mardi 19 octobre 2021

Claude Lefort : Lectures politiques. De Dante à Soljenitsyne

 PUF - Septembre 2021


Claude Lefort aura été l’un des analystes majeurs, avec Hannah Arendt, des totalitarismes du XXe siècle, tout en élaborant une des pensées les plus lucides sur la démocratie. Cet ouvrage réunit des essais-préfaces portant sur des grands textes (du XIIIe au XXe siècle) de la pensée politique occidentale. Constamment attentif au présent (et volontiers sur le ton mordant d’un polémiste), inlassable observateur de la vie politique française et internationale, il présente et redécouvre de grands classiques – Dante, Michelet, Quinet, Tocqueville – , mais propose aussi ses découvertes d’écrits nouveaux (comme le témoignage de déporté de Georges Petit ou l’essai de Cécile Vaissié sur le sort de la littérature en URSS).
Lire, pour Lefort, fut toujours mettre radicalement en jeu sa propre pensée. Aujourd’hui, lire Lefort lecteur, c’est accéder au cœur d’une interrogation philosophico-politique parmi les plus puissantes de la seconde moitié du XXe siècle.

Claude Lefort (1924-2010) demeure l’une des philosophes politiques français les plus marquants de la deuxième moitié du XXe siècle. Dans ses nombreux ouvrages comme dans son enseignement à l’EHESS, il a élaboré une ample théorie de la démocratie et des totalitarismes au XXe siècle.

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Pierre Bayard : Oedipe n'est pas coupable

 Editions de Minuit - Octobre 2021


On ne cesse d’affirmer, depuis l’Antiquité et plus encore depuis Freud, qu’Œdipe aurait tué son père.
Mais cette accusation ne résiste pas à l’examen. En menant avec rigueur l’enquête sur les circonstances du meurtre et en révélant l’identité de l’assassin, ce livre montre que des pans entiers de notre culture reposent sur une erreur judiciaire.

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Steven Prigent : L’anthropologie comme conversation. La relation d'enquête au cœur de l'écriture

Anacharsis - Octobre 2021


La relation d’enquête, c’est bien le levier incontournable de production des traces, des preuves empiriques qui sous-tendent les textes anthropologiques. Sans preuves, pas de science. Sauf qu’entre les traces et l’écriture, le lien est ténu, et sa rupture est fatale, en ce qu’elle peut soudainement faire basculer le chercheur dans le registre de la fiction, un basculement qui de surcroît peut encourir certaines implications politiques.

Ce livre s’adresse à la fois aux sciences sociales et à la littérature non fictionnelle, et réfléchit à la nécessité scientifique et politique d’une mise en écriture réaliste, puisque réflexive et située, référentielle et polyphonique, des relations entre l’enquêteur et ses interlocuteurs. Une écriture polarisée sur l’ordinaire de l’enquête et de la vie des personnes rencontrées.

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Dominique Moncond'huy (dir.) avec la collaboration de Michele Rosellini et Henri Scepi : L'Espèce humaine et autres écrits des camps

 Gallimard - Octobre 2021 - La Pléiade


David Rousset : L'Univers concentrationnaire. François le Lionnais : La Peinture à Dora. Robert Antelme : L'Espèce humaine. Jean Cayrol : De la mort à la vie - Nuit et brouillard. Elie Wiesel : La Nuit. Piotr Rawicz : Le Sang du ciel. Charlotte Delbo : Auschwitz et après : Aucun de nous ne reviendra - Auschwitz et après : Une connaissance inutile - Auschwitz et après : Mesure de nos jours. Jorge Semprun : L'Écriture ou la Vie.

« Il restera les livres, disait Jorge Semprun. Les récits littéraires, du moins, qui dépasseront le simple témoignage, qui donneront à imaginer, même s’ils ne donnent pas à voir… Il y aura peut-être une littérature des camps… je dis bien : une littérature, pas seulement du reportage… »
Les textes réunis dans ce volume ont été écrits entre 1946 et 1994 par des survivants des camps nazis. Ces survivants partagent un même dessein : témoigner de l’expérience qui a été la leur, la rendre mémorable dans une langue – le français – qu’ils ont reçue en héritage ou dont ils ont fait le choix. Moins en rapportant des épisodes extrêmes, des moments limites, qu’en rendant compte de l’ordinaire du temps concentrationnaire, sur quoi la mort règne et dans lequel s’effacent les formes et figures de l’humain.

Tous constatent que les mots manquent pour exprimer une telle insulte à l’espèce humaine. « On ne se comprenait pas » (Antelme). « Il n’y a rien à expliquer » (Cayrol). L’écriture touche là aux limites de son pouvoir. Dans une entreprise de cet ordre, impossible de satisfaire aux exigences de transparence et de véridicité généralement associées au langage quand il se fait témoignage. Pour que l’indéchiffrable monde des camps échappe, si peu, si partiellement que ce soit, à l’incommunicable, pour que quelque chose existe qui relève de la transmission, chacun de ces écrivains doit explorer l’envers du langage et approfondir la « réalité rêvée de l’écriture » (Semprun).
C’est à « la vérité de la littérature » (Perec) qu’il revient de préserver la vérité de la vie.

Littérature. Le mot peut paraître sans commune mesure avec l’objet de tels récits. Il ne choquait pas leurs auteurs. C’est que la part littéraire ne relève pas chez eux d’un savoir-faire ou d’une rhétorique, moins encore d’un désir d’esthétisation. Mais d’un souci éthique de la forme, d’une morale du style. Antelme : « il faut beaucoup d’artifice pour faire passer une parcelle de vérité. » Semprun : « Raconter bien, ça veut dire : de façon à être entendus. On n’y parviendra pas sans un peu d’artifice. Suffisamment d’artifice pour que ça devienne de l’art ! » Permettre d’imaginer l’inimaginable, rendre le lecteur sensible à une vérité aussi inconcevable exige une profonde réélaboration de la réalité.

C’est en cela que les livres ici réunis sont des chefs-d’œuvre de la littérature du second XXe siècle. Et c’est pour cela que les qualifier de chefs-d’œuvre de la littérature ne les disqualifie pas, ne les rend pas inférieurs à la fonction que leur ont assignée leurs auteurs : témoigner d’« une catastrophe qui a ébranlé les fondements mêmes de notre conscience » (Cayrol).

C’est bien à la littérature – ici non pas truchement de l’illusion, mais instrument de la vérité – que ces survivants, ces écrivains, ont confié le soin de dérober au silence et à l’oubli une part de leur expérience et une pensée de ce que furent les camps, non pas simple moment de l’Histoire, mais entreprise sans précédent de négation de l’homme.

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Christian Laval, Francis Vergne : Éducation démocratique. La révolution scolaire à venir

 La découverte - Octobre 2021


Comment éduquer aujourd’hui ? Pour contribuer à quel monde ? Il est plus que temps de concevoir l’éducation démocratique dont nous avons besoin pour envisager un avenir désirable et une Terre habitable !
Pour préparer l’école démocratique de demain, cet ouvrage dégage cinq principes, tous liés entre eux et qui se déploient sous forme de propositions concrètes : liberté de penser (création d’une institution de type fédératif, intégrant tous les enseignants et visant à protéger les libertés académiques des pressions de la part des pouvoirs organisés) ; égalité concrète dans l’accès à la culture et à la connaissance (lutte contre les inégalités sociales et territoriales) ; définition d’une culture commune (à l’heure de l’urgence écologique, du féminisme et de la reconnaissance de la pluralité des cultures) ; pédagogie de la coopération (mise en oeuvre du meilleur des pédagogies émancipatrices, celles de Dewey, Freinet, Oury ou Freire) ; autogouvernement des écoles et des universités (en tant que communs éducatifs permettant l’expérience réelle de la démocratie).
Ce livre offre un projet systémique qui considère les institutions d’éducation comme un tout, depuis l’école élémentaire jusqu’à l’enseignement supérieur, et ne sépare pas la transformation de l’éducation de celle de l’ensemble de la société. Son ambition est de dessiner les traits fondamentaux d’une éducation démocratique encore à venir, et de l’inscrire pleinement dans une société solidaire, écologique et égalitaire.

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Lionel Zevounou (dir.) : Race et Droit

 IFJD - Octobre 2021


« Race et droit colonial » constitue le thème d'un séminaire qui entendait susciter une réflexion sur le concept de « race », et la manière dont ce dernier serait susceptible d'enrichir la compréhension du droit français, en particulier des discriminations raciales. Évoquer la « race » dans une discipline qui, jusqu'ici, restait relativement épargnée par les controverses sur le sujet - généralement entretenues dans le domaine des sciences sociales et des humanités - pourrait surprendre à première vue. Pourquoi maintenant ? Pourquoi faire référence à un concept tant connoté, dont les usages et appropriations - en dehors de la sphère académique notamment - ne sont pas dénués de risques ? Après plusieurs décennies de travaux publiés en sciences sociales et dans les humanités, il est apparu important non seulement de faire un point sur les principaux travaux qui ont pris pour objet le matériau juridique ces dernières années, mais aussi d'interroger ce que la discipline pouvait apporter à ce débat.

Lionel Zevounou est Maître de conférences en droit public à l'université Paris Nanterre, membre junior de l'Institut universitaire de France.

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lundi 18 octobre 2021

Jean-Luc Marion : Questions cartésiennes I. Méthode et métaphysique

 PUF - Octobre 2021 - Epiméthée


En deçà des thèses, qui visent à la cohérence, demeurent, comme des sources cachées mais vitales, des questions toujours ouvertes. Ce sont certaines de ces questions récurrentes dans les études cartésiennes qui sont abordées ici, chacune pour elle-même, mais en dialogue constant avec la tradition des grands interprètes. Pourquoi le philosophe de l’évidence commence-t-il à penser en faisant trois rêves – et en les interprétant sans même se réveiller ? Pourquoi et jusqu’où le Discours de la méthode ne livre-t-il pas exactement la même métaphysique que celle des Meditationes ? En quoi et jusqu’où les Meditationes respectent-elles la méthode ? Le « sujet » cartésien se définit-il par une thèse théologique au moment précis où il prétend « mettre à part les vérités de la foi » ? Pourquoi la générosité semble-t-elle devoir répéter le« je pense » sur le mode de l’auto-affection ? Pourquoi Descartes ne parvient-il finalement pas à reconnaître un alter ego à l’ego et ferme-t-il la possibilité de tout accès à l’autre ? L’argument dit ontologique appartient-il encore à une ontothéo-logie avant et après Descartes ? Ces recherches dont le fil directeur est une enquête sur la méthode et la métaphysique attestent que les soubassements historiques et les conséquences modernes, voire post-modernes, de Descartes restent encore, pour une large part, à déceler et à mesurer. Car nous ne pouvons étudier seulement Descartes comme un objet : nous en provenons. Même pour s’en défaire, il faut encore y revenir.

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Jean-Luc Marion : Questions cartésiennes II. Sur l'ego et sur Dieu

 PUF - Octobre 2021 - Epiméthée


L’histoire de la philosophie procède parfois par synthèses, ou du moins par hypothèses synthétiques. Mais ces constructions ne tiennent que si elles reposent d’abord sur les piliers de questions particulières, étudiées sans préjugés et d’abord résolues pour elles-mêmes. Ce sont certaines de ces questions récurrentes dans les études sur Descartes que l’on aborde ici, poursuivant l’effort entrepris par les Questions cartésiennes parues en 1991. Il ne s’agit plus cette fois de traiter des problèmes soulevés par la relation complexe entre méthode et métaphysique, mais certains de ceux que posent l’ego, Dieu et les contextes où s’inscrit la pensée cartésienne. – L’ego : conduit-il nécessairement au solipsisme ou relève-t-il d’une altérité originaire ? Se trouve-t-il jamais remis en doute par Dieu ou valide-t-il immédiatement l’évidence comme une vérité ? En quel sens a-t-il rang de substance ? – Dieu : pourquoi importe-t-il de l’opposer au« Styx » et aux« destinées » ? De quel droit peut-on et doit-on lui assigner le titre si problématique de causa sui ? Pourquoi les grands postcartésiens ont-ils tous rejeté la doctrine si originale de la création des vérités éternelles ? Dans quel ensemble prennent place les trois définitions de Dieu que déploient successivement les Meditationes et les Responsiones ? – Les contextes : va-t-il de soi que Kant ait réfuté Descartes ou une commune décision critique (la finitude de la certitude) ne les réunit-elle pas plus intimement ? Les Meditationes se structurent-elles comme une démonstration linéaire ou comme un essentiel dialogue ? Pourquoi et comment Pascal conteste-t-il l’équivalence entre évidence et vérité ? Mersenne, l’ami proche et négligé, n’anticipait-il pas sur la définition cartésienne de la métaphysique ? Comme l’attestent l’abondance et la qualité de la recherche internationale quatre cents ans après sa naissance, l’interprétation de Descartes n’a jamais été aussi ouverte. Cette indécision n’infirme pourtant pas les travaux antérieurs, mais en résulte précisément. En effet, Descartes ne nous est pas un objet révolu, mais nous reste un interlocuteur inévitable, avec lequel se jouent encore nos propres innovations et nos dernières tentatives.

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Byung-Chul Han : Thanatocapitalisme. Essais et entretien

PUF - Octobre 2021

Ce que nous nommons la croissance aujourd'hui est en fait une excroissance, une prolifération qui détruit l'organisme social. D'une vitalité inexplicable et mortelle, ces excès métastasent et prolifèrent à l'infini. Arrivée à un certain stade, la production devient destructrice. Le capitalisme a depuis longtemps dépassé ce point critique. Ses pouvoirs destructeurs produisent non seulement des catastrophes écologiques ou sociales, mais aussi des catastrophes mentales. Les effets dévastateurs du capitalisme suggèrent l'influence d'une pulsion de mort. Sigmund Freud n'a initialement introduit le concept de pulsion de mort qu'après bien des hésitations. Il avoua immédiatement après qu'il « ne pouvait pas penser autrement » car ce concept avait acquis un grand pouvoir sur lui. Penser le capitalisme aujourd'hui ne peut se faire sans l'acceptation de cette pulsion. Traduction de l'allemand par Olivier Mannoni

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Revue Voltaire n°20 : Voltaire dans le monde germanique

Sorbonne Université Presses - Juillet 2021


Le dossier consacré à « Voltaire dans le monde germanique » renouvelle la connaissance de la réception et de la circulation des idées et des œuvres de Voltaire dans l’aire germanique. Il ouvre de nouvelles perspectives et témoigne de la fécondité de cette enquête éditoriale, littéraire, philosophique et religieuse : derrière la question du « transfert culturel », ce sont des enjeux essentiels que ces échanges conduisent à penser. Ce numéro 20, tout en faisant le bilan des 20 années écoulées, rend compte de l’actualité de la recherche voltairienne par des recherches portant sur l’édition et la contrefaçon de certains de ses textes ou sur son œuvre historique, des comptes rendus d’ouvrages récemment publiés autour de l’œuvre du philosophe, la publication d’inédits, la présentation de leurs travaux par de jeunes chercheurs ou encore la transmission de leur expérience par des voltairistes chevronnés, et un bilan des nouvelles recherches suscitées par l’inscription des « contes philosophiques » au programme de l’agrégation de Lettres 2020.

Sommaire

ACTUALITÉS
Christiane Mervaud
Les vingt ans de la Revue Voltaire
Nicholas Cronk
Vers l’achèvement de l’édition imprimée des Œuvres complètes de Voltaire
Linda Gil
Voltaire à l’agrégation

IN MEMORIAM

VOLTAIRE DANS LE MONDE GERMANIQUE
Guillaume Métayer et Ludolf Pelizaeus
Introduction
Linda Gil
Les libraires face à la diffusion des Œuvres complètes posthumes de Voltaire en Allemagne : ruses commerciales, fake news et piratage à la veille de la Révolution française. Le cas de Jean Guillaume Virchaux, libraire à Hambourg
Antony McKenna et Gianluca Mori
La Lettre sur Locke de Voltaire à la cour princière de Rheinsberg
Edward Langille
L’Avis de l’éditeur de la Réponse aux vers précédents (c’est-à-dire les Vers au roi de Prusse) est-il de Voltaire ?
Hendrikje Carius
Numérisation des ressources voltairiennes dans les pays germanophones. État des lieux et perspectives de recherche
Gerhardt Stenger
L’« honnête vérité allemande » : la première biographie de Voltaire par Johann Christoph von Zabuesnig
Wolfgang Adam
La relation de Lessing à Voltaire dans la perspective du gallotropisme
Jean Mondot
Voltaire en Allemagne et la naissance d’un nouveau gallotropisme
François Thomas
La référence à Voltaire dans la réflexion sur la traduction en Allemagne au XVIIIe siècle : Voltaire – Wieland, Herder – et Shakespeare
Guillaume Métayer
Un Voltaire Sécession dans l’ombre de Goethe : Josef Popper-Lynkeus
Ludolf Pelizaeus
De Voltaire à Paisiello : de Candide au Roi Théodore. Transferts culturels entre la France, l’Italie et l’espace germanophone
Frank Stückemann
Presse des Lumières en Westphalie. Anti-Kandide et « Apologie pour le Dr Martin » : la critique de Voltaire par Justus Möser

VARIA
Guido Beduschi
Historians and politicians in an unpublished manuscript of Voltaire
Daniel Droixhe
La contrefaçon liégeoise de Tancrède (1761). De la typographie au texte

INÉDITS
Nicholas Cronk
La correspondance de Voltaire : lettres et billets inédits adressés à Marc Duval et à d’autres correspondants
Gillian Pink
Un exemplaire corrigé du tome 8 des Questions sur l’Encyclopédie

COMPTES RENDUS

LES CHERCHEURS PAR EUX-MÊMES
Sarra Abrougui
Les Religions de l’Antiquité classique dans l’œuvre de Voltaire : réception et instrumentalisation
Debora Sicco
Voltaire: la política come azione

ENTRETIEN
Claude Lauriol
Cinquante ans de recherche autour de Voltaire

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Jerome Lamy, Jean-francois Bert (dir.) : Voir les savoirs. Lieux, objets et gestes de la science

 Anamosa - Septembre 2021


Où, comment et avec quoi les intellectuels, savants et scientifiques pensent-ils ? Cet ouvrage de synthèse vise à saisir les traits principaux d'une recherche qui ne se concentre pas seulement sur les thématiques classiques de l'histoire des sciences ou des savoirs, mais qui envisage la matérialité comme un élément déterminant dans la production de nouvelles connaissances.

Que serait Michel Foucault sans ses bibliothèques, Galilée sans sa lunette, Jules Maciet sans ses ciseaux, James Prescott Joule sans sa science tactile des températures, Jean Antoine Nollet sans ses expériences mondaines, Pascal sans sa machine arithmétique, Jean Piaget sans son bureau-collection de coquillages, Umberto Eco sans ses déambulations ou encore Marcel Jousse sans ses basculements de chaise ?
Ces savants et scientifiques le montrent : manipuler, observer, ordonner, hiérarchiser, catégoriser, sélectionner, citer ne sont pas des actes uniquement mentaux, intellectuels, discursifs, ils sont aussi pleinement matériels. Ils se déploient dans des lieux dédiés (bibliothèques, laboratoires, observatoires). Ils impliquent des objets et des instruments qui ont été pensés, inventés, fabriqués, pour être manipulés. Ils imposent des gestes, produisent des habitudes corporelles, convoquent des sensations.
Voir les savoirs de la sorte, en prenant en compte cette matérialité, c'est ouvrir la boîte noire de l'ordinaire des manières de faire science, hier et aujourd'hui.

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Baptiste Godrie, Marie Dos Santos et Simon Lemaire (dir.) : Lucidités subversives. Dialogues entre savoirs et disciplines sur les injustices épistémiques

Editions science et bien commun - Octobre 2021


La réflexion sur les injustices épistémiques occupe désormais une place à part entière dans le champ des inégalités sociales. Ces injustices peuvent être vécues au quotidien dans les interactions sociales, les rapports avec les institutions publiques ou encore dans les dispositifs de participation citoyenne, tout comme elles peuvent être générées et vécues au sein même du processus de recherche. Leur analyse ne serait pas complète sans la mise en lumière des expériences et savoirs situés de groupes minoritaires et des actions individuelles, institutionnelles et citoyennes visant à les réduire. Comprendre et réduire les injustices épistémiques invitent ainsi d’emblée à décloisonner les registres discursifs et disciplinaires et à mêler les préoccupations sur le vivre ensemble et sur la production de la recherche.
Né d’un colloque tenu à Namur en 2019, ce livre propose des réflexions et des analyses sur ces enjeux de la part de 54 auteurs et autrices de sept pays. Études empiriques, discussions théoriques et analyses réflexives s’entrecroisent pour permettre une réflexion collective multidisciplinaire sur les mécanismes producteurs des injustices épistémiques et les moyens de les enrayer.

Tables des matières

Introduction. Regards indisciplinés sur les injustices épistémiques

I. Les injustices épistémiques entre déni de reconnaissance, production de l’ignorance et lucidité subversive

Une forme d’injustice épistémique en contexte institutionnel : le cas des préposées aux bénéficiaires dans les organisations gériatriques au Québec
Trouble dans la hiérarchie ordinaire des savoirs. Paradoxes du travail pair
Entre désir de symétrie et production de l’ignorance en santé mentale : le cas des services d’intervention à domicile et dans les milieux de vie
Faire place à l’indignation. Réduire les inégalités communicationnelles dans un processus de planification urbaine montréalais
Travail pair versus travail social: quelle légitimité de la mètis face aux savoirs académiques?
Partager le monopole des savoirs dans l’usage de drogues. Le cas des junkies au Maroc
Avantage versus injustice épistémiques : stratégies d’empowerment dans la réhabilitation éducative et professionnelle des femmes paraplégiques
Décrédibilisation du discours militant et droits des personnes handicapées

II. Quelles écologies des savoirs pour favoriser la justice épistémique ?

Entre sciences des sols et savoir-faire paysans : faire dialoguer les formes de connaissance pour améliorer de la santé des sols cultivés
Accès à la justice et injustices épistémiques : état des lieux, obstacles et possibles
De la disqualification à la prise en compte de parole des personnes dites handicapées psychiques par les décideurs et décideuses publics : le défi de la recherche-action participative en santé mentale d’Advocacy France
Boutique des Sciences et mise en saillance de résistances épistémiques. Une approche à partir de la parcelle SICOR à Grand-Lahou/Côte d’Ivoire
« Tiens, ça n’arrive pas qu’à moi! » Revalorisation identitaire individuelle et collective en atelier-théâtre
Wood in Molenbeek : une recherche participative qui bouscule pratiques et praticien-ne-s
D’une injustice environnementale à une justice épistémique. Le cas de l’incinérateur de Marseille à l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos-sur-Mer

III. Réflexivités épistémiques. S’interrelier par l’écriture et la recherche

Tous et toutes pareil-le-s, tous et toutes différent-e-s : changer les regards pour réduire les inégalités entre les savoirs
Le Groupe de Recherche Action Sérieuse (GRAS), ou comment lutter contre les injustices épistémiques dans le champ du vieillissement
Quand l’analyse se fait à plusieurs voix. La co-auctorialité dans une recherche-action dans le secteur de l’aide alimentaire
Précarisation alimentaire à Barcelone et injustices épistémiques. Utilité sociale de la recherche et recours aux méthodologies participatives
L’ignorance située : un garde-fou pour ne pas (re)produire des injustices épistémiques
Vers une réalité élargie. Se situer entre savoirs et expériences: trouver sa voix propre et l’inter-relier

Formulaire d’évaluation des contributions
Les autrices et les auteurs
Les résumés

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dimanche 17 octobre 2021

Jacques Bouveresse : Les foudres de Nietzsche. Et l'aveuglement des disciples

 Hors-d'atteinte - Octobre 2021


Étant donnée l’hostilité ouverte, constante, déterminée, et même violente que Nietzsche a manifestée contre la démocratie, le socialisme, le progrès social, l’égalité – y compris, soit dit en passant, l’égalité entre les hommes et les femmes –, il n’aurait jamais dû, semble-t-il, y avoir un Nietzsche de gauche. Et pourtant il y en a bel et bien eu un, et c’est même celui-là qui a occupé dans la période récente le devant de la scène et est devenu plus ou moins le Nietzsche officiel. Il n’en demeure pas moins qu’entre ceux qui ont cherché à faire de lui un penseur nazi et ceux qui ont considéré comme allant au contraire à peu près de soi qu’il était un penseur de gauche, on se demande réellement à qui il faut décerner la palme dans l’art de ne pas lire un auteur.
Depuis des décennies, Nietzsche est en France l’objet d’une double méprise : l’invention absurde mais tenace d’un Nietzsche de gauche (Deleuze) et son enrôlement dans une vaste entreprise de reformatage du concept de vérité (Foucault) que toute sa philosophie contredit. Lecteur assidu, resté longtemps discret, Jacques Bouveresse n’a jamais cru à ces fables. Poursuivant la réflexion engagée dans Nietzsche contre Foucault (Agone, 2016), et au terme d’une longue plongée dans les Fragments posthumes, dont il a tiré un trésor de citations, retraduites puis agencées avec soin, il offre ici un double portrait du philosophe : Nietzsche en chercheur de vérité, moraliste ironiste, lucide et passionné ; Nietzsche en penseur politique, défenseur d’un radicalisme aristocratique selon lequel la masse du peuple doit obéir, travailler et être asservie pour que l’élite puisse être libre, commander et créer.

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Chantal Delsol : La fin de la Chrétienté

 Cerf - Octobre 2021


N'en déplaise aux déclinistes, la fin de la civilisation chrétienne n'est pas la fin du monde. Ce qui se joue à travers l'inversion normative et la transformation radicale des mœurs, c'est le retour du monde païen. Seize siècles de Chrétienté s'achèvent. Le temps présent connaît une inversion normative et philosophique qui nous engage dans une ère nouvelle. La transition est brutale. Elle est difficile à accepter pour les défenseurs de l'âge qui s'efface. De même que le vieillard tend à colorer le monde de sa propre décrépitude et à le voir décadent, de même il est des chrétiens qui, aujourd'hui, se plaisent à contempler le déclin du monde dans leur propre déclin.Nous assistons en fait à une métamorphose. Le temps païen qui s'ouvre restaure les anciennes sagesses en même temps que les anciennes sauvageries. Le grand Pan est de retour. L'ère chrétienne qui s'achève avait vécu sur le mode de la domination. Le christianisme doit inventer un autre mode d'existence. Celui du simple témoin. De l'agent secret de Dieu.

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samedi 16 octobre 2021

Raphael Desanti et Henri de Monvallier : L'Effet Bourdieu. Dialogue sur une sociologie libératrice

 Connaissances et savoirs - Août 2021


Lecteurs assidus de Pierre Bourdieu (1930-2002) et des critiques adressées à son oeuvre, Henri de Monvallier et Raphaël Desanti proposent ici un dialogue original, dynamique et rigoureux sur des aspects rarement mis en avant dans les publications autour du sociologue : l'intérêt de l'auto socio-analyse pour les lecteurs non professionnels de la sociologie, le déni des dérives du " point de vue scolastique " chez les intellectuels pourfendeurs de Bourdieu, la dimension de l'humour dans les dits et les écrits du sociologue, la réception critique de son oeuvre chez les sociologues soucieux de se distinguer dans le champ universitaire. Mais, au-delà de ces thèmes, ce dialogue parfois polémique interroge plus fondamentalement les conditions de possibilité d'une discussion sur ce que lire Bourdieu veut dire entre deux lecteurs du sociologue inégalement situés dans le monde social.

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Georg Lukacs : L'Esthétique. Tome 1

 Editions critiques - Octobre 2021


Publiée en allemand en 1961 et traduit en français pour la première fois, L'Esthétique est un ouvrage somme dans lequel Georg Lukács (1885-1971) a rassemblé et approfondi toutes ses réflexions touchant à la question de l'art. L'ouvrage s'inscrit dans la tradition philosophique qui d'Aristote à Hegel, en passant par Diderot et Kant, s'efforce de comprendre l'art en tant qu'aspect essentiel de la vie des hommes. Comme tous les grands penseurs qui l'ont précédé, Lukács veut saisir l'art non comme un objet isolé, mais comme une fonction active au cÅ“ur de l'histoire de l'humanité. Ce premier tome étudie les différences entre la sphère esthétique et d'autres domaines tels que la science, l'éthique et la religion. Défendant une approche historique et objective, Lukács analyse comment les besoins sociaux déterminent ces différentes dimensions de la vie humaine, et la façon dont en retour l'art et la science enrichissent perpétuellement la quotidienneté des individus.

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Thierry Ménissier (dir.) : Éthique, politique, philosophie des techniques

 Vrin - Septembre 2021 - Pistes n°1

Que peut-on attendre de la philosophie face aux réalités technologiques? Si elle n’a jamais été insensible à l’agir technique, plus que jamais la pensée philosophique se trouve requise du fait de la puissance de transformation du monde manifestée aujourd’hui par la technologie. Ce volume se donne pour premier objectif minimal de reconstituer la faculté de juger mise à mal ou brouillée par les évolutions contemporaines.
Il est également possible que les nouveaux champs technologiques émergents, de par l’originalité et la capacité de reconfiguration des inventions qu’ils connaissent, conduisent bientôt la philosophie à proposer des nouvelles sous-disciplines, en l’obligeant à travailler sur elle-même. Semblent, en ce moment même, susceptible de provoquer ce genre d’évolutions, la combinaison de l’informatique et du numérique ou l’Intelligence Artificielle, ses déclinaisons potentiellement variées à l’infini mais déjà sensibles dans la robotique, la transformation de la production par exemple sous l’effet de l’impression 3D, l’interaction avec des êtres artificiels ou synthétiques de tous ordres et de toutes tailles, qu’il s’agisse des agents conversationnels, des drones ou des smart cities. De telles évolutions en cours se font qu’un des attendus de la démarche philosophique peut concerner une vaste ambition, à savoir celle de dessiner les cadres d’un environnement désirable non seulement pour les humains, mais pour toutes les êtres vivants et existants, qu’ils soient naturels ou artificiels. En ce cas, la philosophie appliquée à la technique d’aujourd’hui se donne une ambition normative de très haut niveau en accompagnant le déploiement des nouvelles formes de conscience sensibles à la nature et aux vivants ou agissants non-humains.
Les contributions comprises dans ce dossier portent sur l’éthique et la philosophie politique appliquée aux activités humaines telles qu’elles sont aujourd’hui assistées et transformées par la technique faisant système et valant déjà comme vision du monde. En confrontant la philosophie au terrain des innovations et en observant les pratiques, les autrices et les auteurs de ce dossier s’emploient à déterminer les modalités de l’éthique et de la politique appliquée à l’activité humaine telle qu’elle est indissociablement assistée et régie par la technologie.

Ont participé à ce volume : K. Becker, J. Caelen, D. Cérézuelle, E. Clarizio, A. Guézengar, G. A. Legault, P. Musso, J. Patenaude, M.-A. Pencolé, D. Uzal, C. Verchère et D. Vernant.

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vendredi 15 octobre 2021

Raison présente 2021/3 (N° 219) : Nature et esprit. Entre science et philosophie

 Union rationaliste - Octobre 2021


Page 3 à 8 : Pascal Ludwig - Actualité de Jacques Bouveresse | Page 9 à 18 : Alain Policar - Nature et esprit. Entre science et philosophie | Page 19 à 27 : Jean-Michel Besnier - De la naturalisation de l’esprit | Page 29 à 37 : François Loth - Le naturalisme et la conscience phénoménale | Page 39 à 52 : Henri Atlan - Pour en finir avec le dualisme esprit-corps | Page 53 à 63 : Joëlle Proust - Le naturalisme philosophique et les sciences | Page 65 à 74 : Anne Le Goff - De l’animal à l’humain | Page 75 à 84 : Vanessa Nurock - De la naturalisation à l’artificialisation de la morale : un aller sans retour ? | Page 85 à 90 : Lucien Scubla - Note sur l’idée de nature dans la physique | Page 91 à 99 : Pascal Engel - Le naturalisme et les normes de la raison | Page 101 à 110 : Alain Policar - Cosmopolitisme et multiculturalisme | Page 112 à 113 : Michel Casevitz - Étymologie et sémantique | Page 114 à 116 : Guy Bruit - Théatre | Page 117 à 120 : Christian Ruby - Atlas des arts vivants | Page 121 à 124 : Jean-Louis Lavallard - Musique | Page 125 à 128 : Roland Pfefferkorn - À travers quelques livres | Page 129 à 142 : Fabienne Bock, Roland Pfefferkorn, Michèle Leduc et Gilbert Cabasso - Notes de lecture.

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