dimanche 31 octobre 2021

Rachel Bespaloff : La vérité que nous sommes. Lettres de Rachel Bespaloff avec Benjamin Fondane et Léon Chestov

 Non-lieu - Octobre 2021 - Lettres ouvertes


Pour Rachel Bespaloff, la pensée de Léon Chestov fut une pensée d’éveil et le commencement d’une vocation philosophique. Mais, contrairement à Benjamin Fondane, elle ne demeura pas disciple du penseur russe. Entrée en désaccord avec le maître, elle lui conserva néanmoins une forme de fidélité. Cette correspondance inédite de Rachel Bespaloff avec Fondane (1898-1944) et Chestov (1866- 1938) couvre une période qui s’étend de 1930 à 1939. Elle éclaire leurs œuvres respectives et apporte des éléments décisifs sur la réception des œuvres de Heidegger et de Kierkegaard dans le milieu de la philosophie existentielle d’avant-guerre. Elle donne aussi à entendre la voix intime de Rachel Bespaloff, ses espoirs, ses attentes, et son inflexible passion pour la vérité. Une annexe contient des documents inédits pour la compréhension des discussions philosophiques qui unissent et parfois séparent les deux disciples de Léon Chestov.

Édition établie, introduite et annotée par Olivier Salazar-Ferrer, maître de conférences en littérature et philosophie à l’université de Glasgow.

Rachel Bespaloff, née en 1895 à Nova Zagora, en Bulgarie et morte par suicide le 6 avril 1949 à South Hadley, dans le Massachusetts (États-Unis où elle s'était réfugiée, après avoir été contrainte de fuir la France) est une écrivaine et philosophe existentielle de langue française, fille de Daniel Pasmanik, théoricien du sionisme.

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Marc Faessler : L'Anarchie de Dieu. Dans les pas d'Emmanuel Levinas

 Hermann - Octobre 2021 - Le bel aujourd'hui


Dans la pensée philosophique d’Emmanuel Levinas, le mot « Dieu » n’est pas inaudible. Il peut venir à l’idée. Il peut tomber sous le sens – en deçà de tout sens thématisé, à revers des prétentions souveraines de la conscience. À la condition toutefois que parvienne à être décrite l’intrigue anarchique que ce mot noue dans l’idée de l’Infini, dans le Visage, dans la Kénose du sujet, dans le Dire du verset ou l’Emphase de la métaphore.
Les articles recueillis dans cet ouvrage tentent, sous ces divers aspects, de décrire l’inouïe Transcendance de ce mot « Dieu » désormais arraché à toute archê– à tout fondement onto-théo-logique. Ils se hasardent aussi à suggérer les résonnances théologiques et bibliques de cet « autrement dire Dieu » préservant l’anarchie du Transcendant. C’est par le Haut que se noue tout vrai dialogue entre le philosophique et le théologique.

Marc Faessler est théologien. Il a été directeur du Centre protestant d’études à Genève et pasteur de l’Église de Champel. Il a donné des cours à la faculté de théologie de l’Université de Genève. Grand lecteur d’Emmanuel Levinas, il s’est spécialisé dans le dialogue entre judaïsme et christianisme.

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samedi 30 octobre 2021

Pierre-Marc de Biasi, Anne Herschberg Pierrot (dir.) : Flaubert et le moment théorique (1960-1980)

Éditions du CNRS - Octobre 2021


Et si Flaubert, dont on fête en 2021 le bicentenaire, n’était né, en réalité, qu’il y a une cinquantaine d’années ?
Entre 1960 et 1980, la France traverse une période d’intense effervescence intellectuelle : ce que l’on appellera le moment théorique. Les sciences de l’homme sont mises à contribution pour repenser la littérature selon les normes d’une axiologie formelle – le structuralisme – où prévalent les exigences de systématicité et de radicalité.
C’est dans ce contexte que Flaubert acquiert une notoriété de premier plan. En moins d’une décennie, il s’impose comme une référence dominante pour la nouvelle critique, l’Université et les jeunes romanciers qui découvrent sa flamboyante Correspondance à travers une anthologie, centrée sur sa poétique : Préface à la vie de l’écrivain de Geneviève Bollème, où il apparaît comme un véritable précurseur du roman contemporain et de l’esthétique conceptuelle.
De Roland Barthes à Michel Foucault, de Jean-Paul Sartre à Pierre Bourdieu ou à Jacques Rancière, de Michel Butor, Nathalie Sarraute et Alain Robbe-Grillet à Pierre Bergounioux ou Pierre Michon, de Jean-Pierre Richard à Gérard Genette, c’est toute une génération qui reconnaît en Flaubert la figure souveraine de l’écrivain, au sens absolu du terme, à la fois prophète du minimalisme, théoricien du style et du travail sur la prose, penseur du processus créatif et inventeur du roman moderne.
Sans chercher à être exhaustif, cet ouvrage suit l’ordre alphabétique pour explorer, à travers quelques grands acteurs du moment théorique, ce fascinant processus de réception créatrice dont nous continuons tous aujourd’hui à être les héritiers.

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Daniel Frey : La religion dans la philosophie de Paul Ricoeur

 Hermann - Octobre 2021


À la suite du philosophe, on a coutume d’affirmer que dans son œuvre, Paul Ricœur a toujours séparé l’argumentation philosophique et les convictions religieuses. Remontant aux origines de sa philosophie et analysant la place de la religion dans ses grands ouvrages, la présente étude (première dans son genre en français) y discerne en réalité une laïcisation progressive, parfois ambiguë, de ses convictions religieuses, aboutissant in fine à une philosophie sans absolu, susceptible – à l’occasion de la question du mal notamment – de penser à partir de la religion, ou plus précisément de la « foi biblique ». En marge de cette « laïcité d’abstention » qui a fini par s’imposer à lui, le philosophe a également livré des études plus engagées, au nom d’une autre modalité de la laïcité, dite « de confrontation ». Attentive au nouage complexe entre philosophie et religion mis en œuvre par Ricœur, la présente enquête philosophique met en évidence un paradoxe : étonnamment, l’approche ricœurienne du religieux laisse impensé le problème de la vérité revendiquée par les textes bibliques, alors même qu’elle a tenté de vérifier systématiquement leur portée « révélante » (selon son expression) vis-à-vis de la condition humaine.

Daniel Frey est professeur de philosophie à l’université de Strasbourg et président du Conseil scientifique du Fonds Ricœur (Paris). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur Paul Ricœur, dont L’interprétation et la lecture chez Ricœur et Gadamer (2008), et l’éditeur de La religion pour penser. Écrits et conférences 5, de Paul Ricœur (2021).

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Franck Noulin : La Force de vivre. Variations autour du Gai Savoir de Nietzsche

 Apogée - Octobre 2021


Où trouver la force de continuer à vivre quand des épreuves terribles privent de l'énergie ou du désir nécessaires pour perpétuer une existence devenue en apparence absurde ? Les récits de résilience sont nombreux. Mais il aura fallu attendre Nietzsche pour que la philosophie s'empare avec acuité de cette question. « [...] je fis de ma volonté de santé, de vivre, ma philosophie » : accablé d'une maladie terriblement douloureuse, l'auteur du Gai Savoir fait d'une expérience vécue un terrain d'expérimentation pour la pensée. La force de vivre est exclusive chez lui de toute recherche d'un quelconque salut dans une foi ou dans une cause. Non pas fuir la maladie, mais se l'approprier en l'explorant par la pensée. En découlent une leçon et une question. Une leçon : la souffrance ne prive pas la vie de son sens, ni ne préjuge de sa valeur. Une question, celle du philosophe qui se fait « médecin de la civilisation » : le nihilisme peut-il être surmonté ?

Franck Noulin est professeur agrégé de philosophie, ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, auteur d'une thèse intitulée Le matérialisme tragique de Nietzsche. Il a enseigné la philosophie à l'université de Nantes, en classes terminales et préparatoires scientifiques et littéraires au lycée Chateaubriand de Rennes.

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Aristote : Métaphysique. Livre Bêta (introduction, traduction et notes de Jean-François Pradeau)

 PUF - Octobre 2021


Le livre Bêta de la Métaphysique examine une quinzaine d'apories consacrées à la science première, à la réalité, à l'être, aux principes qui constituent toutes choses. Ce sont des difficultés, dont Aristote soutient que l'on ne pourra philosopher convenablement, selon les termes du programme qu'il a établi dans le livre Alpha, qu'en les examinant minutieusement. Non pas simplement en leur apportant une réponse, comme d'autres ont pu le faire avant lui, mais en étudiant la manière dont des penseurs ont abordé ces difficultés et dont ils en ont fait des problèmes, avec plus ou moins de succès. La philosophie, montre Aristote en faisant dialoguer et se confronter des opinions philosophiques opposées, trouve son excellence dans son aptitude à poser les bonnes questions et à forger les problèmes à même de satisfaire le désir de connaissance qui est le propre de notre nature.

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Walter Benjamin : Paris, Capitale du XIXe siècle. Le livre des passages

 Editions du Cerf - Octobre 2021


Ce que Walter Benjamin a tenté de capter dans les passages parisiens, leur architecture et leur esprit, c'est tout le XIXe siècle. La porte d'entrée d'un zeitgeist total, n'émanant pas seulement de Paris, mais de toute une époque. Un grand classique.
1934. Réfugié en France, travaillant sous l'architecture de fer de la Bibliothèque nationale, l'écrivain et penseur allemand Walter Benjamin reprend son ancien projet de consacrer un ouvrage aux passages parisiens. Il l'avait conçu quelques années plus tôt comme une féérie dialectique proche, par l'inspiration, des déambulations surréalistes de Breton et surtout d'Aragon. Mais l'Europe tourne à l'abîme. Désormais, ce sera un livre constituant non seulement une histoire sociale de Paris au xixe siècle, comme l'annonçait l'institut de recherche sociale d'Adorno et Horkheimer, mais encore un essai d'interprétation globale du xxe siècle et de son équivoque modernité.
À partir des passages de la capitale française, Benjamin déchiffre les figures équivoques d'un rêve qui meurt sous ses yeux sur fond de verre et d'acier. Il décrypte des concepts tels que la ville, la construction, la communication, le transport. Des catégories telles que la distraction, la mode, l'oisiveté, l'intérieur, le miroir, l'ennui. Des événements tels que l'inauguration, l'exposition, la manifestation, l'incendie. Des figures telles que le passant, le joueur, le collectionneur.
Revenant au commencement des phénomènes et des techniques de masse, mesurant leur portée philosophique et politique, brossant un extraordinaire hommage critique à une cité capitale, à son architecture, à ses artistes et à ses écrivains, c'est une fragile aspiration utopique et une promesse oubliée de liberté qu'exhume Walter Benjamin. Car ce sont d'ores et déjà celles d'un monde révolu, prêt à plonger dans l'horreur.
Une contribution essentielle au patrimoine universel de la littérature.

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Bell Hooks : La volonté de changer. Les hommes, la masculinité et l'amour

 Divergences - Octobre 2021


Si pour beaucoup d'hommes, le féminisme est une affaire de femmes, bell hooks s'attelle ici à démontrer le contraire. La culture patriarcale, pour fabriquer de vrais hommes, exige d'eux un sacrifice. Malgré les avantages et le rôle de premier choix dont ils bénéficient, ces derniers doivent se faire violence et violenter leurs proches pour devenir des dominants, mutilant par là-même leur vie affective. La volonté de changer est un des premiers ouvrages féministes à poser clairement la question de la masculinité. En abordant les préoccupations les plus courantes des hommes, de la peur de l'intimité au malheur amoureux, en passant par l'injonction au travail, à la virilité et à la performance sexuelle, bell hooks donne un aperçu saisissant de ce que pourrait être une masculinité libérée, donc féministe.

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vendredi 29 octobre 2021

Jean-Michel Besnier : Le Sport, trop vite, trop haut, trop fort ?

 Robert Laffont - Octobre 2021


" Avant d'acclamer bientôt sur les stades les prouesses d'exosquelettes, ne conviendrait-il pas de nous réconcilier avec notre imperfection et notre finitude ? Contrairement aux machines, nous sommes des êtres sensibles et fragiles. Et si c'était là précisément notre privilège ? Vouloir rendre parfait l'imparfait ne nous conduit-il pas insidieusement à vouloir nous débarrasser du corps – ce corps qui nous résiste ? Entre Prométhée et Terminator, jusqu'où ira le sport ? "

Jean-Michel Besnier interroge nos désirs de performances et de records, en rencontrant notamment le courant de pensée du post-humanisme. Trop vite, trop haut, trop fort ? La question est sans doute aujourd'hui moins incongrue qu'il n'y paraît.

Philosophe et docteur en sciences politiques, Jean-Michel Besnier est professeur émérite à Sorbonne Université.

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Michel Gaillot : Jean-Luc Nancy, la communité, le sens

 Galilée - Octobre 2021

Par quelque lieu qu’on s’y engage, s’il y a bien « quelque chose » qui insiste dans la pensée de Jean-Luc Nancy – qui en constitue le cœur, irriguant et inquiétant tout le reste de son corpus –, c’est assurément la question de la communauté – sous les divers noms qu’elle peut prendre : « partage », « nous », « comparution », « Mitsein» ou plutôt « Mitdasein», « communication » « être singulier pluriel », « être-en-commun », « avec », « coexistence », « coexposition », « monde », « liberté », « finitude », « espacement originaire » de l’existence, « écotechnie » ou « techné des corps », « toucher », etc.
La question de la communauté implique ou ouvre nécessairement celle du sens, étant entendu que la communauté est immédiatement enveloppée dans celle du sens, ou encore plus précisément qu’elle est immédiatement celle du sens, non pas d’un sens, mais du sens – pour autant qu’« il n’y a de sens, comme le dit Bataille, qu’à plusieurs », ce « pluriel » devant d’abord s’entendre chez Nancy comme l’avoir-lieu ou l’espacement même de l’« avec ».

Philosophe, théoricien de l’art et professeur à l’École d'art de Clermont-Ferrand, Michel Gaillot (décédé en 2020) préparait ce livre sur la pensée de Jean-Luc Nancy. Son épouse Sunčana, son frère Jean-Paul et toute sa famille ont tenu à ce que son travail attentif et minutieux soit édité. Ils en ont établi le texte à partir des manuscrits, avec l’aide de Jean-Luc Nancy.

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Abel Kouvouama : Essai sur Jean-Jacques Rousseau. « Projet de constitution pour la Corse »

PU Pau et Pays de l’Adour - Anthroposocius - Octobre 2021


Des écrits de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, le sens commun ne cite souvent que le Contrat social, alors qu’il y a d’autres écrits souvent méconnus ou peu cités qui concourent à la connaissance la plus complète de ses écrits. Sur les raisons historiques et les conditions socio-politiques d’écriture par Jacques-Jacques Rousseau du Projet de constitution pour la Corse, retenons que c’est en 1764, à la demande de Mathieu Buttafoco, aristocrate Corse et capitaine aide-major au régiment royal italien que le philosophe accepta de rédiger ce Projet; cela, au moment où l’Émile et le Contrat social venaient d’être condamnés. L’ouvrage « Projet de constitution pour la Corse » (1765) est précisément un des lieux d’expression du système de Jean-Jacques Rousseau, accentué d’une vision paradigmatique de la Corse. La construction du système politique idéal que Rousseau y envisage pour la Corse repose sur la recherche d’une forme rationnelle d’organisation sociale qui soit la plus conforme à la nature originelle de l’homme. Il fait de l’égalité un principe fondamentalement démocratique dont la valeur réside dans la compensation des inégalités physiques individuelles par une égalité civile et sociale. Ainsi, à travers le problème de la réunion des individus en un seul corps, Jean-Jacques Rousseau pose clairement dans son Projet, le problème de la nature du contrat tel qu’il le formule dans son ouvrage Du Contrat social. Utopie et/ou prospective politique, cet ouvrage de Jean-Jacques Rousseau conduit à la réflexion dans le chapitre 2 de cet essai de philosophie politique sur les rapports entre l’utopie, le mythe et l’idéologie. Assurément, les œuvres de Jean-Jacques Rousseau participent inévitablement de la modernité politique comme quête permanente du sujet rationnel, du nouveau et de l’inédit.

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Marion Honnoré : Devenir Gilet jaune. Histoire sensible d'une lutte

 Le monde à l'envers - Octobre 2021


« Pendant plus d'un an, je vais vivre entièrement auprès de ceux qu'une semaine auparavant je ne connaissais pas, et qui ne me ressemblent pas.
Je suis de toutes les manifs, de toutes les AG.
Je reconsidère ce que je croyais être mes certitudes politiques.
Je rencontre des amis.
Je me fâche avec d'autres.
J'éprouve de la peur. De la joie.
Je m'interroge sur la violence, celle des manifestants, celle de l'État.
Je rencontre un homme, nous devenons amoureux.
Je deviens Gilet jaune. »

Marion Honnoré, professeure de philosophie et Gilet jaune à Grenoble nous raconte, dans ce récit sensible et littéraire mêlant réflexions philosophiques et politiques, l'intensité de ce mouvement qui l'a profondément transformée.

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Michel Foucault : Phénoménologie et Psychologie. 1953-1954

Seuil/EHESS/Gallimard - Novembre 2021


En octobre 1954, Michel Foucault, alors assistant en psychologie à Lille, écrit à son ami Jean-Paul Aron au sujet d’un texte qu’il est en train de rédiger : « La thèse est passée en deux mois du néant à la 150e page. Je suis moi-même fort surpris de ce livre-champignon : non seulement de sa croissance, qui exige bien des retouches, mais aussi de sa tournure ; il a pris tout de suite l’allure d’une interrogation sur la notion de monde dans la phénoménologie, qui m’a mené à toute une interprétation de Husserl, qu’on dira certainement heideggérienne, mais qui ne l’est pas, je crois. Je me demande en tout cas comment j’ai pu jouer au psychologue pendant plusieurs années. » Le manuscrit édité dans ce volume correspond sans doute à ce projet de thèse que Foucault n’a plus évoqué par la suite.
De ce silence, comme de quelques remarques ultérieures, on a pu déduire que Foucault avait une vision surtout négative de la phénoménologie. Phénoménologie et Psychologie montre pourtant qu’il avait le plus grand respect pour la pensée de Husserl, dont on constatera que le jeune philosophe avait une maîtrise remarquable. Pour lui, la phénoménologie husserlienne permet à la philosophie de se dégager des impasses de la psychologie. Ressaisie dans sa radicalité transcendantale, la phénoménologie ne se concentre plus en effet sur le sujet ou la conscience, mais elle dévoile sa portée proprement ontologique en s’orientant résolument vers le monde. À travers son interprétation de Husserl, Foucault définit donc pour la première fois son propre projet philosophique, liant expérience, sujet, vérité et langage.

Edition : Philippe Sabot

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Eugène Minkowski : Vers une cosmologie (Suivi d’une étude de Renaud Barbaras sur la cosmologie d’Eugène Minkowski)

Les éditions des Compagnons d’humanité - Bibliothèque de l’existence- Octobre 2021


Épuisé depuis de longues années, Vers une cosmologie revoit le jour. Eugène Minkowski, médecin psychiatre et philosophe, nous propose, au fil de 24 fragments, un voyage philosophique pour le moins frappant. Ces textes, datant pourtant de 1936, ne sont pas sans faire écho au présent, tant ils nous plongent au cœur d’une expérience vivante et vitale. Dans une époque où l’humain disparaît et se voit réduit par diverses entreprises, la cosmologie qu’Eugène Minkowski déploie apparait comme un véritable souffle faisant droit à l’immédiateté du contact vital avec la réalité. Nous sommes ainsi conduit, tout au long de cet ouvrage, dans une longue quête qui n’est autre que celle du sens de la vie, et dont le chemin semble conduire vers une cosmologie :
« La science dissèque, oppose, procède par abstractions, généralise. À son contact la vie s’immobilise, file entre ses doigts. La science ne peut concevoir qu’un seul mouvement : le déplacement des corps dans l’espace, et ce mouvement elle le décompose encore en positions successives et le traduit par des courbes, par du statique. De tout ce à quoi elle touche elle fait de l’immobile, de la nature morte.
Pourtant tout autour de nous le monde retentit de mille mélodies, exhale mille parfums, s’anime de mille mouvements qui font tressaillir et palpiter tout notre être, et nous participons à cette vie, si intense, si nuancée, encore qu’impalpable. C’est cette vie, à laquelle nous venons puiser nos forces et notre raison d’être, que nous voudrions aussi connaître, en cherchant à saisir sur le vif, à discerner, à différencier les divers mouvements, les qualités dynamiques dont elle se compose, pour étudier ensuite leurs affinités particulières, les enchaînements auxquels ils donnent lieu. C’est là le but que poursuit la cosmologie. Ayant pour objet les mouvements communs à l’âme humaine et à la nature, (…) elle ne peut qu’animer tout ce à quoi elle touche. Même toute « nature morte » devient vivante à son contact, nous révèle le sens de la vie, de l’homme, du cosmos. » (E. Minkowski)

Suivi d’une étude de Renaud Barbaras sur la cosmologie d’Eugène Minkowski.

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jeudi 28 octobre 2021

Plotin : Traité 30. Sur la nature, la contemplation et l’Un

 Vrin - Octobre 2021 - Bibliothèque des textes philosophiques

Le Traité 30 (III, 8) est consacré à la démonstration de la thèse paradoxale que tous les êtres, y compris ceux qui sont privés de raison et de représentation, contemplent. Il insiste particulièrement sur le fait que la Nature produit le monde sensible, sans action ni réflexion, en demeurant dans une pure contemplation, reflet de celle de l’âme supérieure et ultimement de l’Intellect où être et pensée s’identifient. En revanche, l’âme humaine oscille entre la pure contemplation et sa forme dégradée, la discursivité impliquée dans toutes les productions, actions ou spéculations des hommes, qui pourtant, dans ce détour, ne visent encore qu’à contempler. Ce traité est aussi le premier traité de ce qu’on appelle la « tétralogie antignostique ». Il amorce sous un mode encore souriant, la polémique qui se durcira dans le Traité 33. Le monde sensible vient de la contemplation silencieuse et paisible de la Nature, non de la chute catastrophique de l’éon Sagesse et du façonnage laborieusement réfléchi du démiurge de la Genèse qui contamine l’exégèse gnostique du Timée. Le traité s’achève sur la remontée à l’Un-Bien, pôle transcendant de toute contemplation, à la fois au-delà de l’Intellect et Père de sa Beauté.

Introduction, traduction, commentaire et notes par Bertrand Ham, maître de conférences à l’Université Catholique de l’Ouest d’Angers.

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Nikolai Fiodorov : Philosophie de l'oeuvre commune

Editions des Syrtes - Octobre 2021


La Philosophie de l'oeuvre commune est un corpus monumental qui regroupe l'enseignement du philosophe russe Nikolaï Fiodorov, père du cosmisme russe. Totalement inconnue en France, la pensée utopiste de Fiodorov a irrigué la culture du XXe siècle russe et demeure une référence importante en Russie.
De nombreux écrivains y puiseront leur inspiration: Tolstoï, Dostoïevski, Velimir Khlebnikov, mais aussi des savants comme Tsiolkovski, le père de l'aéronautique soviétique. Les idées de Fiodorov trouveront indirectement leur expression dans des textes de la science-fiction soviétique. Fiodorov combine un imaginaire archaïque (le culte des ancêtres) avec des percées spectaculaires vers le futur et vers des préoccupations qui se révèlent actuelles, notamment l'écologie ou la recherche spatiale.

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Christian Sachse : L'évolution biologique, un trésor de philosophie

 PU Polytechnique - Octobre 2021


Cet ouvrage propose un panorama complet des débats contemporains en philosophie de la biologie. Il consacre une large place à la présentation des principes fondateurs de la théorie de l'évolution et des principaux concepts et lois génétiques, ainsi qu'à l'examen des questions posées par la sélection naturelle comme par la notion de fitness et l'unité de sélection. L'auteur discute en ces pages la définition du vivant et la notion de fonction biologique, et développe notamment une conception causale et mécaniste des processus biologiques dans une perspective réductionniste originale. Clair et didactique, cet ouvrage résume systématiquement l'état actuel des connaissances, présente les différents concepts et positions, propose une évaluation des résultats et montre que les questions ouvertes dépassent largement le seul cadre de la biologie. Il vise ainsi à contribuer au développement d'une philosophie de la biologie nouvelle, en lien étroit avec la philosophie des sciences dans son ensemble.

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Jean-Luc Nancy : Cruor

 Galilée - Novembre 2021


Corpus, paru en 1992, s’achevait sur « l’entre-les-corps ». D’un seul bond, « moi et toi » faisait conclure de l’entre-deux à l’entre-nous sans que ce bond ait été préparé ; il a semblé nécessaire, longtemps après, de rendre compte de l’entre en tant qu’il s’étire d’un corps aux autres en même temps qu’il se tend en chacun comme sa pulsion propre, ce qui le fait corps et qui nous fait corps-à-corps.

« Moi et toi » (la conclusion de Corpus) a passé en trente ans un seuil qui rendait nécessaire de repartir de là plutôt que d’y aboutir. Moi et toi : soi et soi, comment ça se passe ? C’est de là qu’est sortie cette suite du livre.

Jean-Luc Nancy est décédé le 23 août 2021, après avoir mis la dernière touche à ce livre.

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Clarisse Picard : Incarnation, question ancienne, enjeux actuels. Approches philosophiques et théologiques

 Classiques Garnier - Novembre 2021


À la lumière des développements qui ont eu lieu ces vingt dernières années tant en philosophie qu'en théologie, les textes présentés dans cet ouvrage offrent une réflexion renouvelée sur l'incarnation. Penser l'incarnation confronte immédiatement le théologien, comme le philosophe, à un paradoxe lié au mystère même que ce phénomène déploie. Cependant, l'irréductibilité du phénomène au concept qui le recouvre ouvre la voie à une fécondité, tant philosophique que théologique, dont les répercussions anthropologiques et éthiques sont particulièrement d'actualité. Quatre axes de réflexion structurent le présent volume selon une optique pluridisciplinaire, successivement philosophique d'inspiration phénoménologique, éthique, anthropologique, enfin, théologique.

Clarisse Picard, docteur en philosophie et titulaire d'un baccalauréat canonique de théologie (Centre Sèvres), est maître de conférences en philosophie au Centre Sèvres - Facultés jésuites de Paris. Ses recherches portent sur une philosophie de l'enfantement, une philosophie de la naissance, sur le féminin, les femmes et les mères en philosophie.

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mercredi 27 octobre 2021

Élise Domenach (dir.) : L'écran de nos pensées. Stanley Cavell, la philosophie et le cinéma

ENS Lyon - Novembre 2021 - Tohu Bohu


Grande voix de la philosophie américaine du vingtième siècle, Stanley Cavell (1926-2018), héritier de Wittgenstein, s'est attaché sa vie durant à élargir le champ de la philosophie aux arts au service d’une philosophie du « langage ordinaire ». Jeune philosophe, nommé professeur à Harvard, il explora dans un séminaire d’esthétique, vingt ans avant Deleuze, le lien entre philosophie et cinéma.
De Frank Capra à George Cukor, Terrence Malick, Arnaud Desplechin ou les frères Dardenne, un fil court, celui des lectures philosophiques de Stanley Cavell et des films qu’elles ont inspirés. Peu d’œuvres philosophiques ont autant marqué la création cinématographique et le champ des études cinématographiques que celle du philosophe de Harvard.
De son chef-d’œuvre de 1971, La projection du monde, à ses derniers écrits sur le mélodrame, l’autobiographie et la critique, en passant par son livre sur la comédie hollywoodienne des années 1940, cet ouvrage éclaire l’ensemble de sa pensée. Il donne aussi la parole à trois cinéastes qui l’ont connu et qui ont été inspirés par ses écrits : Luc Dardenne, Arnaud Desplechin et Claire Simon.
Il se penche, enfin, sur le lien que Cavell a entretenu avec Terrence Malick à Harvard dans les années 1960, jetant les bases d’une pensée du cinéma qui prend son départ dans notre expérience aussi bien collective qu’intime des films. Cette expérience qui nous unit ou nous rapproche des autres. Et qui nous permet aussi, plongeant en nous-mêmes, de nous éduquer.

Sommaire

Introduction (Élise Domenach)

Partie I. Projections du monde : comment le sens vient aux films
Chapitre 1. Reconnaissance, trahison et domaine photographique de l'expression chez Stanley Cavell (Richard Moran)
Chapitre 2. La « vérité du scepticisme » au cinéma : critères, induction, projection, éducation (Élise Domenach)
Chapitre 3. Les films comme « mystères laïcs ». Sur quelques usages critiques contemporains de La Projection du monde (Jean-Michel Frodon)
Chapitre 4. Les voix off féminines et le silence de Terry. Entretien avec Stanley Cavell (Stanley Cavell et Élise Domenach)

Partie II. À la recherche du bonheur et La Protestation des larmes en conversation
Chapitre 5. Shakespeare, Hollywood et la philosophie américaine. Entretien avec Stanley Cavell (Stanley Cavell et Élise Domenach)
Chapitre 6. Stanley Cavell et Arnaud Desplechin. Éléments d'une conversation (Stanley Cavell, Sandra Laugier et Arnaud Deplechin)
Chapitre 7. Cinéma et pensée sensible (Martine de Gaudemar)
Chapitre 8. « Femmes inconnues » au planning familial. Notes sur Les Bureaux de Dieu (2008) (Claire Simon)
Chapitre 9. La réalité mélodramatique du cinéma et de la littérature : Cavell et Diamond, Coetzee et Hugues (Stephen Mulhall)
Chapitre 10. La voix et l'expression : le mélodrame de la femme inconnue (Sandra Laugier)
Chapitre 11. Le langage sauvé par la musique (Stanley Cavell)

Partie III. Critique, autobiographie et éducation morale avec le cinéma
Chapitre 12. Ordinaire, cinéma et caducité. À propos de « Qu'advient-il des choses à l’écran ? » (Hugo Clément)
Chapitre 13. Notes sur Stanley Cavell et la critique philosophique du cinéma (Andrew Klevan)
Chapitre 14. Entre espoir et mélancolie. La promesse démocratique du cinéma (Paola Marrati)
Chapitre 15. La rencontre d’autrui chez Levinas et chez Gavell. Le silence de l’écoute et de l’asymétrie muette (Luc Dardenne)
Chapitre 16. « Excerpts from memory ». Autobiographie, cinéma et prose philosophique de la double existence chez Stanley Cavell (William Rothman)

Conclusion.
Discours de réception du Doctorat Honoris Causa de l’École Normale Supérieure de Lyon, le 7 mai 2020 (Stanley Cavell)
Bibliographie
Présentation des auteurs
Table des matières
Index

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Bernard Charbonneau et Jacques Ellul : La Nature du combat. Pour une révolution écologique

 L'échappée - Octobre 2021


Figures majeures de l’écologie, Bernard Charbonneau et Jacques Ellul ont édifié une œuvre commune. Leur pensée en dialogue, publiée dans le journal Combat Nature, témoigne de leur vie d’engagements pour la défense de l’homme et de la Terre. Tout en livrant une critique fondamentale du développement exponentiel, ils ouvrent des perspectives pour une nécessaire révolution, car chez eux, la théorie n’est jamais séparée de l’action. Bouleversement de la condition humaine par la technoscience, idéologie du changement perpétuel, course à la puissance militaire et industrielle, artificialisation galopante de notre milieu de vie, massification de la culture, centralisation politique et économique... Face à un prétendu « Progrès » qui menace à la fois la nature et la liberté, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau mettent en cause la civilisation de croissance. Ils nous exhortent à résister au bulldozer du développement, à transformer nos modes d’existence, à préserver la paysannerie et les sociétés locales. C’est à une véritable conversion, dans les principes comme dans les pratiques, que chacun est appelé. À l’heure où l’écologie est largement dévoyée dans sa traduction politicienne, ces penseurs phares continuent de nous guider. Pour ne jamais perdre de vue la nature du combat.

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mardi 26 octobre 2021

Andreas Reckwitz : La société des singularités. Une transformation structurelle de la modernité

 MSH Paris - Octobre 2021


Dans son ouvrage à grand succès, Andreas Reckwitz présente une théorie globale de la modernité où il analyse le changement structurel de la modernité industrielle vers la société des singularités de la modernité tardive. S'appuyant sur de nombreuses études empiriques issues des sciences sociales et culturelles, il examine le processus de singularisation dans l'économie, le monde du travail, la technologie numérique, les modes de vie et la politique du début du XXIe siècle. Il montre à quel point ce processus est étroitement lié à la culturalisation du social, il en révèle les dynamiques contradictoires en présentant les aspects plus sombres de cette société des singularités qui certes produit de grands gagnants, brillants et rayonnants, mais qui génère aussi ses propres inégalités et de grands perdants.

Préface de Chistian Papilloud
Introduction : l'explosion du particulier
I. La modernité entre logiques sociales du général et du particulier
II. L'économie post-industrielle des singularités
III. La singularisation du monde du travail
IV. La numérisation comme singularisation : l'essor de la machine culturelle
V. Le mode de vie singulariste : styles de vie, classes sociales, formes-sujet
VI. Libéralisme différentiel et essentialisme culturel : la transformation du politique
Conclusion : la crise du général ?

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Revue Roland Barthes n°5 : Empire des signes, empire du haïku

Revue Roland Barthes - Octobre 2021


Les découpages académiques, disciplinaires, institutionnels, maintiennent trop souvent séparés des lecteurs qui gagneraient pourtant à se fréquenter. Les barthésiens lisent généralement L’Empire des signes (1970) comme un moment dans l’itinéraire de l’auteur de Mythologies, S/Z ou Fragments d’un discours amoureux, à l’aune de ses conceptions du langage et de la littérature ; les imagologues, spécialistes des discours sur l’Autre, resituent logiquement l’ouvrage dans l’histoire des représentations du Japon ; alors que les japonologues, parfois, ne le feuillettent même pas, ou alors seulement pour se gausser des erreurs qu’il contient. N’y a-t-il pas là autant d’ornières et d’angles morts ? Comment savoir si Barthes est passé complètement à côté du Japon, ou s’il en a eu au contraire une perception subtile et intuitive ? Si son regard sur ce pays est novateur, ou informé par des schèmes de perception anciens ? Comment repérer ses « contresens » même, et leur éventuelle « beauté » ?

L’Empire des signes est pourtant bien le lieu et le produit d’une rencontre – à un certain moment et dans une certaine histoire de l’imaginaire français (et occidental) du Japon – entre un écrivain engagé dans ses logiques propres et un pays bien réel, avec l’ensemble de sa culture et de son histoire. La prise en compte conjointe de ces trois dimensions serait seule susceptible de donner à comprendre les caractéristiques exactes du « Japon de Roland Barthes ». En décrivant précisément les traits du « réel japonais » prélevés et élaborés dans L’Empire des signes, en élucidant mieux les plis de perception produits par l’histoire des fantasmes suscités par l’archipel, en identifiant plus finement les inflexions propres à la sensibilité barthésienne, on devrait pouvoir accéder à une lecture plus « nuancée » (n’était-ce pas une valeur suprême pour Roland Barthes ?) d’un ouvrage qui occupe une place singulière, et éminente, dans l’œuvre de son auteur comme dans l’histoire des représentations du Japon. Chacun n’aurait-il pas à y gagner ?

Il était inconcevable, dans une telle perspective, de ne pas accorder une place éminente au haïku, objet aussi fascinant que difficile à appréhender. Genre important de l’histoire littéraire japonaise, ayant connu de nombreuses transformations, toujours bien vivant aujourd’hui, il a connu en Occident, depuis sa présentation par Basil H. Chamberlain en 1902, une réception particulièrement complexe et productive. Or si le haïku occupe une place centrale dans L’Empire des signes – qu’il s’agisse du nombre des pages et des fragments qui lui sont consacrés, ou du rôle-pivot qui lui est assigné dans l’économie du livre –, si le Haïku a joué en outre un rôle majeur dans l’itinéraire de Barthes : on sait que sa réflexion sur le genre connut un nouveau départ, et une inflexion majeure, dans ses cours au Collège de France en 1978-1979 et 1979-1980, ces épisodes sont des moments de cette longue histoire, dont ils sont étroitement dépendants, mais qu’ils vont aussi largement contribuer à modeler, car la vision barthésienne du haïku a puissamment informé la perception ultérieure du genre, ainsi que sa pratique.

 (Emmanuel Lozerand, dir.) 

Daniel Kahneman, Olivier Sibony, Cass R. Sunstein : Noise. Pourquoi nous faisons des erreurs de jugement et comment les éviter

 Odile Jacob - Octobre 2021


Dès qu’il y a jugement, il y a bruit. Quand deux médecins posent des diagnostics différents pour le même patient, quand deux juges attribuent des peines plus ou moins lourdes pour le même crime, quand deux responsables de ressources humaines prennent des décisions opposées à propos d’un candidat à un poste, nous sommes face au bruit.
Daniel Kahneman, Olivier Sibony et Cass R. Sunstein montrent dans ce livre que le bruit exerce des effets nocifs dans de nombreux domaines : médecine, justice, protection de l’enfance, prévision économique, recrutement, police scientifique, stratégie d’entreprise… Pourtant, le bruit reste méconnu. Il est la face cachée de l’erreur de jugement. Noise nous propose des solutions simples et immédiatement opérationnelles pour réduire le bruit dans nos jugements et prendre de meilleures décisions.

Daniel Kahneman est spécialiste de psychologie cognitive et d’économie comportementale, professeur émérite à Princeton et prix Nobel d’économie. Il est l’auteur de Système 1/Système 2. Les deux vitesses de la pensée.
Olivier Sibony est professeur à HEC Paris et associate fellow de la Saïd Business School (Université d’Oxford), où il enseigne la stratégie et la prise de décision. Il est l’auteur de Vous allez commettre une terrible erreur !
Cass R. Sunstein est professeur de droit à Harvard. Il a également été directeur des affaires réglementaires au sein de l’administration Obama de 2009 à 2012. Il est l’auteur avec Richard Thaler de Nudge. Comment inspirer la bonne décision.

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Guillaume Martin : La société du peloton. Philosophie de l'individu dans le groupe

 Grasset - Octobre 2021


« La bataille au sein du peloton fait rage. Tous les équipiers tâchent de placer leurs leaders dans les meilleures dispositions à l'instant décisif. Ils se sacrifient. L'échappée se détache enfin, elle doit maintenant résister au retour du groupe principal. Malgré leur rivalité, les fugitifs doivent collaborer et harmoniser leurs efforts s'ils veulent conserver leur avance. Il n'y aura qu'un seul vainqueur et pourtant ce dernier ne peut espérer franchir le premier la ligne d’arrivée sans s'appuyer sur le travail des autres. »

Sport individuel pratiqué en équipes, le cyclisme nous renvoie à nos plus profondes contradictions. Comme toute organisation humaine, le peloton est composé de différentes « classes sociales » où la place de chacun est attribuée selon son rôle à jouer : les premiers de cordées (les leaders), les cadres exécutifs (les capitaines de route), les prolétaires (les porteurs d'eau). Cet univers hiérarchisé, avec ses jeux de pouvoir et ses services échangés, où toutes les pulsions sont exacerbées et où il faut pourtant s’entendre, l’auteur le connaît bien puisqu’il le pratique au quotidien. Alors que peut nous apprendre ce microcosme cycliste sur ce qui est en jeu au sein de ce grand peloton que nous appelons la société ? A l’heure où les crises mondiales se multiplient – écologique, sanitaire, idéologique -, ne sommes-nous pas semblables à ce coureur ambigu et récalcitrant qui privilégie son intérêt propre, sans voir que cela nuit à l’ensemble de la communauté ?
« Vélosophe » consacré par ses chroniques au Monde et par son livre Socrate à Vélo, Guillaume Martin nous offre une traversée personnelle des incohérences de notre temps, où le sport sert de modèle pour repenser la société. Et si la voie se trouvait dans le mariage de deux disciplines que tout semble opposer ? Dans une éthique des cimes où la philosophie et le sport se cherchent et se tutoient.

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Vinciane Pirenne-Delforge, Lluis Quintana Murci (dir.) : Civilisations. Questionner l'identité et la diversité

 Odile Jacob - Octobre 2021


Peut-on s’accorder sur une définition de la civilisation et utiliser le terme sans arrière-pensée ? Depuis son émergence dans le vocabulaire de l’Europe occidentale, cette notion a servi d’étendard tant aux idées progressistes des Lumières qu’à des formes d’impérialisme ou à l’expression d’un racisme plus ou moins larvé. Les problématiques qui entourent l’emploi de ce mot, au singulier comme au pluriel, incitent à la prudence en ses usages.

« Civilisation(s) » : concept normatif ou descriptif ? Au service de la diversité humaine ou négation de cette dernière ? Réalité culturelle ou biologique ? Dans cet ouvrage, juristes, historiens, philosophes, sociologues, archéologues, paléontologues, généticiens, médecins et anthropologues entendent tout à la fois apporter des éclairages nouveaux aux questions les plus traditionnelles et contribuer à la réflexion sur quelques grands enjeux contemporains, qu’il s’agisse des politiques migratoires,
de la mondialisation, du droit international, de la génétique
des populations ou encore de la santé.

Vinciane Pirenne-Delforge est professeure au Collège de France, titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique.
Lluís Quintana-Murci est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Génomique humaine et évolution.

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Joëlle Proust : Penser vite ou penser bien ?

 Odile Jacob - Octobre 2021


D’où viennent nos stratégies de pensée ? Pourquoi est-on curieux, pourquoi ne veut-on rien savoir, pourquoi a-t-on l’impression d’avoir raison là où on a tort ? Penser par soi-même suppose de savoir ce que l’on sait ou ne sait pas, de choisir entre les arguments valides et les faux-semblants. Mais comment faisons-nous le tri, dans le feu des urgences ? Spontanément, avant toute réflexion, telle affirmation nous paraît plausible, telle autre indubitable.
Ce livre montre que la décision comporte une part émotionnelle qui dicte ce qu’il faut approfondir ou négliger, qui discerne si nous pouvons nous rappeler un nom, résoudre un problème, gagner une partie d’échecs. Mais elle peut être socialement manipulée : encourager nos réactions spontanées, réduire nos capacités critiques, étouffer celles de nos enfants. Comment résister au déferlement de la pensée impulsive ?
En sachant de quoi elle est faite.
Joëlle Proust expose ici le compromis que l’évolution de la pensée et de la cognition nous pousse à négocier à tout instant entre penser vite et penser bien. Elle propose de nouvelles pistes pour aider chacun à éduquer sa capacité de raisonnement, donner aux enfants l’envie d’apprendre, permettre aux agents collectifs de parvenir aux décisions les plus informées, et comprendre pourquoi la postvérité en séduit plus d’un.

Joëlle Proust est philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS, membre de l’Institut Jean-Nicod et du Conseil scientifique de l’éducation nationale.

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lundi 25 octobre 2021

Thomas Frank : Le Populisme, voilà l'ennemi ! Brève histoire de la haine du peuple et de la peur de la démocratie, des années 1890 à nos jours

 Agone - Octobre 2021 - Contre-feux


Les dénonciations inquiètes du populisme sont monnaie courante depuis longtemps. Mais elles ont tourné à la panique générale lorsque le populisme a été perçu comme l’arme secrète derrière l’improbable candidature présidentielle du milliardaire télégénique Donald Trump. Le populisme passait aussi pour la mystérieuse force expliquant les succès d’audience de Bernie Sanders ou d’autres leaders de gauche. « Populisme » était également le nom du délire collectif qui avait infligé le Brexit au Royaume-Uni. En fait, dès qu’on prenait la peine de regarder, on voyait un peu partout dans le monde les classes dirigeantes se faire étriller par des trublions sans qualification. Les populistes trompaient les gens sur la mondialisation. Les populistes disaient du mal des élites. Les populistes bouleversaient les institutions politiques traditionnelles. Et les démocraties prenaient fin parce qu’elles étaient trop démocratiques. Il était temps pour les élites de se lever contre les masses ignorantes…

Reprenant plus d’un siècle d’histoire du populisme et de l’antipopulisme, Thomas Frank montre ce que cette opposition révèle : la défiance des classes cultivées pour la démocratie dès lors qu’elle ne fait plus barrage à l'expression des intérêts d’un peuple qui ne reste pas à sa place.

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Anne Muxel : L'Autre à distance. Quand une pandémie touche à l'intime

 Odile Jacob - Octobre 2021


Ce que nous avons vécu avec la pandémie de Covid-19 est totalement inédit. La distance liée aux restrictions sanitaires, aux confinements et aux gestes barrières a changé les vies familiales, amicales, amoureuses, sociales, professionnelles de chacun d’entre nous.
Comment avons-nous vécu cette crise ? Comment nous sommes-nous arrangés des directives imposées ? Quelles traces en restera-t-il ?
Ce livre explique les mutations associées à la pandémie en même temps qu’il traque les traces les plus intimes qui affectent nos vies intérieures et nos relations avec les autres.
Apprendre, travailler, être soigné et mourir, aimer et se rencontrer, autant de situations où le virus aura eu raison de nos façons d’être et de faire les plus habituelles.
L’Autre à distance auquel nous a contraints la pandémie changera-t-il durablement notre intimité, nos manières de vivre et, plus largement, nos façons de faire société ?

Anne Muxel est directrice de recherches en sociologie et en science politique au CNRS (CEVIPOF/Sciences Po). Ses travaux dans le champ de la sociologie et de la science politique portent sur la fabrique des identités individuelles et collectives et des formes du lien des individus au système démocratique. Ses recherches éclairent les évolutions sociétales les plus caractéristiques de nos démocraties. Ses travaux ont donné lieu à plusieurs ouvrages, comme Individu et mémoire familiale, Avoir 20 ans en politique, Croire et faire croire.

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Jean-Marie Frey : Méditations esthétiques. Réflexions sur l’art et le beau

 M-Editer - Octobre 2021


Dans le domaine de l’art, il y a ceux qui prétendent libérer les artistes des contraintes de la beauté et il y a ceux qui déplorent la mort du beau. Jean-Marie FREY dénonce la vanité de ces postures. Les uns font la sottise de croire que la beauté n’est qu’un ensemble de normes académiques. Les autres sont aveugles au beau qui habite les œuvres contemporaines les plus radicales. Les Méditations esthétiques, composées de dix moments de réflexion philosophique sur l’art et le beau, remettent les choses à leur place. Non, on ne peut pas penser l’art sans le beau ! Et non, le beau n’a pas disparu puisque son fantôme hante l’art du présent comme il hante nos vies !

Préface de Henri Élie
Prologue
Sommaire
Première Méditation – L’araignée et le tisserand
Méditation Seconde – L’esprit et la main
Méditation Troisième – La machine
Méditation Quatrième – La contemplation et la consommation
Méditation Cinquième – La danse des sorcières
Méditation Sixième – L’artefact et l’œuvre
Méditation Septième – Le génie et le révolutionnaire
Méditation Huitième – Le football est-il un art ?
Méditation Neuvième – La hantise de la beauté
Méditation Dixième – L’art et ses fantômes
Épilogue

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Charles-Gaby Max : Le Terrorisme à l'état gazeux. Essai de critique du Coronavirus

 Obsidiane - Octobre 2021


La thèse du Terrorisme à l’état gazeux est que la crise pandémique est plus que sanitaire : la puissance du coronavirus est aussi la puissance d’une métaphore. Oui, lorsque nous nous représentons cet agent microbien comme un « ennemi invisible et insaisissable » (discours d’Emmanuel Macron du 16 mars 2020), nous commettons une métaphore, c’est-à-dire un mensonge littéraire ; mais il est rare que les mensonges de ce genre ne murmurent pas une vérité. Notre civilisation produit des virus mutagènes et des barbares vaccinés : c’est dire qu’elle n’a au fond plus d’autre ennemi qu’elle-même. Certes elle se fortifie dans l’adversité, tout fléau la provoque à de nouvelles mutations et fait le jeu, en fin de compte, de sa propre stratégie. Nous n’avons certes pas à craindre pour elle, mais pour nous-mêmes. Nous avons à craindre le sort toujours moins respirable que fera aux individus la logique toujours plus implacable de son fonctionnement.

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