mardi 30 avril 2019

Adrien Louis : Leo Strauss, philosophe politique

CNRS Editions - Avril 2019


Leo Strauss (1899-1973) est certainement un penseur majeur du XXe siècle. Lui qui a rouvert des procès jugés depuis longtemps – la querelle des Anciens et des Modernes, ou encore l’opposition entre la raison et la révélation – fait l’objet de commentaires contradictoires, le présentant comme un penseur tantôt fondamentalement apolitique, uniquement soucieux de redonner sens à la vie philosophique, tantôt secrètement politique, servant les forces les plus conservatrices des États-Unis.
Ce livre entreprend d’abord de retrouver en Strauss un des philosophes politiques les plus stimulants de son siècle, c’est-à-dire un philosophe soucieux de comprendre et d’éclairer les phénomènes politiques. Il faut toutefois convenir qu’abordée sous cet angle, son oeuvre présente un singulier paradoxe. Car si Strauss plaide avec force pour un retour à la compréhension classique des régimes politiques, il se montre en même temps très réticent à analyser les différents régimes et clivages du monde moderne. Plus étonnant encore, alors qu’il en appelle à une science politique qui soit fidèle à l’appréhension citoyenne des phénomènes, il ne cesse de relativiser, à propos de son époque, les différences entre communistes, progressistes et conservateurs.
En somme, entre sa conception de la bonne science politique, et sa manière presqu’apolitique de traiter de la modernité, il existe un déroutant hiatus. C’est ce problème plus spécifique que nous explorons ici.

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S. Contarini, C. Joubert, J-M. Moura (dir.) : Penser la différence culturelle du colonial au mondial. Une anthologie transculturelle

Mimesis - Avril 2019


Cette anthologie propose une sélection de contributions théoriques majeures à l’histoire déjà longue de la pensée anticoloniale, puis postcoloniale et mondiale. Il s’agit d’une restitution originale des idées qui ont été développées, débattues, parfois récusées dans diverses langues (allemand, anglais, espagnol, français, italien, portugais). Grâce à soixante-dix textes de penseurs, allant des plus notoires (Fanon, Gramsci, Ortiz, Spivak) aux moins connus mais non moins importants, cet ouvrage offre un panorama inédit de l’histoire de ces débats. L’ensemble des traductions met à la disposition des chercheurs de langue française un choix de textes importants et jamais encore rapprochés dans un même ouvrage. L’anthologie pourra également constituer un manuel de référence pour les étudiants.

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Nicolas Pineau : La cigale par les ailes. Zénon d’Élée par ses surnoms

Aethalidès - Avril 2019 - Collection : De sable plain


Philosophe polémiste, souvent apostrophé par ses commentateurs, Zénon d’Élée fait l’objet depuis l’antiquité d’un « procès de parole » sans précédent dans l’histoire des idées : Cruel Zénon, Palamède d’Elée, Amphotéroglôsse… Invectives, louanges et blâmes prolifèrent autour de son nom, dessinant en creux la réception d’une pensée atypique, toujours fortement investie.
C’est le récit de ce traitement singulier que, de surnom en surnom, de Platon à Gilles Deleuze, en passant par Paul Valéry et Samuel Beckett, ce livre entreprend de retracer.

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lundi 29 avril 2019

Éthique, politique, religions 2018 – 2, n° 13 : Imaginaire et praxis. Autour de Gaston Bachelard

Classiques Garnier - Avril 2019


Directeur d'ouvrage: Hieronimus (Gilles), Lamy (Julien)
Contributeurs: Bouaniche (Arnaud), Calin (Rodolphe), Duhem (Ludovic), Hieronimus (Gilles), Lamy (Julien), Pierron (Jean-Philippe), Wunenburger (Jean-Jacques)

Éthique, politique, religions est une revue semestrielle de l'Institut de recherches philosophiques de Lyon (université Lyon 3), centrée sur l'étude philosophique des sociétés contemporaines et de leur généalogie.

Sommaire

Gilles Hieronimus et Julien Lamy
Introduction 

Rodolphe Calin
Imagination et sincérité.
La subjectivation du sujet par l’image chez Bachelard

Julien Lamy
Le perfectionnisme moral bachelardien 

Arnaud Bouaniche
Bachelard, Bergson et l’expérience de la nouveauté.
Entre éthique et métaphysique

Gilles Hieronimus
Gaston Bachelard, une poétique de l’initiative

Ludovic Duhem
La praxis des images. Simondon lecteur de Bachelard 

Jean-Philippe Pierron
Travail, matière et imagination.
Pour une analyse bachelardienne de la praxis laborante 

Jean-Jacques Wunenburger
L’imagination au travail.
Bachelard, philosophe des sociétés préindustrielles 

Résumés/Abstracts

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Max Weber : Les communautés

La découverte - Avril 2019


Vers 1910, Max Weber rédige dix textes qui font voler en éclats la conception alors dominante de la communauté, aujourd’hui encore ardemment controversée. Un siècle plus tard, la présente traduction de ces écrits (pour partie inédits en français) s’appuie sur le volume des Communautés de l’édition critique allemande, qui, depuis 1984, réorganise et éclaire l’ensemble de l’œuvre protéiforme de Weber.
Loin de toute essentialisation de la communauté, de tout déterminisme mécanique, les analyses qui se déploient ici s’appuient sur la démarche sociologique que Weber est en train de fonder, pour interroger ce qui est en jeu dans les processus de « communautisation ». C’est la complexité des synergies communautaires, la pluralité et l’intrication de facteurs économiques, historiques, religieux, militaires, juridiques ou culturels qui apparaissent ici en pleine lumière. Une objectivité scientifique, un savoir historique et ethnologique d’une ampleur exceptionnelle viennent ainsi s’opposer à des « visions du monde » souvent irrationnelles, portant, entre autres, sur l’origine de la famille, les peuples « primitifs », les races, les castes, les clans, les classes, la nation ou l’État.
La publication de ces textes sous forme d’un volume distinct permet de les inscrire dans une histoire des notions de communauté, d’identité et de commun, et ainsi d’éclairer certains enjeux fondamentaux du vocabulaire politique de notre époque.

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Paul Hermans : A.J. Greimas, maître de la fiducie. Raccommoder sens et (con)science

Semiosis - Avril 2019


À la recherche d'une méthode pour parler scientifiquement du sens, Algirdas J. Greimas a conçu au fils des ans une sémiotique avec un appareil terminologique remarquable. Mais celle-ci se révèle cependant difficile d'accès de par son jargon qui peut sembler rebutant. Au lieu de mettre en avant la terminologie, cet ouvrage met l'accent sur la pensée de Greimas. Elle s'est forgée au travers de son oeuvre et elle garantit la cohérence et la bonne utilisation des concepts de sa méthode.

L'ouvrage expose sa sémiotique en quatre volets décisifs. Dans le premier, Greimas se débarrasse de la surface du signifiant pour s'aventurer dans les profondeurs. Puis, il propose la sémantique structurale dans laquelle, de l'équivalence à la narrativité, surgit le concept de la valeur. Ensuite les passions offrent l'opportunité de s'imaginer l'origine du monde sensible. Dans toute son oeuvre, Greimas ne cache pas son intérêt pour la psychanalyse. Le dernier volet du livre reprend quelques thèmes apparentés à la psychanalyse pour montrer en quoi elle s'engage dans une direction opposée à la sémiotique.

Greimas aspire à introduire de nouvelles axiologies pour contrecarrer l'insignifiance qui guette l'homme de la modernité. C'est l'enjeu anthropologique qui se dégage de sa méthode. Il se range ainsi dans l'épistémé de son époque, caractérisée par Paul Ricoeur avec les trois maîtres du soupçon: Marx, Nietzsche et Freud. Alors qu'ils ouvrent grand la porte à la déhiscence entre le sens et la conscience, Greimas, maître lui, de la fiducie, ouvre une porte étroite pour raccommoder sens et (con)science et réinstaurer la force adhésive de la croyance aux valeurs.

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dimanche 28 avril 2019

Jaine Derenne et Mariana de Almeida Campos (dir.) : Fortune de la philosophie cartésienne au Brésil

Classiques Garnier - Avril 2019


Si la pensée est universelle, nous ne pouvons toutefois pas nier la spécificité des modalités de pensées. Les études réunies dans cet ouvrage apparaissent ainsi comme une occasion d’interroger et de dégager les différentes modalités d’appropriation de la philosophie cartésienne au Brésil.


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Vincent Giraud : L'ordre de la Création. D'Augustin à Nicolas de Cues

PUF - Avril 2019 - Collection : "Une histoire personnelle"


À l’orée du Moyen Âge occidental, la Bible fait irruption dans le champ de la pensée philosophique hellénique au Ve siècle avec Augustin d’Hippone. À la charnière de ces deux mondes, l’auteur des Confessions transforme radicalement la philosophie en introduisant l’idée nouvelle et chrétienne de création divine du monde. L’ensemble du rapport au réel est alors durablement modifié. À partir de cette notion, pendant près d’un millénaire, de Jean Scot Érigène à Nicolas de Cues au XVe siècle, les penseurs médiévaux vont développer une réflexion associant la philosophie à la religion, où dialoguent foi et raison. Habiter le monde signifie désormais faire soi-même partie d’un projet divin, être au contact du sens profond des choses, et pour l’homme, prendre place parmi les créatures dans l’ordre de la Création.
Dans une langue claire et vivante, Vincent Giraud nous donne à découvrir, au cœur du millénaire médiéval, un spectaculaire mouvement de la pensée, depuis la fin de l’Antiquité jusqu’à l’aube des grands bouleversements qui annoncent la Renaissance. 

Introduction
La Création, sol de la pensée médiévale
La rupture biblique
L’un des possibles visages du Moyen Âge philosophique latin
Première partie – Augustin d’Hippone, entre deux mondes
L’amour de la sagesse est amour de Dieu
Temporalité et contingence : la question de l’Être immuable
Le Créateur et sa créature
Au commencement était le Verbe,
L’inquiétude fondamentale de la créature
Les Confessions, un récit de la condition humaine
Un nouveau terrain philosophique
Le mal selon Augustin : une révolution dans la conscience occidentale
Sur le sujet humain, de Platon à Augustin
Deuxième partie – De Jean Scot Érigène et Denys l’Aréopagite à Anselme de Cantorbéry
Jean Scot Érigène et l’idée de nature comme système total de la création
L’influence de la pensée néoplatonicienne : Denys l’Aréopagite 
L’origine de la Création selon Denys
Les thèses centrales de l’érigénisme : la théophanie, l’être et le non-être
Autocréation : le modèle verbal de l’Être dans le monde
L’altérité entre Dieu et le monde dans la création
Comment connaître le Créateur ?
Anselme de Cantorbéry : « Je crois pour comprendre »
L’exercice de la raison invite à la foi
Le Proslogion et la démonstration de l’existence de Dieu
La réalité de l’idée démontre l’existence de Dieu
Un nouveau statut pour la pensée
Troisième partie – De Bernard de Clairvaux à Thomas d’Aquin
Bernard de Clairvaux et le problème de la liberté humaine
La notion de consentement
Le libre arbitre comme image de Dieu en l’homme
L’insuffisance du libre arbitre : la liberté captive
Les trois libertés, selon Bernard de Clairvaux
L’ambivalence de la liberté dans la pensée bernardienne
Le contexte du XIIIe siècle : naissance des universités et réception d’Aristote
Thomas d’Aquin et l’utilisation d’Aristote dans l’édification de la Sacra doctrina
Les rapports entre théologie et philosophie
Deux points de vue sur les créatures, entre philosophie et théologie
La question de l’être dans la Somme théologique
L’essence n’est pas l’existence
La puissance n’est pas l’acte
La matière et la forme
Thomas d’Aquin et le mystère de l’acte d’être
Quatrième partie – De Bonaventure à Maître Eckhart
L’importance de la spiritualité de François d’Assise
La production de la création selon Bonaventure
L’analogie, dissemblance ou ressemblance ?
La ressemblance de la créature au Créateur
La créature comme miroir du divin
La place de l’homme dans la Création
L’ordre du monde et l’ordre de l’âme
Comprendre la création par les sens : l’apport de Bonaventure
Maître Eckhart et la voie du détachement
Le non-être des créatures et la « petite forteresse » de l’âme humaine
L’exigence du détachement
Un nouveau rapport aux choses et à Dieu
Une mystique de la proximité et de l’unité
Cinquième partie – Nicolas de Cues et l’infini créateur
Une pensée de l’infini
Transcendance divine et coïncidence des opposés
La « docte ignorance » et la méthode des conjectures
Le monde créé : enveloppement et développement
Création divine et création humaine
Conclusion – La notion de Création, constitutive d’une époque de l’être
Repères chronologiques
Index des noms
Bibliographie succincte

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Véronique Le Ru : Emilie du Châtelet philosophe

Classiques Garnier - Avril 2019


Aujourd'hui Emilie du Châtelet est peu ou mal connue, d'où l'urgence de dresser le portrait de la Marquise du Châtelet en philosophe à part entière, et non pas en simple traductrice de Newton, ou en simple compagne de Voltaire. Il est temps de lire Émilie du Châtelet pour elle-même.


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samedi 27 avril 2019

Houchang Guilyardi (dir.) : Vous avez dit jouissance ?

Erès - Avril 2019 - Le corps a ses raisons


Qu’est-ce que la « jouissance »? Un concept majeur de la psychanalyse, un mot qui inquiète et dérange, ou une notion particulièrement opérante dans la vie psychique d’un sujet ? C’est au champ juridique que Lacan a emprunté le terme de jouissance, et non à celui de la sexologie. C’est un bien, l’usufruit, dont on peut jouir sans le posséder. La jouissance est par définition excès, elle dépasse les bornes. Jouissance du savoir, du pouvoir, des mystiques, jouissance masochiste…, elle se repère dans ce qui se répète indéfiniment au-delà du principe de plaisir. Comment faire avec cet inévitable et échapper à la répétition mortifère ? Des psychanalystes issus de diverses associations apportent leur contribution pour fournir au lecteur un outil de travail et de recherche qui permet d’appréhender au plus près l’état de la question aujourd’hui. Entre clinique et théorie, ils tentent d’avancer au mieux dans le vaste champ d’un « concept étoile » que l’on ne peut attraper que par bribes.

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Luca Governatori : Les nuits de Jung - Mystique et psychologie du Livre Rouge

Almora - Avril 2019


Il y eut sans doute deux Jung. Celui qui s'adressa à son époque, psychiatre, théoricien de l'inconscient, et celui qui vécut la nuit, solitaire, homme de l'ombre, consignant ses expériences secrètes (rêves et visions) dans un ouvrage qui ne fut jamais publié de son vivant : le Livre Rouge. La somme de ces retranscriptions donne un livre improbable et titanesque, endiablé par des dialogues avec les " morts ". Sous l'emprise totale de l'imaginaire, Jung y décrit une extravagante odyssée intérieure, une généalogie vivante des métamorphoses de l'âme, et même une cosmologie. 
En quel sens le Livre Rouge a-t-il donc pu former, comme Jung lui-même le confia, le noyau volcanique de tous ses travaux ? 
Un livre sauvage et halluciné peut-il véritablement donner lieu aux principes méthodologiques et thérapeutiques d'une psychologie de l'inconscient ? Est-ce un pas de côté audacieux, en direction de l'Orient, afin d'adapter notre approche de la psyché aux mélodies nocturnes d'une mystique ? Comment décrypter le fil que déroula Jung au sein des profondeurs de l'âme, depuis l'image d'un Dieu " terrible " et " nouveau " jusqu'aux origines mystérieuses d'une " part d'immortalité " propre à l'homme ? 
À la lumière d'une source commune où s'unissent la psychologie, la philosophie et les traditions spirituelles, Luca Governatori nous invite à découvrir les couloirs secrets de ce texte-monde. Une œuvre originale et magistrale, indispensable pour quiconque s'intéresse à Jung et à la psyché humaine. 

Luca Governatori est né en 1977. Il est diplômé de la FEMIS et docteur en philosophie. À la suite de nombreux voyages en Asie et après s'être familiarisé avec certaines de ses traditions (bouddhisme tibétain, Advaïta Vedanta, Kriya Yoga, Yi Jing), il revient vers l'Occident et dédie ses recherches aux sources et méthodes d'une exploration vivante de l'inconscient. À travers l'étude du Livre Rouge de Jung, auquel il consacre sa thèse de philosophie. Ainsi qu'en développant sous différentes formes (transe chamanique, yoga du son, danse) la pratique des " états modifiés de conscience ". Il est aujourd'hui cinéaste, essayiste et thérapeute.

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Johann Michel : Homo Interpretans. Towards a Transformation of Hermeneutic

Rowman & Littlefield International - Avril 2019


When do we interpret? That is the question at the heart of this important new work by Johann Michel. The human being does not spend his time interpreting in everyday life. We interpret when we are confronted with a blurred, confused, problematic sense. Such is the originality of the author's perspective which removes the anthropological interdict that has hampered hermeneutics since Heidegger. Michel proposes an anthropology of homo interpretans as the first and founding principle of fundamental ontology (relating to the meaning of being) as well as of the theory of knowledge (relating to interpretation in the human sciences). He argues that the root of hermeneutics lies in ordinary interpretative techniques (explication, clarification, unveiling), rather than as a set of learned technologies applied to specific fields (texts, symbols, actions).

Johann Michel is Professor at the University of Poitiers and is affiliated with the EHESS in Paris. He is member of the scientific council of the Fonds Ricoeur and member of the Institut Universitaire de France. Specialist of hermeneutics and social theory, he is author of many books in French, translated into several languages, including Ricoeur and the Post-Structuralists.

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vendredi 26 avril 2019

Dominique Schnapper et Fabrice Gardel : L'ABéCédaire de Raymond Aron

L'Observatoire - Février 2019


Trois jours avant de se suicider, Romain Gary écrit à son ami : « Cher Raymond Aron, votre esprit souligne si bien ces temps obscurs que l'on en vient parfois, en vous lisant, à croire à la possibilité d'en sortir et à l'existence d'un chemin. Rares sont les cas où la force de la pensée rejoint celle d'un caractère. » « Temps obscurs », la formule fait étrangement écho aujourd hui. Une Europe qui ne croit plus en ses valeurs. La violence, la haine, la confusion qui gagnent. L'insulte qui remplace le dialogue démocratique. Le brouhaha médiatique, la radicalité inquiétante des réseaux sociaux. Le désarroi des intellectuels. Le « petit camarade » de Sartre, qui fut son adversaire le plus intelligent, a tenté, sa vie durant, de penser le monde dans sa complexité. Son obsession : le goût de la vérité, la détestation des fake news, la défense de nos systèmes démocratiques, « les pires des régimes à l'exception de tous les autres ». Les Désillusions du progrès, Penser la guerre, L Opium des intellectuels... Il est salutaire aujourd hui de relire ce « professeur d'hygiène intellectuel » dont parlait Claude Lévi-Strauss, l'un des esprits les plus lucides du XXe siècle. TEXTES CHOISIS PAR DOMINIQUE SCHNAPPER ET FABRICE GARDEL

Sociologue de renom, auteur d'une trentaine d'ouvrages (Odile Jacob, Gallimard, PUF…), Dominique Schnapper est la fille de Raymond Aron. Producteur, réalisateur, auteur, Fabrice Gardel est notamment l'auteur d'un documentaire sur Raymond Aron (diffusion Public Sénat et AB, octobre 2018).

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Miguel Abensour : Le cœur de Brutus

Sens et Tonka - Mai 2019


Pour reprendre la fameuse formule d’Anacharsis Cloots, “Ni Marat, Ni Roland”, la ligne directrice de cet essai sera : “Ni Soboul, Ni Furet”. Le pari est fait que le temps est venu de proposer une lecture qui se tienne à l’écart des idéologies qui ont cours, soit l’identification du jacobinisme à une préfiguration du léninisme, soit la glorification de Thermidor. Autrement féconde nous apparaît l’approche de R. Bodei qui, dans La Géométrie des Passions, en confrontant le projet jacobin à Spinoza dévoile une nouvelle constellation dans laquelle le recours à la crainte et à l’espoir, loin de viser à l’asservissement du peuple travaille à sa libération.
Cet ouvrage aura pour ambition de "s'expliquer avec Saint-Just" faisant de la question politique le lieu critique. Il comprend deux volets : l’un consacré à la philosophie politique de Saint-Just, l’autre à l’héroïsme et à sa prégnance dans l’agir révolutionnaire.

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Aristote : Les Réfutations sophistiques

Vrin - Avril 2019 - Histoire des doctrines de l’antiquité classique


L’interprétation des Réfutations Sophistiques reposait depuis près d’un siècle sur l’édition de Ross qui n’avait ni relu les manuscrits les plus anciens : l’Urbinas gr. 35 (A, du Xe s.) et le Marcianus gr. 201 (B, a. 954), ni utilisé le Vaticanus Barberinianus gr. 87 (V, du Xe s.) et les fragments du Parisinus suppl. gr. 1362 (F, du IXe s.). L’édition de Myriam Hecquet repose sur de nouvelles collations de ces témoins directs. Elle ajoute le témoignage des traductions arabes de Qadim ibn Nâ’ima (IXe s.), Yahyâ ibn ’Adî (Xe s.) et ’Isâ ibn Zur’a (Xe s.) d’après l’examen ponctuel que Michel Crubellier a fait du Parisinus ar. 2346. Elle retient généralement le texte des manuscrits A et B, moins corrompus, plutôt que les corrections savantes trouvées dans les autres manuscrits ou proposées par les éditeurs et interprètes. Sa traduction élucide des passages restés jusque là incompris. Un appareil de notes explicatives très développées rend compte de la complexité du texte et en facilite la lecture. Dans l’introduction, l’auteur revient sur la genèse du traité et la cohérence de l’analyse aristotélicienne, propose une explication inédite du fonctionnement de la dialectique peirastique (comment n’importe qui peut-il mettre à l’épreuve le savoir revendiqué par son interlocuteur?) et reconsidère l’objet du traité et la relation aux Topiques.

Introduction, édition du texte grec, traduction et commentaire par Myriam Hecquet, Professeur de Philologie grecque et latine à la Faculté de Médecine de l’Université de Lille, au Domaine Santé Société Humanisme, et membre de l’UMR 8164 HALMA.

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jeudi 25 avril 2019

Denys Riout : Portes closes et œuvres invisibles

Gallimard - Avril 2019 - Collection : Art et artistes


L'invisibilité des "oeuvres invisibles" n'est nullement due à des circonstances malheureuses, perte ou destruction. Elles ont été pensées comme telles par des artistes qui ont sciemment décidé de les offrir aux amateurs sans les leur donner à voir, ou fort peu. La plupart ont une existence matérielle avérée. Certaines négligent la vue et mobilisent l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher. Quant aux oeuvres qui pourraient être visibles si l'artiste n'en avait pas décidé autrement, elles sont cachées ou occultées afin que nous ne puissions les regarder. L'effacement du primat de la vue opère un bouleversement profond dans notre rapport aux "arts visuels" . Pour la première fois, ces oeuvres sont étudiées dans une perspective globale.

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Elisée Reclus : Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes (préface d'Annie Le Brun)

Bartillat - Avril 2019


Géographe, Élisée Reclus a consacré sa vie à de nombreux travaux dans un esprit encyclopédique. Il n'en avait pas moins un rare sens de la synthèse. Les pages du manifeste suivant en témoignent. Elles sont un concentré de la pensée qui l'habitera toute sa vie. Rien ne vaut l'expérience personnelle pour se faire une idée des rapports entre l'homme et le cosmos. Dans la lignée des grands penseurs depuis Jean-Jacques Rousseau, Reclus synthétise ses impressions et offre une vision grandiose : " En escaladant les rochers, le piéton des montagnes ressent une véritable "volupté". " Il ajoute : " La vue des hautes cimes exerce sur un grand nombre d'hommes une sorte de fascination. " Reclus est considéré comme un astre de la géographie. Il compte parmi nos éclaireurs et mérite une totale réhabilitation.

Élisée Reclus, de son nom complet Jacques Élisée Reclus, né à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) le 15 mars 1830 et mort à Torhout en Belgique le 4 juillet 1905, est un géographe et militant anarchiste français. Citoyen du monde avant l'heure, précurseur de la géographie sociale, de la géopolitique, de la géohistoire et de l'écologie, ses ouvrages majeurs sont La Terre en 2 volumes, sa Géographie universelle en 19 volumes, L'Homme et la Terre en 6 volumes, ainsi que Histoire d'un ruisseau et Histoire d'une montagne.

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Tommaso W. Bertolotti : Legosophie. Petite philosophie du Lego

Presses Universitaires de France - Avril 2019


Le LEGO, l'un des jouets les plus célèbres dans le monde, peut-il être un support de pensée ? Mieux encore, peut-on s'inspirer de son fonctionnement pour construire un système ? C'est du moins le point de départ de la réflexion de Tommaso Bertolotti. En philosophie comme dans le LEGO, la méthode ne va pas sans liberté. Liberté de mélanger plusieurs modèles, de tester une méthode dans un autre domaine, de reproduire une virtuosité constructive dans un registre complètement différent, ou bien de varier l'échelle de la construction. Les philosophes et les constructeurs de LEGO se nourrissent de cette liberté. Le LEGO et la philosophie sont modulaires par définition. Le constructeur revendique son indépendance face aux instructions en laissant libre cours à sa fantaisie, mais en faisant ainsi il va appliquer ces techniques qu'il a précisément apprises grâce aux instructions. Naviguant de la philosophie ancienne aux sciences cognitives, Tommaso W. Bertolotti éclaire d'un regard malicieux l'art de la méthode des philosophes.

Tommaso Wayne Bertolotti est philosophe. Il se partage entre Pavie (Italie), Paris et Los Angeles. Ses études se concentrent sur l'impact de la technologie sur l'esprit des hommes contemporains. Il est chercheur post-doctoral à l'université de Pavie, chercheur invité au Mind and Society Center de l'University of Southern California et a collaboré avec Télécom ParisTech.

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mercredi 24 avril 2019

Revue des sciences humaines, n°333 : Ce qui parle en moi : l'étrangeté de la voix

Presses du Septentrion - Mai 2019


Direction : Stéphanie Genand et Françoise Simonet-Tenant

Ce numéro est consacré aux enjeux anthropologiques de la voix, aussi bien en littérature que dans les arts. Traversant les siècles et croisant les sciences humaines, la voix constitue un objet à la fois évident et insaisissable, constitutif de notre identité et fondateur de notre altérité. Explorer le continent vocal suppose donc d'interroger les apparitions de la voix, dans les œuvres et l’existence du sujet, mais aussi les disjonctions, sociales et sexuelles, dont elle s’accompagne.

françoise SIMONET-TENANT Introduction : « Qui me parle, à ma place même ? »
Définir la voix, en sa présence et ses troubles
david LE BRETON Voix étouffées
paul-laurent ASSOUN Le hors-corps vocal, ou les vocalisations du texte
Voix et lien social
stéphanie GENAND « Vestiges d’un paysage sonore » : entretien avec Arlette Farge
florence MAGNOT-OGILVY Les voix des babillardes : le babil, le babillage et la norme de goût dans les romans-mémoires de Marivaux
jean-louis JEANNELLE Un audioportrait : Les Années déclic de Raymond Depardon
Les arts de la voix
sarah NANCY Voix voilées
florence FILIPPI « La ligne insaisissable de l’intonation précise » : Voix et silences d’actrices au XIXe siècle
judith le BLANC Les voix invisibles : chanter hors-scène
Une voix ou des voix : le théâtre de l’énonciation
gwenaëlle SIFFERLEN La voix dans l’épistolaire : lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo
yvan LECLERC Flaubert au gueuloir
béatrice ATHIAS Ce « monsieur qui raconte et dit : Je » : les voix du dedans et du dehors dans À la Recherche du temps perdu
Subjectivité et polyphonie
stéphanie GENAND « Le quelque chose qui est là et qui me parle » : Diderot, juste avant Freud ?
bruno CLÉMENT La voix de Pierre Fontanier dominique RABATÉ Voix et style : quelques réflexions
Note de lecture
hélène GESTERN De vives voix. Gaëlle Josse, Paris, Le temps qu’il fait, 2016

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Belinda Cannone : La forme du monde

Arthaud - Avril 2019 - Versant intime


"Au fil de l'ascension, une belle montagne, sur l'autre versant de la vallée, se révéla progressivement dans toute sa masse et m'apparut comme un cône gigantesque: elle "prit forme" tandis que je m'élevais, son dessin d'ensemble ne me devenant perceptible que quand j'eus atteint une certaine altitude. Voici l'intérêt de prendre de la hauteur: la forme du monde, cachée pour le passant des fonds de la vallée, nous apparaît miraculeusement à mesure que nous montons. Elle devait être assez somptueuse cette montagne, car je me rappelle m'être émue d'un petit banc, vraiment tout seul sur un épaulement, posé devant la majesté de la chaîne comme au bord de l'infini."

Romancière et essayiste, Belinda Cannone a publié récemment un roman, Nu intérieur (L'Olivier, 2015), un livre de photos et poèmes, Un Chêne (Le Vistemboir, 2016) et un essai, S'émerveiller (Stock, 2017)

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Markus Gabriel : Le néoexistentialisme. Penser l'esprit humain après l'échec du naturalisme

Hermann - Avril 2019


Dans ce livre très original, Markus Gabriel avance une théorie du soi humain qui surmonte les blocages inhérents aux positions standards en philosophie de l’esprit contemporaine. Son point de vue, le néoexistentialisme, est intégralement antinaturaliste, en ce sens qu’il rejette toute théorie selon laquelle l’ensemble de nos meilleures connaissances scientifiques naturelles serait pleinement capable de rendre compte de l’esprit humain. L’auteur montre plutôt que l’esprit humain consiste en une prolifération ouverte de vocabulaires mentalistes. Leur rôle dans la forme de vie humaine consiste à rendre compte du fait que l’être humain ne se fond pas simplement dans la nature inanimée et le reste du règne animal. Les humains s’appuient sur un autoportrait qui les situe dans un contexte aussi large que possible au sein de l’univers. Ce qui distingue cet autoportrait de notre connaissance de la réalité naturelle, c’est que nous changeons en vertu de nos croyances, vraies ou fausses, au sujet de nous-mêmes.

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mardi 23 avril 2019

Miguel Sierra Rubio : Les structures cliniques: Fondements et perspectives d'une doctrine lacanienne

Presses universitaires de Rennes - Avril 2019 - Clinique psychanalytique et psychopathologie


Déterminer une position subjective en tant que névrose, psychose ou perversion relève de la doctrine des structures cliniques. Loin de faire l’unanimité, cette conception se heurte aux opinions les plus disparates. Ainsi, quelques auteurs soutiennent qu’elle prolonge naturellement les travaux de Freud et Lacan. D’autres soulignent son origine freudienne en même temps que sa caducité face aux nouvelles pathologies. De même, dans cette invention certains analystes trouvent un délitement de la pensée lacanienne. Ce livre fait le choix d’interroger les évidences qui hantent la doctrine des structures cliniques. Son premier objectif est de suivre la trace de la représentation structurale chez Freud en métapsychologie et psychopathologie, parfois jusqu’à l’émergence de fils généalogiques inédits. Ensuite, il espère de rendre compte des élaborations de Lacan sur les structures freudiennes de la névrose, la psychose et la perversion tout au long de son enseignement. Enfin, il tente de restituer les avatars de la doctrine en cause dans le Champ freudien, ainsi que son bien-fondé dans le cadre des débats de notre époque : la proposition d’une structure psychosomatique, la promotion des organisations borderline, la liquidation post-moderne de la structure perverse, la contrainte des nosographies opérationnalisées (CIM, DSM et PDM), la querelle de l’autisme et l’intérêt par les formes infra-cliniques des psychoses. Dessinés de manière précise, les contours auparavant flous des structures cliniques retrouveront alors chez le lecteur leur diamant de subversion – tant cette cartographie de la subjectivité désirante s’oppose à la défaillance contemporaine dans l’appréhension du réel clinique.

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Dionys Mascolo : La révolution par l'amitié

La Fabrique - Avril 2019


Dionys Mascolo naît en 1916 dans une famille d’immigrés italiens. Lecteur chez Gallimard, il entre dans la résistance pendant l’occupation, et fait partie du « groupe de la rue Saint-Benoît » autour de Marguerite Duras – qu’il épousera après la guerre. Il entrera là en contact avec Robert Antelme, Edgar Morin, Merleau-Ponty, Claude Roy. À la libération, il participe, avec François Mitterrand, au rapatriement d’Antelme, mourant au camp de Dachau. Il adhère au PCF EN 1946, mais très vite il est rebuté par la rigidité de l’appareil. Il est exclu du parti en 1950, avec Duras et Antelme. Il écrit en 1953 Le Communisme, où il expose sa conception d’un communisme différent. Anticolonialiste convaincu, il coécrit avec Maurice Blanchot le texte de la Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie (le « Manifeste des 121 ») dont le retentissement est énorme. En mai 68, il crée avec Blanchot un Comité d’action étudiants-écrivains dont plusieurs textes sont présentés dans notre livre. Jusqu’à la fin (1997) il écrit et milite pour « un communisme de pensée ». Le livre présente une série de textes dont les plus remarquables sont son étude sur Saint-Just, sa réflexion sur Nietzsche et les textes de 68 sur les comités d’action. Tout son travail se situe dans l’optique d’un autre communisme, différent du communisme objectif et purement rationnel qui était dominant à l’époque. Sa conception d’une version sensible a eu une grande influence, en particulier sur les Situationnistes et Guy Debord. Mascolo ne cherchait pas la célébrité, et aujourd’hui encore, son rôle est largement méconnu. Ce recueil met en évidence son talent et son engagement.

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Pierre-Frédéric Charpentier : Les Intellectuels français et la guerre d'Espagne. Une guerre civile par procuration (1936-1939)

Editions du Félin - Avril 2019 - Collection : histoire et sociétés


« La tragédie espagnole est un charnier. », écrit Georges Bernanos dans Les Grands Cimetières sous la lune. La guerre d’Espagne (1936-1939) a pris fin il y a quatre-vingt ans, et avec elle l’un des épisodes les plus passionnels de l’histoire des intellectuels français. Dans ce conflit qui annonçait directement la Seconde Guerre mondiale, les clercs se sont en effet engagés avec une ferveur inédite pour l’un ou l’autre des deux camps en présence.
Cet ouvrage rappelle que l’intelligentsia de gauche a pris fait et cause pour la défense de la République espagnole au nom de l’antifascisme et de la défense des libertés, tandis certains écrivains se rendaient même de l’autre côté des Pyrénées combattre les armes à la main, tels André Malraux, à la tête de l’escadrille España, Benjamin Péret ou Simone Weil. À droite, la mobilisation des consciences ne fut pas moindre, allant de la célébration de Franco à l’exaltation de la « croisade » contre le communisme, sous la plume d’auteurs comme Charles Maurras, Robert Brasillach ou Paul Claudel
Les deux camps n’en étaient pas moins traversés par des contradictions internes qui complexifient ce schéma binaire aujourd’hui couramment admis. Les fractures internes de la gauche entre pacifistes et interventionnistes, communistes staliniens et révolutionnaires, empêchèrent ainsi son unité et annoncèrent à terme sa défaite. Quant à la droite, plus homogène dans sa lutte, elle n’en dut pas moins affronter la défection des chrétiens progressistes qui, par la voix de François Mauriac ou de Jacques Maritain, refusaient d’entériner la « guerre sainte » contre les « rouges ».
Pierre-Frédéric Charpentier s’est attaché à restituer ce pan singulier de l’histoire intellectuelle française à l’aide de nombreuses sources d’époque. Son étude, qui propose la première synthèse d’ensemble sur le sujet traité, rappelle combien, trois année durant et dans le contexte trouble de la montée des périls, la guerre d’Espagne représenta pour les intellectuels français une véritable guerre civile par procuration.

Pierre-Frédéric Charpentier est enseignant dans le secondaire, chargé de cours aux universités Toulouse-Capitole et Toulouse Jean-Jaurès, ainsi qu’à l’Institut d’Études Politiques de Toulouse. Chercheur en histoire culturelle et politique, il a notamment publié La Drôle de guerre des intellectuels français (2008) et Le Troisième Homme. Histoire des grands perdants de l’élection présidentielle (2017).

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lundi 22 avril 2019

Valérie Gérard : Par affinités. Amitié politique et coexistence

Editions MF - Avril 2019 - Collection : Inventions


L'ouvrage se propose de montrer le sens qu'il y a à s'orienter, en politique, par affinités, tout en distinguant la logique affinitaire d'une logique identitaire et clanique discriminante, et en questionnant son rapport à la prise en compte de la coexistence non choisie des êtres humains, avec la pluralité de leurs préférences et de leurs genres de vie. Il propose la thèse suivante : c'est paradoxalement l'orientation affinitaire, sensible, consciemment partiale, plus qu'une prétention à s'orienter d'après des raisons, qui est la plus à même de faire une place à la coexistence de la multiplicité, parce qu'elle reconnaît l'absence de principe et donc l'illégitimité de toute prétention à l'uniformisation du monde. Cette problématique conduit à poser la question de la place de la raison dans le domaine politique, à penser le rapport entre pensée logique et sensibilité politique. Par là, c'est aussi une éthique des choix politiques qui est esquissée.

Valérie Gérard enseigne la philosophie en classes préparatoires littéraires et est directrice de programme au Collège international de philosophie (pour la période 2016 2022). Ce livre est tiré du séminaire qu elle a fait dans ce cadre en 2017 (« Dis-moi qui tu aimes, une autre approche de la sensibilité en politique »). Elle a soutenu en 2008 une thèse de philosophie morale et politique publiée en 2011 aux PUF, L Expérience morale hors de soi (collection « pratiques théoriques »). Elle a édité et préfacé des uvres de Simone Weil chez Rivages (L Iliade ou le poème de la guerre, écrits sur l Allemagne, Amitié, Contre le colonialisme.)

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Michaël Bar-Zvi : La pensée anthume

Les Provinciales - Avril 2019


Qu'est-ce qui fait vivre un homme à l'approche de la mort, quand le mal l'a atteint irrémédiablement ? Comment cela change-t-il ses relations à autrui ? La mort, dont on ne lui parle pas, de quelle manière est-ce qu'il y pense, est-ce qu'il l'ignore ? De quel œil regarde-t-il sa propre déchéance physique ? Les convictions d'un caractère trempé, est-ce qu'elles se modifient à la fin ? L'introspection, la remise en cause, la culpabilité, le sentiment d'échec, la mélancolie dominent-ils ? Quand est-ce que le souci de l'œuvre à accomplir disparaît ? Michaël Bar-Zvi n'a pas « voulu » répondre à ces questions pendant les derniers mois de sa vie, il a seulement continué à donner aux siens et à ce peuple qui est le sien « ce qu'il nous reste d'être » - et cela a produit ces notes étranges, comme venues d'ailleurs... A plusieurs reprise il indique qu'il se confronte à « l'exil intérieur » et c'est avec un accent kafkaïen qu'il peut prononcer cette phrase : « Je vais essayer de vivre une journée normale ». « Né pour les courtes joies et les longues douleurs », la douleur principale à laquelle il se confronte pourtant n'est pas physique, c'est que le temps (le temps de la maladie), « ce temps ne m'est pas donné ». Dans cette situation les sujets habituels - discuter ceci, rapporter cela, plaisanter l'être et le néant - deviennent un exercice plus difficile, mais curieusement cette étrange nouveauté qui envahit tout, bouleverse tout et contre laquelle lui aussi voudrait bien s'arrimer ou du moins se tenir assez droit, ouvre en lui une intimité, permet une intrusion dans sa vie intérieure comme jamais. Cette sorte de confession pourtant ne réduit pas l'écart entre lui et nous, elle montre plutôt l'ultime recès et la noblesse du combat qui s'y livre, citadelle intérieure, théâtre de la dernière bataille au plus près de la « chambre du roi » devant laquelle on ne dépose pas son arme et qui ne sera jamais livrée. Ce dans quoi Michaël Bar-Zvi fut élevé, le souvenir au retour des camps, il le rejoint grâce à la simple vertu d'une vie traversée de bout en bout. Comme le lieutenant du « Désert des Tartares », en s'approchant humblement de l'unique destin, il donne un sens non seulement à tout ce qu'il a vécu dans la fidélité, mais à la geste de tous ceux qui forcément se rejoignent tôt ou tard dans la banalité de la mort. Il n'y a aucun obstacle entre les hommes puisqu'ils finissent, et l'exigence à leur égard ne s'éteint pas de par leur défection mais révèle à cette occasion une toute puissante douceur. En un sens c'est presque insoutenable. Michaël Bar-Zvi est mort le 29 mai et ses mots peuvent remplir d'infinis regrets, mais le regret est peut-être le dernier don que l'on puisse recevoir de celui qui disparaît. Comment franchir l'obstacle de l'altérité qui n'est en somme pleinement révélé que par l'amour, c'est-à-dire un respect infini ? Ces textes apparaissent comme des derniers signaux en provenance d'un bateau déjà lointain, qui se raréfient à mesure qu'il s'écarte et cesseront tout à fait quand il disparaîtra au large. La suite n'existe pas. « Je n'entends pas écrire pour la postérité mais pour une antériorité, pour devancer ma pensée ou pour ne pas la laisser passer. La pensée anthume est une ouverture, un passage, ou seulement une embrasure sur ce qui advient, beaucoup plus qu'une réflexion sur ce qui est déjà arrivé. Il ne s'agit pas d'anticiper ou de prévoir les événements, mais de nous préparer à les vivre sans les connaître. L'accueil du nouveau, de l'inattendu ou de l'intrus représente toujours une menace, vécu parfois comme une provocation ou une violence à notre tranquillité. L'anthume c'est essayer d'être en avance sans pour autant arriver trop tôt. » écrivait Michaël Bar-Zvi.

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