mardi 14 avril 2026

Bertrand Quentin : Philosophie de la vieillesse

 Kimé - Avril 2026


Entre le cliché d’une vieillesse qui serait le pire à venir et celui d’une jeunesse qui serait le meilleur déjà vécu, la complexité de l’existence nous ouvre à bien d’autres questions que seule une philosophie définie comme polythéisme méthodologique peut explorer de manière nouvelle et iconoclaste : « La vieillesse existe-t-elle vraiment? », « À quoi sert un vieux? ». Bertrand Quentin se sert de cette méthode bien à lui pour regarder avec discernement notre vieillesse et ses épouvantails comme l’Alzheimer, la sexualité ou la dépendance, et toutes les au- tres conceptions biologisantes et statistiques dont la prétendue objectivité est fort discutable. Car elles laissent dans l’ombre la réflexion philosophique à mener à la lumière des grands auteurs et des références scientifiques précises: psychologues (Hillman), sociologues (Caradec, Rigaux), philosophes (Platon, Aristote, Cicéron, Montaigne, Hegel, Beauvoir) etc. Au fil des pages, chaque penseur est analysé avec clarté dans la profon- deur de son époque et vient ajouter une facette nouvelle à no- tre réflexion. Il s’avère en définitive que la manière dont nous voyons la vieillesse, dont nous la produisons, révèle qui nous sommes et ce que nous devenons.

Bertrand Quentin est agrégé et docteur en philosophie. Maître de conférences HDR à l’université Gustave Eiffel (Marne-la-Vallée). Il est responsable du Master 1 de philosophie, parcours « éthique mé- dicale et hospitalière appliquée ». Il a publié des ouvrages dans le domaine éthique, récompensés par plusieurs prix.

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Daniel Horowitz : La fidélité au réel. Mémoire, vérité et responsabilité morale

FYP éditions - Avril 2026


Dans une époque prompte à recouvrir les faits de rhétorique morale, à substituer aux réalités des récits plus confortables, Daniel Horowitz choisit une autre voie : celle de la fidélité au réel. Né dans la communauté juive ashkénaze d'Anvers, autodidacte, polyglotte, mélomane, il a conduit une longue carrière professionnelle avant d'émigrer en Israël. La fidélité au réel est le fruit d'une réflexion forgée tout au long d'une vie, au croisement de l'histoire juive, de la culture européenne et de la morale contemporaine.
Il l'écrit avec l'urgence de celui qui sait que le temps n'attend pas. Ce livre n'est pas un réquisitoire. C'est une exigence. Une exigence de regard, de mémoire, de transmission. Il traverse les points les plus sensibles de notre temps : l'antisémitisme sous de nouveaux visages, la faillite morale d'une partie des élites occidentales, la solitude d'Israël face au monde, le délitement culturel et spirituel de l'Occident.
Mais Horowitz ne traite pas ces questions comme des sujets séparés — il les relie, parce qu'elles disent au fond une seule et même vérité : lorsqu'une civilisation s'installe dans le mensonge, elle commence à se défaire. Pour éclairer sa réflexion, il convoque une galerie de penseurs d'une rare richesse : Maïmonide, Spinoza, Marcel Proust, Albert Camus, Georges Steiner, Georges Bensoussan... Autant de témoins d'une exigence commune : la mémoire fidèle au réel est toujours vulnérable, toujours dérangeante.
Elle refuse les absolutions commodes, contredit les récits établis, oblige à regarder en face ce que l'on préférerait taire. La mémoire n'est pas un refuge. C'est une responsabilité. Et c'est peut-être là, face à la barbarie, que tout se joue : dans cette fidélité obstinée au réel qui conduit, lucidement, à choisir la vie.

Daniel Horowitz est essayiste et enseignant en philosophie morale. Il développe depuis vingt ans une réflexion originale sur la vérité, la responsabilité et le rapport au réel. Sa prose claire et précise s’inscrit dans la tradition française de la pensée critique.

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Nacéra Benseddik (dir.) : Saint Augustin. Identité africaine et ouverture à l’universel

 Cerf - Mars 2026


Qui était vraiment saint Augustin ? Dans quelle Afrique sa pensée a-t-elle pris forme ?
Trop souvent rapporté à l’Europe latine et occidentale, Augustin fut un ls de l’Afrique du Nord, façonné par une terre chrétienne d’une grande ferveur et d’une richesse intellectuelle unique.
Avant Milan et l’illustre conversion, il y eut Thagaste, Carthage, Hippone : les véritables berceaux de son génie.
Historiens et théologiens, algériens et français, croisent ici leurs regards pour mettre en lumière l’influence décisive de cette Afrique chrétienne sur l’itinéraire spirituel et théologique d’Augustin. Mgr Henri Tessier (†) montre ainsi comment le futur docteur de l’Église découvrit très tôt, sur sa terre natale, la portée universelle des grandes questions humaines et philosophiques.
D’autres contributions suivent pas à pas le chemin d’Augustin, de son enfance à Thagaste jusqu’à Hippone, et soulignent ainsi l’actualité brûlante de son message spirituel.
Se dessine ici un visage inattendu d’Augustin, enraciné et ouvert au monde, qui nous rappelle avec force que le message chrétien déborde les frontières, traverse les cultures et irrigue les nations.
Un portrait puissant qui restitue à Augustin sa terre, sa force et sa dimension universelle.

Historienne de l’Antiquité, épigraphiste et archéologue, docteur d’État en histoire ancienne (Paris 4-Sorbonne, 1995), Nacéra Benseddik a été chargée de recherche à la Direction des musées t de l’archéologie au ministère de l’Information et de la Culture Algérie), professeur à l’École des beaux-arts d’Alger, puis rofesseur à l’École supérieure de conservation et de restauration.

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François Bégaudeau : Du mépris

 Cause perdue - Avril 2026


Nous trouvons tous méprisables certains actes, gestes, attitudes, manœuvres. Et dans le même temps nous détestons tous le mépris. C’est dans cette contradiction, dans cette brèche que "Du mépris" s’engouffre. S’il y a du méprisable il faut des méprisants pour l’émettre. S’il y a du méprisable, il y a des circonstances où le mépris est honorable. Mais quelles circonstances ? À quel propos honorer le mépris ? Au départ l’auteur n’en a qu’une très vague idée. Il se lance dans ce texte les mains vides, chichement outillé d’une intuition ténue mais tenace. Cette affaire de mépris, il ne la sent pas ; comme on ne sent pas un nouveau collègue ou le mec d’une amie. Le mot mépris est douteux, douteux d’être cuisiné à toutes les sauces. D’être dégainé à tout propos, à table comme au lit, sur Twitter comme sur écoute, l’accusation de mépris devient suspecte. Comme souvent les grands mots, mépris cache quelque chose. Sous le couvert du mépris autre chose se joue. Sous le couvert du mépris de classe, dont chacun accuse tous, autre chose se joue. Comme autre chose se joue sous le couvert du mépris culturel, dont pléthore de plaintifs se disent l’objet. De paragraphe en paragraphe, d’anecdotes personnelles en choses vues, le texte complique le fléchage du mépris, et parfois l’inverse. Les coutumières et confortables polarités se brouillent. Qui méprise qui ? est une question à poser à nouveaux frais. Qui méprise le plus les gens, de Dany Boon qui proclame respecter le public populaire ou du critique atterré par l’indigence de ses productions ? Qui insulte le plus l’intelligence des gens ? L’adjectif populaire n’est il pas d’une condescendance achevée ? Chemin faisant, texte écrivant, il apparaît que celui qui crie au mépris documente avant tout le mépris qu’il se voue. Il apparaît, par suite, que le mépris, qui par définition fonctionne de haut en bas, est la meilleure parade du bas contre le haut. Le meilleur mur à bâtir contre les assauts des nantis. Ils nous méprisent ? Méprisons leur mépris. Mieux que la colère, qui souvent n’ébranle que soi, beaucoup mieux que la haine qui souvent est haine de soi, le mépris devient l’affect porteur de toute politique d’autonomie.

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lundi 13 avril 2026

Grzegorz Sienkiewicz : En quête de la rédemption scientifique. Les principes comtiens de la religion face aux problèmes d'épistémologie

Academic Press Fribourg - Avril 2026


Cet ouvrage retrace l'examen de la problématique de l'apparition de la religion, telle que le souhaitait Auguste Comte en ayant dégagé ce qui lui conférait son caractère positif, ainsi que l'explication des conditions nécessaires à cette positivité. Cela a eu pour conséquence que la démarche méthodologique de Comte entreprise dès le début de sa quête philosophique n'a pas su se défaire de la tutelle de sa première intuition proclamée déjà en 1817 : « Tout est relatif, voilà le seul principe absolu ». Bien entendu, cette constatation n'était que le résultat d'une longue observation des sciences et de leurs conditions pour des données de fait qui s'imposent du dehors à l'esprit qui les examine sans que ce dernier puisse tirer de lui-même, en une expression abstraite, les règles auxquelles doit obéir toute connaissance. Comte avait rejeté radicalement toute forme de connaissance due à la contemplation de l'esprit en vue de découvrir les lois fondamentales du savoir humain. Pour lui, une telle psychologie de l'observation intérieure ne pouvait qu'entraver la vraie connaissance des phénomènes extérieurs dont les sciences étaient les seules manifestations véritablement appréhensibles par l'intelligence. Il en va de même pour l'ensemble des connaissances religieuses, ici systématiquement soumises aux exigences de la critique épistémologique.

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Ludovic Chevalier, Yvan Lamonde, Martin Provencher (dir.) : Explorations en philosophie québécoise

 PU de Laval - Avril 2026


Le présent ouvrage porte sur la philosophie québécoise et est issu d’une journée d’étude qui s’est tenue au cégep de Rosemont le 3 juin 2023 sur le thème « L’expérience philosophique au Québec ». Cette journée fut organisée dans le cadre du projet de recherche subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines intitulé « Analyse de textes philosophiques québécois assistée par ordinateur », dirigé par le regretté Jean-Guy Meunier de l’Université du Québec à Montréal.

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Gaetano Lettieri : De la lettre à l’Esprit. Dialectiques herméneutiques entre ontologie et grâce de Paul à Augustin

 Vrin - Avril 2026


Les systèmes théologiques proto-chrétiens et patristiques les plus profonds – ceux de Ptolémée le gnostique, d’Origène, de Grégoire de Nysse et d’Augustin – constituent autant d’herméneutiques mystico-spéculatives de l’opposition paulinienne entre la littera occidens et le Spiritus vivificans, laquelle subit de profondes métamorphoses. À travers celles-ci, l’annonce judéo-chrétienne de l’apocalypse de la grâce se trouve contaminée par la pensée grecque de l’être, tout en s’en écartant : il en résulte plusieurs configurations d’une ontologie eschatologico-messianique ambiguë. Ce livre a pour objectif de documenter, en une approche historico-critique, les métamorphoses de la dialectique littera/Spiritus chez ces quatre auteurs pour montrer que dans ce processus, le Christ devient la puissance apocalyptique du transfert polymorphe de la lettre religieuse à l’Esprit.

Gaetano Lettieri est professeur d’histoire du christianisme et des Églises et vice-recteur chargé des politiques culturelles à l’Université La Sapienza de Rome. Il est membre de l’Accademia Nazionale dei Lincei.Texte traduit par M. van G

Traduction de Van Geertruijden Martine,Rendina Gabriele,Brandodoro Niccolò

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Philippe Foray : Le concept de Bildung dans la pensée allemande classique. Herder, Schiller, Goethe, Humboldt

 Vrin - Avril 2026


Réunis dans le petit périmètre du duché de Weimar au tournant du XIXe siècle, Johann von Herder, Friedrich Schiller, Johann von Goethe et Wilhelm von Humboldt placent tous les quatre l’idée de Bildung au cœur de leurs œuvres. Par ce terme de Bildung qui est, selon le mot de Mendelssohn, un « nouveau venu » dans la langue allemande, on entend ici le processus par lequel, passant de l’enfance à l’âge adulte, l’être humain se forme intellectuellement, socialement et moralement.
Soulignant les liens entre la Bildung et l’histoire individuelle et collective, la place de la nature, celle de l’expérience et celles des institutions éducatives, l’ouvrage montre de quelles différentes manières ces auteurs ont conçu ce que Hans Georg Gadamer a appelé « un nouvel idéal d’une formation (Bildung) de l’être humain ».

Philippe Foray, est Professeur à l’Université Jean Monnet à Saint-Etienne, et membre de l’« Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités » (IHRIM, CNRS, UMR 5317).

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Candi K. Cann : Augmented. Life and death as a cyborg

The MIT Press - Mars 2026


A provocative rethinking of the intersection of death, technology, and disability, for a better life.

We are all cyborgs, relying on technology—whether it’s Alexa, a pacemaker, or a titanium knee—for our quotidian existence. In our deep connection to a technological world, from robots to augmented and virtual realities, metaverses, and gaming, Candi Cann sees an opportunity, and good reason, to question our ideas about accessibility and inclusion. In augmented, she asks us to reconsider traditional notions of biology and death.
Having relied on hearing aids from the age of four, Cann uses her experience to challenge readers to reconsider their assumptions about technologies and their role in life—and death. She also focuses on what it means that most of us are living longer with the intervention of medical technologies, and how a better understanding of our relationship to technology will grant us greater control as we age. Drawing on her life experience in Asia, the author explains how cultural and religious views of machines and artificial intelligence vary globally—in particular, how a Western fear of machines contrasts with an animistic worldview that can see machines as conduits of care for others, embedding spiritual possibilities.

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dimanche 12 avril 2026

Gaston Bachelard : L'air et les songes

 Corti - Avril 2026


« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n’avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n’est pas une chute, car nous avons la certitude de l’élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l’élasticité. Il a aussi l’impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)

Gaston Bachelard (1884-1962) est un écrivain, professeur et philosophe français. Issu d’une famille d’artisans cordonniers, il devient, vers sa vingtième année, employé aux Postes et Télégraphes de Remiremont. Il enseigne ensuite la physique et la chimie mais entre-temps, il passe coup sur coup, en autodidacte et frisant la quarantaine, sa licence et son agrégation de philosophie. Cinq ans plus tard (1927), il est docteur ès-lettres. Chargé de cours, puis professeur de philosophie à la faculté des Lettres de Dijon, il devient en 1940 professeur à la Sorbonne.

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Guillaume Chevillon : Algorithmes queers. Perturber les technologies, imaginer nos futurs

 B42 - Avril 2026


À la croisée de la théorie queer et de la conception algorithmique se niche le potentiel d’une intelligence artificielle fluide, non-linéaire et nourrie des potentialités de l’erreur. Afin de démontrer les capacités présentes et potentielles de ces « algorithmes queers », Guillaume Chevillon convoque une multiplicité de sources allant des sciences sociales à l’économie, en passant par les études queer et l’art contemporain. Dans ce texte radicalement prospectif, l’auteur explore comment les algorithmes et les outils d’analyse de données peuvent esquisser des chemins alternatifs pour les technologies à venir en prenant en compte la diversité des expériences cognitives et physiques propres aux êtres humains. Au cœur de cet essai figure l’importance cruciale de l’acceptation de l’erreur comme moteur potentiel des outils de prédiction. Alors que les algorithmes fondés sur des principes déterministes, normatifs ou binaires ne sont pas suffisamment robustes pour atteindre leurs objectifs de modélisation et de prédiction, cet économiste spécialiste de l’IA préconise une approche systémique, nourrie des théories queers, pour repenser les algorithmes et interagir avec eux. Algorithmes queers en appelle à un effort collaboratif pour développer nos capacités d’action et repenser notre rapport à la technologie, afin de permettre à cette dernière de mieux refléter la complexité des identités humaines, mais aussi d’éviter les dérives et les prises de pouvoir par quelques un·es, et enfin dessiner nos propres chemins.

Guillaume Chevillon est chercheur en économie et science des données, professeur à l’ESSEC, titulaire de la Chaire sur la Culture, les arts et technologies créatives et directeur de l’Institut Metalab pour l’IA, les données et la société. Spécialiste de l’économétrie et des méthodes de prévision, il travaille sur les phénomènes dynamiques en économie et les interactions entre apprentissage automatique et comportements humains. Il collabore régulièrement avec des artistes et développe une approche transdisciplinaire pour penser les enjeux technologiques contemporains.

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Adrián Ratto : Voltaire, Rousseau et Diderot. Philosopher au siècle des Lumières

 Glénat - Avril 2026


Voltaire est l’un des plus grands penseurs des Lumières. Son œuvre témoigne de son combat engagé pour la tolérance et la liberté de pensée. Très critique à l’égard de l’injustice sociale et des privilèges de son époque, il inspira indéniablement les théoriciens de la Révolution française.
Rousseau rejette l’idée selon laquelle le progrès améliore les conditions de vie des hommes bons par nature et finalement corrompus par la société. Sur ces bases, il développa sa pensée politique et sociale nourrie par les principes de liberté, d’égalité et de souveraineté populaire.
Diderot, quant à lui, combat l’ignorance, l’intolérance, le fanatisme religieux et la tyrannie tout en promouvant la connaissance, habité par la conviction qu’elle conduit l’homme au bonheur. C’est sur ces prémisses qu’il édifia son œuvre la plus éminente : l’Encyclopédie.
Voltaire, Rousseau et Diderot représentent parfaitement l’esprit bouillonnant du siècle des Lumières.

Adrián Ratto est titulaire d’un doctorat de la Faculté de philosophie et lettres de l’Université de Buenos Aires. Depuis 2013, il y enseigne et consacre ses travaux à la philosophie de l’histoire ainsi qu’au matérialisme au XVIII? siècle. Chercheur au sein du Conseil national de recherches scientifiques et techniques, il développe également des recherches sur la philosophie des Lumières.

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Alice Casagrande : Apprendre des victimes. Pour une société de la réparation

 Payot - Avril 2026


Et si les victimes pouvaient nous apprendre beaucoup sur le fonctionnement de notre société ? Et si elles pouvaient contribuer à réparer nos maux communs ? Et si, en leur accordant un statut d'expertes, la société contribuait aussi à se réparer elle-même ?
Le pari d'Alice Casagrande est celui d'une société de la réparation, tant pour les victimes dans leur vécu traumatique que pour la société dans ses violences systémiques.

Alice Casagrande dirige l'Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis. Elle a été membre de la Ciase, secrétaire générale de la Ciivise et présidente de la commission nationale de lutte contre les maltraitances.

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Michel Terestchenko : Voir le monde autrement. La cécité expliquée aux voyants ou à ceux qui se croient tels

 La découverte - Avril 2026


La société des voyants ignore tout de la vie des personnes déficientes visuelles et des capacités dont elles disposent, pour autant qu'elles auront été correctement accompagnées.
Sans nier la réalité de l'épreuve, diverse selon que la cécité est survenue à la naissance ou plus tard dans l'existence, cet ouvrage s'efforce d'appréhender et de restituer les expériences des aveugles, telles qu'elles se donnent à éprouver dans l'attention accrue au monde et aux autres que suscite le déploiement des sens auditif, tactile et olfactif. Cette intensification des sens, engendrant un surcroît de présence au monde, est la principale leçon que les vies dans la cécité sont susceptibles d'apporter aux clairvoyants, alors que la vue est, par excellence, le sens de la distraction et de l'indifférence.
Bien des aspects peu connus, et souvent vertigineux, sont examinés : l'intermittence des choses qui apparaissent ou disparaissent selon qu'elles sont perçues ou non, l'expérience de la beauté acoustique du monde, les conséquences troublantes de la relation aux autres lorsque disparaît le visage et qu'il est impossible d'en décoder les signes, les pouvoirs révélateurs de la voix alors que la notion d'apparence a perdu tout sens, et d'autres choses encore, qui sont autant de nature philosophique et psychologique qu'éthique et politique.

Michel Terestchenko est maître de conférences émérite de l'université de Reims. Spécialiste de philosophie morale et politique, il a notamment publié Un si fragile vernis d'humanité. Banalité du mal, banalité du bien (La Découverte/poche, 2007), Du bon usage de la torture, ou comment les démocraties justifient l'injustifiable (La Découverte, 2008), Ce bien qui fait mal à l'âme. La littérature comme expérience morale (Don Quichotte, 2018) et Les Scrupules de Machiavel (JC Lattès, 2020).

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Clément Rosset : La Force majeure (rééd.)

 Minuit - Mars 2026


La joie est, par définition, illogique et irrationnelle. La langue courante en dit là-dessus plus long qu’on ne pense lorsqu’elle parle de “joie folle” ou déclare de quelqu’un qu’il est “fou de joie”. Il n’est effectivement de joie que folle ; tout homme joyeux est à sa manière un déraisonnant.
Mais c’est justement en cela que la joie constitue la force majeure, la seule disposition d’esprit capable de concilier l’exercice de la vie avec la connaissance de la vérité. Car la vérité penche du côté de l’insignifiance et de la mort, comme l’enseignait Nietzsche et l’enseigne aujourd’hui Cioran. En l’absence de toute raison crédible de vivre il n’y a que la joie qui tienne, précisément parce que celle-ci se passe de toute raison.

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samedi 11 avril 2026

Danny Trom : Norbert Elias, une politique de la sociologie

Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales - Avril 2026


Pourquoi revenir à Norbert Elias, alors que son œuvre est désormais canonisée et que le sociologue allemand est inscrit au panthéon des sciences sociales, aux côtés d’Émile Durkheim, de Max Weber, de Talcott Parsons ou de Pierre Bourdieu ? Parce que cette reprise s’impose aujourd’hui comme une nécessité. Celle-ci tient, simultanément, à l’état de la discussion académique actuelle au sein des sciences sociales et à l’état des sociétés politiques dans lesquelles nous vivons. Les deux sont, pour Norbert Elias, inextricablement liés. Ce volume est consacré à l’explicitation de ce nouage auquel sa sociologie apporte une contribution inégalée. Celle-ci ne s’éclaire que si l’on consent à admettre que Norbert Elias effectue le geste sociologique, dans son intégralité, tel qu’il a été conçu et forgé par les fondateurs de la discipline. Et ce geste suppose de replonger les outils conceptuels de la sociologie dans le cadre ample de ce qu’Elias nomme le problème général de l’évolution historique. Trop souvent parcellisée, parfois malmenée, son œuvre nous offre pourtant des ressources indispensables pour fonder le travail sociologique dans l’objectivité des mécanismes qui travaillent nos sociétés modernes et dans la normativité sociale sous-jacente à l’activité qu’elle génère en s’imposant tel un espace de contraintes et d’opportunités. C’est alors que la sociologie de Norbert Elias se fait politique, science des dynamiques socio-politiques et levier d’émancipation, indissociablement.

Sommaire

Présentation

Temporalité historique
Norbert Elias. L’expulsion des Huguenots de France
Danny Trom. À propos de : Elias, « L’expulsion des Huguenots de France ». Retour sur la politique de la sociologie éliasienne
Dominique Linhardt Les égarements de l’histoire. À propos de la violence des modernes

Sociologie des modernes
Norbert Elias. Sur la sociogenèse de la sociologie
Jean-Philippe Heurtin. À propos de : Elias, « Sur la sociogenèse de la sociologie ». La sociogenèse de la sociologie et la démocratisation fonctionnelle des sociétés européennes
Bruno Karsenti. Pour une sociologie comparée des processus de nationalisation. Perspectives éliasiennes

Conflits politiques
Théo Leschevin. Au pied du mur. La réflexivité entravée des protestants et catholiques de Belfast quant à leurs interdépendances
Aleksandr Lutsenko. Une société de cour en Russie ? Les élites économiques et le mécanisme de pouvoir dans la Russie contemporaine
Michael Dunning. Saisir ensemble psychogenèse et sociogenèse. Le cas des attentats du 7 juillet 2005

Conduites
Florence Delmotte. dentité(s), identification, habitus. Une approche sociologique, historique et politique
Pierre-Henri Castel. Informalisation et vie psychique : un programme de recherche éliasien. La « crise du moi » chez les psychanalystes et les moralistes critiques de la modernité récente, et l’invention de la catégorie d’états-limites
Mischa J.T.Dekker. Sensibiliser sans moraliser ? Informalisation et individualisation des démarches éducatives sur le harcèlement de rue aux Pays-Bas

Trajectoires
Cyril Lemieux. « Les arbres nous cachent la forêt ». L’évolutionnisme méthodologique de Norbert Elias
Anne Lafont. L’Afrique, pierre d’achoppement de la théorie des processus de civilisation ?


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Alexandre Charrier : Le soi à la lumière des émotions

 ENS éditions - Avril 2026


À partir d'une lecture originale du Traité de la nature humaine de David Hume, cet ouvrage propose de renouveler la manière dont la notion de soi est appréhendée en philosophie, tout en l’élargissant à d’autres disciplines des sciences humaines ou cognitives. Il ne s’agit plus alors de chercher à déterminer ce qu’est le soi, quelles sont ses caractéristiques et si une telle chose existe, mais plutôt de penser cette notion comme une simple représentation qui découle, avant tout, de notre vie émotionnelle.D’où vient l’idée que nous avons de nous-mêmes ? Comment la représentation de soi ― et, plus précisément, d’un soi continu et identique à lui-même à travers le temps ― advient-elle à la conscience ? Par quels ressorts psychologiques y consentons-nous ?Cet ouvrage présente de façon inédite toute l’étendue des discussions relatives à la question du soi encore peu connues du lectorat français. Par la thèse sentimentaliste qu’il défend, il ambitionne de faire un pas de côté par rapport aux questions qui dominent les débats contemporains sur le soi.

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Thierry Laspalles : Pierre Bourdieu. Socioportrait

 L'Harmattan - Avril 2026


Ce portrait social de Pierre Bourdieu suit la genèse de son parcours personnel, dans les champs successifs, familial, scolaire, universitaire et scientifique. Il débute dans le milieu rural de la province du Béarn ; se poursuit à Paris, dans la quête d’une éclatante réussite intellectuelle ; puis, bifurque scientifiquement, dans l’Algérie meurtrie de la guerre d’indépendance ; enfin, se voit couronné des plus hautes consécrations académiques, nationales et internationales. Un parcours au total structuré par ce que le sociologue nomme son habitus clivé : mi-orthodoxe, mi-hérétique, source de fréquentes, autant qu’injustes parfois, tensions polémiques, mais aussi, d’une réelle modération, sinon pratique, du moins théorique.

Thierry Laspalles, agrégé de lettres modernes, professeur honoraire de classes préparatoires au lycée Saint-Sernin de Toulouse, est l’auteur, notamment, d’un portrait biographique de Nietzsche (Le Chameau, le lion et l’enfant, 2018) et d’un essai littéraire sur Kafka (Poétique de l’angoisse, 2019), tous deux publiés aux éditions L’Harmattan.

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Séverine Auffret : Mélanippe la philosophe

 Des femmes - Avril 2026


Mélanippe la philosophe est le titre d’une pièce du dramaturge Euripide dont il ne subsiste aujourd’hui que quelques fragments. La philosophe contemporaine Séverine Auffret s’est particulièrement intéressée à cette œuvre méconnue en ce qu’elle est la trace d’une pensée philosophique portée par des femmes dès les temps anciens et totalement refoulée par l’histoire de la philosophie. Cet essai passionnant ne fait pas seulement œuvre de réhabilitation d’une figure invisibilisée mais interroge les rapports que la philosophie entretient avec les femmes. Dans cet essai publié initialement en 1988, Séverine Auffret adopte une triple approche pour en explorer les enjeux : une réflexion philosophique, une archéologie du texte avec traduction des fragments qui ont subsisté de la pièce d’Euridipe, suivi d’un prolongement par la fiction poétique ouvrant sur un imaginaire de ce qu’a pu être la « préhistoire de la philosophie ». Articulant les origines anciennes et notre époque contemporaine, Séverine Auffret propose là un essai d’une grande profondeur afin de ressusciter une voix perdue, de lui restituer sa manière de penser, et d’ouvrir un espace de réflexion sur le féminin, le mythe, le langage philosophique, l’histoire de la pensée d’hier à aujourd’hui. Mélanippe la philosophe est un des coups de cœur 2024 des bibliothécaires de la ville de Paris.

Agrégée de philosophie et essayiste, Séverine Auffret a enseigné en lycée de 1968 à 2002. Poursuivant parallèlement des recherches philosophiques et littéraires, elle est l'autrice d'une dizaine de livres dont plusieurs publiés aux éditions des femmes-Antoinette Fouque : « Des couteaux contre des femmes » en 1982, premier essai sur l'excision préfacé par Benoîte Groult, « Nous Clytemnestre » en 1984 et « Mélanippe la philosophe » en 1988. Membre fondatrice de l'université populaire de Caen au côté de Michel Onfray en 2002, elle a dirigé et animé pendant 5 ans, au sein de cette université, un séminaire sur l'écriture d'une autre histoire des idées féministes. Elle a obtenu, en 2018, le prix Simone Veil « Coup de cœur du Jury » pour son livre « Une histoire du féminisme de l'Antiquité grecque à nos jours » (éditions de l'Observatoire). Par ailleurs, elle a entrepris de faire éditer l'œuvre de la philosophe française Gabrielle Suchon (1632-1703) dont « Traité de la morale et de la politique ¿ De la liberté, 1693 » aux éditions des femmes-Antoinette Fouque.

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Cités 2026, n°105 : Race, racisme, racialisme

 PUF - Avril 2026


Le centenaire de la naissance de Michel Foucault est l’occasion d’un bilan critique et prospectif sur l’œuvre sans doute la plus commentée et mobilisée du xxe siècle, dans la philosophie et les sciences sociales. Une œuvre d’autant plus difficilement saisissable que le corpus posthume n’a cessé d’augmenter, suscitant un renouvellement continu des lectures. C’est indissociablement le statut de la pratique intellectuelle de Foucault qui requiert aujourd’hui un bilan collectif. Philosophe ? Historien ? Dans un entretien de 1975, Foucault récusait toutes ces étiquettes : « Je suis un artificier. Je fabrique quelque chose qui sert finalement à un siège, à une guerre, à une destruction. Je ne suis pas pour la destruction, mais je suis pour qu’on puisse passer, pour qu’on puisse avancer, pour qu’on puisse faire tomber les murs. » Ainsi Foucault n’a-t-il cessé d’avertir que son œuvre ne devait pas susciter l’exégèse, mais servir de « boîte à outils » et d’instrument de luttes. Cette image a beaucoup contribué à la fécondité durable de ses « usages », tant dans les sciences sociales que dans l’activisme militant, mais aussi à des appropriations qu’on peut juger souvent arbitraires ou projectives. De surcroît, la gloire de Foucault tient à ce qu’il a souvent été érigé en prophète de notre temps : biopolitique, société de surveillance, capital humain, néolibéralisme, etc. Elle tient également, sur le versant négatif, aux accusations répétées d’avoir nourri le relativisme, le différentialisme ou encore les « politiques de l’identité ». L’objectif de ce dossier est de faire le point sur ces questions, et de réfléchir avec (et parfois contre) Foucault sur ces questions.

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Bruno Méniel, Christine Lombez (dir.) : Sens et contresens du Moyen Âge au XXIè siècle

 Classiques Garnier - Avril 2026


Les notions de sens et de contresens renvoient aux incertitudes de toute démarche d'interprétation. L'idée qu'un contresens puisse être créateur ou « productif » amène à s'interroger sur l'acte herméneutique qui dépasse la compréhension du sens dénoté et, plus largement, sur les processus de lecture, d'analyse, de traduction de textes littéraires, philosophiques, scientifiques, juridiques. Quels sont les mécanismes qui conduisent au contresens ? Celui-ci est-il toujours évitable, toujours involontaire, toujours infécond ? Et si le grand lecteur était celui qui se rendait capable de prendre un texte dans tous les sens simultanément ? Il a été possible de mener l'enquête en couvrant une grande diversité d'époques et d'aires culturelles.

Bruno Méniel, professeur de littérature de la Renaissance à Nantes Université, travaille sur les rapports que la littérature entretient avec des savoirs comme la philologie et le droit. Il a, par exemple, étudié dans cette perspective Rabelais, Montaigne et Du Fail.
Christine Lombez, professeur de littérature comparée à Nantes Université et membre honoraire de l'IUF est spécialiste des rapports entre la poésie et la traduction, notamment en temps de guerre. Elle dirige actuellement le programme ERC TranslAtWar (https://translatwar-erc.eu/) sur la traduction littéraire en Europe durant la seconde guerre mondiale.

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vendredi 10 avril 2026

Bertrand Geay, Jérôme Camus, Pierre Clément, Pierig Humeau (dir.) : La Reproduction au 21e siècle. Actualité de la sociologie de Bourdieu et Passeron

Editions du Croquant - Avril 2026


L’égalité des chances, la méritocratie et la mobilité sociale sont au coeur de l’idéal républicain : dans une République sociale, le statut des individus ne devrait dépendre ni de la naissance ni de l’héritage. Or, force est de constater que les mécanismes qui s’opposent à cette promesse et assurent la reproduction des positions sociales d’une génération à l’autre semblent plus puissants et plus agissants que jamais. C’est précisément à la déconstruction de ces mécanismes que ce livre entend contribuer en revenant sur les apports et l’actualité d’un ouvrage fondateur pour la sociologie en général et la sociologie de l’éducation en particulier : la reproduction de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Publié six ans après Les Héritiers et deux ans après le vaste mouvement de révolte de 1968, il constitue l’un des ouvrages les plus marquants et les plus cités de ces auteurs. Il est en effet venu couronner tout un ensemble de recherches sur l’éducation et la culture et a été à l’origine de nombreux travaux ― venant en discuter les thèses ou en exploiter la portée empirique ― tout en constituant l’un des ouvrages les plus en phase avec certaines des avant-gardes politiques de cette période. En un sens, le livre a été victime de son succès. Sans toujours être lu et cité à bon escient, il est devenu une sorte de point de repère commode, convoqué à l’appui de tous les projets de dépassement d’une sociologie jugée trop déterministe. Ne cherchant ni à rendre hommage ni à régler des comptes, les autrices et auteurs réunis ici revisitent et actualisent, à partir de leurs propres travaux, les analyses de Bourdieu et Passeron pour proposer un panorama inédit sur la reproduction sociale à l’école et par l’école dans la France du 21e siècle. Réunissant les contributions d’une trentaine d’autrices et auteurs, français et étrangers, ce livre collectif s’organise en cinq parties. La première revient sur la genèse de La reproduction ainsi que sur sa réception et sa diffusion à l’étranger. La seconde prend à bras le corps la question des stratégies de reproduction des différentes classes sociales en mettant l'accent sur la place qu'y occupe l’école. La troisième propose quant à elle sur une sociologie politique des savoirs scolaires en rattachant, là encore, leurs transformations aux intérêts et aux stratégies de différents groupes sociaux. La quatrième partie réexamine alors cette question centrale de la sociologie de l’éducation à savoir les relations entre les pratiques pédagogiques et la re-production (ou la réduction) des inégalités. Enfin, la cinquième partie met au jour les mécanismes de sélection et de ségrégation à l’oeuvre dans le système d’enseignement contemporain.

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Caterina Zanfi : Philosophie de la vie. De Schopenhauer à Bergson

 PUF - Avril 2026


Plongeant ses racines dans la philosophie allemande du XIXe siècle et plus particulièrement chez Schopenhauer et Nietzsche, le courant de la philosophie de la vie émerge au tournant du XXe siècle. Les rapides transformations et bouleversements que connaît l’Europe à cette période questionnent les philosophes et entraînent un changement de paradigme. Pour Simmel et Bergson, la vie ne doit plus être une notion parmi les autres mais le concept central des recherches philosophiques. Replaçant la vie et son expérience immédiate au centre de la réflexion, ces auteurs apportent un éclairage sur le temps, la société, la morale. Tout aussi inspirante qu’à sa naissance, la philosophie de la vie apporte encore aujourd’hui une clef de lecture de nos sociétés et de leurs enjeux.

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