mercredi 12 août 2026

Alain le Gallo (dir.) : L'acte de parole

 Mare et Martin - Août 2026


L'anecdote fameuse d'Ésope, prié par son maître de lui préparer le meilleur des plats possible et lui cuisinant de la langue – puis le pire, qui se révèle être aussi de la langue, rappelle que comme tout instrument humain essentiel, la parole peut à la fois relever de l'utile et du nuisible. Mais c'est précisément qu'elle est instrumentalisation de la langue, en soi tout aussi neutre que la viande. Aussi les linguistes se gardent-ils de confondre langue et parole, faisant de la première un système conventionnel de signes propre à un groupe de locuteurs, et de la seconde une appropriation individuelle de cet outil, ou plutôt de cette boîte à outils dans laquelle l'individu opère des choix personnels. C'est ce dernier composant du langage qui fait l'objet du présent volume, au double titre d'acte puisqu'il est accaparement de l'attention, et que par ailleurs, comme l'a montré un livre célèbre d'Austin, la parole une fois prise peut aussi être en soi un acte, ou l'équivalent d'un acte. Ces deux perspectives, l'acte de parler et la parole comme acte, sont à la croisée des domaines philosophique, littéraire, linguistique bien évidemment, juridique, politique, spirituel et religieux. Le sujet est ardu, ses difficultés tenant à l'analyse de la parole par elle-même, si tant est qu'on ne pense qu'en parlant. « Ce qui s'exprime dans le langage, nous ne pouvons l'exprimer par le langage », rappelle Wittgenstein, tout en précisant que ce n'est pas grave puisque la logique du langage « se montre » dans le langage même, qui n'a rien de mystérieux : l'homme parle – et puis c'est tout. Cela fait partie de sa « forme de vie ». Ainsi averti, on ne s'en efforce pas moins ici d'approfondir la question de la parole et de sa singularité, notamment d'effets mais aussi de mise en oeuvre, par rapport au langage.

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mardi 11 août 2026

Paul Ricœur : L'Imagination. Cours à l'Université de Chicago (1975)

 Seuil - Août 2026 - Points


En 1975, Paul Ricœur donne deux séries de cours en anglais sur l’imagination à l’Université de Chicago. La première, consacrée à la part sociale et politique de l’imagination, a été publiée sous le titre L’Idéologie et l’Utopie (Seuil, 1997). Il aura fallu attendre longtemps pour que le second volet, portant sur l’imagination individuelle, soit accessible et sa publication autorisée à titre posthume.
Les dix-neuf leçons, dont le texte a été établi à partir des enregistrements des cours et des notes de Ricœur par une équipe d’éditeurs de l'université de Chicago, sont accompagnées d’un appareil critique complet.
Cette question de l’imagination n’a cessé de le préoccuper, mais, paradoxalement, il n’y a jamais consacré d’ouvrage. Paul Ricœur parcourt la tradition philosophique sur l’image et l’imagination, souvent réduites à leur fonction reproductrice ou mimétique, pour proposer in fine une véritable théorie de la fiction dans laquelle l'imagination créatrice est au cœur de l’agir humain.

Paul Ricœur (1913-2005) - Il est l’un des philosophes les plus importants du XXe siècle. Il a notamment publié, chez Points, Soi-même comme un autre (1996), La Métaphore vive (1997), ??La Mémoire, l’Histoire,l’Oubli (2003), L'Idéologie et l'Utopie (2005) et Le Conflit des interprétations (2013).

Traduit de l'anglais et préfacé par Jean-Luc Amalric

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lundi 10 août 2026

Guillaume Gaston Nguemba : La modernité politique et ses fondements. Esquisse d’une théorie constructiviste de l’État

 Ibidem - Août 2026


L'auteur montre comment Rousseau et Hegel ont contribué à façonner la modernité en affrontant, souvent à rebours de leur époque, les enjeux complexes de la rationalité politique, notamment ceux relatifs à l'universalité de l'État. Le livre souligne que, si leurs pensées ont traversé le temps, ce n'est pas parce qu'elles seraient infaillibles, mais parce qu'elles demeurent fécondes pour renouveler la réflexion politique contemporaine. L'ouvrage met en avant leur conception de l'État comme totalité éthique, ou ' Moi moral ', et en dégage deux principes fondamentaux : le devenir-sujet et le devenir-libre. L'auteur explique que l'État rationnel résulte de la réconciliation de ces deux dynamiques. Il soutient toutefois que seule la démocratie, comprise comme communauté fondée sur les droits naturels, peut concrètement accomplir cette synthèse. Le livre traite également de l'État comme communauté historique consciente, dont l'effectivité repose sur la volonté et la liberté des individus. Dans cette perspective, l'auteur développe une approche constructiviste visant à penser une modernité politique affranchie de l'historicisme. Il affirme que la raison humaine subjective doit pouvoir fonder la législation et que l'État naît de l'action collective plutôt que d'une nécessité abstraite. Enfin, l'ouvrage présente la politique comme une ?uvre collective permanente, inscrite dans un processus continu de construction historique.

Guillaume Gaston Nguemba est enseignant-chercheur à l’Université de Maroua au Cameroun, auteur de plusieurs publications en Éthique et Philosophie Politique, directeur de la collection « La modernité politique et ses crises » chez ibidem.

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David Puaud : Foucault avant Foucault. Archéologie d'une jeunesse

 Denoël - Septembre 2026


À l'occasion du centenaire de la naissance de Michel Foucault, première enquête sur la jeunesse de l'un des penseurs les plus influents du monde contemporain. Raconter les années de formation de Michel Foucault, c'est comprendre comment une pensée prend forme. Il est étonnant de voir à quel point les thèmes qui jalonnent son oeuvre - la psychiatrie, la religion, le système carcéral, le pouvoir arbitraire - sont inscrits dans les murs, les sols et l'histoire de sa ville natale, Poitiers. Avec le jeune Michel, nous entendons les murmures de la maison familiale rue Arthur-Ranc, nous arpentons les couloirs de la clinique de Pont-Achard où travaille son père, les salles feutrées de l'Institut Larnay, école pour enfants sourds-muets-aveugles, les pierres silencieuses de l'abbaye de Ligugé qui abrite un vaste réseau de Résistance. Ces lieux originels sont plus qu'un simple décor, ils contiennent en germe une pensée qui connaîtra un retentissement mondial. David Puaud marche dans les pas de Foucault et feuillette la ville comme un livre : institutions, rituels et rencontres, autant de traces et de fantômes qui éclairent la genèse d'une pensée appelée à irriguer durablement les sciences humaines et sociales.

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vendredi 7 août 2026

Vincenzo Ferrone : Les Lumières. Une révolution culturelle

 Classiques Garnier - Août 2026


Révolution culturelle, les Lumières doivent être envisagées comme un laboratoire de la modernité qui a transformé l'histoire de l'Occident. En créant un pouvoir intellectuel puissant, porteur d'une critique radicale de tous les savoirs dominants, les Lumières visaient à promouvoir « l'humanité de l'homme ». Pendant la période la plus féconde de ce mouvement, qu'on appelle les Lumières tardives, ces valeurs et idéaux politiques entrèrent en lutte contre l'Ancien Régime, la traite des esclaves et l'impérialisme colonial moderne, se heurtant aux trahisons inattendues des révolutions atlantiques. L'historien Vincenzo Ferrone livre ici une synthèse magistrale qu'il met en perspective avec les enjeux actuels de cet héritage.

Vincenzo Ferrone est historien de l'Ancien Régime et des Lumières, disciple de Franco Venturi. Professeur émérite d'histoire moderne de l'Université de Turin et membre de l'Accademia nazionale dei Lincei, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les Lumières traduits dans plusieurs langues, notamment le Dictionnaire historique des Lumières (Paris, 1999), co-dirigé avec Daniel Roche.

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jeudi 6 août 2026

Joseph Delaplace : Musique et Inconscient. Du mythe à la répétition

 Classiques Garnier - Août 2026


La musique constitue l'un des lieux privilégiés où se donnent à percevoir, dans l'épreuve sensible, des processus qui excèdent le représentable et le dicible. Dans cet ouvrage, l'inconscient est envisagé comme dynamique orientant le désir, structurant le sujet et travaillant les formes symboliques, plutôt que comme simple réservoir du refoulé. Du signe au corps, l'auteur interroge l'inhibition freudienne face à la musique, explore les rapports entre musique, langage et mythe, en dialogue avec la psychanalyse, l'anthropologie et l'esthétique, puis envisage la voix, le geste et la répétition comme opérateurs esthétiques majeurs pour repenser les liens entre désir, temporalité et création musicale.

Joseph Delaplace est professeur à l'université Rennes 2 (département de musique / unité de recherche « Arts : pratiques et poétiques »), dont il a dirigé l'UFR Arts, lettres et communication, ainsi que le département de musique. Ses recherches portent sur l'analyse et l'esthétique des musiques du XXe siècle, ainsi que sur les approches transdisciplinaires de l'acte créateur.

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mardi 4 août 2026

Yi-Huei Jiang : L’usage des mythes en philosophie politique. Une étude comparative entre Platon et le confucianisme

 Academia - Août 2026


À travers une lecture transculturelle de la République et du Mémorial des rites, cet ouvrage interroge la fonction politique du mythe dans la formation de l’ordre social. Loin d’opposer simplement μῦθος et λόγος, l’auteure montre que le μῦθος peut se faire révélateur du λόγος. Les systèmes moraux et les catégories philosophiques ne constituent pas des réalités intrinsèquement données : ils relèvent de constructions conceptuelles élaborées afin d’organiser le monde humain et de préserver l’harmonie sociale. Chez Platon comme chez Confucius, l’ordre cosmique devient ainsi un modèle analogique permettant de penser l’ordre politique. En mobilisant la philosophie comparée, les approches transculturelles ainsi que certaines perspectives féministes contemporaines, l’ouvrage propose une réflexion critique sur les usages du mythe, les tensions entre l’orientalisme et l’universalisme, ainsi que sur les conditions d’une coexistence plus inclusive au sein des sociétés contemporaines.

Yi-Huei Jiang est docteure en philosophie de l’UCLouvain. Ses recherches portent sur la philosophie comparée, les rapports entre mythe et normativité politique, ainsi que sur les approches transculturelles et féministes des pensées grecques et chinoises anciennes.

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Thomas Nagel : Le point de vue de nulle part (rééd)

 Agone - Août 2026


« Je soutiendrais que le fait de rechercher une conception unifiée de la vie et du monde conduit souvent à commettre des erreurs philosophiques – à faire de fausses réductions ou à refuser de reconnaître une partie de ce qui est réel. Je voudrais décrire une manière de regarder le monde et d’y vivre qui convienne à des êtres complexes dépourvus de point de vue naturellement unifié. Cette manière est fondée sur l’effort délibéré de juxtaposer, dans toute leur force, les points de vue subjectif et objectif afin de réussir à les unifier lorsque c’est possible et de reconnaître clairement lorsque cela ne l’est pas. Nous avons là un jeu réciproque de deux types de conception qui s’ajustent difficilement, et tout effort pour les réconcilier est, par nature, destiné à rester inachevé. » TN

Philosophe américain, Thomas Nagel est l’auteur d’une œuvre importante, entre philosophie de l’esprit et philosophie morale. Entre autres ouvrages traduits en français, Qu’est­ ce que tout cela veut dire ? (L’Éclat, 1993), Qu'est­ ce que ça fait d'être une chauve­s souris ? et Questions mortelles (réédition à paraître chez Agone).

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Patrick Savidan : Justice sociale

 Gallimard - Mai 2026 - Tel


La justice sociale est à l'ordre du jour. Dans les démocraties, les revendications se multiplient, s'intensifient. Il arrive qu'elles rassemblent ; mais le plus souvent elles divisent, parfois violemment. Elles alimentent alors une inquiétante paralysie collective, quand elles n'entraînent pas de déconcertantes régressions sociales et politiques. Pour sortir de cette impasse, Patrick Savidan revient sur les grands dilemmes de notre temps : faut-il choisir entre équité et efficacité, entre redistribution et reconnaissance, entre justice sociale et transition écologique ? En analysant ces tensions, il montre qu'elles ne sont pas des impasses, mais les symptômes d'un désaccord plus profond sur ce que signifie "être juste" aujourd'hui. À la croisée de la réflexion philosophique et de l'observation du monde social, cet essai invite à repenser la justice, opposant à l'égotisme politique les promesses d'une solidarité à réinventer.

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Guillaume Lejeune : Le monde comme école. Écopédagogie et pratiques philosophiques

 Vrin - Août 2026


Les pratiques philosophiques les plus répandues, la discussion à visée démocratique et philosophique (Tozzi) et les communautés de recherche (Lipman), restent prises dans un univers presque exclusivement langagier. La place laissée au reste de l’expérience (l’expérience des sens et des institutions) est contingente : elle dépend des participants qui vont convoquer ou non leur vécu. Mais peut-on faire du rapport à l’expérience quelque chose d’aléatoire, de subsidiaire? Si on ignore la façon dont on se rapporte au monde extérieur, ne risque-t-on pas de conceptualiser et d’argumenter en négligeant ce à quoi on attache de l’importance? Comment alors replacer l’expérience dans ses multiples dimensions au centre de la pratique philosophique?
En couplant l’apport des nouvelles pratiques philosophiques à l’écopédagogie, ce livre propose aux enseignants des pistes pour formuler des problèmes et expérimenter des solutions à partir du milieu de vie de leurs élèves.

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lundi 3 août 2026

Olivier Guez (dir.) : Dernières nouvelles d'Éros

 Grasset - Août 2026


« L’érotisme est quête de plaisirs. L’érotisme est ambigu. Il révèle et travaille la part obscure et sublime de chacun d’entre nous ; l’obscénité y coudoie le raffinement et le pur l’impur : l’érotisme conjugue les genres. Depuis toujours il est contre-culture. Il méprend les classes, les races, les genres, les préjugés, les hiérarchies ; il est cosmopolite et imprévisible. Il est émancipateur : sans liberté de la femme, il n’y a pas d’érotisme. Au temps de l’égoïsme roi, c’est un lieu de rencontre, une fête concélébrée, une soif d’altérité : un partage, un antidote à la noirceur de l’époque. Et un formidable matériau littéraire, ludique, ardu, ambitieux aussi. Un défi que j’ai proposé à dix auteurs (et moi-même) de relever en nous laissant carte blanche.
Nos nouvelles chantent les joies du corps, les passions solaires ou maussades, sous différentes formes, dans des combinaisons variées, en liberté, hommes, femmes, hétéros, gays, bi, tous mélangés. Eros ‘26 est un recueil pansexuel. Dix ans après #metoo, il suggère d’enterrer la hache de guerre entre les sexes et les communautés. L’érotisme est universel. Il unit les vivants. » Olivier Guez

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vendredi 31 juillet 2026

Marie-Claude Thomas : Genèses de l'autisme III - Question, études

 EPEL - Avril 2026


« Au seuil du langage » ou « extérieur au langage », dit-on dans certains lieux psy à propos de l’autisme. Clé de la construction depuis Leo Kanner d’une nouvelle figure de la folie, cette certitude inquestionnée fonde du même geste un savoir et un pouvoir inédits dans l’économie biopolitique, ceux de la « fonction psy » (Michel Foucault). L’auteure se tient en deçà de cette doxa, avec une question urgente et décisive : à cet Autistic Psychopathy, au tableau clinique, la psychanalyse doit-elle contribuer ?
Les études ici réunies problématisent la question de l’autisme et des langues, préliminaire à un traitement de l’« autisme » dans le champ freudien ; et, par conjecture, situent le « phénomène autisme » : contemporain d’une scientifisation du langage (structuralisme), de la psychologie (behaviorisme) et des débuts de l’informatique, de la prévalence de la communication sur la parole.
L’« autisme » est alors conçu comme un des symptômes de ces mutations ou cassures civilisationnelles. Dégagé du diagnostic neuro-psychopathologique et des traitements protocolaires associés, l’enfant dit autiste, ses parents, pourront être entendus autrement.

Marie-Claude Thomas, psychanalyste, membre de l’école lacanienne de psychanalyse.Auteure de Genèses de l’autisme, Freud, Bleuler, Kanner (Epel, 2014) ; Genèses de l’autisme II, Georg Frankl, Hans Asperger (Epel, 2024).

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Christian Limousin : Éclats de Bataille

 Classiques Garnier - Juillet 2026


Georges Bataille a fait voler en éclats les façons de penser de son siècle et du nôtre. Christian Limousin en a été bouleversé. Avec constance, avec une « parfaite fidélité », selon l'hommage que lui rend Michel Surya dans l'introduction de cet ouvrage, il s'est attaché à faire connaître l'homme, la façon dont il a traversé et bousculé les domaines de la connaissance cloisonnés jusque-là, ses liens à d'autres grandes figures de son époque, sa fascination pour les commencements de l'humanité, pour l'art. Il réussit à faire entendre sa voix, la violence de ses fantasmes, des échos de son célèbre rire. Les articles et conférences réunis ici témoignent de ce travail interrompu seulement par la mort. Quelques éclats... comme des lueurs dans un ciel noir.

Christian Limousin (1948-2023), poète, critique d'art et bibliophile, fut cofondateur de la revue Gramma (1974). Il consacra sa thèse à Georges Bataille, figure centrale de ses recherches. En 2012, il organisa à Vézelay le cinquantenaire de sa mort. Il donna de nombreuses conférences, co-dirigea l'ouvrage « La part maudite » de Georges Bataille : la dépense et l'excès (Paris, 2015) et collabora aux Cahiers Bataille.

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Revue du MAUSS n° 67 : Penser la démocratie. Avec et contre Lefort

 Le bord de l'eau - Juin 2026


L’idéal démocratique vit-il ses dernières heures ? N’est-il qu’un vieux rêve, qui ne tient jamais ses promesses et qu’il vaudrait mieux abandonner une fois pour toutes ? Nos sociétés peuvent-elles encore espérer échapper à la domination et à l’exploitation ? Ces questions sont aussi vieilles que la démocratie elle-même, mais elles revêtent aujourd’hui une acuité toute particulière.
Après-guerre, en France, ce sont les deux fondateurs du groupe Socialisme ou barbarie (dont le MAUSS peut être vu comme un héritier), Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, qui les ont posées avec le plus de force. Après Hannah Arendt, Lefort est celui qui aura le mieux saisi la dialectique, la réversibilité possible de la démocratie et du totalitarisme.
Il faut donc en revenir à cette pensée, aujourd’hui où les mouvements antidémocratiques fleurissent partout. Or, on le verra, si elle nous éclaire toujours, elle nous laisse aussi trop démunis pour penser notre monde. En figurant le pouvoir démocratique comme un « lieu vide », Lefort a su en saisir quelque chose d’essentiel mais aussi de singulièrement problématique. En effet, une société sans détermination, sans visée et sans incarnation, peinera toujours à mobiliser les peuples qu’elle est censée représenter. Et c’est pourquoi elle peut si facilement céder sous les coups de boutoir d’un capitalisme de plus en plus brutal et prédateur, qui n’en garde que les formes les plus superficielles, pour progressivement les détruire.
Malgré cela, il y a dans l’élan démocratique quelque chose de singulièrement puissant, qui tient au lien social même, et qui continue de résister à l’autoritarisme ambiant. Un lien social tissé par des myriades de relations de don enchevêtrées. Voilà pourquoi il nous faut penser à nouveaux frais la démocratie, dans le cadre du paradigme du don, avec et contre Lefort.

ALAIN CAILLE & AHMET INSEL : Présentation

Introduction : Penser les crises de la démocratie avec Lefort

SYLVAIN PASQUIER ET STEPHANE VIBERT : Introduction
ROBIN FREYMOND : Genèse et jeunesse de Claude Lefort

Lefort, notre contemporain ?

FEDERICO TARRAGONI : Lefort, la crise de la démocratie et le populisme
ANDREA LANZA : Claude Lefort face à l’écroulement de son vieux monde
SYLVAIN PASQUIER : La globalisation, point aveugle de la pensée de Lefort
@ DAVID LEDENT : Éducation et démocratie : la conception anti-utilitariste de Claude Lefort

Concepts et conceptions du politique

GILLES LABELLE : Retour sur quelques concepts lefortiens : totalitarisme, servitude volontaire, démocratie, idéologie invisible
CLAUDIA TERRA : Y a-t-il « deux corps du peuple » ? Paradoxes de la démocratie lefortienne face aux perspectives populistes
@ SAMUEL DE BROUWER : Complications lefortiennes : Libéralisme et démocratie sauvage
@ STEPHANE CORBIN : Altérité positive et Altérité négative : Claude Lefort, l’usurpation à l’ombre des révolutions manquées

Une ontologie du social

MATTIA DI PIERO : Qu’est-ce que la division originaire ? Ontologie politique et vérité dans l’institution du social chez Claude Lefort
STEPHANE VIBERT : Holisme du sens et « lieu vide » du pouvoir, ou le paradoxe de la normativité démocratique chez Claude Lefort
@ PHILIPPE CHANIAL : « Le souverain Invisible ». Indétermination démocratique, auto-institution et institution politique du social

Ricochets

DANIEL BOUGNOUX : Pour saluer Régis Debray
FRANÇOIS BORDES : La part de l’encre
EMMANUELLE GUATTARI : Autour du paradis

Varia

JEAN-MICHEL LANDRY : Sortir de soi. Atmosphère morale et éthique politique dans la banlieue sud de Beyrouth
@ GUILLAUME ETIENNE : Des dons en faveur d’un culte chrétien : dire sa place dans la sociabilité locale
STEPHANE CORBIN : Un autre Rousseau ? Les rêveries d’un promoteur identitaire
VINCENT RIGOULET : La crise du pouvoir de faire. Valeur vécue, compensation consumériste et logique du bouc émissaire
IRENE THERY : Le concept de civilité sexuelle
CHRISTIAN LAVAL : La guerre totale comme mode de gouvernement néofasciste
@ CHRISTOPHE PETIT : L’avènement de la société de prédation à l’ère de l’intelligence artificielle
ALAIN CAILLE & AHMET INSEL : L’idéal d’une République européenne. Un projet impossible ?

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samedi 25 juillet 2026

Xian Zhou : La logique culturelle de la théorie de l'art

 PU de Rennes - Août 2026


Qu’en est-il de l’intermédialité des arts, de l’esthétisation de la vie quotidienne ou du rapport entre réalité objective et représentation artistique ? C’est à ces principales questions que le livre est consacré au sein du contexte culturel chinois, mais aussi dans le rapport entre l’art chinois et l’art occidental. Ainsi, les partitions de Debussy évoquant la peinture impressionniste côtoient-elles la poésie de Wang Wei faisant écho à ses peintures ; et à Ernst Gombrich avançant que « l’artiste a tendance à voir ce qu’il peint plutôt qu’à peindre ce qu’il voit » répond Zheng Banqiao qui écrivait : « Les bambous que je porte en moi ne sont pas ceux que perçoit mon regard, et ceux que je trace ne sont pas non plus ceux que je porte en moi. » Alors que la pensée occidentale oppose souvent l’art au non-art dans un cadre binaire (« l’un ou l’autre »), la philosophie chinoise privilégie la complémentarité (« l’un et l’autre »), mettant l’accent sur l’interpénétration des pôles mis en dialogue, plutôt qu’en opposition. Articulant théories occidentales et chinoises, le livre éclaire la logique culturelle de la théorie de l’art dans un horizon d’échanges et d’ouverture.

Zhou Xian est professeur distingué à l’université de Nanjing, vice-président de la Société chinoise d’esthétique et de la Société chinoise de la théorie de l’art et de la littérature. Il a été professeur invité à l’université Duke, à l’université d’Artois, à l’université du Texas à Dallas et au Collège Goldsmiths de l’université de Londres. Ses recherches portent principalement sur l’esthétique, la théorie de l’art, l’histoire de l’art et la culture visuelle.

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jeudi 23 juillet 2026

Moshé Idel : Maïmonide et la mystique juive (rééd.)

 Cerf - Juin 2026


Figure incontournable du judaïsme médiéval, Moïse Maïmonide est souvent présenté comme l’adversaire
de la mystique. Dans cet ouvrage, Moshé Idel, penseur incontournable de la mystique juive, bouscule cette image convenue et ouvre une lecture radicalement nouvelle.
À partir d’une analyse fine des textes, il met au jour des zones de contact inattendues entre la pensée de Maïmonide et certaines traditions mystiques. Contestant une opposition frontale entre rationalisme et ésotérisme, Idel révèle un paysage plus complexe, fait de tensions, d’influences et de réappropriations. Car les mystiques juifs, loin de rejeter unanimement Maïmonide, ont dialogué avec son œuvre. Si certains l’ont combattue, d’autres l’ont transformée, quand d’autres encore sont allés jusqu’à s’en inspirer pour élaborer des voies nouvelles d’accès au divin.
Un livre devenu classique qui a inauguré une manière nouvelle de comprendre le rôle de Maïmonide, non seulement au sein de la philosophie juive, mais aussi au cœur de la mystique.

Traduit par Charles Mopsik

Spécialiste de renommée mondiale de la tradition mystique juive, Moshé Idel a renouvelé l’étude de la Kabbale. Ses ouvrages ont révolutionné la compréhension moderne de l’histoire intellectuelle juive et mis en lumière les liens étroits qui unissent la magie, le mysticisme et la liturgie.

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Daniel Sibony : Freud allergique et juif. Freud à l'épreuve de l’ethnopsychosomatique relationnelle

 L'Harmattan - Juillet 2026


Et si l’œuvre de Freud s’éclairait autrement ?
Ce livre propose une lecture vive et originale du fondateur de la psychanalyse, à partir d’un double fil conducteur : le corps et l’identité juive. En croisant psychosomatique relationnelle, histoire intime et grands textes freudiens, Daniel Sibony montre comment l’étrangeté, l’exil et le symptôme ont nourri une pensée décisive.
De l’enfance de Freud à Moïse et le monothéisme, l’ouvrage relie le rêve, la mémoire, la transmission et la création théorique. Une approche singulière, accessible et stimulante, qui renouvelle notre regard sur Freud et ouvre une réflexion plus large sur le lien entre corps, culture et vie psychique.

Daniel Sibony est psychiatre et psychanalyste à Nice, membre honoraire du centre international de recherche en psychosomatique relationnelle. Son parcours clinique et ses travaux en psychosomatique relationnelle l’ont conduit à interroger, dans le sillage de Sami-Ali, les liens entre corps, affect, langue et histoire. Cet ouvrage en constitue l’aboutissement.

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Gaëtan Le Quang : L'Héritage et le Projet. Essai sur la valeur

 Classiques Garnier - Juillet 2026


À quoi sert d'écrire un « essai sur la valeur » ? Quel peut être le sens de ces disputes portant sur la forme et la substance de la valeur ? Ce qu'engage la question de la valeur, au-delà des débats pluriséculaires qui animent l'économie politique, c'est le sens même de tout collectif humain. Ainsi, les réflexions menées dans cet ouvrage permettent, négativement, de saisir ce qu'a de contradictoire (politiquement) et de néantisant (existentiellement) la conception de la valeur autour de laquelle s'est construit le capitalisme néolibéral. Positivement, ces réflexions tracent la voie d'une politique authentiquement créatrice enracinée dans l'activité individuelle dont elle restaurerait alors le sens.

Gaëtan Le Quang est maître de conférences en sciences économiques à l'université Paris - Nanterre. Il mène des recherches dans le champ de l'économie bancaire et dans celui de l'histoire de la pensée et de la philosophie économique.

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