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lundi 10 janvier 2022

Sophie Lesueur : Non-philosophie du sujet politique. Une généalogie du pouvoir

 L'Harmattan - Janvier 2021


La philosophie occidentale se définit comme pensée du réel. Inlassablement, en son autorité, elle proclame non seulement savoir ce qu'il est, mais aussi comment il doit évoluer et être transformé. Ce geste philosophique de décision et de prétention sur le réel, qui s'étend sur l'être humain, génère immanquablement quelque chose de l'ordre du pouvoir : l'Homme a besoin d'être gouverné, tel est le présupposé fondamental de la philosophie, qui fait du sujet philosophique, par essence, un sujet politique, mais aussi un objet dans un mélange qui le prive de la reconnaissance de son Identité réelle. Ainsi, ce geste est-il de même à l'origine d'un mécanisme d'assujettissement qui produit ses effets tant que la pensée n'est pas libérée en amont de ce positionnement. L'enjeu est majeur : il s'agit de s'ouvrir à une réelle et radicale inaliénabilité permettant à l'humain de s'affranchir des rets qui l'enserrent, dans un monde toujours plus complexe et plus oppressif.

Sophie Lesueur est docteure en philosophie et diplômée en sciences politiques. Non-philosophie du sujet politique est sa thèse de doctorat.

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lundi 27 décembre 2021

Yorgos Dimitriadis, Olivier Douville, Elise Pestre (dir.) : Trajets et sites d'exil. Psychanalyse et politique

 Editions Langage - Décembre 2021


L’échec de l’Europe à dessiner et défendre des perspectives humanistes la rend fragile à résister aux hérissements xénophobes. La tentation du repli est vive dans la compacité majoritaire et elle se double inévitablement de mouvements psychiques de méconnaissance, d’un « je n’en sais rien vouloir » qui banalise l’abject. Les hommes, les femmes et les enfants réfugiés extrêmement vulnérables finissent le plus souvent par être absorbés dans des non-lieux, au mieux sont-ils transitoirement dans des foyers. Pour certaines et certains leur existence essoufflée et erratique peut trouver une direction, un sens et un abri en raison de la responsabilité politique, éthique et technique dont font alors preuves des juristes, des éducateurs et des soignants qui tentent de trouver et de faire tenir des solutions d’insertion.

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jeudi 16 décembre 2021

Claire Oger : Faire référence. La construction de l’autorité dans le discours des institutions

Editions de l'EHESS  - Décembre 2021


Comment les discours d’autorité parviennent-ils à faire référence et à s’imposer ? Du tribun charismatique à l’auteur anonyme des actes administratifs, quelles sont les figures du locuteur qui s’en dégagent ? Si l’autorité a fait l’objet de nombreux travaux en sciences humaines et sociales, peu d’entre eux se sont attachés à son versant proprement discursif. En examinant ce qui relie l’autorité à la crédibilité de l’énonciation, cet ouvrage explore les ressources qui donnent sa force à la parole légitime.

De l’Antiquité à l’époque contemporaine, les outils et les concepts abondent pour analyser l’efficacité et les pouvoirs du discours. En les confrontant dans une approche interdisciplinaire, Claire Oger montre que l’étude des figures de chefs ou celle des positions de domination ne suffisent pas à les caractériser. On ne peut pas non plus les saisir sans dissocier l’autorité de l’autoritarisme, la confiance de l’obéissance, ou sans distinguer les différentes formes de l’argumentation d’autorité.

Une frontière est ainsi tracée entre la part nécessaire ou acceptable de l’autorité dans le discours des institutions et les possibles dérives vers l’abus de pouvoir, la brutalité ou la violence. Bien qu’elle suppose une hiérarchie entre les paroles, l’autorité ne contredit pas le principe d’égalité; elle doit, en démocratie, s’efforcer de rendre des comptes et d’acquérir la reconnaissance de sa légitimité.

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vendredi 19 novembre 2021

Etienne Balibar, Antonio Negri, Mario Tronti : Le Démon de la politique

 Amsterdam - Novembre 2021


En France, Mario Tronti est avant tout connu comme l’auteur d’Ouvriers et Capital. Désormais considéré comme un classique du marxisme international, ce livre a en effet produit une « révolution copernicienne » en faisant de la classe ouvrière et des luttes de classes le moteur du développement du capitalisme, et inauguré l’un des courants de pensée les plus originaux de l’après-guerre, l’opéraïsme italien. Le Démon de la politique est le premier ouvrage en français à proposer une introduction au parcours intellectuel de Tronti, à explorer les multiples facettes de la trajectoire théorique et militante de ce penseur pour qui le xxe siècle inaugure le « crépuscule » de la politique.

Conversation avec les philosophes Étienne Balibar et Antonio Negri, cet ouvrage nous invite à une méditation passionnée sur le destin et la vocation que représentent la politique pour celles et ceux qui, comme l’écrit Max Weber, sont possédés par son démon. Les interventions de ces trois figures majeures de la pensée critique contemporaine y dessinent une réflexion passionnante sur la nature de la politique et son avenir incertain.

Étienne Balibar, philosophe, est professeur émérite à l’université de Paris-X-Nanterre et professeur à l’université de Californie à Irvine. Le premier volume de ses Écrits, intitulé Histoire interminable. D'un siècle à l'autre, a paru aux Éditions La Découverte en 2020.
Antonio Negri, philosophe, est une figure majeure de la théo­rie poli­ti­que contem­po­rai­ne. Il a été un acteur déci­sif du mou­ve­ment auto­nome ita­lien. Il a écrit de nombreux ouvrages, parmi lesquels L'Anomalie sauvage. Puissance et pouvoir chez Spinoza (Amsterdam, 2006).
Mario Tronti, phi­lo­so­phe et homme poli­ti­que ita­lien, est avec Antonio Negri un des fon­da­teurs de l’opé­raïsme. Il a animé les revues Quaderni Rossi et Classe Operaia.

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dimanche 7 novembre 2021

Raisons politiques 2021/3 (N° 83) : Le revenu universel : une proposition radicale ?

 Presses de Science-po - Novembre 2021


Page 5 à 15 : Mathilde Duclos, Laudine Grapperon, Victor Mardellat et Télémaque Masson-Récipon - Le revenu universel : une proposition radicale ? | Page 17 à 29 : Pierre-Étienne Vandamme - Trois modèles de revenu de base | Page 31 à 44 : Mathilde Duclos - Pour des politiques sociales radicales, penser l'allocation universelle en féministe | Page 45 à 73 : Laudine Grapperon - Adapter l’utopie au réel ? | Page 75 à 91 : Guillaume Allègre - Un revenu de base mondial répondrait-il aux objections faites à un revenu de base national ? | Page 93 à 104 : Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght - Le revenu de base inconditionnel : raisonnablement radical, radicalement raisonnable | Page 105 à 120 : Julien Vincent - Hobbes écosophe | Page 121 à 137 : Étienne Dignat - L’intérêt des vivants contre l'honneur des morts ? Retenir les corpsennemis à des fins de négociation | Page 139 à 150 : Gérard Bras - Redéfinir « populisme ».

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vendredi 29 octobre 2021

Marion Honnoré : Devenir Gilet jaune. Histoire sensible d'une lutte

 Le monde à l'envers - Octobre 2021


« Pendant plus d'un an, je vais vivre entièrement auprès de ceux qu'une semaine auparavant je ne connaissais pas, et qui ne me ressemblent pas.
Je suis de toutes les manifs, de toutes les AG.
Je reconsidère ce que je croyais être mes certitudes politiques.
Je rencontre des amis.
Je me fâche avec d'autres.
J'éprouve de la peur. De la joie.
Je m'interroge sur la violence, celle des manifestants, celle de l'État.
Je rencontre un homme, nous devenons amoureux.
Je deviens Gilet jaune. »

Marion Honnoré, professeure de philosophie et Gilet jaune à Grenoble nous raconte, dans ce récit sensible et littéraire mêlant réflexions philosophiques et politiques, l'intensité de ce mouvement qui l'a profondément transformée.

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lundi 18 octobre 2021

Byung-Chul Han : Thanatocapitalisme. Essais et entretien

PUF - Octobre 2021

Ce que nous nommons la croissance aujourd'hui est en fait une excroissance, une prolifération qui détruit l'organisme social. D'une vitalité inexplicable et mortelle, ces excès métastasent et prolifèrent à l'infini. Arrivée à un certain stade, la production devient destructrice. Le capitalisme a depuis longtemps dépassé ce point critique. Ses pouvoirs destructeurs produisent non seulement des catastrophes écologiques ou sociales, mais aussi des catastrophes mentales. Les effets dévastateurs du capitalisme suggèrent l'influence d'une pulsion de mort. Sigmund Freud n'a initialement introduit le concept de pulsion de mort qu'après bien des hésitations. Il avoua immédiatement après qu'il « ne pouvait pas penser autrement » car ce concept avait acquis un grand pouvoir sur lui. Penser le capitalisme aujourd'hui ne peut se faire sans l'acceptation de cette pulsion. Traduction de l'allemand par Olivier Mannoni

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jeudi 7 octobre 2021

Céline Spector : No démos ? Souveraineté et démocratie à l'épreuve de l'Europe

 Seuil - Octobre 2021 - L'ordre philosophique


L'Union européenne engendre-t-elle un déni de démocratie ? En prônant le retour à l'Europe des nations, les adversaires de la technocratie bruxelloise dénoncent la confiscation du pouvoir populaire. Leur argumentaire est rôdé : dans le huis-clos des réunions entre dirigeants, dans l'opacité feutrée de cénacles qui semblent n'avoir de comptes à rendre à personne sinon aux lobbies et aux thinks tanks, la légitimité démocratique s'exténue.
Ce livre montre pourtant que le souverainisme, qui confine la politique à l'État-nation, est une illusion philosophique et une erreur pratique. Les principes de la démocratie moderne (peuple, citoyenneté, volonté générale) ne sont pas niés par le projet européen, ils peuvent y trouver l'occasion d'un approfondissement. Pour combattre l'impasse souverainiste, l'Union européenne doit faire de la solidarité sa nouvelle finalité et mettre en œuvre un fédéralisme social, fiscal et environnemental. Ancré dans la théorie de la république fédérative issue de Montesquieu et des fédéralistes américains, son régime pourra alors conjuguer fédération démocratique et souveraineté du peuple.

Céline Spector est professeur de philosophie politique à Sorbonne Université.

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lundi 13 septembre 2021

Renaud Garcia : Le Désert de la critique. Déconstruction et politique (nouvelle édition)

 L'échappée - Septembre 2021


Déconstruire... D’un concept plutôt ésotérique, les gauches "radicales" ont fait un programme systématique consistant à suspecter un rapport de domination sous chaque idée ou comportement. Les théories de la déconstruction, aujourd’hui portées par la culture "woke", créent un climat de suspicion et d’intimidation inédit. Elles prospèrent sur le désert humain de la tyrannie des identités. En dépit de leurs prétentions "émancipatrices" ou "critiques", elles restent aveugles au fait majeur de notre temps : le tournant totalitaire du capitalisme technologique.

Renaud Garcia enseigne la philosophie au lycée et s’efforce d’appliquer le principe du refus de parvenir. Ses recherches portent sur l’anarchisme, la critique sociale et la décroissance. Il a publié à L’échappée Le Sens des limites (2018) et La Collapsologie ou l’Écologie mutilée (2020).

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dimanche 12 septembre 2021

Erica Chenoweth et Maria J. Stephan : Pouvoir de la non-violence. Pourquoi la résistance civile est efficace

Calmann-Lévy - Avril 2021


Croire que seule la violence peut combattre efficacement un pouvoir qui refuse d’entendre son peuple est une erreur aussi grave que répandue. En réalité, la non-violence est une arme bien plus efficace contre la tyrannie.

Erica Chenoweth et Maria J. Stephan, spécialistes américaines de politique internationale, ont observé plus de trois cent vingt insurrections au cours du XXe siècle, notamment en Iran (1979), en Palestine (1992), aux Philippines (1986) et en Birmanie (1990). Leur conclusion est sans appel : quels que soient leurs objectifs et le type de pouvoir qu’elles affrontent, les insurrections non violentes
parviennent à leurs fins trois fois sur quatre, contre une fois seulement pour les violentes. En outre, les mouvements de résistance civile offrent une bien meilleure garantie d’un avenir démocratique.

Pouvoir de la non-violence est devenu un ouvrage de référence plusieurs fois primé qui dénonce l’inefficacité des soulèvements violents dans le monde.

L’édition française est précédée d’une préface inédite de Jacques Semelin, directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po Paris, spécialiste français des questions de résistance civile.

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samedi 11 septembre 2021

Pierre Rosanvallon : Les Épreuves de la vie. Comprendre autrement les Français

 Seuil - Août 2021


La vraie vie des Français n'est pas dans les théories générales ou les moyennes statistiques. Les principaux mouvements sociaux des dernières années, des manifestations sur les retraites aux Gilets jaunes ou au phénomène #MeToo, n'ont guère été éclairés par l'étude des structures globales de la société. Les nouvelles géographies des fractures politiques et l'instauration d'un climat de défiance ont certes été bien documentées. Mais la nature des attentes, des colères et des peurs dont elles dérivent n'a pas encore été déchiffrée.
Cet essai propose des outils pour ouvrir et décrypter cette boîte noire. Il se fonde pour cela sur une analyse des épreuves auxquelles les Français se trouvent le plus communément confrontés au quotidien. C'est en partant notamment des expériences vécues du mépris, de l'injustice, des discriminations et de l'incertitude que l'on peut comprendre autrement la société. Les émotions qui les accompagnent expliquent en effet au premier chef les comportements des femmes et des hommes d'aujourd'hui : ceux-ci ne se déterminent dorénavant plus en fonction de leurs seuls intérêts " objectifs ". Une autre manière de réagir aux événements et de produire du commun se fait donc ainsi jour.
Cette approche permet d'appréhender de façon originale la désaffection contemporaine pour la politique existante et indique la direction d'un véritable projet d'émancipation. Les Épreuves de la vie ouvre de cette façon une nouvelle étape du travail de l'auteur consacré à la redéfinition de la question sociale et aux conditions de l'approfondissement de la vie démocratique.
Parce qu'un essai vaut autant par le constat dressé que par les renouvellements esquissés, le texte de Pierre Rosanvallon est discuté et prolongé par quatre " rebonds et explorations " d'Aurélie Adler, Nicolas Duvoux, Emmanuel Fureix et Gloria Origgi, dans une démarche d'intelligence collective.

Professeur au Collège de France. De L'Âge de l'autogestion (1976) au Siècle des populisme (2019), Pierre Rosanvallon est l'auteur de nombreux ouvrages qui occupent une place majeure dans la théorie politique contemporaine et la réflexion sur la démocratie et la question sociale.

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lundi 23 août 2021

Manuela Albertone et Michel Troper (dir.) : La Représentation politique. Anthologie

 Classiques Garnier - Août 2021


Les débats contemporains sur la crise de la démocratie représentative souffrent de l'imprécision des concepts, à commencer par celui de représentation politique. Les concepts se définissent par l'usage qu'on en fait. On a donc réuni dans une anthologie un ensemble de textes d'époques et de pays divers, qui reflètent différentes controverses. Plutôt qu'une entreprise normative pour ou contre telle ou telle théorie de la représentation, il s'agit d'une présentation des contextes de ces controverses. L'ouvrage se compose de vingt-sept contributions relevant de disciplines différentes, organisées en trois niveaux : un texte historique, un commentaire exprimant une position critique ou opposée, et un commentaire des deux premiers par chacun des contributeurs.

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mercredi 11 août 2021

Christian Ruby : Introduction aux philosophies de la politique

 La découverte - Juillet 2021


Cette introduction aux philosophies de la politique analyse les réponses aux grandes questions qui sont posées aux corps politiques, et qui sont abordées l'une après l'autre dans chacun des chapitres : Quelle unité de la cité ? Quelle place pour le religieux ? Faut-il fonder l'État sur une nature humaine ? Comment lier politique et histoire ? Tout est-il politique ?
Les réponses mettent l'accent sur les clivages, les tensions entre les philosophies. Bien qu'elles soient apparues à des époques et dans des contextes différents, elles continuent à éclairer les interrogations majeures du monde contemporain.

Christian Ruby est philosophe, chargé de cours à l'ESADTALM (Tours). Il est membre de l'ADHC (Association pour le développement de l'histoire culturelle), de l'ATEP (Association tunisienne d'esthétique et de poïétique), du collectif Entre‑Deux (Nantes) ainsi que de l'Observatoire de la liberté de création, du CA du FRAC Centre Val-de-Loire et de la commission Recherches du ministère de la Culture.

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Mathias Delori : Ce que vaut une vie. Théorie de la violence libérale

Editions Amsterdam/Multitudes - Avril 2021


Le constat est connu : l’« anti-terrorisme » guerrier est bien plus meurtrier que le mal qu’il entend combattre. Plus, il est désormais établi que les moyens qu’il met en œuvre – notamment les bombardements aériens et la torture, dont la pratique est pourtant dénoncée officiellement par les États-mêmes qui en font usage – contribuent à nourrir la violence « terroriste ». Comment alors comprendre l’apathie qui mine les sociétés occidentales à ce sujet ? Pour répondre à cette question, il faut appréhender comment les violences commises par les professionnels de la guerre de l’espace euro-atlantique sont naturalisées, autrement dit, comment l’opposition socialement construite entre des violences légitimes et d’autres illégitimes est constitutive de « cadres de guerre » qui justifient l’action des militaires en l’institutionnalisant. Mathias Delori montre que l'établissement de tels cadres passe par la constitution des populations entières en purs objets de discours : les « dégâts collatéraux » n’ont en effet pas droit à la parole. Livrant une enquête magistrale sur les opérations de racialisation et de déshumanisation qui sous-tendent les violences commises par les sociétés libérales au nom de la défense de la « vie bonne », il met au jour la manière dont ces dernières, derrière un cosmopolitisme de façade, hiérarchisent incessamment la valeur des vies humaines.

Mathias Delori est politiste et historien. Il est chargé de recherche CNRS au Centre Emile Durkheim de Sciences Po Bordeaux.

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Geoffroy de Lagasnerie : La conscience politique (réed. poche)

 Pluriel - Septembre 2021


« La naissance du sujet politique est un moment de pure imposition. Lorsque nous venons au monde, nous sommes jetés sur un territoire : l’État nous envoie des papiers que nous n’avons pas demandés et nous dit : tu m’appartiens. L’expérience politique n’est pas celle de la constitution et du consentement. C’est celle de la capture et de la soumission à la volonté de l’autre. Le sujet politique ne saurait dès lors être perçu comme un sujet qui contracterait ou qui délibèrerait. C’est d’abord un territoire occupé à qui la Loi vient de l’extérieur. »

La théorie politique ne cesse d’ordinaire de penser à travers des abstractions : le contrat social, la citoyenneté, la souveraineté populaire, la volonté générale… Mais comment la réalité apparaît-elle sitôt que l’on rompt avec ces fictions ? Geoffroy de Lagasnerie répond en déployant une approche qu’il appelle « réductionniste », qui le conduit à faire vaciller les oppositions classiques entre démocratie et colonie, force légitime et violence illégitime, État de droit et arbitraire…

Philosophe et sociologue, Geoffroy de Lagasnerie est notamment l’auteur de Juger (Pluriel, 2018) et Sortir de notre impuissance politique (Fayard, 2020).

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lundi 9 août 2021

André Bellon et Jean-Pierre Crépin : Pour la souveraineté du peuple. Nous sommes tous des constituants

 L'Harmattan - Mai 2021


Y a-t-il encore un peuple français ? Y a-t-il encore des citoyens ? Poser la question est déjà une réponse aux angoisses du moment historique que nous vivons. C'est surtout une révolte contre l'oppression qui s'est développée depuis maintenant 40 ans. Tout a été fait pour nous nier : en tant qu'êtres politiques, mais encore pis en tant qu'êtres pensants. Nous sommes entourés d'objurgations. Certes, beaucoup résultent de questions réelles et nouvelles, économiques, climatiques et maintenant sanitaires. Mais comment accepter qu'elles soient l'alibi de notre aliénation, que le pouvoir décide que nous sommes incapables d'en débattre, de proposer des solutions ? Retrouver le peuple français ? Il est des moments où l'Histoire hésite. On appelle cela des tournants historiques. Et qu'on ne dise pas qu'on ne peut rien faire seul. Ce discours ne sert qu'à faire accepter les aliénations générales. On est seul quand on ne veut pas assumer ses responsabilités. L'Histoire prouve qu'on n'est jamais seul quand on tient un discours universel.

André Bellon est polytechnicien, ancien député socialiste et Président de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, a rompu avec le PS en 1993. Il a fondé l'Association pour une Constituante. Jean-Pierre Crépin est un économiste très indépendant, lanceur d'alerte en 2005. Très actif dans le mouvement des Gilets jaunes, il continue d'écrire via son blog Nécronomie.

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Aude Déruelle et Corinne Legoy (dir.) : Les mots du politique. 1815-1848

 Classiques Garnier - Juillet 2021


Dans le prolongement des travaux sur l'invention d'une langue politique nouvelle sous la Révolution française, ce volume étudie la guerre des mots qui en dérive tout au long du premier XIXe siècle, où se poursuivent les combats lexicaux et conceptuels nés dans l'effervescence révolutionnaire. Qu'ils soient revendiqués par les libéraux, les républicains, les démocrates ou les premiers socialistes ; qu'ils soient combattus par les nostalgiques de l'Ancien Régime, ultras ou traditionalistes, partout, en effet, demeurent les mots de la Révolution : dans la presse, les paroles ouvrières, les discours du pouvoir, chez les théoriciens ou les hommes de lettres. Au fil des mots, se livrent ainsi toutes les tensions politiques du temps.

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samedi 17 juillet 2021

Emmanuel Picavet : La Revendication des droits. Une étude de l'équilibre des raisons dans le libéralisme

 Classiques Garnier - Juillet 2021


Cet ouvrage propose un réexamen des fondements du libéralisme contemporain remis en question par la revendication des droits. En effet, les incertitudes qui entourent le libéralisme et son évolution témoignent de conflits de valeurs profonds. Emmanuel Picavet analyse ces différents antagonismes. L'originalité de cet essai est de proposer un angle d'étude pluridisciplinaire en recourant aux ressources de la sociologie, du droit et de l'économie. En outre, il ne s'intéresse pas seulement aux interactions sociales mais aussi aux institutions.

Spécialiste de philosophie pratique moderne et contemporaine, Emmanuel Picavet se consacre à l'étude de la théorie des normes éthiques et de l'épistémologie des sciences politiques et sociales. Il a notamment publié Choix rationnel et vie publique. Il étudie également l'éthique institutionnelle et les processus de mise en oeuvre du dialogue face à des risques collectifs. Il coordonne la Revue de philosophie économique.

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lundi 28 juin 2021

Raisons politiques 2021/2 (N° 82) : Politique du tirage au sort

 Presses de Science Po - Juin 2021


Les assemblées tirées au sort se sont multipliées à travers le monde à partir des années 2000, dans un contexte de défiance envers les acteurs traditionnels du champ politique. Ces dispositifs sont souvent défendus au nom de leur caractère participatif ou délibératif, voire de l'impartialité ou de la représentativité qu'ils garantiraient. Ils sont parfois aussi dits favoriser l'émergence d'un consensus que les clivages partisans ou les conflits d'intérêt empêchent d'ordinaire. Les assemblées tirées au sort donnent pourtant lieu à des formes de conflits inédites, et se font l'écho d'oppositions profondes, comme l'a montré notamment la Convention citoyenne pour le climat en France (2019-2021). C'est à cette nouvelle "politique du tirage au sort" qu'est consacré ce dossier, au croisement de la théorie politique normative et des sciences sociales.

Page 5 à 11 : Lionel Cordier, Marie Montagnon et Théophile Pénigaud - Politique du tirage au sort | Page 13 à 31 : Dimitri Courant - Les démocraties du tirage au sort | Page 33 à 54 : Nabila Abbas et Yves Sintomer - Les trois imaginaires contemporains du tirage au sort en politique : démocratie délibérative, démocratie antipolitique ou démocratie radicale ? | Page 55 à 71 : Théophile Pénigaud - Intérêts particuliers et bien commun dans les assemblées citoyennes | Page 73 à 89 : Nadia Urbinati et Maud Harivel - Tirage au sort et dépolitisation : 20e et 21e siècles | Page 91 à 105 : Lionel Cordier - Échapper à la conflictualité ? Le tirage au sort comme outil de management et d’union nationale | Page 107 à 124 : Pierre-Étienne Vandamme - Tirage au sort et conscience des injustices | Page 125 à 139 : Martha Nussbaum, Daniel Steinmetz-Jenkins et Nina Tousch - Les ambiguïtés du cosmopolitisme : entretien avec Martha Nussbaum | Page 141 à 157 : Éric Rouby - Vers une distinction conceptuelle entre « ennemi » et « adversaire » en démocratie | Page 159 à 166 : Sébastien Roman - « Un Machiavel démocrate pour sauver notre démocratie ».

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Le Télémaque 2021/1 (N° 59) : La Commune de Paris ou la démopédie insurgée

 PU de Caen - Juin 2021


Page 7 à 16 : Alma Bolόn - “Éducation intégrale” : Commune et Banque mondiale. L’intégration aux lettres et l’intégration au marché | Page 17 à 24 : Didier Moreau - L’humanité et ses fantômes | Page 25 à 44 : Louis Janover - Démopédie | Page 45 à 54 : Patrice Vermeren - Présentation | Page 55 à 57 : Horacio González, Senda Sferco et Odile Girondo - La colonne Vendôme et le sacrifice des symboles | Page 59 à 72 : Patrice Vermeren - La barbarie lettrée, la république universelle et l’éducation intégrale | Page 73 à 83 : Michèle Cohen-Halimi - L’État et la révolution : Arnould versus Lénine | Page 85 à 94 : Jordi Riba - Les effets de l’événement communal dans l’apprentissage du politique chez Jean-Marie Guyau | Page 95 à 112 : Stéphane Douailler - République, liberté et roman du Nouveau Monde dans la radicalité publiciste de Melvil-Bloncourt | Page 113 à 124 : David Labreure et Annie Petit - Les positivistes et la Commune de Paris | Page 125 à 136 : Mariam Shengelia - Les femmes et la révolution : une lecture de la Commune de Paris | Page 137 à 145 : Paul Groussac et Anne Maurel - Louise Michel. — Anarchistes et ouvriers [1883] | Page 147 à 159 : Julien Pasteur - L’éducation sentimentale du peuple. Flaubert et la naissance du lyrisme démocratique | Page 161 à 176 : Yassine Zouari - L’humanisme à l’œuvre dans la pensée pédagogique arabe classique (IXe-XIIe siècles) | Page 177 à 180 : Louise Ferté - Jean-François Dupeyron, À l’école de la Commune de Paris. L’histoire d’une autre école, Dijon, Éditions Raison et Passions, 2020, 306 p. | Page 181 à 184 : Jean-François Dupeyron - Xavier Riondet, L’expérience Vrocho à Nice. Controverses et résistances du quotidien au cœur de l’évolution des normes, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2019, 260 p..

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