dimanche 23 mars 2025

Romain Graziani : Les Lois et les Nombres. Essai sur les ressorts de la culture politique chinoise

 Gallimard - Mars 2025


Longtemps associée à l'idéologie confucéenne prônant l'exemple personnel et le gouvernement par la vertu, la culture politique chinoise fut en réalité pionnière dans la mise au point de méthodes impersonnelles et automatiques pour établir l'ordre dans le cosmos, l'empire et la vie quotidienne. Ce fait, très largement occulté jusqu'ici, et pourtant sans cesse confirmé par les récentes découvertes archéologiques, invite à esquisser une nouvelle histoire générale de l'État chinois. Encore faut-il comprendre que ce que nous entendons dans les sociétés européennes par "lois" et "nombres" ne correspond que partiellement aux instruments développés en Chine, puisque les nombres ne s'y réduisent pas à des quantités, et que les lois sont décorrélées de toute idée de droit. En mobilisant des sources traditionnelles et inédites, touchant aux mathématiques, à la divination, aux exercices spirituels, aux codes pénaux, aux fictions poétiques du taoïsme ou aux arts de la guerre, Romain Graziani expose ici les formes théoriques et les évolutions concrètes de ce logos chinois. Il retrace, en repartant de l'"expérience légiste", le processus de dépersonnalisation de l'autorité qui mène à l'expérience de l'État total, et montre comment ce paradigme fondé sur les lois et les données chiffrées a refaçonné durablement dans la société chinoise l'expérience du temps, la mobilité dans l'espace, la vision de l'autorité souveraine ; comment il a contribué à redéfinir la notion de travail, le rapport de l'individu à lui-même ; enfin, comment il a permis de formuler très tôt un projet de société structurée par les techniques d'information, de surveillance et de sécurité. À l'extrême pointe de cette trajectoire reliant l'âge du bronze à l'ère digitale, l'entreprise plurimillénaire de "mise en nombre" du monde culmine désormais dans la restauration du culte antique de l'Un.

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James Becht : Quel est le sujet ? Nos cafés philo 2024

 Convergences - Mars 2025


"De février à décembre 2024, nous avons mené des cafés « philosophie » à la librairie Convergences, située à l’entrée du village de Sainte-Gauburge Sainte-Colombe, fort d’un millier d’habitants. Un « noyau dur » de participants s’est fixé autour d’une petite quinzaine de personnes. D’autres nous rejoignaient de temps en temps, faisant jusqu’à une heure de route pour nous rencontrer. J’ai préparé presque chaque séance, quarante-cinq en tout et pour tout, de début février à début décembre. Ce petit livre contient l’essentiel des quarante-cinq présentations qui ont été faites. Un texte relu et révisé, et qui ne correspond ainsi pas tout à fait à ce qui a été lu et discuté ; plutôt est-ce la mémoire nécessairement défaillante que j’en ai qui est ici restituée. C’est un témoignage de ce qui fut et de ce qui ne fut pas, inextricablement noués ensemble, comme le fut notre cheminement de presque une année, interrogeant sous de multiples aspects notre présence au monde." James Becht, février 2025.

Docteur en philosophie, diplômé en sociologie et en anthropologie, bouquiniste, enseignant, journaliste, rédacteur en chef, directeur de publication, développeur informatique, consultant en technologies de l'information, directeur de projets, responsable avant-ventes puis directeur commercial en cybersécurité, libraire et éditeur, animateur d'ateliers et de cafés philosophie, James Becht a connu de multiples métiers et a toujours pratiqué la philosophie en exercice. C'est de cet exercice vivant et incarné de la philosophie qu'il tire une pensée toujours ouverte qui écoute, reçoit et commente les discours de notre temps.Auteur des quarante-cinq textes de cet ouvrage, écrits de semaine en semaine pour ouvrir les cafés philo hebdomadaires de la librairie Convergences, mais aussi pour l'occasion maquettiste et éditeur.

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samedi 22 mars 2025

Annick Azerhad : "Jacques le Fataliste" et "Le Compère Mathieu", deux romans-dialogues. Ou les "bigarrures" du dialogue philosophique et esthétique

 Champion - Mars 2025


Jacques le Fataliste et Le Compère Mathieu donnent naissance à une nouvelle forme d’écriture qui sert la démarche philosophique de Dulaurens et de Diderot. Le dialogue en est la composante essentielle et structure les deux œuvres. Tandis que les personnages parlent sans discontinuer, satisfaisant un besoin vital, la parole est mise à l’épreuve et interrogée en permanence. Quelles sont les vertus et les limites de l’échange dialogué ? Donne-t-il accès à une vérité, du moins à une sagesse ? Comment interroge-t-il les concepts des Lumières et en examine-t-il les apories ? L’interpénétration entre le dialogue et le genre du roman permet de tirer parti de l’expérience de personnages vivant des aventures dans la durée et se questionnant au fur et à mesure de leur confrontation aux événements. Comment le caractère ludique de la fiction romanesque favorise-t-il l’expérimentation de situations extrêmes et comment pousse-t-il le dialogue philosophique dans ses derniers retranchements, tant sur le plan du contenu que sur celui de sa forme ?

Annick Azerhad est agrégée de Lettres modernes, docteur de l’Université Paris IV Paris-Sorbonne en Littérature française et comparée. Qualifiée Maître de Conférences en 2008, elle a publié aux éditions Honoré Champion Le Dialogue philosophique dans les contes de Voltaire (2010, réimpression 2019). Elle enseigne dans un lycée parisien et est chercheuse associée au Centre d’étude de la langue et des littératures françaises (UMR 8599, CNRS – Sorbonne Université).

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Victorin Patricia (dir.) : Médiévalismes et Orientalismes. Deux exoticismes ?

 PU de Rennes - Mars 2025


Postface de Michèle Gally

L’Orient et le Moyen Âge constituent pour l’Europe du XIXe siècle un réservoir de merveilles encore enfouies, à redécouvrir, à restaurer, alliant goût du collectionneur qui confine parfois au bric-à-brac kitsch et recherches érudites et philologiques. Le goût pour les études orientales va de pair avec celui pour les études médiévales qui se développent en parallèle. Au même titre que ce Moyen Âge lointain, cet autrefois, image d’une altérité désormais inaccessible, l’Orient, autre miroir tendu à l’Occident, serait capable de réveiller « ce siècle d’eau sucrée», selon la formule de Flaubert.
L’Orient et le Moyen Âge incarnent des formes d’exotisme. Si l’adjectif « exotique », emprunté au latin exoticus apparaît pour la première fois en français sous la plume de Rabelais lorsqu’il évoque« diverses tapisseries, divers animaux, poissons, oiseaux et autres marchandises exoticques et pérégrines qui estoyent en l’allée du môle et par des halles du port», il faut attendre le XIXe siècle pour qu’il devienne usuel, renvoyant alors à ce qui n’appartient pas à la civilisation de la personne qui parle. On l’emploie particulièrement pour désigner une plante. C’est au e siècle que le substantif fait son apparition dans la langue française désignant le goût pour les cultures très différentes de celles de l’Europe, souvent avec une idée de pittoresque superficiel.
C’est donc bien la fabrique conjointe des Médiévismes, Médiévalismes et des Orientalismes comme «exoticismes» que ce livre analyse.

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François Dagognet : Des détritus, des déchets, de l'abject. Une philosophie écologique

 Corti - Mars 2025


Ce livre qui se tourne vers les matières et les formes habituellement négligées voire méprisées par la philosophie classique (des pierres aux matières grasses, des déchets aux poussières jusqu'à la souillure) construit une pensée écologique plus que jamais d'actualité.
Construire, selon la formule de François Dagognet, « une philosophie de la poubelle », c’est d’abord fouiller joyeusement les poubelles de la philosophie. Des pierres aux matières grasses, des déchets aux poussières, de la tache au déchiqueté, c’est se tourner vers des matières ou des êtres habituellement négligés voire méprisés. C’est poursuivre le geste d’une matériologie qui explore, dans leur diversité, toutes les matières et en révèle la beauté : le caillou démuni, le galet qui se laisse porter de plage en plage, le papier usé, le gras, la miette, le tas informe… C’est aussi lutter contre « le clivage du spirituel et du physique » et ainsi « contre une plus grave injustice, l’inacceptable domination de ceux qui se jugent supérieurs. » C’est sortir enfin de réflexes moraux qui hiérarchisent a priori.
Tel est le territoire délaissé qu’explore ce livre paru pour la première fois en 1997. En portant son regard sur le plus démuni, le plus abandonné, François Dagognet y jette les bases d’une philosophie écologique aussi subversive que réjouissante.

François Dagognet (1924-2015) a consacré son œuvre philosophique à la construction d’une « matériologie » qui va de l’étude des sciences à celle de l’art contemporain.

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Ernst Bloch : Experimentum mundi. Question, catégories de l’élaboration, praxis

Klincksieck - Mars 2025


Dernier volume des Œuvres complètes de Bloch, Experimentum mundi « conclut sans conclure ». Systématisation ultime de toute l’oeuvre antérieure, c’est en même temps la tentative d’une expression catégoriale du système ouvert que Bloch oppose à Hegel au nom de l’inachèvement du communisme, de l’« humanisation de la nature » et de la « naturalisation de l’homme ».
Comme le montre Experimentum mundi, les catégories qui scandent l’élaboration du but ultime appartiennent elles-mêmes au concret. Les catégories dialectiques de la pensée sont inséparables de la réalité dialectique, mais non dans un sens relativiste et sociologisant selon lequel elles ne seraient que des reflets de l’être dans la pensée. Et si elles peuvent conserver leur validité longtemps après l’époque de leur naissance, les catégories ne sont pas non plus formelles et immuables. Ce sont plutôt des « figures processuelles » dont la validité persistante tient justement au fait qu’elles sont des catégories de l’être lui-même — d’un être processuel. Prolongeant et parachevant l’« ontologie du non-encore-être », voici donc une doctrine des catégories se réclamant d’un « Logikon » réel. Les catégories représentent autant de ponts entre les « formes intellectuelles objectives » (Marx) et la « possibilité objective réelle » (Bloch) ; car « le réel contient dans son être la possibilité d’un être semblable à l’utopie ».
Clefs de voûte de ce que la Propédeutique de Tübingen nommait l’« arc utopie-matière », de telles catégories sont celles d’une « utopie concrète », car notre expérience du monde est l’expérience que le monde fait de soi à travers nous et avec nous.

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Laurent Nottale : Relativité et vacuité. Du mouvement aux échelles

 Les Belles lettres - Avril 2025


Et si le principe de relativité et ses développements théoriques en physique étaient la contrepartie de l’intuition centrale du bouddhisme, à savoir la vacuité (l’absence d’existence propre) des phénomènes, dont l’existence se manifeste toujours à travers des relations ?
Engagé depuis de longues années dans un puissant et original travail de refondation de la physique par-delà le schisme de la physique quantique et de la physique relativiste et, par ailleurs, intimement versé dans la méditation bouddhiste, l’astrophysicien et théoricien de la physique, Laurent Nottale défend cette hypothèse en examinant les implications du soutra du Coeur : « La forme est vide, la vacuité est forme ».
Seule la première partie de cette formule est en général explicitée dans les enseignements bouddhistes, tandis que la seconde est laissée ouverte. Pour Nottale, la manière dont la vacuité s’exprime comme forme renvoie à l’exploration rationnelle des implications du principe de relativité. De la découverte que le mouvement « est comme s’il n’était pas » par Galilée à la théorie de la relativité restreinte puis générale d’Einstein, et jusqu’à sa propre théorie de la relativité des échelles, se manifeste et s’approfondit toujours la même vérité philosophique : que toute existence est relative, jamais absolue. La compréhension profonde du principe de relativité confirme ainsi la vacuité des formes mais implique aussi la nécessité de leur émergence dans l’espace-temps-échelle.

Laurent Nottale a reçu le prix de la Société Française d’Astronomie et d’Astrophysique pour avoir contribué de façon décisive à la découverte des lentilles gravitationnelles. Dès les années 1980, il développe l’hypothèse de la fractalité de l’espace-temps et élabore la théorie de la relativité des échelles. Dans Relativité et Vacuité, il dévoile pour la première fois l’importance de la méditation dans son processus de recherche.

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vendredi 21 mars 2025

Cécile Duflot, Anna Borrel, Titiou Lecoq, Mylène Bertaux : Touche pas au grisbi ! Les nouvelles figures du dieu argent

 L'Aube - Mars 2025


On le sait, c’est le nerf de la guerre. Cet argent qui « pourrit jusqu’à la conscience des hommes », comme le disait François Mitterrand, est sans conteste l’outil devenu idole de nos sociétés consuméristes. Qu’on en abuse ou qu’on en manque, qu’on en rêve ou qu’on tente de s’en passer, l’argent est la valeur iconique qui décide beaucoup de nos vies et de ce qui les change. Il est au cœur de ce que nous sommes : quand les inégalités montent, quand les fins de mois sont difficiles, quand il impacte notre couple ou qu’il est dépensé pour nos animaux domestiques… Pour en prendre toute la mesure, quatre regards acérés nous font découvrir les nouvelles figures du dieu argent.

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Antônio Bispo dos Santos : La terre donne, la terre veut

 Wildproject - Mars 2025


Nêgo Bispo nous offre ici un texte poétique puissant pour relever les défis de notre temps. Avec ses « mots semés », il détruit les fondements du monde colonial occidental, montre les relations vitales aux animaux, à notre corps, à nos jardins, à notre façon de manger, de construire nos maisons et nous invite à une autre façon de parler et de penser. À partir de ses expériences de vie, notamment dans les quilombos, l’auteur propose un point de référence pour s’orienter : ce qu’il appelle la position contre-coloniale. Le manifeste oral d’un grand maître afro-brésilien de quilombo (communauté séculaire issue du marronnage).

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Etienne Gilson : Littérature et philosophie. Œuvres complètes, tome 3

 Vrin - Mars 2025


Les études d'Etienne Gilson réunies dans ce volume se situent à la croisée de deux disciplines contiguës, l'histoire de la philosophie et les études littéraires. Au contact de ces deux pratiques savantes, l'écriture de Gilson se donne à lire sous un triple jour, à la fois historique, littéraire et philosophique. Si l'écriture historienne évoque les trajectoires intellectuelles d'Héloïse, Dante, Rabelais, Du Bellay, Ronsard ou encore Pascal en mettant en évidence les motifs philosophiques lovés au coeur de leurs oeuvres littéraires, le travail de critique littéraire prolonge ce mouvement et considère des oeuvres plus récentes, celles de Charles Baudelaire, Joris-Karl Huysmans, Paul Claudel, Charles Du Bos, Charles Ferdinand Ramuz ou encore François Mauriac. L'ensemble des textes ici rassemblés révèle ainsi la figure d'un historien de la pensée qui cherche à élargir l'horizon du médiévisme philosophique, dont le regard ne serait plus exclusivement centré sur les questions spéculatives, l'avènement du thomisme ou les affleurements très discutés d'une philosophie chrétienne ; un historien de la pensée qui, à travers l'étude minutieuse des textes littéraires, cherche à entrevoir les continuités souvent ténues de la nature humaine. Ce troisième volume des Ouvres complètes comprend vingt-six articles et quatre ouvrages monographiques publiés par Etienne Gilson (1884-1978) de 1923 à 1974 : Les Idées et les Lettres (1932), ouvrage fondateur qui réunit les premières recherches menées dans le domaine de l'histoire littéraire ; Héloïse et Abélard (1938), livre issu d'un cours professé en 1936-1937 au Collège de France ; Dante et la philosophie (1939) première incursion dans les études dantesques, qui sera prolongé bien des années plus tard par l'ouvrage Dante et Béatrice (1974) ; enfin, L'école des muses (1951), ouvrage qui mène une réflexion singulière sur la genèse des oeuvres littéraires. Les travaux présentés dans ce volume éclairent d'une lumière spécifique la pratique intellectuelle d'Etienne Gilson et illustrent la diversité des écritures déployées au long de sa carrière : de la monographie universitaire aux essais de vulgarisation parus dans des journaux à large diffusion, en passant par les articles scientifiques publiés dans les revues spécialisées.

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jeudi 20 mars 2025

Benjamin GUÉRIN, Sarah CARVALLO, Régis AUBRY (dir.) : La détresse existentielle

 PU de Franche-Comté - Mars 2025


La détresse existentielle est une dimension de la souffrance, qui perturbe les repères identitaires au point de remettre en cause le sens de la vie et poser la question du suicide. Sa prise en charge apparaît comme une nécessité et correspond à de fortes attentes sociétales notamment dans le contexte de la maladie grave, du grand âge, du handicap et de la fin de vie. Pendant trois ans, les membres d'un collectif de recherche international et interdisciplinaire, constitué d'experts en médecine, philosophie, psychiatrie, psychologie, soins infirmiers, théologie, anthropologie, droit, littérature et histoire des religions ont analysé et discuté la spécificité de cette souffrance et ses rapports avec la dépression, l’angoisse et la spiritualité, ainsi que les pratiques de soin et perspectives actuelles, depuis les échelles d’évaluation jusqu’aux psychothérapies assistées par psychédéliques.
Ce livre est le premier ouvrage en France sur la détresse existentielle (Existential Distress).

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Frédérique-Marie Prot (dir.) : Psychanalyse et éducation. Questions à Mireille Cifali

 PURH - Mars 2025


Cet ouvrage est un hommage inédit aux travaux de la psychanalyste et historienne Mireille Cifali, grande figure des sciences de l’éducation. Convoquant près de dix-huit contributeurs, il ambitionne de retracer son itinéraire intellectuel et de revenir sur ses apports fondamentaux permettant de penser l’articulation entre éducation et psychanalyse.
Mireille Cifali est l'une des grandes figures des sciences de l’éducation. Elle a consacré l’entièreté de sa carrière universitaire aux « métiers de l’humain ». Son travail de recherche s’attache à définir une approche clinique en sciences de l’éducation. Historienne et psychanalyste, Mireille Cifali a occupé plusieurs fonctions au sein de la section des sciences de l’éducation de l’université de Genève, en Suisse. En tant qu’historienne, ses recherches furent d’abord de saisir comment des pédagogues se préoccupent de psychanalyse, cela dès le début du XXe siècle. Avec Daniel Hameline, elle a créé les Archives Institut Jean-Jacques Rousseau en 1984. Son goût pour le littéraire et son lien avec la construction des connaissances l’ont amenée à interroger les processus d’écriture de l’expérience. Depuis sa retraite, Mireille Cifali nous offre la poursuite de ses écrits, recueille des images, les assemble et pense les liens entre processus cliniques et processus de création.

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Le présent ouvrage paraît en hommage à la carrière et aux travaux de Mireille Cifali.


Hamit Bozarslan : L'anti-démocratie au XXIe siècle - Iran, Russie, Turquie

 CNRS éditions - Mars 2025


" Populismes " retour du " fascisme ", " démocraties illibérales " : l'anti-démocratie, que l'on pensait moribonde après 1989, est-elle en passe de devenir le nouveau visage de l'avenir ?
Une comparaison aiguisée entre trois régimes, afin de mettre en lumière leur noyau idéologique commun.
L'anti-démocratie est-elle le nouveau visage de l'avenir ? Les régimes iranien, russe et turc aimeraient sans doute le faire accroire.
Derrière une façade démocratique, tous trois donnent à voir une même fuite en avant. Culte d'un chef infaillible investi d'une " mission historique " ; " pureté " de la nation trop longtemps humiliée et volonté de revanche face à un Occident corrupteur ; mobilisations de la religion ; organisation d'un État parallèle fondé sur les liens personnels, la corruption et l'accaparement des ressources ; développement d'un appareil sécuritaire pour répondre à une paranoïa savamment entretenue vis-à-vis des " ennemis extérieurs et intérieurs " ; institutionnalisation d'une réalité alternative sur laquelle les faits n'ont plus de prise...
Plongée stupéfiante au cœur des logiques de radicalisation des régimes autoritaires, cette comparaison aiguisée entre l'Iran, la Russie et la Turquie de ce début de XXIe siècle est un puissant avertissement pour nos démocraties qui doutent d'elles-mêmes.

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Jean Lassègue det Giuseppe Longo : L'empire numérique. De l'alphabet à l'IA

 PUF - Mars 2025


Pourquoi parler d'empire numérique ? Parce que les usages du numérique font désormais à ce point partie de notre environnement que nous n'avons plus le choix de les refuser, pour le meilleur mais aussi pour le pire. Pourtant, nous savons encore peu de choses de la façon dont l'environnement numérique s'est progressivement imposé à nous parce que nous manquons du recul nécessaire. Ce livre a, de ce point de vue, une double ambition : clarifier le concept de numérique et lui redonner sa profondeur historique en utilisant trois notions, celle d'écriture, de calcul et de machine. Contrairement à ce que l'on suppose habituellement, les données numériques n'existent pas dans la nature mais elles sont le fruit d'une synthèse culturelle hardie qui s'inscrit dans une tendance millénaire. Aussi le lecteur sera-t-il peut-être surpris d'apprendre que le numérique entretient avec l'écriture alphabétique des liens profonds ou que le traitement numérique déstabilise des notions aussi capitales pour notre démocratie que celle de loi ou de souveraineté. Mais il apprendra aussi que mettre au jour les limites du concept de numérique permet de lui rendre pleinement justice et de devenir acteur des changements culturels qu'il induit.

Jean Lassègue, philosophe, est directeur de recherche au CNRS (Centre Georg Simmel - EHESS). Il a notamment co-écrit aux Puf avec Antoine Garapon Justice digitale. (2018) et Le numérique contre le politique (2021). Giuseppe Longo est mathématicien de la logique et épistémologue (DRE-CNRS, École normale supérieure de Paris). Il est l'auteur du Cauchemar de Prométhée. Les sciences et leurs limites (Puf, 2023).

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Jean-Francois Kervégan : Puissance des droits. Théorie, histoire, critique

 PUF - Mars 2025


Qu'est-ce qu'un droit ? Cette question faussement simple a reçu de multiples réponses. La question a aussi une histoire : le débat sur les droits est surtout un débat moderne, qui a acquis une importance majeure lors des bouleversements qui ont donné naissance au monde qui est le nôtre. Quelle que soit la nature des droits (leur être) et la définition de ceux qui les ont (les humains, mais peut-être aussi d'autres entités), la question se pose des conditions de leur jouissance : avoir des droits est-il donné à tous ou est-ce le privilège de certains ? Faut-il considérer, comme le suggèrent les représentants de l'illibéralisme contemporain, qu'il est temps d'en finir avec le grand récit des droits construit par les révolutions du XVIIIe siècle ? La puissance des droits continue pourtant de s'exercer, et d'animer les combats qui tracent les voies conduisant à un monde meilleur : un monde où les droits ne seraient plus des revendications abstraites ou des proclamations sans consistance.

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Juan Carlos Quintero Calvache : Le droit a-t-il le droit de parler à notre place ? De l’animisme juridique à la légitimité du vrai

 L'Harmattan - Mars 2025


Contrairement aux idées des Lumières qui consacraient le pouvoir légitime de la loi, le jugement de vérité des partenaires sociaux sur les normes et les institutions politiques s’avère être au fondement de la légitimité des ordres normatifs et politiques.
Les lois du système juridique énonçaient les rapports nécessaires entre êtres libres, selon la formule de Fichte. Leur finalité restait platonicienne : soumettre le corps et les passions à l’esprit. Ainsi parlaient-elles au nom de tous et vouaient-elles chacun à n’exister que dans un animisme collectif. Mais leur promulgation faisait pourtant abstraction de ce qui rend libre chacun : de l’exercice du jugement de vérité par lequel individus et sociétés jugent de la justice de leurs conditions de vie.
Or ce jugement fonde tout pouvoir qui se donne force de loi. Ne sont légitimes que les lois qui objectivent les conditions de vie par des jugements aussi vrais qu’ils sont déclarés l’être. Son exercice permet donc de passer d’une démocratie représentative de compensation à la démocratie du jugement commun. Car celui-ci repose sur la loi de vérité à laquelle nous obéissons déjà tous comme allocutaires de nous-mêmes et des autres. Aussi sa validation est-elle capable de mettre fin à l’animisme juridique qui s’arroge le droit de juger ce jugement à la place de chacun.

Professeur à l’Ecole supérieure d’administration publique à Santiago de Cali (Colombie), Juan Carlos Quintero Calvache est docteur en sciences humaines de l’Université del Valle et docteur en droit de l’Université Carlos III de Madrid. Il est également avocat au barreau de l’Université Libre de Colombie. Ce livre expose les résultats de ses recherches postdoctorales à l’Université de Paris 8. Il a publié trois livres et plusieurs articles académiques, en particulier : Problemas de legitimitad en la justicia transicional en Colombia (Santiago de Cali, 2016).

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mercredi 19 mars 2025

Philosophia scientiae, Volume 29 cahier 1 : L’Origine de la géométrie d’Edmund Husserl à travers l’histoire et la philosophie des sciences

 Kimé - Mars 2024


L’objectif de ce dossier est de mettre en lumière les rapports entre L’Origine de la géométrie d’Edmund Husserl (1859-1938), texte représentatif de la dernière phase de l’itinéraire intellectuel du fondateur de la phénoménologie, et l’histoire et la philosophie des sciences. Si L’Origine de la géométrie, troisième appendice de La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, a été largement lu et commenté au sein de la philosophie contemporaine, il semble que les implications proprement épistémologiques de ce texte au regard des intérêts philosophiques husserliens et des réflexions, contemporaines ou postérieures à Husserl, sur le statut de la science et le rôle de la philosophie dans ce contexte aient été encore insuffisamment investiguées. À travers les articles qui le composent, ce cahier cherche à montrer l’intérêt de la perspective du dernier Husserl pour la philosophie générale des sciences, en abordant ce thème sous différents angles. Il s’agit d’investiguer, d’une part, le lien et la pertinence de la vision husserlienne avec certains problèmes classiques posés à la philosophie par le développement historique des sciences, comme par exemple l’introduction des géométries non-euclidiennes ; d’autre part, d’éclairer le rapport de Husserl avec quelques-uns des protagonistes de la philosophie scientifique, comme Hermann Weyl, ou encore, de montrer la fécondité de la pensée phénoménologique pour des thèmes plus actuels en philosophie des sciences comme les réflexions issues des sciences cognitives. Le dossier est complété par la traduction du texte Geschichtlicher Überblick über die Philosophie der Mathematik de Husserl, publié dans le tome XXI de Husserliana et encore inédit en français.

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Monique Canto-Sperber : La liberté cherchant son peuple. Libéralisme populaire contre tentation populiste

 Calmann Lévy - Mars 2025


Apporter la liberté dans la vie des gens les plus pauvres, n’est-ce pas l’un des premiers défis d’une politique libérale ? Ce livre défend un libéralisme populaire mais non populiste, sans démagogie ni homogénéisation factice de la société. Il propose une orientation politique fidèle aux principes fondateurs du libéralisme : le souci des règles, la séparation des pouvoirs, la rationalité commune et l’intégrité personnelle.
Défendre la libre initiative économique, encourager la concurrence et refuser les monopoles ne conduit aucunement à la dérégulation des marchés et au mépris de l’État. Contre l’envahissement de la vie privée par les injonctions des conformismes en vogue, les contraintes administratives excessives et la transformation des individus en somnambules sous surveillance et programmables, la liberté libérale reste la meilleure boussole : laissez-moi libre !
La paupérisation des classes moyennes, le sentiment de dépossession et un progressisme dogmatique nourrissent aujourd’hui le ressentiment d’une partie de la population. Pour y remédier, ce livre montre comment il est possible de redonner une capacité de choisir à ceux qui en ont le moins, pour l’âge de départ en retraite, un meilleur salaire, l’acquisition d’une formation ou les moyens de la transition écologique : un chemin vers la responsabilité de soi et l’accomplissement collectif.

Monique Canto-Sperber a publié de nombreux ouvrages sur la pensée grecque et la philosophie morale et politique. Elle a dirigé l’École normale supérieure et présidé l’Université Paris Sciences et Lettres, elle est chercheur émérite au CNRS.

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