mercredi 16 septembre 2026

Eric Monnin, Delphine Martin (dir.) : Penser le bien-être. Entre normes, pratiques & représentations

 Désiris - Septembre 2026


Cet ouvrage, fruit d’une collaboration entre le Centre d’études et de recherches olympiques universitaires (CÉROU) et le Centre de recherches juridiques de Franche-Comté (CRJFC, UR 3225), interroge la notion de bien-être au prisme de la pluridisciplinarité, en écho à une ligne éditoriale tournée vers l’olympisme, idéal transversal et fédérateur. Le fil directeur de cette réflexion collective met en lumière l’intégration progressive du bien-être au cœur des sphères juridiques, économiques, sociologiques, professionnelles et fiscales, révélant comment cette aspiration humaine s’est muée en un puissant instrument de régulation. Si la promotion du bien-être constitue un horizon normatif légitime et séduisant, elle n’en demeure pas moins profondément ambivalente. Derrière un discours porteur d’émancipation, le bien-être révèle ses failles et ses asymétries, se heurtant, selon les situations et les conditions d’existence, à des réalités d’épuisement ou de précarité. Loin d’être un concept figé, il apparaît ainsi comme une notion paradoxale et à géométrie variable, dont le droit et la société s’efforcent encore de tracer les contours. Avec la publication de Penser le bien-être, entre normes, pratiques & représentations, coordonnée par Éric Monnin, directeur du CÉROU, et Delphine Martin, maître de conférences HDR en droit privé, l’Université Marie et Louis Pasteur réaffirme son engagement en faveur du bien-être et des valeurs olympiques.

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Omri Boehm : Universalisme radical. Par-delà l'identité

 Rivages - Septembre 2026


L’ensemble du spectre politique de notre époque, de la droite à la gauche, est le reflet des politiques de l’identité. La droite parle de sang et de sol, de patrie ; la gauche de genre et de race. La parenté entre les deux paraît aussi évidente que leur animosité. L’humanisme et l’universalisme, revendiqués du centre libéral, ne sont plus qu’une coquille vide.
Dans "Universalisme radical", Omri Boehm se confronte aux échecs idéologiques du moment et propose un plaidoyer vigoureux pour remettre l’universalisme humaniste au cœur de la vie politique.

Omri Boehm est professeur associé de philosophie à la New School for Social Research de New York. Pour Universalisme radical, il a reçu en 2024 le Prix Leipzig pour l'entente européenne.

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Paolo Dias Fernandes, Méline Zappa, Katarzyna Jopa (dir.) : Éléments et Matières

 Classiques Garnier - Septembre 2026


La relation entre éléments et matières traverse à la fois les siècles et les disciplines, des pratiques littéraires et cinématographiques, en passant par les arts plastiques. En dialogue avec la pensée de Gaston Bachelard et les approches écocritiques et écopoétiques, ces deux notions aussi fondamentales - au sens premier - que difficiles à circonscrire proposent une grille de lecture des représentations de l'oikos. Parce qu'elle saisit des corpus variés, la réflexion transdisciplinaire permet ainsi d'articuler ces deux notions fécondes à l'aune d'une pensée écologique qui, dans un contexte de crise environnementale, nous invite à repenser notre rapport au monde, entre savoirs scientifiques et sensibilité poétique.

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Jeanne Burgart Goutal : Faire place à l'autre. En immersion auprès de jeunes en exil

 Stock / Philosophie magazine - Septembre 2026


Tout commence par un choc : la montée fulgurante de l’extrême droite, les discours de rejet, un pays qui se ferme. La philosophe Jeanne Burgart Goutal décide de s'engager auprès de mineurs non accompagnés et voit sa vie basculer. Au fil des mois, elle découvre la violence de leurs existences, entre parcours migratoires brutaux, vies de lutte, précarité et rêves brisés, mais aussi les liens de confiance, les rires et la solidarité.
Ce livre raconte une immersion traversée de doutes. Comment donner voix sans parler à la place ? Que signifie accueillir dignement quand le poids de l’histoire coloniale pèse encore autant ? Entre récit incarné et réflexion philosophique, l'autrice propose de faire place à l’autre comme antidote aux hantises de « grand remplacement ». Un texte frontal, où l’hospitalité cesse d’être une abstraction pour devenir une rencontre qui oblige et transforme.

Normalienne et agrégée, Jeanne Burgart Goutal est professeure de philosophie à Marseille. Elle est notamment l’autrice de Être écoféministe (L’Échappée, 2020), et co-autrice avec Aurore Chapon de ReSisters (Tana, 2021) et Yoga Shalala (Tana, 2024). Elle enseigne aussi les philosophies indiennes dans les écoles de yoga.

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mardi 15 septembre 2026

Jean-Pierre Barou : Le courage de la non-violence

 Rue de l'échiquier - Septembre 2026


Face à l’opinion courante qui réduit la non-violence à un pacifisme douteux, voire à de la lâcheté, Gandhi revendiquait la « non-violence des forts ».
Dans cet essai, Jean-Pierre Barou retrace comment le penseur indien, dans l’Inde coloniale, réinvente la non-violence dans un but précis : mobiliser les consciences. En se confrontant aux mille et une violences de notre civilisation, Gandhi façonne un arsenal moderne, sans jamais recourir aux armes. Il ouvre la non-violence à l’universalité, en puisant dans les écrits de Tolstoï et de Thoreau, et fait de la « désobéissance civile » et de la « noncoopération » autant de formes de révoltes dont il teste et prouve l’efficacité au cours de sa vie. Une discipline de l’esprit radicale, impitoyable, qu’il a cultivée jusqu’à renverser un empire.
Replonger dans la pensée de Gandhi aujourd’hui, c’est redécouvrir toute sa modernité et sa radicalité comme refus du découragement, de la lâcheté et de la passivité, comme appel à s’indigner et à résister.

Nouvelle édition entièrement revue et corrigée par l’auteur

Jean-Pierre Barou est écrivain et éditeur. Membre du comité éditorial du Seuil, il a publié le physicien russe Andreï Sakharov, prix Nobel de la paix, et le philosophe Vladimir Jankélévitch. En 1996, il cofonde, avec Sylvie Crossman, les éditions Indigène. Il est notamment l’auteur de La guerre d’Espagne ne fait que commencer (Seuil, 2015), Tibet, une autre modernité (avec Sylvie Crossman, Points, 2012) et Sartre, le temps des révoltes (Stock, 2006).

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Denis Guénoun : Tu. Recherches sur la possibilité de la prière

Van Dieren Éditeur - Septembre 2026



S’adresser à ce dont on ignore tout, à quoi on ne peut attribuer aucune forme, aucune idée, peut-être aucun nom… est-ce possible ?
Ces recherches le soutiennent et l’espèrent.
Non seulement un tel appel sans figure est possible, mais l’image manquante rend peut-être l’élan plus intense, plus vif que l’interpellation d’une entité fictive — d’une idole.
Pour mener l’enquête, l’ouvrage croise deux méthodes, et deux styles : une interrogation conceptuelle, qui dialogue avec quelques grandes pensées, et une plongée intime, par les fragments d’une sorte de journal.

Denis Guénoun, docteur en philosophie (Strasbourg) et en théologie (Genève), est professeur émérite de Sorbonne université (Lettres). Également homme de théâtre, il est l’auteur de multiples ouvrages dramatiques, philosophiques, théologiques ou littéraires.

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Karl Marx : Thèse sur la Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure

 Hypatia logoi - Septembre 2026


La fameuse thèse de Marx sur les théories atomistes de Démocrite et d’Épicure n’était plus publiée à part depuis les années 70. Ce texte, qui témoigne d’une grande érudition de la part du doctorant et confirme en même temps son appétence pour la polémique, nous offre à voir un jeune Marx, encore fasciné par la philosophie, notamment celle de Hegel, mais déjà en instance de rupture. Ce n’est nullement un hasard si le jeune doctorant oriente ses recherches universitaires sur le matérialisme antique, à l’inverse de ses pairs. Marx révèle des différences essentielles entre le matérialisme de Démocrite et celui d’Épicure qui, selon lui, font écho aux controverses des matérialistes de son temps qui, cherchant à se débarrasser du poids de la religion, s’embourbent dans des situations contradictoires, qui devront être dépassées.

Le jeune Marx, hégélien de gauche et résolument anticlérical, s’intéresse au matérialisme antique. Avec ses amis Bruno Bauer et Ludwig Feuerbach, il projetait déjà de fonder une revue critique : « les Archives de l’athéisme ». Il cherche à fonder une philosophie qui sera autant en rupture avec la religion qu’avec la doctrine dominante de l’époque, l’hégélianisme.

Présentation et annotations : Jérôme Corréia

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lundi 14 septembre 2026

Dominique Corpelet : Borges, écrire (contre) l’infini

 PU de Vincennes - Septembre 2026


L'œuvre de Jorge Luis Borges tourne autour du concept d’infini. Quel est son impact sur l’écriture? Cet ouvrage vise à lire Borges à la lumière de Lacan, tout en évitant une interprétation infinie. En retour, il cherche à relire Lacan à la lumière de Borges.
Borges a tissé son œuvre autour d’un signifiant, l’infini. Il s’agit de l’infini actuel, qui se distingue de l’infini potentiel. Philosophes et mathématiciens s’y sont intéressés. L’infini potentiel, constitué d’unités discrètes qui se répètent selon le principe de récurrence, relève du symbolique, alors que l’infini actuel, lui, est réel, plein, sans trou.
L’infini est pour Borges un cauchemar, un impossible à supporter, le réel qu’il tente de traiter par l’écriture. Le motif du labyrinthe, omniprésent dans ses textes, en constitue un premier traitement par la représentation mais, parce qu’en partie imaginaire, il reconduit à l’infini. L’infini ne cesse pas de ne pas s’écrire et l’écriture borgésienne, qui tourne autour, porte la marque de l’illimité.
L’écrivain ne renonce pas à mordre sur ce réel. À cette fin, il en appelle à la logique. Mais tout ne passe pas à l’écriture et Borges se heurte tôt ou tard aux impasses de la formalisation. Se pourrait-il que la lettre, au sens lacanien du mot, borde ce monstre qu’est l’infini ? Autant de questions qui intéressent l’expérience analytique.

Dominique Corpelet est psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, docteur en psychanalyse et enseignant au département de psychanalyse de l’université Paris 8.

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Enguerran Macia : Anthropologie de l'orgasme

 La Découverte - Septembre 2026


En mobilisant les différents savoirs produits sur l'orgasme, ce livre montre que ce phénomène complexe est tout autant déterminé par notre matérialité corporelle que par la vie en société et la culture dans laquelle nous évoluons. Et, bien que pris dans ces jeux de contraintes, chacun est également acteur d'une construction de soi comme sujet jouissant.
L'orgasme et le plaisir sexuel sont des phénomènes étonnamment peu abordés par la recherche. En biologie, ils sont subsumés sous la fonction reproductive. En anthropologie, ils disparaissent derrière l'analyse des systèmes d'alliance et de parenté. En psychologie, la libido et les psychopathologies finissent par les effacer.
L'orgasme constitue pourtant un prisme particulièrement éclairant pour appréhender la condition humaine. En quelques secondes, il condense tout notre être-au-monde. Il prend racine dans les corps, dans une biologie commune non seulement à tous les membres de notre espèce mais aussi à une partie non négligeable du vivant. Il nous renvoie également à notre vie psychique : les désirs et les fantasmes contribuent à le moduler et, en brouillant quelques instants les repères de la conscience, il permet d'autant mieux de la révéler. Dans l'espèce humaine, les normes sociales et culturelles déterminent ses représentations et ordonnent les pratiques permettant de le vivre : nous n'avons pas toutes et tous les mêmes chances de jouir de notre sexualité selon la culture dans laquelle nous sommes immergés, selon notre milieu d'appartenance ou notre genre.
À travers une approche interdisciplinaire, inter-populationnelle et inter-espèces, ce livre entend éclairer les multiples déterminants à l'œuvre dans ce phénomène si singulier, pour répondre à des questions dont les enjeux sont considérables : l'orgasme est-il le propre de l'humain ? Quelle serait sa fonction biologique ? Quelles sont ses implications sociales ? La jugulation du plaisir sexuel pourrait-elle être considérée comme un des fondements des sociétés humaines ? Comment les mondes de vie influent-ils sur la jouissance des hommes et des femmes ?

Enguerran Macia est directeur de recherche au CNRS. Anthropologue bio-culturel, il a notamment publié Dans la peau d'une femme de plus de 65 ans (Armand Colin, 2013) et codirigé Biopolitiques en Afrique de l'Ouest (Karthala, 2022).

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Walter Benjamin : Sur le langage (commentaire de André Hirt)

 Kimé - Septembre 2026


Petit texte important de Benjamin mais difficile. Le commentaire d'André Hirt permet d'accéder avec plaisir à cette thématique. Nouvelle traduction d'André Hirt
Dans son essai Sur le langage en général et sur le langage humain (1916), Benjamin expose une métaphysique du langage en vérité très déroutante pour nous aujourd'hui. Sa thèse fondamentale repose sur l'idée que l'être est langage dans la mesure où tout ce qui existe a part au langage. Le langage n'est pas exclusivement propre à l'homme parce qu'il n'est aucunement le seul à participer à l'être. Plus exactement, tout ce qui existe tend au langage en ce sens que toute chose « tend à la communication de contenus spirituels ». Il est vrai, toutefois, que le langage est ce par quoi l'homme participe « à la plus haute essence spirituelle », étant donné que cette dernière, « telle qu'elle se manifeste dans la religion, repose exclusivement sur l'homme et en lui sur le langage. » Il faut noter d'emblée, à la suite de Benjamin, l'identification essence linguistique/essence spirituelle qui conduit à une « métaphysique du langage », soit à la métaphysique comme langage. Autrement dit, la métaphysique n'est pas essentiellement connaissance au sens de théorie supérieure du connaissable parce qu'elle doit être préalablement et entièrement fondée sur et articulée par le langage. Celui-ci forme l'objet ou le contenu vrai de la métaphysique tout comme il constitue le sujet opérateur de sa pensée. C'est ce qui distingue cette théorie de la conception kantienne. La reformulation de la métaphysique par le biais du langage forme la part décisive de sa reconsidération dans l'optique d'un « Programme de la philosophie qui vient ». Plus avant, philosophie du langage et métaphysique se lient à la religion dans le « concept de révélation. »

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Jérôme de Gramont : Peut-être, le sens

 Hermann - Septembre 2026


L’être est ce qui est, tautologie devant laquelle la pensée n’a plus qu’à s’incliner, mais le sens est ce qui vient, ou plutôt ce qui peut venir, possibilité adossée à la possibilité adverse que rien ne vienne, qu’aucun événement, nécessairement incalculable, ne mette fin à l’insistance de la nuit ou le fardeau de l’être. L’il y a est le prénom de l’être, peut-être la modalité du sens. Un conflit s’est ouvert entre sens et non-sens, jour et nuit, poétique et impoétique, saurons-nous le traverser et en penser l’essentielle dissymétrie ? Que dans ce balancement des possibles, notre existence puisse pencher d’un côté plutôt que l’autre, la promesse l’emporter sur le danger ? Quelle raison avons-nous d’espérer dans le possible le plus fragile, celui du sens, un à-peine possible, improbable, presque un impossible, retenu dans l’espérance d’un peut-être ?

Jérôme de Gramont est philosophe et professeur à l’Institut catholique de Paris. Il a publié une dizaine d’ouvrages qui traitent notamment de la phénoménologie dans son rapport à la question du commencement et à la littérature. Il a notamment publié Le commencement à venir (2022), L'évidence perdue. Atelier philosophique 1 (2023) et Le destin de la phénoménologie. Atelier philosophique 2 (2025).

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Vladimir Broda : De l'irreprésentable à l'irreprésenté. Entre éthique et esthétique, la fiction au coeur du témoignage

 Hermann - Septembre 2026


Le Fils de Saul de László Nemes aura déplacé les coordonnées du visible en fracassant le paradigme de l'irreprésentable. Le film invente une forme de témoignage qui ne cède ni à la sidération ni à l’obscénité de la monstration. Il fait apparaître, au cœur même de l’image, ce qui ne s’y laisse pas aisément inscrire : non seulement l’irreprésentable, mais l’irreprésenté.
À partir de cet acte cinématographique, Vladimir Broda propose une réflexion où se croisent théorie du témoignage, psychanalyse lacanienne et philosophie de l’image. L’enjeu n’est plus seulement de penser ce qui échappe à toute représentation, mais ce qui demeure en attente de forme, au bord du visible et du dicible. Avec la figure du Muselmann, témoin intégral parce qu’impossible à faire parler, c’est toute la question de la transmission qui se trouve déplacée : comment faire image de ce qui n’a pas eu lieu dans l’image, comment transmettre ce qui n’accède à la parole qu’à partir de son manque même ?

Vladimir Broda est docteur en psychanalyse et psychopathologie, enseignant-chercheur en histoire et théorie du cinéma, membre du CRPMS (Université Paris-Cité) et chercheur associé à l'UQAM (Québec). Il enseigne à l'Université Paris-Cité, à l'EICAR Paris et à Aix-Marseille Université. Il travaille sur la question de ce que le cinéma de fiction permet de dire et de transmettre là où les mots s'effondrent.

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dimanche 13 septembre 2026

Sandra Laugier : Prendre les séries au sérieux ?

 CNRS Editions - Septembre 2026


Buffy, The L Word, Game of Thrones, The Handmaid's Tale, The Crown, Succession, Lupin, La Fièvre... Qu'elles soient récentes ou devenues cultes, les séries télévisées constituent l'un des derniers espaces culturels massivement partagés où les valeurs de démocratie, d'égalité, de justice sont encore pour un temps préservées, défendues, exprimées, visibles.
Or cette puissance s'accompagne d'une hostilité croissante : les séries sont accusées par les critiques réactionnaires d'être le laboratoire du " wokisme ", dénoncées par d'autres comme des produits aliénants de l'industrie du streaming. À rebours de ces visions, que Sandra Laugier analyse comme révélatrices d'un malaise plus profond face à la culture populaire, cet essai propose de considérer que, loin de nous priver d'un temps précieux, les séries éveillent des formes d'empathie, d'attention et de discernement qui sont au cœur de la vie démocratique.

Professeure de philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l'institut universitaire de France, Sandra Laugier a dirigé le projet de recherche européen ERC DEMOSERIES sur les séries, la sécurité et la vie démocratique.

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Coralie Camilli : Une saison en prison

 PUF - Septembre 2026


Qu’est-ce qu’être libre ? Emprisonnée pendant plusieurs semaines au Japon, Coralie Camilli s’est posé la question en philosophe. L’histoire immémoriale de la philosophie n’a cessé de nous enseigner que la liberté véritable était celle de l’individu enfin laissé à lui-même, restitué à son intimité profonde, débarrassé de tout ce qui pourrait encombrer sa vie ou sa pensée. Enfermée entre les quatre murs d’une cellule, c’est tout le contraire qui, soudain, se révèle : abandonné à ses propres pensées, réduit à la solitude, l’être humain n’est plus rien qu’une créature perdue, incapable de penser. La solitude, l’isolement sont ce qui empêche la liberté. Pour être libre, il faut tout un monde – tout cet excès d’accessoires, de superflu, qui fait de la vie une sorte d’étrange aliénation.
Puisant dans son expérience personnelle comme dans la pensée grecque, dans la théologie hébraïque comme dans l’histoire du droit, Coralie Camilli livre un plaidoyer vibrant pour la réconciliation avec le dehors.

Coralie Camilli est philosophe. Elle enseigne à l’université de Corse. Également championne de boxe et d’aïkido, elle est l’autrice en « Perspectives critiques » de L’art du combat (2020), traduit en plusieurs langues.

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Franz Rosenzweig : Introduction aux Écrits juifs de Hermann Cohen

 Eliott - Septembre 2026


Une rélfexion sur le Judaïsme dans la pensée allemande du Xxe siècle
L’Introduction aux Écrits juifs de Hermann Cohen est remarquable à bien des égards. Elle offre d’abord une vue d’ensemble sur l’œuvre du philosophe néo-kantien, Hermann Cohen, abordée cependant depuis un point particulier mais au fond central : celui de son rapport au judaïsme, de plus en plus explicitement présent dans ses travaux et qui en constitue le noyau sous-jacent. Elle témoigne par ailleurs de l’étrange rapport de Franz Rosenzweig à son « maître » dont il ne partageait pas les thèses mais qu’il tenait pourtant pour l’unique vrai philosophe de sa génération et auquel il attribuait un rôle crucial dans sa propre pratique de la pensée ainsi que dans son existence. Elle s’inscrit enfin dans la dynamique du judaïsme allemand du début du XXe siècle et, de ce fait, dans l’histoire de la vie intellectuelle allemande. L’intérêt de cette traduction inédite est triple : elle propose une relecture de l’ensemble de l’œuvre de Cohen à la lumière de son judaïsme, permet de saisir la façon dont Rosenzweig s’empara de certains éléments de la pensée de son maître pour élaborer sa propre pensée ; elle regorge d’informations sur la vie intellectuelle et politique du judaïsme allemand du début du vingtième siècle et peut donc intéresser les historiens comme les philosophes.

Traduit de l’allemand et préfacé par Gilles Hanus

Franz Rosenzweig (1886-1929) est l’un des penseurs allemands les plus originaux du début du XXe siècle. Auteur d’une thèse remarquée sur Hegel et l’État, dirigée par Friedrich Meinecke, il est surtout connu pour un livre difficile et inspirant qui effectue une sorte de synthèse de l’idéalisme allemand dans sa forme schellingienne et des textes traditionnels du judaïsme qu’il redécouvrait : L’Étoile de la rédemption. Inclassable, le livre exerça une influence durable sur de nombreux penseurs allemands, juifs ou non. Rosenzweig créa également une maison d’étude juive et écrivit de nombreux articles dont plusieurs sont traduits en français. Atteint de la maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique), il mourut à l’âge de quarante-trois ans, après des années de paralysie progressive durant lesquelles il travailla avec Martin Buber à une nouvelle traduction allemande de la Bible hébraïque.

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Gérard Raulet : Humanisation de la nature, naturalisation de l'homme. Ernst Bloch ou le projet d'une autre rationalité

Klincksieck - Septembre 2026


Pour Bloch l’expérience du monde ne s’arrête jamais dans une figure définitive : ni dans la glorification de la Technique, ni dans le mythe d’une Nature imposant sa loi (telle qu’interprétée par les hommes). En reprenant à son compte la formule célèbre de Marx « Humanisation de la nature, naturalisation de l’homme », ce livre veut contribuer à une théorie critique des rapports entre le projet humain et la nature.
Les deux premières parties, dont une première édition est parue en 1982, proposent une lecture de la philosophie blochienne reposant sur une reconstruction de sa méthode. Elles débouchent sur le projet d’une nouvelle rationalité pratique que développe l’édition augmentée en situant la pensée de Bloch au coeur de débats épistémologiques toujours pertinents aujourd’hui ― le néo-kantisme, la phénoménologie et l’anthropologie philosophique.

Gérard Raulet est Professeur émérite d’histoire des idées allemandes à l’Université Paris-Sorbonne. Auteur de nombreuses publications en langue allemande, il a reçu en 2023 le Prix Helmuth Plessner pour ses publications sur l’anthropologie philosophique. Il a contribué de façon décisive à la réception de Bloch en France avec les collectifs Utopie-marxisme selon Ernst Bloch (Hommages à Ernst Bloch pour son 90e anniversaire, 1976) et Stratégies de l’utopie (en collaboration avec Pierre Furter, 1979). Ses autres publications portent sur les Lumières, l’idéalisme allemand, la Théorie critique et l’anthropologie philosophique. Derniers ouvrages en français : L’Éducation esthétique selon Schiller. Une contribution à l’archéologie du libéralisme (2023). Lumières politiques (2024). Édition des thèses de Walter Benjamin Sur le concept d’histoire (en allemand : Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 2010, en français : Paris, Klincksieck, 2023).

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Franck Jedrzejewski : D'une langue à l'autre. Poétique des écritures hétéroglottes

 Honoré Champion - Septembre 2026


Lorsqu’un texte bascule d’un idiome dans un autre, le changement de langue signe un rapport singulier du poète à sa langue. Du Moyen Âge à nos jours, le multilinguisme, ou ce que nous appelons d’un terme générique, l’hétéroglossie, a évolué au fil des ans, selon les environnements, les contextes socio-culturels et l’histoire locale. En retracer l’évolution, plus du point de vue de la poétique que de la sociologie, en mettant en évidence, à même le texte, des charnières hétéroglossiques qui ont structuré ces états d’entre-langues est l’hypothèse de cet ouvrage. Des sirventès plurilingues au code-switching, des traductions homophoniques, des bloconymes mixtiglottes à l’herméneutique des hétérolalies, l’emprunt à la langue de l’autre n’est jamais neutre et signe le mystère d’une globoglossie à déchiffrer. Franck Jedrzejewski est mathématicien, docteur en philosophie et en musicologie. Ancien vice-président et directeur de programme au Collège International de philosophie, il mène des recherches transdisciplinaires entre musique, philosophie et mathématiques, sur le sens, les catégories, l’atonalité et les avant-gardes des années 1920.

Franck Jedrzejewski est mathématicien, docteur en philosophie et en musicologie. Ancien vice-président et directeur de programme au Collège International de philosophie, il mène des recherches transdisciplinaires entre musique, philosophie et mathématiques, sur le sens, les catégories, l'atonalité et les avant-gardes des années 1920. Du même auteur : L'Ombre des mots. Le sens dans les écritures expérimentales. Préface de Jean Pruvost, Honoré Champion, 2013.

Sommaire

Introduction

Le multilinguisme médiéval
- L’épître farcie
- Coblas et sirventès multilingues
- Aï faux ris
- L’utopie multilingue
- Farcissures multiglottes
- Micmacaronées
- Farces et théâtre en jargon

Le plurilinguisme dialectal
- Maître Pathelin
- Monsieur de Pourceaugnac
- Pêche aux lançons
- Chacain sen lot
- La mère Françouèse
- Intraduisibles diatopismes
- Enterbouécher les mots
- Une loche empôgenée

Excursions diatopiques
- Fougnants en bisbrouille
- Bacelles et gochenots
- Lambig et korrigans
- Arpitan et félibrige
- Via Merulana
- Hosn rosn baa
- Échos du bayou
- Chiac, joual et brayon

Écritures postcoloniales
- Le bilinguisme de l’autre
- L’exotisme des pérégrinismes
- Rituels africains
- Langues maternelles
- Pidgins inventés
- Archipels créoles
- Tempi de la mangrove
- Traits d’union insulaires

Festons polyglottes
- Salades de langues
- Dada polyglotte
- Poèmes simultanés
- Glottothèque oulipienne
- Poésies visuelles hétérolingues
- Exils européens
- La tchatche des técies
- Syllaboratoire mixtilingue
- Code switching, code mixing

Expérimentations hétéroglottes
- Babbelers thangas
- L’autrement des langues
- Collages translangues
- Chaos plurilingue
- Pornolalies hétéroglottes
- Androgynie des langues
- Bloconymes mixtiglottes
- Herméneutique des hétérolalies
- Poésie transductive

Conclusion
Bibliographie

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samedi 12 septembre 2026

Rainer Mühlhoff : Intelligence artificielle & nouveau fascisme

 Agone - Septembre 2026


Cet ouvrage constitue une analyse de la manière dont l'IA est présentée au grand public, à savoir comme une avancée technologique porteuse de solutions pour divers problèmes auxquels l'humanité doit faire face. Une image en contradiction avec la réalité des faits, puisque Rainer Mühlhoff montre que l'industrie de l'IA repose sur l'exploitation et le mépris de l'être humain. Il en appelle à ne pas se laisser distraire par des questions spéculatives alors que les promoteurs et industriels de l'IA s'allient concrètement et sur le court terme avec des politiques réactionnaires. La structure du livre sert parfaitement le propos de l'auteur, puisqu'il commence par définir l'IA d'un point de vue technique et historique, avant de l'inscrire dans une société de préemption, puis d'aborder son traitement médiatique en lien avec les idéologies réactionnaires qui dominent cette industrie – une industrie qui, par ailleurs, suit les dérives autoritaires des États. Il définit ensuite la notion de « nouveau fascisme », et développe sa vision de la technologie comme instrument de pouvoir. Enfin, il conclut en explicitant les moyens à notre disposition pour prendre une autre direction et aborder différemment les vraies questions liées à l'IA.

Philosophe et mathématicien, Rainer Mühlhoff (1982­), est professeur d'éthique et de théorie critique de l'intelligence artificielle à l'université d'Osnabrück, et associé au centre Einstein du futur digital (Berlin), ainsi qu'au Weizenbaum Institut (Berlin). Il est aussi maître de conférences. Avec son équipe de recherche, ils développent des formats pour permettre une réflexion responsable sur les thèmes liés à l'intelligence artificielle. Chroniqueur littéraire au Monde des livres et au Monde diplomatique, Pierre Deshusses (1952­) est maître de conférences. Il a été lauréat du prix Rhône­Alpes du livre en 1990, du prix européen de la traduction en 2009, du prix Nathan Katz en 2023 et du prix de traduction de l'Académie française en 2024.

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