lundi 19 septembre 2022

Collectif : Conserver le vivant. Les biobanques face au défi de la médecine personnalisée

 Matériologiques - Septembre 2022





Sous la direction de Emanuele Clarizio, Céline Chérici, Jean-Claude Dupont, Xavier Guchet, Yves-Édouard Herpe

Les biobanques sont des infrastructures dédiées à la collecte, à la préparation et à la conservation au froid d’échantillons biologiques (sang, cellules, fragments de tumeurs, etc.) destinés à être utilisés pour la recherche biomédicale. Si les pratiques de conservation du vivant à des fins de connaissance sont très anciennes, le développement actuel de la médecine des données massives, personnalisée et de précision, rend indispensable la mise à disposition des chercheur.e.s d’échantillons biologiques standardisés et de haute qualité. Les biobanques ont ainsi acquis au cours des vingt dernières années une importance stratégique considérable.
Ce livre propose d’étudier les biobanques en croisant trois perspectives : celle de l’histoire des sciences, afin de comprendre comment les biobanques, tout en s’inscrivant dans l’histoire longue des collections du vivant, s’en démarquent pourtant ; celle de l’épistémologie, afin d’analyser la fabrique des connaissances biomédicales à partir des collections biologiques ; celle enfin de la philosophie des techniques, assumant que les échantillons gagnent à être étudiés comme de véritables objets techniques. Au carrefour de ces trois perspectives, il s’agit d’examiner les enjeux éthiques du biobanking ainsi que les relations inédites qui se nouent entre le vivant et la technique dans la biomédecine contemporaine. Pour cela, les études réunies ici font la part belle aux enquêtes de terrain ainsi qu’aux analyses des professionnels des biobanques.

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Revue des Sciences Humaines, n° 347/juillet-septembre 2022 : Refaire monde

 PU Septentrion - Septembre 2022


Édité par Alexandre Gefen, Pamela Krause

Accueillante et commune, l'idée de monde implique pourtant bien des débats : elle semble faire violence au pluriel (l’universalisme, la colonisation), à la diversité des espèces naturelles (par l’asservissement technique et mondialisée de la terre) ; sa diversité pose problème à toute tentative de totalisation conceptuelle. Polémique, le monde est aussi d’une grande richesse, relançant notre désir d’habitation poétique au monde.

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samedi 17 septembre 2022

Samuel Webb : Connaissance de soi et réflexion pratique. Critique des réappropriations analytiques de Sartre

 Mimesis - Septembre 2022


Comment se connaît-on soi-même ? Concernant nos états d’esprit, il peut sembler que la connaissance de soi jouisse d’un privilège : je sais ce que je pense parce que j’ai un accès immédiat à mon esprit. S’inspirant de Sartre, deux philosophes américains, Richard Moran et Charles Larmore, ont soutenu que cette idée ne rend pas compte de notre rapport singulier à notre propre esprit. En plus de se connaître par une réflexion théorique, on est aussi capable d’une réflexion pratique. On peut répondre de façon pratique à la question de savoir ce qu’on pense : par une décision ou un engagement, plutôt qu’une interprétation de soi. Mais quel est le rapport entre ces deux types de réflexion sur soi ? Que faire lorsqu’elles entrent en conflit ? Ce livre cherche à répondre à ces questions. Ce faisant, il montre l’importance d’une autre voie vers la connaissance de soi jusqu’à présent laissée de côté par les auteurs analytiques : la réflexion phénoménologique sur notre expérience monde.

Samuel Webb est docteur en philosophie à Sorbonne Université. Originaire de Brooklyn, il travaille sur les points de convergence entre la philosophie française et angloaméricaine.

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Arnaud Villani : L’Énigme de la philosophie grecque

 Encre marine - Septembre 2022


L’ouvrage ici présenté ne prétend pas constituer une histoire de plus de la philosophie grecque. Pour tenter d’en résoudre l’énigme, il propose une histoire à deux caractéristiques typiques : 1) elle est gouvernée, des premiers Milésiens jusqu’aux Néo-platoniciens tardifs, par une idée qui sert de trame. Autrement dit, ce n’est pas le récit d’une évolution des systèmes sur un mode paisiblement chronologique, mais l’illustration d’une formidable guerre dans la pensée, d’un « combat de géants » que j’ai déjà évoqué dans d’autres ouvrages, et qui demande d’interroger le fait majeur d’un « virage dans la pensée » dont l’Occident provient ; 2) cet aspect polémologique de la première philosophie m’a semblé reposer sur un changement de paradigme : on serait passé d’une pensée-mouvement, ambiguë, s’intéressant non pas aux êtres et aux choses, mais à l’intervalle ou l’interstice entre ces entités, et voyant dans cet intervalle le mouvement vif de la réalité et le gage paradoxal de sa stabilité contrastée – à une pensée-substance, tenant les formes diverses (corps et en concepts), pour des réalités arrêtées et « absolues », entre lesquelles nul partage n’existe que hiérarchique, les unes pleinement positives, vouées à prendre la direction des affaires, les autres traînant leur vie d’inférieures au service des premières. Je fais l’hypothèse que ce passage d’une pensée à un autre a laissé sa trace dans la forme « duel » du grec, dont on peut noter qu’elle disparaît en latin : ni « un » ni « deux », mais l’unité duelle d’un conflit créateur, aucun des antagonistes n’ayant de raison de céder devant l’autre. La pensée grecque, sous sa forme crépitante, serait l’histoire de ce paradigme perdu et de la longue bataille qui en est résultée.

Arnaud Villani est philosophe et poète. Il a enseigné la philosophie en Classes Préparatoires Littéraires du Lycée Masséna de Nice, de 1969 à 2010. Thèse de doctorat d’État : Critique de la Communication (1990). S’est retiré en 2010 dans le Gard pour se consacrer à l’écriture. Très nombreux articles, et nombreux ouvrages. Ouvrage à paraître : Philosophie de l’immanence : 1) Choses vécues ; 2) Que signifie : « écrire (un livre) ? » ; 3) La phrase dans la tête, ou comment s’approcher du monde ?

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vendredi 16 septembre 2022

Pascale Gillot et Elise Marrou (dir.) : Wittgenstein en France

 Kimé - Septembre 2022


Ce volume, issu d’un colloque qui s’était tenu à l’Université de Paris Nanterre en septembre 2016, prend pour objet la réception de Wittgenstein en France des années cinquante du XXe siècle aux années quatre-vingt. Il réunit les contributions d’auteurs et de spécialistes les plus reconnus de la pensée wittgensteinienne, par-delà le clivage communément institué entre philosophie analytique et philosophie continentale. Le prisme ainsi adopté, la réception de la pensée de Wittgenstein dans le contexte de la philosophie française contemporaine, permet une approche renouvelée de thèmes majeurs de l’œuvre du philosophe autrichien : le langage et les limites du langage, la dimension expressive de la logique, l’articulation du logique et du mystique, l’inscription sociale du mental, la question du formalisme et la contestation des philosophies de la conscience et de l’intériorité, le statut de la fiction et des expériences de pensée dans la recherche philosophique, le sens du tournant grammatical. Simultanément, cette vaste enquête autour de la découverte et des reprises contrastées de l’œuvre de Wittgenstein par des auteurs français tels que Pierre Hadot, Gilles-Gaston Granger, Jacques Bouveresse, Gérard Granel, Michel Foucault, Jean-François Lyotard, ou Alain Badiou, est l’occasion d’un regard inédit porté sur les lignes de forces, puissantes autant que contrastées, qui ont animé et donné son souffle à la philosophie française de la seconde moitié du XXe siècle.

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Gilles Gourbin : La Politique expérimentale de Diderot

 Classiques Garnier - Septembre 2022


Si la tradition critique concède à Denis Diderot des vues sur la politique, elle les considère comme disparates et contradictoires, non comme une pensée politique construite. Au rebours de ce lieu commun, cette étude démontre que les textes fragmentaires du philosophe constituent une totalité cohérente, tant dans la conception de l'économie, de l'art de gouverner que de la prise du pouvoir. La manière d'envisager la politique est ainsi conçue dès les Pensées sur l'interprétation de la nature dans lesquelles l'auteur expose sa philosophie expérimentale. Fruit d'une pensée ouverte, cette méthode exige de remettre continûment en question les résultats obtenus, notamment grâce à la forme littéraire du dialogue.

Spécialiste de la littérature et de la philosophie des Lumières, Gilles Gourbin s'intéresse plus particulièrement à Diderot et à l'Encyclopédie. Ses travaux ont permis de réévaluer la pensée politique de Diderot. Nous lui devons notamment Diderot et la politique aujourd'hui, en collaboration avec Marie Leca-Tsiomis et Ann Thomson. Il a également codirigé la revue Le Portique.

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Daniel Cérézuelle : Nature et liberté. Introduction à la pensée de Bernard Charbonneau

 L'échappée - Septembre 2022


Des années 1930 à sa mort, en 1996, Bernard Charbonneau pense les dangers pour la nature et pour la liberté qui résultent de la montée en puissance du progrès technique, scientifique et industriel. Longtemps, cette préoccupation fera de lui un marginal dans le monde intellectuel – comme son ami Jacques Ellul. Cependant, plus le temps passe et plus son œuvre s’avère pertinente et actuelle ; ainsi les problèmes écologiques et politiques qu’il n’a cessé de révéler avec tant de clairvoyance ne font que s’aggraver. Ce livre présente les clés d’une œuvre tout entière consacrée à la nécessité et aux difficultés de la révolution pour réorienter notre civilisation.

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Vincent Beaubois : La zone obscure. Vers une pensée mineure du design

 Les Presses du Réel - Septembre 2022

Un manifeste philosophique pour une « pensée mineure du design », comme vecteur d'intensification et de problématisation de notre rapport au monde.
Le design institue un rapport ambivalent à notre culture matérielle. Il produit à la fois l'objet de série, fini et prêt à l'usage et le prototype mis en oeuvre au sein de l'enchevêtrement de croquis et de maquettes, comme matériau actif et ouvert de développement du geste inventif. Comment une même culture industrielle peut-elle induire deux rapports aux objets si différents ? En sondant les zones obscures qui les séparent, il s'agit de défricher une voie mineure dans la compréhension des pratiques de conception et d'engager un rapport renouvelé à la matérialité du monde.
La zone obscure (LZO) de Vincent Beaubois interroge la discipline du design à l'aune de la conceptualité de Gilbert Simondon, l'un des rares philosophes français à s'être très tôt intéressé aux objets techniques (cf. son fameux ouvrage Du mode d'existence des objets techniques, Aubier, 1958). Vincent Beaubois s'oppose à une pensée majeure du design, d'essence industrielle, pour promouvoir au contraire une « pensée mineure du design » qui, contre l'idéologie du projet, privilégierait les notions de diagramme et de prototype. Profondément politique, cette catégorie de mineure, conceptualisée en leur temps par Deleuze & Guattari, va de pair avec les notions connexes de vulnérabilité et de soin (care). Pour aboutir à cette pensée mineure du design que Vincent Beaubois appelle de ses vœux, il faudra donc « se défaire du design comme simple outil de développement pour en faire un vecteur d'intensification et de problématisation de notre rapport au monde ».

« L'intuition de ce travail est née avant tout d'une expérience vécue. Avant de me consacrer à la recherche et à l'enseignement en philosophie, j'ai travaillé durant trois années comme concepteur spécialisé dans la création industrielle : au départ au sein d'une petite agence de design parisienne, j'ai ensuite intégré différents projets de conception de carrosserie et d'espace-habitacle dans le champ du design automobile. Mon travail consistait notamment à modéliser certains de ces éléments en intégrant une pluralité de contraintes souvent antagonistes (esthétique, encombrement spatial, qualité perçue, fabrication, etc.). J'ai ainsi côtoyé, durant ces années, les plans, les maquettes, les prototypes ainsi que les conceptrices et concepteurs gravitant autour de ces formes.
Ce qui faisait la teneur de ma pratique de conception se trouvait moins dans l'objet visé ou la forme finale à produire que dans la multiplicité des opérations de modélisation cherchant à rendre sensible le problème qui animait le groupe de travail. Il faut insister sur le fait que cette tâche de modélisation ne se limite pas à une mise en forme numérique ; elle se déploie au contraire selon une pluralité de médiums différents : maquettes en carton ou en argile, modèles numériques, dessin technique, croquis, esquisses, etc. Il s'agit moins de produire une solution que de donner forme à un problème complexe afin d'avoir une prise sur celui-ci. La production d'une forme, à l'image d'une maquette numérique, consiste alors à produire un objet-designant, activant une imagination et une pensée conceptrices. La confrontation de cette expérience avec l'imaginaire social véhiculé par le monde du design industriel a engendré, chez moi, un sentiment d'ambivalence. D'un côté, le design m'apparaissait comme une pratique inventive permettant de donner forme à des problématiques ouvertes, de matérialiser un travail exploratoire et de modéliser des hypothèses appelant un geste créatif. Mais, de l'autre, le design se présentait toujours sous le masque d'un solutionnisme nécessaire jamais interrogé en tant que tel. C'est ce solutionnisme qu'il s'agit ici d'interpeller, ce dernier faisant du design une discipline du "projet" entièrement polarisée par l'issue du processus de conception, laissant dans l'ombre sa manière spécifique de cheminer à l'intérieur des problèmes. »

Vincent Beaubois est maître de conférences en philosophie à l'Université Paris Nanterre. Ingénieur en Design et Création Industrielle (Université de Technologie de Compiègne, 2005), il exerce trois années pour l'industrie avant de reprendre des études en philosophie à l'ENS d'Ulm où il effectue un parcours classique : après son agrégation (2011), il devient docteur en philosophie de l'Université Paris Nanterre, sa thèse portant l'intitulé « La zone obscure du design : une pensée des pratiques de conception (d')après Gilbert Simondon » (2019). Ses recherches s'articulent autour des questions touchant à la technique, aux cultures matérielles, à la philosophie contemporaine et aux gestes de création. On retient ses contributions aux revues Critiques, Sciences du designet Raddar ; avec « Sémiotiques et micro-esthétique du design », il figure au sommaire de Agencer les multiplicités avec Deleuze, ouvrage sous la direction d'Anne Querrien, Anne Sauvagnargues, Arnaud Villani, publié aux éditions Herman (2019).

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jeudi 15 septembre 2022

Raphaële Andrault et Ariane Bayle (dir.) : La douleur de l'autre, XVIe-XVIIe siècles

PU du Midi - Septembre 2022 - Revue Histoire, médecine et santé


L’empathie, notion centrale dans les humanités médicales aujourd’hui, n’a pas d’équivalent exact aux XVIeet XVIIe siècles. Des notions voisines, comme celles de pitié et de compassion, sont convoquées pour désigner les sentiments suscités par la douleur de l’autre. Dans une perspective interdisciplinaire, les articles de ce dossier s’intéressent aux réactions à la douleur physique dans des corpus variés : médecine pratique, élaborations théoriques ou écritures du for privé. Leur point commun est d’adopter une méthode d’investigation fondée sur l’analyse du lexique et des choix énonciatifs. L’« autre » est dans ce dossier un malade soigné par un médecin, un étranger observé par un voyageur, le représentant d’une altérité sociale ou d’une altérité naturelle comme les enfants ou les animaux. L’enquête met en évidence la manière dont les sujets s’émancipent des normes comportementales supposées être caractéristiques de la période. Elle contribue, au-delà, à déplacer les repères chronologiques dans l’histoire des sensibilités qui, pour la douleur, débute ordinairement au XVIIe siècle.

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mercredi 14 septembre 2022

Bruno Frère et Jean-Louis Laville : La Fabrique de l'émancipation

 Seuil - Septembre 2022 - La couleur des idées


Repenser la critique du capitalisme à partir des expériences démocratiques, écologiques et solidaires

Sur fond de haines, de violences, d’inégalités sociales et de dérèglements écologiques, la démocratie paraît menacée.
Face à ce risque, la théorie critique (de l’école de Francfort à Bourdieu) reste indispensable pour alerter sur l’ampleur des aliénations et des dominations. Mais elle ne suffit plus. D’autres approches sont à mobiliser.
Bruno Frère et Jean-Louis Laville les identifient et soulignent notamment l’apport des pragmatismes et des épistémologies du Sud. Croisant ces analyses, ils concentrent leur attention sur des combats de plus en plus présents (zapatisme, zones à défendre, mobilisation pour le climat, défense des libertés associatives, écoféminisme...) et des résistances encore trop souvent invisibles (circuits courts, communs, économie solidaire…).
Les auteurs montrent ainsi que, par-delà les dangers, la démocratie se réinvente déjà, y compris en tissant de nouveaux liens entre humains et non humains, entre acteurs et chercheurs.
Parce qu’il conjugue une synthèse originale des travaux les plus marquants du XXe siècle avec l’examen d’expériences foisonnantes, cet ouvrage formule les bases d’une nouvelle théorie critique et d’une conception renouvelée de l’émancipation. En ce sens, il est force de propositions pour celles et ceux qui ne se satisfont ni de l’immobilisme ni du catastrophisme.

Bruno Frère est directeur de recherches au FNRS et professeur à l’université de Liège. Il a coordonné Le Tournant de la théorie critique aux éditions Desclée de Brouwer.
Jean-Louis Laville, après avoir été chercheur au CNRS, est professeur du Conservatoire national des arts et métiers, titulaire de la chaire économie solidaire, membre du laboratoire HT2S. Il a publié au Seuil L’Économie sociale et solidaire. Pratiques, théories débats.

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Olivia Chevalier (dir.) : Descartes et ses mathématiques

 Classiques Garnier - Septembre 2022


L'activité mathématique de Descartes ne se limite pas à sa Géométrie de 1637. Bien que cette dernière révolutionne les mathématiques, rendant possible l'analyse moderne, et qu'elle définisse sa mathématique officielle, nous trouvons dans sa Correspondance ainsi que dans d'autres textes, peu connus en dehors du monde des cartésiens, des travaux mathématiques très hétérogènes et parfois en contradiction avec les principes et réquisits que Descartes a lui-même posés. C'est cette diversité que nous abordons en partie ici, sans oublier les dimensions épistémologique et ontologique sous-jacentes à cette activité foisonnante.

Olivia Chevalier est docteur en philosophie. Elle a consacré ses recherches doctorales à la méthode analytique chez Descartes. Elle enseigne les sciences humaines à l'Institut Mine-Telecom, à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et aux Ponts.

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Gérard Amicel : Doit-on croire les experts ? La république des sachants

Apogée - Septembre 2022


Le recours massif du gouvernement aux cabinets de conseil est aujourd'hui dénoncé comme une véritable affaire d'État. Cette polémique est le symptôme de la défiance croissante de la population à l'égard de la parole des experts. Les citoyens contestent de plus en plus le monopole de la décision et de la connaissance par une élite de sachants. Mais l'erreur serait de considérer les experts et les profanes comme deux classes sociales et de s'enfermer dans l'opposition stérile entre l'élitisme et le populisme cognitifs. Le problème vient de la concurrence entre les savoirs. Être un expert dans son domaine, c'est rester un profane dans tous les autres. La spécialisation accroît donc notre dépendance épistémique. Alors peut-on vraiment compter sur le savoir des autres ? L'enjeu est de déterminer le meilleur mode de coopération cognitive, pour que les savoirs spécialisés puissent s'associer dans l'intérêt commun.

Gérard Amicel, agrégé et docteur en philosophie, est professeur à Rennes. Il a publié aux éditions Apogée dans la collection « Ateliers populaires de philosophie » Le Sens de la vie (2014), La Monstruosité (2016), Que reste-t-il de l'avenir ? (2019) et Autopsie de la valeur travail (2020).

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samedi 10 septembre 2022

Lucien Derainne : « Qu'il naisse l'observateur ». Penser l'observation (1750-1850)

 Droz - Septembre 2022


Scientifique, impersonnelle, désengagée : aucun de ces adjectifs ne convient à l’observation entre 1750 et 1850. Ce qu’on appelait alors l’« esprit d’observation » était un talent universel, dont l’existence menaçait le consensus scientifique. Dans la philosophie sensualiste, plus un individu est observateur, plus il se perfectionne au contact du monde : l’observation ne dévoile la vérité qu’en faisant diverger les esprits. Pour résoudre ce dilemme, la méthodologie se fit politique et nourrit une pensée contestataire, de la bohème littéraire du XVIIIe siècle aux socialistes du XIXe. L’invention de l’objectivité finit par clore les débats, vers 1850, en annulant le génie d’observation au profit d’une substitution conventionnelle entre savants. Néanmoins, l’ancien schéma méthodologique se maintint dans la littérature réaliste. L’auteur observateur définit un réel commun à partir d’une négociation critique sur les talents. Cette littérature réaliste constitue donc une proposition épistémologique originale, qui interpelle encore nos sciences humaines.

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

Définitions et méthodes

Une histoire littéraire de l’intérêt

CHAPITRE PREMIER

LE DISCOURS MÉTHODOLOGIQUE, 1750-1850

Le discours méthodologique dans l’histoire

Le « méthodologique » : une catégorie anachronique

Méthode, méthodologie : proposition de définitions

Le talent dans la méthodologie

Des préceptes discriminants

L’inégalité des observateurs

La méthodologie répond à cette inégalité

L’émulation : solution politique à la faillite de la preuve

L’observation : entre valeur et « stéréotypage »

Une faillite de la preuve

L’émulation comme solution politique

L’observation n’est pas scientifique

« L’esprit universel des sciences et des arts »

Unir lettres et sciences : un acte illocutoire

Conclusion

CHAPITRE II

L’OBSERVATION AU XVIIIe SIÈCLE

Une nouvelle individualité : l’observateur

Le génie observateur

L’original observateur

Le solitaire observateur

L’observateur contre le philosophe

L’observation et ses républiques

Les enjeux politiques de la méthodologie

« De différents observateurs », « Différence des esprits »

CHAPITRE III

LA RÉVOLUTION ET LE « MOMENT 1800 »

Persistances : l’exemple des institutions montpelliéraines

L’observation dans les allocutions institutionnelles

Une rhétorique de l’émulation

L’observateur dans la mêlée, de la Révolution à l’Empire

Intervenir en observateur

Moraliser l’observation

Un nouveau modèle : mérite, éducation, norme

Les instigateurs du nouveau modèle

Friction entre deux modèles

Conclusion : l’utopie en pratique

CHAPITRE IV

L’OBSERVATION À L’ÂGE ROMANTIQUE

L’observation dans le champ politique : libéraux, socialistes, individualisme

La Restauration : l’observation selon les libéraux

La monarchie de Juillet : observation et « individualisme »

L’observateur « malade du siècle »

Observation et distinction

La mode de l’observation dans les sciences et les lettres

« Fatiguer son génie à trouver des distinctions »

Vulgariser l’observation

Conclusion : paraître observateur

CHAPITRE V

L’OBSERVATION OBJECTIVE

L’objectivité met fin au génie observateur

Un contexte favorable : la photographie, la statistique

Lobjectivité contre le génie observateur

L’observateur chez Claude Bernard

La reconversion de l’observation de soi

Introspection et observation de soi

S’observer : un nouveau détachement de soi

Une politique du moi

L’immoralisme de lbservation de soi

Conclusion : réflexivité, réciprocité

LA LITTÉRATURE RÉALISTE COMME MÉTHODOLOGIE

Le trait d’observation : une nouvelle valeur littéraire

L’observation dans la réception : tentatives d’approche

Valeur littéraire et valeur sociale

Le réalisme d’observation

Réalisme et empirisme : de l’obscurité à la transparence

Le réalisme sans la mimèsis

Omniscience, énigme, observateurs anonymes

Conclusion : un réalisme de la connivence sensible

CHAPITRE VII

DE LA MÉTHODOLOGIE AUX SCIENCES DE L’HOMME

Un indice du glissement épistémologique : la substituabilité

L’aveugle observateur

Le fou observateur

Le sauvage observateur

Une réinterprétation actuelle : l’observation participante

Généalogies de l’observation participante

Métempsycoses littéraires

Conclusion : le réel dans les sciences de l’homme

CONCLUSION

ÉVIDENCE ET MÉTHODE, DES OBJETS DE L’HISTOIRE LITTÉRAIRE ?

BIBLIOGRAPHIE

INDEX


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Claude Didry : Découvrir Durkheim

 Editions sociales - Août 2022

Ce livre cherche à donner à un lecteur non savant les concepts clés de la sociologie de Durkheim et de contextualiser son travail afin d'en saisir l'importance pour la discipline. Claude Didry, sociologue et directeur de recherches au CNRS, offre son regard pour appréhender certains textes essentiels de Durkheim et introduire à sa pensée. L'ouvrage développe différents concepts de Durkheim : le fait social, le suicide, le droit, l'anomie, l'héritage, la place de l'État, les groupements professionnels, l'éducation, etc. Sur le même principe que les autres ouvrages de la collection « Découvrir », chaque extrait est contextualisé et commenté, mais également agrémenté de pistes bibliographiques « pour aller plus loin ».

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Voltaire : Le philosophe ignorant

 Conspiration éditions - Juillet 2022


Publié en 1766, à 72 ans, Le philosophe ignorant nous invite à voyager dans le monde de la philosophie à travers 56 questions indispensables. Cette œuvre synthétise les doutes de Voltaire sur l’esprit de système des philosophes qui, croyant détenir la vérité, n’ont conduit qu’à opposer les hommes lus uns aux autres. Avec ses réflexions sur nos limites et la faiblesse de l’esprit d’humain, Voltaire nous enseigne la modestie, en relativisant le poids de la connaissance philosophique et en nous proposant de nous concentrer sur quelques valeurs aussi essentielles qu’universelles et d’ignorer les autres – signe de son ultime sagesse.

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Fabian Charles : La contradiction chez Aristote et Héraclite

 L'Harmattan - Septembre 2022


Comment fonder la logique ? En affirmant le principe de non-contradiction, Aristote a pour objectif de fonder le principe le plus sûr de la logique. Ceci dans un cadre athénien où certains sophistes qui se réclament de l'enseignement d'Héraclite promeuvent des propos qui ne sont pas fondés logiquement. Quel est le principe le plus sûr de la connaissance ? Sur quoi tout l'édifice de nos connaissances est-il fondé ? "L'être est, le non-être n'est pas" : ce principe qui semble dérivé de la pensée éléate et du Poème de Parménide serait au fondement de toute connaissance.

Fabian Charles est professeur de philosophie. Il a fait ses études de philosophie à Sorbonne Université.

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Stéphane Vinolo : La psychanalyse existentielle. 1927-1943. Sartre (tout) contre Freud

 L'Harmattan - Septembre 2022


Parmi toutes les critiques dont a fait l'objet la psychanalyse freudienne, celles de Jean-Paul Sartre sont particulièrement prégnantes. Non content de s'opposer à Freud, il propose une psychanalyse inversée : la psychanalyse existentielle, qui se veut une psychanalyse de la conscience. En parcourant les conceptions sartriennes de la conscience, des processus de signification, du langage, des émotions, du désir ou encore du rêve, Stéphane Vinolo montre que toute la philosophie sartrienne se trouve engagée dans la psychanalyse existentielle.Loin d'une simple opposition, la distance qui sépare Freud et Sartre est donc à penser en termes de déplacement et de différance de la sexualité vers l'ontologie.

Stéphane Vinolo est docteur en philosophie de l'université de Bordeaux et docteur en théologie de l'université de Strasbourg. Il enseigne la philosophie à la Pontifica Universidad Católica del Ecuador et à la Universidad San Francisco de Quito.

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Alva Noë : Hors de nos têtes. Pourquoi vous n'êtes pas votre cerveau, et autres leçons de la biologie de la conscience

 Hermann - Septembre 2022


Qu'est-ce qui fait que nous sommes des êtres conscients ? La conscience est-elle une simple production du cerveau ? En convoquant les neurosciences, la psychologie cognitive et la philosophie, Alva Noë explique comment se constitue et s'organise notre conscience. Il montre comment notre cerveau et notre corps interagissent avec l'environnement qu'ils perçoivent. Ce faisant, il prouve que la conscience et la pensée ne sont pas générées simplement par notre cerveau: cet organe n'est qu'un élément parmi beaucoup d'autres qui rendent possible les accomplissements cognitifs. Alva Noë nous invite à sortir de nos têtes afin de mieux comprendre cette vie dans toute sa beauté et toute sa richesse.

Alva Noë est professeur de philosophie à l'Université de Californie (Berkeley) et membre de l'Institut des sciences cognitives et du cerveau. Il compte parmi les penseurs les plus influents du début du XXIe siècle.

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