mercredi 10 janvier 2024

Jean-Baptiste Fournier & Laura Tavernier (dir.) : Les Limites du transcendantal

 SUP Sorbonne - Décembre 2024


Questionner les limites du transcendantal, c’est d’abord interroger les difficultés, les limitations ou les points aveugles que recèle la thèse kantienne d’une double structuration a priori, esthétique et logique, de l’expérience.

Si la philosophie transcendantale se définit de prime abord comme une pensée des limites de la pensée, alors penser les limites du transcendantal semble nous enfermer dans une mise en abyme pour le moins douteuse. Mais les limites du transcendantal ne sont pas du même ordre que les limites que fixe la critique, qui en est inséparable, et ce qu’il s’agira de penser ici n’est au fond rien d’autre que les difficultés inhérentes aux thèses et aux questionnements transcendantaux ainsi que l’extension de ce qu’il convient d’appeler « philosophie transcendantale » après Kant.
L’intuition directrice de cet ouvrage est que la fidélité même au transcendantalisme exige d’en redéfinir les frontières et d’imposer certains reformatages aux thèses canoniques de l’idéalisme transcendantal. Aussi faut-il porter le transcendantal à ses limites, tant en un sens conceptuel qu’historique, et délimiter corrélativement la sphère transcendantale. Quatre limites du transcendantal sont mises au jour dans cet ouvrage : sa limite métaphysique ou spéculative (en lien avec le problème de la genèse de la sphère d’expériences et des questions transcendantales), sa limite empirique (autour de la question de l’acquisition et de l’historicité du transcendantal), ses limites épistémologiques (les reformatages exigés par les sciences modernes) et, enfin, les bornes qu’il est nécessaire d’assigner, historiquement, au transcendantalisme.

acheter ce livre


Claro : L'échec. Comment échouer mieux

 Autrement  - Janvier 2024


Seul l’exercice de l’échec permet d’élargir le champ des possibles. Si, comme le disait Beckett, il importe d’échouer mieux, c’est sans doute parce que créer ne veut pas dire réussir, mais plutôt soutirer à l’obscurité un aveu de lumière. Au risque, consenti, d’aboutir à une impasse – c’est là non une malédiction, mais une chance. Dans cet essai personnel, Claro convoque entre autres Kafka, Pessoa, Cocteau et Hitchcock pour nous plonger dans les failles ouvertes par l’échec. Non sans humour et avec une grande sensibilité, allant jusqu’à dresser la liste de ses propres errements, il nous invite à repenser nos limites et nos fêlures, et à en considérer les bienfaits.

acheter ce livre


François Ansermet : L'Origine - qu'est-ce que ça change ?

 Labor et fides - Janvier 2024


« L’origine change tout mais le devenir peut tout changer de ce qu’amène l’origine. On peut changer ce que l’origine change. »

Si on ne peut pas être à l’origine de son origine, ce que l’on devient nous entraînera toujours plus loin que d’où l’on vient, au-delà de toute prédiction et de tout déterminisme. L’origine, qu’est-ce que ça change ? Peut-être tout, répond François Ansermet. Mais l’origine n’est pas tout. À moins de la comprendre comme « toujours à venir », partenaire de l’instant qui rouvre sans cesse les potentialités de nos vies. Explorant les rapports entre l’origine et le secret, la mort, la génétique, l’identité ou encore la technologie, l’auteur nous entraîne dans une notion qui nous confronte sans cesse à l’inconnaissable. Si cet inconnaissable peut tourner à l’obsession, il peut aussi être, au contraire, garant d’une créativité infinie.

S’opposant à une définition de l’origine dictatrice de sens, d’identité figée et de destin, François Ansermet nous livre ici un plaidoyer libérateur et vivifiant.

acheter ce livre


mardi 9 janvier 2024

Theodor W. Adorno : Problèmes de la philosophie morale

Klincksieck - Juin 2023


Pendant le semestre d’été 1963, Adorno a dispensé un cours intitulé Problèmes de la philosophie morale. Il ne s’agissait nullement pour le philosophe de Francfort de prendre, selon ses propres mots, « la posture d’un gourou » en donnant des conseils à ceux qui auraient voulu mener une « vie juste », mais plutôt, comme les « femmes des ruines » de l’après-guerre, de considérer ce qui pouvait être « sauvé » des décombres de la philosophie morale pour que celle-ci ne fût pas abandonnée à sa dilution dans la culture.

Adorno engageait là une critique approfondie de la conception kantienne de la liberté en même temps qu’il répondait implicitement au négativisme, c’est-à-dire au pessimisme aporétique dont on lui avait souvent fait le reproche, par une élaboration du concept de résistance (Widerstand ).

Indissociable de l’effectivité de la liberté, la résistance « contre ce que le monde a fait de nous et veut faire de nous » découvre la force propre de la pensée critique : « la raison qui se donne à elle-même une figure dans le monde et la raison critique qui lui fait face ne sont pas une seule et même raison, comme Hegel voudrait nous le faire croire. » lit-on dans Problèmes de la philosophie morale.

La dialectique de la résistance contre la « vie fausse », qui innerve tout ce cours, permet de comprendre pourquoi Adorno est resté attaché à la philosophie morale au point d’avoir projeté d’en écrire une après la Théorie esthétique, et elle offre une entrée décisive dans le livre princeps de 1966, la Dialectique négative.

acheter ce livre

Jacques Derrida : Répondre - du secret. Séminaire (1991-1992)

 Seuil - Février 2024


«Le secret, dit-on, c’est ce qui ne se dit pas » : c’est sur cette phrase que s’ouvre le séminaire Répondre – du secret, le tout premier de la série « Questions de responsabilité » que Jacques Derrida donnera à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de 1991 à 2003. Ce cycle de recherches portant sur les enjeux actuels du concept de responsabilité (philosophique, littéraire, éthique, juridique, psychanalytique, politique) privilégie d’entrée de jeu le thème du secret puis celui du témoignage, qui sera déployé de 1992 à 1995.

Qu’est-ce qu’un secret et comment se lie-t-il à un appel à la responsabilité ? Pour répondre à ces questions, Jacques Derrida examine d’abord la sémantique du secret à travers divers registres (scientifique, technique, social, politique et religieux), où le secret trouble l’opposition entre le privé et le public. Suivant la généalogie du cryptique ou de l’hermétique dans différentes familles de langues (grecque, latine, allemande), il explore l’histoire et les valeurs culturelles qui lui sont associées (secret d’État ou militaire, secret professionnel, société secrète), analyse la thématique et les « effets » de secret dans certaines œuvre littéraires (notamment celles de Melville, de Baudelaire, de James et de Poe), puis élabore une problématique de la « curiosité » et du « souci » à partir de textes de Freud et de Heidegger.

Explorant trois « logiques » entrelacées du secret (le cogito cartésiano-kantien, le sujet de l’inconscient freudien, l’être-caché de la dissimulation heideggérienne comme vérité), Jacques Derrida s’engage ensuite dans une lecture approfondie du secret abrahamique dans les Essais hérétiques… de Patocka et Crainte et Tremblement de Kierkegaard, où se découvre la figure par excellence du secret comme mort donnée. Il poursuit également le « dialogue fictif », amorcé en 1975-1976 dans son séminaire La Vie la mort, entre Freud et Heidegger au sujet du concept de l’Unheimlichkeit, tout en interrogeant les effets de la pulsion secrétariale à l'œuvre dans son propre enseignement.

Le texte de ce séminaire a été établi par Ginette Michaud et Nicholas Cotton.

acheter ce livre


Revue du MAUSS 2023/2 (n° 62) : « Faut plus d’ gouvernement ? » Penser le moment anarchiste contemporain

 Le Bord de l'eau - Janvier 2024


Dans les pays occidentaux comme au-delà, les mouvements sociaux des dix dernières années ont notamment mis au goût du jour un certain nombre de pratiques qui rompent avec celles de la tradition contestataire institutionnalisée : mouvements issus directement des populations et non de corps constitués (à l'écart des partis ou syndicats), occupations des places et des rues, actions coup de poing (Extinction Rébellion, Les soulèvements de la Terre par exemple), organisation en marge des institutions et des leaders (Gilets jaunes), mouvements sans revendications précises (Nuit debout nous ne demandons rien) ou demande de démocratie participative (RIC), etc. Avec les textes de : David Graeber, Jean-Claude Michéa, Catherine Malabou, Gustav Landauer, Blair Fix, Edouard Jourdain, Anatole Lucet, Stéphane Vibert, Philippe Chanial, Simone Weil, Adrien Gonzalez, Sylvaine Bulle, Bastien Mouchet, Etienne Poiarez, Benjamin Gizard, Jérôme Lafitte, Thomas Lindemann, Andrea Lanza,Cédric Mong-Hy, Pasha Tavakkoli, Rémi Astruc, Olivier Ruchet, Erwann Sommerer, Guillaume Fauvel, Arthur Guichoux, Margot Verdier.

Page 7 à 28 : Philippe Chanial et Stéphane Vibert - Présentation | Page 29 à 36 : David Graeber et Pierre Éliac - Donnez donc ! Les nouveaux Maussquetaires | Page 37 à 56 : David Graeber - L’anthropologie et l’essor de la classe bureaucratique-managériale | Page 57 à 62 : Christophe Petit - En hommage à David | Page 63 à 68 : Mustapha Saha - David Graeber nous regarde… | Page 69 à 75 : Alain Caillé - Préface à La démocratie aux marges | Page 77 à 87 : Cédric Mong-Hy - Capitaine Graeber : le pirate et l’antidestin. Ou les errements de l’effondrement | Page 89 à 97 : Benjamin Gizard - Tout étoilé. Grands récits et anarchie : Lyotard, Rancière et Graeber | Page 99 à 107 : Gustav Landauer - « Au sujet du socialisme et de la science ». Une lettre ouverte de Gustav Landauer à Franz Oppenheimer | Page 109 à 123 : Anatole Lucet - Peut-on faire une science de la révolution ? Une réponse anarchiste à l’émergence des sciences sociales | Page 125 à 133 : Margot Verdier - La relation anti-autoritaire. Pour une sociologie anarchiste de l’anarchisme | Page 135 à 145 : Guillaume Fauvel - Un autre imaginaire politique est possible ! La démocratie au prisme de l’anthropologie anarchiste | Page 147 à 156 : Erwan Sommerer - Résistance à la réification et désidentification : du constructivisme à l’anarchisme | Page 157 à 167 : Stéphane Vibert - L’anthropologie anarchiste, le politique et la démocratie | Page 169 à 181 : Jean-Marc Ghitti - L’éco-anarchisme des zads | Page 183 à 199 : Jérôme Lafitte - Les projets d’habiter comme pratique signifiante d’une recomposition rurale et d’une interrogation sociétale | Page 201 à 216 : Rémi Astruc - « Anarchie dans le divin » : Auroville et la problématique de l’ordre | Page 217 à 233 : Sylvaine Bulle - La zad, le kibboutz : des expérimentations existentielles | Page 235 à 257 : Thomas Lindemann et Édouard Jourdain - Aux origines de l’anarchie pacifique : une anthropologie politique | Page 259 à 273 : Jean-Claude Michéa - Socialisme, anarchisme et stratégie Godwin | Page 275 à 286 : Andrea Lanza - Fragments d’une science sociale de la praxis chez les premiers socialistes français | Page 287 à 316 : Philippe Chanial - L’anarchisme comme anti-politique de la Relation ? Proudhon, Buber, Landauer | Page 317 à 319 : François Bordes - Violeta la voz | Page 320 à 322 : Laurie Catteuw - Trois portraits de l’enfant | Page 323 à 326 : Anne Mulpas - À hauteur (et autour) d’Anatomie d’une chute de Justine Triet | Page 327 à 330 : Alain Caillé - Quelques réflexions animistes méthodologiques | Page 331 à 333 : Stéphane Vibert - Dany-Robert Dufour, fils d’anar et philosophe | Page 335 à 350 : Renaud Vignes - Vivre en économie stationnaire | Page 351 à 369 : Pierre-Nicolas Oberhauser - Corps, médecine et maladie chez le premier Luc Boltanski (1968-1971). Ambition et limites d’une entreprise théorique | Page 371 à 382 : Denise Lombardi - Identités Mortelles | Page 383 à 410 : Julie Anselmini, Alain Caillé, Philippe Chanial, Sylvain Pasquier, Fabien Robertson, Jean-Paul Rogues, Stéphane Vibert et Florian Villain-Carapella - Bibliothèque.

acheter ce livre

Arts et Savoirs, n° 20 : Figures du sentir. Percevoir, connaître et représenter l’expérience sensorielle du Moyen-Âge à la période contemporaine

 LIZAA - Janvier 2024


Ce numéro dédié aux Figures du sentir explore la mise en images, par différents moyens visuels, de l’expérience sensible. Les contributions réunies dans ce volume renouvellent la question de la figuration visuelle de l’expérience sensible en allant au-delà des analyses symboliques et allégoriques des représentations des sens. Elles sont inédites à trois égards. Premièrement, les auteurs et les autrices mettent la figure humaine, comme être sentant, au cœur de l’analyse, montrant ainsi les différentes manières dont la perception sensible a été figurée, à des fins parfois très différentes, en se concentrant sur la représentation des personnes en lesquelles, nécessairement, celle-ci s’incarne. Deuxièmement, ils et elles nous invitent à aller au-delà d’une description commentée de références visuelles aux sens, en interrogeant le contexte sensible de production et de réception de l’œuvre elle-même. Le numéro met ainsi en lumière l’application fructueuse de la notion d’expérience à l’analyse des figures du sentir, en tant que catégorie permettant d’établir des liens entre les sens, les émotions et les savoirs. Troisièmement, les contributions du volume soulignent que l’étude des sens dans les cultures visuelles requiert l’adoption d’une démarche de recherche inter-sensorielle. Considérer les figurations du sentir en éclairant leurs interactions réciproques nécessite, en retour, la mise en œuvre d’approches interdisciplinaires, en croisant les apports de différents champs de recherche, notamment l’histoire des sens, de l’art et des savoirs.

Gustav Theodor Fechner : Le petit livre de la vie après la mort

 L'Eclat - Janvier 2024


Traduit de l’allemand par Michele Ouerd et Annick Yaiche

“Sur terre, la vie d’un homme ne se déroule pas en une seule phase, mais en trois. La première est un sommeil constant, la deuxième alterne entre sommeil et veille, la troisième est un éveil éternel. Le passage de la première à la deuxième phase s’appelle naissance ; le passage de la deuxième à la troisième phase s’appelle mort. L’un nous conduit à la contemplation extérieure du monde, l’autre à sa contemplation intérieure.” Le petit livre de la vie après la mort se concentre sur cette troisième phase de l’éveil éternel,où la mémoire des morts perdure dans la vie terrestre, si bien que rien de ce qui a été ne sera perdu, pour autant que l’on veuille l’entendre et la saisir.
Histoire de la maladie, traduit par Claude Rabant, qui décrit dans les moindres détails la photophobie dont souffrait Fechner, est l’un des premiers exemples de ‘méthode clinique’ où patient et soignant sont une seule et même personne.

De Gustav Theodor Fechner (1801-1887), père de la psycho­physique, qui étudiait les relations entre les événements physiques et les phénomènes psychiques, L’éclat a également publié : Nanna, ou la vie psychique des plantes et Anatomie comparée des Anges, qui constituent avec ce Petit livre de la vie après la mort, un triptyque poético-scientifique, dont l’humour métaphysique n’a pas échappé au père du Père Ubu, Alfred Jarry, pas plus qu’au grand savant que fut Henry Corbin.

acheter ce livre


Épistémocritique, n° 23 : Discours et représentations de la Préhistoire à l’heure de l’anthropocène

 Epistémocritique - Janvier 2024


– Introduction : Catherine Grall

Qu’est-ce que la préhistoire ?
2 – Boris Valentin : « Préhistoire : de quoi s’agit-il ? »
3 – Jean-Michel Geneste : « Altérités. La perception de l’Autre et des Autres en Préhistoire. Un exemple de recherche anthropologique en Terre d’Arnhem »
4 – Philippe Grosos : « Préhistoire : de l’obstacle épistémologique à l’analyse des modes d’être »
5 – Pascal Depaepe : « Sous-Homme ou Sur-Homme ? Neandertal fantasmé »
6 – Jean-Luc Guichet : Rousseau fondateur des sciences de l’homme… préhistorique ?

Écritures littéraires de la préhistoire
7 – Fanny Drouot : « Interférences préhistoriennes dans le cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola »
8 – Emmanuel Boldrini : « Les origines célestes de l’homme : la mystique préhistorique d’Édouard Schuré »
9 – Christian Michel : « L’attente en sens inverse — dislocation des temps et reconfigurations typologiques dans Ratner’s Star de Don DeLillo »
10 – Étienne Lussier : « L’écriture de la préhistoire dans La Grande Beune de Pierre Michon : entre entropie et néguentropie »
11 – Chloé Morille : « “Big Hole Man” : la préhistoire à l’âge atomique »

Les arts contemporains et la préhistoire
12 – Nathalie Joffre : « Tracing papers : réflexions théoriques et démarche artistique : pour une possible redécouverte contemporaine et sensible de Lascaux »
13 – Laurence Gossart : « Les gestes des préhistoriques comme ressource de l’art contemporain »

en ligne

lundi 8 janvier 2024

Laurent Touil-Tartour : Achever Sartre

 Grasset - Janvier 2024


Si Sartre connut son lot de scandales, aucun ne fut comparable à celui qui éclata un mois avant sa mort. En cause, son ultime publication : L'Espoir maintenant. Une série d’entretiens sur ses engagements, la révolution, la violence, l'éthique, le messianisme juif et le destin de l'humanité, où son interlocuteur est soupçonné d’avoir commis un abus de faiblesse, autant dire un “détournement de vieillard”...

Ces entretiens étaient en fait l'aboutissement de dix ans de travail et le fruit d'une amitié inattendue qui engendra une collaboration intellectuelle unique dans l'histoire de la pensée.
Tout commença dans un café de St Germain, le jour où Sartre rencontra un jeune homme mystérieux de 25 ans, de quarante ans son cadet, doté d'un charisme hors du commun, apatride, clandestin, sans-papiers, et chef incontesté d'un mouvement révolutionnaire radical. Il s'appelait Benny Lévy. Mais c'est sous son nom de guerre qu'il fut craint, admiré et décrié : « Pierre Victor ». C'était un 15 avril, et les deux hommes ne se quitteront plus pendant dix ans, jusqu'à cet autre 15 avril, en 1980, quand Sartre mourut.

Entre ces deux dates, un mystère. Persistant. C'est son élucidation qui fonde ce récit. Essai critique, biographique et enquête philosophique, ce livre s’appuie sur une documentation riche et partiellement inédite.
Ce récit se double d’une réflexion profonde sur l'universalité de l'œuvre sartrienne et ses engendrements, sans épargner les contradictions intimes de son auteur et celles de son temps.

acheter ce livre

Li Shanlan : Catégories analogues d'accumulations discrètes

 Les Belles lettres - Novembre 2024


Combien de fûts de vin peut-on empiler pour former une pyramide tronquée dont les dimensions sont données ? Comment représenter la suite de nombres impairs 1, 3, 5, 7,… en lien avec leurs sommes partielles 1, 4, 9, 16, … ?
Pour répondre à de telles questions, à partir du XIe siècle, une véritable discipline mathématique, connue sous le nom d’« accumulations discrètes », se forma en Chine. Elle se nourrit d’abord de la géométrie et de l’algèbre avant de prendre une tournure proprement arithmétique et indépendante des neuf thèmes établis dans le canon des mathématiques chinoises depuis le premier siècle. L’auteur des Catégories analogues d’accumulations discrètes (1867), Li Shanlan, se prévaut d’être le premier à avoir théorisé le domaine. Mais quelle forme pourrait prendre une théorie mathématique en l’absence de tout discours démonstratif ?

La lecture des Catégories analogues montre en effet que l’organisation des ensembles d’objets mathématiques traités en quatre livres suit une logique strictement déductive combinée à une argumentation, tout aussi strictement, inductive. C’est sur la base d’une série de triangles arithmétiques, en commençant par celui connu en Occident sous le nom de Triangle de Pascal (déjà présent en Chine depuis au moins le XIIe siècle), que Li Shanlan établit un grand nombre de « formules », dont la fameuse identité combinatoire qui porte son nom. Font partie de sa boîte à outils le langage naturel avant tout, les tableaux de baguettes à calcul, des diagrammes représentant les suites des nombres et, implicitement, sa familiarité avec les Éléments d’Euclide.

acheter ce livre


Alain Vergnioux : De Robinson à Vendredi. Réécritures du mythe

 Les Belles lettres - Janvier 2024


Grand classique de la littérature publié en 1719, Robinson Crusoé, de Daniel Defoe, est un des premiers romans d’aventures : sur une île inhabitée à l’embouchure de l’Orénoque, près des côtes vénézuéliennes, Robinson, qui a fait naufrage, vit vingt-huit années aux côtés d’un « sauvage » nommé Vendredi. Jean-Jacques Rousseau le considéra comme un livre d’éducation. Dans sa postérité littéraire, il est devenu un mythe.

Qu’en font Jean-Jacques Rousseau dans l’Émile (1762), J.H. Campe dans Le Nouveau Robinson, J.D. Wyss dans Le Robinson suisse mais encore Jules Verne quand ils assument la transformation du mythe dans la modernité scientifique et technique ? Que déconstruisent, au XXe siècle, en en subvertissant les valeurs initiales, Jean Giraudoux (Suzanne et le Pacifique), Michel Tournier (Vendredi ou les limbes du Pacifique), J.M. Coetzee (Foe) ou encore William Golding ? Alain Vergnioux s’emploie ici à analyser ces réécritures qui sont parmi les plus significatives.

La littérature transforme le récit en mythe. Elle est le témoin de premier plan des paradoxes et des métamorphoses de l’itinéraire littéraire qui, au fil du temps, a réécrit les rapports entre sauvagerie, identité et altérité. Ou comment un roman de formation est aussi l’incessante déformation d’une mythique origine.

acheter ce livre


Jean-Michel Durafour (dir.) : Sites du film. Le cinéma et ses parages

 Presses du réel - Janvier 2024


Textes de Vincent Amiel, Emmanuelle André, Jacques Aumont, Mireille Berton, Martine Beugnet, T. J. Demos, Jean-Michel Durafour, Térésa Faucon, Jennifer Fay, Antoine Gaudin, Sébastien Lefait, Marie Rebecchi, D. N. Rodowick, Pierre Rusch, Antonio Somaini, Peter Szendy, Benjamin Thomas, Luc Vancheri.

Le cinéma comme méthode d'investigation du visible et trajet dans la pensée théorique des images.
Les images ne sont pas des choses. Les images sont des sites. S'agissant de ces images particulières que sont les films, notre temps ne cesse de nous le rappeler en basculant et bousculant ce que nous en avons pensé jusque-là. Les films n'ont jamais autant bougé ni notre regard avec eux – à tel point que le cinéma est devenu pour beaucoup insituable, partout et nulle part, délayé dans une concentration horizontale des pratiques des films où son privilège historique a fini par s'éteindre. Il est même de moins en moins nécessaire pour qu'il y ait film que quelque chose soit filmé.
L'hypothèse de ce livre est que ces métamorphoses et ces nouvelles pratiques, pour relativement récentes qu'elles soient, témoignent moins d'une révolution historique qu'elles n'éclairent potentiellement n'importe quel film d'un effet de loupe épistémologique et spéculatif nous invitant tout aussi bien à sortir du cinéma au sens strict qu'à remonter aussi dans le passé de son histoire. Les films ne sont que des relations, des bretelles, des tournures et des détours, et le cinéma sera pris ici moins comme un objet d'étude que comme une méthode d'investigation du visible et un trajet dans la pensée théorique des images.

Jean-Michel Durafour est professeur des universités en Esthétique et théorie du cinéma à Aix-Marseille Université. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Cinéma et cristaux. Traité d'éconologie (Mimésis, 2018), Tchernobyliana. Esthétique et cosmologique de l'âge radioactif (Vrin, 2021) et, avec Emmanuelle André, Insectes, cinéma. Le visible qui palpite (Rouge profond, 2022). Il est le directeur des éditions Épousées par l'écorce.

acheter ce livre


Jean-Bernard Paturet et Shérif Toubal : Marianne sur le divan. Laïcité et psychanalyse

 L'Harmattan - Janvier 2024


Si la laïcité est un principe d’organisation de notre République qui, depuis 1905, instaure la séparation des Églises et de l’État et conditionne la liberté des cultes dans notre pays, il semble à première vue que la psychanalyse ait peu à voir avec ce principe. Pourtant, et c’est la réflexion à laquelle nous invitent les auteurs dans leur dialogue, la laïcité ne peut être vécue comme positive par les citoyens qu’en fonction de leur propre parcours psychique, de leur relation très intime avec le monde religieux et celui de la croyance.
Psychanalyse et Laïcité se rejoignent en un point nodal : la liberté puisque l’État et la loi instaurent des espaces de liberté pour chacun de croire ou non, de l’exprimer. La psychanalyse permet d’accéder à une liberté intérieure non encombrée du discours de l’autre tout en le pensant comme alter ego.
Ce texte profond et intelligent montre que la laïcité ne va pas de soi mais qu’elle est, par nature, un pari sur l’intelligence et le « penser » par soi-même.

Jean-Bernard Paturet est professeur émérite à l’Université Paul-Valéry Montpellier III. Il est ancien directeur du département de psychanalyse.
Sherif Toubal est docteur en études psychanalytiques, formateur à l’IFME de Nîmes, responsable du DU Laïcité et Médiation. Il est également chargé de cours à l’Université Paul-Valéry Montpellier III.

acheter ce livre


Carole Baudin : Danser les invisibles. Exploration ethno-chorégraphique de nos corporalités contemporaines

 L'Harmattan - Janvier 2024


Nous dansons chaque jour les invisibles. Les objets techniques, devenus digitaux, qui s’insinuent dans nos activités quotidiennes nous font danser autrement, façonnant nos sensorialités. Les chorégraphies qu’ils proposent nous obligent à de nouvelles élasticités corporelles, à transformer subtilement nos univers perceptifs et sensibles.
En regardant ces « petites danses » dans l’épaisseur des corps, on aperçoit les mutations. Elles sont ténues mais profondes. Elles engagent nos rapports au corps, aux autres, au monde. Elles interrogent aussi sur la manière dont les chorégraphes, ceux qui conçoivent ces techniques, nous envisagent et nous projettent.
Loin d’être une métaphore, le regard chorégraphique est pleinement convoqué pour saisir l’épaisseur des dimensions sensibles de nos gestes ordinaires, pour capturer les moments décisifs et critiques dans le façonnage technique de nos corps. Pour comprendre et agir sur la crise de sensibilité que connaissent nos sociétés contemporaine

Carole Baudin est ethnologue et photographe. Elle s’inscrit dans une anthropologie du sensible et de l’innovation. Chercheure indépendante et membre associée au laboratoire de recherche Santé et Social de la Haute École de Travail Social de Lausanne, elle étudie depuis plus de vingt ans, les liens sensoriels, perceptifs et sensibles qui se trament avec les choses et les techniques dans l’ici et l’ailleurs. Elle collabore depuis quelques temps avec des danseurs-chorégraphes pour réhabiliter une approche écologique des sens dans l’étude des dynamiques sociales.

acheter ce livre


dimanche 7 janvier 2024

Emmanuel Kant : Sur l'échec de tout essai philosophique en matière de théodicée, suivi de Sur un prétendu droit de mentir par humanité (nouvelle traduction)

 PUF - janvier 2024


Si le mal est ce qui doit ne pas être, il place la métaphysique devant une alternative : prétendre saisir la rationalité du réel malgré le mal, ou prendre au sérieux l'exigence de penser le monde depuis le mal. La première attitude, caractéristique de ce que la tradition nomme la « théodicée », est selon Kant une illusion, dont la déconstruction ne laisse ouvert que le second chemin. Le suivre, c'est notamment s'intéresser au mensonge, que Kant présente comme un mal en toutes circonstances. Cet ouvrage donne à lire les deux textes que Kant a consacrés à cette question, un choix de textes sur le problème moral du mensonge bienveillant, ainsi qu'une présentation de ce qui constitue une authentique métaphysique de la sincérité. On y voit Kant produire l'une des rares légitimations philosophiques de la plainte, en même temps que s'efforcer à déterminer précisément ce que mentir veut dire. On y apprend également que la célèbre controverse entre Kant et Constant est largement le résultat d'un coup monté.

Traduction et Présentation : Antoine Grandjean

acheter ce livre

Cliniques méditerranéennes n°108 : Le corps et ses récits

 Erès - Janvier 2024


Par ses effets psychologiques et sociaux, par l’espace mondial où il s’est déplié, par la sidération que son émergence a produit, par le décompte des morts, des patients en réanimation, des contaminés égrenés quotidiennement, par l’étendue et la brutalité des mesures sanitaires et politiques prescrites, le Covid-19 a bien constitué une catastrophe. Mais il n’empêche, les individus et les populations, une fois sortis de la surprise et de la sidération, se sont mis au travail, travail psychique et symbolique de la création.

Tous les dispositifs créés dans des organisations diverses et sophistiquées par la plus value du numérique pour rendre plus efficaces les pratiques ne peuvent qu’être voués à l’échec s’ils ne mettent pas l’humain au centre des prises en charge des souffrances des patients et de leurs familles.

La situation inédite du Covid-19 a permis, exigé une créativité dans les pratiques. Il a fallu inventer de nouvelles manières de faire et de penser avec ce réel qui a fait irruption dans nos vies. L’ensemble des textes rassemblés dans ce numéro 108 « Le corps et ses récits » montrent combien les psys savent faire de la catastrophe un « acte de création » à la manière de Patrick Chamoiseau pour qui l’« idée de « catastrophe » serait un préalable à une création véritable. »

acheter ce livre


Gérard Raulet : Lumières politiques

 PUF - Janvier 2024


La relecture des textes fondateurs de la notion moderne de citoyenneté permet de questionner l'articulation entre l'identité nationale moderne et l'altérité. Une lecture à nouveaux frais de Kant suppose un retour sur la validité du modèle français de l'intégration, c'est-à-dire sur la viabilité du respect des différences dans la perspective de leur résorption dans une identité républicaine : la citoyenneté, qui entend être dans un État particulier le symbole de la citoyenneté universelle.

acheter ce livre