samedi 6 juin 2026

Etienne Balibar : Sur la guerre. Trois interprétations

 Presses du réel - Avril 2026


Sur la guerre, volume qui inaugure la série de courts essais « Constellations », contient trois réflexions d'Étienne Balibar autour de la guerre, qui sont d'une actualité brûlante. Le livre rassemble une analyse de Simone Weil et de sa relecture de l'Illiade d'Homère, une longue étude qui examine les liens entre la pensée stratégique de Carl von Clausewitz et ses transpositions marxistes (chez Marx, Engels, Lénine et Mao), ainsi qu'un commentaire sur la situation géopolitique contemporaine et la guerre en Ukraine.
Ces textes montrent qu'une interprétation de la guerre – en tant qu'événement historiquement déterminant – doit emprunter aux registres de la poétique, de la philosophie et de la politique pour dégager une question fondamentalement éthique : notre capacité d'action face au mal radical. La guerre convoque notre citoyenneté et notre civilité, notre capacité de nous « gouverner » nous-mêmes, interrogeant la manière dont ces enjeux sont mis à l'épreuve dans un état d'exception aujourd'hui normalisé.
Sur la guerre se présente sous une couverture rigide avec un estampage argenté, et contient des illustrations inspirées des sculptures antiques.

Étienne Balibar (né en 1942 à Avallon), philosophe, ancien élève de Louis Althusser, professeur émérite à l'université Paris X – Nanterre et à l'université de Californie, Irvine, est l'une des plus grandes figures internationales du « post-marxisme ». Parmi ses ouvrages figurent Lire le Capital (avec Louis Althusser, Pierre Macherey, Jacques Rancière et Roger Establet) (1965), La Philosophie de Marx (1993), Spinoza et la politique (1985), Nous, citoyens d'Europe ? (2001), Violence et civilité (2010), La proposition de l'égaliberté (2010), Citoyen sujet et autres essais d'anthropologie philosophique (2011).

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Manuel Cervera-Marzal, Bruno Frère : Pour une démocratie sauvage. Une sociologie charnelle au coeur des luttes et des conflits

 La découverte - Mai 2026


Face aux turbulences que traverse la sociologie contemporaine, accusée d'être, d'une part, trop militante et, de l'autre, scientiste et coupée de celles et ceux dont elle prétend rendre compte, Manuel Cervera-Marzal et Bruno Frère proposent une voie nouvelle : la sociologie charnelle.
En effet, le sociologue est toujours plongé dans la " chair " du social – son ordre et ses désordres, ses héritages et ses possibles. Inspirés par Maurice Merleau-Ponty, Cornelius Castoriadis, Pierre Bourdieu, Bruno Latour, Isabelle Stengers et Chantal Mouffe, les auteurs défendent une science politique (au sens premier du terme), radicalement démocratique, qui, non contente de décrire la société, accompagne les formes de vie émancipées. De la Zad de Notre-Dame-des-Landes au Chiapas zapatiste, le sociologue doit ainsi embrasser une multiplicité de luttes qui fragilisent le roc du capitalisme racial et patriarcal.
Loin des visions trop lisses d'une société pacifiée comme des dénonciations désespérées d'une domination implacable, la sociologie charnelle voit dans les conflits, impossibles à étudier sans les habiter, le moteur même de la démocratie. Renouant avec sa vocation subversive, la sociologie se place ainsi du côté des petits, contre les puissants. Dans le tumulte des luttes se dessine non pas un autre monde, mais l'envers de ce monde, son double intempestif. C'est à cette part sauvage que ce livre entend donner voix. Et il entend le faire scientifiquement.

Manuel Cervera-Marzal est sociologue, chercheur au FNRS et professeur associé à l'université de Liège. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Le Populisme de gauche (La Découverte, 2021) et Résister (10/18, 2022).
Bruno Frère est sociologue, professeur à l'université de Liège. Spécialiste des théories critiques et de l'épistémologie des sciences sociales, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels La Fabrique de l'émancipation (Seuil, 2022).

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Tan Qiao : Le Livre des métamorphoses

 Les belles lettres - Mai 2026


Le Livre des métamorphoses est un livre étrange qui commence à circuler dans le courant du Xe siècle et sera plus continûment lu sous la dynastie des Song (960-1279). Les traités bibliographiques anciens l’attribuent à un immortel des Cinq Dynasties (907-960), Tan Qiao, et le classent, soit dans les sections relevant de la pensée taoïste, soit parmi les textes éclectiques. Ce court volume en six parties présente la transformation naturelle, éthique et sociopolitique.
Juxtaposant de brefs paragraphes, usant de la rhétorique, à bien des égards troublante, de l’hyperbole et du parallélisme de la langue chinoise, le livre déploie une conception radicale de la transformation comme greffe, brassage des souffles, division à l’infini des corps et des formes, le tout dans un parasitisme généralisé. Il décrit la mécanique et la machinerie à l’oeuvre dans le réel comme constitutifs de la vie même, et loin de les annuler, se propose de les faire jouer à plein dans la culture de soi et la gestion du politique.
La présente traduction propose, tout en restant au plus près de l’écriture volontiers rhapsodique du livre, une lecture philosophique de l’ouvrage. Autre mérite de ce livre : on pourra choisir à loisir une lecture continue, mais aussi bien, une approche fragmentaire et méditative de chacun des paragraphes, qui forment tous de petites unités autonomes et suggestives.

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Bruno Quélennec, Salima Naït Ahmed (dir.) : Penser l'antisémitisme contemporain. Anthologie critique

 L'Aube - Mai 2026


« “Mais il n’y a plus d’antisémites.” La formule ironique de Max Horkheimer et Theodor W. Adorno évoque la situation d’après-guerre : celle d’un antisémitisme qui persiste tout en se niant lui-même et qui, progressivement, se recompose et opère sous des formes nouvelles.
Cette anthologie réunit des textes fondamentaux sur l’antisémitisme contemporain issus de la recherche allemande et autrichienne. Inédits en français, ces écrits non seulement décryptent les continuités et les mutations de l’antisémitisme, tabou après la Shoah, mais analysent aussi ses rapports avec les racismes et les conflits de mémoire qui traversent aujourd’hui les sociétés occidentales.
Alors que ces questions font l’objet de controverses très polarisées en France, les approches critiques germanophones y restent méconnues, même dans le champ académique. Croisant socio­logie, philosophie et science politique, cet ouvrage dirigé par Bruno Quélennec et Salima Naït Ahmed vient combler un manque et devrait contribuer à renouveler les cadres d’analyse de la question antisémite en France. »

Michel Wieviorka, directeur de collection
Bruno Quélennec est historien des idées et maître de conférence en études germaniques à l’Université Paris 8.
Salima Naït Ahmed est philosophe et politiste, actuellement chercheuse à l’Université de Fribourg en Suisse.

Textes de Sina Arnold, Werner Bergmann, Floris Biskamp, Judith Coffey, Jasmin Dean, Rainer Erb, Thomas Haury, Klaus Holz, Uffa Jensen, Vivien Laumann, Urs Lindner, Bernd Marin, Rolf Pohl, Stefanie Schüler-Springorum, Yasemin Shooman, Karin Stögner et Jan Weyand.

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vendredi 5 juin 2026

Sophie Van der Meeren (dir.) : Contresens créateurs dans l’exégèse et la lecture des textes antiques

 PU de Rennes - Juin 2026


« Toute l’histoire de la notion d’être est […] jalonnée de contresens créateurs » disait Pierre Hadot pour penser la façon dont certains exégètes de la philosophie ou de la Bible ont construit « tout un édifice d’interprétations sur une formule banale ou prise à contresens ». L’ouvrage propose un élargissement et un décalage de cette perspective. À côté de contresens commis par les commentateurs antiques dans l’exégèse de textes jugés canoniques, philosophiques et bibliques, il prend en compte d’autres typologies de contresens rencontrées dans des lectures plus modernes de textes grecs et latins de nature rhétorique, poétique (épiques, tragiques), mais aussi dans l’interprétation de matériaux iconographiques antiques. L’aspect multiforme des contresens permet de penser leur paradoxales fertilité et créativité qui constituent toute l’épaisseur de la pensée occidentale sur laquelle notre modernité est encore adossée.

Sophie Van der Meeren est professeur de langue et littérature grecques à l’université Rennes 2, membre senior de l’IUF et spécialiste de philosophie ancienne.

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Nicolas Lema Habash, Sara Minelli et Ernesto Ruiz-Eldredge Molina (dir.) : Penser à partir de ruines. Idéalisme allemand et théorie critique en discussion

 PU de Rennes - Juin 2026


Nous ne vivons plus dans un monde intact, mais parmi ses décombres. Formulé par les théoriciens critiques, ce diagnostic permet d’interroger la force critique des ruines. Comment penser face aux catastrophes écologiques, aux régressions politiques, à la dissolution des formes collectives ainsi qu’à la logique de la modernité capitaliste qui semble étouffer tout élan de transformation ? En confrontant idéalisme allemand et théorie critique, les contributions réunies dans ce volume explorent comment la dialectique, la totalité, la métaphysique, l’immanence ou la spontanéité permettent de repenser les tensions entre nature et société, mais aussi l’histoire, les conflits, la reconnaissance, l’inconscient et l’art. Contre la fascination stérile pour les ruines, l’ouvrage invite plutôt à y voir le lieu d’une mémoire des rébellions jusque dans leurs crépitements et d’une réactivation subversive de la critique. Penser à partir de ruines, c’est rouvrir l’horizon d’une émancipation au coeur même du désastre.

Ernesto Ruiz-Eldredge Molina est docteur en philosophie des universités de Poitiers et Goethe de Francfort. Il est également membre associé du Centre Marc Bloch et du comité éditorial de la revue Iconoclasia. Investigaciones sobre y desde Marx.
Sara Minelli est postdoctorante au département de théorie sociale de l’université Johannes Kepler de Linz et chercheuse associée au Centre Marc Bloch à Berlin. Elle est docteure en philosophie politique (EHESS, 2022).
Nicolas Lema Habash est professeur associé au département de philosophie de l’université de los Andes, Bogotá, et membre associé au Centre d’histoire des philosophies modernes. Il a publié Duratio vitalis. Figures et variations de la vie chez Spinoza (2022).

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Yoann Malinge (dir.) : Phénoménologie sociale et critique. Expériences vécues, émancipation, politique

 PU de Louvain - Juin 2026


Comment la phénoménologie peut-elle contribuer à penser les structures de domination et les voies de l’émancipation ? Peut-on décrire rigoureusement les mécanismes de l’oppression, tout en ouvrant des possibilités de transformation sociale ?
Cet ouvrage collectif explore les ressources de la phénoménologie critique pour relever ces défis majeurs, d’une grande utilité sociale. En effet, la phénoménologie critique permet de penser les configurations sociales et historiques qui façonnent notre rapport au monde, singulièrement en articulant trois dimensions complémentaires : la description de l’expérience vécue en première personne, l’analyse des conditions sociales objectives qui structurent cette expérience et une perspective transformatrice orientée vers l’émancipation. En révélant la contingence de ce qui apparaît comme naturel, elle ouvre la possibilité de le transformer.
Les contributions rassemblées dans cet ouvrage examinent, tour à tour, les fondements méthodologiques de cette approche (Husserl, Marx, le rapport entre phénoménologie et idéologie), les expériences incarnées du corps et du genre (le corps enceint, le validisme, la domination corporelle), les situations d’aliénation et d’oppression (le travail, la honte, le catastrophisme écologique, l’enfermement carcéral), ainsi que les structures du pouvoir politique (le charisme, le populisme, l’autorité).

Sommaire

Introduction
Yoann MALINGE, « Qu'est-ce que la phénoménologie sociale et critique ? Fondements, méthodes et enjeux » : 7-26
Première section
Fondements et méthode de la phénoménologie critique
Sara HEINÄMAA, « Suspensions ou changements ? Sur les relations entre la phénoménologie husserlienne et ses successeures féministes et critiques » : 29-56
Benoît SIBILLE, « Husserl : de l’inutilité de la phénoménologie pour les "seigneurs et maîtres de ce monde » à la « communauté communiste" » : 57-67
Riccardo VALENTI, « La "rédemption infinie". Générativité et marxisme phénoménologique chez Enzo Paci » : 69-86
Gabriel MAHÉO, « Phénoménologie et idéologie » : 87-99
Deuxième section
Corps, genre et expériences incarnées
Camille FROIDEVAUX-METTERIE, « L’expérience vécue du corps enceint, un condensé de phénoménologie féministe » : 103-116
Emmanuel LEVINE, « Phénoménologie du validisme : le cas du handicap invisible » : 117-131
Paul MURAILLE, « Exprimer son corps, déjouer l’objectification. Sur une postface de Henri Maldiney » : 133-148
Théodora DOMENECH, « Biais de genre et expérience esthétique » : 149-164
Troisième section
Dominations, oppressions et aliénations
Laurent PERREAU, « Une phénoménologie de l’aliénation : l’expérience ouvrière de Simone Weil » : 167-180
Raphaël EHRSAM, « Phénoménologie critique des affects et rapports de classes : penser les vies transclasses avec Chantal Jaquet » : 181-197
Yoann MALINGE, « La honte comme hétéronomie : phénoménologie critique du mépris de soi » : 199-215
Loïs MALLET, « Catastrophisme et défuturation. Phénoménologie d’une perte en monde écologiste » : 217-229
Cécile HANFF, « Dominer l’autre : une approche phénoménologique de la domination ordinaire » : 231-245
Saja FARHAT, « L’oppression d’aujourd’hui : lire Young dans les démocraties contemporaines » : 247-263
Irène RANSON, « Phénoménologie de l’enfermement carcéral » : 265-281
Quatrième section
Pouvoir, politique et autorité
Paul SLAMA, « Le concept de Beruf chez Weber et Husserl : subjectivité et rationalité » : 285-306
Xenophon TENEZAKIS, « Penser phénoménologiquement le populisme avec Sartre » : 307-321
Saleh MOUSAVI KHALKHALI, « Le charisme en politique. Esquisse d’une approche phénoménologique à travers l’exemple de la révolution iranienne de 1979 » : 323-338
Robby MANDIANGU NGOFO, « Verticalité et circularité : quelques apports de la phénoménologie à la relation à l’autorité en Afrique » : 339-351

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jeudi 4 juin 2026

Edmond Ortigues, Marie-Cécile Ortigues : Sur la psychanalyse et la philosophie. Les entretiens de la place Jussieu

 Editions de la Sorbonne - Juin 2026


Marie-Cécile Ortigues (1915-2008), psychanalyste, et Edmond Ortigues (1917-2005), philosophe, partirent en 1961 à Dakar, où Edmond eut la charge de créer la première chaire de philosophie en Afrique subsaharienne, alors que Marie-Cécile rejoignait l'équipe d'Henri Collomb à l'hôpital de Fann. De ces cinq années passées au Sénégal résulta leur premier livre cosigné, OEdipe africain. Rentrés en France en 1966, ils continuèrent à travailler ensemble jusqu'à la fin de leur vie.
Après le dépôt de leurs archives personnelles aux Archives nationales en 2025, la publication de ces entretiens menés au début des années 2000 montre combien les réflexions développées par le couple, d'un point de vue anthropologique, théologique et philosophique, ont enrichi la pratique et la théorie psychanalytiques dans un dialogue fécond. Remettant sur le métier certains concepts cliniques et psychanalytiques à la lumière de ces échanges théoriques, Marie-Cécile et Edmond Ortigues ont peu à peu forgé un regard critique original, fort notamment de la conviction qu'il faut que le patient, quelle que soit sa culture d'origine, soit entendu dans sa singularité et replacé dans son contexte familial et culturel, l'inconscient devant peut-être alors s'entendre comme une mémoire affective. Apportant à la psychanalyse un éclairage novateur, articulant pratique et théorie, ils ont remis au centre de la thérapie psychanalytique la relation à l'autre et l'accueil inconditionnel de son récit, dans une démarche d'une grande actualité.

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David Frapet : L’idéologie chez Gramsci. Formation et Mutation

 L'Harmattan - Juin 2026


Quatre-vingt-dix ans après sa disparition, Antonio Gramsci (1891-1937) demeure une figure majeure du marxisme, dont l’influence continue de marquer la pensée philosophique et la vie politique. Il est notamment connu pour ses concepts d’« hégémonie », de « bloc historique », d’« intellectuel organique » ou encore de « guerre de position ».
Journaliste, militant et théoricien, Gramsci a consacré une part essentielle de son oeuvre à l’étude de l’idéologie, entendue comme « conception du monde », en analysant ses formes et ses transformations.
Cet ouvrage propose une présentation claire et accessible de sa pensée, en mettant en lumière sa richesse et sa portée, bien au-delà du marxisme au sens strict.

David Frapet est titulaire d’un doctorat en Histoire des Institutions de l’Université Jean Moulin Lyon 3 depuis 2012. Spécialisé dans les domaines de l’Histoire des Institutions et des faits sociaux, mais aussi de la religion comparée, il est l’auteur de plusieurs ouvrages ainsi que de nombreux articles publiés dans des revues historiques et philosophiques.

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Maria Zambrano : L'homme et le divin

 Corti - Juin 2026


L’homme et le divin représente, dans l’œuvre de María Zambrano, ce moment charnière où tout un passé de tâtonnements et de recherches se cristallise pour ouvrir au futur d’une étape finale qui représente pour son autrice le plein épanouissement de sa pensée et de son écriture. Commencé en 1948 et terminé, pour sa première édition, en 1951, le livre se présente comme une suite d’essais articulés autour d’un thème central : celui des rapports de l’homme au sacré et au divin. Qu’est-ce que le divin ? Pour le comprendre, María Zambrano a recours à une sorte de fable qui nous est racontée dans le premier chapitre du livre, « La naissance des dieux ». À l’origine, les êtres humains sont jetés dans un espace, non pas vide mais plein car peuplé de forces obscures dont ils se sentent la proie. Les choses n’existent pas encore, ni la nature, ni le monde, seulement un grouillant, un obsédant « il y a ». Cet univers de la nuit et de la terreur originaires, où tout est en quelque sorte imbriqué, où l’espace et le temps n’existent pas encore, María Zambrano l’appelle le sacré. C’est la poésie qui, la première, va ouvrir une brèche dans ce plein têtu et illimité, avec l’invention du divin, autrement dit des dieux. Ce livre est aussi, indissolublement, une grande aventure d’écriture et de pensée.
Pour cette nouvelle édition, la traduction a été entièrement revue par Jacques Ancet.

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Jeanne Dorn : Art et nihilisme. La pensée d'Yves Bonnefoy

 L'Atelier contemporain - Juin 2026


Aucun poète, aucun écrivain ni aucun philosophe de la tradition française et européenne – pas même Diderot, pas même Stendhal, pas même Baudelaire, Proust ou Rilke – n’a jamais comme Bonnefoy misé sur l’élucidation de l’œuvre des peintres, des architectes, des sculpteurs et des photographes pour orienter sa réflexion ; ni consacré d’aussi nombreuses pages, aussi sérieusement et patiemment averties que les siennes, à ces arts visuels.
Or le projet fondamental de Bonnefoy consiste à appréhender les œuvres du passé et du présent non pas sous le régime objectivant et distancié d’une histoire des styles ou des courants esthétiques successifs, mais à partir d’une herméneutique existentielle des trajectoires artistiques à chaque fois singulières susceptible de défaire le « monde-image » dont l’empire délétère aujourd’hui s’accroît.
Loin donc de s’en tenir à l’entreprise de présentation, d’explication et de compréhension des écrits sur l’art du poète, le présent ouvrage poursuit une seconde tâche, plus radicale et qui détermine l’ensemble de son propos : celle de refonder l’histoire de l’art dans son rapport à l’histoire du nihilisme par le truchement d’une pensée du poétique comprise comme résistance spirituelle à l’expérience dévastatrice du néant.

Jeanne Dorn a étudié la philosophie, l’histoire et les lettres modernes à l’université Jean Moulin Lyon III. Lauréate de la bourse Daniel Arasse de l’Académie de France à Rome (Villa Médicis) où elle a séjourné, elle a soutenu sa thèse d’histoire de l’art en décembre 2024 à l’Université Paris Nanterre où elle poursuit actuellement ses recherches en tant que membre du laboratoire Histoire des arts et des représentations (HAR). Outre divers articles parus dans des revues françaises et étrangères, des préfaces de livres d’art et des contributions à des ouvrages collectifs, Jeanne Dorn est aussi l’auteure d’un livre intitulé Poésie et bonté. Baudelaire avec Rousseau, paru en 2022 aux éditions Hermann.

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Yann Boissière (éd.) : Textes clés de philosophie du Talmud. Rationalité, interprétation, discussion

 Vrin - Juin 2026


En l’état actuel des deux disciplines concernées – la philosophie d’une part et l’étude du Talmud d’autre part – la « philosophie talmudique » n’existe ni comme domaine d’activité, ni comme programme intellectuel constitué. Si l’une et l’autre disciplines peuvent chacune se justifier d’une tradition millénaire, leur rencontre sous la forme d’une étude commune n’a jamais été observée. Comment donc faire vivre cet objet que serait la philosophie du Talmud?
En prenant de la hauteur, on découvre cependant toute une littérature de chercheurs ayant consacré leurs travaux à qualifier la rationalité talmudique dans ce qu’elle a à la fois de comparable et d’unique, par rapport à d’autres grandes entreprises intellectuelles ou scientifiques. Si la philosophie y est présente, c’est d’une manière originale, où l’abstraction emprunte d’autres voies que la déduction ou l’induction. Le projet talmudique vient ainsi enrichir le paysage des rationalités en élargissant nos notions habituelles d’enquête rationnelle à des questions d’interprétation, de la parole divine et des textes de la tradition. Ce n’est pas tant la nature supposée des prémisses qui est déterminante, mais la manière dont elles sont traitées par les acteurs pour alimenter une démarche argumentative – sujet fructueux, au-delà des spécialistes du Talmud, pour toute personne intéressée par la rationalité en général.

Avec des textes de : Menachem Fisch, Joshua Halberstam, Moshe Halbertal, David Weiss Halivni, Georges Hansel, David Hartman, David Novak, Lionel Panafit, Jean-Michel Salanskis, Eric Smilevitch, Isadore Twersky.

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mercredi 3 juin 2026

Christophe Gauld : Classer la folie. Une philosophie de la psychiatrie pour le soin

 Hermann - Juin 2026


Comment nommer la souffrance psychique dans un monde où les catégories diagnostiques circulent librement sur les réseaux sociaux (troubles bipolaires, schizophrénie, etc.) ? Ce livre plonge au cœur d’une psychiatrie en tension, entre promesses biomédicales et réalités cliniques complexes.
Loin des discours de crise, il propose une philosophie audacieuse : la folie n’est pas une entité figée, mais un phénomène mouvant, inscrit dans des réseaux de symptômes, des dynamiques temporelles et des contextes culturels. Des classifications multiples à la psychiatrie de précision, des sciences computationnelles à l’IA, l’auteur explore les outils qui renouvellent la compré-hension des troubles mentaux. Mais il rappelle aussi l’essentiel : face à l’incertitude, l’humilité clinique et l’écoute du vécu singulier restent irremplaçables. Christophe Gauld nous invite à penser la psychiatrie comme science de la complexité, art du soin et engagement pour la justice sociale.
Un ouvrage pour ceux qui refusent les simplifications et cherchent à comprendre la folie dans toute sa richesse.

Christophe Gauld est maître de conférences en pédopsychiatrie (Université de Lyon & Hospices Civils de Lyon), docteur en philosophie de la psychiatrie et titulaire d’un master en sciences computationnelles.

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La Lettre clandestine 2026, n° 34 : La littérature philosophique clandestine, ses éditeurs et ses éditions

 Classiques Garnier - Juin 2026


La Lettre clandestine réunit des recherches sur les manuscrits philosophiques clandestins des XVIIe et XVIIIe siècles qui ont fourni aux philosophes des Lumières une grande partie de leurs idées et de leur culture.


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mardi 2 juin 2026

Gilles Séraphin (dir.) : Regards situants

 PU de Paris Ouest - Juin 2026


Explorant divers terrains de recherche, cet ouvrage analyse la façon dont toute recherche est à la fois « située » par l’histoire et l’engagement du chercheur, et « situante », car elle construit son objet.
Regards situants propose une réflexion collective autour du « regard situant », à la fois conçu comme outil méthodologique, cadre épistémologique et posture éthique en sciences sociales. L’ouvrage affirme que toute recherche est simultanément située – par l’histoire et l’engagement du chercheur – et situante – puisqu’elle construit son objet. À travers des contributions variées, il explore la sororité dans la recherche, la territorialité, le rapport au lointain, les enjeux invisibilisés, l’apport du marxisme, ainsi que des démarches de recherche-action-formation, des articulations entre quantitatif et qualitatif et des méthodes innovantes comme l’« entretien marché ». Conçu comme un laboratoire de pensée plutôt qu’une théorie figée, le livre s’achève sur une ouverture critique invitant au débat. Regards situants affirme ainsi le regard situant comme un levier essentiel pour renouveler la pratique scientifique, entre rigueur, réflexivité, engagement et ouverture.

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Alain Badiou : Éloge des mathématiques

 Flammarion - Juin 2026 - Champs essais


Et si les mathématiques étaient une école de la liberté ? Souvent perçues comme abstraites et austères, les mathématiques apparaissent ici comme un chemin privilégié vers la vérité. Alain Badiou en révèle la puissance philosophique : irremplaçable guide pour se défaire des opinions dominantes et pour penser avec rigueur, pour approcher quelque chose de l'universel, bref pour connaître l'émerveillement du savoir. Une introduction qui réconcilie la philosophie et les mathématiques et montre que ces dernières, loin d'être réservées à quelques-uns, sont l'affaire de toute vie en quête de clarté.

Philosophe, professeur émérite à l'École normale supérieure, Alain Badiou a publié chez Flammarion, dans la collection " Café Voltaire ", Éloge de l'amour (2009), Éloge du théâtre (2013) et Éloge des mathématiques (2015).

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Francis Métivier, Hamo (illsurations) : Le bonheur à la loupe

 Les printanières - Juin 2026


Cette affaire de Bonheur a beau être l'affaire de tous, elle est TRÈS mystérieuse. Et Herculine a bien envie d'y voir un peu plus clair.
Est-ce une affaire de chance ou de destin ?
Y a-t-il un principe, dans le monde, qui régit le bonheur et le malheur des autres ? Si c'est par hasard que nous sommes heureux, alors pouvons-nous infléchir la chance en notre faveur ? Si notre destin est tout écrit, alors à quoi bon lutter contre le sort ? Et si notre bonheur dépend de notre volonté, suffit-il de vouloir être heureux pour pouvoir l'être ?
Dans cette enquête philosophique passionnante, découvrez comment les plus grands esprits peuvent éclairer le plus universel des mystères humains.

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Roger Pouivet : L’intégrité philosophique. Pourquoi et comment faire de la philosophie ?

 Vrin - Juin 2026


Ce livre vient au terme d’une carrière de professeur de philosophie. Pourquoi avoir fait de la philosophie quand, vraisemblablement, il eut été possible de faire autre chose? Pour répondre, d’autres questions sont examinées : La philosophie a-t-elle une nature? Pourquoi y a-t-il de multiples philosophies? L’une d’entre elles est-elle meilleure ou même la bonne La philosophie peut-elle être populaire ou médiatique? Existe-t-il une Grande tradition philosophique?
La principale thèse défendue est classique : la meilleure pratique de la philosophie est une vie contemplative dévolue à la Vérité. Dans cette réflexion, quelques philosophes, Aristote, saint Thomas, Frege, Kotarbiński, Geach, sont plus sollicités que d’autres. La philosophie bien menée exige d’exercer la vertu d’intégrité qui lui donne sa valeur.

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