Editions Conférence - Mars 2026
Qu'est-ce que fonder en philosophie, ou fonder la philosophie ? La figure de Socrate n'a jamais cessé d'être décisive : c'est à proportion de ce caractère que Martinetti l'interroge, en menant une enquête inséparablement historique et philosophique, et c'est là sans doute sa nouveauté. Si en effet nous nous pensions philosophes dans le même sens que Socrate, sa figure ne ferait pas mystère et l'enquête ne porterait pas sur la question : quel philosophe était Socrate ? Mais s'il y avait entre lui et nous une rupture radicale - par exemple, dans le fait qu'il était un homme tout occupé de vivre, tandis que la philosophie actuelle s'apparente à une activité théorique abstraite de la vie -, nous cesserions de vouloir nous reconnaître en lui. Ce paradoxe, qui a pour cause l'inadéquation principielle de ce qui est fondé à sa fondation, soit l'impossibilité de faire coïncider la philosophie telle que la pratiquait Socrate et la tradition qu'il a fait naître, est au coeur de l'interrogation de Martinetti : la philosophie, nous dit-il, est une tradition monumentale, vivante et riche ; elle est une grande et belle chose, peut-être la plus grande des réalisations humaines ; Socrate, qui en est le fondateur, doit avoir été un homme d'une valeur exceptionnelle, à la hauteur de l'histoire qui s'est bâtie sur sa vie et sa pensée ; donc le Socrate idéal et le Socrate réel doivent en partie coïncider. Socrate devient donc une pierre de touche pour Martinetti : la métaphysique de Socrate n'est pas seulement une vague intuition, mais bien sa foi la plus profonde et son plus grand mérite : celui de communiquer au monde entier l'existence dans l'homme d'un " principe transcendant" vers lequel tendre. La parole socratique ne se comprend pas sans la volonté d'ouvrir à l'individu une conscience plus profonde de la dimension spirituelle de l'homme et d'en faire valoir l'exigence morale.
Traduit de l'italien par Christophe Carraud
Préface d'Arnaud Clément
Piero Martinetti (1872-1943) étudie à Turin et à Leipzig et enseigne pendant quelques années dans des lycées. Dès son premier ouvrage, qui est le fruit d'une connaissance approfondie de l'un des systèmes métaphysiques les plus rigoureux de l'Inde ancienne (Le système Sankhya, 1898), il fait preuve d'une singularité philosophique qui sera pour ainsi dire sa marque de fabrique, dans sa quête d'une sorte de " religion rationnelle" appelant tous les vivants au "règne de l'esprit". Son deuxième ouvrage, qui lui ouvre les portes de l'université (il sera professeur à l'Université de Milan de 1906 à 1931), est une confrontation originale et intense avec des philosophes anciens, modernes et contemporains autour d'une théorie de la connaissance comme introduction à la métaphysique (Introduction à la métaphysique. I. Théorie de la connaissance, 1902). Pour Martinetti, l'Unité métaphysique absolue est le terme ultime d'un processus progressif qui part du multiple empirique et reste transcendant à ce multiple. Son point de départ est bien le moi individuel comme synthèse unitaire du multiple empirique, qui poursuit sa lente ascension vers l'Unité transcendante, ascension dans laquelle la composante morale joue un rôle important de pivot.
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