivages poche, 1991, p. 30.
3. Lacan J., Le Séminaire, livre vi, Le Désir et son interprétation, texte établi par J.-A. Miller, Paris, La Martinière/Le Champ freudien, 2013, p. 288.
4. Ibid
5. Zweig S., « Sur le cercueil de Sigmund Freud », op. cit.
6. Cf. Miller J.-A., « Assemblée générale de l’EEP, Ouverture, Paris, Palais des congrès, 2 octobre 1992. », Mental, no 53, p. 11.

Sommaire

Dit-mension européenne, France Jaigu

L’orientation lacanienne

Assemblée générale de l’EEP, Ouverture,

Paris, Palais des congrès, 2 octobre 1992,

Jacques-Alain Miller

Rapport du Délégué général, Jacques-Alain Miller

Études freudiennes

Variétés et variation du comique chez Freud, Lilia Mahjoub

Freud face au Sphinx, Vilma Coccoz

La non-séparation douloureuse de l’Homme aux loups,
Gil Caroz

Varia

La vérité se parle, Patricia Bosquin-Caroz

Radiographie de la vérité, Miquel Bassols

Vérité, sœur de jouissance, Nathalie Laceur

Les fictions d’une vie, France Jaigu

Couverture, manteau, noyau, Deborah Gutermann-Jacquet

Vers un peu de réel, Simone Barbagallo

La dictature du bien-être, Xavier Giner Ponce

Éducation européenne

L’idée européenne d’éducation et de civilité, Lucien Jaume

Après babel

Trad(u)ire ?, Antonio Di Ciaccia

Traduire Lacan, Jérôme Lecaux

La psychanalyse en Europe

Exercice démocratique et parole en psychanalyse,
Laura Sokolowsky

La clinique

N’être pas comme, Yves Vanderveken

À l’ombre du couple, Nassia Linardou

Espace vide, Peggy Papada

Adriano et son « Gnu », Maria Anna Gentile

Le cabinet de lecture

L’Étrange Défaite de Marc Bloch par Jean-Claude Encalado

The Restlessness of the Imaginary. Ethics of the gaze
de Pietro Bianchi par Marco Focchi

Feeling Singular. Queer Masculinities in the Early United
States de Ben Bascom par Cyrus Saint Amand Poliakoff

Qui a peur du genre ? de Judith Butler par Élise Etchamendy


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Theodor W. Adorno : Introduction à la dialectique

Klincksieck - Octobre 2026


Dans ce cours du semestre d’été 1958, Adorno propose une introduction générale à la pensée dialectique qui désamorce les différents préjugés faisant obstacle à la lecture de Hegel. Il ambitionne d’éclairer les enjeux philosophiques toujours actuels des grands thèmes associés à l’idée de philosophie dialectique.
Comparable aux Trois études sur Hegel qui paraîtront en 1963, et dont la première a été publiée en 1957, ce cours s’en distingue toutefois car le philosophe de Francfort commente ici les textes de Hegel de manière plus didactique, précise et nuancée en cherchant à rendre ses auditeurs sensibles à la pluralité des interprétations possibles. Il met également en garde contre les dévoiements de la pensée dialectique dans le marxisme officiel dudit « socialisme réel » et dans les interprétations ontologiques et théologiques de Hegel.
Ce cours permet surtout aux lecteurs de pénétrer le laboratoire où s’est inventé le concept de
« dialectique négative » dont l’exposition ultime sera l’un des objectifs majeurs de l’ouvrage éponyme, Dialectique négative, publié en 1966, dont de nombreux thèmes et arguments sont ici rendus accessibles. On trouve indéniablement dans ce cours l’une des tentatives les plus impressionnantes pour défendre la pensée dialectique et faire valoir son inégalable fécondité y compris, et surtout, là où elle s’écarte le plus de nos manières habituelles de pratiquer la philosophie et les sciences sociales.

Édité par Christoph Ziermann. Traduit par Franck Fischbach et Emmanuel Renault.

Philosophe, sociologue, compositeur, musicien et musicologue, Theodor Wiesengrund Adorno (1903-1969) est l'un des principaux représentants de l'école de Francfort (philosophie), au sein de laquelle a été élaborée la « Théorie critique » (Théorie esthétique, traduction française : Klincksieck, 1985), et de la seconde école de Vienne (musique), théoricien de la « Nouvelle Musique ».

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samedi 3 octobre 2026

Fanny Lederlin : L'ersatz. L'ère du toc

 PUF - Octobre 2026


« Ersatz : L'Ère du toc » Ersatz. Le mot vient de la langue allemande et signifie « produit de substitution ». En comblant le manque par la profusion de substituts fallacieux, et en s'imposant comme un intermédiaire numérique incontournable entre le monde et nous, l'ersatz nous empêche d'avoir prise sur notre environnement aussi bien que sur les évènements qui y surgissent. Comment sortir de cette ère du toc ?

Docteure en philosophie politique et autrice, Fanny Lederlin réfléchit à des manières de penser et d'agir capables d'ouvrir des espaces de viabilité, de beauté et de liberté dans un monde abîmé et dominé par des logiques instrumentales.

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Roxanne Breton : Trois fois rien. Blanchot. Deleuze. Hegel

 PU Paris-Ouest - Octobre 2026


Maurice Blanchot, obscur pour rien, et Gilles Deleuze, précis pour rien, écrivent la réponse paradoxale de la philosophie française contemporaine à l’invitation immémoriale de Hegel.
Aller plus loin que la dialectique ? C’est trois fois rien. Maurice Blanchot, obscur pour rien, et Gilles Deleuze, précis pour rien, écrivent la réponse paradoxale de la philosophie française contemporaine à l’invitation immémoriale de Hegel. Par l’écriture, par le concept, celle du neutre, celui de l’événement, ces curieux interlocuteurs du maître moderne de la dialectique cherchent ici en littérature, ici en philosophie, à réduire au silence son appel toujours en attente. Le paradoxe, qu’il désœuvre ou qu’il refonde, dit les limites dont s’autorise la pensée de l’écrivain et du philosophe pour ne dire, écrivant, rien de rien. C’est indistinctement épuisant et héroïque. Et peut-être même autrement dialectique. D’une dialectique avant la dialectique, primitivement nommée antilogie, qui recueillerait en elle de tout temps les voix singulières qui voudraient s’arracher du bruit. Pour cela, il suffit de rien. Et c’est déjà beaucoup.

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Alexandre Billon : Le négationnisme scientifique

 Eliott - Octobre 2026


Pourquoi, au XXI? siècle, des millions de personnes pensent-elles encore que les vaccins sont dangereux, que le climat ne se réchauffe pas ou que la Terre est plate ? La réponse facile – ils seraient incultes, irrationnels ou manipulés – ne tient pas. Les enquêtes le montrent : les négationnistes connaissent les arguments des scientifiques, ils les ont lus, ils ne sont pas crédules. Et ils continuent à dire non. Dans cet essai, Alexandre Billon propose une thèse aussi inconfortable que stimulante : le négationnisme scientifique n'est pas un vestige obscurantiste, c'est un enfant des Lumières. Né à la Révolution française, quand les sciences sont devenues trop complexes pour rester accessibles au peuple, il exprime une révolte démocratique contre une expertise jugée confisquée. Une révolte délétère, certes – mais étonnamment raisonnable. En convoquant la philosophie des sciences, l’histoire, la psychologie et l'épistémologie sociale, ce livre déplace radicalement le regard. Il distingue le négationnisme du complotisme, montre ses liens avec le populisme politique, et conclut par une question vertigineuse : si nous ne pouvons plus combler le fossé entre la science et les citoyens, sur quoi peut encore reposer notre démocratie ? Un essai limpide qui parlera à quiconque s'est déjà senti désemparé devant un proche qui ne croit plus aux experts.

Alexandre Billon, philosophe, écrivain et poète, est maître de conférences à l’Université de Lille. Outre ses recherches en métaphysique, il est l’auteur de deux livres de poésie, Lettres d’une île (2017) et Comptines de l’inexistence (2021). Il a récemment publié un roman remarqué, Le tutoiement des morts, et l’essai Tout près des choses, chez Éliott.

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Vincent Duclert : La philosophie contre l'antisémitisme. Ce que l’histoire nous apprend

 PUF - Octobre 2026


À la fin du XIXe siècle, l'affaire Dreyfus marque une rupture déterminante dans la haine des juifs. L'arbitraire politique, les attaques contre les libertés individuelles et les menaces contre ce peuple sans État sont alors portés à leur comble avec l'affirmation d'une doctrine sociale, nationale et raciale : l'anti-sémitime. Mais l'Affaire a aussi été la scène d'une lutte inédite contre cette terreur moderne, avec l'engagement d'une rare mais courageuse minorité d'esprits libres. Ces premiers combats sont autant de modèles pour l'avenir, condition de la survie des sociétés démocratiques.
Si l'histoire de l'antisémitisme a été très largement étudiée, celle des mobilisations contre l'antisémitisme demeure méconnue. Centré sur l'affaire Dreyfus, et donnant largement la parole à ses acteurs, ce livre questionne aussi notre temps, dominé par le défi d'affronter une nouvelle fois cette idéologie de la destruction. L'importance de ces luttes réside dans le soubassement philosophique qui les anime. Il n'en est que plus urgent de retrouver l'histoire, de l'écrire et de la faire.

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Christophe David : Introduction à Günther Anders

 La découverte - Octobre 2026


Longtemps prophète de malheur, Günther Anders est devenu le philosophe de notre présent. De la honte face aux machines à l'aveuglement devant la catastrophe nucléaire ou climatique, il montre l'obsolescence d'un humain dépassé par sa propre puissance technique. Il est celui qui nous permet de comprendre pourquoi nous sommes à la fois techniquement des géants et moralement des nains.
Cet ouvrage est le premier en langue française à donner une vue d'ensemble de la vie et de l'œuvre de Günther Anders (1902-1992), en s'appuyant sur les textes publiés et d'autres inédits, déposés au Literaturarchiv de Vienne. Si Anders est connu pour ses engagements (contre le nazisme puis le néonazisme, le nucléaire militaire puis civil et la guerre du Vietnam), sa philosophie de la technique, que déploient les deux tomes de L'Obsolescence de l'homme publiés respectivement en 1956 et 1980, repose sur une philosophie de la culture elle-même soutenue par une anthropologie philosophique. Sans former un système, cette œuvre profonde et stimulante présente une grande cohérence, dont elle tire sa puissance. C'est de cette cohérence et de cette force que ce livre rend compte, en éclairant les principaux concepts d'Anders. Anders est l'un des principaux penseurs, aux côtés de Lewis Mumford et Jacques Ellul, à avoir montré que plus la technique gagnait en autonomie, plus les humains perdaient en liberté.

Maître de conférences en philosophie à l'université Rennes 2, Christophe David a traduit de nombreux ouvrages de Günther Anders, Walter Benjamin et Theodor W. Adorno. Il a coédité le volume collectif Walter Benjamin en exil : entre expérience et pauvreté (avec Florent Perrier, Pontcerq, 2025) et a réuni, traduit puis préfacé les textes qu'Anders a consacrés à Sartre : Sur Sartre (Fario, 2026).

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Charles Bobant, Élodie Boublil & Charles-André Mangeney (dir.) : La vie

 Vrin - Octobre 2026


S’il peut sembler évident que la « vie » constitue, depuis maintenant plus d’un siècle, l’une des prérogatives principales de l’analyse phénoménologique – sinon son thème de prédilection – et ceci à tel point que Renaud Barbaras a pu déclarer que « la phénoménologie est toujours une phénoménologie de la vie », il semble néanmoins que la thématisation phénoménologique de cette notion aura fait montre d’un grand nombre d’ambiguïtés et de glissements sémantiques provoqués par une inflation sans pareil de son usage analogique et métaphorique. Défendre, par exemple, l’existence d’une « vie transcendantale », est-ce réinscrire la subjectivité phénoménalisante dans son appartenance naturelle et biologique, ou au contraire élever cette naturalité à la transcendantalité? Dans quelle mesure peut-on, par suite, apercevoir l’œuvre d’une véritable vitalité dans les prestations phénoménologiques des sujets? Dans quelle mesure les réflexions phénoménologiques contemporaines sur la générativité, l’historicité des formes de vie et leur phénoménalité différentielle, infléchissent ou non le sens de cette transcendantalité? Y a-t-il, en somme, un concept proprement phénoménologique de « vie », et que peut-il nous apprendre de la manière dont nous concevons nos rapports aux vivants et plus encore, que peut-il faire à la manière dont nous envisageons nos rapports à ce monde en tant qu’il porte l’ensemble des ressources sans lesquelles cette « vie » ne sera plus possible?

C’est à ce type de question, et à d’autres encore, que s’attellent les contributions ici réunies, contributions qui ont été communiquées dans le cadre de la seconde biennale internationale de la Société Francophone de Phénoménologie qui a eu lieu à Université Côte d’Azur en 2025. Ces contributions sont suivies de la retranscription de la table ronde réunissant Renaud Barbaras et Étienne Bimbenet, à l’initiative de Grégori Jean (hôte) et d’Alexander Schnell et qui a pu voir le jour grâce à la collaboration entre la Société Francophone de Phénoménologie, Université Côte d’Azur et le Collège Doctoral « Nouvelles Phénoménologies dans l’Espace Franco-Allemand (Nice – Wuppertal – Prague – Leuven) ».

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Frédéric Worms : L'urgence la plus vitale

 PUF - Octobre 2026


Ce livre est porté par une conviction et une urgence. La vie, la science, et la démocratie : ces trois principes majeurs de notre société sont aujourd’hui menacés. Ils sont pourtant notre unique boussole, qui a permis à notre humanité d’avancer, de résister et de s’orienter. C’est à ce titre qu’ils doivent être défendus et figurer au cœur de l’action collective, quitte même à en faire notre nouvelle devise : « Science, Vie, Démocratie ».
Nourri de son parcours personnel, cet ouvrage ne s’en tient pas à une déclaration d’intention. Fin de vie, rôle des sciences humaines face aux conflits, lien entre la recherche fondamentale et les défis planétaires : sur tous ces thèmes, Frédéric Worms revient sur ses expériences passées au sein du Comité national d’éthique et à l’Ecole normale supérieure, et fixe un cap éthique et politique clair. Car pour faire face aux nombreuses crises contemporaines (climatique, énergétique, politique, sanitaire), il est nécessaire de s’orienter dans (et entre) les urgences.
La route est certes longue, difficile, critique, mais elle aussi stimulante, vitale et joyeuse.

Frédéric Worms est professeur de philosophie à l’École normale supérieure, membre du Comité consultatif national d’éthique et directeur du Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine. Ses travaux portent particulièrement sur deux grands axes : Spécialiste d’Henri Bergson, il dirige aux Puf l’édition critique des œuvres de Bergson, la collection « Philosophie française contemporaine », ainsi que les Annales bergsoniennes. Travaillant sur la philosophie du soin et l’éthique médicale, il dirige aux Puf la collection « Questions de soin » et il préside, depuis sa création en janvier 2016, le conseil scientifique de la chaire de philosophie de l’Hôtel-Dieu dont la titulaire est Cynthia Fleury.

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vendredi 2 octobre 2026

Avital Ronell : America. Continent trouble de la pensée

Klincksieck - Octobre 2026


Tour à tour référence matérielle et phantasme historique, l’Amérique, site d’une pulsion de mort nationale, a fini par sortir de ses gonds et constituer une menace mondiale. Si le chemin destructeur sur lequel elle est engagée a été ouvert par certains suprémacismes philosophiques, il a aussi été marqué par d’autres types de pensée, notamment la psychanalyse. En tant qu’objet de phobie ayant à la fois rebuté et fasciné poètes et philosophes des deux côtés de l’Atlantique, l’« Amérique » opère comme un philosophème qu’on retrouve aussi bien dans la pensée de Marx que de Nietzsche, Rilke, Freud, Heidegger, Arendt, Cavell, Pasolini et Derrida.
Cet essai retrace le traumatisme non résolu d’une Allemagne déplacée en Amérique à la fois sous la forme d’une souveraineté prédatrice et d’une zone de danger philosophique. Le livre s’ouvre sur une analyse de l’« affreux Américain », selon l’expression d’Arendt, en répertoriant les désaveux qui définissent l’emprise nihiliste des États-Unis et leur divorce inaccompli avec la « vieille Europe ».

Avital Ronell, philosophe, est professeure de sciences humaines et de littérature comparée à l’université de New York, où elle a animé pendant dix ans un séminaire annuel avec Jacques Derrida. Au nombre de ses publications récentes figure La Plainte (traduit par Vincent Broqua et Stéphane Vanderhaeghe). Son oeuvre est mise en lumière par un film récent, « Surviving Derrida: A Politics of Friendship with Avital Ronell in Six Parts » (réalisé par Jesús-Mario Lozano), avec notamment Anne Dufourmantelle, Pierre Alferi et Suzanne Doppelt.

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Sylvain Delcomminette : L'Âme, la connaissance, la dialectique. Études platonicienne

 Les belles lettres - Octobre 2026


Les études rassemblées dans ce volume, rédigées au cours des vingt dernières années, témoignent toutes d’une interprétation unitaire de la philosophie platonicienne qui cherche à prendre au sérieux l’identification que celle-ci opère entre la connaissance et la dialectique ancrée dans le désir du bien. Pour ce faire, elles cherchent d’abord à comprendre comment Platon, en définissant l’âme comme un mouvement automoteur, en fait à la fois le principe de vie, le lieu de la pensée et le fondement de la liberté. Elles prennent ensuite la mesure de l’assimilation de la connaissance à une faculté radicalement différente de l’opinion et dont l’exercice est l’intelligence. Elles s’attachent enfin à circonscrire exactement ce que Platon appelle (et n’appelle pas) « dialectique », et les rapports qu’entretiennent ses différentes figures (réfutation, maïeutique, méthode de rassemblement et de division). Ce parcours permet ultimement d’éclairer les raisons pour lesquelles Platon place au sommet de sa pensée l’Idée du bien, justifiant la caractérisation de sa philosophie comme une « agathologie ».
Parmi les dix-huit articles ici réunis, quatre sont totalement inédits, trois sont des traductions françaises de textes parus dans d’autres langues et plusieurs autres étaient devenus difficilement accessibles.

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Jacques Rancière : Le philosophe et l'archive. Dialogues sur l'histoire

 Presses de SciencePo - Octobre 2026


Édité par Vianney Griffaton, Samuel Hayat

Organisé autour d'un grand entretien et d’un texte inédit de Jacques Rancière, accompagné d’une étude sur la période historienne de son œuvre éclairée par ses archives personnelles, ce livre donne la parole à des historiennes qui ont suivi son parcours et travaillé avec lui. Lire la suite
Jacques Rancière, intellectuel français parmi les plus reconnus internationalement pour ses recherches sur la politique et l'esthétique, est aussi l’un des philosophes qui s’est le plus directement engagé dans un travail d’historien. Depuis sa thèse sur les prolétaires français du xixe siècle (La Nuit des prolétaires, 1981) jusqu’à ses réflexions sur l’écriture de l’histoire (Les Mots de l’histoire, 1992), puis dans ses travaux suivants, sa philosophie a été marquée par la discipline historique et par la confrontation à son matériau principal, l’archive. Organisé autour d’un grand entretien mené par Vianney Griffaton et d’un texte inédit de Jacques Rancière, accompagné d’une étude sur la période historienne de son œuvre éclairée par ses archives personnelles, ce livre donne la parole à des historiennes qui ont suivi son parcours et travaillé avec lui, parfois étroitement, Arlette Farge, Geneviève Fraisse et Michelle Perrot, ainsi qu’à une historienne et à un politiste, Déborah Cohen et Samuel Hayat, qui s’inspirent de son œuvre dans leurs travaux. Ce faisant, c’est un Jacques Rancière historien dont on découvre ici l’influence sur les manières de faire et de penser l’histoire.

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Onur Erdur : L'Ecole du Sud. Les racines coloniales de la French Theory

 Philosophie magazine éd. - Octobre 2026


Et si la French Theory était née au Sud ? Dans cet essai-enquête, Onur Erdur révèle l’influence décisive des expériences coloniales sur la formation des penseurs majeurs de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Bourdieu, soldat en Algérie ; Lyotard, professeur à Constantine ; Derrida et Cixous nés en Algérie ; Barthes et Foucault en quête d’expériences sexuelles en Afrique du Nord ; Balibar et Rancière, hantés par la guerre d’indépendance algérienne : autant de trajectoires qui dessinent une autre géographie de la pensée française. En huit portraits incisifs, L’École du Sud montre qu’ils ont tous élaboré leurs concepts au cœur d’un monde colonial souvent laissé hors champ. En dévoilant cet angle mort – celui de l’expérience coloniale française, mais aussi des intellectuels qui en ont été les témoins, les acteurs ou les héritiers – Erdur éclaire une part refoulée de la pensée française, indispensable pour comprendre les débats qui traversent aujourd’hui notre société.

Onur Erdur est historien. Docteur de l’Université de Zurich, il enseigne à l’université Humboldt de Berlin.

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Walter Benjamin : Correspondance I - 1910-1928

 Editions de l'Eclat - Septembre 2026


Les deux volumes de la correspondance de Walter Benjamin, édités en 1966 et préfacés par Gershom Scholem et Theodor W. Adorno, proposent un choix de plus de 300 lettres, écrites entre 1910 et 1940. L’édition française a paru pour la première fois en 1978. La traduction avait été réalisée par Guy Petitdemange qui clôturait le volume par une courte postface intitulée « Treize facettes de Walter Benjamin au fil de ses lettres». L’ensemble a été révisé et mis à jour pour notre édition par Pierre Rusch, qui comprend un corpus de lettres de 1913 à Ludwig Strauss sur la question du sionisme, qui a été retrouvé après la première édition allemande et n’a pu être intégré dans les éditions successives.

Même si cette édition est incomplète par rapport à la grande édition allemande en six volumes établie par Christoph Gödde et Henri Lonitz (Suhrkamp, 1996), elle a le mérite d’avoir été éditée par deux proches amis de Benjamin, et leurs notes témoignent de cette amitié aussi fidèle que compliquée et de «l'exceptionnelle aisance dans le genre épistolaire qui lui était comme naturelle» écrit Scholem. Elle éclaire en tout cas suffisamment et d’un jour nouveau l’œuvre de Benjamin qui a marqué durablement la pensée du 20e siècle et est chaque jour redécouverte par une nouvelle génération de lecteurs et d'exégètes. La liste des correspondants donne bien la mesure de son importance: outre les deux éditeurs, dont plusieurs lettres sont également reproduites, on trouve Hannah Arendt, Hugo von Hoffmansthal, Bertolt Brecht, Max Horkeimer, Martin Buber, Adrienne Monnier, Rainer Maria Rilke etc. Toute la pensée du 20e siècle est là, avec son cortège de drames et d’espérances.

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