samedi 11 avril 2026

Danny Trom : Norbert Elias, une politique de la sociologie

Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales - Avril 2026


Pourquoi revenir à Norbert Elias, alors que son œuvre est désormais canonisée et que le sociologue allemand est inscrit au panthéon des sciences sociales, aux côtés d’Émile Durkheim, de Max Weber, de Talcott Parsons ou de Pierre Bourdieu ? Parce que cette reprise s’impose aujourd’hui comme une nécessité. Celle-ci tient, simultanément, à l’état de la discussion académique actuelle au sein des sciences sociales et à l’état des sociétés politiques dans lesquelles nous vivons. Les deux sont, pour Norbert Elias, inextricablement liés. Ce volume est consacré à l’explicitation de ce nouage auquel sa sociologie apporte une contribution inégalée. Celle-ci ne s’éclaire que si l’on consent à admettre que Norbert Elias effectue le geste sociologique, dans son intégralité, tel qu’il a été conçu et forgé par les fondateurs de la discipline. Et ce geste suppose de replonger les outils conceptuels de la sociologie dans le cadre ample de ce qu’Elias nomme le problème général de l’évolution historique. Trop souvent parcellisée, parfois malmenée, son œuvre nous offre pourtant des ressources indispensables pour fonder le travail sociologique dans l’objectivité des mécanismes qui travaillent nos sociétés modernes et dans la normativité sociale sous-jacente à l’activité qu’elle génère en s’imposant tel un espace de contraintes et d’opportunités. C’est alors que la sociologie de Norbert Elias se fait politique, science des dynamiques socio-politiques et levier d’émancipation, indissociablement.

Sommaire

Présentation

Temporalité historique
Norbert Elias. L’expulsion des Huguenots de France
Danny Trom. À propos de : Elias, « L’expulsion des Huguenots de France ». Retour sur la politique de la sociologie éliasienne
Dominique Linhardt Les égarements de l’histoire. À propos de la violence des modernes

Sociologie des modernes
Norbert Elias. Sur la sociogenèse de la sociologie
Jean-Philippe Heurtin. À propos de : Elias, « Sur la sociogenèse de la sociologie ». La sociogenèse de la sociologie et la démocratisation fonctionnelle des sociétés européennes
Bruno Karsenti. Pour une sociologie comparée des processus de nationalisation. Perspectives éliasiennes

Conflits politiques
Théo Leschevin. Au pied du mur. La réflexivité entravée des protestants et catholiques de Belfast quant à leurs interdépendances
Aleksandr Lutsenko. Une société de cour en Russie ? Les élites économiques et le mécanisme de pouvoir dans la Russie contemporaine
Michael Dunning. Saisir ensemble psychogenèse et sociogenèse. Le cas des attentats du 7 juillet 2005

Conduites
Florence Delmotte. dentité(s), identification, habitus. Une approche sociologique, historique et politique
Pierre-Henri Castel. Informalisation et vie psychique : un programme de recherche éliasien. La « crise du moi » chez les psychanalystes et les moralistes critiques de la modernité récente, et l’invention de la catégorie d’états-limites
Mischa J.T.Dekker. Sensibiliser sans moraliser ? Informalisation et individualisation des démarches éducatives sur le harcèlement de rue aux Pays-Bas

Trajectoires
Cyril Lemieux. « Les arbres nous cachent la forêt ». L’évolutionnisme méthodologique de Norbert Elias
Anne Lafont. L’Afrique, pierre d’achoppement de la théorie des processus de civilisation ?


acheter ce livre

Alexandre Charrier : Le soi à la lumière des émotions

 ENS éditions - Avril 2026


À partir d'une lecture originale du Traité de la nature humaine de David Hume, cet ouvrage propose de renouveler la manière dont la notion de soi est appréhendée en philosophie, tout en l’élargissant à d’autres disciplines des sciences humaines ou cognitives. Il ne s’agit plus alors de chercher à déterminer ce qu’est le soi, quelles sont ses caractéristiques et si une telle chose existe, mais plutôt de penser cette notion comme une simple représentation qui découle, avant tout, de notre vie émotionnelle.D’où vient l’idée que nous avons de nous-mêmes ? Comment la représentation de soi ― et, plus précisément, d’un soi continu et identique à lui-même à travers le temps ― advient-elle à la conscience ? Par quels ressorts psychologiques y consentons-nous ?Cet ouvrage présente de façon inédite toute l’étendue des discussions relatives à la question du soi encore peu connues du lectorat français. Par la thèse sentimentaliste qu’il défend, il ambitionne de faire un pas de côté par rapport aux questions qui dominent les débats contemporains sur le soi.

acheter ce livre


Thierry Laspalles : Pierre Bourdieu. Socioportrait

 L'Harmattan - Avril 2026


Ce portrait social de Pierre Bourdieu suit la genèse de son parcours personnel, dans les champs successifs, familial, scolaire, universitaire et scientifique. Il débute dans le milieu rural de la province du Béarn ; se poursuit à Paris, dans la quête d’une éclatante réussite intellectuelle ; puis, bifurque scientifiquement, dans l’Algérie meurtrie de la guerre d’indépendance ; enfin, se voit couronné des plus hautes consécrations académiques, nationales et internationales. Un parcours au total structuré par ce que le sociologue nomme son habitus clivé : mi-orthodoxe, mi-hérétique, source de fréquentes, autant qu’injustes parfois, tensions polémiques, mais aussi, d’une réelle modération, sinon pratique, du moins théorique.

Thierry Laspalles, agrégé de lettres modernes, professeur honoraire de classes préparatoires au lycée Saint-Sernin de Toulouse, est l’auteur, notamment, d’un portrait biographique de Nietzsche (Le Chameau, le lion et l’enfant, 2018) et d’un essai littéraire sur Kafka (Poétique de l’angoisse, 2019), tous deux publiés aux éditions L’Harmattan.

acheter ce livre

Séverine Auffret : Mélanippe la philosophe

 Des femmes - Avril 2026


Mélanippe la philosophe est le titre d’une pièce du dramaturge Euripide dont il ne subsiste aujourd’hui que quelques fragments. La philosophe contemporaine Séverine Auffret s’est particulièrement intéressée à cette œuvre méconnue en ce qu’elle est la trace d’une pensée philosophique portée par des femmes dès les temps anciens et totalement refoulée par l’histoire de la philosophie. Cet essai passionnant ne fait pas seulement œuvre de réhabilitation d’une figure invisibilisée mais interroge les rapports que la philosophie entretient avec les femmes. Dans cet essai publié initialement en 1988, Séverine Auffret adopte une triple approche pour en explorer les enjeux : une réflexion philosophique, une archéologie du texte avec traduction des fragments qui ont subsisté de la pièce d’Euridipe, suivi d’un prolongement par la fiction poétique ouvrant sur un imaginaire de ce qu’a pu être la « préhistoire de la philosophie ». Articulant les origines anciennes et notre époque contemporaine, Séverine Auffret propose là un essai d’une grande profondeur afin de ressusciter une voix perdue, de lui restituer sa manière de penser, et d’ouvrir un espace de réflexion sur le féminin, le mythe, le langage philosophique, l’histoire de la pensée d’hier à aujourd’hui. Mélanippe la philosophe est un des coups de cœur 2024 des bibliothécaires de la ville de Paris.

Agrégée de philosophie et essayiste, Séverine Auffret a enseigné en lycée de 1968 à 2002. Poursuivant parallèlement des recherches philosophiques et littéraires, elle est l'autrice d'une dizaine de livres dont plusieurs publiés aux éditions des femmes-Antoinette Fouque : « Des couteaux contre des femmes » en 1982, premier essai sur l'excision préfacé par Benoîte Groult, « Nous Clytemnestre » en 1984 et « Mélanippe la philosophe » en 1988. Membre fondatrice de l'université populaire de Caen au côté de Michel Onfray en 2002, elle a dirigé et animé pendant 5 ans, au sein de cette université, un séminaire sur l'écriture d'une autre histoire des idées féministes. Elle a obtenu, en 2018, le prix Simone Veil « Coup de cœur du Jury » pour son livre « Une histoire du féminisme de l'Antiquité grecque à nos jours » (éditions de l'Observatoire). Par ailleurs, elle a entrepris de faire éditer l'œuvre de la philosophe française Gabrielle Suchon (1632-1703) dont « Traité de la morale et de la politique ¿ De la liberté, 1693 » aux éditions des femmes-Antoinette Fouque.

acheter ce livre


Cités 2026, n°105 : Race, racisme, racialisme

 PUF - Avril 2026


Le centenaire de la naissance de Michel Foucault est l’occasion d’un bilan critique et prospectif sur l’œuvre sans doute la plus commentée et mobilisée du xxe siècle, dans la philosophie et les sciences sociales. Une œuvre d’autant plus difficilement saisissable que le corpus posthume n’a cessé d’augmenter, suscitant un renouvellement continu des lectures. C’est indissociablement le statut de la pratique intellectuelle de Foucault qui requiert aujourd’hui un bilan collectif. Philosophe ? Historien ? Dans un entretien de 1975, Foucault récusait toutes ces étiquettes : « Je suis un artificier. Je fabrique quelque chose qui sert finalement à un siège, à une guerre, à une destruction. Je ne suis pas pour la destruction, mais je suis pour qu’on puisse passer, pour qu’on puisse avancer, pour qu’on puisse faire tomber les murs. » Ainsi Foucault n’a-t-il cessé d’avertir que son œuvre ne devait pas susciter l’exégèse, mais servir de « boîte à outils » et d’instrument de luttes. Cette image a beaucoup contribué à la fécondité durable de ses « usages », tant dans les sciences sociales que dans l’activisme militant, mais aussi à des appropriations qu’on peut juger souvent arbitraires ou projectives. De surcroît, la gloire de Foucault tient à ce qu’il a souvent été érigé en prophète de notre temps : biopolitique, société de surveillance, capital humain, néolibéralisme, etc. Elle tient également, sur le versant négatif, aux accusations répétées d’avoir nourri le relativisme, le différentialisme ou encore les « politiques de l’identité ». L’objectif de ce dossier est de faire le point sur ces questions, et de réfléchir avec (et parfois contre) Foucault sur ces questions.

acheter ce livre

Bruno Méniel, Christine Lombez (dir.) : Sens et contresens du Moyen Âge au XXIè siècle

 Classiques Garnier - Avril 2026


Les notions de sens et de contresens renvoient aux incertitudes de toute démarche d'interprétation. L'idée qu'un contresens puisse être créateur ou « productif » amène à s'interroger sur l'acte herméneutique qui dépasse la compréhension du sens dénoté et, plus largement, sur les processus de lecture, d'analyse, de traduction de textes littéraires, philosophiques, scientifiques, juridiques. Quels sont les mécanismes qui conduisent au contresens ? Celui-ci est-il toujours évitable, toujours involontaire, toujours infécond ? Et si le grand lecteur était celui qui se rendait capable de prendre un texte dans tous les sens simultanément ? Il a été possible de mener l'enquête en couvrant une grande diversité d'époques et d'aires culturelles.

Bruno Méniel, professeur de littérature de la Renaissance à Nantes Université, travaille sur les rapports que la littérature entretient avec des savoirs comme la philologie et le droit. Il a, par exemple, étudié dans cette perspective Rabelais, Montaigne et Du Fail.
Christine Lombez, professeur de littérature comparée à Nantes Université et membre honoraire de l'IUF est spécialiste des rapports entre la poésie et la traduction, notamment en temps de guerre. Elle dirige actuellement le programme ERC TranslAtWar (https://translatwar-erc.eu/) sur la traduction littéraire en Europe durant la seconde guerre mondiale.

acheter ce livre



vendredi 10 avril 2026

Bertrand Geay, Jérôme Camus, Pierre Clément, Pierig Humeau (dir.) : La Reproduction au 21e siècle. Actualité de la sociologie de Bourdieu et Passeron

Editions du Croquant - Avril 2026


L’égalité des chances, la méritocratie et la mobilité sociale sont au coeur de l’idéal républicain : dans une République sociale, le statut des individus ne devrait dépendre ni de la naissance ni de l’héritage. Or, force est de constater que les mécanismes qui s’opposent à cette promesse et assurent la reproduction des positions sociales d’une génération à l’autre semblent plus puissants et plus agissants que jamais. C’est précisément à la déconstruction de ces mécanismes que ce livre entend contribuer en revenant sur les apports et l’actualité d’un ouvrage fondateur pour la sociologie en général et la sociologie de l’éducation en particulier : la reproduction de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Publié six ans après Les Héritiers et deux ans après le vaste mouvement de révolte de 1968, il constitue l’un des ouvrages les plus marquants et les plus cités de ces auteurs. Il est en effet venu couronner tout un ensemble de recherches sur l’éducation et la culture et a été à l’origine de nombreux travaux ― venant en discuter les thèses ou en exploiter la portée empirique ― tout en constituant l’un des ouvrages les plus en phase avec certaines des avant-gardes politiques de cette période. En un sens, le livre a été victime de son succès. Sans toujours être lu et cité à bon escient, il est devenu une sorte de point de repère commode, convoqué à l’appui de tous les projets de dépassement d’une sociologie jugée trop déterministe. Ne cherchant ni à rendre hommage ni à régler des comptes, les autrices et auteurs réunis ici revisitent et actualisent, à partir de leurs propres travaux, les analyses de Bourdieu et Passeron pour proposer un panorama inédit sur la reproduction sociale à l’école et par l’école dans la France du 21e siècle. Réunissant les contributions d’une trentaine d’autrices et auteurs, français et étrangers, ce livre collectif s’organise en cinq parties. La première revient sur la genèse de La reproduction ainsi que sur sa réception et sa diffusion à l’étranger. La seconde prend à bras le corps la question des stratégies de reproduction des différentes classes sociales en mettant l'accent sur la place qu'y occupe l’école. La troisième propose quant à elle sur une sociologie politique des savoirs scolaires en rattachant, là encore, leurs transformations aux intérêts et aux stratégies de différents groupes sociaux. La quatrième partie réexamine alors cette question centrale de la sociologie de l’éducation à savoir les relations entre les pratiques pédagogiques et la re-production (ou la réduction) des inégalités. Enfin, la cinquième partie met au jour les mécanismes de sélection et de ségrégation à l’oeuvre dans le système d’enseignement contemporain.

acheter ce livre

Caterina Zanfi : Philosophie de la vie. De Schopenhauer à Bergson

 PUF - Avril 2026


Plongeant ses racines dans la philosophie allemande du XIXe siècle et plus particulièrement chez Schopenhauer et Nietzsche, le courant de la philosophie de la vie émerge au tournant du XXe siècle. Les rapides transformations et bouleversements que connaît l’Europe à cette période questionnent les philosophes et entraînent un changement de paradigme. Pour Simmel et Bergson, la vie ne doit plus être une notion parmi les autres mais le concept central des recherches philosophiques. Replaçant la vie et son expérience immédiate au centre de la réflexion, ces auteurs apportent un éclairage sur le temps, la société, la morale. Tout aussi inspirante qu’à sa naissance, la philosophie de la vie apporte encore aujourd’hui une clef de lecture de nos sociétés et de leurs enjeux.

acheter ce livre


Miranda Fricker : Injustice épistémique. Le pouvoir et l'éthique du savoir

 Eliott - Avril 2026


Quand être cru, compris, ou écouté, devient un enjeu de justice !

Pourquoi certaines voix sont-elles écoutées, quand d’autres sont systématiquement mises en doute, ignorées ou réduites au silence ? Et si l’injustice se jouait aussi dans notre façon d’écouter, de croire, de comprendre les autres ? Dans cet essai lumineux et percutant, Miranda Fricker met au jour une forme d’injustice aussi discrète que destructrice : l’injustice épistémique – celle qui frappe les individus en tant que sujets de connaissance. À travers deux concepts centraux – l’injustice testimoniale (lorsqu’on ne croit pas une personne en raison de sa couleur de peau, de son genre ou de sa classe sociale) et l’injustice herméneutique (lorsqu’on ne peut exprimer ce que l’on vit faute de mots reconnus dans l’espace public) – Miranda Fricker offre une grille de lecture puissante pour comprendre les mécanismes qui réduisent certaines personnes au silence. Un livre essentiel pour quiconque s’interroge sur les inégalités, le pouvoir du langage et les conditions d’une société véritablement démocratique.

Miranda Fricker est professeure de philosophie à l'Institut de Philosophie de l'Université de New York (NYU). Spécialiste reconnue de philosophie morale et d'épistémologie sociale, elle développe une réflexion à la croisée de l'éthique, de la théorie de la connaissance et des études féministes.

acheter ce livre



jeudi 9 avril 2026

Bernard Baas, Armand Zaloszyc : Descartes et les fondements de la psychanalyse

Editions des Compagnons d'humanité - Avril 2026


La référence à Descartes n’est pas dans Freud. C’est Lacanqui l’amène avec insistance, tout au long de son enseignement, pour établi leconcept de sujet de l’inconscient. Ainsi se trouve fondé en raison l’inconscientfreudien. Ni la philosophie ni la psychanalyse ne peuvent ignorerl’importance de cette référence à Descartes. Un psychanalyste et un philosophes’attachent ici à en suivre l’élaboration et le sens dans le Séminaire de Lacan,les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Pour autant,ils ne vient ni le consensus ni la convergence. Bien plutôt, entre leursparcours, la distance et les croisements.

Bernard Baas, docteur en philosophie, professeur honoraire de khâgne (Strasbourg), a publié de nombreux ouvrages portant principalement sur l'intersection philosophie – psychanalyse.

acheter ce livre

Philippe Crignon : La voie européenne. Transformations de la politique, de la démocratie et de la justice

 Vrin - Avril 2026


Si l’État a longtemps été la forme hégémonique du politique et le cadre d’analyse privilégié de la démocratie et de la justice, les catégories issues de cette tradition ne semblent pas en mesure de saisir l’originalité du système européen, qui appelle un profond renouvèlement de la réflexion sur la politique, la légitimité et la solidarité. Ni alliance d’États souverains, ni État fédéral en devenir, ni projet cosmopolitique, l’Europe est une forme politique inédite émergente qui requiert l’élaboration d’une méthode normative ajustée. L’ouvrage entend expliciter le potentiel politique créé par une telle intégration d’États, hors de la logique de la souveraineté, confronte l’Europe aux normes politiques fondamentales et construit les modèles qui permettraient de s’y conformer. Quelle doit être la constitution de l’Europe pour qu’elle soit efficace sans être autoritaire? Comment peut-elle être démocratique en l’absence de peuple européen et de pouvoir constituant simple? Quelles obligations les peuples et les citoyens d’Europe ont-ils les uns envers les autres? À travers les réponses apportées à ces trois questions, il apparaît que l’Europe est moins un problème que le vecteur par lequel la politique, la démocratie et la justice ont engagé leur mutation, et la formule d’une promesse qu’il nous revient d’honorer.

Philippe Crignon est maître de conférences en philosophie politique et juridique à l’Université de Nantes, membre du Centre Atlantique de Philosophie (UR 7463)

acheter ce livre



Olivier Hanne : L'Islam des Lumières. Histoire de l'humanisme musulman (VIIe-XXIe siècle)

 Tallandier - Avril 2026


L’ islam des Lumières est une expression récente. Elle désigne, depuis vingt ans, une approche ouverte sur la philosophie et les sciences, compatible avec la République et dont l’esprit est profondément humaniste. Cette forme d’islam peut cependant s’appliquer à des courants de pensée et des réalités qui, contrairement aux idées reçues, existent dès le VIIe siècle : des érudits à l’intelligence libre, des savants armés d’outils scientifiques, des hommes et des femmes qui cultivent le goût de l’altérité et des mystères divins.
Olivier Hanne fait revivre cette histoire en mettant en évidence les mouvements d’ouverture et de repli, de tolérance et de raidisse ment qui traversent l’islam des origines à nos jours.

Olivier Hanne est professeur des facultés catholiques (ICES, La Roche-sur-Yon). Médiéviste et chercheur en islamologie, il est associé au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Poitiers). Il a notamment publié, chez Tallandier, Histoire du djihad (« Texto », 2025).

acheter ce livre



Catherine Chalier : L'exception du bien

 Salvator - Avril 2026


Qui observe l'histoire humaine est frappé par la permanence de la violence. Plus troublant encore, cette violence est trop souvent commise au nom d'idéologies qui prétendent servir le bien, capables d'entraîner l'adhésion du plus grand nombre. Les multiples guerres et les régimes totalitaires du siècle précédent en portent la marque. Pourtant, au coeur de sombres événements surgissent des actes de bonté. Comment comprendre cette « exception du bien » ? S'agit-il d'une manifestation de vie intérieure, d'un résidu de bonté réservé à quelques privilégiés ou d'une trace furtive de simple humanité ? Ce livre interroge donc des philosophes – Platon, Levinas – et des écrivains – surtout Vassili Grossman – qui, de façon décisive, ont pensé et décrit cette exception du bien. Il réfléchit aussi à la façon dont la tradition juive l'évoque en parlant d'un « point intérieur » intime à chacun, marque ineffaçable de la bonté originelle de la Création.

acheter ce livre



Surgence N°21 : Le transitivisme

 Libre association freudienne - Avril 2026


Jean Bergès et Gabriel Balbo ont fondé de nouveaux concepts dont les implications bouleversent les bases théoriques, conceptuelles, cliniques, techniques et pratiques de la psychanalyse. Ces concepts sont l’humus, le terreau de la Libre Association Freudienne qui fonde son ex-sistence de ce qu’elle n’est pas ou de ce qui manque ou est manqué. Le transitivisme n’en est pas le moins important, il en est le socle, il est ce tronc de l’arbre duquel se ramifie tout transfert, tout désir, toute demande, tout symptôme. S’inscrivant dans leur mutuelle ligne-née, Gabriel Balbo a enrichi cette nouvelle métapsychologie par ses propres travaux, en ne manquant pas, par des coups de force symboliques, de demander aux savoirs des Autres, de s’identifier les concepts créés, de les incorporer pour les a-boucher à une clinique dont un savoir en vérité́ sourd toujours de la bouche de l’inouï̈, de l’inentendu. Aussi, qu’est-ce qui aujourd’hui, se sait mais surtout se tait et se méconnait encore par transitivisme ?

acheter ce livre


Frédéric Chauvaud, Irène Le Roy Ladurie, Jean-Luc Terradillos : Les trois maisons de Michel Foucault

 PU de Rennes - Avril 2026


Fruchaud Henri-Paul (préface), Hamet Benoît (illustration-photographie)

Né à Poitiers, Michel Foucault, philosophe de la folie, de l’archéologie des sciences humaines, du crime, du pouvoir, de la sexualité et de bien d’autres domaines, est l’auteur d’une oeuvre foisonnante qui ne cesse de résonner aussi bien au Brésil qu’en Corée ou au Maroc. Ses livres sont diffusés dans le monde entier. S’il s’est intéressé aux lieux utopiques, il a porté une grande attention aux lieux réels et aux dispositifs spatiaux. Très attaché aux espaces où il est né, où il a rédigé la dernière version de ses livres et écrits, où il a fait l’acquisition, à la fin de sa vie, d’une maison, il a toujours cherché à maintenir un fort ancrage territorial dans le Poitou où se trouvent, à Poitiers, à Vendeuvre et à Verrue, les trois maisons de Michel Foucault.

acheter ce livre

mercredi 8 avril 2026

Florence de Coccola : Tant qu’il reste quelqu’un pour se lever. De la chair du récit à la parole qui dévoile

 L'Harmattan - Avril 2026


Nous ne savons jamais vraiment ce que vivent les autres, mais parfois une phrase, un silence, un visage suffit pour deviner qu’ils portent, comme chacun de nous, une histoire invisible.
Ce livre rassemble des portraits humains. Ils n’ont rien d’exemplaire : ils existent, ils aiment, ils peinent, ils tombent, ils se relèvent. Leur vie n’est pas spectaculaire, mais elle est vraie. À chaque portrait répond une lecture psychanalytique, non pour diagnostiquer, ni corriger, mais pour ouvrir un espace : une brèche où l’intime devient lisible, habitable, pensable. Cet écrit parle de ce qui traverse chacun de nous : la blessure primitive, le désir, la solitude, la fatigue morale, l’amour impossible, la perte, la reconstruction, le courage de continuer. Il s’adresse à ceux qui cherchent. À ceux qui ont vécu. À ceux qui veulent tenter de comprendre, non pas la théorie, mais la vie.
À la frontière du récit littéraire et de la clinique, cet ouvrage est un geste : celui de rendre visibles les existences discrètes, les blessures silencieuses, les recommencements fragiles. Il invite à percevoir, derrière les symptômes, le sujet ; derrière l’histoire, l’élan ; derrière le chaos, la part irréductible du vivant. Un livre pour lire l’humain, sans le réduire. Un livre pour écouter ce qui ne se dit pas encore. Un livre pour se rappeler qu’il suffit parfois d’une seule personne, pour que la vie recommence.

Florence de Coccola est psychanalyste, écrivaine, ingénieure pédagogique et directrice d’établissements et de services sociaux et médico-sociaux. Son travail se situe au croisement de la clinique et du soin institutionnel et elle explore les fractures existentielles, les processus psychiques ainsi que les formes contemporaines de la vulnérabilité humaine. Ses écrits conjuguent rigueur conceptuelle et sensibilité poétique pour rappeler qu’au-delà des fonctions et des symptômes, chaque être demeure un sujet.

acheter ce livre


Marie de Gandt, Apostolos Lampropoulos (dir.) : Repenser la différance sexuelle

 Hermann - Avril 2026


En conceptualisant le refus de la binarité conceptuelle aussi bien que sexuelle, la déconstruction a ouvert la question de la différence sexuelle à son dépassement, et a contribué à la naissance des études de genre. Mais celles-ci, alors qu’elles formulent explicitement leur dette envers le French Feminism, se sont souvent avérées réticentes à entamer un dialogue systématique avec la déconstruction. La différance, concept introduit par Jacques Derrida dès les années 1960, n’a pas été perçue comme une réflexion sur la différence sexuelle. Est-ce faute d’avoir explicité ses liens conceptuels avec les pensées féministes ? Faire l’anarchive de la critique du « phallogocentrisme » implique de rouvrir les débats, héritages, ruptures et échanges qui ont irrigué la vie intellectuelle mondiale depuis plus d’un demi-siècle au point de constituer un des socles de notre pensée contemporaine. Alors que la déconstruction est critiquée comme participant d’une tradition philosophique occidentale, certaines traditions des études féministes sont aujourd’hui, elles aussi, parfois considérées comme dépassées, par des penseur.se.s du genre qui les disqualifient pour leur essentialisme limitant la possibilité d’une approche intersectionnelle. Pour approfondir ces débats, il est crucial de s’interroger sur l’actualité de la différance sexuelle aujourd’hui, en revenant à son creuset m/p-atriciel.

Marie de Gandt est maîtresse de conférences en littérature comparée à l'université Bordeaux III.
Apostolos Lampropoulos est professeur de littérature comparée et de littérature et culture à l'Université Bordeaux-Montaigne.

acheter ce livre

Victor Béguin : Leçons sur les trois Critiques de Kant

 Ellipses - Avril 2026


La Critique de la raison pure (1781), la Critique de la raison pratique (1788) et la Critique de la faculté de juger (1790) sont les trois ouvrages fondamentaux d’Immanuel Kant (1724-1804) : toute la philosophie – « critique » ou « transcendantale » – qu’il a construite à partir de 1781 s’organise autour d’eux. Ce cours se propose d’accompagner leur lecture en présentant leurs principaux enjeux, les grandes étapes des démonstrations qu’elles déploient et les principaux concepts qu’elles forgent. Chaque Critique est saisie dans sa spécificité afin de faire apparaître de quelle manière elle s’appuie sur les précédentes pour traiter des questions nouvelles, et comment elle introduit des remaniements dans l’ensemble de l’édifice critique. Une attention toute particulière est accordée à l’analyse des concepts kantiens, et – surtout – à la manière dont Kant fait varier leurs définitions en fonction des raisonnements dans lesquels il les mobilise. Enfin, sans entrer dans des discussions spécialisées, ce cours s’efforce de faire apparaître les principales tensions repérables dans le texte des trois Critiques, et les principaux problèmes interprétatifs qu’elles soulèvent.

Victor Béguin est maître de conférences en histoire de la philosophie allemande à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il a notamment publié Dictionnaire Hegel (Ellipses, 2022) et Fonder la philosophie. Essai sur le système hégélien (Hermann, 2024).

acheter ce livre