dimanche 8 novembre 2026

Alexandre Kojève : L'Empire latin. Et autres écrits sur l'ordre du monde (1941-1968)

 Gallimard - Novembre 2026


L’enseignement philosophique qui a rendu Kojève célèbre prend fin en 1939. La guerre le voit participer à la Résistance tout en entretenant des liens avec le régime de Vichy, puis en 1945 le grand interprète de Hegel rejoint le ministère de l’Économie. Il se consacre dès lors aux négociations commerciales internationales, dans le contexte de la guerre froide, de la décolonisation et des débuts de la construction européenne. Il écrit, à l’ombre de l’administration, de brefs textes, restés pour la plupart inédits, que Jamila Mascat et Sabina Tortorella rassemblent et publient pour la première fois.
On y découvre la réflexion de Kojève sur les problèmes géopolitiques de son époque, qui sont encore les nôtres. Ainsi de « L’Empire latin », texte de 1945, souvent cité et donné ici à lire en entier, où il préconise une union de la France avec l’Espagne et l’Italie pour faire pièce aux empires anglo-saxon et russe.
On verra dans ces écrits comment le penseur de la « fin de l’histoire » a théorisé et mis en œuvre, loin du regard public, l’unification du continent européen, le rééquilibrage Nord-Sud, et cette convergence planétaire qu’on appelle encore la « mondialisation ».

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Marco Filoni : Vie et pensée d'Alexandre Kojève

 Gallimard - Novembre 2026



Il est peu de philosophes aussi nimbés d’aura et de mystère qu’Alexandre Kojève. Né à Moscou en 1902, neveu de Kandinsky, il quitte la Russie bolchévique en 1920, traverse clandestinement l’Europe pour étudier la philosophie à Berlin et Heidelberg, avant de s’installer en France. Ses leçons sur Hegel dispensées à l’École pratique des hautes études au cours des années 1930 devant un cénacle choisi – entre autres, Jacques Lacan, Georges Bataille, Raymond Aron, Maurice Merleau-Ponty, Jean Hyppolite, parfois André Breton – établissent son statut de maître à penser.
Pourtant, Kojève rejoint ensuite l’administration pour occuper, deux décennies durant, un rôle clé au sein des nombreuses négociations internationales qui rythment l’après-guerre. Et ce n’est qu’après sa mort en 1968 que sont peu à peu découvertes des milliers de pages, en russe ou en français, qui élaborent une philosophie systématique. Des textes pensés pour Staline, pour le gouvernement de Vichy ou pour la Résistance viennent encore complexifier le profil de cet homme de l’ombre pour le moins singulier, tenu tantôt pour un philosophe majeur du XXᵉ siècle, tantôt pour un agent du KGB.
Cette passionnante enquête biographique et intellectuelle, nourrie des dernières découvertes, démêle l’énigme Kojève et constitue ainsi la meilleure introduction à son œuvre.

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Nouvelle revue d’esthétique, n° 37 | 2026 : Réalités de l’enregistrement

 PUF - Novembre 2026


Motif central dans l’histoire de l’esthétique et de la philosophie de l’art, dès les premières réflexions sur la photographie et le phonographe de Walter Benjamin, Theodor W. Adorno ou Gunther Anders, l’enregistrement a d’emblée été pensé sous deux régimes : comme un révélateur du réel mais aussi comme un facteur de standardisation et de déperdition de l’aura. De Roland Barthes à Rosalind Krauss en passant Pierre Schaeffer, ce débat sur l’enregistrement, visuel ou sonore, s’est poursuivi sur un terrain ontologique : l’enregistrement est-il trace, empreinte, ou constitue-t-il une œuvre autonome ?
Durant quelques décennies cependant, ce geste et ses productions ont occupé une place moins importante dans la réflexion esthétique. À l’origine de ce désintérêt relatif : une approche plus constructiviste des images et des sons. Les études audiovisuelles et sonores ont pu dès lors considérer l’enregistrement comme un simple médium parmi d’autres de l’activité artistique.
Or plusieurs développements récents appellent à une réévaluation de ce geste et de ses objets. Le premier est lié au renouveau des théories des arts documentaires et du cinéma du réel : insistant sur la performativité de l’enregistrement. Dans le champ des arts contemporains, l’enregistrement trouve également de nouvelles formes d’actualisations plastiques et conceptuelles, à travers l’émergence du data art, entre esthétique de la trace et sonification. Sur un autre front, l’étude des musiques populaires enregistrées – rock, hip-hop musique électronique,… – appréhende, dans le travail de studio, la manière dont la captation et la reproduction deviennent indissociable de l’œuvre ellle-même. Sur un plan plus général, visual studies et sound studies soulignent combien les technologies de l’enregistrement participent à notre expérience perceptive et cognitive. Elles mettent en évidence la portée politique de l’enregistrement, entre surveillance, archivage de la mémoire collective, ou stratégies de résistance à l’effacement. Ces multiples champs de réflexion invitent à reprendre une réflexion esthétique générale sur l’enregistrement comme geste, médium et production, dans ses multiples enjeux.

Direction : Jocelyn Benoist, Pauline Nadrigny




Plutarque : Oeuvres diverses et morales

 Belles Lettres - Novembre 2026


Ce fort volume de la collection « Editio Minor » réunit 80 des écrits conservés de l’œuvre de Plutarque. Ils sont présentés dans les traductions de la « Collection des Universités de France » et dans celle d’Amyot. Regroupés traditionnellement sous le titre collectif d’Œuvres diverses et morales, ils parcourent tous les champs de la connaissance : philosophiques, physiques, métaphysiques, eschatologiques, théologiques, mythologiques, astronomiques, zoologiques, anthropologiques, philologiques, historiographiques, rhétoriques, poétiques, politiques, ethnologiques, éthologiques, psychologiques, hygiéniques, pédagogiques.
Cette polymathie, reflet de la conviction que le savoir forme un tout cohérent dont les diverses branches dépendent les unes des autres, est unifiée par une même vision universaliste du monde, qui fait de la Vie le premier des principes organisateurs de l’univers. De fait, partout s’affirme l’opinion que l’homme a pour tâche de concourir à l’harmonie universelle, d’abord en cherchant à la définir, puis en s’efforçant de la réaliser en lui-même. C’est pourquoi les écrits de Plutarque, malgré leur caractère hétéroclite, se rangent clairement dans deux catégories : d’un côté, les textes plutôt heuristiques et, de l’autre, les textes plutôt protreptiques.
Outre les spécialistes de l’auteur, les historiens des idées et des mentalités et les esprits curieux de la société gréco-romaine des deux premiers siècles de notre ère, cette bible de la pensée plutarquienne intéresse par la pertinence de ses réflexions l’honnête homme d’aujourd’hui, qui pourra y puiser indéfiniment de quoi nourrir ses méditations personnelles.

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Simon Ebersolt, Thierry Hoquet, Gôda Masato, Uehara Mayuko (dir.) : Dictionnaire de philosophie japonaise

 PUF - Octobre 2026


Au-delà des clichés sur l’« âme japonaise », ce dictionnaire de philosophie japonaise se concentre sur les philosophes modernes et contemporains, depuis l’ère Meiji (1868) et l’invention du terme tetsugaku pour traduire le mot « philosophie ».
Entreprise tout à fait unique au monde, ce dictionnaire rassemble près de trois cents notices portant pour moitié sur des auteurs et pour moitié sur des concepts.
La philosophie japonaise y apparaît dans toute sa force et sa richesse : dans le dialogue constitutif qu’elle a établi avec l’Europe philosophique, mais aussi comme réinterprétation de notions et de pensées philosophiques, religieuses et artistiques prémodernes du Japon et de l’Asie de l’Est.

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Jason Barton : A Hegelian Theory of Divine Revelation

Palgrave Macmillan - Septembre 2026


This book explores what G.W.F. Hegel meant by ‘God’. Was he referring to the Lutheran conception of the Christian God? Or, was he referring to a heterodox conception of God more in line with his philosophical speculations?
Through a close reading of Hegel’s Lectures on the Philosophy of Religion, this book offers a detailed answer to this question. It contends that Hegel assigns two meanings to the concept of God: an inward-facing perspective and an outward-facing perspective.
From the inward-facing perspective, Hegel ventured to authentically capture how world-historical religions respectively portray the divine from their own conceptual, representational, and practical positions. From the outward-facing perspective, Hegel identifies divinity with absolute spirit in its odyssey-like movement toward self-recognition. The concept of God for Hegel encompasses both of these meanings. It is argued that one cannot approximate an accurate comprehension of Hegel’s ‘God’ without analyzing divine revelation.
In contrast to previous books, this book firmly grounds Hegel’s religious phenomenology in historical and logical factors. Through such a grounding, A Hegelian Theory of Divine Revelation attempts to achieve a clarified understanding of the character of Hegelian divine revelation and ultimately a clarified understanding of Hegel’s concept of God.
This book is essential reading for all scholars and researchers of German idealism and of the philosophy of religion, especially those focusing on the thought of G.W.F. Hegel.

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samedi 7 novembre 2026

André Hirt : Passages et vertiges. Une histoire

 Les Grands détroits - Novembre 2026


Un adolescent vit dans une chambre-remise, à l’écart d’une famille modeste et découvre les livres, la présence matérielle et sensuelle de leurs couvertures. Ils ouvrent le chemin imprévisible et vertigineux de la vie dont les chapitres s’affichent comme ces photographies prises et reprises dans la mémoire. Ainsi s’inaugure, par une sorte de grâce, l’adolescence : terminée et néanmoins interminable, elle nomme cet âge sans durée qui affole le temps en en faisant lire et relire les pages.Ni fin de l’enfance, ni commencement de la vie d’adulte, l’adolescence, ses passages et ses vertiges, condense l’expérience de l’existence comme l’expérience d’une essentielle métamorphose : « il s’agissait pour lui de fuir, de sortir de cette chambre, de la quitter comme on descend d’un train (mais quitte-t-on jamais, descend-on jamais de ce qui nous porte et supporte ?). »Se déploie ainsi une profonde « déambulation rêveuse », au cours de laquelle s’éclaire la façon dont l’existence accède à son histoire. Une autre manière d’écrire alors s’impose, qui laisse s’exprimer dans sa nécessité la philosophie elle-même, à l’écart de toute forme instituée.

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Stéphane Lemaire : L'émotion appropriée. Essai sur le rôle des émotions dans les fondements des valeurs et de l’éthique

 Eliott - Novembre 2026


Nos émotions sont-elles par nature irrationnelles ? Toute la renaissance de l’intérêt philosophique pour les émotions depuis les années 1970 rejette cette idée. De nombreux auteurs vont même plus loin et soutiennent que les émotions sont susceptibles d’offrir un fondement pour la connaissance des valeurs et de l’éthique. Certes, nos émotions sont souvent excessives, insuffisantes ou hors de propos. Mais l’idée même d’excès ou d’insuffisance suppose qu’il existe une mesure pour évaluer la rationalité des émotions. Mais quelle est cette mesure ? Toute la difficulté est là. Si on veut qu’elle puisse fonder l’éthique, il faut qu’elle soit indépendante des raisons pratiques et en particulier éthiques. Bref, il faut soutenir que les émotions ont des normes propres et irréductibles, ou, autrement dit, une fonction qui permettrait de les évaluer de façon autonome. D’une certaine manière, les émotions seraient à elles seules un guide fiable pour peu qu’on les comprenne correctement. Le présent livre analyse de façon minutieuse cette hypothèse aujourd’hui dominante sous ses différentes versions pour révéler finalement les erreurs qui s’y logent. À partir de là se dessine un autre tableau. En réalité, les émotions révèlent seulement nos désirs, les choses qui nous importent, et ceux-ci doivent être évalués à l’aune de raisons pratiques et éthiques. Il s’ensuit que si les émotions jouent un rôle dans l’éthique, c’est de façon très indirecte parce qu’elles révèlent ce qui nous importe. Elles ne révèlent pas directement ce qui devrait nous importer et ne peuvent donc pas fonder directement une éthique.

Stéphane Lemaire est Maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’Université de Rennes. Spécialiste reconnu de philosophie des émotions, il a largement contribué à introduire les questions de métaéthique en France. Il a co-édité avec Ophélie Desmons et Patrick Turmel un épais Manuel de Métaéthique, et a fait paraître La variété des émotions. Introduction à la philosophie des affects, co-dirigé avec Samuel Lepine, chez Éliott.

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vendredi 6 novembre 2026

Antonio Vieira : Sermon de Notre-Dame de l’O (1640)

 Belles Lettres - Novembre 2026


Né à Lisbonne en 1608 et mort à Salvador de Bahia en 1697, António Vieira, jésuite portugais, est sans aucun doute la meilleure plume baroque lusophone : « Empereur de la langue portugaise », selon Pessoa.
Engagé dans les grandes controverses de son temps et inquiété par l’Inquisition, il prêche pour les rois du Portugal comme pour les Indiens d’Amazonie. Son éloquence légendaire parvenait à transformer les vies. Si les circonstances ont changé, ses sermons nous parlent encore. Leurs leçons d’humanisme, la profondeur de leur exégèse des Écritures – qui étonne croyants et noncroyants –, et surtout leur virtuosité rhétorique, qui transporte les corps autant que les esprits, nous atteignent toujours.
Dans le Sermon de Notre-Dame de l’O, António Vieira prête sa voix à la vierge enceinte, qui ne cesse de dire O. Le « Ô » de l’invocation, celui de la litanie des « antiennes », et le « Oh » de celle qui porte Jésus dans son ventre, qui va souffrir en accouchant mais s’émerveille de l’Incarnation. Comment l’infini de Dieu peut-il se loger dans le fini d’un utérus ?
Pour parler d’un tel mystère, il faut mobiliser les mathématiques de l’infini non moins que les dogmes de la théologie. Il faut surtout s’aventurer sur le terrain incendiaire de la sexualité féminine dans son lien avec Dieu et avec la religion.

Traduction : Barbara Cassin, philosophe, philologue, écrivain, médaille d’or du CNRS, est membre de l’Académie française. Fernando José de Santoro Moreira, philosophe et poète brésilien, dirige l’Institut de sciences humaines et philosophie de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro.

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Jacques Boulogne : D’Iris à Apollon. Anthropologie politique de Plutarque

 Belles Lettres - Novembre 2026


Tenu traditionnellement pour un moraliste doublé d’un biographe ou plus synthétiquement pour un philosophe d’obédience platonicienne, Plutarque de Chéronée se définirait probablement lui-même plutôt comme un médiateur culturel et politique entre le monde hellénique et l’empire romain.
Même quand il assume ses fonctions d’administrateur du sanctuaire d’Apollon à Delphes, il demeure un homme d’action engagé politiquement.
Dépassant les préjugés ethnocentriques, il se montre constamment sensible à l’unité de la civilisation que constitue la mise en pratique de valeurs universelles présentes autant chez les Romains que chez les Grecs.
C’est pourquoi il propose à tous ses contemporains de forger une identité citoyenne nouvelle, englobante et commune, et de coopérer dans une estime réciproque à la création d’une société cosmopolite harmonieuse où règne la concorde.

Professeur des Universités de France à la retraite, Jacques Boulogne a enseigné la langue et la littérature grecques classiques à l’Université Charles-de-Gaulle de Lille. Il a centré ses recherches philologiques sur les systèmes de représentation et les courants de pensée. Spécialiste de Plutarque, il vient également de publier aux Belles Lettres (collection « Editio Minor ») l’ensemble de ses écrits divers et moraux.

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Paula Lorelle, Jean-Baptiste Vuillerod : Simone de Beauvoir. Corps et domination

 Amsterdam - Novembre 2026


Quels sont les effets de la domination sur les corps ? Pourquoi les relations entre dominants et dominés impliquent-elles la valorisation de certains corps au détriment d’autres ? Comment inventer un nouveau rapport au corps en rupture avec les normes dominantes ? De Pour une morale de l’ambiguïté à La Vieillesse, en passant par Le Deuxième Sexe, la philosophie de Simone de Beauvoir apporte une réponse originale à ces questions. Elle montre que la domination repose sur le rejet de certains aspects de l’existence humaine sur les seuls corps dominés, en particulier leur dépendance à la nature et à la société. À l’universelle ambiguïté qui caractérise toute existence humaine (à la fois nature et esprit, individuelle et collective), la domination substitue un partage hiérarchique entre des corps souverains et des corps déchus, naturalisés afin d’être soumis. Loin de valoriser la domination de la nature, comme cela lui fut longtemps reproché, Beauvoir s’attaque au contraire à cet idéal de maîtrise et dessine la possibilité d’un autre rapport au corps, à la nature et à la vie. Si l’œuvre de Simone de Beauvoir fut longtemps écartée du corpus philosophique officiel, exclusivement masculin, elle fait aujourd’hui l’objet d’une redécouverte salutaire. Cet ouvrage s’inscrit dans le sillage de ce renouvellement. Au-delà d’une lecture uniquement centrée sur Le Deuxième sexe, le livre réinscrit la critique de la domination masculine dans une réflexion plus générale sur le corps.

Paula Lorelle est maîtresse de conférences à l’Institut catholique de Paris. Ses travaux portent sur le sensible et le corps dans la philosophie contemporaine. Elle a publié Le Sensible à l’épreuve de la raison (Mimésis, 2019) et La Sensibilisation du sens. De Husserl à la phénoménologie française (Hermann, 2021).
Jean-Baptiste Vuillerod travaille sur la philosophie allemande et ses réceptions dans la philosophie française contemporaine. Il a notamment publié Hegel féministe, les aventures d’Antigone (Vrin, 2020), Theodor W. Adorno. La domination de la nature (Amsterdam, 2021), La Naissance de l’anti-hégélianisme. Louis Althusser et Michel Foucault, lecteurs de Hegel (ENS éditions, 2022) et La Révolution trahie. Deleuze contre Hegel (Septentrion, 2023).

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Eric Benoit (dir.) : Poétiques de l'inquiétude

 PU de Bordeaux - Septembre 2026 -  Modernités n°53


Nous vivons une époque d’inquiétude : covid, guerres, dérèglement climatique… Certes, l’inquiétude est un affect pénible, apparemment négatif. Mais il peut être salutaire de s’inquiéter : l’inquiétude peut avoir une fonction d’alerte et de résistance. Ainsi, bien des écrivains ont valorisé l’inquiétude, ou en ont fait un motif créateur de leur œuvre. Nous pouvons le vérifier de Montaigne à Gide ou Camille de Toledo.
La première partie de ce livre est consacrée aux inquiétudes spirituelles et philosophiques, depuis Augustin (« Notre cœur est inquiet… »), jusqu’à Pascal, Kierkegaard, Baudelaire, Péguy, Bataille, Mauriac, Bernanos, Montherlant, Juan Benet, Cioran, Jean-Luc Nancy… La deuxième partie explore des inquiétudes psychologiques : à partir de « l’inquiétante étrangeté » freudienne, nous y abordons des œuvres de Quignard, Kafka, Proust, Rousseau, Pessoa, Michaux, Marie NDiaye… La troisième partie se concentre sur les aspects formels de l’écriture de l’inquiétude : enjambements poétiques, tension narrative, stratégies stylistiques d’évitement, questions de traduction, inquiétudes dans la littérature pour la jeunesse ou dans la science-fiction, productivité esthétique du « déséquilibrisme ». La quatrième partie développe enfin des inquiétudes historiques ou politiques : de Stefan Zweig à Camille de Toledo, en passant par Buzzati, Gracq, Char, Vargaftig, Günther Anders, Toni Morrison, la littérature du « near chaos », jusqu’à rejoindre notre présent.

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Philippe Muray : Essais

 Belles Lettres - Novembre 2026


L'Œuvre de Philippe Muray (1945-2006) est de celles dont on ne se remet pas. Méchante pour certains, quasi prophétique pour d'autres, elle jette sur le monde une lumière si vive que la rétine s’en trouve brûlée, et superpose aux choses une indélébile petite tache d’ironie.
Car ce qui caractérise notre époque est pour Philippe Muray son sérieux terrible, sa certitude agressive et béate d’être meilleure qu’un avant dont elle ne veut rien savoir et de se diriger vers un avenir aussi paradisiaque et inéluctable que désincarné. Cette dévotion à un Bien qu’on ne peut remettre en question est la source d’innombrables sottises, comme le chemin le plus court vers des formes nouvelles de barbarie.
Les Belles Lettres remettent en vente, en un seul volume, sept des plus grands textes de Philippe Muray (L’Empire du bien, les deux tomes d’Après l’histoire et les quatre Exorcismes spirituels), agrémentés d'une postface inédite signée Anne Sefrioui, afin de permettre au lecteur de saisir toute la puissance de sa vision, mais aussi de goûter à tout le brio de son style. Car si Philippe Muray porte un regard désespéré sur le monde, son désespoir n’est ni triste ni ennuyeux. On s’amuse beaucoup en compagnie d’une vaste galerie de personnages digne des Caractères de La Bruyère, dans laquelle trois index permettent de se promener à loisir. Une annotation soignée éclaire également les diverses allusions factuelles.
Parce que les cibles véritables de cette plume acérée sont toutes les formes de bienpensances, son extraordinaire liberté de ton, outre l’hilarité qu’elle provoque, procurera à certains un véritable enthousiasme en ces temps souvent sombres.

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jeudi 5 novembre 2026

Vladimir Jankélévitch : La musique ou le mystère de l'instant

 Bouquins - Novembre 2026


Les textes essentiels sur la musique de Vladimir Jankélévitch réunis pour la première fois en un volume.

Aux yeux de Vladimir Jankélévitch, les frontières entre philosophie et musique sont floues, et il les franchit avec curiosité et allégresse pour en explorer la " double complication, génératrice de problèmes métaphysiques et de problèmes moraux, et bien faite pour entretenir notre perplexité ". Environ un tiers de son œuvre est consacré à l'art musical.
Écouter, jouer la musique (il était lui-même un interprète de haut niveau), c'est alors pour Jankélévitch articuler l'expression de sa philosophie : celle du battement de cœur.
Ainsi la musique donne-t-elle à ses textes et à sa voix le charme d'une harmonique du discours raffinée et non moins puissante, qu'il s'agisse du mystère d'ambiguïté chez Fauré, de la lucidité clairement consciente chez Ravel, de la profondeur paradoxale chez Liszt, ou d'un Debussy qui " donne une voix aux choses les plus impondérables ". Lorsqu'il évoque Satie, Rimski-Korsakov et Chopin à l'aune des moments du jour (le matin, le midi et le nocturne), la plénitude sonore d'Albéniz, l'ineffable sonorité de Déodat de Séverac, ou la " fête de la présence absente " chez Mompou, mais aussi Louis Aubert, Manuel de Falla, Joaquín Nin, Béla Bartók et Rachmaninov, c'est toujours au même émerveillement que nous convie ce philosophe du temps: celui d'un art de la " durée enchantée ", toujours insaisissable, sinon dans une " apparition disparaissante ".

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Jacques-Henri Vollet : Sûr et certain ? Pourquoi savoir ne suffit pas

 Eliott - Novembre 2026


Introduction partisane à la philosophie de la connaissance, cet essai présente de manière pédagogique et critique les principales théories de la connaissance (scepticisme, infaillibilisme dogmatique, contextualisme, empiétement pragmatique, faillibilisme, infallibilisme non-dogmatique, etc.). Il discute ces théories populaires à la lumière des débats les plus contemporains et défend avec rigueur des thèses modestes qui se veulent en accord avec la perspective du sens commun et de la tradition : la connaissance est possible ; elle n’implique aucune forme de dogmatisme ou d’intolérance ; elle ne repose que sur des considérations relatives à la vérité, comme des preuves ou des données, et elle donc indépendante des facteurs pratiques (raisons ou intérêts). Rejeter ces intuitions préthéoriques constitue à l’évidence un coût théorique très important qu’une théorie philosophique satisfaisante se doit d’éviter dans la mesure du possible. La profonde originalité de cet essai tient à la manière dont il défend cette perspective sur la connaissance. Il diagnostique les difficultés redoutables rencontrées par les principales théories de la connaissance actuellement discutées dans le fait qu’elles présupposent toutes un concept inadéquat de certitude. Dans ces théories, la certitude est tantôt confondue avec le savoir, tantôt identifiée à un idéal inatteignable. Cet essai propose une théorie alternative de la certitude, d’après laquelle la certitude, et non le savoir, est sensible au contexte pratique. La certitude est ainsi distinguée du savoir mais rendue ordinairement accessible.

Certifié en philosophie et docteur de l’université de Genève (Suisse), spécialisé en philosophie de la connaissance, Jacques-Henri Vollet est actuellement ingénieur-chercheur au Collège de France, rattaché à la chaire de Métaphysique et Philosophie de la Connaissance. Il enseigne depuis plusieurs années la philosophie de la connaissance à l’université Paris-Est Créteil (UPEC). Il a publié de nombreux articles dans des revues internationales de premier plan.

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Marie Laureillard, Isabelle Charrier (dir.) : Le Goût du noir. Perceptions, formes, imaginaires artistiques

 Hémisphères - Novembre 2026


Le noir est certainement la plus insaisissable des couleurs. Il en est d’une certaine façon la négation, la soustraction radicale, alors que le blanc, à l’opposé du spectre, est la synthèse de toutes. Notion ambivalente, il fut longtemps chargé d’idées négatives en Occident, à l’inverse de l’Asie orientale, où il peut être considéré comme la couleur reine.
Le mettre en lumière est précisément l’objectif de ce livre, dont les textes ici rassemblés abordent le noir sous tous les angles–esthétique, anthropologique, scientifique, sémiotique –, laissant une large place à la parole des artistes et à l’iconographie. Il invite à explorer la richesse conceptuelle de la notion de noir et la multiplicité des enjeux qu’elle ouvre dans l’étude de l’image, de l’écriture, du texte, des formes mixtes, et, à travers plusieurs études de cas, à réfléchir à l’évolution de l’esthétique du noir et à ses prolongements dans des arts très contemporains (installation, art vidéo, bande dessinée), en intégrant le regard des praticiens eux-mêmes.

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Jean-Claude Milner : Alentours du nom juif

 Verdier - Novembre 2026


Ce recueil porte sur le nom juif, mais il n’en traite pas directement. Il se tient aux alentours. Protestant, puis athée, Jean-Claude Milner ignora longtemps ce que c’est que d’être nommé juif. De quel droit peut-il en écrire aujourd’hui ? À cet égard, deux rencontres devaient être mentionnées : Benny Lévy et Claude Lanzmann. L’un, par sa parole et la Torah, l’autre, par ses films et les camps de la mort, ont fait entendre et voir à leur témoin ce qu’il y a de réel dans le nom juif.
Les textes ici rassemblés s’étendent de 2005 à 2025. Ils couvrent ainsi deux périodes : jusqu’au 7 octobre 2023, la haine antijuive se vouait à la clandestinité en Occident ; aujourd’hui, elle s’exprime à voix haute et sans masque. Chacune de ces deux postures est analysée pour elle-même, à la lumière de quelques cas révélateurs. Est analysé aussi l’événement dont ce retournement témoigne : le retour des persécutions.

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Revue des études italiennes 2026 – 1, n° 7 : Des humains aux terrestres. Pour un nouveau récit du vivant

 Classiques Garnier - Novembre 2026


Davide Luglio, « Avant-propos » - Carla Benedetti, « La "République des terrestres". Les raisons d'un projet » - Francesco Zizola, « Hybris. Immagine, percezione e responsabilità nell'epoca dell'Antropocene » - Federico Luisetti, « Per una geocultura pluriversale » - Mario Carparelli, « Un philosophe "terrestre" du xviie siècle. Giulio Cesare Vanini » - Antonio Moresco, « Quattro preghierine per i terrestri » - Davide Luglio, « Méta-manifeste des arts terrestres » - Elena Casetta, « Premiers pas vers une révision du concept d'environnement à l'époque de la crise écologique » - Alessandro Fiorillo, « Visioni telluriche. Antropocene, resistenza, politiche partigiane » - Stefania Achella, « Co-habiter l'Anthropocène. Plaidoyer pour un récit terrestre » - Marguerite Bordry, « Écrire l'Anthropocène depuis les marges de la littérature italienne du xixe siècle » - Lucia della Fontana « "Al dio degli orti piacendo". Semis et symbioses chez Michele Mari et Laura Pugno » - Davide Faranda, « ClimaMeter - comprendere gli eventi estremi nel clima che cambia. Il caso del ciclone mediterraneo Harry »

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