mercredi 22 février 2023

Charlotte Morel et Pierre-François Moreau (dirs. ) : Anthropologies philosophiques allemandes. De Johann Friedrich Herbart à Helmuth Plessner

 Classiques Garnier - Février 2023


Longtemps l'anthropologie philosophique est restée en France une discipline ignorée ou sous-estimée. Au contraire, en Allemagne, elle a joué un rôle essentiel depuis deux siècles, dans les systèmes philosophiques et dans les relations entre philosophie, sciences humaines, discours religieux - ou antireligieux - et politiques. Feuerbach et Marx, Herbart et Lotze, Scheler, Cassirer, Walter Benjamin ou Leo Strauss comptent parmi ses principaux représentants. La nature de l'homme (s'il en a une) et sa place dans la nature et dans l'Histoire, son rapport à l'animalité, les liens entre l'individu et autrui, les relations entre les groupes humains et ce qui les détermine : autant d'objets de controverses, dont on redécouvre l'intense actualité.

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Carl Hempel : Eléments d'épistémologie

 Armand Colin - Février 2023


S’interrogeant sur la démarche scientifique, Carl Hempel en déploie successivement les diverses opérations : concepts, hypothèses, lois et contrôles. Chacune de ces opérations concoure à la construction d’une théorie. Cette démarche est animée par la volonté de donner une explication. Non pas une explication qui consiste à invoquer une cause factice, mais une explication qui rend possible la précision extrême à laquelle les sciences de la nature nous ont habitués. La concurrence entre théories conduit alors à un approfondissement continuel. Et l’auteur complète sa reconstruction rationnelle par une prise en compte de la dynamique de la science.

Carl Hempel (1905-1997) a participé dans sa jeunesse au mouvement du positivisme logique à Berlin et à Vienne. Il a enseigné ensuite à l’université de Princeton, et ses travaux ont marqué l’orientation de la philosophie analytique des sciences.Anastasios Brenner est professeur de philosophie à l’université Paul- Valéry de Montpellier. Ses principaux axes de recherche sont, entre autres, la philosophie des sciences, l’histoire de la philosophie des sciences, la sémantique historique des concepts scientifiques.

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Beatriz Santos et Monique David-Ménard (dirs.) : Pulsion de mort. Destruction et créations

 Hermann - Février 2023


La notion de pulsion de mort est en discussion sur sa valeur conceptuelle et opératoire depuis sa formulation par Freud en 1920. Captation interne des forces de vie par une destruction immanente et subtile, est-ce le dernier mot de ce que Freud décrivait comme perspective dans l’Au-delà du principe de plaisir ? Comment lire au détour des pages de cet écrit les incessants retournements de l’analyste qui, tantôt ramène la plasticité pulsionnelle à un destin inexorable de retour à une fixité mortifère, tantôt affirme que seul le hasard des rencontres et des mélanges retarde la pente autodestructrice des pulsions?
Réunissant des psychanalystes cliniciens et des philosophes dont les travaux se réfèrent avec constance à la psychanalyse, Pulsion de Mort : destruction et créations est une réflexion sur les liens entre la pulsion de mort et la méthode psychanalytique et sur le passages de la clinique d’un sujet aux destins de la pulsion de mort dans nos sociétés.

Beatriz Santos est maîtresse de conférences au Département d’Etudes Psychanalytiques de l’Institut Humanités, Sciences et Sociétés de l’Université de Paris et membre du Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Société (CRPMS). Ses travaux portent principalement sur les liens entre les études de genre et la psychanalyse.
Monique David-Ménard est psychanalyste et philosophe. Elle est actuellement membre associée de la Société de psychanalyse freudienne, de l’Institut ICI-Berlin et est co-fondatrice de la Société Internationale Psychanalyse/philosophie.

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mardi 21 février 2023

Isabelle Garo : Marx à 20 ans. De la colère au communisme

 Diable Vauvert - Août 2022


Marx fut d'abord un jeune bourgeois rhénan éduqué dans la fidélité aux Lumières et hostile à l'Ancien Régime prussien. Étudiant en droit, il se passionne pour la philosophie et la poésie, vocation nourrie par son amour contrarié pour Jenny von Westphalen. Devenu journaliste, il découvre la misère du peuple mais aussi l'ampleur des injustices liées au capitalisme naissant. De Kreuznach à Paris, en passant par Berlin, ses choix personnels sont inséparables de l'histoire de l'Europe à la veille de la révolution de 1848 et ils le mèneront à bouleverser la théorie autant que la politique.

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Marie-Jean Sauret : Le fil politique (1991-2022)

 Le Retrait - Décembre 2022


Concrètement, j’écris ces tribunes le matin en me levant, en réaction à la lecture de la presse, la veille, ou des informations matinales. Il s’agit de « faire quelque chose » de la colère qui me saisit devant tel ou tel aspect de notre monde, de m’expliquer avec ce qu’il a d’insupportable, de repérer la logique dans laquelle il s’inscrit et qui l’a rendu possible, et, au bout du compte, de partager littéralement mon « point de vue » – pour le questionner [...]. L’urgence de l’époque m’empêche de rabattre ces interventions sur l’anecdotique des dits événements. Car, le déclencheur, non pas de ma colère, mais de cette écriture publique, est toujours le sentiment que le Discours Analytique jette sur le fait examiné une lumière rasante qui le fait apercevoir d’une manière inédite : au point de suggérer parfois où devrait trancher l’acte politique si ce dernier en était prédicable.

Auteur de nombreux ouvrages, Marie-Jean Sauret est psychanalyste et membre du Pari de Lacan.

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Giorgia Tiscini : Le mythe de la prison. Du lieu au discours

 PU de Rennes - Février 2023


La prison est un monde à part où le temps et l'espace perdent leurs coordonnées, où le plus intime du sujet se trouve enfermé dans des enjeux collectifs. La prison telle qu'elle est aujourd'hui, s'est institutionnalisée à partir de la Révolution française et de la mise en place de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, la privation de liberté venant à la place des châtiments corporels. Ceux qui mettent en danger la nouvelle société doivent y rester inclus, demeurant exclus à l'intérieur. Telle est la dimension de la prison pour l'État, de la prison comme mythe d'une société républicaine et démocratique. La prison forge aussi un nouveau discours, la criminologie, une recherche sur l'impossible qui étend la prison pour l'État à la prison pour tous : au centre de la société, la prison apparaît comme lui étant paradoxalement consubstantielle, l'une ne pouvant exister sans l'autre. Il s'ensuit une interrogation sur les origines de cette étrange institution tant dans ses coordonnées subjectives que collectives. D'une conjoncture historique à une formation mythique, cet ouvrage revisite la naissance de la prison, avec ses débats, espoirs, réflexions et combats, afin de dégager un regard qui permette de dépasser les impasses actuelles et de réhumaniser ce lieu à partir de l'histoire qui l'a fondé et des conditions de son existence.

Giorgia Tiscini est professeure des universités en psychopathologie clinique à l'université Rennes 2, membre et directrice adjointe du laboratoire Recherches en psychopathologie et psychanalyse (RPpsy). Psychanalyste, psychologue clinicienne et expert psychologue auprès des tribunaux, elle dispose d'une longue expérience clinique en milieu carcéral et psychiatrique.

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Stéphane Van Damme : Les voyageurs du doute. L'invention d'un altermondialisme libertin (1620-1820)

 Fayard - Février 2023


Des conquêtes d’Alexandre le Grand, qui suscitent l’éclosion du pyrrhonisme sur les rives du Gange, à la critique des ravages de la colonisation pointés par Montaigne lors de la Renaissance, les savoirs sceptiques ont souvent émergé dans des moments d’expansion impériale.
Parti sur les traces des savants voyageurs de l’époque moderne, de François Bernier au marquis de Sade, Stéphane Van Damme livre une histoire globale du scepticisme à l’heure de la construction de la France-Monde. Géographie, astronomie, médecine, cartographie, chimie, géologie, botanique ou encore archéologie : tout est bon aux libertins pour critiquer cette nouvelle globalisation française mise en œuvre par la monarchie absolutiste. Mais ils promeuvent aussi par là une autre vision du monde, opposant aux logiques de la domination et de l’appropriation les promesses de la rencontre.
Porteurs d’une contestation scientifique inédite de l’universalisme occidental, ces voyageurs du doute élaborent le premier altermondialisme.

Stéphane Van Damme est professeur au département d’histoire de l’École normale supérieure (Paris). Ses recherches portent sur les sciences modernes et la culture européenne du xvie au xixe siècle. Il a publié en 2020, aux Presses du Réel, Seconde Nature. Rematérialiser les sciences entre Bacon et Tocqueville.

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Achille Mbembe : La communauté terrestre

 La Découverte - Février 2023


Traiter de la Terre, c’est avoir à l’esprit une chaîne symbiotique : celle du vivant, dans ses innombrables déploiements. Les humains, les espèces animales et végétales, les microbes, bactéries et virus, les corps inorganiques et les substances minérales ainsi que les dispositifs technologiques et autres appareillages artificiels font inséparablement partie de cette chaîne du vivant. Mais c’est aussi le cas, du moins dans les pensées animistes africaines, de toutes les forces invisibles, des génies, des esprits et des masques.
Prenant fermement appui sur l’insondable richesse de ces pensées, Achille Mbembe propose dans cet essai une réflexion stimulante sur la Terre, ses devenirs, et surtout la sorte de communauté qu’elle forme avec la cohorte des espèces animées et inanimées qui l’habitent, y ont trouvé refuge ou y séjournent.
Il montre comment notre relation fondamentale à la Terre ne peut être que celle de l’habitant et du passant. C’est en tant qu’habitant et passant qu’elle nous accueille et nous abrite, qu’elle entretient les traces de notre passage, celles qui parlent en notre nom et en mémoire de qui nous aurons été, avec d’autres et au milieu d’eux. C’est à ce titre qu’elle est la toute dernière des utopies, la pierre angulaire d’une nouvelle conscience planétaire.

Achille Mbembe est directeur de la Fondation de l'innovation pour la démocratie, professeur d'histoire et de sciences politiques ainsi que chercheur au Wits Institute for Social and Economic Research (WISER) à l'université de Witwatersrand (Johannesburg). Lauréat du prix Ernst-Bloch en 2018, il est notamment l'auteur, à La Découverte, de Sortir de la grande nuit (2010), Critique de la raison nègre (2013), Politiques de l'inimitié (2016) et Brutalisme (2020).

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Alain Alcouffe (dir.) : Seignelay Colbert de Castlehill (1735-1811). Un évêque entre Lumières écossaises et Contre-Révolution

 PUTC - Février 2023


L'ouvrage rassemble les communications du colloque des 8/9/10 décembre 2020 tenu virtuellement à l'Institut catholique de Toulouse. Il était consacré à l'étrange figure de Seignelay Colbert de Castlehill, né à Inverness, le 13 août 1735 dans une famille presbytérienne et mort à Londres, évêque anticoncordataire et animateur de la Petite Église le 15 juillet 1811. Vicaire général de Loménie de Brienne à Toulouse, fréquentant les salons parisiens, en particulier celui de Madame du Deffand, il fut le guide de l'économiste Adam Smith et de son élève le futur duc de Buccleuch à Toulouse et dans le Sud-Ouest de Bordeaux à Montpellier de mars 1764 à octobre 1765. Sa correspondance avec David Hume, le duc de Buccleuch et Smith comme avec Condorcet montre un épistolier plein d'esprit et en même temps un administrateur soucieux de remplir au mieux ses obligations. Colbert est l'auteur d'un livre sur le droit de la nature et d'un projet de paix perpétuelle.

Alain Alcouffe est Professeur émérite de l'Université Toulouse 1 Capitole

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dimanche 19 février 2023

Jean Galard : Conversations avec les choses muettes. Quel savoir pour mieux voir ?

 L'Atelier Contemporain - Février 2023


Nicolas Poussin, pour rappeler que son métier n’était pas d’écrire mais de peindre, se désignait ainsi : « moi qui fais profession de choses muettes ». Prolongeant l’esprit de cette formule énigmatique et fascinante, Conversations avec les choses muettes entend mettre en œuvre et interroger la façon dont la parole écrite peut tenter d’entrer, malgré tout, en dialogue avec les œuvres d’art. Car si elles ne répondent pas lorsqu’on s’adresse à elles, elles ne condamnent peut-être pas pour autant à un silence sans issue.

Les objets inertes qui nous entourent sont silencieux. Être muet, c’est autre chose. Pour cela il faut normalement être doté, peu ou prou, de la faculté de la parole et s’en trouver privé par accident ou s’en abstenir momentanément. La peinture, comme la sculpture, le dessin, la photographie, devrait être dite silencieuse. Mais Poussin, le peintre, dit qu’il fait profession de choses muettes. On peut se demander pourquoi il entend, si l’on peut dire, dans la peinture, du mutisme plutôt que du silence. Les œuvres visuelles se taisent parce que, peut-être, ce qu’elles pourraient avoir à dire, elles préfèrent le garder secret, ou le dévoiler à mots couverts.

Ce livre entreprend une brève (mais scrupuleuse) exploration, sans doute plus aléatoire et aventureuse que méthodique, des différents motifs pour lesquels les œuvres d’art, d’époques et de provenances diverses, appellent aujourd’hui – ou non – un minimum de commentaire.

Que gagne-t-on à connaître la date d’une œuvre, son époque ? Et le nom de l’auteur, sa place convenue dans l’histoire de l’art ? Et le titre de l’œuvre ? Donné par qui ? Faut-il chercher à savoir l’intention qu’avait l’artiste ? Quels sont les droits de l’interprétation (en art) ? Existe-t-il des œuvres qui ne requièrent aucune information préalable à leur compréhension, à leur appréciation ? – Toutes questions indiquant assez qu’on voudrait se placer ici du côté des esprits intelligemment ingénus.

Jean Galard est ancien élève de l’ENS Saint-Cloud, agrégé de philosophie. Avant d’être directeur du service culturel du musée du Louvre de 1987 à 2002 – expérience dont l’enseignement même est à l’origine de ce livre –, Jean Galard fut professeur d’esthétique au département de philosophie de l’Université de São Paulo, attaché culturel d’ambassades et directeur de centres culturels français à Casablanca, Niamey, Istanbul, Mexico, Amsterdam.
Il a publié : La Beauté du geste (Les Impressions nouvelles, 1986), La Beauté à outrance (Actes Sud, 2004), La Joconde est dans l’escalier (Les Impressions nouvelles, 2020) ; à propos du musée du Louvre : Visiteurs du Louvre, un florilège (RMN, 1993), Les Mots du Louvre (Paris Musées & Actes Sud, 2003), Promenades au Louvre, en compagnie d’écrivains, d’artistes et de critiques d’art (Bouquins, 2010), Le Louvre des écrivains (Citadelles et Mazenod, 2015).
Il a participé aux ouvrages : Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? (Gallimard, 2000), Ruptures. De la discontinuité dans la vie artistique (ENSBA, 2002), L’œuvre d’art totale (Gallimard, 2003).

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Nicola Abbagnano : La structure de l'existence

 L'Harmattan - Février 2023


Philosophe et historien de la philosophie de renommée internationale, Nicola Abbagnano (1901-1990) a été le principal représentant de l'existentialisme italien. Dans cette œuvre phare, publiée en 1939, il aborde le problème de l'existence à partir des concepts de structure et de possibilité, tout en prenant ses distances avec la philosophie de Karl Jaspers et de Martin Heidegger. Si son but est de contribuer à l'élaboration d'une métaphysique existentielle, Abbagnano ne conçoit pas pour autant son ouvrage comme une entreprise purement théorique. Son analyse existentielle, explorant le rapport de l'être humain au temps, à l'histoire et à la mort, l'amène en effet à décrire les caractéristiques d'une existence authentique. Selon Abbagnano, les pages de ce livre représentent donc « une voie offerte à l'homme pour réaliser véritablement sa nature ».

Traduit par Pietro Milli
Préface de Giovanni Fornero

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Jacqueline Lagrée : La délibération éthique. L'expérience des comités de bio-éthique

 PU de Rennes - Février 2023


Les comités d'éthique médicale existent depuis 1982. L'auteur, philosophe, qui a déjà publié aux PUR un livre sur la relation thérapeutique, s'appuie sur une expérience de 37 années de participation à un comité d'éthique médicale pour expliquer à quoi servent les comités d'éthique, comment ils se constituent et comment ils fonctionnent. En s'appuyant sur un certain nombre de cas, elle analyse comme on discerne un problème éthique, en le distinguant d'un problème médical ou juridique, comment ses membres discutent, délibèrent puis émettant un avis qui tienne compte des différents angles d'analyse. Elle montre aussi comment les comités se sont adaptés à la situation de crise de la pandémie de la COVID l'évolution des questions posées de 1985 à 2022.

Jacqueline Lagrée, professeur émérite de philosophie à l'université de Rennes 1, est spécialiste de la philosophie de l'âge classique.

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BOÈCE, AL-ASH’ARÎ, AVICENNE, AVERROÈS, GUILLAUME D’AUVERGNE, ROGER BACON, THOMAS D’AQUIN, JEAN DUNS SCOT : L’acte et la puissance

 Vrin - Mars 2023 - Translatio


Le Moyen Âge se caractérise, dit-on, par une fidélité sans faille à Aristote : « Aristoteles dixit… ». Or, l’élucidation de l’idée d’un Dieu « tout-puissant », ou « puissant sur toutes choses », a bien pu s’appuyer sur le couple aristotélicien de la puissance et de l’acte; mais ne l’a-t-il pas aussi et conjointement modifié en profondeur? La difficile réception de ces concepts fondamentaux de la métaphysique aristotélicienne est sans doute révélatrice de la manière dont le Moyen Âge n’a jamais « repris » Aristote, au sens où il l’aurait simplement répété, mais il l’a « repris », au sens où il n’a eu de cesse de l’adapter aux réquisits nouveaux auquel il importait de faire droit. S’attacher aux reprises médiévales de l’acte et de la puissance, en métaphysique, mais aussi en logique et en physique, comme dans la psychologie, ou encore dans l’éthique, tant dans la Chrétienté de langue latine, qu’en terre d’Islâm, c’est ainsi se confronter à la richesse et à la fécondité des pensées qui y ont vu le jour.

Textes latins et arabes traduits, introduits et annotés par J.-C. Bardout, Z. Bou Akl, C. Cerami, I. Fouche-Lévi, C. Girard, C. Koenig-Pralong, O. Lizzini, M. Sebti, K.Trego

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Jean-Claude Quentel : La personne au principe du social. Les leçons de l'adolescence

 Gallimard - Février 2023


Le concept de Personne, tel qu'on l'entend ici, désigne la capacité qui permet à l'homme à la fois de se vivre comme une subjectivité singulière et de participer au social. L'argumentation prend ici appui sur l'expérience de l'adolescent, son fonctionnement étant en effet révélateur des processus que suppose la Personne. Ce qui se joue à cette période de la vie oblige à comprendre que, loin d'être acquise d'emblée, c'est à une époque relativement tardive de son existence, après les années de l'enfance au sens strict, que la Personne émerge en l'homme. Elle se spécifie dès lors clairement par rapport aux autres capacités dont celui-ci peut faire preuve dès la première enfance, à savoir le langage, mais également l'habileté technique et le désir. Processus général, donc anthropologique au plein sens de ce terme, la Personne suppose fondamentalement une abstraction, en l'occurrence une prise de distance radicale par rapport au mode de rapports immédiats dans lequel l'être humain se trouve naturellement pris. Cette abstraction se fait ici absence, à soi-même en même temps qu'à autrui. Pour autant, l'homme n'en demeure aucunement à ce moment d'abstraction qui n'est qu'implicite et il investit contradictoirement son être dans des situations sociales diverses. Le présent ouvrage trouve sa source dans les travaux du linguiste Jean Gagnepain, auquel on doit d'avoir éclairé, le premier, ce processus paradoxal ou "dialectique" constitutif de la Personne. Mais, au-delà de la Personne, c'est toute la dimension pratique de la rationalité humaine que cette perspective d'analyse invite à repenser, de l'emploi du signe au sens de la norme, en passant par l'usage de l'outil.

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Jürgen Habermas : Une histoire de la philosophie II. Liberté rationnelle. Traces de discours sur la foi et le savoir

 Gallimard - Février 2023


Le large écho qu'a rencontré cet ouvrage depuis sa publication tient à la thématique "foi et savoir " comme chaîne sur laquelle se trame une histoire de la philosophie. Habermas rompt avec l'habitude de "sauter", au motif qu'ils seraient inessentiels, les processus d'apprentissage à l'oeuvre au cours des mille années de discussions entre théologiens chrétiens et juifs, mais aussi musulmans, tous formés à la philosophie - comme si la philosophie grecque faisant autorité n'avait trouvé un prolongement scientifique qu'avec l'humanisme des débuts de la modernité. Les processus de traduction réciproques qui se sont déroulés entre les doctrines bibliques et la philosophie grecque ont eu pour résultat la théologie chrétienne et la pensée philosophique moderne. Cette "osmose conceptuelle" a continué de se dérouler au fil des siècles, y compris sous les prémisses d'une pensée séculière, voire, pour ce qui est du Jeune-hégélianisme, sous des auspices polémiquement athées. Cela vaut avant tout pour les concepts fondamentaux du droit de la raison et de la morale de la raison, pour la thématique de la liberté rationnelle, ainsi que pour l'ontologie nominaliste qui prépara le cadre conceptuel fondamental des sciences naturelles modernes et des éthiques empiristes. Le fil de la discussion sur la foi et le savoir explique pourquoi les éthiques respectives de Kant et de Hume ont forgé jusqu'à nos jours des traditions qui rivalisent entre elles sans pouvoir se réconcilier. En effet, la philosophie post-métaphysique se ramifie à l'endroit précis où les questionnements de Kant sont soit assimilés par ses successeurs et raffinés par eux, soit abandonnés au bénéfice des approches empiristes. Ces deux traditions qui se sont toutefois mutuellement fécondées apportent des réponses différentes mais complémentaires à la question de la conception appropriée que la philosophie doit se faire d'elle-même en tant que discipline professionnelle. Le tome premier d'Une histoire de la philosophie : La constellation occidentale de la foi et du savoir a paru dans la même collection (2021).

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samedi 18 février 2023

Jürgen Habermas : Espace public et démocratie délibérative : le tournant

 Gallimard - Février 2023


Dans L'espace public (1962) Jürgen Habermas montrait comment à partir du XVIIIᵉ siècle le principe de Publicité avait défini un nouvel espace politique au sein duquel s'opérait une médiation entre la société et l'État, sous la forme d'une "opinion publique" qui visait à transformer la nature de la domination. À travers les discussions publiques ayant pour objet des questions d'intérêt général, l'autorité politique était soumise au tribunal d'une critique rationnelle. Mais bientôt, à l'heure des démocraties de masse, Habermas constatait (en 1990) que l'interpénétration des domaines privé et public conduisait à une manipulation de la Publicité par des groupes d'intérêts et à un singulier désamorçage de ses fonctions critiques subverties en un principe d'intégration. Aujourd'hui, Habermas radicalise son analyse. Les réseaux sociaux effacent pour certains de leurs utilisateurs la délimitation constitutive entre sphère privée et sphère publique : chacun peut parler individuellement comme auteur d'une parole publique. Si dans l'espace public traditionnel, il fallait, pour devenir un tel auteur, se soumettre à la médiation des médias qui mesuraient la vérité, la rationalité et la cohérence logique de la parole, avec les réseaux sociaux la position d'auteur est immédiatement acquise pour chacun. Cette publicité immédiate de la parole intime et privée conduit à l'érosion des critères de rationalité. "Maintenir une structure médiatique permettant à l'espace public de rester un espace inclusif et permettant à la formation de l'opinion et de la volonté publiques de conserver son caractère délibératif ne relève donc absolument pas du simple choix politique : il s'agit d'un impératif proprement constitutionnel."

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Olivier Razac : Une société de contrôle ? Enfermements, surveillance électronique, gestion des risques et gouvernementalité algorithmique

 Kimé - Février 2023

Nous serions ainsi passés dans une société de contrôle. Un nouveau monde dominé par des technologies nouvelles permettant d’inventer des manières de gouverner et d’être gouverné inédites. Ces changements radicaux impliqueraient un renouvellement total de nos catégories de pensée qui resteraient construites sur des concepts dépassés. La question politique ne serait plus celle de la loi, ni celle de la norme, mais celle de la régulation en temps réel des comportements dans une grande boucle cybernétique de rétroaction. Dit comme cela, la notion de contrôle provenant des philosophies de Deleuze et de Foucault a l’apparence d’un « mythe » politique qu’il serait urgent de déconstruire. Nous proposons ici autre chose. Ne pas céder à la séduction du « plus jamais comme avant », pas non plus à la facilité du « rien de nouveau sous le soleil », mais proposer de mettre le concept de contrôle au travail, au service d’une « analytique critique de la politique ». À partir d’une distinction conceptuelle de trois technologies politiques – la souveraineté, la discipline et le contrôle – nous montrerons comment elles s’articulent toujours dans des dispositifs de pouvoir concrets : d’enfermement, de surveillance électronique, de gestion des risques criminels et de gouvernementalité algorithmique. Dans ces configurations, notre problème n’est donc pas d’être gouvernés « au contrôle », mais d’être à la fois punis, normés et régulés. Éclectisme qui dessine un régime de domination proprement postmoderne caractérisé par la saturation et les injonctions contradictoires entre nouvelles et anciennes manières de gouverner.

Olivier Razac est maître de conférences en philosophie sociale et politique à l'Université Grenoble Alpes (IPhiG). Spécialiste de l'œuvre de Michel Foucault, il s'intéresse particulièrement aux dispositifs de pouvoir. Il a publié notamment : Histoire politique du barbelé (Flammarion, 2009)

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Marc Goldschmit : La vie sans appui. Penser à la limite de la théologie et de la religion

 Kimé - Février 2023


Le présent livre part d’une idée polémique et critique : la philosophie est encore aujourd’hui dominée et commandée par la théologie et la religion. Cette domination prend la vie pour sujet et la mort comme allié et s’appuie sur une transcendance (une instance à la verticale), elle se manifeste à travers la théorie politique qui met la vie et la mort en jeu et subordonne la vie démocratique à une politique religieuse ou à une religion politique. Il faut alors relire les philosophes de la modernité, ceux qui s’inscrivent dans l’horizon de la fin de la religion et interrompent l’absolu théologique – Nietzsche, Benjamin, Freud, Heidegger, et au-delà de la modernité Derrida et Ameisen –, comprendre comment ils ont résisté au pouvoir théologique et religieux pour s’inspirer de leur résistance et inventer une tout autre pensée de la vie. La tâche qui se dessine dans le présent livre est la suivante : revenir à ces philosophes et ces penseurs qui se sont exposés de manière critique à la limite de la théologie et de la religion, dénouer le lien du théologico-politique afin de libérer la pensée et la possibilité de la vie démocratique à venir, chercher dans les textes de la modernité et dans certaines strates imaginaires de la Bible la possibilité d’une vie sans appui : sans fondement théologico-religieux, suspendue à elle-même comme à sa propre liberté.

Marc Goldschmit, ancien Président et Directeur du Collège International de Philosophie, a récemment publié : L’opéra sans rédemption ou Éros musicien (Aedam Musicae, 2017), Sous la peau du langage. L’avenir de la pensée de l’écriture (Kimé, 2020), La littérature, l’autre métaphysique (Manucius, 2020). À paraître : L’histoire extraordinaire de l’ours philosophe et de l’oiseau musicien, conte illustré pour enfants (L’initiale, 2023).

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