vendredi 2 octobre 2026

Avital Ronell : America. Continent trouble de la pensée

Klincksieck - Octobre 2026


Tour à tour référence matérielle et phantasme historique, l’Amérique, site d’une pulsion de mort nationale, a fini par sortir de ses gonds et constituer une menace mondiale. Si le chemin destructeur sur lequel elle est engagée a été ouvert par certains suprémacismes philosophiques, il a aussi été marqué par d’autres types de pensée, notamment la psychanalyse. En tant qu’objet de phobie ayant à la fois rebuté et fasciné poètes et philosophes des deux côtés de l’Atlantique, l’« Amérique » opère comme un philosophème qu’on retrouve aussi bien dans la pensée de Marx que de Nietzsche, Rilke, Freud, Heidegger, Arendt, Cavell, Pasolini et Derrida.
Cet essai retrace le traumatisme non résolu d’une Allemagne déplacée en Amérique à la fois sous la forme d’une souveraineté prédatrice et d’une zone de danger philosophique. Le livre s’ouvre sur une analyse de l’« affreux Américain », selon l’expression d’Arendt, en répertoriant les désaveux qui définissent l’emprise nihiliste des États-Unis et leur divorce inaccompli avec la « vieille Europe ».

Avital Ronell, philosophe, est professeure de sciences humaines et de littérature comparée à l’université de New York, où elle a animé pendant dix ans un séminaire annuel avec Jacques Derrida. Au nombre de ses publications récentes figure La Plainte (traduit par Vincent Broqua et Stéphane Vanderhaeghe). Son oeuvre est mise en lumière par un film récent, « Surviving Derrida: A Politics of Friendship with Avital Ronell in Six Parts » (réalisé par Jesús-Mario Lozano), avec notamment Anne Dufourmantelle, Pierre Alferi et Suzanne Doppelt.

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Sylvain Delcomminette : L'Âme, la connaissance, la dialectique. Études platonicienne

 Les belles lettres - Octobre 2026


Les études rassemblées dans ce volume, rédigées au cours des vingt dernières années, témoignent toutes d’une interprétation unitaire de la philosophie platonicienne qui cherche à prendre au sérieux l’identification que celle-ci opère entre la connaissance et la dialectique ancrée dans le désir du bien. Pour ce faire, elles cherchent d’abord à comprendre comment Platon, en définissant l’âme comme un mouvement automoteur, en fait à la fois le principe de vie, le lieu de la pensée et le fondement de la liberté. Elles prennent ensuite la mesure de l’assimilation de la connaissance à une faculté radicalement différente de l’opinion et dont l’exercice est l’intelligence. Elles s’attachent enfin à circonscrire exactement ce que Platon appelle (et n’appelle pas) « dialectique », et les rapports qu’entretiennent ses différentes figures (réfutation, maïeutique, méthode de rassemblement et de division). Ce parcours permet ultimement d’éclairer les raisons pour lesquelles Platon place au sommet de sa pensée l’Idée du bien, justifiant la caractérisation de sa philosophie comme une « agathologie ».
Parmi les dix-huit articles ici réunis, quatre sont totalement inédits, trois sont des traductions françaises de textes parus dans d’autres langues et plusieurs autres étaient devenus difficilement accessibles.

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Jacques Rancière : Le philosophe et l'archive. Dialogues sur l'histoire

 Presses de SciencePo - Octobre 2026


Édité par Vianney Griffaton, Samuel Hayat

Organisé autour d'un grand entretien et d’un texte inédit de Jacques Rancière, accompagné d’une étude sur la période historienne de son œuvre éclairée par ses archives personnelles, ce livre donne la parole à des historiennes qui ont suivi son parcours et travaillé avec lui. Lire la suite
Jacques Rancière, intellectuel français parmi les plus reconnus internationalement pour ses recherches sur la politique et l'esthétique, est aussi l’un des philosophes qui s’est le plus directement engagé dans un travail d’historien. Depuis sa thèse sur les prolétaires français du xixe siècle (La Nuit des prolétaires, 1981) jusqu’à ses réflexions sur l’écriture de l’histoire (Les Mots de l’histoire, 1992), puis dans ses travaux suivants, sa philosophie a été marquée par la discipline historique et par la confrontation à son matériau principal, l’archive. Organisé autour d’un grand entretien mené par Vianney Griffaton et d’un texte inédit de Jacques Rancière, accompagné d’une étude sur la période historienne de son œuvre éclairée par ses archives personnelles, ce livre donne la parole à des historiennes qui ont suivi son parcours et travaillé avec lui, parfois étroitement, Arlette Farge, Geneviève Fraisse et Michelle Perrot, ainsi qu’à une historienne et à un politiste, Déborah Cohen et Samuel Hayat, qui s’inspirent de son œuvre dans leurs travaux. Ce faisant, c’est un Jacques Rancière historien dont on découvre ici l’influence sur les manières de faire et de penser l’histoire.

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Onur Erdur : L'Ecole du Sud. Les racines coloniales de la French Theory

 Philosophie magazine éd. - Octobre 2026


Et si la French Theory était née au Sud ? Dans cet essai-enquête, Onur Erdur révèle l’influence décisive des expériences coloniales sur la formation des penseurs majeurs de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Bourdieu, soldat en Algérie ; Lyotard, professeur à Constantine ; Derrida et Cixous nés en Algérie ; Barthes et Foucault en quête d’expériences sexuelles en Afrique du Nord ; Balibar et Rancière, hantés par la guerre d’indépendance algérienne : autant de trajectoires qui dessinent une autre géographie de la pensée française. En huit portraits incisifs, L’École du Sud montre qu’ils ont tous élaboré leurs concepts au cœur d’un monde colonial souvent laissé hors champ. En dévoilant cet angle mort – celui de l’expérience coloniale française, mais aussi des intellectuels qui en ont été les témoins, les acteurs ou les héritiers – Erdur éclaire une part refoulée de la pensée française, indispensable pour comprendre les débats qui traversent aujourd’hui notre société.

Onur Erdur est historien. Docteur de l’Université de Zurich, il enseigne à l’université Humboldt de Berlin.

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Walter Benjamin : Correspondance I - 1910-1928

 Editions de l'Eclat - Septembre 2026


Les deux volumes de la correspondance de Walter Benjamin, édités en 1966 et préfacés par Gershom Scholem et Theodor W. Adorno, proposent un choix de plus de 300 lettres, écrites entre 1910 et 1940. L’édition française a paru pour la première fois en 1978. La traduction avait été réalisée par Guy Petitdemange qui clôturait le volume par une courte postface intitulée « Treize facettes de Walter Benjamin au fil de ses lettres». L’ensemble a été révisé et mis à jour pour notre édition par Pierre Rusch, qui comprend un corpus de lettres de 1913 à Ludwig Strauss sur la question du sionisme, qui a été retrouvé après la première édition allemande et n’a pu être intégré dans les éditions successives.

Même si cette édition est incomplète par rapport à la grande édition allemande en six volumes établie par Christoph Gödde et Henri Lonitz (Suhrkamp, 1996), elle a le mérite d’avoir été éditée par deux proches amis de Benjamin, et leurs notes témoignent de cette amitié aussi fidèle que compliquée et de «l'exceptionnelle aisance dans le genre épistolaire qui lui était comme naturelle» écrit Scholem. Elle éclaire en tout cas suffisamment et d’un jour nouveau l’œuvre de Benjamin qui a marqué durablement la pensée du 20e siècle et est chaque jour redécouverte par une nouvelle génération de lecteurs et d'exégètes. La liste des correspondants donne bien la mesure de son importance: outre les deux éditeurs, dont plusieurs lettres sont également reproduites, on trouve Hannah Arendt, Hugo von Hoffmansthal, Bertolt Brecht, Max Horkeimer, Martin Buber, Adrienne Monnier, Rainer Maria Rilke etc. Toute la pensée du 20e siècle est là, avec son cortège de drames et d’espérances.

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jeudi 1 octobre 2026

Alexandre Chèvremont, Muriel Joubert, Denis Le Touzé (dir.) : Écouter, écrire la résonance Tome 2

 PU Septentrion - Octobre 2026


À la croisée théorique de l'écologie sonore, de la phénoménologie et de la sociologie politique, la résonance est ici confrontée à des gestes qui n’en finissent pas de confronter sa temporalité à la constitution d’un espace.
Ce volume continue à explorer les différentes dimensions de la résonance, comme geste à la fois compositionnel et d'écoute, qui appelle un éclaircissement quant au rapport au monde qu’elle induit. À la croisée théorique de l’écologie sonore, de la phénoménologie et de la sociologie politique, la résonance est ici associée à des gestes qui n’en finissent pas de confronter sa temporalité à la constitution d’un espace. Amplification, instauration, feedback et retentissement offrent des prolongements ou des contrepoids à sa présence obsédante et singulière, qui s’inscrit toujours dans une relation – technique, interpersonnelle, cosmique ou ontologique.

Alexandre Chèvremont est professeur d’esthétique et de philosophie de l’art au département Arts de l’université de Lille (faculté des Humanités), membre du CEAC (Centre d’Etude des Arts Contemporains). Il a publié aux Presses du réel en 2024 Donner lieu au son.
Denis Le Touzé est Maître de Conférences à l’Université Lumière-Lyon 2 et membre de l’Unité de recherche Passage – Arts et Littératures XX-XXI. Il poursuit des recherches dans les domaines de l’écriture et de l’analyse musicale.Titulaire d'une Habilitation à diriger des recherches (HDR)
Muriel Joubert est Maîtresse de conférences au Département de Musique et musicologie de l'Université Lyon 2 et membre de Passages – Arts et litt XX-XXI. Passionnée par la dimension de l'espace des profondeurs dans la musique, elle s'intéresse également aux relations entre les arts.

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Critique n°947, Automne 2026 : Cosmopolitiques

 Editions de Minuit - Octobre 2026


Dossier coordonné par Germana Berlantini et Davide Gallo Lassere

Comment faire monde sans réduire la pluralité des mondes ?
Longtemps associée à l’idéal d’une humanité réunie par-delà les frontières, la cosmopolitique connaît aujourd’hui de profondes transformations. À l’heure des guerres entre grandes puissances, des bouleversements écologiques et de l’intensification des logiques extractivistes, elle désigne aussi la recherche de formes de coexistence capables d’accueillir des différences irréductibles : entre humains, mais également entre humains et non-humains, savoirs scientifiques et savoirs vernaculaires, cosmologies et manières d’habiter la Terre. De la philosophie à l’anthropologie, de la pensée écologique aux luttes autochtones, ce déplacement ouvre un nouvel espace théorique et politique, en pleine effervescence.
Ce numéro explore les multiples vies d’une notion devenue cruciale pour comprendre comment habiter ensemble un monde qui ne sera jamais un seul monde.

Sommaire 

Jamila Pinheiro Dias : « Reforester le temps » avec Ailton Krenak
Patrice Maniglier : « Faire revenir la politique sur Terre »
Julien Pallotta : « Une internationale cosmopolitique est-elle possible ? »
Sarah Vanuxem : « Des communs sans communisme »
Jeanne Etelain : « Les êtres-Terre. Un cosmopolitisme de la divergence »
Pierre Sauvêtre : « Géopolitique de la lutte des mondes »
Sophie Gosselin : « Contre-récits de l’Anthropocène »
Entretien avec Isabelle Stengers : « Les cosmopolitiques demandent que les décisions politiques se prennent en présence de leurs victimes »
Entretien avec Étienne Balibar : « Il faut faire dérailler « la locomotive de l'histoire »»
Entretien avec Philippe Descola : « Il est impossible de transformer le système capitaliste sans s’attaquer en même temps à ses soubassements ontologiques »

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Gilles Deleuze : Sur Foucault. I. Les formes du savoir. Cours octobre-décembre 1985

 Editions de Minuit - Octobre 2026


Édition établie par David Lapoujade

Lors de l’année universitaire 1985-1986, Gilles Deleuze décide de rendre hommage à la pensée de Michel Foucault, disparu en 1984, dont il fut longtemps proche et dont l’œuvre constitue à ses yeux « la plus grande philosophie moderne ». Ce cours est un témoignage vivant de l’admiration qu’il lui portait.
Ce volume aborde principalement la question du Savoir à travers l’analyse de ce que Foucault nomme « archéologie ». En quel sens les histoires de Foucault (histoire de la folie, de la clinique, de la sexualité...) sont-elles différentes de celles des historiens ? Deleuze dégage les deux conditions du Savoir chez Foucault : d’un côté, le grand tableau des visibilités ; de l’autre, le vaste tissu des énoncés.
Qu’est-ce qu’une époque fait voir ? Qu’est-ce qu’elle peut énoncer ? Ces deux questions permettent à Deleuze de confronter la pensée de Foucault à la phénoménologie, au structuralisme et à la linguistique dont elle se démarque singulièrement, mais sont aussi l’occasion pour Deleuze de revenir sur des thèmes et des auteurs qui lui sont chers : le masochisme, les multiplicités, la jalousie, Faulkner, Tchekhov, à côté de Raymond Roussel, Magritte ou Blanchot.
Si voir et parler, ces deux dimensions irréductibles l’une à l’autre, s’entrelacent pour constituer les strates du Savoir, ne faut-il pas introduire, pour l’expliquer, quelque chose d’une tout autre nature, un élément « non-stratifié » : les foyers de Pouvoir, deuxième axe de la pensée de Foucault ?

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Georges Didi-Huberman : Formes d'émois, questions d'éthique

 Editions de Minuit - Octobre 2026


Après avoir exploré différentes manières dont les affects peuvent nous égarer dans leurs brouillards ou, à l'inverse, nous enfermer dans leurs fabriques contraignantes d'émotions rivales, il restait à s'engager dans le territoire des gestes instaurant une relation affective plus juste : ni affolés d'eux-mêmes, ni hostiles envers autrui. On découvre alors qu'un émoi ayant inventé puis assumé sa forme parvient à « sortir de son moi », c'est-à-dire à s'ouvrir un destin éthique.
Donner forme à ses affects, donc : pour les engager dans un rapport à l'autre. C'est déjà ce que fait un enfant lorsqu'il entrelace quelques spirales en nous appelant à y voir un certain état du cosmos. C'est ce que fait un historien de l'art (Aby Warburg) en montrant comment les « formes du pathos » sont d'abord des formations migratoires qui traversent toutes les frontières de l'identité. C'est ce que fait un psychanalyste (Wilfred Bion) à l'écoute des « turbulences émotionnelles » d'autrui. Ou un musicien (Jean-Philippe Rameau) quand il introduit ce demi-ton inattendu qui fait tout basculer. Ou un peintre (Francisco Goya) lorsqu'il parvient à « commouvoir l'air » d'un espace apparemment vide. C'est ce que fait un écrivain (Georges Perec) quand il bouleverse - à tous les sens du mot - son écriture en faisant émotion d'une simple « motion du e ».
À partir de ces exemples et de quelques autres, il devient possible de revisiter quelques grandes leçons philosophiques - Nietzsche, Benjamin... - sur la dialectique de l'affect et de la distance. Cette leçon est esthétique, puisqu'elle dépend des formes. Mais elle engage aussi notre tact envers autrui là même nous sommes touchés, prolongeant toute réponse émotionnelle vers ce geste de responsabilité dont Emmanuel Levinas a pu faire le coeur de toute éthique.

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