jeudi 15 octobre 2026

Philippe Lacoue-Labarthe : La fiction du politique. Heidegger, l'art et la politique

 Christian Bourgois - Octobre 2026


" Je ne suis "entré en philosophie" que pour avoir subi le coup ou le choc de la pensée de Heidegger. Presque au même moment j'ai appris que Heidegger avait adhéré au nazisme. Et je dois avouer que, comme beaucoup d'autres, je ne m'en suis jamais remis. Quelle que soit l'admiration qui fut (et reste) la mienne à l'égard de la pensée de Heidegger, de cette adhésion je ne peux, et je n'ai jamais pu, politiquement et plus que politiquement, m'accommoder. Ce petit livre essaie en somme d'expliquer pourquoi." Paru aux premiers jours de 1988, dans un contexte où le " cas Heidegger " était sur le devant de la scène française, ce livre, qui concentre les enjeux d'une recherche au long cours, répond aussi, par les post-scriptum qui le scandent, à des objections. Il fait porter le débat sur la responsabilité politique radicale de la philosophie dans l'Extermination et met en cause l'Occident dans son essence. Surtout il s'avance dans une approche des rouages de cette violence exterminatrice, en particulier avec le concept de national-esthétisme élaboré dans le sillage de Walter Benjamin et Bertolt Brecht. La réédition d'un texte de référence qui éclaire le rapport de la pensée au politique.

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Martin Diweg-Pukanec : Les illuminations des mots. Généalogie du bien et du mal

 L'Harmattan - Octobre 2026


Pourquoi les mots qui expriment le bien et le mal changent-ils de sens au cours de l’histoire ? La Réforme ou la Révolution française ont-elles véritablement transformé les valeurs morales inscrites dans les langues européennes ?
Prenant pour point de départ le défi lancé par Nietzsche d’interroger les langues sur la généalogie des valeurs, Les illuminations des mots propose la première vérification systématique de son hypothèse à partir des langues slaves. Fondé sur une analyse sémantique historique des principaux concepts moraux, l’ouvrage met en évidence les mécanismes du renversement des valeurs. Les résultats remettent en question plusieurs interprétations philosophiques et montrent que l’évolution des concepts moraux relève d’un processus historique plus ancien et plus complexe que ne le supposaient Nietzsche et ses successeurs.

Martin Diweg-Pukanec est professeur à l’Université Constantin le Philosophe de Nitra (Slovaquie). Formé dans plusieurs centres européens de slavistique, dont la Sorbonne, il a travaillé à l’Université du Michigan (États-Unis), avant d’enseigner à l’Université de Clermont-Ferrand (2013-2016). Ses recherches portent sur la linguistique historique et la sémantique des langues slaves.

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Bruno Deschênes : L’écoute par-delà la musique

 L'Harmattan - Octobre 2026


Cet ouvrage propose des réflexions sur l’écoute de la musique qui sont peu soulevées en musicologie, en psychologie ou en philosophie de la musique.
Ses grands thèmes sont : l’écoute conjointe entre musiciens s’exécutant sur scène, ou celle entre musiciens et leur public ; le caractère socialement cognitif et incarné de l’écoute ; l’entraînement de notre intentionnalité à l’écoute de toute musique ; nos conduites d’écoute pouvant devenir une « mésécoute », soit une écoute biaisée ; la « géographie » de notre écoute ; notre positionnalité et notre point d’écoute ; notre familiarité narrative aux musiques que nous apprécions ; notre réfléchissement avant, pendant et après une écoute ; ou encore, la conscience que le musicien a du lieu où il s’exécute par rapport à la musique qu’il joue.
Par-delà la musique, il y a des territoires insuffisamment explorés qui la réinventent avant même de l’écouter !

Bruno Deschênes est un musicien et ethnomusicologue canadien, interprète du shakuhachi japonais. Il a publié le premier ouvrage en français consacré à cette flûte de bambou : Le shakuhachi japonais. Une tradition réinventée (L’Harmattan, 2016). Il a également publié un livre sur ce qu’il qualifie de transmusicalité, ce choix de musiciens d’opter pour une musique venant d’une culture dont ils ne sont pas originaires : Transmusicality, Mastering the Music of Another Culture (Zagreb, Croatian Musicological Society, 2022), et dernièrement Une phénoménologie de l’écoute (L’Harmattan, 2024).

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Machiavel : Histoire de Florence

 Bouquins - Octobre 2026


Le regard de Machiavel sur l'histoire de sa ville, de la fin de l'Empire romain à la mort de Laurent le Magnifique (1492) : un récit enlevé et une leçon de politique.
Successeur de grands historiens humanistes, tels Leonardo Bruni et Poggio Bracciolini, Machiavel ajoute à sa mission pédagogique un objectif politique : l'histoire doit enseigner le fonctionnement des institutions et la conduite du gouvernement. Voulant d'entrée de jeu se distinguer de ses prédécesseurs, Machiavel prétend édifier une histoire globale, qui ne se limite pas aux affaires étrangères et aux conflits, mais aborde aussi les divers épisodes de la politique intérieure florentine, les luttes entre les clans et les partis. Fidèle à sa méthode et à sa perception de l'histoire, il cherche à comprendre et expliquer le passé en mettant l'accent sur les liens logiques reliant nécessairement les événements entre eux. Ces apports nouveaux à la méthode historiographique traditionnelle ne l'empêchent pas toutefois de demeurer le peintre d'individus privilégiés (Michele di Lando, Rinaldo degli Albizzi, Niccolò da Uzzano, les Médicis, ec.), qui se détachent de la masse et auxquels il attribue une psychologie supposée ainsi que des discours et des propos aussi éloquents qu'imaginaires.
Machiavel met continuellement l'accent sur le thème des divisions de Florence, qui lui semblent avoir eu de perverses conséquences : désordres, instabilité, versatilité de la République. Son autre cible est l'Église. Comme ailleurs dans ses œuvres, Machiavel lance de vives polémiques et de violentes diatribes contre les papes corrompus et corrupteurs et leurs responsabilités dans les divisions florentines et italiennes.
Répondant à une commande des Médicis, l'auteur doit se montrer prudent. Les quatre premiers livres de l'Histoire, consacrés à la période antérieure à la prise de pouvoir de Côme à Florence, demeurent un espace où Machiavel peut librement s'exprimer. Il ne peut en aller de même avec les quatre livres suivants, qui traitent de la Florence médicéenne, comme on le lit dans cette lettre significative : " Je dirai les événements qui eurent lieu quand Côme prit le pouvoir ; mais je ne dirai pas comment et par quels moyens il parvint à une telle position. Et celui qui voudra comprendre cela devra noter ce que je ferai dire à ses adversaires, car, ce que je ne peux dire moi-même, comme venant de moi, je le ferai dire à ses adversaires. "
L'Histoire de Florence est ici précédée d'un court texte, La Vie de Castruccio Castracani de Lucques, biographie très libre d'un condottiere (1281-1328), que Machiavel peint en héros multiforme, modèle idéal de prince.

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Laurent Cournarie : La religion dans les limites de l’humanité

 Vrin - Octobre 2026


L’humanité a-t-elle cessé et cessera-t-elle jamais d’être religieuse? La signification de la religion doit être mesurée à l’aune de sa profondeur anthropologique : un fait humain total. Mais la religion est un fait anthropologique aussi paradoxal que fondamental puisque l’humanité de l’homme s’y noue empiriquement avec la plus grande déraison apparente. C’est ce qu’on entend souligner ici par la religion dans les limites de l’humanité.
Cet essai relève à la fois de l’anthropologie philosophique et de la philosophie de la religion. Il s’organise autour de quatre questions principales. Une religion sans superstition est-elle possible? Peut-on définir universellement la religion sans la catégorie du sacré? Quelle est la rationalité de la croyance religieuse? Une politique déliée de toute présupposition théologique est-elle concevable? Les rapports entre religion et superstition, religion et sacré, foi et raison, théologie et politique, constituent les quatre points cardinaux de la réflexion philosophique sur la religion.

Laurent Cournarie enseigne la philosophie en Première supérieure au lycée Saint-Sernin de Toulouse.

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Christian Ruby : L'oeuvre d'art entre auteur·rice et public

 L'Harmattan - Octobre 2026


Tout le monde peut intervenir dans les débats portant sur la culture, les arts et la manière dont le public se confronte aux œuvres d’art. Il s’agit d’un acquis démocratique valorisé dans l’espace public. L’important reste toutefois de réfléchir sur les notions employées dans les interventions, les débats, voire les altercations, sur ces thèmes.
Les critiques et analyses du fonctionnement du champ culturel, y compris de l’Éducation artistique et culturelle (EAC), nous y aident. Elles montrent comment s’articulent les « objets » centraux du champ culturel : individu, auteur·rice, art, œuvre, public.
Cet essai les explore, ainsi que le processus par lequel les notions d’art, d’esthétique et de public se sont constituées. Il en explicite les usages dans l’histoire de la culture occidentale (moderne, postmoderne, contemporaine), de même que les rapports entre elles et la politique.

Christian Ruby est philosophe, docteur en philosophie, membre du comité de rédaction de la revue Raison présente, rédacteur dans les revues TK-21, Nectart et Nonfiction, membre de l’Observatoire de la liberté de création (OLC). Il travaille sur les questions d’art public, de public, de spectateur·rice, de contemporanéité...

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Comité Invisible : Manuel de survie

 La Fabrique - Octobre 2026


"Survivre à une civilisation déterminée au suicide n’est pas une mince affaire. C’est énorme, une civilisation, et c’est partout. Tout autour de nous et tout au fond de nous. La tâche serait décourageante s’il y en avait une autre de sensée, et s’il n’était pas question, ici, de guérison. Guérir de l’espoir qu’un changement de régime ou de personnel puisse faire pour nous la révolution que nous ne faisons pas, trancher les liens qui nous enchaînent à ce qui visiblement s’effondre, délaisser le nihilisme, le ricanement et la fausseté de rigueur ; comprendre comment diable nous en sommes arrivés là, mettre à jour les stratégies des conducteurs de troupeaux à l’abattoir, mais surtout détailler les contours de l’issue de secours – c’est de tout cela qu’il s’agit dans ce Manuel.
Et aussi de détromper les isolés quant à leur solitude. Si l’on ne voit partout plastronner que les connards et les imposteurs, c’est que les êtres de valeur ont tous en commun de répugner à se mettre en avant. S’il semble que la perversion seule ait titre à gouverner, c’est que le goût du pouvoir frappe d’abord ceux qui ont un gouffre au cœur. Nous travaillons à la plus immorale des insurrections: l’insurrection des timides."

Le comité invisible a publié à La fabrique L’insurrection qui vient (2007), À nos amis (2014) et Maintenant (2017).

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L'Herne : Cahier Foucault (2026)

 Cahiers de l'Herne - Octobre 2026


Les ouvrages de Michel Foucault ont tous été ressentis comme des provocations : Histoire de la folie a heurté la bonne conscience des psychiatres, Les mots et les choses ont soulevé la grande polémique du structuralisme au milieu des années 1960, Surveiller et punir a scandalisé les milieux professionnels de la justice, et son Histoire de la sexualité enfin (tomes II et III) a surpris au contraire par son recentrement éthique. Chacun de ses livres a représenté un événement théorique et politique. Très tôt, sa pensée a compté en-dehors des cercles académiques, en France et ailleurs : elle a nourri de nombreuses luttes, et est rapidement devenue une référence dans toute l'Europe, mais aussi en Amérique et en Asie. Enfin les interventions esthétiques, politiques, éthiques et philosophiques de Foucault l'ont rendu indispensable dans tous les domaines de la pensée et de la création.
À l'occasion du centenaire de Michel Foucault, le Cahier de L'herne est réédité et actualisé. Il est notamment augmenté de trois entretiens inédits faisant entendre la voix de l'auteur sur des sujets comme le pouvoir, le langage et la politique.

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Alexandre Journo : Albert Memmi. Un Juif intranquille

Calmann-Lévy - Octobre 2026


Albert Memmi (1920-2020) était habité par cette interrogation, déchiré entre le particulier et l’universel, torturé par l’assignation antisémite qui empêche les Juifs d’être libres. Face à ce destin mal[1]heureux, l’assimilation ne serait-elle qu’une désertion du judaïsme ?
Sinon, comment se libérer de l’oppression ?
De Tunis à Paris, cet essai biographique retrace le parcours et l’œuvre de ce philosophe intranquille qui fut tour à tour compagnon de route de l’indépendance tunisienne, penseur de la décolonisation, sociologue du malaise juif, inventeur du concept de « judéité », théoricien du racisme comme « hétérophobie » et sioniste engagé pour la paix entre Israéliens et Palestiniens.

À chaque fois, Albert Memmi partait de son expérience : sa méthode était celle du portrait. Il observait minutieusement les situations qu’il vivait, les décrivait avant d’en dégager une portée universelle. Ce sont cette vie, cette méthode et ces combats que l’on veut raconter ici pour montrer combien la pensée de Memmi demeure essentielle à qui veut comprendre les impasses de l’identité, du racisme et de la liberté.

Alexandre Journo est ingénieur, chercheur indépendant et directeur de la rédaction de la revue juive Daï. Il est par ailleurs porte-parole de La Paix Maintenant, une association œuvrant pour une solution à deux États en Israël-Palestine.

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Jean-Luc Guichet, James Hanrahan (dir.) : Représentations des origines dans la pensée des Lumières

 Classiques Garnier - Octobre 2026


Au XVIIIe siècle, les Lumières se définissent par le refus des réponses d'autorité et la libération de l'interrogation critique. La question de l'origine ne s'impose plus comme un donné préalable, mais se constitue désormais dans et par l'acte même de questionner, en se détachant - et pas toujours entièrement - du modèle théologique de la Création pour se pluraliser dans divers domaines. Héritière de la critique biblique de la Renaissance et du XVIIe siècle, cette réflexion mobilise de nouvelles méthodes conjecturales et les sciences émergentes. Hantise intime autant que catégorie savante, elle polarise des conflits d'interprétation et peut être tour à tour principe heuristique, impasse idéologique ou puissance de renouvellement.

James Hanrahan est professeur associé à Trinity College Dublin. Spécialiste de Voltaire, ses recherches portent sur l'histoire des idées au siècle des Lumières. Il est l'auteur de Voltaire and the « parlements » of France (Oxford, 2009) et coéditeur du Précis du siècle de Louis XV et de l'Histoire de la guerre de 1741 pour les oeuvres complètesde Voltaire (3 vol., Oxford, 2020-2021).
Jean-Luc Guichet est professeur des universités en littérature et histoire des idées (1650-1800) et membre du CERCLL à l'université de Picardie - Jules-Verne. Il travaille sur le XVIIIe siècle dans la diversité de ses aspects, ainsi que sur les thèmes de l'animal et de l'environnement, des Lumières à nos jours. Il a notamment publié Figures du moi et environnement naturel au XVIIIe siècle (Paris, 2020).

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mardi 13 octobre 2026

Jean-François Petit : Faire face aux génocides contemporains

 Kimé - Octobre 2026


On peut repérer des analogies ou des processus similaires dans les génocides?: une violence endémique, des discours de haine, des formes d'ethno-nationalisme ou de marginalisation et relégations progressives de certains groupes, des discriminations grandissantes et des formes d'épuration, des attentats contre des personnes ciblées, en particulier des intellectuels, des déplacements forcés de population, des mises en place de stratégie d'élimination, un crescendo dans l'horreur, une passivité de la communauté internationale, un déni des massacres par des stratégies révisionnistes ou négationnistes, des possibilités de réitération. Cet ouvrage donne à entendre en creux les voix de Hannah Arendt, Viktor Frankl ou Tzvetan Todorov, et de tant d'autres rescapés et oubliés victimes des génocides. Nous portons tous une part de responsabilité dans la tolérance ou dans le reflux des formes extrêmes de déshumanisation, dans la réévaluation du passé - dans le cas notamment de génocides « oubliés » ou « masqués » - mais aussi en étant capables de protéger efficacement les personnes et les groupes de pareils crimes. À chaque nouveau génocide reviennent les questions centrales de la recherche d'Hannah Arendt?: que s'est-il passé?? Pourquoi cela s'est-il passé?? Comment cela a-t-il été possible?? Ainsi l'étude des génocides fait bien plus que décrire une façon de se situer face à la violence. Elle permet d'appréhender les réponses personnelles et collectives données face à l'impensable et l'innommable. Elle nécessite aujourd'hui l'invention d'outils, de catégories d'analyses, dont la mise en oeuvre doit sans cesse être ajustée. Elle oblige à se séparer des simplismes et à consentir à la diversité des angles d'approche, en approfondissant sans cesse notre connaissance, autant pour réparer que pour prévenir.

Jean-François Petit, assomptionniste, est maître de conférences habilité en philosophie à l'Institut catholique de Paris, directeur du Réseau de philosophie interculturelle, co-fondateur de l'Académie catholique du Val de Seine. Spécialiste reconnu d'Emmanuel Mounier, conférencier, prédicateur, il travaille en anthropologie et en histoire de la philosophie.

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Laurent Bove : Spinoza, du désir sans objet. Puissances de l'Hilaritas

 Kimé - Octobre 2026


Des principes spinozistes des affects jusqu'à la constitution de la liberté commune - en passant par les analyses de la structure Autrui, du langage, de l'articulation du théologique et du politique, les enjeux de la théocratie hébraïque, les remèdes à la domination, la définition de la citoyenneté et de la décision démocratique - ce livre offre un commentaire original de l'oeuvre de Spinoza, du point de vue du désir sans objet: ce que Spinoza a nommé conatus, c'est-à-dire l'effort que chaque être fait pour persévérer en son être. Que cet effort soit, en son principe, sans objet éclaire singulièrement la figure de la puissance d'agir spinoziste ouverte à l'expérimentation productive et inventive de l'immanence. On retrouve ainsi, dans le projet de Spinoza, une forme d'amour sans objet dans l'affect d'hilaritas (allégresse): une passion singulière qui « se laisse plus facilement concevoir qu'observer », dont le concept n'apparaît que quatre fois dans l'Éthique et qui semble n'avoir aucun effet cognitif. Cela signifie-t-il qu'une fois définie la réalité singulière de l'hilaritas, Spinoza s'en est totalement désintéressé? Ou faut-il ne pas déduire trop vite de l'absence du mot à l'absence de la chose... C'est cette seconde hypothèse que ce livre retient en expérimentant les puissances opératoires de l'hilaritas dans les domaines de la connaissance, de l'éthique et de la politique, démontrant ainsi l'importance de la notion et ses enjeux majeurs dans l'ensemble de l'oeuvre du philosophe hollandais.

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Philippe Petit (dir.) : ABC penser. L’abécédaire de la pensée contemporaine

 PUF - Octobre 2026


Issu d’une chaîne YouTube, cet abécédaire philosophique donne la parole aux meilleurs penseurs de notre temps. Traitant, dans une langue claire et accessible, des notions proprement philosophiques (justice, soin, temps), des enjeux liés à l’actualité (consentement, guerre ou IA), mais aussi des thèmes parfois inattendus (saisir, écouter, zone), cet ouvrage propose une promenade intellectuelle donnant à lire une pensée vivante et incarnée.

Claire Marin sur la rupture, Philippe Descola sur la nature, Corinne Pelluchon sur le politique, Marc Crépon sur la violence, Cynthia Fleury sur le ressentiment, Johann Chapoutot sur la liberté, Raphaëlle Branche sur le silence, etc. : cet abécédaire invite philosophes, historiens et anthropologues à décrypter chacun de ces thèmes majeurs, et à montrer comment ils résonnent avec de nombreux enjeux de notre monde contemporain.

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Julien Boudon : L’âme de la Loi. Judaïsme, christianisme, islam

 PUF - Octobre 2026


La réflexion sur les monothéismes abrahamiques a été le monopole des théologiens, des philosophes ou des historiens. De façon paradoxale, les juristes sont restés en retrait alors que notre époque tend à borner l’islam à la charia, traduit abusivement par « loi », tandis que la torah est victime d’une approximation semblable – le terme « voie » ou « enseignement » est plus exact. L’ambition de cet essai est de présenter à nouveaux frais les rapports entre loi, religion et morale, pour conclure que ces trois systèmes normatifs ont finalement beaucoup en commun.

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Gabrielle Radica : La liberté familale. Généalogie d’une idée

Vrin - Octobre 2026 - Bulletin de la Société Française de Philosophie


Libre choix du conjoint, divorce par consentement mutuel, protection de la sphère privée contre les intrusions du pouvoir étatique, et contre la pression des instances morales, sociales et religieuses qui s’exerce en matière sexuelle, éducative ou procréative : le droit positif protège désormais la liberté dans la sphère familiale dont nombre d’auteurs, depuis le xix e siècle jusqu’aujourd’hui, observent le développement et consacrent la valeur.
Encore faut-il s’entendre sur le sens de cette liberté, et saisir en quoi la vie en famille la détermine et lui fait obstacle. La notion appelle une clarification, car elle désigne des choses différentes, voire opposées : la liberté collective du groupe, ou celle de ses membres. Dans le second cas, elle désigne tantôt l’indépendance des uns vis-à-vis des autres, tantôt la protection légale et statutaire de chacun contre l’arbitraire, la dégradation et l’instrumentalisation, tantôt enfin l’émancipation du sujet social vis-à-vis des diverses servitudes auxquelles il est exposé. Un examen généalogique permet de comprendre la multiplicité des racines philosophiques de la liberté familiale, et l’on proposera de ressaisir la typologie de ces trois significations en convoquant la différence entre l’indépendance de l’individu selon Locke, la liberté légale des personnes selon Kant, et le processus d’émancipation que poursuit avec plus ou moins de succès le sujet spinoziste.
Cette généalogie philosophique se montre également féconde, parce que ces trois sens historiques de la liberté se prêtent à une réactualisation qui éclaire le droit positif. La liberté de divorcer, l’interdiction légale, et désormais d’ordre public, de céder son autorité parentale à l’autre parent, ou enfin la vigilance à l’égard de la manipulation par les proches constituent trois types de garanties juridiques qui, chacune, promeuvent une seule de ces trois formes de liberté, et qui peuvent dicter des conduites différentes (séparation ou maintien de la solidarité; saisie du juge, d’un avocat ou d’un notaire, ou négociation informelle).

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Jérôme Porée (dir.) : Devant l'injustice

 PU de Rennes - Octobre 2026


Toujours des hommes se sont élevés contre l’injustice. Les plus anciens récits en témoignent autant que les révoltes qui accompagnent jusqu’à aujourd’hui l’histoire du monde et font résonner en elle la voix des victimes. Certes, l’indignation ne suffit pas. Mais comment combattre l’injustice, si l’on ne sait ce que signifie subir l’injustice ? Écrits par des philosophes, des historiens, des économistes, des sociologues ou des magistrats, les textes réunis dans cet ouvrage répondent ensemble à ces deux questions. Cependant le combat contre l’injustice est un combat sans fin : il ne répare pas toutes les injustices. D’où une dernière question : comment faire face à l’irréparable ? C’est peut-être l’une des fonctions de l’art. Le dernier mot revient alors au poète. À lui de dire à la fois l’injustice et ses contraires : l’accueil du visage étranger, le long chemin de la réconciliation, le commun que chacun porte en soi. Ce livre a pour origine les Rencontres Paul Ricoeur, événement organisé tous les deux ans par l’université de Rennes et les Champs Libres sur un thème inspiré par l’oeuvre du penseur et appliqué aux grands problèmes du monde contemporain.

Jérôme Porée est professeur de philosophie émérite à l’université de Rennes. Il est l’auteur notamment de Le mal. Homme coupable, homme souffrant (Armand Colin, 2000) ; Phénoménologie de l’aveu (Hermann, 2018) ; L’espérance mélancolique. Un dialogue entre philosophie et psychiatrie sur le temps humain (Hermann, 2020).

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Amélie Cadier-Loriaud : Nos corps politiques Ce que le capitalisme fait à notre santé

 Seuil - Octobre 2026


Pourquoi pensons-nous la santé comme un enjeu individuel alors que nos conditions de vie et notre environnement déterminent en grande partie notre état physique et psychique ? Comment espérer préserver notre « capital santé » dans un monde qui nous rend malades et détruit notre système de soins ? Tandis que les scandales sanitaires se succèdent, que les inégalités sociales se creusent et que notre santé se dégrade, cette focalisation sur nos comportements individuels favorise un marché lucratif et masque l’essentiel : les décisions politiques s’inscrivent dans nos corps.
À la lumière des dernières études scientifiques et de travaux issus de la philosophie et de la sociologie, cet essai saisissant révèle combien la santé et le soin constituent un terrain de pouvoirs. Face à l’industrie du bien-être et au culte de la performance, il invite à se réconcilier avec nos corps fragiles et imparfaits et à rompre avec la culpabilité entretenue par le capitalisme qui les use. Car comprendre ce qui nous abîme, c’est retrouver la possibilité d’agir collectivement pour transformer nos conditions de vie, afin que la santé cesse d’être la responsabilité de chacun·e et devienne un bien commun à défendre, à réinventer et à protéger.

Née en 1989, Amélie Cadier-Loriaud est médecin radiologue, spécialisée en imagerie de la femme, et doctorante en philosophie. Ses travaux explorent les enjeux de justice sociale et environnementale en santé, dans une perspective interdisciplinaire et intersectionnelle. Nos corps politiques est son premier essai.

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Europe, n° 1169-1170 : Qu’avons-nous fait de la philosophie ?

 Revue Europe - Octobre 2026


Notre époque est marquée par des évolutions inédites : bouleversements écologiques, envahissement par les réseaux sociaux, développement des nouvelles technologies et en particulier de l’intelligence artificielle, configurations politiques faites de retours en arrière inquiétants et de recompositions inattendues.
Quid de la philosophie en ces temps de fureur et de bruit ? En quoi est-elle encore apte à nous permettre de penser le monde et à nous aider à répondre aux défis de l’époque ?


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