mercredi 10 juin 2026

Arnauld Pierre : Machines célibataires. La fabrique du posthumain

 Macula - Mai 2026


« L’homme voudrait être n’importe qui, sauf un simple être humain. »
Georg Groddeck, Le Livre du Ça, 1923

Les « Machines célibataires » de Marcel Duchamp ont vite échappé à leur auteur pour se transformer en un mythe moderne où s’entrelacent art, sexualité et technologie. Associées à la stérilité et au refus de la procréation, elles n’écartent pas pour autant d’autres formes de reproduction, à travers des fantasmes d’autogenèse ou d’engendrement artificiel, où la science et la technique se rendront capables de créer des êtres supérieurs et établiront un monde qu’aucune création n’a maculé. Tout un imaginaire de la filiation adhère aux machines célibataires, comme le montre la vaste famille d’enfants nés sans mère et de leurs parents mécaniques surgis dans le contexte des avant-gardes du XXe siècle, futurisme, dadaïsme, surréalisme et pop art, jusqu’au tournant du posthumain dont témoigne l’art contemporain.
À la croisée de l’histoire de l’art et des idées, du « merveilleux-scientifique » et de la science-fiction, Arnauld Pierre dissèque les mythes de naissance d’une humanité hybridée avec ses machines et scrute à travers ses manifestations artistiques l’avènement d’un surhomme technologique, un posthumain augmenté et amplifié, qui s’enorgueillit d’avoir été fabriqué plutôt qu’engendré. Avec cet ouvrage richement illustré (près de 280 images), l’auteur plonge dans les ressorts de ce désir récurrent d’être mieux qu’humain, qui se manifeste par excellence dans ce que l’on nomme aujourd’hui le transhumanisme.

Arnauld Pierre est historien de l’art, critique et commissaire d’exposition, professeur à Sorbonne Université et chercheur au Centre André-Chastel, Paris. Il a publié de nombreux textes et ouvrages consacrés à l’ère des avant-gardes et l’abstraction, à l’après-guerre et l’art optico-cinétique, parmi lesquels : Maternités cosmiques. La recherche des origines, de Kupka à Kubrick (Hazan, 2010) ; Futur antérieur. Art contemporain et rétrocipation (M19, 2012) et, aux Éditions Macula, Magic Moirés. Gerald Oster et l’art des moirages (2022).

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Margaux Darrieus et Léa Mosconi (dir.) : Les controverses Bruno Latour. Enquête dans les mondes de l’architecture

 Editions 205 - Juin 2026


Comment les architectes se saisissent-ils·elles des travaux de Bruno Latour (1947-2022) dans leurs pratiques, leurs enseignements et leurs recherches?
Si celui-ci apporte aux architectes des questions, comme celle de l’héritage encombrant de la modernité; des thèses, comme celle de l’Anthropocène; des concepts, comme celui des hybrides, c’est aussi à un décloisonnement volontaire des disciplines que sa pensée conduit, notamment à travers la prise en compte de la crise écologique. Les architectes sont-ils·elles plus enclin·es à s’approprier les concepts ou les outils de Latour? Que nous racontent leurs emprunts et leurs rapprochements, les affiliations et les généalogies qu’ils·elles revendiquent ou esquissent en creux? Quelles sont les lignes de conflit que tracent leurs façons parfois conflictuelles de s’attacher au penseur ou de s’en distancier? Est-ce simplement une volonté de suivre l’air du temps en s’adossant à une personnalité à l’influence tentaculaire? Ou, plus profondément, cela témoigne-t-il de modifications substantielles des manières d’être et de faire des architectes?

Margaux Darrieus est architecte DE et docteure en architecture. Elle est également commissaire générale de la galerie Callot de l’ENSA Paris-Malaquais – PSL, plateforme indépendante d’exploration et de diffusion de l’architecture où se rencontrent savoirs académiques, recherche scientifique et création. Maîtresse de conférences à l’ENSA Paris-Malaquais – PSL, elle y codirige le laboratoire de recherche Architecture, Culture, Société (ACS). Elle est par ailleurs journaliste pour des revues spécialisées en architecture. C’est dans ces multiples lieux et dans divers formats (articles, enquêtes, commissariat d’exposition, enseignement, recherches) qu’elle déploie son activité de critique pour décrypter les espaces à l’aune des discours qui les légitiment et des actions qui les engendrent, et interroger les manières de faire architecture et les manières d’être des architectes, en prise avec les enjeux socio-environnementaux contemporains.
Léa Mosconi est architecte HMONP (habilitation à la maîtrise d’œuvre en nom propre), cofondatrice avec Henri Bony de l’Atelier Bony Mosconi, commissaire d’exposition, maîtresse de conférences à l’ENSA Paris-Belleville, docteure en architecture, chercheuse à l’Institut parisien de recherche architecture urbanistique société (IPRAUS) et présidente de la Maison de l’architecture Île-de-France. Léa Mosconi explore ce que fait la prise en compte du vivant dans l’architecture; c’est ce qu’elle a enquêté dans l’exposition “Paris animal” (Pavillon de l’Arsenal, 2023, avec Henri Bony), dans l’ouvrage Architecture vivante, architecture des vivants (Éditions 205, 2025) et au cours d’une résidence “Rome animal” à la Villa Médicis (2024, avec Henri Bony).

Contributeur•rices: Margaux Darrieus, Léa Mosconi, Pauline Ouvrard, Laurent Devisme, Bruno Latour, Albena Yaneva, Pierre Chabard, Paul Bouet, Émeric Lambert, Pauline Lefebvre, Capucine Fouquin, Étienne Gilly, Adèle Lhoutellier, Christophe Camus, Jean-Louis Violeau, Jean Souviron, Maxime Geny, Gilles Malzac, Pierre Bouilhol, Patrick Henry, Guy Lambert, J. Kent Fitzsimons, Alexandra Arènes, Soheil Hajmirbaba, Miléna Koutani

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François Palacio : La Notion de personne. Entre théologie et philosophie

 Classiques Garnier - Juin 2026


Comment la notion personne s'est-elle constituée objet d'un consensus universel quant à la valeur de la dignité humaine ? Pour nous sembler naturelle, la référence à la personne n'en recouvre pas moins une élaboration complexe, trop rapidement ramenée à un simple transfert sémantique du droit à la théologie jusqu'à l'éthique. La personne se révèle bien plutôt un lieu d'affrontement où la modernité philosophique réclame ses titres de légitimité à la tradition théologique. L'investissement de la notion de personne par la philosophie moderne passe notamment par une remise en cause des présupposés surnaturels de la théologie chrétienne. La personne se découvre alors le théâtre d'un conflit à la jonction du théologique et du politique.

François Palacio, professeur agrégé enseignant en classes préparatoires ECG et docteur en philosophie, est l'auteur d'une monographie sur le problème théologico-politique dans la philosophie du droit de Hegel. Ses recherches portent sur l'articulation de la religion et de la politique à l'époque moderne et interrogent la signification supposée d'un héritage chrétien de l'Europe.

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mardi 9 juin 2026

Chimères n°108 : Guattari & Deleuze. Cosmosophie

 Erès - Juillet 2026


« Penser se fait […] dans le rapport du territoire et de la terre » écrivent, en 1991, Gilles Deleuze et Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?). Mais quel est ce territoire que la pensée ne peut éviter d’arpenter au moment même où elle s’exerce ? Quelle est cette terre sur laquelle elle est nécessairement bâtie ? Et comment concevoir ce rapport entre terre et territoire, une fois admis que l’un présuppose l’autre (et réciproquement) ? Si Deleuze et Guattari ont tenté d’apporter des réponses à ces questions à travers leur proposition de « géophilosophie », il ne fait aucun doute que le problème du rapport de la pensée à la terre et au(x) territoire(s) soulevé par ces deux philosophes, non seulement continue de se poser, mais ne cesse de se reposer encore et encore.
Et pour cause, un tel problème au XXIe siècle, revêt une urgence et une acuité inégalées avec la destruction massive, l’altération durable et la transformation en partie irréversible d’innombrables « territoires existentiels » humains et non humains. Ces processus, perçus comme autant de symptômes de dérèglements climatiques et écologiques plus profonds voués à s’aggraver en l’absence de mesure idoines, appellent en effet un renouvellement des pensées du territoire, et plus largement de l’espace, qui soit à la hauteur des enjeux du siècle.
Ce numéro de Chimères se proposera donc de questionner ces nouvelles figures de la terre, des territoires, du globe et du cosmos, en suivant les pistes tracées il y a quelques décennies par les deux tomes de Capitalisme et schizophrénie.

Manola Antonioli (édition) est philosophe, professeur d'esthétique et philosophie de l'art à l'École supérieure d'art et de design de Valenciennes, maître assistant associé à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles, membre du comité de rédaction de la revue Chimères.

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Anne-Solen Kerdraon : L’éthique à l’épreuve du tragique. Lecture de Martha Nussbaum et Paul Ricoeur

 Cerf - Mai 2026


Les progrès spectaculaires de la médecine ouvrent des possibles inouïs, en particulier aux commencements de la vie, mais exposent aussi à des questionnements nouveaux, d’une intensité peut-être inédite. Nombre de situations vécues comme « tragiques » placent devant des choix décisifs : quel consentement donner à la vulnérabilité, au handicap, à la souffrance ? Faut-il donner libre cours à la puissance médicale ?
Dans les moments de sidération, la tentation est grande de laisser la technique décider à notre place, comme si elle pouvait nous affranchir de la fragilité inhérente à notre condition. Les tragiques grecs invitent au contraire à une lucidité plus haute : une liberté qui ne nie ni ses limites ni les conflits qui la traversent, mais qui s’y engage pleinement.
C’est à leur rencontre qu’Anne-Solen Kerdraon nous convie, par la médiation de Martha Nussbaum et Paul Ricoeur. En confrontant leurs interprétations du tragique, cet ouvrage éclaire les enjeux anthropologiques et moraux de notre temps et opère une véritable « conversion du regard » : au cœur même de l’épreuve se découvre une manière nouvelle d’habiter la finitude. Relu à la lumière de la foi chrétienne, le tragique ne se place pas sous le signe de la condamnation, mais de l’ouverture : il devient le lieu paradoxal d’une Bonne Nouvelle.
Une réflexion forte et actuelle pour penser une éthique théologique qui accueille sans les esquiver les fragilités humaines.

Maître de conférences en théologie morale à l’Institut catholique de Paris, directrice du département de théologie morale et spirituelle, Anne-Solen Kerdraon est sœur auxiliatrice (congrégation de spiritualité ignatienne). Elle a exercé un ministère pendant plusieurs années en aumônerie d’hôpital.

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Alain Bellaïche : Autonomie et hétéronomie. Kierkegaard - Levinas

 Mimesis - Juin 2026


Kierkegaard et Levinas insistent tous deux sur la très forte hétéronomie de l’individu, qu’elle relève d’une contradiction (hétéronomie) ou d’une ambiguïté (celle d’un être crée, dépendant du Père qui l’a créé, mais indépendant). Mais tous deux entrevoient l’heureuse possibilité de l’autonomie : en se soumettant à l’injonction de Dieu ou de l’autre, l’individu oeuvre à sa propre libération. Deux paradigmes éclairent cette thèse : le martyr réfléchi enseigne l’obéissance en s’y soumettant – il apprend la vérité et il y trouve son autonomie – l’être inspiré se libère de son plus grand fardeau, lui-même. Cependant l’individu n’est jamais véritablement rendu à lui-même : l’auto-hétéronomie chez Kierkegaard et la quasi-hétéronymie chez Levinas expriment cette perpétuelle oscillation.

Diplômé de HEC et Docteur en philosophie, président de la société de recherche philosophique S. Kierkegaard, Alain BELLAICHE est l’auteur de Don et retrait dans la pensée de Kierkegaard (L’Harmattan), Pensée et existence selon Pessoa et Kierkegaard (Presses Universitaires de Louvain), Kierkegaard, l’oeuvre de l’accomplissement (Classiques Garnier).

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André Gorz : L'Immatériel. Connaissance, valeur et capital (édition augmentée)

 Folio - Mai 2026


Vorace, le capitalisme est à l'affût constant de surplus de valeur. S'il l'a trouvé, par le passé, dans la robotisation ou la rationalisation, il le cherche désormais dans le travail dit "immatériel", qui repose sur les connaissances. Au profit des avancées scientifiques et technologiques, nos matières grises sont désormais exploitées comme le seraient des matières premières. Problème : le savoir, libre et gratuit, contredit la logique concurrentielle du marché. Création de monopoles, droits et brevets, surveillance des cadres... Tous les moyens sont bons pour y remédier et retrancher du bien commun ce qui peut l'être. Dans un tel système, qui étouffe, divise et aliène les travailleurs, comment penser la dissidence ? Avec cet essai critique, le philosophe André Gorz pose les jalons d'un projet radical de transformation sociale et dessine les contours d'une nouvelle économie. Un appel salutaire à l'émancipation.

Préface de Christophe Fourel et Cédric Villani

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dimanche 7 juin 2026

Adriaen Beverland : Du Péché Originel (1678)

Hypatia logoi - Juin 2026


Véritable OVNI philosophique, l’œuvre d’Adriaen Beverland propose une réflexion approfondie sur le sexe. Se situant entre Spinoza et le siècle des Lumières, le philosophe envisage le désir sexuel des êtres humains comme un effort pour persévérer dans leur être. Aussi est-il tenu pour un élément pleinement constitutif de la nature humaine, à laquelle nul ne peut échapper. Beverland se demande, avec un étonnant franc parler, pourquoi ce thème si omniprésent chez les humains fait-il l’objet d’un opprobre si universel ? Pourquoi l’homme ne peut-il évoquer cet acte qui procure tant de plaisirs sans éprouver une forme de honte ou de culpabilité ? Son livre provoquera un véritable scandale dans la petite république de la libre-pensée néerlandaise.
Cette édition critique est accompagnée d’une introduction, d’annotations et d’une bibliographie consacrées à l’œuvre et à la doctrine d’Adriaen Beverland, permettant d’inscrire son œuvre dans les débats de son temps.

Adriaen Beverland [1650-1716] est un philosophe contemporain de Spinoza. Il consacre toute son œuvre au sexe, dans lequel il voit certes une source d’avilissement, mais surtout une source incontournable de plaisir pour l’être humain. Il est probablement le seul auteur à son époque à porter sur la question de la place du sexe dans la société un discours qui se veut lucide et dégagé de toute pruderie inopportune. Il sera pour cela condamné à l’exil et y restera jusqu’à ses derniers jours.

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Chiara Simonigh : Habiter l’audiovisuel. Une esthétique de la complexité

 Mimesis - Mai 2026


Les médias audiovisuels constituent de plus en plus un système à travers lequel le monde devient perceptible, compréhensible et abordable. Ils sont les outils relationnels utilisés pour entrer dans le réseau dense de connexions qui tissent la complexité du présent, mais ils sont également l’habitat culturel et esthétique qui modèle l’humain. Ainsi, les audiovisuels sont à la fois l’effet et la cause du développement complexe de l’humanité, de sa connaissance et de sa sensibilité. L’auteure explore certaines des transformations les plus significatives introduites par le système audiovisuel, en examinant ses limites et son potentiel, jusqu’à envisager une utilisation générative et créative de ces médias.

Chiara Simonigh est professeure en Théorie des médias et culture visuelle à l’Université de Turin. Parmi ses ouvrages sur l’esthétique des médias audiovisuels et la philosophie de la complexité : avec M. Peyrière (dir.), Edgar Morin, Le cinéma, un art de la complexité (2018 ; édition en italien, 2021) ; Pensare la complessità. Per un umanesimo planetario (2012) ; L’immagine-spettacolo (2011) ; con L. Termine, Lo spettacolo cinematografico. Teorie ed estetica (2003).

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samedi 6 juin 2026

Etienne Balibar : Sur la guerre. Trois interprétations

 Presses du réel - Avril 2026


Sur la guerre, volume qui inaugure la série de courts essais « Constellations », contient trois réflexions d'Étienne Balibar autour de la guerre, qui sont d'une actualité brûlante. Le livre rassemble une analyse de Simone Weil et de sa relecture de l'Illiade d'Homère, une longue étude qui examine les liens entre la pensée stratégique de Carl von Clausewitz et ses transpositions marxistes (chez Marx, Engels, Lénine et Mao), ainsi qu'un commentaire sur la situation géopolitique contemporaine et la guerre en Ukraine.
Ces textes montrent qu'une interprétation de la guerre – en tant qu'événement historiquement déterminant – doit emprunter aux registres de la poétique, de la philosophie et de la politique pour dégager une question fondamentalement éthique : notre capacité d'action face au mal radical. La guerre convoque notre citoyenneté et notre civilité, notre capacité de nous « gouverner » nous-mêmes, interrogeant la manière dont ces enjeux sont mis à l'épreuve dans un état d'exception aujourd'hui normalisé.
Sur la guerre se présente sous une couverture rigide avec un estampage argenté, et contient des illustrations inspirées des sculptures antiques.

Étienne Balibar (né en 1942 à Avallon), philosophe, ancien élève de Louis Althusser, professeur émérite à l'université Paris X – Nanterre et à l'université de Californie, Irvine, est l'une des plus grandes figures internationales du « post-marxisme ». Parmi ses ouvrages figurent Lire le Capital (avec Louis Althusser, Pierre Macherey, Jacques Rancière et Roger Establet) (1965), La Philosophie de Marx (1993), Spinoza et la politique (1985), Nous, citoyens d'Europe ? (2001), Violence et civilité (2010), La proposition de l'égaliberté (2010), Citoyen sujet et autres essais d'anthropologie philosophique (2011).

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Manuel Cervera-Marzal, Bruno Frère : Pour une démocratie sauvage. Une sociologie charnelle au coeur des luttes et des conflits

 La découverte - Mai 2026


Face aux turbulences que traverse la sociologie contemporaine, accusée d'être, d'une part, trop militante et, de l'autre, scientiste et coupée de celles et ceux dont elle prétend rendre compte, Manuel Cervera-Marzal et Bruno Frère proposent une voie nouvelle : la sociologie charnelle.
En effet, le sociologue est toujours plongé dans la " chair " du social – son ordre et ses désordres, ses héritages et ses possibles. Inspirés par Maurice Merleau-Ponty, Cornelius Castoriadis, Pierre Bourdieu, Bruno Latour, Isabelle Stengers et Chantal Mouffe, les auteurs défendent une science politique (au sens premier du terme), radicalement démocratique, qui, non contente de décrire la société, accompagne les formes de vie émancipées. De la Zad de Notre-Dame-des-Landes au Chiapas zapatiste, le sociologue doit ainsi embrasser une multiplicité de luttes qui fragilisent le roc du capitalisme racial et patriarcal.
Loin des visions trop lisses d'une société pacifiée comme des dénonciations désespérées d'une domination implacable, la sociologie charnelle voit dans les conflits, impossibles à étudier sans les habiter, le moteur même de la démocratie. Renouant avec sa vocation subversive, la sociologie se place ainsi du côté des petits, contre les puissants. Dans le tumulte des luttes se dessine non pas un autre monde, mais l'envers de ce monde, son double intempestif. C'est à cette part sauvage que ce livre entend donner voix. Et il entend le faire scientifiquement.

Manuel Cervera-Marzal est sociologue, chercheur au FNRS et professeur associé à l'université de Liège. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Le Populisme de gauche (La Découverte, 2021) et Résister (10/18, 2022).
Bruno Frère est sociologue, professeur à l'université de Liège. Spécialiste des théories critiques et de l'épistémologie des sciences sociales, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels La Fabrique de l'émancipation (Seuil, 2022).

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Tan Qiao : Le Livre des métamorphoses

 Les belles lettres - Mai 2026


Le Livre des métamorphoses est un livre étrange qui commence à circuler dans le courant du Xe siècle et sera plus continûment lu sous la dynastie des Song (960-1279). Les traités bibliographiques anciens l’attribuent à un immortel des Cinq Dynasties (907-960), Tan Qiao, et le classent, soit dans les sections relevant de la pensée taoïste, soit parmi les textes éclectiques. Ce court volume en six parties présente la transformation naturelle, éthique et sociopolitique.
Juxtaposant de brefs paragraphes, usant de la rhétorique, à bien des égards troublante, de l’hyperbole et du parallélisme de la langue chinoise, le livre déploie une conception radicale de la transformation comme greffe, brassage des souffles, division à l’infini des corps et des formes, le tout dans un parasitisme généralisé. Il décrit la mécanique et la machinerie à l’oeuvre dans le réel comme constitutifs de la vie même, et loin de les annuler, se propose de les faire jouer à plein dans la culture de soi et la gestion du politique.
La présente traduction propose, tout en restant au plus près de l’écriture volontiers rhapsodique du livre, une lecture philosophique de l’ouvrage. Autre mérite de ce livre : on pourra choisir à loisir une lecture continue, mais aussi bien, une approche fragmentaire et méditative de chacun des paragraphes, qui forment tous de petites unités autonomes et suggestives.

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Bruno Quélennec, Salima Naït Ahmed (dir.) : Penser l'antisémitisme contemporain. Anthologie critique

 L'Aube - Mai 2026


« “Mais il n’y a plus d’antisémites.” La formule ironique de Max Horkheimer et Theodor W. Adorno évoque la situation d’après-guerre : celle d’un antisémitisme qui persiste tout en se niant lui-même et qui, progressivement, se recompose et opère sous des formes nouvelles.
Cette anthologie réunit des textes fondamentaux sur l’antisémitisme contemporain issus de la recherche allemande et autrichienne. Inédits en français, ces écrits non seulement décryptent les continuités et les mutations de l’antisémitisme, tabou après la Shoah, mais analysent aussi ses rapports avec les racismes et les conflits de mémoire qui traversent aujourd’hui les sociétés occidentales.
Alors que ces questions font l’objet de controverses très polarisées en France, les approches critiques germanophones y restent méconnues, même dans le champ académique. Croisant socio­logie, philosophie et science politique, cet ouvrage dirigé par Bruno Quélennec et Salima Naït Ahmed vient combler un manque et devrait contribuer à renouveler les cadres d’analyse de la question antisémite en France. »

Michel Wieviorka, directeur de collection
Bruno Quélennec est historien des idées et maître de conférence en études germaniques à l’Université Paris 8.
Salima Naït Ahmed est philosophe et politiste, actuellement chercheuse à l’Université de Fribourg en Suisse.

Textes de Sina Arnold, Werner Bergmann, Floris Biskamp, Judith Coffey, Jasmin Dean, Rainer Erb, Thomas Haury, Klaus Holz, Uffa Jensen, Vivien Laumann, Urs Lindner, Bernd Marin, Rolf Pohl, Stefanie Schüler-Springorum, Yasemin Shooman, Karin Stögner et Jan Weyand.

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vendredi 5 juin 2026

Sophie Van der Meeren (dir.) : Contresens créateurs dans l’exégèse et la lecture des textes antiques

 PU de Rennes - Juin 2026


« Toute l’histoire de la notion d’être est […] jalonnée de contresens créateurs » disait Pierre Hadot pour penser la façon dont certains exégètes de la philosophie ou de la Bible ont construit « tout un édifice d’interprétations sur une formule banale ou prise à contresens ». L’ouvrage propose un élargissement et un décalage de cette perspective. À côté de contresens commis par les commentateurs antiques dans l’exégèse de textes jugés canoniques, philosophiques et bibliques, il prend en compte d’autres typologies de contresens rencontrées dans des lectures plus modernes de textes grecs et latins de nature rhétorique, poétique (épiques, tragiques), mais aussi dans l’interprétation de matériaux iconographiques antiques. L’aspect multiforme des contresens permet de penser leur paradoxales fertilité et créativité qui constituent toute l’épaisseur de la pensée occidentale sur laquelle notre modernité est encore adossée.

Sophie Van der Meeren est professeur de langue et littérature grecques à l’université Rennes 2, membre senior de l’IUF et spécialiste de philosophie ancienne.

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Nicolas Lema Habash, Sara Minelli et Ernesto Ruiz-Eldredge Molina (dir.) : Penser à partir de ruines. Idéalisme allemand et théorie critique en discussion

 PU de Rennes - Juin 2026


Nous ne vivons plus dans un monde intact, mais parmi ses décombres. Formulé par les théoriciens critiques, ce diagnostic permet d’interroger la force critique des ruines. Comment penser face aux catastrophes écologiques, aux régressions politiques, à la dissolution des formes collectives ainsi qu’à la logique de la modernité capitaliste qui semble étouffer tout élan de transformation ? En confrontant idéalisme allemand et théorie critique, les contributions réunies dans ce volume explorent comment la dialectique, la totalité, la métaphysique, l’immanence ou la spontanéité permettent de repenser les tensions entre nature et société, mais aussi l’histoire, les conflits, la reconnaissance, l’inconscient et l’art. Contre la fascination stérile pour les ruines, l’ouvrage invite plutôt à y voir le lieu d’une mémoire des rébellions jusque dans leurs crépitements et d’une réactivation subversive de la critique. Penser à partir de ruines, c’est rouvrir l’horizon d’une émancipation au coeur même du désastre.

Ernesto Ruiz-Eldredge Molina est docteur en philosophie des universités de Poitiers et Goethe de Francfort. Il est également membre associé du Centre Marc Bloch et du comité éditorial de la revue Iconoclasia. Investigaciones sobre y desde Marx.
Sara Minelli est postdoctorante au département de théorie sociale de l’université Johannes Kepler de Linz et chercheuse associée au Centre Marc Bloch à Berlin. Elle est docteure en philosophie politique (EHESS, 2022).
Nicolas Lema Habash est professeur associé au département de philosophie de l’université de los Andes, Bogotá, et membre associé au Centre d’histoire des philosophies modernes. Il a publié Duratio vitalis. Figures et variations de la vie chez Spinoza (2022).

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Yoann Malinge (dir.) : Phénoménologie sociale et critique. Expériences vécues, émancipation, politique

 PU de Louvain - Juin 2026


Comment la phénoménologie peut-elle contribuer à penser les structures de domination et les voies de l’émancipation ? Peut-on décrire rigoureusement les mécanismes de l’oppression, tout en ouvrant des possibilités de transformation sociale ?
Cet ouvrage collectif explore les ressources de la phénoménologie critique pour relever ces défis majeurs, d’une grande utilité sociale. En effet, la phénoménologie critique permet de penser les configurations sociales et historiques qui façonnent notre rapport au monde, singulièrement en articulant trois dimensions complémentaires : la description de l’expérience vécue en première personne, l’analyse des conditions sociales objectives qui structurent cette expérience et une perspective transformatrice orientée vers l’émancipation. En révélant la contingence de ce qui apparaît comme naturel, elle ouvre la possibilité de le transformer.
Les contributions rassemblées dans cet ouvrage examinent, tour à tour, les fondements méthodologiques de cette approche (Husserl, Marx, le rapport entre phénoménologie et idéologie), les expériences incarnées du corps et du genre (le corps enceint, le validisme, la domination corporelle), les situations d’aliénation et d’oppression (le travail, la honte, le catastrophisme écologique, l’enfermement carcéral), ainsi que les structures du pouvoir politique (le charisme, le populisme, l’autorité).

Sommaire

Introduction
Yoann MALINGE, « Qu'est-ce que la phénoménologie sociale et critique ? Fondements, méthodes et enjeux » : 7-26
Première section
Fondements et méthode de la phénoménologie critique
Sara HEINÄMAA, « Suspensions ou changements ? Sur les relations entre la phénoménologie husserlienne et ses successeures féministes et critiques » : 29-56
Benoît SIBILLE, « Husserl : de l’inutilité de la phénoménologie pour les "seigneurs et maîtres de ce monde » à la « communauté communiste" » : 57-67
Riccardo VALENTI, « La "rédemption infinie". Générativité et marxisme phénoménologique chez Enzo Paci » : 69-86
Gabriel MAHÉO, « Phénoménologie et idéologie » : 87-99
Deuxième section
Corps, genre et expériences incarnées
Camille FROIDEVAUX-METTERIE, « L’expérience vécue du corps enceint, un condensé de phénoménologie féministe » : 103-116
Emmanuel LEVINE, « Phénoménologie du validisme : le cas du handicap invisible » : 117-131
Paul MURAILLE, « Exprimer son corps, déjouer l’objectification. Sur une postface de Henri Maldiney » : 133-148
Théodora DOMENECH, « Biais de genre et expérience esthétique » : 149-164
Troisième section
Dominations, oppressions et aliénations
Laurent PERREAU, « Une phénoménologie de l’aliénation : l’expérience ouvrière de Simone Weil » : 167-180
Raphaël EHRSAM, « Phénoménologie critique des affects et rapports de classes : penser les vies transclasses avec Chantal Jaquet » : 181-197
Yoann MALINGE, « La honte comme hétéronomie : phénoménologie critique du mépris de soi » : 199-215
Loïs MALLET, « Catastrophisme et défuturation. Phénoménologie d’une perte en monde écologiste » : 217-229
Cécile HANFF, « Dominer l’autre : une approche phénoménologique de la domination ordinaire » : 231-245
Saja FARHAT, « L’oppression d’aujourd’hui : lire Young dans les démocraties contemporaines » : 247-263
Irène RANSON, « Phénoménologie de l’enfermement carcéral » : 265-281
Quatrième section
Pouvoir, politique et autorité
Paul SLAMA, « Le concept de Beruf chez Weber et Husserl : subjectivité et rationalité » : 285-306
Xenophon TENEZAKIS, « Penser phénoménologiquement le populisme avec Sartre » : 307-321
Saleh MOUSAVI KHALKHALI, « Le charisme en politique. Esquisse d’une approche phénoménologique à travers l’exemple de la révolution iranienne de 1979 » : 323-338
Robby MANDIANGU NGOFO, « Verticalité et circularité : quelques apports de la phénoménologie à la relation à l’autorité en Afrique » : 339-351

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jeudi 4 juin 2026

Edmond Ortigues, Marie-Cécile Ortigues : Sur la psychanalyse et la philosophie. Les entretiens de la place Jussieu

 Editions de la Sorbonne - Juin 2026


Marie-Cécile Ortigues (1915-2008), psychanalyste, et Edmond Ortigues (1917-2005), philosophe, partirent en 1961 à Dakar, où Edmond eut la charge de créer la première chaire de philosophie en Afrique subsaharienne, alors que Marie-Cécile rejoignait l'équipe d'Henri Collomb à l'hôpital de Fann. De ces cinq années passées au Sénégal résulta leur premier livre cosigné, OEdipe africain. Rentrés en France en 1966, ils continuèrent à travailler ensemble jusqu'à la fin de leur vie.
Après le dépôt de leurs archives personnelles aux Archives nationales en 2025, la publication de ces entretiens menés au début des années 2000 montre combien les réflexions développées par le couple, d'un point de vue anthropologique, théologique et philosophique, ont enrichi la pratique et la théorie psychanalytiques dans un dialogue fécond. Remettant sur le métier certains concepts cliniques et psychanalytiques à la lumière de ces échanges théoriques, Marie-Cécile et Edmond Ortigues ont peu à peu forgé un regard critique original, fort notamment de la conviction qu'il faut que le patient, quelle que soit sa culture d'origine, soit entendu dans sa singularité et replacé dans son contexte familial et culturel, l'inconscient devant peut-être alors s'entendre comme une mémoire affective. Apportant à la psychanalyse un éclairage novateur, articulant pratique et théorie, ils ont remis au centre de la thérapie psychanalytique la relation à l'autre et l'accueil inconditionnel de son récit, dans une démarche d'une grande actualité.

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David Frapet : L’idéologie chez Gramsci. Formation et Mutation

 L'Harmattan - Juin 2026


Quatre-vingt-dix ans après sa disparition, Antonio Gramsci (1891-1937) demeure une figure majeure du marxisme, dont l’influence continue de marquer la pensée philosophique et la vie politique. Il est notamment connu pour ses concepts d’« hégémonie », de « bloc historique », d’« intellectuel organique » ou encore de « guerre de position ».
Journaliste, militant et théoricien, Gramsci a consacré une part essentielle de son oeuvre à l’étude de l’idéologie, entendue comme « conception du monde », en analysant ses formes et ses transformations.
Cet ouvrage propose une présentation claire et accessible de sa pensée, en mettant en lumière sa richesse et sa portée, bien au-delà du marxisme au sens strict.

David Frapet est titulaire d’un doctorat en Histoire des Institutions de l’Université Jean Moulin Lyon 3 depuis 2012. Spécialisé dans les domaines de l’Histoire des Institutions et des faits sociaux, mais aussi de la religion comparée, il est l’auteur de plusieurs ouvrages ainsi que de nombreux articles publiés dans des revues historiques et philosophiques.

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