lundi 18 mai 2026

Revue de métaphysique et morale, 2025-4 : Notions communes

 PUF - Décembre 2025


La question des « notions commune » à l’âge classique est rarement étudiée pour elle-même ; elle est le plus souvent reconduite aux nombreuses controverses sur les idées innées tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, ou bien encore au problème de l’axiomatique et de la mathématisation de la logique aux XVIe et XVIIe siècles. Ce dossier, coordonné par Mogens Lærke et Louis Rouquayrol, aborde la question différemment en prenant pour fil conducteur les pratiques du savoir dans la première modernité.

Sommaire

Mogens Lærke, Louis Rouquayrol, Présentation
Vincenzo De Risi, Notions communes et axiomes dans l’Antiquité tardive
Andreas Blank, Common Opinions and Collective Testimonies in Legal Humanism
Niall Dilucia Notions communes et common law : Matthew Hale et la recherche d’une obligation légale universelle
Luciano Perulli, In Euclid’s Footsteps? Christian Wolff on Common Notions in Ontology
DOCUMENT
Marin Mersenne, Lettres sur les notions communes, présentation et traduction par Louis Rouquayrol

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Francis Dupuis-Déri : L'art de la guerre culturelle

 Textuel - Avril 2026


Ce livre est un manuel de résistance intellectuelle lucide, tragique, et pourtant drôle. Mobilisé sur plusieurs fronts, Francis Dupuis-Déri propose une traversée de trente ans de « guerres culturelles ».
Au fil de ses interventions engagées, il livre une analyse implacable des stratégies réactionnaires : déni de réalité, victimisation à outrance, dénigrement des dominés, distorsion du langage, mensonges purs et simples. Avec une ironie mordante, une rigueur analytique et un recours implacable aux faits, il déboulonne les idéologues de la réaction et défend les valeurs d’égalité, de liberté et d’empathie. Il montre comment du mythe du « politiquement correct » aux paniques antiwokes, les mêmes forces réactionnaires rejouent inlassablement leur partition pour discréditer les luttes féministes, antiracistes ou écologistes et justifier des guerres jusqu’au génocide à Gaza.
L’art de la guerre culturelle est le livre d’un penseur qui refuse de capituler et montre que les forces progressistes savent reprendre l’offensive.

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Prismes. Théorie critique. Volume 8, 2026 : Walter Benjamin : autour du “Capitalisme comme religion”

 Kimé - Mai 2026


Le fragment daté de 1921 « Le capitalisme comme religion » occupe une place à part dans l'oeuvre et la réception de Walter Benjamin. La fascination que ce texte a pu exercer auprès de ses lecteurs et lectrices depuis sa publication en 1985 s'est rarement accompagnée de commentaires approfondis, du moins dans l'espace francophone. Il s'agit ici de combler la lacune, non seulement en en proposant une traduction nouvelle, assortie de la traduction de deux autres fragments contemporains qui lui font écho, mais aussi en le resituant dans son contexte et en en mesurant pour nous les actualités. Les thèmes abordés par Benjamin - le capitalisme et la religion, la faute et le destin, le droit et la justice, l'histoire et la révolution - s'inscrivent de près ou de loin dans son projet avorté de travail sur la « véritable politique ». Engagé dans une polémique avec Nietzsche, Marx et Weber, Benjamin s'oppose à la thèse d'une sécularisation sans reste entraînée par le capitalisme moderne. Loin d'avoir désenchanté le monde et signé la mort de Dieu, le capitalisme relève d'un culte religieux inédit, tout entier fondé sur la culpabilisation morale et l'endettement matériel de ses adeptes. Résister à son « mouvement monstrueux » en vue de le « surmonter » passe par la réactivation de puissants schèmes théologiques, comme celui de la justice divine, à la condition toutefois de les avoir, au préalable, libérés de leurs usages théologico-politiques. Ces réflexions inquiètes, menées au sortir de la Première Guerre mondiale par un jeune philosophe juif allemand, nous invitent aujourd'hui, en un temps où plus que jamais la « dévastation » est à l'ordre du jour, à juger de ce qui persiste du « phénomène essentiellement religieux » qu'est le capitalisme - et à savoir comment détruire ce qui détruit.

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Isée Bernateau, Laurence Kahn (dir.) : La vérité de l'histoire

 PUF - Mai 2026


À l’ère de la « post-vérité », alors que les vérités « alternatives » auraient le pouvoir de faire disparaître jusqu’aux réalités factuelles les plus tangibles de l’Histoire en en faisant des « histoires », cela a-t-il encore un sens de chercher la vérité de l’histoire ?
Quelle place pour la psychanalyse dans un tel débat ? « Je suis en butte à une telle hostilité et je vis dans un tel isolement qu’on dirait que j’ai découvert les plus grandes vérités », confessait Freud à Fliess. De quelle vérité la psychanalyse se saisit-elle ? Celle de la petite, celle de la grande Histoire ou celle des liens complexes qui les enserrent l’une dans l’autre ? Que doit-on s’attendre à rencontrer quand on cherche sa vérité ? Dans quelle histoire se cache-t-elle ?
Ce livre montre comment l’inconscient – qui ne connait pourtant ni le temps ni la contradiction – redonne à l’histoire et à la vérité leurs lettres de noblesse, qu’elles soient minuscules ou majuscules.

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Eva Illouz : Le futur des émotions. Comment la technologie et le capitalisme exploitent notre subjectivité

 Gallimard - Mai 2026


Il est d'ordinaire admis que le numérique, l'intelligence artificielle et la robotique dépouillent l'humanité de ses émotions, par exemple au moyen d'algorithmes capables de prédire et d'orienter les comportements. Nous assistons plutôt à l'inverse : le capitalisme entre dans une phase d'"émotionnalisation" inédite. En nous incitant à la "positivité" et à l'"authenticité", en captant notre attention, applications et réseaux sociaux collectent des données sur nos comportements autant qu'ils cherchent à les façonner en retour. Comment l'engagement émotionnel est-il produit et reconverti en actif monnayable ? Quelle est l'ampleur réelle de cette économie ? En quoi ce système peut-il aboutir à une sortie de la réalité ? Dans cet essai incisif, Eva Illouz mobilise les études les plus à jour et le miroir de la science-fiction pour explorer les ressorts et les conséquences de cette nouvelle économie de la subjectivité.

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dimanche 17 mai 2026

Jean-Jacques Wunenburger : La première image. Essais sur la psychologie, la technique, la théologie des reflets

 Mimesis - Mai 2026


Un reflet sur une surface d’eau, ou les effets en abyme des miroirs fabriqués, nous confrontent à la première image, double d’une réalité elle-même invisible. Depuis le mythe de Narcisse nous mesurons l’importance de ce tête-tête avec son double, qui cherche à connaître et à dissimuler le Moi. Il en est résulté, à travers l’histoire des techniques, une grande ingéniosité optique, qui a servi à voir plus et autrement le monde, de l’atome au cosmos. Et la force de cette première image a stimulé une extension métaphorique aux réalités spirituelles, sous forme de miroir divin créateur.

Professeur émérite de philosophie à l’Université Lyon3, ancien directeur du Centre de recherches IRPHiL de Lyon, Président de l’Association internationale Gaston Bachelard et de l’Association des amis de Gilbert Durand, directeur du Centre de recherches internationales sur l’imaginaire (CRI2i), Jean-Jacques WUNENBURGER a mené des recherches sur les images, l’imagination et l’imaginaire dans leurs relations avec la philosophie, les arts, les sciences et techniques, les médias, la santé, la politique.

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Monique Lauret : Malaise dans l’identité contemporaine. La question trans

 L'Harmattan - Mai 2026


À l’heure de la mondialisation, des familles recomposées et de l’essor fulgurant des technologies numériques et de l’intelligence artificielle, l’individu contemporain se trouve confronté à un vertige identitaire inédit.
Des revendications de genre aux idéologies transhumanistes, un même symptôme affleure : la difficulté croissante d’accéder au symbolique, que Lacan identifiait comme essentiel à l’équilibre psychique et au fonctionnement sociétal.
Cet essai interroge le formidable engouement autour des transitions de genre et le parallèle troublant qu’elles entretiennent avec les promesses du transhumanisme. Offerts trop tôt à une jeunesse encore en quête de repères, traitements hormonaux et chirurgies irréversibles risquent de transformer un désir légitime de reconnaissance en piège individuel et fracture sociétale.
Dans un monde dominé par l’ultra néolibéralisme et la fuite en avant technologique, l’ouvrage explore ce malaise identitaire et les conséquences possibles pour l’avenir de nos sociétés.

Monique Lauret est psychanalyste et psychiatre, membre de la Société freudienne de psychanalyse (SPF), membre de la Fondation européenne de la psychanalyse (FEP), présidente de Psycha 31. Auteure de plusieurs ouvrages, ses axes de recherche portent sur les questions d’éthique, de société et de transmission de la psychanalyse.

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Buata B. Malela : Reprendre le temps. De la critique du temps colonial à la chronotopie émancipatrice

Anibwe - Mai 2026


Reprendre le temps propose une critique philosophique du régime temporel imposé par la colonisation et de ses prolongements dans les sociétés postcoloniales. L’ouvrage montre comment la domination ne s’exerce pas seulement par l’espace et l’économie, mais aussi par la confiscation du passé, du présent et de l’avenir. En analysant le mythe du retard, la négation de la co-temporalité et l’intériorisation de l’urgence productiviste, l’auteur met au jour une aliénation temporelle durable. À cette critique s’articule une proposition normative : penser une chronotopie émancipatrice, fondée sur la pluralité des rythmes, la réappropriation des mémoires et la capacité collective à imaginer des futurs non téléologiques. Croisant philosophie critique européenne et pensées africaines contemporaines, l’essai inscrit la décolonisation dans une politique du temps, indissociable des luttes pour la dignité, la souveraineté et la liberté. Ce livre offre des outils conceptuels pour repenser l’émancipation dans un monde traversé par des temporalités inégales.

Buata B. Malela est professeur de littératures française et francophone des XXe et XXIe siècles à l’Université de Limoges. Membre du laboratoire EHIC (Espaces Humains et Interactions Culturelles), ses recherches portent sur les discours littéraires francophones (Afrique, Antilles, océan Indien), sur le questionnement du sujet dans les cultures médiatiques francophones, la sociologie de la littérature et les intellectuels africains, ainsi que sur la pop musique contemporaine.

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samedi 16 mai 2026

Esprit, Mai 2026 : Que demander à l'histoire ?

 Revue Esprit - Mai 2026


À l’occasion de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, et alors que l’histoire redevient le terrain d’âpres batailles culturelles, ce numéro coordonné par Emmanuel Laurentin repose la question qui ouvrait en 1937 une conférence de Marc Bloch : « Que demander à l’histoire ? ». À lire aussi dans ce numéro : Quel projet de puissance pour l’Europe ? ; Un génocide à hauteur d’enfant ; Les municipales à l’épreuve de l’intelligence artificielle ; Urgence de l’État de droit ; Renaud Camus, un apologiste de la violence.


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Tracés, n°48/2026 : Politique des objets

 ENS Lyon - Mai 2026


La proposition formulée dans ce numéro consiste à faire valoir qu’une voie peu explorée et pourtant de première importance pour associer « politique » et « objet » passe par une enquête, une description prenant en compte à la fois la matérialité des objets et l’examen des capacités politiques qui émergent des cours d’action. Sans ce détour descriptif, ce ne serait pas l’objet en lui-même qui serait qualifié de politique, mais autre chose : sa destinée symbolique, les représentations qui lui sont associées à un certain moment et à un certain endroit ou encore que l’objet servirait de synecdoque, voire de prétexte pour désigner une entité abstraite. Cela implique que nous refusons de tenir pour acquis à la fois que tous les objets sont politiques, et que certains seraient intrinsèquement politiques (une arme, un drapeau…), tandis que d’autres ne le seraient pas. À rebours de cette approche qui norme a priori le domaine de la politique, les autrices et auteurs de ce numéro cherchent, tout au contraire, à débusquer en quoi, où, à quels moments et sous quelles modalités les objets entrent (ou non) en politique. Elles réalisent des descriptions fines et détaillées, qui mettent au centre la matérialité et les objets en action, et ouvrent ainsi une compréhension politique plus riche et inattendue, qu’il s’agisse de décrire un casque colonial britannique, une ampoule et une seringue, une fontaine publique, des gouttières et des gargouilles, des aliments comme le vin ou la pomme de terre, une installation nucléaire, des images cérébrales de traumatisme ou encore une boîte aux lettres.

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Philippe Liotard, Lilian Mathieu : Les contre-cultures, historicité et modernité

Atelier de création libertaire - Mai 2026


Qu’appelle-t-on contre-culture ? À l’origine, un ensemble de productions culturelles dissidentes étroitement associées aux mouvements contestataires des années soixante, et dont l’humeur frondeuse s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Comme les contre-cultures, cet ouvrage interpelle les frontières arbitraires et les hiérarchies établies en réunissant apports historiques, éclairages sociologiques et débats intellectuels, tout autant et à égale légitimité que témoignages individuels, comptes rendus d’expériences ou réflexions produites de l’intérieur des contre-cultures. Riche de cette hétérogénéité assumée, le livre interroge ce qui les fait vivre, en abordant leurs origines, développements et disséminations, ainsi que leurs manifestations et incarnations au présent.

Ont contribué à cet ouvrage : Jean-Noël Lafargue, Inès Liotard, Philippe Liotard, Alexandre Marchant, Lilian Mathieu, No Anger, Jean-Manuel Traimond et Lorraine Wiss.

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Michael Walzer : Guerres justes et injustes. Argumentation morale avec exemples historiques

 Folio - Mai 2026 - Essais


Dans l'enfer de la guerre, tout n'est pas égal. Blocus, bombardements de civils, représailles, dommages collatéraux traversent tous les conflits. Mais la guerre juste existe, qui peut à chaque instant basculer dans l'injustice. Déterminer l'inacceptable comme l'inévitable est un jugement auquel nul ne peut se dérober. En quête d'un équilibre, Walzer n'ignore ni les droits de l'homme ni la nécessité. Le philosophe qui milita contre la guerre au Vietnam montre qu'une guerre, quand même elle servirait les intérêts d'une grande puissance, peut être aussi une guerre juste. Il revendique un empirisme moral, et développe une argumentation à partir d'exemples historiques. Rien de moins abstrait que cette réflexion. Notre monde n'a pas su écarter l'enfer de la guerre, mais il progresse chaque jour dans son exigence d'un droit international pour juger des guerres et des crimes qui y sont commis.

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vendredi 15 mai 2026

Bertrand Russell : Propagande officielle et pensée libre

 La découverte - Mai 2026


De graves menaces pèsent sur la liberté de penser : tel était l'avertissement visionnaire lancé dès 1922 par le grand philosophe britannique Bertrand Russell, témoin privilégié de l'essor des techniques modernes de propagande.
Ce texte court et percutant, d'une actualité saisissante, dresse un diagnostic d'une étonnante clairvoyance. La propagande, nouvelle méthode de gouvernement s'emparant des armes forgées par les publicitaires, ne se contente plus d'interdire les positions dissidentes : elle les étouffe par la pression économique, la distorsion et la manipulation des preuves. Elle offre ainsi un avantage indu, sur le terrain des idées, à ceux qui concentrent pouvoir et richesse.
Comment résister à ces assauts contre la démocratie ? Russell mise sur l'éducation, à réformer d'urgence. L'école devrait ainsi enseigner l'" art de lire les journaux " et développer l'esprit critique. À l'ingurgitation passive d'informations, le philosophe oppose la cultivation de l'intelligence, entendue comme authentique capacité de penser et de juger par soi-même. À la crédulité servile, il oppose le doute rationnel, cette attitude libératrice dont il fait l'éloge.
Russell signe ici un véritable manifeste pour la pensée libre – un " anti-Propaganda ", antidote avant la lettre à cet art de la manipulation dont Edward Bernays devait, quelques années plus tard, exposer cyniquement les principes.

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Mathilde Tahar ; Le temps du vivant (avec un tecte de Henri Bergson)

 Vrin - Mai 2026


Le vivant. Les espèces évoluent; l’organisme vieillit; nous parlons d’histoire naturelle comme de mémoire individuelle pour rendre compte de l’imprévisibilité des formes biologiques. Mais que signifie, pour le vivant, de durer? La différence de l’inerte et du vivant se joue aussi et même surtout dans la distinction des modes de temporalisation. Le temps en biologie a en effet un sens qu’il n’a pas en physique : il est synonyme d’inventivité. Durer, pour les espèces comme pour les individus, c’est en effet se transformer de façon singulière, dans des situations toujours uniques. Si la théorie de l’évolution a mis au premier plan la dimension historique du vivant et l’imprévisibilité de ses trajectoires, les conséquences pour la science qui l’étudie, dans ses objets comme dans ses méthodes, doivent encore être évaluées. L’enjeu n’est pas seulement théorique. Parce que la créativité du temps biologique passe par la diversité des rythmes propres à chaque organisme, ce sont également nos pratiques et nos relations avec les autres vivants qu’il convient de repenser.

Mathilde Tahar est agrégée de philosophie et docteure en philosophie de la biologie. Elle est actuellement “Research fellow” à University College London et travaille sur l’agentivité biologique et l’invention comportementale chez l

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Étienne Gilson : Le Thomisme (Œuvres complètes, tome IV)

 Vrin - Mai 2026


« On ne peut enseigner saint Thomas. Car on ne peut l’apprendre, on ne peut que le recommencer. Éternelle jeunesse, perpétuelle fraîcheur d’une source qui ne cesse d’être source à moins de cesser d’exister. »
Nul paradoxe en ces lignes, adressées au P. M.-D. Chenu, par Étienne Gilson en février 1942, l’année même où il met la dernière main à la quatrième édition du Thomisme, bientôt suivie, en 1944, d’une cinquième édition. Et en effet, depuis le tout premier cours, donné à Lille en 1913 et 1914 (Le système de S. Thomas), jusqu’à la dernière édition de 1965 (Introduction à la philosophie de saint Thomas d’Aquin), Gilson n’aura jamais, à la différence de quelques-uns de ses contemporains avec lesquels les relations furent souvent polémiques, enseigné une doctrine. Si dans la Préface, datée de janvier 1964, à la sixième et dernière édition du Thomisme, l’auteur nous apprend que « ce livre fut le compagnon de toute une vie », l’unité d’un tel livre n’en reste pas moins hautement problématique, ce que souligne fortement la même Préface : « Chaque fois que l’on recommence un livre, on obtient un nouveau livre qui suit son ordre propre et complique encore le problème. »
Un premier cours donc, puis six éditions différentes (1919, 1923, 1942, 1944, 1965), non seulement révisées, amplifiées, mais profondément remaniées dans leur économie interne, en 1942 d’abord, en 1965 enfin. Dans le cadre de ce quatrième tome des Œuvres Complètes, il était naturellement exclu de redonner chacune des éditions dont plusieurs chapitres se recoupent : sans donc prétendre proposer ici quelque édition génétique ou historico-critique, nous nous sommes efforcé, en distinguant deux ensembles (celui des trois premières éditions, celui des trois dernières, à partir de 1942), d’éclairer – à travers l’échange des correspondances, la réception critique des comptes rendus, les polémiques ouvertes ou couvertes – les motifs et les étapes de ce perpétuel « recommencement », visant toujours le retour amont, à la quête de la source en sa fraîcheur retrouvée.
Un livre, des livres…? Question abordée par Alain de Libera dans une Postface qui ne se borne pas à retracer quelques étapes de la « réception », mais tend à cartographier d’un côté et de l’autre de l’Atlantique une longue séquence de la recherche en philosophie médiévale où le thomisme gilsonien vient s’inscrire d’un siècle l’autre, en français comme en anglais, entre Paris et Toronto.

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Franco "Bifo" Berardi : Thinking Gaza. An Essay on Ferocity

Semiotext(e) - Mars 2026


A call to imagine a less deadly future, written in the shadow of genocide and “ferocious optimism.”

After Gaza, it is time to recognize that the attempt to humanize history has failed, and that there will not be a second try. It is time to recognize that the experiment called “civilization” has failed… The abyss is wide open and we cannot help but see it. We must gaze into the abyss, we must gauge the breadth and depth of the abyss. We must draw a map of the abyss, while precipitously falling into it.

“Thinking after Gaza” means recognizing the collapse of universal reason and democracy, the humanistic values that were the famed—and fragile—promise of modernity. But it also means searching for ways to escape the grim future awaiting those born in this disenchanted century: this century that promises to be the last, in which thought has lost all political power and the survival instinct struggles to withstand the ferocity of techno-military extermination machines. To the generation born in the twilight of Western civilization, we owe this last act of thinking, so as to imagine the desertion of our barbaric present, along pathways that have yet to be illuminated.

The latest essay by renowned Italian autonomist theorist Franco “Bifo” Berardi, Thinking After Gaza is a reflection on the multivalent consequences—political, philosophical, civilizational—of the current genocide in Gaza and the West Bank. Bearing sober witness to the conditions on the ground in the Occupied Territories, while tracking the “ferocious optimism” that has replaced Enlightenment ideals, this book is addressed not only to activists but also to pacifist philosophers, historians, and theologians.

Franco Berardi, aka “Bifo,” founder of the famous Radio Alice in Bologna and an important figure of the Italian Autonomia movement, is a writer, philosopher, and media activist. He teaches at the Accademia di Brera, Milan.


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Inflexions, 2026/1, n° 62 : Sans mentir

 Armée de terre - Mai 2026


« Ne mentez pas ! » nous admonestent à l’unisson morales et éthiques, les premières ramenant l’existence à des valeurs transcendantales, donc à Dieu, alors que les secondes, à suivre Spinoza, définissent des modes d’existence immanents, ou pour le dire autrement d’adéquation au milieu, notamment social. Reste que dans les deux cas, mentir est mal pour les uns, mauvais pour les autres, à la fois mal et mauvais pour ceux, nombreux, dont l’éthique est nourrie de morale. C’est entendu, mentir est hors la loi des dieux comme des hommes. Qui oserait en effet revendiquer le mensonge comme art de vivre sinon à susciter l’opprobre collective et à s’attirer les foudres d’une société fondée sur un indispensable socle d’honnêteté qu’induit un « vouloir vivre ensemble » ? Pourtant… la mauvaise foi est une seconde nature chez l’homme, nombre de petits arrangements sont d’indispensables composants du ciment social, le droit de la guerre reconnaît la licéité du mensonge destiné à ruser pour gagner, les infox, la confusion croissante entre mensonge et vérité ainsi que la post-vérité sont notre quotidien. Le nez de Pinocchio s’allonge. Et il paraît que même Dieu ment ! Dans ce nouveau numéro Inflexions vous propose de réfléchir à ce qu’est mentir.

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Emmanuel Alloa : Le contemporain, l'intempestif et l'imminent – Petits arrangements avec une époque

 Presses du réel - Mai 2026


L'époque contemporaine a substitué au futur – horizon ultime de la modernité – la promesse d'une expérience à jamais conjuguée au présent. Mais à force de vouloir être de son temps et de rester en phase avec l'actualité, l'actuel a pris le pas sur le possible. Le régime présentiste du contemporain nous a paradoxalement enfermés dans un hors-temps qui nous prive de recul et nous rend aveugles à ce qui peut advenir.
Ce livre explore les contre-temps de notre époque : ses désynchronisations et ses écarts, dont l'art révèle aujourd'hui toute la nécessité. À travers neuf portraits d'artistes contemporains aux pratiques hétérogènes – photographie, dessin, film, performance, installation – se dessine une interrogation commune : comment toucher à ce qui (nous) arrive ?

Emmanuel Alloa est professeur d'esthétique et de philosophie de l'art à l'Université de Fribourg. Aux Presses du réel, il dirige les collections Perceptions, Esthétique:critique et co-dirige la collection Médias/Théories.

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