mercredi 5 octobre 2022

Thierry Hoquet : Le nouvel esprit biologique

 PUF - Octobre 2022


Quelles mutations conceptuelles travaillent la biologie contemporaine ? Deux grands cadres théoriques la structurent : la biologie moléculaire et la théorie synthétique de l'évolution. Mais depuis la fin du Projet génome humain en 2001 et le développement de la microbiologie, la biologie se transforme, avec l'irruption de nouveaux domaines. La philosophie doit s'efforcer de capter ce nouvel esprit biologique et de tirer les conséquences de ces révolutions conceptuelles. Doit-on procéder à un radical aggiornamento conceptuel : ne plus parler d'« espèce » mais de « symbiose », d'« organisme » mais d'« holobionte », de « mécanismes » mais de « processus » ? Mais la biologie ne risque-t-elle pas de devenir une bio-informatique ?

Thierry Hoquet est professeur de philosophie des sciences à l'université Paris-Nanterre. Spécialiste de Buffon, Linné et Darwin, il est l'auteur de différents ouvrages sur l'histoire naturelle et la différence des sexes, notamment Le Sexe biologique (3 vol., Hermann, 2013-2018) et Des sexes innombrables. Le genre à l'épreuve de la biologie (Seuil, 2016).

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Michel Serres : Oeuvres complètes Vol.1. Cahiers de formation : 1960-1974

 PUF - Octobre 2022


En 1960, Michel Serres a trente ans. Il n'a encore publié aucun livre. Sur dix-huit cahiers manuscrits, il tient, de mai 1960 à mai 1974, une sorte de «journal philosophique», où il note ses réflexions, ses intuitions, ses trouvailles. Il a décidé de bâtir une oeuvre. Dans ces cahiers, il s'y exerce. Ce premier volume des oeuvres complètes contient la transcription intégrale de ces cahiers. On y trouve, bien sûr, les esquisses de sa thèse, les brouillons de ses articles, des notes de lecture, mais aussi des réflexions sur l'époque, sur l'université, sur le monde et sur lui-même. Et une pensée qui chemine, inspirée par le souci de jeter des ponts entre le monde des sciences et celui des lettres et de la philosophie. Fort de sa double culture, Serres aspire à inventer un nouvel encyclopédisme: à «tracer des routes transversales» dans l'océan des savoirs. Dans le même temps, mesurant la puissance que nous donnent les sciences et les techniques, il nous alerte sur les dangers que cette «maîtrise» comporte: «[...] l'homme de demain est condamné à la raison. [...] Hors la sagesse, il n'y a plus, probablement, comme horizon que le suicide collectif et intellectuel.» Et il définit la mission du philosophe: penser ce «nouveau monde», pour le rendre habitable. Préface et présentations par Roland Schaer. La collection des oeuvres complètes de Michel Serres est dirigée par Sophie Bancquart, Bernadette Bensaude-Vincent, Roland Schaer et Frédéric Worms.

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mardi 4 octobre 2022

Revue d'éthique et de théologie morale 2022/(N° Hors-série) : L'universalité des droits humains

 Cerf - Septembre 2022


Page 9 à 12 : Marc Feix et Frédéric Trautmann - Introduction | Page 15 à 26 : Bruno-Marie Duffé - Les droits humains : une mémoire blessée et un espoir d’humanité, malgré tout ! | Page 27 à 35 : Mattias Guyomar - L’universalité des droits de l’Homme | Page 37 à 50 : Alfonso de Salas - Le Conseil de l’Europe et les droits de l’Homme | Page 51 à 74 : Valentine Zuber et Hans Joas - Les droits de l’Homme sont-ils d’origine religieuse ? | Page 75 à 85 : René Heyer - Droits de l’Homme : des déclarations critiquables ? | Page 87 à 100 : Peter G. Kirchschläger - Qu’est-ce que les droits de l’Homme ? Comment les justifier ? | Page 101 à 117 : Elke Mack - Comment les droits de l’Homme peuvent-ils être (re)fondés aujourd’hui ? | Page 119 à 123 : Luc Ravel - Le Christ, notre théologie | Page 127 à 144 : Sylvie Barth, Anne Buyssechaert et Talitha Cooreman-Guittin - Se marier : un droit universel refusé par l’Église catholique aux personnes avec une déficience intellectuelle ? | Page 145 à 157 : Branka Gabric - Le droit à la santé des personnes atteintes de maladies chroniques à l’heure de la pandémie | Page 159 à 167 : Johannes Ludwig - De la dignité de l’homme à la dignité de la création ? | Page 169 à 178 : Iuliu-Marius Morariu - La dignité humaine dans les autobiographies spirituelles de l’espace orthodoxe du XXe siècle | Page 179 à 188 : Éric Nzeyimana - La dignité humaine comme implication morale de la notion de personne chez Robert Spaemann | Page 189 à 197 : Benedikt Rauw - Comment la dignité est-elle universalisable ? | Page 199 à 208 : Dominik Ritter - Que peut-on apprendre des multiples critiques des droits de l’Homme ? | Page 209 à 217 : Inocent-Mária Vladimír Szaniszló - Un grave manquement à la dignité humaine des travailleurs migrants d’Europe de l’Est lors de la première vague de la pandémie de coronavirus alors qu’ils travaillaient dans l’Union européenne | Page 221 à 235 : Matthias Bahr - Une perspective d’éducation religieuse | Page 237 à 249 : Kyong-Kon Kim - La liberté de conscience, de religion et d’expression dans les milieux scolaires alsaciens | Page 251 à 256 : Marie-Aleth Grard - L’universalité des droits humains à partir de Joseph Wresinski | Page 257 à 260 : Jörg Lindenmeier - Les étudiants en tant que « leaders transformateurs » de l’avenir | Page 261 à 273 : Étienne Grieu - Revisiter les droits humains à partir de la priorité au plus pauvre | Page 275 à 288 : Marie-Jo Thiel - Les pratiques de l’Église catholique sont-elles conformes aux droits humains ? | Page 289 à 302 : Marianne Heimbach-Steins - L’exigence d’inclusion des droits de l’Homme et la position de l’Église à l’encontre des minorités sexuelles | Page 303 à 316 : Frédéric Trautmann - Du rêve à la réalité : la charité au service de l’amitié sociale.

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Johann Chapoutot : La révolution culturelle nazie (rééd.)

 Gallimard - Septembre 2022 - Tel


Pour les nazis, la « culture » était à l’origine la simple transcription de la nature : on révérait les arbres et les cours d’eau, on s’accouplait, se nourrissait et se battait comme tous les autres animaux, on défendait sa horde et elle seule. La dénaturation est intervenue quand les Sémites se sont installés en Grèce, quand l’évangélisation a introduit le judéo-christianisme, puis quand la Révolution française a parachevé ces constructions idéologiques absurdes que sont l'égalité, la compassion ou l'abstraction du droit.
Pour sauver la race nordique-germanique, il fallait opérer une « révolution culturelle », retrouver le mode d’être des Anciens et faire à nouveau coïncider culture et nature. C'est en refondant ainsi le droit et la morale que l’homme germanique a cru pouvoir agir conformément à ce que commandait sa survie. Grâce à la révision générale des normes et à la réécriture de l’histoire de l’Occident, il devenait licite, moral et prescrit de frapper et de tuer.

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Giorigo Kallis : Éloge des limites. Par-delà Malthus

 PUF - Septembre 2022


Héraut de la décroissance, Giorgos Kallis nous propose ici un manifeste en faveur des limites — notion centrale de l’écologie — en les libérant de leur association avec le malthusianisme. La thèse défendue dans cet ouvrage peut sembler paradoxale : le monde est abondant ; ce sont nos désirs illimités qui font surgir les limites. C’est une certaine conception de nous-mêmes et de la nature qui nous a entraînés dans la quête infinie de productivité propre au système capitaliste. Il est donc urgent de sortir de ce cadre de pensée et d’interroger nos besoins et leur prétendue illimitation.

Relisant l’œuvre de Malthus en séparant limites et rareté, deux notions souvent confondues, Giorgos Kallis montre que les limites ne nous sont pas extérieures, une propriété de la nature à dépasser par nos techniques, mais un choix auquel nous sommes confrontés, inséparable de notre liberté. De la Grèce antique à Malthus, des chasseurs-cueilleurs aux romantiques, des féministes anarchistes aux écologistes radicaux des années 1970, cet ouvrage nous montre comment une culture du partage peut rendre possible l’autolimitation collective dont nous avons tant besoin.

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Bernard Quiriny : Le club des libéraux

Cerf - Septembre 2022


Bernard Quiriny raconte la pensée libérale, ses fondements, ses développements, ses questionnements à travers les débats d'un club imaginaire. Un éloge jouissif de la politique en toute liberté.
Ils aiment la liberté, la propriété privée, l'égalité des droits. Ils se méfient de l'État, du pouvoir, des impôts. Ils détestent qu'on leur dise quoi penser ou comment mener leur vie. Ils ne sont pas d'accord sur tout mais se retrouvent sur l'essentiel. Constant, Stuart Mill, Smith, Say, Tocqueville, Sieyès ou Hayek : ce sont les libéraux, ces penseurs parfois présentés comme des épouvantails, sans qu'on prenne toujours la peine de les lire. Avec style et humour, Bernard Quiriny explore les oeuvres des grands auteurs et montre comment les débats d'hier continuent d'influencer ceux d'aujourd'hui.

Professeur de droit public à l'université de Bourgogne, Bernard Quiriny est spécialiste d'histoire des idées politiques. Il est également critique littéraire et écrivain, auteur de romans et de recueils de nouvelles couronnés par de nombreux prix.

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Alain Corbin, Hervé Mazurel (dir.) : Histoire des sensibilités

 PUF - Septembre 2022


En dépit de racines intellectuelles anciennes, l’histoire des sensibilités est longtemps restée le fait de quelques pionniers. Sans doute parce qu’écrire l’histoire de la vie sensible et affective des individus et des sociétés d’autrefois est un projet aussi séduisant que difficile. S’y refuser revient pourtant à s’interdire toute compréhension véritable des femmes et des hommes d’autrefois. Ayant désormais acquis sa pleine légitimité, ce territoire d’enquête embrasse un large spectre qui va de l’étude historique des sens et des émotions jusqu’à celle des sentiments et passions.

Outre qu’elle sonde les relations du corps et de l’esprit, comme le partage nature-culture, cette histoire à fleur de peau autorise de riches déplacements dans l’articulation concrète des histoires singulières et des expériences collectives. À travers des exemples situés, l’ouvrage donne à voir tout ce que cette forme d’histoire anthropologique portant sur les façons de sentir et de ressentir, d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, peut apporter à l’intelligence des sociétés.

Spécialiste du XIXe siècle, Alain Corbin est un historien mondialement reconnu pour son approche novatrice sur l’historicité des sens et du sensible. Il est l’auteur de nombreux classiques, tels Le Miasme et la Jonquille (Champs Flammarion, 2001) ou Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot : sur les traces d'un inconnu, 1798-1876 (Champs Flammarion, 2016). Il a par ailleurs codirigé une monumentale Histoire des émotions en 3 volumes (Seuil, 2018).

Historien des affects et des imaginaires, Hervé Mazurel est spécialiste de l'Europe romantique. Maître de conférences à l'université de Bourgogne, il a notamment publié Kaspar l’obscur, ou l’enfant de la nuit (La Découverte, 2020) et L’inconscient, ou l’oubli de l’histoire (La Découverte, 2021). Il est par ailleurs codirecteur de la revue Sensibilités.

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La revue lacanienne n°23 : Qu'est-ce que vous croyez !

 Erès - Octobre 2022


La croyance n’est pas saisissable comme concept de la psychanalyse, pas plus que ne l’était l’identité, ou les fake news, thèmes de nos dernières livraisons.

Le statut de cette notion est des plus complexes.

En ce qui concerne Freud, du passage de la théorie du trauma à celle du fantasme, de la pensée magique à la rigueur épistémologique de la construction de la pulsion, le statut de ce qu’il nomme Glauben, le croire, est au cœur de la relation qu’entretient l’humain au monde qui l’entoure, c’est-à-dire du malaise dans la culture. En témoigne le souci permanent de préserver la psychanalyse de toute vision du monde, soit d’un présupposé qui en déborderait le champ !

En ce qui concerne Lacan, la croyance et son vacillement, le doute, ne cessent de mettre au cœur de notre pratique la difficile question du partage du semblant et du vrai : le parlêtre se trouve-t-il condamné à vivre entre un monde borné et l’errance ? La cure est-elle déconstruction de toute croyance ? Comme concession à la question de l’espoir, Lacan donnera dans le texte intitulé Télévision une réponse incertaine : « Croire mais savoir qu’on croit », ce qui semble dessiner un bord de nos visées, à en entendre le prolongement dans une de ses propositions ultimes : « Le réel est mon symptôme » ! Pas de théorie qui puisse se purifier de toute croyance !

Formulons ici une des hypothèses de ce travail : tout progrès de la cure, comme dans les théories qui balisent nos pratiques, consiste en un déplacement de la question de la croyance.

Il n’en demeure pas moins que ce qui nous revient sur nos divans ou du monde qui nous entoure, que ce soit la constitution d’un référent commun qui pourrait alléger le malaise dans la civilisation sans verser dans l’hystérie collective dont le nom actuel ­— déjà aperçu par Freud — serait le populisme, ou le constat de la déconstruction des figures d’autorité qui pouvaient faire semblant de garantie, nous pousse à poser la question d’un malaise dans le croire, tant sur plan subjectif que dans la constitution des foules, et des institutions.

L’homme d’aujourd’hui peut-il prétendre, contre l’avertissement de Gustave Flaubert, se penser « homme sans présupposé » ?

La science et la démocratie, conditions de possibilité de la psychanalyse, ne se laissent-elles pas altérer par les dérives et l’effervescence libérale contemporaines au point de secréter des croyances nouvelles unifiant dans la solitude. De cette question du croire, et de son vacillement, le champ de la psychanalyse n’est pas exclu.

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dimanche 2 octobre 2022

Philippe Descola, Alessandro Pignocchi : Ethnographies des mondes à venir

 Seuil - Septembre 2022


Au cours d’une conversation très libre, Alessandro Pignocchi, auteur de BD écologiste, invite Philippe Descola, professeur au Collège de France, à refaire le monde.

Si l’on veut enrayer la catastrophe écologique en cours, il va falloir, nous dit-on, changer de fond en comble nos relations à la nature, aux milieux de vie ou encore aux vivants non-humains. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Dans quels projets de société cette nécessaire transformation peut-elle s’inscrire ? Et quels sont les leviers d’action pour la faire advenir ?

En puisant son inspiration dans les données anthropologiques, les luttes territoriales et les combats autochtones, ce livre esquisse la perspective d’une société hybride qui verrait s’articuler des structures étatiques et des territoires autonomes dans un foisonnement hétérogène de modes d’organisation sociale, de manières d’habiter et de cohabiter.

Des planches de BD, en contrepoint de ce dialogue vif, nous tendent un miroir drôlissime de notre société malade en convoquant un anthropologue jivaro, des mésanges punks ou des hommes politiques nomades et anthropophages en quête de métamorphoses.

Philippe Descola, Professeur émérite au Collège de France, médaille d’or du CNRS, est l’auteur notamment de Les Lances du crépuscule (Plon, 1993), Par-delà nature et culture (Gallimard, 2005), La Composition des mondes (Flammarion, 2014) et Les Formes du visible (Seuil, 2021).
Alessandro Pignocchi, ancien chercheur en sciences cognitives et philosophie, s’est lancé dans la bande dessinée avec son blog Puntish. Ses romans graphiques sont inspirés des travaux de Philippe Descola : Anent. Nouvelles des Indiens Jivaros et les trois tomes du Petit traité d'écologie sauvage (Steinkis, 2016 et 2020).

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Olivier Bétourné : L'Esprit de la révolution française

 Seuil - Septembre 2022


De quoi était donc fait l’esprit de la Révolution pour que plus de deux siècles après il nous éclaire encore ? Scruter l’événement pour en découvrir les ressorts mythographiques, se frayer un chemin de connaissance par-delà interprétations et idéologies, tel est le projet.

L’exploration opère en trois temps. L’enquête remonte d’abord aux sources médiévales du débat philosophique qui, au milieu du xviiie siècle, investit la souveraineté d’un nouveau principe de légitimité. Elle retrace ensuite les jeunes années des principaux acteurs du drame en vue de saisir leur personnalité profonde et de donner la mesure des bouleversements subjectifs induits par l’événement lui-même. Vient alors le moment d’aborder le grand récit, de revivre pas à pas, et au plus près des protagonistes, la construction des mythes fondateurs de la France contemporaine, fruit de cette singulière et imprévisible rencontre entre le mouvement des idées, les contradictions sociales du temps et la personnalité des acteurs.

Alors s’éclaire le mystère de l’exception française et de sa permanence, cette culture politique que le monde entier nous envie autant qu’il s’en agace. Trop française, cette culture, à l’heure de la globalisation du monde ? Trop national, l’esprit qui en émane ? L’interrogation traverse de part en part le récit.

Olivier Bétourné est historien et éditeur. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, élève d’Albert Soboul (1914-1982) alors titulaire de la chaire d’histoire de la Révolution française à la Sorbonne, il est notamment l’auteur (avec Aglaia I. Hartig) de Penser l’histoire de la Révolution. Deux siècles de passion française (La Découverte, 1989). Il est, par ailleurs, cofondateur et président de l’Institut Histoire et Lumières de la pensée.

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Simplicius : Apprendre à philosopher dans l’Antiquité tardive. Commentaire à la seconde partie du Manuel d’Épictète

 Vrin - Septembre 2022


Simplicius de Cilicie, élève du grand métaphysicien Damascius, fait partie du cercle des néoplatoniciens disparus dans les steppes de Syrie, quelque temps après l'interdiction de l'enseignement de la philosophie à Athènes, sous l'empereur Justinien (en 529). Connu surtout en tant que commentateur d'Aristote, il a écrit ce commentaire au Manuel d'Epictète, resté longtemps ignoré des historiens de la philosophie antique. L'oeuvre a été progressivement ramenée sous les regards, et portée enfin à l'attention des contemporains par les travaux, philologiques et philosophiques, d'Ilsetraut Hadot. Il s'agit de la première traduction française depuis celle d'André Dacier (1715), et de la seconde traduction (en toutes langues) depuis l'édition de référence (1996) procurée par Ilsetraut Hadot - édition sur laquelle se fonde cette traduction. Faisant suite à la traduction de la première partie du commentaire (2001), ce travail présente le commentaire que Simplicius consacre à ce qu'il considère comme une seconde partie du Manuel d'Epictète, adressée selon lui spécialement à l'apprenti-philosophe. En plus de l'interprétation éthique, théorique et pratique, des préceptes d'Epictète, autour de la notion stoïcienne des devoirs sociaux, Simplicius livre à son lecteur des développements spéciaux sur des sujets moins attendus, tels que la question du mal, la nature des premiers principes, la providence et la justice divines, les questions de la piété religieuse et du recours à la divination. En présentant, avec une annotation substantielle, ce riche testament philosophique, à portée propédeutique, du néoplatonisme finissant, on voudrait restituer quelque couleur et senteur au printemps et à l'été de la vie éthique (pour paraphraser Hegel), dans lesquels ces réflexions de Simplicius sur Epictète ont fleuri et mûri.

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A. Delamare, Aurélien Deudon, Nathalie Depraz (dir.) : Le corps en émoi

Éditions des compagnons d’humanité - Septembre 2022


Rompant avec la conception traditionnelle du corps comme pure et simple res extensa en interaction avec une âme seule à même de sentir et de vouloir, la phénoménologie (E. Husserl, M. Merleau-Ponty, J. Patočka, M. Henry, R. Barbaras, …) en déploie une approche vécue, faisant de la chair (Leib, en allemand) le site même de notre rapport sensible et pratique aux étants.
Une telle perspective court cependant le risque de ne voir en l’incarnation qu’une condition de possibilité de la manifestation du monde – et donc de passer sous silence la phénoménalité de cette chair vivante elle-même. C’est dans ce contexte qu’une phénoménologie du corps en émoi s’avère indispensable : au contraire du corps percevant et du corps agissant, simples mediums transparents d’une conscience tout entière auprès des choses, le corps ému, en vertu des bouleversements mêmes qui le caractérisent (larmes, rougissements, sudation, …), recouvre une prégnance certaine, et s’impose comme instance propre. En bref : seule l’émotion est somatophanie, c’est-à-dire manifestation du corps en tant que corps.
Le présent volume se donne pour dessein d’étudier les différents versants de cette manifestation. La première partie, comprenant les contributions de Thomas Fuchs, Natalie Depraz, et Gabriel Mahéo, développe une réinterprétation incarnée des émotions intersubjectives – et en particulier de leur dimension politique. Au cours de la seconde partie, Charles Bobant, Grégori Jean, et Gilles A. Tiberghien s’interrogent sur la fonction du corps ému au sein des multiples pratiques artistiques et de leurs réceptions esthétiques. Enfin, la troisième partie, composée des travaux d’Alexis Delamare, d’Aurélien Deudon, et de Daniel Vespermann, propose une série d’explorations phénoménologiques particulières – étude de la joie et de la tristesse, de la jouissance amoureuse, et des affects atmosphériques.

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Europe, n° 1121-1222, sept. 2022 : Georges Bataille – Jean-Luc Steinmetz

 Europe - Septembre 2022


Georges Bataille affirmait : « Je dirai volontiers que ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir brouillé les cartes. » Franchissant les frontières établies entre les disciplines, traitant les sujets les plus sulfureux, exposant les vues les plus originales, il s’est employé à transgresser systématiquement les usages. Par son œuvre singulière, multiple et intense, Bataille se distingue parmi les écrivains et les penseurs les plus importants du XXe siècle.

Dans ce même numéro d’Europe, un cahier est consacré à Jean-Luc Steinmetz. Avec lucidité et acuité, ce poète et critique questionne la possibilité qu’aurait encore la poésie de dire notre monde actuel. Pour lui, la poésie ne protège pas, elle expose. D’où sa fragilité, sa précarité, sa foncière résistance… et sa grande liberté.

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Participations 2022/1 (N° 32) : Recherches participatives et épistémologies radicales

De Boeck Supérieur - Septembre 2022


La participation citoyenne aux négociations et aux débats publics, ainsi qu’aux processus d’expertise et de décision, est devenue un objet central et transversal pour la recherche en sciences humaines et sociales, rendant nécessaire la création d’une revue susceptible de refléter la diversité de ces travaux. La revue Participations a l’ambition de mobiliser les regards et les apports des différentes disciplines concernées (sociologie, science politique, philosophie, histoire, urbanisme, géographie, psychologie sociale, sciences de l’information et de la communication, économie, etc.) sur cet objet commun qu’est la participation du public aux choix collectifs dans les démocraties contemporaines et ce sans exclusive théorique ou méthodologique. La création de cette revue s’inscrit dans une structuration de ce champ de recherches, comme l’atteste l’apparition d’un Groupement d’Intérêt Scientifique, intitulé « Participation du public, décision, démocratie participative », qui soutient activement la revue.

Participations est ouverte aux contributions tant théoriques qu’empiriques touchant à la démocratie participative, aux conditions de la délibération, aux transformations des formes et des pratiques de citoyenneté, à la structuration de l’espace public, à la gouvernance urbaine, à l’engagement du public dans les processus décisionnels, à la démocratie sociale, technique ou médicale, aux controverses sociotechniques ou à l’évaluation des outils et dispositifs participatifs. Revue francophone, Participations vise à permettre des échanges entre différentes communautés de chercheurs (France, Belgique, Québec, Suisse, etc.) tout en restant ouverte aux articles de chercheurs non-francophones.

La participation citoyenne aux négociations et aux débats publics, ainsi qu’aux processus d’expertise et de décision, est devenue un objet central et transversal pour la recherche en sciences humaines et sociales, rendant nécessaire la création d’une revue susceptible de refléter la diversité de ces travaux. La revue Participations a l’ambition de mobiliser les regards et les apports des différentes disciplines concernées (sociologie, science politique, philosophie, histoire, urbanisme, géographie, psychologie sociale, sciences de l’information et de la communication, économie, etc.) sur cet objet commun qu’est la participation du public aux choix collectifs dans les démocraties contemporaines et ce sans exclusive théorique ou méthodologique. La création de cette revue s’inscrit dans une structuration de ce champ de recherches, comme l’atteste l’apparition d’un Groupement d’Intérêt Scientifique, intitulé « Participation du public, décision, démocratie participative », qui soutient activement la revue.

Page 5 à 7 : Erratum | Page 11 à 50 : Baptiste Godrie, Maïté Juan et Marion Carrel - Recherches participatives et épistémologies radicales : un état des lieux | Page 51 à 91 : Boaventura de Sousa Santos, João Arriscado Nunes, Maria Paula Meneses et Isabelle Mullet-Blandin - Ouvrir le canon du savoir et reconnaître la différence | Page 93 à 125 : Elena Lasida, Michel Renault, Marianne de Laat et Bruno Tardieu - Le savoir de l’expérience de la pauvreté. Étude à partir d’une recherche participative sur « les dimensions de la pauvreté avec les premiers concernés » | Page 127 à 153 : Pierrine Robin - Pluralisation identitaire et identités assignées. La recherche en tant que processus d’engagement militant et politique | Page 155 à 181 : Sophie Lewandowski et Alejandro Molina Valdivia - Le théâtre forum en recherche-action participative : au service du pluralisme épistémologique ? Corps, émotions, savoirs | Page 183 à 211 : Verônica Santana et Héloïse Prévost - Femmes rurales en mouvement : une démarche épistémologique féministe décoloniale au moyen du film participatif | Page 213 à 244 : Séréna Naudin et Karine Gatelier - « À plus d’une voix », un atelier radio pour créer les conditions de la prise de parole et se défaire de la subalternité. Modalités d’une recherche transformatrice | Page 247 à 277 : Amaël Maskens - L’art de gouverner par la participation. Le cas d’un panel citoyen à Louvain-la-Neuve | Page 279 à 304 : Aurian de Briey et Pierre-Étienne Vandamme - La délibération échelonnée | Page 307 à 316 : Gaël Stephan - Un Internet conservateur ? Les déterminants sociaux et politiques de l’activisme numérique.

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samedi 1 octobre 2022

Éric Alliez : Duchamp avec (et contre) Lacan. Essai de mutologie queer

 Presses du réel - Septembre 2022


Quelques grands fous littéraires s'en mêlant (Brisset, Roussel, Jarry, et… Lacan), ce serait la grande leçon en Duchamp du signe : on ne fait pas d'enfant dans le dos de Duchamp, c'est lui qui vous en fait… après qu'il en eût fait plus d'un dans le dos de l'art, assigné au contemporain d'un champ qui sera du signe du sexe. Avec confusions en tout genre – et de tous les genres.
On pourra dire que ce sont des jeux de mots à la con. Sauf qu'ils sont porteurs de ces (non-)œuvres qui, pour une part, doivent rester inacceptables comme art pour manifester un « écart » dont la théorie (antiscientifique, antiphilosophique, antipsychanalytique) se montre et se démontre pleinement intégrée à l'œuvre. Un dispositif opérationnel et spéculatif étourdit la « décision du sens » des mots autant qu'il défie les attraits d'une esthétique pour leur substituer la déterritorialisation la plus crue et la plus sophistiquée de la ritournelle readymade ou readymale de la sexuation.
Nous nous sommes donc exposés dans cet essai en « charnière » qui marie une espèce de roman policier (le R. Mutt signant l'urinoir serait le pseudo en miroir de la déesse Mut d'un Freud américain) à une sorte de science-fiction (avec machines volantes et montres molles redressées par Lacan) faisant si bien « trou » dans le dicible du « champ freudien » que nous y avons trouvé matière à mutologie queer.
Ce qui est, à tout prendre, conforme au « renvoi miroirique » de tous les signes empruntés à grande allure par Duchamp pour les soumettre aux Litanies du chariot en faisant machine désirante d'une Rrose Sélavy aux excentricités innombrables.
C'est aussi que Duchamp pourrait bien être l'Autre de Lacan, même. Ou encore : « a Guest + a Host = a Ghost ».

Proche de Félix Guattari et de Gilles Deleuze, qui a dirigé son doctorat d'Etat, Éric Alliez est titulaire de la chaire de Philosophie et Créations contemporaines en Art à l'université Paris 8 et chercheur associé au Centre for Research in Modern Philosophy (Kingston University, Londres). II a mené une carrière internationale qui l'a conduit à enseigner à Rio de Janeiro (UERJ), Vienne (AKBILD), Karlsruhe (HfG) et Londres (Middlesex). Il est l'auteur de nombreux ouvrages majeurs de philosophie et d'écrits multiples entre art et philosophie.

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Vivien Krystkowiak (dir.) : Raison publique. Y a-t-il une logique du social ?

 Raison publique - Septembre 2021


Y a-t-il une logique du social? Et s'il en est-une, quelle est-elle? Dans ce dossier, qui fait la part belle à la psychologie sociale, au pragmatisme et à l'utilitarisme, Ali Benmakhlouf, Céline Bonicco-Donato, Jean-Marie Chevalier et Vivien Krystkowiak, tentent de répondre à ces questions.
Dans cette livraison de la revue des humanités politiques, Raison publique, on trouvera également des contributions de Justin Desaultel-Stein et Samuel Moyn (sur l'histoire critique du droit), de Federico Tarragoni (sur la politisation de la culture à travers la correspondance entre Adorno et Benjamin), de Johann Michel (sur le phénomène de la réparation), et des recensions par Jean-Baptiste Mathieu et Charles Girard.

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Jean-François Gaudeaux : Sartre Merleau-Ponty. Le dialogue inachevé

 L'Harmattan - Septembre 2022


Cet ouvrage soutient la thèse qu'il n'y a pas eu de rupture entre Sartre et Merleau-Ponty. En effet, les divergences politiques ne se substituent pas aux singularités philosophiques, puisque, pour eux, c'est la philosophie qui prévaut ; la volonté commune de nouveauté de pensée et de faire penser. Ce dialogue inachevé, vaut d'être revisité, dans la mesure où ce qui le borne (l'histoire, la pensée libre) continue de nous concerner. Et, contre la doxa, tenter de réunir ce qui, en fait, n'a jamais été séparé : l'imaginaire et la réalité, les hommes et l'histoire, Merleau-Ponty et Sartre.

Jean-François Gaudeaux est docteur en Philosophie, docteur Es Lettres et Sciences Humaines, diplômé de sociologie et d'histoire. Responsable de séminaires au Collège International de philosophie. Il a enseigné la sociologie générale à l'Université Paris X-Nanterre, les philosophies de la communication à Paris IV- Sorbonne, l'histoire de la philosophie à l'Université de Technologie de Compiègne.

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Danielle Cohen-Levinas et Ginette Michaud (dir.) : René Major. La psychanalyse à venir

 Hermann - Septembre 2022


Psychanalyste de renom, René Major est l’auteur d’une remarquable œuvre de pensée qui a ouvert, notamment grâce aux Cahiers Confrontation, un espace de dialogue entre la psychanalyse, la philosophie et la littérature, en élargissant ces échanges aux discours des sciences humaines. Selon le vœu formulé lors de la création en 2003 de l’Institut des hautes études en psychanalyse qu’il a présidé jusqu’en 2017, ses travaux ont relancé l’étude de la psychanalyse dans toutes ses composantes : cliniques, théoriques, éthiques.
Lecteur éclairé des œuvres de Freud, Lacan et Derrida, René Major se distingue par la portée politique de sa réflexion qui analyse les symptômes individuels et sociaux, les nouvelles formes de violence et de cruauté dans la société. Accordant une attention particulière à la pulsion de pouvoir, sa réflexion s’est incarnée dans des engagements concrets, qu’il s’agisse de la politique de la psychanalyse face à la dictature et la torture au Brésil, de la guerre au Moyen-Orient, des maux de de l’économie néolibérale ou de l’organisation des États généraux de la psychanalyse en 2000.
Cet ouvrage réunit pour la première fois autour de cette œuvre unique psychanalystes, philosophes, historiens et critiques littéraires, qui entendent saluer le travail et l’enseignement de René Major, mais surtout penser avec lui cette « psychanalyse à venir » telle qu’il la rêve et l’imagine.
 
Avec les contributions de  :
Isabelle Alfandary • Alan Bass • Philippe Beck • Geoffrey Bennington • Sergio Benvenuto • Anne Bourgain • Danielle Cohen-Levinas • Jacques Derrida • Jean-Luc Evard • Stéphane Habib • Elias Jabre • Henri-Pierre Jeudy • Georges Leroux • Claude Lévesque • Michel Lisse • Per Magnus Johansson • René Major • Catherine Malabou • Pierre Marie • Ginette Michaud • Michael Naas • Manuel Pérez Rodrigo • Michel Plon • Warren Poland • Jean-Michel Rabaté • Henri Rey-Flaud • Chantal Talagrand • Sophie Wahnich • Daniel Wilhem

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