dimanche 14 juin 2026

Christophe Fourel, Sandra Hoibian (dir.) : Le care à l'ouvrage. Prendre en charge les vulnérabilités

 PU de Rennes - Juin 2026


Comment le concept de vulnérabilité a-t-il modifié les politiques sanitaires et sociales depuis trente ans ? Remplaçant progressivement les termes d’exclusion ou de précarité, cette notion universelle – nous sommes tous vulnérables – permet de repenser l’action publique sans stigmatisation. Le livre explore les racines philosophiques du concept, notamment à travers les théories du care qui reconnaissent notre dépendance mutuelle et questionnent les inégalités de genre dans les activités de soin. Face au vieillissement démographique par exemple (35 % de plus de 60 ans attendus en 2070), la vulnérabilité devient un outil stratégique pour anticiper plutôt que réparer. Mais le maniement de la notion de vulnérabilité et ses formes de prise en charge n’est pas dénué d’ambiguïté si elle n’est pas ancrée dans des réalités pratiques. L’ouvrage examine alors des pratiques concrètes – soins palliatifs, accompagnement d’étudiants en détresse, innovations comme le « logement d’abord » – pour révéler les défis quotidiens des professionnels du social. Il interroge nos solidarités contemporaines et propose des pistes pour une société plus attentive aux fragilités de chacun, tout en évitant l’écueil de la responsabilisation individuelle excessive.

Sandra Hoibian, docteure en sociologie, directrice générale du Crédoc. Elle est l’autrice de La mosaïque française. Comment (re)faire société aujourd’hui. Flammarion, octobre 2024.
Christophe Fourel, économiste de formation, spécialiste des politiques d’action social, anime la Mission Analyse Stratégique de la Direction générale de la cohésion sociale. Il est l’auteur (avec Jean-Luc Volatier) de Combattre la précarité alimentaire (éditions Les Petits Matins, 2026).

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Gaëtan Gatian de Clérambault : Le sensible et le cruel. La passion érotique des étoffes chez la femme

Etérotopia - Juin 2026


Dans ce texte, Clérambault nous offre une analyse lucide de certaines « perversions » féminines qui se distinguent nettement du sadomasochisme et du fétichisme masculins. La « froide passion » des femmes pour les tissus et surtout pour la soie, témoigne de l'apparition de ce que Clérambault définit comme l'automatisme primitif, c'est-à-dire l'affirmation d'instances qui dissolvent le moi incapable de les contrôler, la voix d'un désir qui ne se rapporte pas à l'autre mais se complète en lui-même. L’automatisme mental L’automatisme mental, tel que l’a défini Gaëtan Gatian de Clérambault, désigne une irruption silencieuse et tyrannique du psychisme en dehors de toute maîtrise du sujet. Ce ne sont plus les pensées qui naissent de l’âme, mais des pensées qui s’imposent à elle , ce ne sont plus les actes qui procèdent de la volonté, mais des mouvements qui se produisent comme d’eux-mêmes. Le sujet ne pense plus : il est pensé. Enfin, l’automatisme atteint l’action elle-même. Les gestes s’accomplissent sans intention, les actes se produisent sans décision. Le sujet n’agit plus : il est agi. Sa propre corporéité devient le théâtre d’une puissance anonyme. La passion érotique des étoffes chez les femmes Dans la passion érotique des étoffes, telle que l’a décrite Gaëtan Gatian de Clérambault, le tissu cesse d’être un simple objet pour devenir un foyer d’excitation autonome, détaché de toute finalité sexuelle ordinaire. La matière, par sa texture, son plissé, sa souplesse ou son éclat, acquiert une puissance affective propre, immédiate, irréductible à la représentation de l’autre. Il ne s’agit pas d’un goût, ni même d’une préférence, mais d’une véritable passion, au sens clinique du terme: un état où le sujet se trouve saisi, captif, gouverné par un mécanisme qui s’impose à lui. Le contact de l’étoffe, son froissement, parfois sa seule vue, provoque une émotion intense, souvent accompagnée d’un apaisement profond ou d’une jouissance muette, presque impersonnelle. Ce que la clinique isole comme phénomène pathologique peut être relu, à la suite de Deleuze et Foucault, comme un indice critique du fonctionnement ordinaire du pouvoir sur les corps. Ce sentiment de froideur qui règne aujourd'hui se révèle être un état de masse, c'est pourquoi le présent ouvrage revêt une importance extrême.

Gaëtan Gatian de Clérambault (1872-1934), médecin, psychiatre et spécialiste en esthétique, maître inspirateur de Jacques Lacan, s'est occupé pendant presque toute sa vie de médecin des psychoses, parvenant à identifier des formes spécifiques de maladie que la médecine de l'époque n'avait pas su prendre en considération, figure singulière et décisive de la clinique surtout connu pour avoir formulé la théorie de l’automatisme mental. Passionné d'art et d'ethnographie, il effectua de nombreux voyages, notamment en Afrique du Nord, où il photographia des femmes entièrement enveloppées dans leurs tissus, et développa sa propre « érotisme vestimentaire ». La plupart de ses oeuvres sont rassemblées dans le volume Gaëtan Gatien de Clérambault Œuvres psychiatriques, Paris, Editions Frénésie,1987.

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Sophie Corbillé, François Provenzano (dir.) : Formes de ville. Guide fantasmagorique

 Editions MF - Juin 2026


Cet ouvrage collectif se propose d'observer la ville contemporaine en suivant les pas de Walter Benjamin, et la piste des fantasmagories. Et s'il se présente sous la forme d'un guide, c'est en partie parce qu'il est lui-même guidé par le regard, à la fois conceptuel et sensible, de ce penseur de la modernité. La notion de fantasmagorie permet d'inventorier et de décrire tout ce qui, dans l'expérience urbaine la plus ordinaire et apparemment la plus anecdotique, organise un rapport au monde, en favorisant l'émergence de certaines subjectivités (le flâneur, la foule, le touriste, le chiffonnier, l'homme-sandwich, l'enfant), ou en cristallisant des humeurs prototypiques (l'ennui, la distraction, le choc). Les auteurs, venus d'horizons divers (philosophie, littérature, anthropologie, études sur les médias, etc.) ont en partage une question : comment faisons-nous la ville qui nous fait ? Pour répondre à cette énigme, l'ouvrage explore plus précisément ce que nous appelons des “formes médiatiques de l'urbain”, considérant que le projet de Benjamin sur les fantasmagories invite à déployer une réflexion sur les médias et les médiations à travers lesquels les existences urbaines se déploient, s'épanouissent ou s'abîment. L'ouvrage ne vise pas à offrir un inventaire mis à jour des fantasmagories contemporaines, mais il invite plutôt à une réflexion sur les formes médiatiques urbaines et la façon dont elles organisent l'expérience sensible des individus, à partir de motifs ou fragments multiples : parcs d'attractions pour enfants construits dans des malls climatisés, palissades de protection, caméras de surveillance qui surplombent les rues des villes, mais aussi rooftop, jardin partagé, friche, ou encore centre de paris sportif, tags, poésie-en-ville, etc. Prendre au sérieux le rapport fantasmagorique au réel, cesser de le voir uniquement comme un voile qui invisibilise ou mystifie, c'est lui restituer sa dimension vécue, incarnée de manière singulière, matériellement hétérogène, et donc potentiellement ouverte à des formes d'aléas, de détournement ou de réinvestissement.

Sophie Corbillé est anthropologue et chercheuse en sciences de l'information et de la communication au GRIPIC, professeure à Sorbonne université, ses travaux explorent la fabrique des mondes urbains, notamment dans leur dimension médiatique. Elle a rendu compte de ses enquêtes à Paris, Dubaï, Abou Dhabi et Santiago du Chili, dans les ouvrages Paris bourgeoise, Paris bohèmes La ruée vers l'est (PUF, 2013) et La ville des enfants. Fantasmagorie du capital dans un parc d'attractions globalisé (PUF, 2023). D'autres recherches, menées dans une perspective historique, concernent cette fois le Paris du 19e siècle (Paris capitale médiatique. Ville et presse au 19e siècle, avec E. Fantin et A. Wrona, PUV, 2022).
François Provenzano est enseignant et chercheur en sciences du langage et rhétorique à l'Université de Liège, il a publié plusieurs travaux sur les écritures urbaines, sur les rhétoriques médiatiques et sur les discours de savoir. Avec le collectif Lttr13, il s'apprête à publier un livre sur Le Discours de la linguistique. Gestes et imaginaires du savoir (ENS Éditions, 2024). Il anime également des recherches collectives en éducation aux médias, et en analyse des discours sur la transition énergétique.

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Christophe Gilliand : La présence au monde. Réflexions écophénoménologiques sur la participation

Academic Press Fribourg - Juin 2026


Pour remonter aux racines de la « crise environnementale » et de nos difficultés à y faire face, sans doute importe-t-il de questionner l'anthropocentrisme qui structure notre rapport au monde. C'est-à-dire, le système de valeurs et de représentations qui place l'humain en son centre orbital. Ce livre, inscrit dans le champ de recherche de l'écophénoménologie, se propose de contribuer à cette réflexion par l'exploration de l'expérience vécue de la nature. C'est-à-dire, l'expérience sensible et immédiate d'un monde vivant, un monde plus qu'humain partagé par une multitude de formes de vie. Notre mode d'être fondamental, proposons-nous de le comprendre, est celui de la participation. Comme ont pu le révéler les analyses phénoménologiques de Merleau-Ponty, avant même que nous puissions nous saisir d'un « je » - distinct du monde comme de son corps - une part de nous-mêmes se trouve déjà et toujours en prise avec les choses. Ainsi, l'expérience de participation nous ramène à notre condition de vivant et donne chair à l'idée d'un « soi écologique ». Plus encore, elle s'invite au coeur de la quête de la vie bonne et offre un fondement sensible à l'engagement éthique et politique. En définitive, soutenons-nous, la clé de la « transition écologique » est à rechercher d'abord dans la qualité de notre présence au monde.

Christophe Gilliand est docteur en Science de l'environnement et en Philosophie pratique des universités de Lausanne et de Paris-Est. Inscrites dans le champ de l'écophénoménologie, ses recherches se concentrent sur la description de l'expérience vécue de la nature. Au croisement de l'éthique et de l'esthétique environnementales, il s'interroge sur la dimension pratique et affective d'une transition vers d'autres façons d'habiter le monde.

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Morteza Mahmoudian : Sens et connaissance du sens

Lambert-Lucas - Mai 2026


Le présent ouvrage a pour objet la sémantique, science qui étudie le sens des signes des langues – monèmes, mots, groupes de mots – et les façons dont les êtres humains l’appréhendent en situation. Le sens des signes – ne serait-ce que des monèmes – n’est pas un tout indivis : il est doté d’une structure. Du côté positif de la chose, le sens est constitué d’éléments plus petits – les traits pertinents sémantiques. Du côté négatif, il est délimité par ses rapports avec toutes les autres entités de la langue. C’est en cela que la structure sémantique des mots est complexe, tant du point de vue du locuteur que de son interlocuteur. Chacun et chacune d’entre nous sait bien qu’il ne se passe pas de jour sans discussion sur ce qu’il ou elle a «  voulu dire  », tant sont fréquents les problèmes de compréhension associés au sens des mots.

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Marie Martin, Antoine de Baecque (dir.) : Nancynéma, le cinéma selon Jean-Luc Nancy

 UGA éditions - Juin 2026


Philosophe de l’expérience sensible, Jean-Luc Nancy a multiplié ses rencontres avec le cinéma, cet art surnuméraire à la diversité essentielle : en tant que cinéfile – tel qu’il le définit en regard d’une cinéphilie savante dont il serait le coeur secret –, en tant que penseur occasionnel mais « pénétrant », ou en tant qu’inventeur de concepts esthétiques – tels l’écoute, le toucher, l’évidence du film.
Dans sa confidence du « plaisir immense, aussi sensuel qu’intellectuel » qu’il trouve à analyser des plans se dessine le noeud qui l’attache aux films et le spectateur à ses textes : une homothétie entre philosophie et cinéma – écriture du sensible, pensée en images, fulgurances poétiques trouant l’obscurité du sens.
Cet ouvrage collectif inédit mobilise les plus éminents spécialistes pour envisager le cinéma selon Nancy – « l’émotion de sa motion ». Il met en perspective ses textes esthétiques, éthiques, politiques et ses compagnonnages créatifs, de Claire Denis à Phillip Warnell.

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vendredi 12 juin 2026

Luc Brisson et Francesco Fronterotta : La philosophie de Platon (4e édition)

 PUF - Juin 2026


Comment Platon invente-t-il ce savoir et ce mode de vie que l’on nommera à sa suite « philosophie » ?
Quels sont les traits distinctifs de la pensée platonicienne ?
Comment la tradition platonicienne s’est-elle développée et quels en sont les principaux enseignements ?
Chez Platon, la philosophie est le principe de l’amélioration de l’individu et de la cité. C’est en accordant une place primordiale à l’âme et au savoir fondé sur l’intelligible que l’homme sera capable de penser, de parler et d’agir. À travers les contributions originales de spécialistes internationaux, cet ouvrage donne au lecteur les moyens de saisir clairement les grandes lignes de la pensée du philosophe athénien. Les chapitres successifs examinent chacun des aspects essentiels de son œuvre, en présentant les dialogues dans leur contexte historique et en proposant de nombreuses références bibliographiques, nécessaires à l’approfondissement des éléments présentés dans cette introduction.

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François Damas : Ritualiser la mort

 Michalon - Juin 2026


On aurait pu penser que l'euthanasie était une marche de plus vers la désacralisation de la mort, si souvent dénoncée aujourd'hui. Pour François Damas, qui dirige la consultation " fin de vie " à l'hôpital de La Citadelle à Liège, en Belgique, il n'en est rien. Médecin et ancien chef de service des soins intensifs, il raconte ici combien ceux qui décident de lui demander son aide pour mourir sont nombreux à préparer leur départ sur le plan à la fois rituel et spirituel.
De cette expérience singulière s'est forgée sa conviction que l'être humain a intensément besoin de mettre en récit son histoire, d'en marquer et d'en célébrer les chapitres. Dans une démarche incarnée et vivante, il fait se croiser spiritualité et philosophie, patients, psychiatres et témoins – dont lui-même – et les rapproche d'autres tendances montantes dans la société : festival de la mort, coopératives funéraires, cafés mortels – toutes manières d'une réappropriation partagée de la fin de vie.

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Julia Beauquel : Ce que danser veut dire

 Eliott - 2026


Pour célébrer la rencontre de la philosophie et de la danse, et nous mettre en mouvement, Julia Beauquel nous invite à rencontrer toutes les formes de danse, du ballet classique et contemporain aux danses thérapie, aux danses du monde, aux mouvements qui amènent la joie. Convoquant Nietzsche, Pascal, Rousseau, Descartes, la danseuse fait lever les corps, les rend aériens, et nous invite à cueillir le jour, en dansant…

Docteure en philosophie, Julia Beauquel enseigne l'esthétique et la philosophie en école d'art et exerce parallèlement une activité de critique d'art contemporain. Après avoir longtemps pratiqué la danse, elle a notamment publié Philosophie de la danse, un ouvrage co-dirigé avec Roger Pouivet et paru dans la collection Aesthetica des Presses Universitaires de Rennes (2010), puis Esthétique de la danse (dans la même collection, en 2015).

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Jean Baudrillard : Oublier Foucault (réed.)

 Sens & Tonka - Juin 2026


Réédition d'un introuvable toujours valable... L'auteur fait partie d'une époque où questionner, interroger, critiquer... dans l'écoute de l'autre était et penser et avancer, repousser les obscurités sociales comme humaines qui envahissaient la modernité et qui aujourd'hui nous étouffent, voire nous transforment en leurs sujets passifs. Ainsi voici la quatrième de couverture de l'époque : « À l'heure où l'on prétend que tout est dit, qu'il n'y a plus de secrets, de censures, au moment choisi pour l'apologie, omettre la louange venue de l'indifférence, attaquer une pensée trop belle pour être vraie, voilà probablement un accident... D'où vient cette réserve devant l'admirable ? sinon d'une rumeur hostile à la conjuration de l'acquiescement et de l'exigence de tout autre discours possible. » Ajout en épilogue d'un texte (extrait de Cool Memories) de J. Baudrillard sur la mort de Michel Foucault qui révèle et fonde leurs différences plus que leurs oppositions - la preuve inverse des admirations obséquieuses contemporaines que nous subissons quotidiennement sur ces grands penseurs du Vingtième.

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René Crevel : L'Art dans l'ombre de la maison brune

 La Variation - Juin 2026


«C'est dans le passé que le fascisme va toujours chercher les accessoires de son cotillon sinistre.» L'art dans l'ombre de la maison brune recueille trois textes de René Crevel datant de 1935 alors qu'il observe l'évolution de l'Europe transformée par la montée du nazisme et du fascisme. Par ces textes qui conservent la voix de l'auteur peu avant sa mort, Crevel questionne particulièrement le rôle de l'artiste face à ces deux périls. On reconnaîtra dans ces trois textes, comme l'écrit Annie Le Brun, «l'intraitable révolte de Crevel». Ce volume est préfacé et annoté par Manuel Esposito.

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mercredi 10 juin 2026

Arnauld Pierre : Machines célibataires. La fabrique du posthumain

 Macula - Mai 2026


« L’homme voudrait être n’importe qui, sauf un simple être humain. »
Georg Groddeck, Le Livre du Ça, 1923

Les « Machines célibataires » de Marcel Duchamp ont vite échappé à leur auteur pour se transformer en un mythe moderne où s’entrelacent art, sexualité et technologie. Associées à la stérilité et au refus de la procréation, elles n’écartent pas pour autant d’autres formes de reproduction, à travers des fantasmes d’autogenèse ou d’engendrement artificiel, où la science et la technique se rendront capables de créer des êtres supérieurs et établiront un monde qu’aucune création n’a maculé. Tout un imaginaire de la filiation adhère aux machines célibataires, comme le montre la vaste famille d’enfants nés sans mère et de leurs parents mécaniques surgis dans le contexte des avant-gardes du XXe siècle, futurisme, dadaïsme, surréalisme et pop art, jusqu’au tournant du posthumain dont témoigne l’art contemporain.
À la croisée de l’histoire de l’art et des idées, du « merveilleux-scientifique » et de la science-fiction, Arnauld Pierre dissèque les mythes de naissance d’une humanité hybridée avec ses machines et scrute à travers ses manifestations artistiques l’avènement d’un surhomme technologique, un posthumain augmenté et amplifié, qui s’enorgueillit d’avoir été fabriqué plutôt qu’engendré. Avec cet ouvrage richement illustré (près de 280 images), l’auteur plonge dans les ressorts de ce désir récurrent d’être mieux qu’humain, qui se manifeste par excellence dans ce que l’on nomme aujourd’hui le transhumanisme.

Arnauld Pierre est historien de l’art, critique et commissaire d’exposition, professeur à Sorbonne Université et chercheur au Centre André-Chastel, Paris. Il a publié de nombreux textes et ouvrages consacrés à l’ère des avant-gardes et l’abstraction, à l’après-guerre et l’art optico-cinétique, parmi lesquels : Maternités cosmiques. La recherche des origines, de Kupka à Kubrick (Hazan, 2010) ; Futur antérieur. Art contemporain et rétrocipation (M19, 2012) et, aux Éditions Macula, Magic Moirés. Gerald Oster et l’art des moirages (2022).

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Margaux Darrieus et Léa Mosconi (dir.) : Les controverses Bruno Latour. Enquête dans les mondes de l’architecture

 Editions 205 - Juin 2026


Comment les architectes se saisissent-ils·elles des travaux de Bruno Latour (1947-2022) dans leurs pratiques, leurs enseignements et leurs recherches?
Si celui-ci apporte aux architectes des questions, comme celle de l’héritage encombrant de la modernité; des thèses, comme celle de l’Anthropocène; des concepts, comme celui des hybrides, c’est aussi à un décloisonnement volontaire des disciplines que sa pensée conduit, notamment à travers la prise en compte de la crise écologique. Les architectes sont-ils·elles plus enclin·es à s’approprier les concepts ou les outils de Latour? Que nous racontent leurs emprunts et leurs rapprochements, les affiliations et les généalogies qu’ils·elles revendiquent ou esquissent en creux? Quelles sont les lignes de conflit que tracent leurs façons parfois conflictuelles de s’attacher au penseur ou de s’en distancier? Est-ce simplement une volonté de suivre l’air du temps en s’adossant à une personnalité à l’influence tentaculaire? Ou, plus profondément, cela témoigne-t-il de modifications substantielles des manières d’être et de faire des architectes?

Margaux Darrieus est architecte DE et docteure en architecture. Elle est également commissaire générale de la galerie Callot de l’ENSA Paris-Malaquais – PSL, plateforme indépendante d’exploration et de diffusion de l’architecture où se rencontrent savoirs académiques, recherche scientifique et création. Maîtresse de conférences à l’ENSA Paris-Malaquais – PSL, elle y codirige le laboratoire de recherche Architecture, Culture, Société (ACS). Elle est par ailleurs journaliste pour des revues spécialisées en architecture. C’est dans ces multiples lieux et dans divers formats (articles, enquêtes, commissariat d’exposition, enseignement, recherches) qu’elle déploie son activité de critique pour décrypter les espaces à l’aune des discours qui les légitiment et des actions qui les engendrent, et interroger les manières de faire architecture et les manières d’être des architectes, en prise avec les enjeux socio-environnementaux contemporains.
Léa Mosconi est architecte HMONP (habilitation à la maîtrise d’œuvre en nom propre), cofondatrice avec Henri Bony de l’Atelier Bony Mosconi, commissaire d’exposition, maîtresse de conférences à l’ENSA Paris-Belleville, docteure en architecture, chercheuse à l’Institut parisien de recherche architecture urbanistique société (IPRAUS) et présidente de la Maison de l’architecture Île-de-France. Léa Mosconi explore ce que fait la prise en compte du vivant dans l’architecture; c’est ce qu’elle a enquêté dans l’exposition “Paris animal” (Pavillon de l’Arsenal, 2023, avec Henri Bony), dans l’ouvrage Architecture vivante, architecture des vivants (Éditions 205, 2025) et au cours d’une résidence “Rome animal” à la Villa Médicis (2024, avec Henri Bony).

Contributeur•rices: Margaux Darrieus, Léa Mosconi, Pauline Ouvrard, Laurent Devisme, Bruno Latour, Albena Yaneva, Pierre Chabard, Paul Bouet, Émeric Lambert, Pauline Lefebvre, Capucine Fouquin, Étienne Gilly, Adèle Lhoutellier, Christophe Camus, Jean-Louis Violeau, Jean Souviron, Maxime Geny, Gilles Malzac, Pierre Bouilhol, Patrick Henry, Guy Lambert, J. Kent Fitzsimons, Alexandra Arènes, Soheil Hajmirbaba, Miléna Koutani

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François Palacio : La Notion de personne. Entre théologie et philosophie

 Classiques Garnier - Juin 2026


Comment la notion personne s'est-elle constituée objet d'un consensus universel quant à la valeur de la dignité humaine ? Pour nous sembler naturelle, la référence à la personne n'en recouvre pas moins une élaboration complexe, trop rapidement ramenée à un simple transfert sémantique du droit à la théologie jusqu'à l'éthique. La personne se révèle bien plutôt un lieu d'affrontement où la modernité philosophique réclame ses titres de légitimité à la tradition théologique. L'investissement de la notion de personne par la philosophie moderne passe notamment par une remise en cause des présupposés surnaturels de la théologie chrétienne. La personne se découvre alors le théâtre d'un conflit à la jonction du théologique et du politique.

François Palacio, professeur agrégé enseignant en classes préparatoires ECG et docteur en philosophie, est l'auteur d'une monographie sur le problème théologico-politique dans la philosophie du droit de Hegel. Ses recherches portent sur l'articulation de la religion et de la politique à l'époque moderne et interrogent la signification supposée d'un héritage chrétien de l'Europe.

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mardi 9 juin 2026

Chimères n°108 : Guattari & Deleuze. Cosmosophie

 Erès - Juillet 2026


« Penser se fait […] dans le rapport du territoire et de la terre » écrivent, en 1991, Gilles Deleuze et Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?). Mais quel est ce territoire que la pensée ne peut éviter d’arpenter au moment même où elle s’exerce ? Quelle est cette terre sur laquelle elle est nécessairement bâtie ? Et comment concevoir ce rapport entre terre et territoire, une fois admis que l’un présuppose l’autre (et réciproquement) ? Si Deleuze et Guattari ont tenté d’apporter des réponses à ces questions à travers leur proposition de « géophilosophie », il ne fait aucun doute que le problème du rapport de la pensée à la terre et au(x) territoire(s) soulevé par ces deux philosophes, non seulement continue de se poser, mais ne cesse de se reposer encore et encore.
Et pour cause, un tel problème au XXIe siècle, revêt une urgence et une acuité inégalées avec la destruction massive, l’altération durable et la transformation en partie irréversible d’innombrables « territoires existentiels » humains et non humains. Ces processus, perçus comme autant de symptômes de dérèglements climatiques et écologiques plus profonds voués à s’aggraver en l’absence de mesure idoines, appellent en effet un renouvellement des pensées du territoire, et plus largement de l’espace, qui soit à la hauteur des enjeux du siècle.
Ce numéro de Chimères se proposera donc de questionner ces nouvelles figures de la terre, des territoires, du globe et du cosmos, en suivant les pistes tracées il y a quelques décennies par les deux tomes de Capitalisme et schizophrénie.

Manola Antonioli (édition) est philosophe, professeur d'esthétique et philosophie de l'art à l'École supérieure d'art et de design de Valenciennes, maître assistant associé à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles, membre du comité de rédaction de la revue Chimères.

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Anne-Solen Kerdraon : L’éthique à l’épreuve du tragique. Lecture de Martha Nussbaum et Paul Ricoeur

 Cerf - Mai 2026


Les progrès spectaculaires de la médecine ouvrent des possibles inouïs, en particulier aux commencements de la vie, mais exposent aussi à des questionnements nouveaux, d’une intensité peut-être inédite. Nombre de situations vécues comme « tragiques » placent devant des choix décisifs : quel consentement donner à la vulnérabilité, au handicap, à la souffrance ? Faut-il donner libre cours à la puissance médicale ?
Dans les moments de sidération, la tentation est grande de laisser la technique décider à notre place, comme si elle pouvait nous affranchir de la fragilité inhérente à notre condition. Les tragiques grecs invitent au contraire à une lucidité plus haute : une liberté qui ne nie ni ses limites ni les conflits qui la traversent, mais qui s’y engage pleinement.
C’est à leur rencontre qu’Anne-Solen Kerdraon nous convie, par la médiation de Martha Nussbaum et Paul Ricoeur. En confrontant leurs interprétations du tragique, cet ouvrage éclaire les enjeux anthropologiques et moraux de notre temps et opère une véritable « conversion du regard » : au cœur même de l’épreuve se découvre une manière nouvelle d’habiter la finitude. Relu à la lumière de la foi chrétienne, le tragique ne se place pas sous le signe de la condamnation, mais de l’ouverture : il devient le lieu paradoxal d’une Bonne Nouvelle.
Une réflexion forte et actuelle pour penser une éthique théologique qui accueille sans les esquiver les fragilités humaines.

Maître de conférences en théologie morale à l’Institut catholique de Paris, directrice du département de théologie morale et spirituelle, Anne-Solen Kerdraon est sœur auxiliatrice (congrégation de spiritualité ignatienne). Elle a exercé un ministère pendant plusieurs années en aumônerie d’hôpital.

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Alain Bellaïche : Autonomie et hétéronomie. Kierkegaard - Levinas

 Mimesis - Juin 2026


Kierkegaard et Levinas insistent tous deux sur la très forte hétéronomie de l’individu, qu’elle relève d’une contradiction (hétéronomie) ou d’une ambiguïté (celle d’un être crée, dépendant du Père qui l’a créé, mais indépendant). Mais tous deux entrevoient l’heureuse possibilité de l’autonomie : en se soumettant à l’injonction de Dieu ou de l’autre, l’individu oeuvre à sa propre libération. Deux paradigmes éclairent cette thèse : le martyr réfléchi enseigne l’obéissance en s’y soumettant – il apprend la vérité et il y trouve son autonomie – l’être inspiré se libère de son plus grand fardeau, lui-même. Cependant l’individu n’est jamais véritablement rendu à lui-même : l’auto-hétéronomie chez Kierkegaard et la quasi-hétéronymie chez Levinas expriment cette perpétuelle oscillation.

Diplômé de HEC et Docteur en philosophie, président de la société de recherche philosophique S. Kierkegaard, Alain BELLAICHE est l’auteur de Don et retrait dans la pensée de Kierkegaard (L’Harmattan), Pensée et existence selon Pessoa et Kierkegaard (Presses Universitaires de Louvain), Kierkegaard, l’oeuvre de l’accomplissement (Classiques Garnier).

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André Gorz : L'Immatériel. Connaissance, valeur et capital (édition augmentée)

 Folio - Mai 2026


Vorace, le capitalisme est à l'affût constant de surplus de valeur. S'il l'a trouvé, par le passé, dans la robotisation ou la rationalisation, il le cherche désormais dans le travail dit "immatériel", qui repose sur les connaissances. Au profit des avancées scientifiques et technologiques, nos matières grises sont désormais exploitées comme le seraient des matières premières. Problème : le savoir, libre et gratuit, contredit la logique concurrentielle du marché. Création de monopoles, droits et brevets, surveillance des cadres... Tous les moyens sont bons pour y remédier et retrancher du bien commun ce qui peut l'être. Dans un tel système, qui étouffe, divise et aliène les travailleurs, comment penser la dissidence ? Avec cet essai critique, le philosophe André Gorz pose les jalons d'un projet radical de transformation sociale et dessine les contours d'une nouvelle économie. Un appel salutaire à l'émancipation.

Préface de Christophe Fourel et Cédric Villani

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dimanche 7 juin 2026

Adriaen Beverland : Du Péché Originel (1678)

Hypatia logoi - Juin 2026


Véritable OVNI philosophique, l’œuvre d’Adriaen Beverland propose une réflexion approfondie sur le sexe. Se situant entre Spinoza et le siècle des Lumières, le philosophe envisage le désir sexuel des êtres humains comme un effort pour persévérer dans leur être. Aussi est-il tenu pour un élément pleinement constitutif de la nature humaine, à laquelle nul ne peut échapper. Beverland se demande, avec un étonnant franc parler, pourquoi ce thème si omniprésent chez les humains fait-il l’objet d’un opprobre si universel ? Pourquoi l’homme ne peut-il évoquer cet acte qui procure tant de plaisirs sans éprouver une forme de honte ou de culpabilité ? Son livre provoquera un véritable scandale dans la petite république de la libre-pensée néerlandaise.
Cette édition critique est accompagnée d’une introduction, d’annotations et d’une bibliographie consacrées à l’œuvre et à la doctrine d’Adriaen Beverland, permettant d’inscrire son œuvre dans les débats de son temps.

Adriaen Beverland [1650-1716] est un philosophe contemporain de Spinoza. Il consacre toute son œuvre au sexe, dans lequel il voit certes une source d’avilissement, mais surtout une source incontournable de plaisir pour l’être humain. Il est probablement le seul auteur à son époque à porter sur la question de la place du sexe dans la société un discours qui se veut lucide et dégagé de toute pruderie inopportune. Il sera pour cela condamné à l’exil et y restera jusqu’à ses derniers jours.

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Chiara Simonigh : Habiter l’audiovisuel. Une esthétique de la complexité

 Mimesis - Mai 2026


Les médias audiovisuels constituent de plus en plus un système à travers lequel le monde devient perceptible, compréhensible et abordable. Ils sont les outils relationnels utilisés pour entrer dans le réseau dense de connexions qui tissent la complexité du présent, mais ils sont également l’habitat culturel et esthétique qui modèle l’humain. Ainsi, les audiovisuels sont à la fois l’effet et la cause du développement complexe de l’humanité, de sa connaissance et de sa sensibilité. L’auteure explore certaines des transformations les plus significatives introduites par le système audiovisuel, en examinant ses limites et son potentiel, jusqu’à envisager une utilisation générative et créative de ces médias.

Chiara Simonigh est professeure en Théorie des médias et culture visuelle à l’Université de Turin. Parmi ses ouvrages sur l’esthétique des médias audiovisuels et la philosophie de la complexité : avec M. Peyrière (dir.), Edgar Morin, Le cinéma, un art de la complexité (2018 ; édition en italien, 2021) ; Pensare la complessità. Per un umanesimo planetario (2012) ; L’immagine-spettacolo (2011) ; con L. Termine, Lo spettacolo cinematografico. Teorie ed estetica (2003).

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samedi 6 juin 2026

Etienne Balibar : Sur la guerre. Trois interprétations

 Presses du réel - Avril 2026


Sur la guerre, volume qui inaugure la série de courts essais « Constellations », contient trois réflexions d'Étienne Balibar autour de la guerre, qui sont d'une actualité brûlante. Le livre rassemble une analyse de Simone Weil et de sa relecture de l'Illiade d'Homère, une longue étude qui examine les liens entre la pensée stratégique de Carl von Clausewitz et ses transpositions marxistes (chez Marx, Engels, Lénine et Mao), ainsi qu'un commentaire sur la situation géopolitique contemporaine et la guerre en Ukraine.
Ces textes montrent qu'une interprétation de la guerre – en tant qu'événement historiquement déterminant – doit emprunter aux registres de la poétique, de la philosophie et de la politique pour dégager une question fondamentalement éthique : notre capacité d'action face au mal radical. La guerre convoque notre citoyenneté et notre civilité, notre capacité de nous « gouverner » nous-mêmes, interrogeant la manière dont ces enjeux sont mis à l'épreuve dans un état d'exception aujourd'hui normalisé.
Sur la guerre se présente sous une couverture rigide avec un estampage argenté, et contient des illustrations inspirées des sculptures antiques.

Étienne Balibar (né en 1942 à Avallon), philosophe, ancien élève de Louis Althusser, professeur émérite à l'université Paris X – Nanterre et à l'université de Californie, Irvine, est l'une des plus grandes figures internationales du « post-marxisme ». Parmi ses ouvrages figurent Lire le Capital (avec Louis Althusser, Pierre Macherey, Jacques Rancière et Roger Establet) (1965), La Philosophie de Marx (1993), Spinoza et la politique (1985), Nous, citoyens d'Europe ? (2001), Violence et civilité (2010), La proposition de l'égaliberté (2010), Citoyen sujet et autres essais d'anthropologie philosophique (2011).

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Manuel Cervera-Marzal, Bruno Frère : Pour une démocratie sauvage. Une sociologie charnelle au coeur des luttes et des conflits

 La découverte - Mai 2026


Face aux turbulences que traverse la sociologie contemporaine, accusée d'être, d'une part, trop militante et, de l'autre, scientiste et coupée de celles et ceux dont elle prétend rendre compte, Manuel Cervera-Marzal et Bruno Frère proposent une voie nouvelle : la sociologie charnelle.
En effet, le sociologue est toujours plongé dans la " chair " du social – son ordre et ses désordres, ses héritages et ses possibles. Inspirés par Maurice Merleau-Ponty, Cornelius Castoriadis, Pierre Bourdieu, Bruno Latour, Isabelle Stengers et Chantal Mouffe, les auteurs défendent une science politique (au sens premier du terme), radicalement démocratique, qui, non contente de décrire la société, accompagne les formes de vie émancipées. De la Zad de Notre-Dame-des-Landes au Chiapas zapatiste, le sociologue doit ainsi embrasser une multiplicité de luttes qui fragilisent le roc du capitalisme racial et patriarcal.
Loin des visions trop lisses d'une société pacifiée comme des dénonciations désespérées d'une domination implacable, la sociologie charnelle voit dans les conflits, impossibles à étudier sans les habiter, le moteur même de la démocratie. Renouant avec sa vocation subversive, la sociologie se place ainsi du côté des petits, contre les puissants. Dans le tumulte des luttes se dessine non pas un autre monde, mais l'envers de ce monde, son double intempestif. C'est à cette part sauvage que ce livre entend donner voix. Et il entend le faire scientifiquement.

Manuel Cervera-Marzal est sociologue, chercheur au FNRS et professeur associé à l'université de Liège. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Le Populisme de gauche (La Découverte, 2021) et Résister (10/18, 2022).
Bruno Frère est sociologue, professeur à l'université de Liège. Spécialiste des théories critiques et de l'épistémologie des sciences sociales, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels La Fabrique de l'émancipation (Seuil, 2022).

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Tan Qiao : Le Livre des métamorphoses

 Les belles lettres - Mai 2026


Le Livre des métamorphoses est un livre étrange qui commence à circuler dans le courant du Xe siècle et sera plus continûment lu sous la dynastie des Song (960-1279). Les traités bibliographiques anciens l’attribuent à un immortel des Cinq Dynasties (907-960), Tan Qiao, et le classent, soit dans les sections relevant de la pensée taoïste, soit parmi les textes éclectiques. Ce court volume en six parties présente la transformation naturelle, éthique et sociopolitique.
Juxtaposant de brefs paragraphes, usant de la rhétorique, à bien des égards troublante, de l’hyperbole et du parallélisme de la langue chinoise, le livre déploie une conception radicale de la transformation comme greffe, brassage des souffles, division à l’infini des corps et des formes, le tout dans un parasitisme généralisé. Il décrit la mécanique et la machinerie à l’oeuvre dans le réel comme constitutifs de la vie même, et loin de les annuler, se propose de les faire jouer à plein dans la culture de soi et la gestion du politique.
La présente traduction propose, tout en restant au plus près de l’écriture volontiers rhapsodique du livre, une lecture philosophique de l’ouvrage. Autre mérite de ce livre : on pourra choisir à loisir une lecture continue, mais aussi bien, une approche fragmentaire et méditative de chacun des paragraphes, qui forment tous de petites unités autonomes et suggestives.

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