mardi 13 octobre 2026

Jean-François Petit : Faire face aux génocides contemporains

 Kimé - Octobre 2026


On peut repérer des analogies ou des processus similaires dans les génocides?: une violence endémique, des discours de haine, des formes d'ethno-nationalisme ou de marginalisation et relégations progressives de certains groupes, des discriminations grandissantes et des formes d'épuration, des attentats contre des personnes ciblées, en particulier des intellectuels, des déplacements forcés de population, des mises en place de stratégie d'élimination, un crescendo dans l'horreur, une passivité de la communauté internationale, un déni des massacres par des stratégies révisionnistes ou négationnistes, des possibilités de réitération. Cet ouvrage donne à entendre en creux les voix de Hannah Arendt, Viktor Frankl ou Tzvetan Todorov, et de tant d'autres rescapés et oubliés victimes des génocides. Nous portons tous une part de responsabilité dans la tolérance ou dans le reflux des formes extrêmes de déshumanisation, dans la réévaluation du passé - dans le cas notamment de génocides « oubliés » ou « masqués » - mais aussi en étant capables de protéger efficacement les personnes et les groupes de pareils crimes. À chaque nouveau génocide reviennent les questions centrales de la recherche d'Hannah Arendt?: que s'est-il passé?? Pourquoi cela s'est-il passé?? Comment cela a-t-il été possible?? Ainsi l'étude des génocides fait bien plus que décrire une façon de se situer face à la violence. Elle permet d'appréhender les réponses personnelles et collectives données face à l'impensable et l'innommable. Elle nécessite aujourd'hui l'invention d'outils, de catégories d'analyses, dont la mise en oeuvre doit sans cesse être ajustée. Elle oblige à se séparer des simplismes et à consentir à la diversité des angles d'approche, en approfondissant sans cesse notre connaissance, autant pour réparer que pour prévenir.

Jean-François Petit, assomptionniste, est maître de conférences habilité en philosophie à l'Institut catholique de Paris, directeur du Réseau de philosophie interculturelle, co-fondateur de l'Académie catholique du Val de Seine. Spécialiste reconnu d'Emmanuel Mounier, conférencier, prédicateur, il travaille en anthropologie et en histoire de la philosophie.

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Laurent Bove : Spinoza, du désir sans objet. Puissances de l'Hilaritas

 Kimé - Octobre 2026


Des principes spinozistes des affects jusqu'à la constitution de la liberté commune - en passant par les analyses de la structure Autrui, du langage, de l'articulation du théologique et du politique, les enjeux de la théocratie hébraïque, les remèdes à la domination, la définition de la citoyenneté et de la décision démocratique - ce livre offre un commentaire original de l'oeuvre de Spinoza, du point de vue du désir sans objet: ce que Spinoza a nommé conatus, c'est-à-dire l'effort que chaque être fait pour persévérer en son être. Que cet effort soit, en son principe, sans objet éclaire singulièrement la figure de la puissance d'agir spinoziste ouverte à l'expérimentation productive et inventive de l'immanence. On retrouve ainsi, dans le projet de Spinoza, une forme d'amour sans objet dans l'affect d'hilaritas (allégresse): une passion singulière qui « se laisse plus facilement concevoir qu'observer », dont le concept n'apparaît que quatre fois dans l'Éthique et qui semble n'avoir aucun effet cognitif. Cela signifie-t-il qu'une fois définie la réalité singulière de l'hilaritas, Spinoza s'en est totalement désintéressé? Ou faut-il ne pas déduire trop vite de l'absence du mot à l'absence de la chose... C'est cette seconde hypothèse que ce livre retient en expérimentant les puissances opératoires de l'hilaritas dans les domaines de la connaissance, de l'éthique et de la politique, démontrant ainsi l'importance de la notion et ses enjeux majeurs dans l'ensemble de l'oeuvre du philosophe hollandais.

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Philippe Petit (dir.) : ABC penser. L’abécédaire de la pensée contemporaine

 PUF - Octobre 2026


Issu d’une chaîne YouTube, cet abécédaire philosophique donne la parole aux meilleurs penseurs de notre temps. Traitant, dans une langue claire et accessible, des notions proprement philosophiques (justice, soin, temps), des enjeux liés à l’actualité (consentement, guerre ou IA), mais aussi des thèmes parfois inattendus (saisir, écouter, zone), cet ouvrage propose une promenade intellectuelle donnant à lire une pensée vivante et incarnée.

Claire Marin sur la rupture, Philippe Descola sur la nature, Corinne Pelluchon sur le politique, Marc Crépon sur la violence, Cynthia Fleury sur le ressentiment, Johann Chapoutot sur la liberté, Raphaëlle Branche sur le silence, etc. : cet abécédaire invite philosophes, historiens et anthropologues à décrypter chacun de ces thèmes majeurs, et à montrer comment ils résonnent avec de nombreux enjeux de notre monde contemporain.

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Julien Boudon : L’âme de la Loi. Judaïsme, christianisme, islam

 PUF - Octobre 2026


La réflexion sur les monothéismes abrahamiques a été le monopole des théologiens, des philosophes ou des historiens. De façon paradoxale, les juristes sont restés en retrait alors que notre époque tend à borner l’islam à la charia, traduit abusivement par « loi », tandis que la torah est victime d’une approximation semblable – le terme « voie » ou « enseignement » est plus exact. L’ambition de cet essai est de présenter à nouveaux frais les rapports entre loi, religion et morale, pour conclure que ces trois systèmes normatifs ont finalement beaucoup en commun.

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Gabrielle Radica : La liberté familale. Généalogie d’une idée

Vrin - Octobre 2026 - Bulletin de la Société Française de Philosophie


Libre choix du conjoint, divorce par consentement mutuel, protection de la sphère privée contre les intrusions du pouvoir étatique, et contre la pression des instances morales, sociales et religieuses qui s’exerce en matière sexuelle, éducative ou procréative : le droit positif protège désormais la liberté dans la sphère familiale dont nombre d’auteurs, depuis le xix e siècle jusqu’aujourd’hui, observent le développement et consacrent la valeur.
Encore faut-il s’entendre sur le sens de cette liberté, et saisir en quoi la vie en famille la détermine et lui fait obstacle. La notion appelle une clarification, car elle désigne des choses différentes, voire opposées : la liberté collective du groupe, ou celle de ses membres. Dans le second cas, elle désigne tantôt l’indépendance des uns vis-à-vis des autres, tantôt la protection légale et statutaire de chacun contre l’arbitraire, la dégradation et l’instrumentalisation, tantôt enfin l’émancipation du sujet social vis-à-vis des diverses servitudes auxquelles il est exposé. Un examen généalogique permet de comprendre la multiplicité des racines philosophiques de la liberté familiale, et l’on proposera de ressaisir la typologie de ces trois significations en convoquant la différence entre l’indépendance de l’individu selon Locke, la liberté légale des personnes selon Kant, et le processus d’émancipation que poursuit avec plus ou moins de succès le sujet spinoziste.
Cette généalogie philosophique se montre également féconde, parce que ces trois sens historiques de la liberté se prêtent à une réactualisation qui éclaire le droit positif. La liberté de divorcer, l’interdiction légale, et désormais d’ordre public, de céder son autorité parentale à l’autre parent, ou enfin la vigilance à l’égard de la manipulation par les proches constituent trois types de garanties juridiques qui, chacune, promeuvent une seule de ces trois formes de liberté, et qui peuvent dicter des conduites différentes (séparation ou maintien de la solidarité; saisie du juge, d’un avocat ou d’un notaire, ou négociation informelle).

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Jérôme Porée (dir.) : Devant l'injustice

 PU de Rennes - Octobre 2026


Toujours des hommes se sont élevés contre l’injustice. Les plus anciens récits en témoignent autant que les révoltes qui accompagnent jusqu’à aujourd’hui l’histoire du monde et font résonner en elle la voix des victimes. Certes, l’indignation ne suffit pas. Mais comment combattre l’injustice, si l’on ne sait ce que signifie subir l’injustice ? Écrits par des philosophes, des historiens, des économistes, des sociologues ou des magistrats, les textes réunis dans cet ouvrage répondent ensemble à ces deux questions. Cependant le combat contre l’injustice est un combat sans fin : il ne répare pas toutes les injustices. D’où une dernière question : comment faire face à l’irréparable ? C’est peut-être l’une des fonctions de l’art. Le dernier mot revient alors au poète. À lui de dire à la fois l’injustice et ses contraires : l’accueil du visage étranger, le long chemin de la réconciliation, le commun que chacun porte en soi. Ce livre a pour origine les Rencontres Paul Ricoeur, événement organisé tous les deux ans par l’université de Rennes et les Champs Libres sur un thème inspiré par l’oeuvre du penseur et appliqué aux grands problèmes du monde contemporain.

Jérôme Porée est professeur de philosophie émérite à l’université de Rennes. Il est l’auteur notamment de Le mal. Homme coupable, homme souffrant (Armand Colin, 2000) ; Phénoménologie de l’aveu (Hermann, 2018) ; L’espérance mélancolique. Un dialogue entre philosophie et psychiatrie sur le temps humain (Hermann, 2020).

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Amélie Cadier-Loriaud : Nos corps politiques Ce que le capitalisme fait à notre santé

 Seuil - Octobre 2026


Pourquoi pensons-nous la santé comme un enjeu individuel alors que nos conditions de vie et notre environnement déterminent en grande partie notre état physique et psychique ? Comment espérer préserver notre « capital santé » dans un monde qui nous rend malades et détruit notre système de soins ? Tandis que les scandales sanitaires se succèdent, que les inégalités sociales se creusent et que notre santé se dégrade, cette focalisation sur nos comportements individuels favorise un marché lucratif et masque l’essentiel : les décisions politiques s’inscrivent dans nos corps.
À la lumière des dernières études scientifiques et de travaux issus de la philosophie et de la sociologie, cet essai saisissant révèle combien la santé et le soin constituent un terrain de pouvoirs. Face à l’industrie du bien-être et au culte de la performance, il invite à se réconcilier avec nos corps fragiles et imparfaits et à rompre avec la culpabilité entretenue par le capitalisme qui les use. Car comprendre ce qui nous abîme, c’est retrouver la possibilité d’agir collectivement pour transformer nos conditions de vie, afin que la santé cesse d’être la responsabilité de chacun·e et devienne un bien commun à défendre, à réinventer et à protéger.

Née en 1989, Amélie Cadier-Loriaud est médecin radiologue, spécialisée en imagerie de la femme, et doctorante en philosophie. Ses travaux explorent les enjeux de justice sociale et environnementale en santé, dans une perspective interdisciplinaire et intersectionnelle. Nos corps politiques est son premier essai.

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Europe, n° 1169-1170 : Qu’avons-nous fait de la philosophie ?

 Revue Europe - Octobre 2026


Notre époque est marquée par des évolutions inédites : bouleversements écologiques, envahissement par les réseaux sociaux, développement des nouvelles technologies et en particulier de l’intelligence artificielle, configurations politiques faites de retours en arrière inquiétants et de recompositions inattendues.
Quid de la philosophie en ces temps de fureur et de bruit ? En quoi est-elle encore apte à nous permettre de penser le monde et à nous aider à répondre aux défis de l’époque ?


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lundi 12 octobre 2026

László Krasznahorkai : Assez parlé des anges ! Conférence du Nobel 2025

 Gallimard - Octobre 2026


Le 7 décembre 2025, devant un parterre d’invités réunis à l’Académie suédoise, László Krasznahorkai prononce son discours de réception du prix Nobel, attribué quelques mois auparavant « pour son œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu d’une terreur apocalyptique, réa.rme le pouvoir de l’art ».
Dans un texte qu’il voulait à l’origine, nous dit l’auteur, consacrer à l’espoir, Krasznahorkai décrit les anges qui l’entourent, ceux d’autrefois et ceux d’aujourd’hui, qui peuvent se loger, sans aile ni auréole, dans le corps d’un passant ou d’un clochard sur le quai d’un métro à Berlin. Partant d’une anecdote que tant d’autres auraient pu oublier, le grand écrivain hongrois nous invite à réfléchir avec lui sur le monde qui est le nôtre et la façon dont l’humanité l’habite. Ce discours du Nobel nous offre un condensé époustouflant de l’esthétique de László Krasznahorkai, oscillant entre noirceur et rébellion, et affirmant plus que jamais le pouvoir de la littérature, capable de faire se rencontrer les êtres en dépit de tout ce qui les sépare.

Né en 1954 à Gyula (Hongrie), László Krasznahorkai est auteur de romans, nouvelles et scénarios. Ses deux premiers romans, Tango de Satan et La mélancolie de la résistance, traduits par Joëlle Dufeuilly, ont été publiés en France par les éditions Gallimard et adaptés au cinéma par Béla Tarr. László Krasznahorkai a remporté en 2015 le Man Booker International Prize puis en 2024 le prix Formentor. En 2025, il reçoit le prix Nobel de littérature. Son nouveau roman, Herscht 07769, est à paraître dans la collection Du monde entier, traduit par Joëlle Dufeuilly.

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Carlo Ossola : Alléger le temps

 Les Belles lettres - Octobre 2026


Chacun de nous s’acharne, chaque jour, à « gagner du temps », ou à « prendre son temps ». Économiser notre temps est l’un des soucis les plus constants de notre époque.
L’homme a toujours essayé d’encadrer la journée, avec ses contraintes et ses distractions, par le rythme priant des « livres d’heures », et par les horloges au sommet des clochers, ou les montres aux pouls.
Si Roland Barthes a étudié les « logothètes », les donneurs de mots, de mots d’ordre et de salut, Carlo Ossola nous propose ici quatre chapitres consacrés aux « rythmothètes », aux « donneurs de la maîtrise du temps » : de la Philocalie à la légende des Sept dormants d’Éphèse, sans oublier cette précieuse « maîtrise du temps » qu’est la création artistique, capable de donner une forme éternelle à la matière.
À la fin de ce parcours, il nous arrivera peut-être de découvrir que nous pouvons, si nous le voulons, vider, effacer, alléger le temps.

Carlo Ossola (Turin, 1946) est professeur émérite au Collège de France, chaire de « Littératures modernes de l’Europe néolatine ». Il est membre de l’Accademia Nazionale dei Lincei ; de l’American Academy of Arts and Sciences ; fellow de la British Academy. Parmi ses ouvrages récents aux Belles Lettres : L’Automne de la Renaissance (2018), Les Vertus communes (2019), La Vie simple (2023), Entrez sans frapper (2025), L’Avenir de nos origines (2026) et Alléger le temps (2026).

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Carlo Ossola : L’Avenir de nos origines. Le copiste et le prophète

 Les belles lettres - Octobre 2026


À l’origine fut la poésie des fondateurs : le récit épique ; ensuite surgit la poésie de l’homme : la tragédie, la lyrique ; puis l’histoire de ses gestes, de ses entreprises ; enfin, le sens à donner à toute cette œuvre issue de ses mains, à cette fabrication d’outils et de monuments : la philosophie de l’histoire.
Par ses négations, ses ruptures de civilisation, le XXe siècle a humilié le savoir de l’histoire, le livre de la famille humaine. Nous livrant à des savoirs analytiques qui creusent et renvoient sans cesse le moment et la possibilité même d’une soudure, d’une synthèse, nous ne pouvons plus « nous représenter » nous-mêmes, notre statut d’êtres vivants, uniques.
Ce livre s’est donc formé comme un parcours « étiologique », une recherche des causes, dont la poésie – comme aux origines des écritures et au-delà des apories de l’histoire et des sciences – reste le témoin le plus fidèle. Une poésie néanmoins consciente de son inactualité : car sa parole – comme l’écrit Paul Celan – n’est pas d’ici ; elle est le Zeltwort, le « mot-tente » qui nous réunit, « au nord du futur ».

Carlo Ossola (Turin, 1946) est professeur émérite au Collège de France, chaire de « Littératures modernes de l’Europe néolatine ». Il est membre de l’Accademia Nazionale dei Lincei ; de l’American Academy of Arts and Sciences ; fellow de la British Academy. Parmi ses ouvrages récents aux Belles Lettres : L’Automne de la Renaissance (2018), Les Vertus communes (2019), La Vie simple (2023), Entrez sans frapper (2025), L’Avenir de nos origines (2026) et Alléger le temps (2026).

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Pierre-Marie Morel : Aristote

 Flammarion - Octobre 2026 - GF


L’œuvre d’Aristote traduit la volonté constante de comprendre le réel dans sa diversité. Contre le risque d’une réduction du savoir aux abstractions vides, mais également contre la fascination qu’exerce la multiplicité considérée pour elle-même. Lire Aristote, c’est donc mettre la philosophie à l’épreuve, et cela dans tous les domaines où s’accomplit le travail de la raison : les principes de la philosophie naturelle, les problèmes de méthode, la science de l’être en tant que tel, la connaissance du vivant, la recherche de l’excellence morale et du bien commun. Tel est le parcours que cet ouvrage propose au lecteur. Il le fait ainsi participer à un défi radical et fondateur.

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Cécile Alduy : D'abord ils sont venus chercher les mots

 Les Arènes - Septembre 2026


Cécile Alduy, professeure à Stanford et chercheuse en analyse du discours, étudie depuis des années comment l'extrême droite mène sa guerre culturelle. Depuis l'élection présidentielle américaine de 2024, ses recherches l'ont rattrapée brutalement : soudain, des centaines de mots ont été censurés, des bases de données effacées, des enseignements interdits, les universités et la démocratie attaquées. Et bientôt ce sont des étudiants, des voisins, qui disparaissent.
Comment analyser un pouvoir quand il commence par détruire les mots et les savoirs qui permettent de le comprendre ? Quand il détruit la langue elle-même ?
Dans cette enquête saisissante, Cécile Alduy raconte la bascule autoritaire américaine de l'intérieur, depuis la disparition des mots jusqu'à celle des personnes. Mais le cas américain dit plus que lui-même : il révèle la matrice commune des extrêmes droites occidentales, leur guerre contre les savoirs, les minorités, la mémoire et la réalité elle-même. Un signal d'alarme pour la France, à quelques mois de la présidentielle.

Cécile Alduy est professeure de littérature à l'université Stanford et chercheuse associée au Cevipof de Sciences Po Paris. Elle a publié La Langue de Zemmour (Seuil, 2022) et Marine Le Pen prise aux mots (Seuil, 2015).

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Olivier Mannoni : La pensée piétinée. Pourquoi le fascisme écrase la culture

Éditions Héloïse d'Ormesson - Octobre 2026


Rarement la culture aura été aussi attaquée. Olivier Mannoni démontre pourquoi la voir suffoquer est la promesse d'une mort démocratique certaine.
Avec la lucidité qui le caractérise, le traducteur Olivier Mannoni part de la langue pour décrypter les coups portés à la culture. Par le verbe, il extrapole et scrute les derniers événements qui ont manqué de mettre à terre un écosystème déjà fragilisé par des enjeux technologiques comme le numérique ou l'intelligence artificielle. De la réaction à la scène d'ouverture des Jeux olympiques de 2024 à la commission d'enquête de Charles Alloncle contre l'audiovisuel public, en passant par la mainmise de Vincent Bolloré sur les univers du livre, de la presse et du cinéma, il analyse les outils belliqueux utilisés ainsi que les cibles visées, afin de lever le voile sur ce qu'hier encore l'on nommait pudiquement la droitisation de la société, mais qui apparaît bel et bien être une fascisation de la pensée. Magnats de l'industrie et de la presse, politiciens d'extrême droite et " intellectuels " bas du front semblent ne plus avoir qu'un seul but : détruire la culture pour la récupérer et l'accommoder à leur sauce (brune, évidemment).
Si avec son précédent essai paru en 2024, Coulée brune, Olivier Mannoni pouvait encore se positionner en lanceur d'alerte, les enjeux actuels exigent d'aller au-delà. Ce livre est donc porteur d'une analyse de ces manœuvres de sape, mais aussi de clés pour passer à l'action, proposer quelques moyens de les contrer et entrevoir, derrière la boue, l'espoir.

Né en 1960, Olivier Mannoni a fondé l'École de traduction littéraire en partenariat avec le CNL et a présidé l'ATLF. Traducteur de plus de 200 titres, spécialisé dans les textes sur le IIIe Reich, il est aussi critique littéraire et biographe. Entre 2011 et 2021, il s'est attelé à la réédition critique de Mein Kampf d'Adolf Hitler. Il s'en expliquera dans Traduire Hitler publié en 2022 aux éditions Héloïse d'Ormesson et dans Coulée brune paru en 2024.

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Pascale Molinier : Prêter attention. Care, science, psychanalyse

 MSH Paris - Octobre 2026


Les études de care se sont développées en France depuis 2005, d’abord difficilement : la non-traduction du concept le rendait douteux, on l’imaginait « mièvre » et sans consistance politique. La pandémie de Covid-19 lui a donné une légitimité, parenthèse vite refermée.Pascale Molinier, psychologue sociale et spécialiste des situations de soin et du travail, se place au carrefour de ses terrains, en Seine-Saint-Denis ou en Colombie, pour renouveler les interrogations sur le care.D’abord, l’autrice relève les contradictions entre care et psychanalyse, dont les pères, Freud ou Lacan, ne considèrent pas les femmes comme des sujets éthiques, tandis que l’anthropologie du care fait la promotion des femmes comme agentes morales, mais dont la violence est laissée hors champ, au risque d’un dévoiement vers une morale de bons sentiments.De plus, elle montre que l’institutionnalisation du care (notamment l’effervescence du cuidado en Amérique latine) comporte des risques d’instrumentalisation en faveur des personnes privilégiées et du contrôle social des pauvres par les politiques publiques.Enfin, l’autrice introduit une distinction entre travail de soin et travail de care, au sens où la non traduction du concept embarque de fait la dimension éthique et, avec elle, des réponses aux besoins des autres et d’attention à leur vulnérabilité.Avec pour fil rouge le concept lacanien de sublimation, élévation à la fois individuelle et collective, mais ici dépouillé de toute notion de reconnaissance, Pascale Molinier termine par une réflexion sur le travail des chercheurs, dans ce moment où la science est attaquée, pour rappeler que celle-ci ne se réduit pas au spectacle consternant d’une forme de productivité effrénée, mais qu’elle forme une communauté passionnée.

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vendredi 9 octobre 2026

Nicolas Lema Habash, Ernesto Ruiz-Eldredge Molina (dir.) : Les Temps de la critique: Recherches sur la temporalité

 Classique Garnier - Octobre 2026


Le temps sort-il indemne dans notre société ? Que peut encore la critique dans un présent hanté par la catastrophe et les discours de la fin ? En croisant marxisme et théorie critique dans leur rapport à l'histoire, ce volume montre que la temporalité n'est pas un cadre neutre, mais une réalité produite par une forme sociale déterminée. De Bloch, Benjamin et Marcuse à Anders, Adorno et Mariátegui, il suit les lignes de fracture d'un temps historique traversé par le conflit, où se nouent expérience temporelle, rapport à l'histoire, hétérochronies, finitude et révolution. Une enquête sur les formes historiques du temps et sur un autre rapport au temps, seulement possible sans garantie, à partir d'une critique du temps du capital.

Ernesto Ruiz-Eldredge Molina est docteur en philosophie de l'université de Poitiers et de l'université Goethe de Francfort. Il a enseigné à l'université de Poitiers et à l'université Humboldt de Berlin. Membre associé du Centre Marc Bloch de Berlin, il est également membre du comité de rédaction de la revue Iconoclasia. Investigaciones sobre y desde Marx.
Nicolas Lema Habash est professeur associé au département de philosophie de l'université de los Andes, Bogotá, et membre associé au Centre d'histoire des philosophies modernes de la Sorbonne. Docteur en philosophie de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il est l'auteur de Duratio vitalis. Figures et variations de la vie dans la philosophie de Spinoza (Paris, 2022).

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Ernest Becker : Le déni de la mort

 Editions Carmin - Octobre 2026


Prix Pulitzer de l’essai en 1974 ― première traduction française. Pourquoi la peur de la mort joue-t-elle un rôle si profond dans nos vies ? Dans Le Déni de la mort, Ernest Becker défend une thèse devenue classique : la conscience de notre mortalité constitue l’un des ressorts fondamentaux du comportement humain. Pour supporter cette condition, nous construisons des systèmes de sens, des croyances, des œuvres et des formes d’héroïsme qui nous donnent le sentiment de participer à quelque chose qui nous dépasse. À la croisée de la psychologie, de la psychanalyse, de l’anthropologie, de la philosophie et de la religion, Becker relit Freud, Kierkegaard, Otto Rank et plusieurs grands penseurs du XXe siècle pour montrer comment notre besoin de transcender la mort façonne aussi bien la personnalité individuelle que la culture et la société. Publié en 1973 et récompensé l’année suivante par le prix Pulitzer, Le Déni de la mort est aujourd’hui considéré comme l’œuvre majeure d’Ernest Becker. Cette édition en constitue la première traduction française.

Ernest Becker (1924-1974) est un anthropologue et penseur américain, connu pour ses travaux sur la peur de la mort, l’héroïsme et les fondements symboliques de la culture. Croisant anthropologie, psychologie, psychanalyse et philosophie, il a développé une réflexion originale sur la manière dont l’être humain construit du sens pour affronter sa finitude. Son ouvrage majeur, Le Déni de la mort, publié en 1973, a reçu à titre posthume le prix Pulitzer de l’essai en 1974.auteur.

Radu Stoenescu est traducteur et éditeur. Diplômé de philosophie de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV) et de lettres modernes, il a traduit plusieurs ouvrages de philosophie et de sciences humaines. Il dirige les Éditions Carmin, spécialisées dans la traduction française d’essais majeurs encore inédits ou indisponibles.

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Patrick Tort : L'origine du symbolique. Histoire naturelle et sociale du paraître

 Champion - Octobre 2026



Avec ce livre fondateur, Patrick Tort explore la genèse, les métamorphoses et l'hypertrophie contemporaine du symbolique. Sous les lumières croisées des sciences naturelles, psychologiques et sociales, il révèle une puissance d'illusion et d'imposture qui, aujourd'hui détachée de la vie et de la vérité, en vient à dominer la politique mondiale.
La " faculté symbolique " est devenue, dans la modernité, le nouveau "propre de l'Homme". L'idéalisme philosophique, que l'on pensait banni par l'exigence scientifique, en a fait son cheval de Troie au cœur des sciences humaines. L'intelligence y butte comme sur le mystère d'une nouvelle religion.
Dans sa genèse la plus naturelle, le symbolique n'a cependant pour source et pour ressource que le corps vivant et ses multiples échanges écosystémiques avec les autres corps.
Ce livre d'une rare ambition théorique raconte comment le symbolique naît dans le mensonge et dans l'illusion, dans l'affrontement et dans la séduction, et montre que le matérialisme, qui restaure périodiquement la lisibilité des processus, n'est pas une philosophie, mais la condition méthodologique de la connaissance objective.

PATRICK TORT, Philosophe, linguiste, historien des sciences biologiques et humaines, a joué un rôle majeur dans la connaissance et la compréhension contemporaines de la pensée et de l'œuvre de Darwin, dont il est l'éditeur en français. Lauréat de l'Académie des sciences, il a dirigé le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, a publié une soixantaine de livres et près de 2 600 articles. Tout en poursuivant l'explicitation des principes méthodologiques de son Analyse des complexes discursifs, il dirige actuellement la réalisation du Dictionnaire du matérialisme.

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