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mercredi 3 novembre 2021

Siri Hustvedt : Que sommes-nous ? Essais sur la condition humaine

 Actes Sud - Novembre 2021


Très jeune, Siri Hustvedt réalise que sa vision et son toucher diffèrent de ceux des autres : lorsqu’elle voit quelqu’un être touché à un endroit du corps, elle ressent en miroir une sensation au même endroit. Si la synesthésie visuo-tactile fascine, c’est parce qu’elle se situe à la frontière entre soi et l’autre. Et l’auteure de *La Femme qui tremble* lui doit sa vive conscience du fait qu’il n’y a pas de soi sans l’autre.
S’élevant contre la suprématie de l’esprit sur le corps, de la raison sur l’émotion et du masculin sur le féminin, Siri Hustvedt prône une approche non dissociative : la signification naît dans la réalité d’un corps vivant dans le monde et interagissant avec d’autres.
En explorant avec précision et élégance les mystères de l’hystérie, de l’imagination et de la mémoire, en proposant une analyse aussi sensible que pénétrante des ressorts du suicide, ainsi qu’une lecture très personnelle de Kierkegaard, Siri Hustvedt nous invite à arpenter avec elle autant de zones frontières – une géographie du potentiel, de la rêverie, des désirs, des attentes et des peurs, où un soi avide de reconnaissance s’entrelace sans cesse à l’autre.

Romancière de réputation internationale, Siri Hustvedt est également l'auteur d'une oeuvre essayiste de tout premier plan. Ses livres sont traduits dans plus de trente langues. En France, son œuvre est intégralement publiée par Actes Sud notamment Un monde flamboyant (2014) qui a fait partie de la sélection du Man Book Prize 2014 et a reçu le prix Transfuge du meilleur roman américain en 2014.

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mardi 21 septembre 2021

Gilles Grelet : Theory of the Solitary Sailor

 Urbanomic - Novembre 2021


There are those who go to sea in order to quit the world, to purge themselves of it, and those who annex the sea to the world, making it as worldly as they can….

Over a decade ago, Gilles Grelet left the city to live permanently on the sea, in silence and solitude, with no plans to return to land, rarely leaving his boat Théorème and never for more than a few hours at a time. An act of radical refusal, a process of undoing one by one the ties that attach humans to the world, for Grelet this departure was also inseparable from an ongoing campaign of anti-philosophy.

His book is neither a spectacular nautical tale, a guide to maritime lore and technique, an essay that uses sailing as an allegory for some spiritual practice or promised wisdom, nor an anecdotal account of the shifting moods of one who has chosen life on the sea. Like François Laruelle’s ‘ordinary man’ or Rousseau’s ‘solitary walker’, Grelet’s solitary sailor is a radical theoretical figure, herald angel of an existential rebellion against the world and against philosophy’s world-thought, point zero of an anti-philosophy as rigorous gnosis, and apprentice in the herethics of navigation.

More than a set of scattered reflections, less than a system of thought, Theory of the Solitary Sailor is a gnostic device. It answers the supposed necessity of realising the world-thought that is philosophy (or whatever takes its place) with a steadfast and melancholeric refusal. As indifferently serene and implacably violent as the ocean itself, devastating for the sufficiency of the world and the reign of semblance, this is a lived anti-philosophy, a perpetual assault waged from the waters off the coast of Brittany, amid sea and wind.

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samedi 18 septembre 2021

Catherine Chalier : Comme une clarté furtive. Naître, mourir

 Bayard - Septembre 2021


Notre existence n'est elle qu'une petite lumière au coeur de l'obscurité ? Il ne va pas de soi de penser que l'enfant - et tout être humain donc - vienne du néant, du rien. Socrate enseigne que la vérité est déjà en lui. Les sages du Talmud font baigner l'enfant à naître dans la lumière originelle. Pour ces pensées, pourtant très différentes, l'âme humaine est irréductible à un pur effet de la matérialité. L'autre pôle de notre finitude - la mort - a bien davantage été pensée par les philosophes et les théologiens. Vie et mort ne sont pas deux contraires, mais deux forces, l'une de création et l'autre de "décréation", elles concernent tous les champs de l'existence. Dans ce texte de réflexion puissant et lumineux, Catherine Chalier invite à penser la mort autrement. Pas seulement en constatant les effractions du mal, de la souffrance ; pas seulement non plus donc en méditant sur notre destinée ultime, que ce soit avec mélancolie, sagesse, voire espérance, mais plus simplement, de façon plus grave, en faisant en sorte que la pensée de la mort insuffle en nous une nouvelle urgence dans notre amour de la vie.

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samedi 11 septembre 2021

Bruno Remaury : L'ordre des choses

 José Corti - Septembre 2021


Ce livre, articulant la fiction et les faits, esquisse l’évolution de notre rapport aux choses, passé en quelques siècles d’une vision fluide et ouverte, issue des anciens systèmes qui reliaient l’homme à ce qui l’entourait, bêtes et plantes, astres et dieux, à un ordre séparé et éclairé dans lequel chaque chose occupe une place déterminée.

S’y croisent un chasseur au siècle des Lumières, Daniel Defoe et Robinson Crusoé, un enfant qui se cache, une impitoyable comtesse, des encyclopédistes, une fille sauvage, un voyageur en Sicile, l’empereur Tibère, Piero di Cosimo, le dieu Pan, une sorcière, un sans-abri anglais ainsi que des figures et rituels venus du fond des temps.

Non pas suite, mais prolongement du paysage entrepris avec Le Monde horizontal et Rien pour demain, L’ordre des choses en reprend la trame narrative, faite de fragments et d’associations, tissée de personnages réels et fictionnels. Au bout de ce parcours, dont le lecteur est aussi le traducteur, se dessine la manière dont la modernité, prise au sens large, a modifié les cadres de pensées avec lesquels nous pensons ce qui nous entoure.

Bruno Remaury est né en 1961. Après des études en art et un doctorat en anthropologie sociale, il a longtemps travaillé dans l’enseignement professionnel où il a également dirigé une collection de livres.
Son premier texte littéraire “Le Monde horizontal”, publié en 2019, chez Corti, a été particulièrement remarqué par la presse et les libraires. Il a obtenu la Mention spéciale du jury du Prix Wepler Fondation de la Poste, 2019

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samedi 4 septembre 2021

Emmanuel Fournier : Etre à être. Précédé de : Lettre aux inexistants

 Editions de l'Eclat - Septembre 2021


À vous qui êtes et qui, étant, désirez être davantage, n’étant jamais assez, étant peut-être trop, ne voulant pas être seulement ce que vous êtes, Et à vous qui n’êtes pas et qui voulez simplement être, peu importe comment, ou qui hésitez à être, Et aussi à vous qui ne croyez et ne désirez rien de particulier à propos d’être, qui ne pensez pas à être, mais qui ne voudriez pas manquer une occasion d’en rire ou de rire d’y penser, À tous…
cette ‘Lettre aux inexistants’ qui ouvre un nouveau volet dans l’œuvre infinitive d’Emmanuel Fournier.
Dans ce livre, il est question d’être et de s’engager à vivre, aux prises constantes avec l’abîme de n’être pas, et avec la question du nom de l’Être sous laquelle la philosophie l’a abordée jusque-là. Un chemin de traverse réinvestissant par les verbes les grands textes de la métaphysique, de Platon à Wittgenstein, pour expérimenter la question autrement vivante, autrement sauvage, qui est d’être, question à la fois plus large et plus proche de nos aspirations ordinaires.

Qu’il s’agisse de ses recherches philosophiques et poétiques autour de l’infinitif (Croire devoir penser, 1996; Philosophie infinitive, 2014 ; La Comédie des noms, 2016), de ses essais sur le cerveau (Creuser la cervelle, 2012 ; Insouciances du cerveau, 2018), ou de sa grammaire du dessin (La même chose, 1993 ; Mer à faire, 2005), Emmanuel Fournier bouleverse nos habitudes de penser et nous ouvre des horizons de lecture insoupçonnés.

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dimanche 8 août 2021

Jean Birnbaum : Le Courage de la nuance

 Seuil - Mai 2021


" Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison ", disait Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd'hui, tant l'air devient proprement irrespirable. Les réseaux sociaux sont un théâtre d'ombres où le débat est souvent remplacé par l'invective : chacun, craignant d'y rencontrer un contradicteur, préfère traquer cent ennemis. Au-delà même de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et politique se confond avec un champ de bataille où tous les coups sont permis. Partout de féroces prêcheurs préfèrent attiser les haines plutôt qu'éclairer les esprits.

Avec ce livre, Jean Birnbaum veut apporter du réconfort à toutes les femmes, tous les hommes qui refusent la "brutalisation" de notre débat public et qui veulent préserver l'espace d'une discussion aussi franche qu'argumentée. Pour cela, il relit les textes de quelques intellectuels et écrivains qui ne se sont jamais contentés d'opposer l'idéologie à l'idéologie, les slogans aux slogans. Renouer avec Albert Camus, George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron, Georges Bernanos, Germaine Tillion ou encore Roland Barthes, ce n'est pas seulement trouver refuge auprès de figures aimées, qui permettent de tenir bon, de se tenir bien. C'est surtout retrouver l'espoir et la capacité de proclamer ceci : dans le brouhaha des évidences, il n'y a pas plus radical que la nuance.

Jean Birnbaum dirige Le Monde des livres. Il est l'auteur de plusieurs essais, et notamment d'Un silence religieux. La gauche face au djihadisme (2016, prix Aujourd'hui) et La Religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous (2018, prix Montaigne)

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vendredi 7 mai 2021

Mauro Bonazzi : Petite philosophie pour temps troublés

 Les Belles lettres - Mai 2021


Nous vivons un temps troublé. Que faire pour sortir de l’impasse ? Peut-être un pas de côté, non pour fuir la réalité mais pour considérer nos problèmes sous des angles nouveaux, inattendus, échapper au flot des lieux communs en tâchant de mettre de l’ordre dans le désordre qui nous entoure.
Tel est l’objectif que poursuivent ces courts essais. Sans prétendre apporter des réponses définitives, ils éclairent nos problèmes, les plus personnels – qu’est-ce que le bonheur ? qu’est-ce qu’être soi-même ? – comme les plus partagés de notre époque – la mondialisation, les fake news.
Tantôt parcourant des sentiers battus, tantôt frayant des voies nouvelles, ils font entendre des voix devenues souvent inaudibles dans le tintamarre de l’actualité, peut-être aussi contradictoires – pourquoi pas ? En vertu de quoi devrions-nous toujours aller sans délai vers une conclusion ?

Après avoir enseigné la philosophie ancienne à l’Université de Milan, Mauro Bonazzi est aujourd’hui professeur ordinaire de philosophie ancienne et médiévale à l’Université d’Utrecht (Pays-Bas). Spécialiste de l’Athènes du Ve siècle av. J.-C., de Platon et de la tradition platonicienne, il tient, dans le Corriere della Sera et dans plusieurs périodiques italiens, des chroniques d’actualité. Sa fréquentation d’une Antiquité plus proche que nous ne croyons lui donne un regard original sur les singularités de notre présent.

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mardi 20 avril 2021

Georges Bernanos : Où allons-nous ?

 Le Seuil - Avril 2021


Le volume que vous tenez entre les mains n'est pas un livre comme les autres. Dans la composition reproduite ici, il a été imprimé clandestinement au cours de l'été 1943. Diffusé dans une France occupée, il consistait simplement en huit pages recto-verso, pliées et non reliées. Un tract. Un cri de colère.
" Où allons-nous ? " demande Georges Bernanos. Depuis le Brésil, où il s'est exilé en 1938, le romancier a observé avec angoisse le saccage nazi de toutes les valeurs. Il a pressenti que celui-ci risquait de produire son souffle destructeur au sein des sociétés européennes longtemps après la victoire alliée. Qu'il s'agisse de la trahison des classes dirigeantes " emportées par leur mépris et la haine du peuple ", du machinisme, de l'État total, de l'empire de l'argent, de la dictature anonyme ou de " l'immense appareil législatif et administratif " qui s'est mis en place pendant la guerre, l'écrivain aux dons de prophète a vu que l'humanité ne retrouverait pas ce qu'elle avait perdu –; ou qu'elle le retrouverait sous une forme méconnaissable. Un texte saisissant.

Sebastien Lapaque : préface

Romancier, journaliste et pamphlétaire, Georges Bernanos, né en 1888 à Paris, dénonça violemment la tentation des fascismes. Exilé au Brésil pendant la guerre, il rentre en France à la Libération et meurt en 1948. Durant sa vie, il s'essaye à tous les styles : romans, essais, nouvelles et même théâtre.

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jeudi 15 avril 2021

Alexandre Lacroix : Comment ne pas être esclave du système ?

 Allary - Avril 2021


Nous sommes de plus en plus nombreux à en rêver: échapper au système, à cette maximisation du profit, partout, tout le temps, qui ravage nos sociétés et la planète. Mais rompre avec le mode de vie dominant exige des sacrifices que peu d'entre nous sont prêts à consentir. Entre la pleine adhésion et la fuite, un chemin existe-t-il ?
Oui, répond Alexandre Lacroix, qui plonge aux racines de notre malaise en dévoilant la logique de notre modernité connectée, ce monde où l'auto-entrepreneuriat, le télétravail et les vérités alterna- tives déclinées sur les réseaux sociaux effacent les frontières entre sphère publique et sphère privée, temps de travail et temps de loisir, exploiteur et exploité, vrai et faux.
Mettre à nu cette mécanique donne à chacun de nouveaux repères et nous permet d'introduire du jeu. En s'affranchissant de l'utilitarisme dominant, en se donnant un idéal non négociable qui guidera notre action, il est possible de reprendre en main les rênes de nos existences.

Alexandre Lacroix est philosophe et romancier, directeur de la rédaction de Philosophie magazine et cofondateur de l'école d'écriture Les Mots.

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samedi 10 avril 2021

Christophe Lamoure : Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose

 Privat - Avril 2021


La marche et la pensée sont deux activités étroitement liées : elles font toutes deux appel au corps et à l'esprit en même temps, elles visent toutes deux des sommets, elles réclament toutes deux des efforts et enfin, on est toujours payé au centuple de cette peine. Chaque marche laisse le randonneur à la fois vidé de ses forces et plein d'une nouvelle énergie. La nature nous dispense généreusement cette vitalité qu'une existence parfois trop étroite, prise entre les exigences du travail et de la vie quotidienne, étouffe en chacun. Le goût de l'essentiel et la recherche de ce qui est élevé rapprochent la marche et la philosophie. Leur pratique fortifie notre humanité, ne les négligeons pas.

Après avoir étudié la philosophie à l'université Michel Montaigne de Bordeaux, Christophe Lamoure devient professeur de philosophie, d'abord dans le secondaire, avant de créer une école de philosophie en 2006 sur la côte basque. Il est l'auteur de nombreux ouvrages remarqués : 365 petits bonheurs philosophiques (2003), Petite philosophie du tennis (2004), Petite philosophie du marcheur (2007) aux éditions Milan.

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mercredi 9 décembre 2020

Pascale Seys : Le panache de l'escargot. Philosophie vagabonde sur l'humeur du monde

 Racine - Décembre 2020


Docteure en philosophie, Pascale Seys produit l'émission "Les tics de l'actu" sur Musiq 3, dans ces " bulles " de pensées, traversées par un fourmillement de références à l'histoire culturelle et à la philosophie classique, elle porte un regard " dézoomé ", tantôt grave, tantôt léger, sur nos façons d'agir et de penser. Les sujets abordés touchent autant à des préoccupations éthiques qu'esthétiques et sociologiques.

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mercredi 30 septembre 2020

Dorian Astor : La passion de l'incertitude

L'Observatoire de l'Editions - Septembre 2020


Contre les opinions trop assurées et les convictions aveugles, contre ce germe de fanatisme qui couve sous toute certitude trop tranchée, le philosophe Dorian Astor fait l'éloge de l'incertitude, entre souffrance et légèreté. Partant de cet aphorisme provocant de Nietzsche : « Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude », Dorian Astor s'est mis en quête d'un scepticisme heureux à la Montaigne - il sait toutefois que l'incertitude reste une inquiétude inhérente à la vie et aux signes équivoques du monde, tissée de crainte, de courage, mais aussi de curiosité passionnée. Il l'a traquée chez les animaux, chez les humains, en lui-même, loin des procédures classiques d'établissement de vérités certaines. Se faisant tour à tour moraliste, éthologue, anthropologue, psychologue, romancier, poète, le philosophe dissèque, d'une écriture aussi subtile que lumineuse, la passion de l'incertitude - sans être assuré du sens qu'il faut retenir du terme « passion » : grand amour ou martyre... ?

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dimanche 27 septembre 2020

Marion Zilio : Le livre des larves

 PUF - Septembre 2020


Il n'y a rien de plus répugnant qu'une larve. Pourtant, leur grouillement anonyme, dénué de toute pensée, exprime un état fondamental du monde : celui de la transformation permanente de la vie. Plonger dans le monde des larves, c'est plonger dans le coeur mouvant, luisant, blafard, de la matière dont tout est fait, à commencer par nous. Mais, en nous en rapprochant, ce n'est pas une horreur que le spectacle des larves révèle. Au contraire, elles nous apprennent que la putréfaction dont elles sont le symbole dessine la scène d'un devenir autre, où le plus hideux reçoit la chance de donner naissance au plus beau. À la fois esthétique, éthique, économique, politique et ontologique, nourri d'art, d'entomologie, de culture populaire et des derniers développements de la pensée contemporaine, le Livre des larves est une traversée fascinante de l'espace paradoxal où naissent et croissent les larves, et où s'effondrent les évidences les mieux partagées à propos de ce que nous croyons être. Car nous ne sommes rien d'autre, en réalité, qu'une larve qui a réussi.

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Yann-Hervé Martin : La fragilité assumée. Cinq méditations sur la précarité des choses

 Salvator - Septembre 2020


Une très ancienne légende juive raconte que Dieu, étant enfin parvenu à créer ce monde, aurait eu ces paroles inquiètes : « Pourvu qu'il tienne!» Le monde, notre monde, serait ainsi essentiellement fragile et, pour le faire tenir, Dieu aurait besoin de l'homme dont l'existence même, pourtant, est instable et désordonnée. Mais l'homme vulnérable, c'est aussi l'homme capable de prendre ses responsabilités devant les désordres du monde et d'incarner ainsi la figure du Juste. Pour y conduire, ce petit livre propose un cheminement en cinq étapes ou plutôt en cinq variations sur un même thème : celui de la précarité des choses, qu'il s'agisse de nos affaires morales, de nos responsabilités politiques ou de notre vie intérieure. 

Yann-Hervé MARTIN est agrégé de philosophie. Il a enseigné en classes préparatoires et il est l'auteur du Petit traité de la liberté intérieure (préface de Rémi Brague, Le Passeur, 2014), de La saveur de la vie ou la grâce d'exister (Salvator, 2012), d'essais à plusieurs voix et de romans. Il est membre de l'Académie d'Alsace, des sciences, lettres et arts.

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samedi 26 septembre 2020

Miguel de Unamuno : Traité de cocotologie

Les Editions de Paris - Max Chaleil - Septembre 2020


Sous une forme à la fois savante et ironique, le Traité de cocotologie établit une nouvelle discipline du savoir : la science des cocottes en papier. Anatomie, sexualité, origine et finalité : la cocotte est abordée ici dans les divers aspects de son être jusqu'à nous livrer tous ses secrets, son mystère enfin. Car ce jeu enfantin, cette pure projection géométrique, ce tripode parfait illustrent également les heureux desseins de la Providence en nous faisant douter de la notion même d'évolution et de progrès.

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Harold Bernat : Asphyxie. Manuel de désenfumage pour notre temps

 L'escargot - Septembre 2020


Nous sommes tous en overdose de commentaires. Partout dans les médias, les « maîtres causeurs » nous pompent l'air : communicants, éditorialistes, consultants business, experts politistes. Ces faiseurs d'opinion nous ennuient d'interminables sophismes. Tous passent de l'exemple à la généralité avec une mauvaise foi bien commode. Exemple : l'énervement d'un homme en gilet jaune devient le populisme, la colère d'un autre la haine de la démocratie. Eteindre la télé ne suffit pas. Il faut démanteler leur monde. Comment s'y prendre ? Le monde des « maîtres causeurs » n'est pas simplement une option économique que l'on pourra corriger avec des plans de croissance mieux maîtrisés. Ils ont avec eux la force de l'évidence et les lois du marché, leurs bouées de com et leurs sourires gonflables. Nous devons créer notre propre oxygène, inventer même notre façon de respirer. Cet essai propose une expérience de désenfumage collectif. Chaque chapitre passe au crible de la critique les intoxications des plus grands sophistes de l'hexagone. En renouant avec la pensée de Baudrillard et la tradition debordienne, Harold Bernat ouvre les fenêtres et laisse entrer un air neuf. Nous devons nous désenfumer, et vite. Car nous venons de plus loin, d'un autre horizon, d'une autre tradition de pensée. En somme, d'un autre air. 

Harold Bernat est professeur agrégé de philosophie. Né en 1975, il a déjà publié Vieux réac ! Faut-il s'adapter à tout ? (Flammarion, 2012) et Le néant et la politique : Critique de l'avènement Macron (L'échappée, 2017).

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samedi 23 mai 2020

Jean-Pierre Longre : Richesses de l'incertitude. Queneau et Cioran

lBack herald press - juin 2020


Bizarre. Lorsque je lis Cioran, je pense souvent à Queneau, et lorsque je lis Queneau, je pense parfois à Cioran. Il s’agit peut-être là d’un phénomène tout simple : pour un familier de Queneau, le risque est de laisser son esprit en être occupé même lorsqu’il lit d’autres auteurs ; pour un familier aussi de la littérature d’origine roumaine, préoccupé entre autres par Cioran, le risque est de laisser à celui-ci le champ un peu trop libre dans des lectures diverses, notamment queniennes… Bref, il me fallait tenter d’élucider la question pour mieux m’en débarrasser, en naviguant entre Exercices de style et Exercices d’admiration.

Jean-Pierre Longre, universitaire et critique, a enseigné la littérature du XXe siècle à l’Université Jean Moulin de Lyon. Collaborateur de diverses revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, et est l’auteur de plusieurs études sur des écrivains contemporains. Entre autres : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) ; Une belle voyageuse. Regard sur la littérature française d’origine roumaine (éditions Calliopées, 2013). Il a aussi publié des nouvelles en revues (Brèves, Le Persil).

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jeudi 14 mai 2020

Marc Ferro : L'entrée dans la vie. Amour, travail, famille, révolte. Ce qui change un destin

Tallandier - Mars 2020


Jamais autant qu’aujourd’hui l’« entrée dans la vie » n’est apparue comme une source d’anxiété et de colère pour des millions de jeunes gens. L’entrée dans la vie ? C’est le premier travail payé, le premier amour, la première participation à l’activité de la cité.
De Chaplin à Kennedy – en passant par Saint-Just, Trotski, Marie Curie, Freud ou Gandhi –, des révolutionnaires de 1789 à ceux de 1917 en Russie, des communards aux Black Blocs, tous ont connu ce moment où la vie bascule et prend un tournant décisif.
En piochant dans ses souvenirs personnels et grâce à de nombreux exemples d’hommes et de femmes, célèbres ou anonymes, Marc Ferro nous montre comment la famille, la religion, l’économie ou le simple surgissement d’événements inattendus font éclore des destins individuels, mais dessinent aussi, à travers la révolte, l’émancipation ou l’invention, les mouvements collectifs qui font l’Histoire.

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mardi 25 février 2020

Emilio Lledo : Le sillon du temps

Solanhets - Février 2020


La mémoire et l'oubli sont nés ensemble dans la culture grecque. Se souvenir et oublier, vivre et périr, cette opposition nécessaire et constante a marqué toute la littérature. La mémoire a constitué un immense espace d'expérience, d'exemple, d'apprentissage et, bien entendu, de leçons. L'oubli, au contraire, a signifié quelque chose ressemblant à la mort. Dans une perspective volontairement simple pour des problèmes si ardus et complexes, ce livre traite de la mémoire, de l'oubli, de la conscience, du temps. Il n'ambitionne qu'à signaler quelques questions apparues en dialoguant avec l'imprescriptible et riche mémoire des textes.

Ancré et impliqué dans la réalité de son époque, le travail continu sur l'interprétation des textes antiques qu'a mené Emilio Lledó, né à Séville en 1927, fait de ce penseur et pédagogue une référence intellectuelle et morale reconnue dans le monde hispanique. «Le Sillon du temps» est son deuxième ouvrage publié en français, après «Une sagesse du corps, de la joie et de l'amitié – Lecture d'Epicure» (Solanhets, 2017).

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jeudi 12 décembre 2019

Friedrich Nietzsche : Humain, trop humain I & II (traductions inédites)

GF - Novembre 2019


I : traduction de Patrick Wotling - II : traduction de Éric Blondel
À sa parution en 1878, Humain, trop humain laisse les lecteurs perplexes : on n’y reconnaît pas l’auteur de La Naissance de la tragédie. Pourtant, la rupture entre les deux ouvrages n’est pas aussi radicale qu’on a voulu le penser. C’est bien plutôt un mouvement d’affirmation de soi, profond etdéterminant, qui se manifeste dans ce nouveau livre. Libéré de ses influences passées, Nietzsche réinvestit ses interrogations sur un mode nouveau et, ce faisant, consolide sa propre manière de philosopher.
L’évolution la plus frappante est stylistique : Nietzsche adopte pour la première fois la forme aphoristique, conforme à sa pensée, anti-dogmatique, qui procède par essais, hypothèses, multiplication des points de vue. D’où un changement de méthodologie : à rebours de la tradition philosophique, il rejette les perspectives fixistes de la métaphysique et prône une logique interprétative. Se plaçant sur le terrain de la psychologie, il enquête sur les méandres de l’âme humaine, reconnaissant que tout ce qui se produit dans la réalité n’est pas entièrement imputable à la raison, mais bien davantage à des processus infra-conscients – instincts, pulsions, valeurs –, qui constituent le « trop humain » de l’humain.
Livre de la maturité, Humain, trop humain ouvre la deuxième période de la pensée nietzschéenne. Le philosophe a trouvé le style d’écriture qu’il n’abandonnera plus – la forme aphoristique – et l’objet qui l’occupera toujours – l’analyse des mœurs et de la culture.

Dans ce second volume, composé d’Opinions et sentences mêlées et du Voyageur et son ombre, Nietzsche aborde des sujets de tous ordres : l’enseignement, la mode, le christianisme, le châtiment, les Grecs… Au lieu de proposer un exposé dogmatique, il procède, tel le voyageur sans attaches, par essais et expérimentations. Mais derrière le caractère apparemment hétéroclite de l’œuvre, c’est bien à une étude des mœurs et, à travers elle, à une critique de la morale que Nietzsche s’emploie. Pour lui, en effet, la morale telle qu’elle s’est développée dans la tradition philosophique a masqué derrière les lumières de la raison ce qui est perçu comme une faiblesse : les pulsions, l’irrationnel, l’« ombre » en chacun de nous – ces choses injustement mises au rebut alors qu’elles constituent la réalité profonde de la vie et que Nietzsche appelle le « trop humain » de l’humain.


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