dimanche 10 mai 2026

Claude Buffier : Éléments de métaphysique

 Vrin - Mai 2026


Claude Buffier (1661-1737) publie en 1725 les Éléments de métaphysique à la portée de tout le monde. Faut-il voir dans ce dialogue entre Eugène, esprit mondain, et Téandre, philosophe expérimenté, un simple exposé de son Traité des premières vérités de 1724 à destination des novices? Certes, la métaphysique est cette science qu’il s’agit de rendre accessible au plus grand nombre, mais elle est aussi redéfinie par Buffier comme l’exactitude dans l’usage de notre pensée. Ceux qui, comme Eugène, n’ont pour eux que le sens commun, feraient au fond de la philosophie sans le savoir. Cette édition critique – la première à confronter le texte de 1725 avec la version remaniée que Buffier fera paraître en 1732 – est précédée d’une longue introduction et suivie de trois annexes qui éclairent plusieurs enjeux de l’ouvrage.

Édition, présentation et notes par L. Rouquayrol.

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Buffon : Discours sur le style

 Allia - Avril 2026


En 1753, Buffon est reçu à l’Académie Française. Il y prononce un discours qui fera date. Le secret : rester clair et précis. Trouver l’équilibre entre le fond et la forme. “Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans les pensées.”
Mais le véritable style ne réside pas que dans la perfection de la langue. Apprendre à le reconnaître, c’est surtout cultiver son esprit critique. Buffon nous apprend à démasquer cette éloquence factice conçue pour persuader les foules. “Un ton véhément et pathétique, des gestes expressifs et fréquents, des paroles rapides et sonnantes” : voilà les armes des tribuns et des manipulateurs.
Lumineuse leçon d’écriture et de lecture, le Discours sur le style est un remède pour se prémunir de tous les discours creux et des falsificateurs du langage.

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Alexander Pope : Essai sur l'homme. Suivi de Héloïse à Abélard

 Les Belles lettres - Mai 2026


Alexander Pope écrivit l’Essai sur l’homme en 1734. Dans des vers harmonieux, d’une densité souvent admirable, il nous propose, plutôt qu’une méditation philosophique, une sorte de roman sur l’homme, roman animé par un optimisme fervent. Voltaire vit en ce poème didactique « le plus sublime qu’on ait jamais fait ». Kant l’admira. De même Rousseau, Montesquieu, Diderot. Plus que son contenu philosophique, c’est sa tonalité enthousiaste, son empressement à persuader l’homme d’un bonheur possible, son déisme consolateur, qui marquèrent son temps, celui des Lumières naissantes.
Certes, Voltaire, après l’avoir encensé, l’attaqua non sans virulence, opposant à son optimisme, comme à celui de Leibniz, le désastre de Lisbonne. De leur côté, un Lessing ou un Moses Mendelssohn lui contestèrent le sérieux métaphysique, tandis que les tenants de l’orthodoxie religieuse fustigeaient son déisme.
Aujourd’hui, son roman de l’homme nous apparaît plus romanesque que jamais, et sa cosmologie bien obsolète. Quant à sa démonstration que la vertu seule assure le bonheur, nous y voyons d’abord un voeu pieux. Mais nous pouvons encore saluer dans l’Essai sur l’homme une belle tentative d’embrasser l’ensemble de la condition humaine et de donner aux humains des raisons d’espérer. Byron, dont le romantisme transgresseur aurait pu mépriser cette oeuvre, l’admirait au contraire par-dessus tout, et qualifiait Pope de « plus grand poète moral de tous les temps, de tous les climats, de tous les sentiments et de tous les stades de l’existence. »

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Frédéric Lebaron : Le capital linguistique. Une sociologie du langage

 CNRS Editions - Avril 2026


Comment expliquer la diversité des formes du langage, invariant d’Homo sapiens et principale ressource de la vie en société ? À la lumière des multiples disciplines qui ont contribué à éclairer le développement des langues depuis un siècle, ce livre propose un effort théorique nouveau pour unifier les sciences sociales autour du langage. Il invite à analyser les interactions les plus ordinaires à partir des normes incorporées par tout un chacun, sans nier leur potentialité créatrice. Il nous renseigne sur les liens entre variations langagières, inégalités (de classe, de genre, de champs) et ensemble des facteurs sociodémographiques différenciant les individus et les groupes. Le capital linguistiqueest ainsi plus ou moins source de profit, de la salle de classe au système international où les 7 000 langues planétaires se voient implicitement hiérarchisées.
De la dimension cognitive du langage aux rapports entre langues et cultures, en passant par la production des normes et leurs enjeux de pouvoir, ou encore les modes d’expression non langagiers, Frédéric Lebaron offre une synthèse rare des savoirs sur le langage en même temps qu’un essai critique original.

Frédéric Lebaron est sociologue, professeur à l'École normale supérieure Paris-Saclay et chercheur à l'IDHE.S (Institutions et dynamiques historiques de l'économie et de la société). Il est spécialiste de sociologie économique, de sociologie politique et de méthodologie des sciences sociales. Il a publié en 2020 Savoir et agir. Chroniques de conjoncture (2007-2020) aux éditions du Croquant.

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samedi 9 mai 2026

Critique, n°946 : Exposer la nature

 Minuit - Mai 2026


Des cabinets de curiosités et ménageries royales aux parcs zoologiques et réserves naturelles, l’exposition de la nature a connu de nombreuses formes. Si elle traduit une volonté d’éduquer et de divertir, elle est aussi une démonstration de pouvoir, par laquelle l’Autre, étrange ou étranger, se trouve exhibé, transformé en spectacle. Longtemps, les institutions de la nature exposée ont ainsi contribué à légitimer, de part et d’autre des barreaux, la séparation entre humains et non-humains. Devant la nature encagée, se renforçait par contraste le sentiment de la liberté humaine.
Aujourd’hui, les zoos modernes ont pour mission de simuler des espaces naturels et de sensibiliser aux extinctions et à la conservation des espèces menacées. De même, les musées anthropologiques réévaluent la frontière entre nature et culture, révélant la violence des collectes coloniales. Ce dossier met en lumière leur ambiguïté : entre héritages historiques débattus, émerveillement devant la diversité des vivants et urgence écologique.

Nélia DIAS : « Entre conservation et extinction. Collections vivantes, collection du vivant »
Anne LAFONT : « 1933. L’avifaune africaine et le musée colonial »
Aurélie DARBOURET : « Rencontrer les géants des mers, une enquête liquide et embarquée »
Frédéric KECK : « Quand les animaux s’exposent »
Guillaume BLANC : « De la terre, du pouvoir et des hommes »
Entretien avec Guillaume BLANC : « Parler de nature revient toujours à parler d'humains »
Pierre VINCLAIR : « Les possibilités du poème »
Laurent JENNY : « De la photographie à la post-photographie »
Jean-Loup BOURGET : « Les singuliers nocturnes de Wright of Derby »
Thierry HOQUET : « L.D.T. Le langage de Donald Trump »

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Jacques Derrida : La Chose. Séminaire (1975-1977), suivi de la 6e séance de Donner le temps II

 Seuil - Mai 2026


Entre 1975 et 1977, Jacques Derrida s’engage dans un séminaire énigmatique, voire obscur au premier abord, intitulé La Chose. Ce séminaire se révèle pourtant l’un des plus fascinants de son œuvre : il se situe au carrefour de plusieurs de ses textes les plus audacieux, La Dissémination, Glas, La Vérité en peinture et La Carte postale. Déjà, il mobilise la lecture des corpus philosophiques, littéraires et psychanalytiques que Derrida ne cessera d’approfondir dans les décennies suivantes. Chaque année d’enseignement est consacrée à une analyse à la fois parallèle et alternée où le philosophe fait se croiser l’œuvre de Heidegger avec celles de Ponge (1975), de Blanchot (1976) et de Freud (1977). La Chose permet ainsi de redécouvrir ces textes en montrant toute l’attention que le philosophe accorde à cette chose non humaine – un apport philosophique essentiel pour les grandes questions d’écologie, de matérialisme et d’éthique qui sont les nôtres aujourd’hui. Derrida avait un jour formulé le souhait de réunir ces séminaires et ses notes sur la thématique de « Donner le temps » (1977-1978). Ce vœu est maintenant exaucé en publiant dans ce volume la sixième séance inédite de Donner le temps II, où il soulignait le lien étroit reliant la chose et le don car, selon Derrida, « le don est peut-être l’affaire de la chose, la chose affaire du don ». Édition établie par Philippe Lynes.

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Christophe Premat : L’autonomie improbable. Fragilité et contingence d’une invention humaine

 Anibwe - Mai 2026


Qu’est-ce que l’autonomie dans un monde saturé de normes, de technologies et de récits qui prétendent orienter les existences ? Cet essai montre que l’autonomie n’est ni une simple indépendance individuelle ni un mot d’ordre managérial. Elle se déploie comme un travail de lucidité visant à reconnaître les multiples formes de dépendance, à comprendre la puissance des imaginaires sociaux et à affronter la fragilité des institutions qui rendent la liberté possible. En dialoguant avec Castoriadis, Hegel, Lévinas, Arendt ou Foucault, le livre explore la tension continue entre clôture psychique et ouverture au commun, entre désir de souveraineté et nécessité de co-instituer des règles collectives. L’autonomie apparaît ainsi comme une invention humaine improbable, constamment menacée, toujours à réactiver face à la pente hétéronomique des sociétés contemporaines, qu’elles soient bureaucratiques, technologiques ou idéologiques.

Christophe Premat est professeur en études culturelles à l’Université de Stockholm. Ses recherches portent sur la participation citoyenne, les théories de l’autonomie, les littératures francophones et autochtones du Québec, ainsi que sur les formes de visibilité et de résistance dans les espaces culturels minorés. À la croisée de la philosophie politique, de l’analyse des imaginaires et des études culturelles, son travail interroge les conditions contemporaines de la création collective et de la liberté.

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Jacques Derrida : La voix et le phénomène. Introduction au problème du signe dans la phénoménologie de Husserl

 PUF - Mai 2026 - Quadrige


Préface de Catherine Malabou

Publié en 1967, la même année que De la grammatologie et L’écriture et la différence, La voix et le phénomène est l'un des trois ouvrages fondateurs qui érigent le concept phare de la philosophie derridienne : la « déconstruction ».
Reprenant rigoureusement la théorie de Husserl de la voix intérieure comme lieu de la conscience, Derrida montre que le sens n'est en réalité jamais immédiatement présent à la conscience car il dépend toujours d'une forme de médiation. Il y a impossibilité d'une présence pure, la trace précédant le signe. On trouve dans cette œuvre les prémices du concept à venir de « différance ».

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vendredi 8 mai 2026

Eric Brian : Le Hasard ordinaire au fondement des sciences sociales et économiques

 Classiques Garnier - Mai 2026


Les imprévus sont la matière même du quotidien et de la littérature. L'ouvrage passe en revue la palette des conceptions savantes connues à propos du hasard, en identifiant celles d'entre elles qui perdurent aujourd'hui encore sous la forme d'idées reçues portées par tout et un chacun. Presque cent trente ans après la publication des ouvrages fondateurs d'Émile Durkheim, il importait donc de faire le point sur les prérequis des sciences sociales qui les ont prolongés. Ainsi équipé, il est possible d'exposer ce que pourrait être une sociologie où les aléas seraient générateurs des faits sociaux et proposer ainsi une sociologie générale fondée sur une épistémologie stochastique.

Éric Brian (1958-2025) était directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (Paris). Docteur en mathématiques appliquées et en histoire, il a été résident des Instituts d'études avancées d'Uppsala et de Berlin. Longtemps professeur invité à l'Institut de philosophie de l'université de Vienne, il dirigeait depuis 1995 la Revue de synthèse aujourd'hui publiée par Brill.

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Philippe Bey : Effleurer la Sensibilité. Vers une nouvelle monadologie

 L'Harmattan - Mai 2026


La question de Leibniz « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » ne relève pas d’une curiosité abstraite, elle interroge la nature même de la réalité. Après un siècle de remise en cause de la métaphysique classique, il n’est plus raisonnable de l’esquiver mais d’affirmer à nouveau quelque chose du réel.
Un mot suffit-il encore pour nommer l’être ? Ce livre propose une nouvelle réponse : le réel est fait de Sensibilités, des monades affranchies de « l’harmonie préétablie ». En quoi consistent-elles ? Il s’agit d’imaginer une ontologie ouverte à la pluralité, souple à l’intérieur et perméable aux courants de pensée déjà établis.
La métaphysique n’est plus à sauver, mais à risquer au nom du réel. Ce travail inaugure une philosophie de la Sensibilité en renouant avec la pensée monadologique. Elle prend racine chez Bergson, s’inspire entre autres de Whitehead et de Graham Harman afin de pousser le réalisme à son terme en soumettant une intuition intellectuelle à l’épreuve du réel.

Philippe Bey est philosophe et musicien. Son travail artistique se partage entre la réflexion philosophique et la création musicale (Metacelse).

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Maitre Eckhart : Aphorismes et légendes

 Rivages - Avril 2026


Ces fragments de Maître Eckhart témoignent de l'immense popularité de cette prestigieuse figure mystique de l'Occident chrétien, qui a subi en son temps l'opprobre d'un procès en hérésie, parce qu'il a voulu en savoir plus qu'il ne convenait. Même s'il comporte peut-être aussi quelques éléments apocryphes, on peut dire que l'attribution à Maître Eckhart est relativement certaine. Ces aphorismes sont suivis de quelques légendes attribuées à Maître Eckhart.

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Anita Izcovich : La psychanalyse. Nouveaux symptômes

 Stilus - Mai 2026


Nouveaux symptômes posent la question de la fonction actuelle de la psychanalyse et de son destin. Ce livre s’ouvre sur Le Séminaire à Caracas où Lacan rend compte de la création de son Ecole à Paris, en prenant appui sur les énigmes du tableau La vierge aux Tours de Bramantino reproduite que la première de couverture. Il s’agira alors de mettre en rapport ces énigmes avec les nouveaux concepts de la psychanalyse développés par Lacan à cette époque. C’est ce qui nous conduira à la fonction de la psychanalyse sur les nouveaux symptômes en relation avec l’avancée de la science dans ses différents versants : quelle est l’incidence de l’intelligence artificielle sur l’être humain ? Quels ont été les effets des laboratoires et du virus Covid 19 sur le sujet ? Quelle est l’incidence de la menace de la disparition de la planète dans l’écologie ? C’est avec cette marque du réel de la pulsion de mort que le sujet peut commencer une analyse comme nous le développerons dans des cas cliniques concernant les enfants et les adultes. Comment le sujet peut-il passer d’être l’entrepreneur de la science actuelle à l’entrepreneur de son désir inconscient ? Quel est le destin de la psychanalyse ?

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Camille Lacau St Guily : María Zambrano (1904-1991). Radiographie d'une âme et d'une pensée

 Champion - Mai 2026


Cette radiographie de l’âme et de la pensée de María Zambrano propose une forme de biographie intensive ou « auscultation spirituelle » (Henri Bergson) de la philosophe-poète espagnole. Camille Lacau St Guily place sa focale à l’intérieur du cœur et des entrailles de cette femme, en procédant par « inviscération ». Cette radiographie ne suit pas un déroulé chronologique linéaire de la vie de la philosophe. Elle vient prendre le pouls des expériences intérieures et intellectuelles majeures de son existence, agoniques ou aurorales, de sa naissance crépusculaire en 1904 à sa mort « debout ». On y découvre comment son univers philosophico-poétique s’enracine dans un sentir originaire traumatique, agonique et abandonnique, que María Zambrano rejoue ou sublime dans sa « Raison poétique ».

Camille Lacau St Guily, maîtresse de conférences (HDR) en Études Hispaniques à Sorbonne Université-Faculté de Lettres, est spécialiste de la pensée et l’histoire des idées espagnoles contemporaines. Autrice de nombreux articles portant sur cette période, elle a aussi publié deux ouvrages, l’un en 2013 sur l’Antigone zambranienne et l’autre en 2015 sur la réception d’Henri Bergson en Espagne.


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jeudi 7 mai 2026

Julien Claparède-Petitpierre : Bateson anthropologue. Théoriser l’interaction sociale

 ENS Lyon - Mai 2026


L'anthropologie moderne s’invente dans les années 1930 sous l’influence de penseurs comme Malinowski, Radcliffe-Brown ou Benedict. Au sein de ce champ théorique émergent tiraillé entre fonctionnalisme, structuralisme social et culturalisme, Gregory Bateson s’efforce de proposer une synthèse inédite de ces approches apparemment divergentes. Il entreprend alors dans Naven (1936) un travail d’épistémologie des sciences sociales de premier plan. Mais, loin de se contenter de faire la synthèse des méthodes anthropologiques de son temps, Bateson ouvre une voie originale et féconde, celle d’une approche interactionnelle – c’est-à-dire sémiotique et cognitive – des sciences sociales. Il contribue ainsi à l’exploration des virtualités encore non perçues de la sociologie durkheimienne tout en dessinant de façon précoce les linéaments des débats actuels portant sur l’interaction et la cognition sociales. L’œuvre de Bateson constitue ainsi un jalon décisif de l’histoire récente de l’anthropologie et des sciences sociales.En revenant sur l’apport théorique de l’entreprise batesonienne, ce livre entend permettre au lecteur intéressé par l’épistémologie des sciences sociales de mieux s’orienter dans les débats classiques comme dans les enjeux contemporains de l’anthropologie.

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Adrien Mangili (éd.) : Athéismes magiques. Enquête sur un impensé de l'histoire intellectuelle (XVIe-XVIIe s.)

 Droz - Mai 2026


En réexaminant les cadres historiographiques qui opposent rationalité et magie, Athéismes magiques se propose d’explorer une zone de pensée que la critique a longtemps tenue pour contradictoire. Les contributions réunies ici montrent comment, dans la première modernité, les savoirs occultes – de l’hermétisme à la magie naturelle – constituent des ressources épistémologiques nourrissant des positions sceptiques, naturalistes ou ouvertement irréligieuses, sinon athées.
D’Agrippa à Bruno, de Gaffarel à Vanini, de Naudé à Cyrano, le volume restitue la complexité d’une constellation intellectuelle où se nouent des articulations instables entre critique du religieux, imaginaire magique et expérimentations conceptuelles. En montrant comment certaines théories occultes peuvent devenir ressources critiques contre les orthodoxies religieuses, ce livre invite à repenser l’histoire de la libre pensée européenne.

Sommaire

Introduction. Adrien Mangili
I. Nicolas Correard, Spiritualisme magique et/ou scepticisme religieux. Quelle articulation chez Corneille Agrippa ?
II. Donato Verardi, Princeps Magorum, Aquila Atheorum. Corneille Agrippa dans l’œuvre de Giulio Cesare Vanini
III. Antonella Del Prete, Peut-on parler d’athéisme chez Giordano Bruno ? Univers infini et magie
IV. Lorenzo Bianchi, Libertinage érudit, naturalisme et magie naturelle. Le cas de Gabriel Naudé
V. Jean-Pierre Cavaillé, Magie naturelle des talismans et exclusion du « supernaturel ». Le cas des Curiositez inouyes de Jacques Gaffarel
VI. Adrien Mangili, Les pouvoirs magiques de la miraculeuse herbe balis. Entre incrédulité et irréligion
VII. Alain Mothu, Épicurisme et plantes magiques au XVIIe siècle. Incursions indiscrètes en pays sorcier
VIII. Nicole Gengoux, Athéisme et magie dans le Theophrastus redivivus et dans les romans de Cyrano de Bergerac
Contributeurs et contributrices

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Antonio Gramsci : Que faire face au fascisme ?

 Editions de la Variation - Mai 2026


Dans un article de 1923, Antonio Gramsci reprend la question lancée par Lénine : « Que faire ? » Dans les textes qui composent le présent volume — des articles écrits entre 1920 et 1923, accompagnés de trois extraits des Cahiers de prison, ainsi que d’une lettre de 1933 adressée à Tatiana Schucht — Gramsci analyse les transformations que connaît la société italienne : il ne cesse, sous diverses formes, de relancer cette question : « Que faire face au fascisme ? »
Cette question, nous la relançons à notre tour, aujourd’hui en donnant à lire les textes de Gramsci, un penseur dont l’œuvre est décisive pour comprendre les formes renouvelées d’autoritarisme qui caractérisent notre présent. Que faire face au fascisme ?, traduit de l’italien, annoté et postfacé par Manuel Esposito, est précédé d’une préface de Massimo Palma.

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Benjamin Lévy : Violence et culture. La vie sociale des pulsions

 Ithaque - Juin 2026


« Je soulignerai dans ce livre qu’à l’instar du chant ou de la danse, les usages brutaux et violents de la force relèvent de transmissions culturelles mobilisant des outils idoines connus sous le nom d’armes. L’humain présente sans nul doute un penchant à l’agressivité – dérivé d’exigences somatiques traduites par des pulsions – mais la violence s’épanouit dans la culture, tout comme les idéologies et les techniques de propagande. » BL

La culture, d’après Freud, ne saurait apporter que des bienfaits. Elle civilise les humains et améliore leurs conditions de vie, car elle leur permet de subjuguer la nature. Freud rejette la violence du côté de cette nature barbare qu’il localise au-dehors comme au-dedans : les « sauvages » sont tapis dans la jungle, mais ils sommeillent aussi au cœur de l’humain. Cette idéalisation de la culture par Freud, avec ses corrélats, ont longtemps paralysé le dialogue entre psychanalyse et sciences sociales. Certes nos tendances à l’agression dérivent de l’excitation pulsionnelle, mais la violence est un fait de culture. Des innovations techniques, ces outils nommés les armes, sont requises pour transformer notre agressivité en une force mise au service de projets violents et brutaux. Suivant des plans d’action concertés, la brutalité et la violence sont des pratiques socialisées. Depuis le harcèlement jusqu’au meurtre, et de l’exclusion jusqu’à la ségrégation, il est donc permis d’explorer les voies suivant lesquelles la culture métamorphose notre agressivité tant en une violente force dominatrice qu’en une brutalité collective qui déshumanise ses cibles pour les exclure et, parfois, les anéantir.

Benjamin Lévy est psychanalyste et psychologue clinicien. Il est l’auteur de l’Ère de la revendication (Flammarion, 2022) et de La Quérulence. Quand le droit et la psychiatrie se rencontrent (avec Sylvette Guillemard, Hermann, 2023).

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mercredi 6 mai 2026

Emmanuel Falque : Chemins de traverse. Entretiens avec Antoine Bellier

Desclée De Brouwer - Mai 2026


« Cancre glorieux », comme le fut Bernanos, Emmanuel Falque est devenu philosophe à la suite d'une rencontre qu'il qualifie de « spirituelle ». Penseur des frontières, il ne cesse d'aller et venir entre philosophie et théologie, convaincu que ces deux champs peuvent s'enrichir mutuellement, sans pour autant se confondre.
Cette pensée en mouvement se déploie ici sur le ton d'une conversation franche et amicale avec Antoine Bellier. Celle-ci prend parfois les armes d'un « combat amoureux », la quête jamais achevée d'un homme pour qui philosopher est une vocation en même temps qu'une responsabilité.
Les commencements, la conversion, les maîtres, l'enracinement spirituel, les grandes décisions et la transmission marquent les étapes qui jalonnent ces entretiens. D'abord vivre, et ensuite philosopher. Tel est le leitmotiv. C'est dans les ressorts de soi-même que l'on découvre la finitude, le chaos, la chair, l'animalité, le corps épandu, le hors phénomène - et Dieu même.
Une étonnante traversée.

Emmanuel Falque est professeur de philosophie, ancien doyen de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, spécialiste de la philosophie médiévale et de la phénoménologie. Il est l'auteur de nombreux ouvrages traduits en plusieurs langues dont "Triduum philosophique" ("Passeur de Gethsémani", "Métamorphose de la finitude", "Noces de l'agneau"), Cerf, 2015 ; "Hors phénomène. Essai aux confins de la phénoménalité", Hermann, 2021 ou encore "La chair de Dieu", Cerf, 2023.

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