lundi 26 mai 2025

Pierre-Antoine Pontoizeau : Cinq critiques de la mathématisation du monde

 L'Harmattan - Mai 2025


Mathématiser le monde est une évidence sans même s’interroger qu’il puisse en être autrement. Or, cette mathématisation fait l’hypothèse que l’ordre calculable serait inscrit dans les choses comme un secret à manifester dans toute la lumière des équations. Cette mathématisation est un projet philosophique, voire une artificialisation du monde par sa soumission à quelques lois primitives. Il s’ensuit une emprise cognitive de l’évidence qui irradie les esprits depuis les pythagoriciens. Nos cinq critiques la contestent et elles se font sous plusieurs aspects.
La première, psychologique, analyse les raisons de cette obsession des grandeurs et de la quantification qui relève d’une authentique pathologie.
La seconde, historique, décrit ce règne des nombres et des statistiques qui se développe dans une rhétorique conquérante, manipulatrice et dominatrice dans l’administration rationnelle des modernes.
La troisième, logique, étudie la pratique instrumentale des mathématiciens qui occulte la crise des fondements dans un déni des réalités dont celui du travail d’engendrement du langage symbolique.
La quatrième, épistémologique, mesure l’insuffisance de ces langages formalisés qui déforment la recherche jusqu’à sa distorsion, justifiant la répression sociale.
La cinquième, phénoménologique, s’intéresse à la fuite en avant de la cybernétique dans sa frénésie de codification en vue d’une réduction à la calculabilité qui culmine dans la violence symbolique jusqu’à devenir attentatoire à la dignité de l’homme, feignant de lui ôter sa conscience d’être dans l’intelligence artificielle.

Pierre-Antoine Pontoizeau est philosophe des mathématiques et épistémologue. Il publie Penser au-delà des mathématiques en 2012 et continue ses recherches en logique, histoire et phénoménologie des mathématiques. Directeur des Cahiers de psychologie politique, il s’intéresse aussi à la dimension psychologique et sociale de la pratique mathématique et de son usage dans tous les domaines : politique, économique, informatique.

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Xavier Prévost : Jacques Cujas (1522-1590). Jurisconsulte humaniste

 Droz - Mai 2025


Ce livre retrace la vie et l’œuvre de Jacques Cujas, l’un des plus éminents juristes de la Renaissance, et met en lumière son approche encyclopédique et novatrice du droit, qui a durablement marqué l’histoire juridique, institutionnelle et philosophique.
Jacques Cujas apparaît comme l’un des principaux représentants de l’humanisme juridique, courant qui introduit l’idée d’évolution dans la construction du droit et des institutions. Au fil de ses professorats, Cujas poursuit la critique humaniste en portant à son apogée la méthode historique. Il cherche à rétablir les textes dans leur version d’origine par la recherche des interpolations, tout en intégrant les dispositions commentées dans la longue durée. Il s’appuie tant sur sa maîtrise de la doctrine juridique, que sur sa vaste culture littéraire et philosophique. Ses travaux de philologue et d’éditeur restent d’utiles références, notamment ses reconstitutions commentées des ouvrages des juristes romains ou son analyse critique du corpus juris civilis. L’érudition ne tient cependant pas Cujas trop éloigné de la pratique, comme le prouvent ses consultations ou son étude de la féodalité. Soumis à l’épreuve de l’humanisme cujacien, le droit ressort transfor- mé de la confrontation.

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Walter Hesbeen (coord.) : Repenser les fondements humanistes du soin. Repères pour une éthique pluriprofessionnelle du quotidien

 Seli Arslan - Mai 2025


La question de l’humanisation au cœur des métiers de l’aide et des soins n’est pas nouvelle. La nécessité d’affirmer la place de l’être humain dans les pratiques a en effet surgi il y a longtemps, soulignant paradoxalement son recul au sein d’organisations pourtant dédiées au soin. Mais cet enjeu de l’humain est plus vif que jamais, alors que le système de santé affronte des défis inédits en termes de conditions de travail, de financement, de recrutement ou de motivation. Il est urgent de (re)penser et de (re)poser les fondements humanistes des métiers de la relation à l’humain, dans le champ de la santé et du social. Comment tenter de préserver les pratiques du risque de la banalisation qui peut conduire à négliger l’humanité aussi bien des patients ou résidents, de leurs proches, des professionnels de tous statuts que des étudiants ? Les auteurs partagent leurs réflexions pour parvenir à déployer une éthique pluriprofessionnelle du quotidien des soins, ce qui requiert d’en revenir à leurs racines avant tout humaines. Ils envisagent l’ensemble des personnes concernées par les défis à relever : les étudiants aux divers métiers de la santé, qui peuvent être interpellés par les situations vécues en stage, et dont il convient d’assurer le bien-être ; la personne soignée ou accompagnée, quels que soient son âge et son état, qu’il s’agit de toujours considérer en son humanité ; les professionnels des soins et de l’encadrement, puisque c’est toute une équipe qui, par son fonctionnement harmonieux, peut veiller à l’humanisation des pratiques.

Avec des textes de : Jérémy Bitz • Béatrice Brignon et Stéphanie Bouget Mohammedi • Noéline Brioul et Agathe Beaulande • Nathalie Bruneau • Myriam Cazes-Recurt • Isabelle De Geest et Laure Martens de Noordhout • Stéphanie Dollé • Anne Feuillâtre-Mornay • Genevieve Guillaume • Walter Hesbeen • Marie-Claude Miremont et Stéphane Peyre • Florence Moncorps • Gaëlle Nabais-Jorge et Ingrid Reynaud • Philippe Rouard • Xavier Teisseire, Gisèle Dupuis et Jean-Marc Colson • Audrey Tual • Wable Nadia, Xavier Rouby et Thibaud Priels

Walter Hesbeen, infirmier et docteur en santé publique, est responsable pédagogique du GEFERS (Groupe francophone d’études et de formations en éthique de la relation de service et de soin), Paris et Bruxelles, Professeur à l’Université catholique de Louvain (Belgique), et rédacteur en chef de la revue Perspective Soignante.

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Havelock Ellis : Affirmations. L'art de vivre contre soi

 Dupleix - Mai 2025


Et s’il fallait désapprendre à vivre pour mieux recommencer ?
Et si la décadence était un raffinement, la sainteté une sensualité, la pureté un instinct du corps, et la modernité… un malentendu ?
Avec Affirmations, Havelock Ellis, écrivain inclassable, psychologue visionnaire, pionnier de la pensée libre au tournant du XXe siècle, signe une œuvre éclatée et cohérente, profondément originale. Ni confession ni traité, ce livre tisse une série de méditations — sur l’art, le sexe, la morale, la religion, le progrès, la simplicité — où chaque idée s’offre comme un paradoxe vivant, une “affirmation” contre les dogmes du siècle.
À travers la figure de Huysmans, celle de saint François d’Assise, ou encore celle des foules modernes errant entre consommation et extase, Ellis questionne les gestes invisibles du bonheur, les douleurs cachées du progrès, et trace les lignes d’une vie plus fine, plus incarnée, plus humaine. À rebours des fanatismes de la vertu et du bruit des modernes, il prône une éthique de la nuance, une spiritualité sans illusion, une joie lente.
Premier volume traduit en français d’un penseur majeur trop longtemps oublié, Affirmations s’impose comme un livre de résistance intérieure. De ceux qu’on ne referme pas sans avoir modifié son regard sur le monde — et sur soi.

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Moira Millán : Terricide. Sagesse ancestrale pour un monde alterNATIF

 Des femmes - Mai 2025


Moira Millán, militante indigène mapuche d'Amérique du Sud, a vu ses terres pillées et son peuple violenté par les gouvernements chilien et argentin. Dans ce manifeste, elle écrit sur le Terricide, concept qu'elle a inventé et qui va au-delà de l'écocide puisqu'il inclut non seulement la destruction de la terre, mais également celle de tous les êtres vivants ainsi que toute possibilité de transmission des cultures autochtones. Leader du Mouvement des Femmes et des Diversités Indigènes pour le Bien Vivre, elle propose une pensée décoloniale d'avenir menant à la solidarité et à l'autonomie pour les peuples opprimés. S'appuyant sur sa propre expérience ainsi que sur des témoignages recueillis au long de ses voyages, l'autrice décrit la lutte et les revendications des communautés telluriques, mais aussi leurs traditions, en lien étroit avec la spiritualité et l'attachement à la terre. Dans cet essai poignant, Moira Millán nous invite à une révolution de la pensée ainsi que de nos modèles sociaux, économiques et politiques, promouvant une nouvelle ontologie de l'humain fondée sur d'autres manières d'habiter la terre. « Nous sommes les montagnes millénaires, les forêts enracinées dans les profondeurs, le courageux puma, le fier condor, nous sommes la Terre elle-même. Et ils ne pourront jamais éliminer l'esprit né du souffle de la Terre. Depuis plusieurs décennies, nous avons commencé à mettre en dialogue ce savoir, cet art d'habiter que notre peuple possède de façon ancestrale, afin de constituer une nouvelle manière de vivre, une alternative civilisatrice qui naît du consensus du Bien Vivre comme un droit, en comprenant qu'il implique le respect, la réciprocité et l'amour bienveillant avec toutes les vies et les forces vitales existantes. » M. M.

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Christian Godin : Le mythe du patriarcat et la condition féminine

 Kimé - Mai 2025


Depuis quelques décennies, le féminisme dominant en Occident a oublié sa mission qui était la sienne depuis le XIXe siècle, l’obtention de l’égalité entre les femmes et les hommes au profit d’un militantisme qui, indifférent au sort tragique des centaines de millions de femmes à travers le monde, a débouché, via une théorie du genre qui a effectué sa jonction avec le transhumanisme, sur une radicale remise en question de l’être-femme lui-même. Dans l’oubli ou l’ignorance de l’histoire réelle des femmes, « domination masculine », « patriarcat », « misogynie » sont devenus des stéréotypes visant à rendre impossible tout travail critique. Cet essai, où la philosophie croise l’histoire, la sociologie, la psychologie et la psychanalyse, se présente comme la critique radicale d’une dérive et d’une impasse qui ne font qu’isoler davantage l’Occident du reste du monde et le rendre odieux à ses yeux.

Né en 1949, Christian Godin est philosophe. Il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages, dont La Totalité, et une série d’essais critiques sur l’état et les tendances en cours du monde contemporain.

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Patrice Guillamaud : La Renonciation ou la gloire de l'Europe. Tome 1, Essai d'ousiologie historique

 Kimé - Mai 2025


Quelle est l’essence de l’histoire ? Qu’est-ce qui fait que l’histoire est histoire ? C’est à cette question philosophique que l’auteur répond. L’histoire est la chair de la pensée, l’incarnation des idées. Elle est la pensée qui prend corps et concrétude ultime. À travers la multiplication des actions humaines particulières, l’analyse philosophique peut ainsi découvrir des essences historiques qui sont autant de coagulations des actions en événements ayant un sens universel concret. L’auteur distingue plus précisément encore une essence universelle de l’histoire des civilisations. Cette essence est une structure processuelle dont l’histoire de l’Europe se révèle être le modèle universel de toute histoire civilisationnelle possible. C’est ainsi que toute civilisation se déploie selon une loi d’essence dont le titre est la renonciation. Celle-ci fait passer les civilisations par trois moments. Il s’agit premièrement de l’aspiration religieuse à l’empire universel. Il s’agit deuxièmement de l’action politique et militaire créatrice des États-nation, lesquels relativisent l’aspiration première. Il s’agit troisièmement de l’accomplissement transnational dans une structure englobante qui, indépendamment de sa forme juridique et par-delà toute conception idéologique, par-delà la revendication de la fédération, de la confédération ou de la coopération, relève d’un bonheur, d’un bonheur collectif nuancé de renoncement relativisateur. C’est ainsi que l’histoire de l’Europe comme Moyen-Âge, État-nation et Union européenne est le modèle privilégié de cette essence universelle. Cette conception de l’histoire donne lieu à une encyclopédie des essences historiques. L’histoire des religions a ainsi par exemple, comme ouverture de l’histoire à l’intériorité, une place éminente et bien précise dans le paysage ousiologique des essences de la réalité. Cette philosophie encyclopédique de l’histoire est la mise en œuvre, à propos des actions humaines, de la méthode ousiologique définie par l’auteur. Cette méthode met ainsi en évidence une identité de structure processuelle entre la pensée, l’affectivité et l’histoire, à savoir la renonciation. Elle met par ailleurs en perspective critique les grandes philosophies de l’histoire, notamment celles de Vico, de Hegel, de Nietzsche, de Marx, de Spengler, de Toynbee et de Braudel.

Patrice Guillamaud, agrégé de philosophie et docteur, enseigne la philosophie en khâgne. Il travaille, depuis de longues années, à l’élaboration de l’ousiologie. Il est notamment l’auteur, aux éditions Kimé, de La Nation. Pour une définition philosophique (2022)

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samedi 24 mai 2025

Gérard Bensussan : Vieillir

 Kimé - Mai 2025


Vieillir explore les pertes, les écartements et les disruptions d’avec soi, le monde, les choses et les autres qui accompagnent le vieillissement. Ce livre décrit la chaotisation de l’expérience, déjouée d’elle-même à mesure que l’âge avance. Il s’attache à dire le voyage nocturne qu’est, selon Chateaubriand, le vieillir, en en relatant les petits faits et gestes, les aventures quotidiennes, les micro-expériences et les méditations qu’il suscite. La mémoire et l’oubli, les réminiscences de l’enfance et du passé, l’altération des corps et des existences, scandent ce texte fragmenté. L’écriture se déploie ici dans une syntaxe de la déprise, de la syncope et de la chute, philosophique et poétique à la fois. Elle demeure ouverte sur l’inquiétude, la finitude et la mort dans sa possibilité d’impossible, sa certitude aussi, l’exil définitif qu’à son heure elle viendra signifier.

Gérard Bensussan est philosophe et professeur émérite à l’Université de Strasbourg. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont Miroirs dans la nuit. Lumières de Hegel (Cerf, 2022) La transaction (PUF, 2023) Des sadiques au cœur pur (Hermann, 2024).

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Charles Rojzman : Les masques tombent. Illusions collectives, vérités interdites. Le réel, arme secrète de la démocratie

 FYPE Editions - Mai 2025


On croyait vivre dans des sociétés éclairées. Mais un effondrement silencieux s’installe, nourri par la lâcheté des élites et l’emprise d’une nouvelle morale. Elle ne brutalise pas, elle culpabilise. Elle ne contraint pas, elle neutralise. Elle ne débat pas, elle disqualifie. Le réel, trop complexe, trop humain, devient l’ennemi. L’échange contradictoire s’est éteint. Le doute est devenu suspect, le désaccord intolérable. L’antiracisme devient une idéologie de la séparation, l’antifascisme une machine à censurer, l’antisionisme un masque ancien. Cette négation du réel est le terreau sur lequel prospèrent les idéologies totalitaires. Mais à force de fuir toute confrontation, toute mise en tension des idées, les masques de la vertu et des idéologues tombent...
Charles Rojzman nous invite à rouvrir l’espace interdit de la confrontation, non comme affrontement stérile, mais comme condition du lien, du langage, du commun. Car sans conflit, il n’y a ni pensée, ni dialogue, ni véritable vie démocratique. L’auteur ne parle pas depuis une tour d’ivoire : il vient du terrain, des marges, des failles. Il a vu de près ce que beaucoup refusent de regarder. Pour lui, le conflit, assumé lucidement, est peut-être ce qui peut encore nous sauver.
Un livre essentiel pour ceux qui veulent comprendre ce qui nous arrive, refusent de fuir, de se résigner, et croient encore à la possibilité d’un commun.

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Cahiers du dix-septième, vol. 21 : Feminisms and Early Modern France | Féminismes et première modernité

 Western Libraries - Mai 2025


Sous la direction d'Hélène Bilis et Sylvaine Guyot

Ce numéro inaugure les Cahiers-Débats, une série spéciale lancée sous la direction d'Hélène Bilis et Sylvaine Guyot, et centrée sur certains des enjeux méthodologiques clés qui animent aujourd’hui le champ des études sur la France de la première modernité. Pour chaque numéro, des chercheuses et chercheurs de générations, de disciplines et de traditions nationales différentes sont invité·es à aborder de front les débats que cristallise, au sein des sciences humaines, la question de la pertinence et de la fécondité d’étudier le passé au prisme d’approches critiques nouvelles ou renouvelées. En portant une attention particulière à leur position critique et à leur trajectoire intellectuelle, les contributeur·rices proposent des essais aux styles variés, dont l’ensemble vise à refléter autant les convergences que les désaccords, voire les frictions, qui traversent le champ d'étude sur l'époque moderne.

Introduction

Hélène Bilis & Sylvaine Guyot : "Troubles dans l’historiographie, ou le genre à l’œuvre : féminismes et première modernité (parcours, pratiques et perspectives plurielles)"

Section 1. Historicities | Historicités

Anne Tomiche : "Études de genre et pratique raisonnée de l’anachronisme"

David Harrison : "Feminist Signatures, National Singularity: Joan DeJean’s Early Modern Women"

Marie-Frédérique Pellegrin : "Voir, entendre et lire les femmes. Enjeux thématiques et matrimoniaux en philosophie moderne"

Matthieu Dupas : "Le désir baroque du Menteur de Corneille"

Sarah Grandin : "A Conversation with Andaleeb Badiee Banta, Curator of Making Her Mark: A History of Women Artists in Europe, 1400-1800"

Section 2. Feminist Situations-Trajectories | Situations-Trajectoires féministes

Mita Choudhury : "Echo Chambers and Enlightenment"

Marie-Élisabeth Henneau : "Oser le genre en histoire monastique"

Faith E. Beasley : "Revising/Mastering Memory: Reflections on the Changing Nature of Feminist Scholarship"

Jennifer Tamas : "Entrée en féminisme par l’école de la banlieue. Itinérance d’une néo-précieuse en mer d’inimitié"

Juliette Cherbuliez : "Collaboration as a Premodernist Feminist Praxis in Three Parlor Games"

Section 3. Gendered Positionings | Positionnements genrés

Nathalie Freidel : "Sévigné vs Madame de Sévigné. Pour une lecture féministe de la Correspondance"

Mitchell Greenberg : "Nasty Women: Classicism’s Seductive Misogyny"

Mark Franko : "The Feminist Unconscious of French Court Ballet"

Julia Doe : "Gender and Musical Labor in Early Modern France: The Case of Louise Roussel Leclair"

Section 4. Book Reviews | Comptes rendus

Laura J. Burch : Angela Hunter and Rebecca Wilkin, eds. and trans., Louise Dupin’s Work on Women: Selections, 2023

Sara Harvey : Deborah Steinberger, Women’s Stories in Le Mercure galant (1672-1710). Feminine Fictions in an Early French Periodical, 2024

Natasha Roule : Anne Le Berre, Michelle Poncet ou la « Destouches-Lobreau », directrice de l’opéra de Lyon au XVIIIe siècle, 2023

Rebecca Wilkin : Helena Taylor, Women Writing Antiquity: Gender and Learning in Early Modern France, 2024

Authors’ Biographies | Biographies des contributeur·rices


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Claire Touzard : Folie et résistance

 Divergences - Mai 2025


Claire Touzard a été diagnostiquée d'un trouble bipolaire au moment où son engagement politique allait croissant. Dans ce récit à la fois personnel et politique, l'autrice de Sans Alcool s'intéresse à la folie, un concept désuet en psychiatrie mais encore d'usage courant, qui pourrait rassembler, en une forme de communauté politique, les personnes neuroatypiques ou atteintes de troubles psychiques. L'autrice nous montre que notre santé mentale est instrumentalisée par les dirigeant.e.s, pour mieux ériger en norme une vraie déraison : capitaliste, colonialiste et patriarcale. Or notre folie peut être un outil de résistance et de libération. Elle explore une vision du soin différente, politique, à travers les voix des plus grand.e.s activistes, de la poétesse Audre Lorde au mouvement Black Panthers. Et si notre réparation passait par une révolution intellectuelle et collective ?

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Christophe Pebarthe : L’histoire est une science sociale. Pour Marc Bloch

 Le Bord de l'eau - Juin 2025


À la veille de sa panthéonisation, Marc Bloch est plus que jamais convoqué par la profession historienne, sinon comme son fondateur du moins comme un ancêtre capital dont il faut préserver l’héritage. L’historien engagé qu’il fut, comme intellectuel autant que comme combattant et résistant, semble occuper une place de choix, la première, dans la discipline historique. Quand il n’est pas réduit à une période, le Moyen Âge, il est lu au seul prisme de l’histoire telle qu’elle est construite aujourd’hui.
Or, pour comprendre l’originalité de Marc Bloch, il faut au contraire remettre au jour la compagne capitale de l’histoire en cette première moitié du XXe siècle que fut la sociologie durkheimienne. En 1934, Marc Bloch n’hésitait du reste pas à affirmer : « Le sociologue, l’historien – je suis de ceux qui, entre ces deux noms, ne voient nul abîme. » Cette affirmation n’allait déjà pas de soi. L’abîme n’a cessé de croître depuis lors. Autrement dit, son travail historique initiait une manière nouvelle de faire de l’histoire qu’il n’a pu prolonger du fait de son destin tragique. Il contient aujourd’hui encore nombre d’innovations inexplorées qui pourraient enrichir les travaux des historiens.
Avec Marc Bloch, il s’agit donc d’adosser l’histoire-problème au geste critique, c’est-à-dire à la démocratie, et d’envisager une autre formation initiale et continue des citoyens.

Christophe Pébarthe est maître de conférences en histoire grecque, université Bordeaux Montaigne. Il est le co-auteur de Démocratie Manifeste ! (publié avec Barbara Stiegler chez le même éditeur).

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Paolo Tortonese : Remords. Zola, Dostoïevski

 Hermann - Mai 2025


À l’époque du darwinisme, de la sociologie naissante, de la neurologie psychiatrique et de la criminologie, le remords est au centre d’un renouveau romanesque et d’une controverse philosophique. Ce concept clé de la morale, vieux de plus de deux-mille ans (les Grecs païens s’en servaient bien avant le christianisme), jure avec l’eudémonisme moderne et semble apporter un démenti à Sade au profit d’un retour en force de la culpabilité. Mais ce ne sont pas toujours des spiritualistes qui le relancent : dans Thérèse Raquin, Zola remet au goût du jour une expérience douloureuse de la faute et tente de l’expliquer avec des arguments matérialistes. Puis il revient sur la psychopathologie du criminel dans La Bête humaine. Dans l’intervalle entre ces deux romans, Crime et châtiment est traduit en français et soulève une controverse philosophique dans lequel les chrétiens, les darwinistes, les kantiens et les schopenhaueriens se battent, chacun voulant démontrer que le roman de Dostoïevski leur donne raison.
Ce livre est centré sur un moment précis du débat moderne autour du crime, mais il remonte, pour l’éclairer, à la tradition doctrinaire du remords chrétien, que les « nouveaux remords » antispiritualistes cherchent à remplacer. La longue durée de ce débat fait signe également vers les enjeux de la faute, de la responsabilité et de la réparation dans les sociétés d’aujourd’hui.

Paolo Tortonese est professeur de littérature française à la Sorbonne Nouvelle, où il est membre du Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle (CRP19). Il a récemment publié La Faute au roman : littérature et morale (Vrin, 2023).

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jeudi 22 mai 2025

Véronique Sidoit : Les Khmers rouges, un langage de tuerie. Krama et Neak Ta

 Editions de l'Insu - Mai 2025


Ce livre sur le régime Khmer rouge sort au moment même de la commémoration des 50 ans de la prise de pouvoir des Khmers rouges et de la terreur que ce régime a fait subir aux Cambodgiens pendant presque quatre ans.Entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, les Khmers rouges dirigent le Cambodge sous le nom de Kampuchea démocratique et déciment le quart de la population du pays. Pour démontrer la singularité de ce génocide, Véronique Sidoit s’emploie à déplier la construction de la terreur, à aborder leur politique de déshumanisation et de désubjectivation en s’attachant particulièrement à ce qui constitue l’humain : le langage. Son atteinte met à mal les capacités de subjectivation et vise à la destruction de tous les repères symboliques et institutionnels du pays.À cette destruction a fait suite son effacement, une véritable omerta a opéré sapant toute possibilité de « devoir de mémoire ». Un lent travail d’une mémoire subjectivée a été entrepris grâce aux effets des procès ; l’auteure ne lâche pas ce fil du réel, ce réel dont le silence est le nom. Entre effacement et mémoire, Véronique Sidoit souligne combien cette paranoïa de masse est le surgissement d’un « réel sans loi et sans ordre ».Le Cambodge en paye encore aujourd’hui le prix. Le réel est le lit du Discours capitaliste avance-t-elle dans la dernière partie de ce livre, en dépliant dans une analyse structurelle ce qu’est le discours selon Lacan et sans jamais oblitérer la jouissance, « les noces du capitalisme avec le réel ».Cet ouvrage est d’une grande richesse psychanalytique mais aussi sociopolitique, et résonne avec les discours totalitaires qui fleurissent à notre époque, dans un monde où le capitalisme fait loi et où les génocides continuent de se perpétrer. Sa lecture en fait un éclairage et une mise en garde des discours actuels.

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Guy Le Gaufey : L'incomplétude du symbolique. De René Descartes à Jacques Lacan (2e éd revue et augmentée d'une nouvelle préface)

 EPEL  - Mai 2025


Ce livre s'appelait d'abord : « Petite histoire du grand Autre ». Il était construit autour d'une intuition que j'avais eue au moment où je me familiarisais avec les savoirs freudien et lacanien, et où j'avais, par de tout autres voies, réussi à entrer avec quelque rigueur dans la démonstration du second théorème d'incomplétude de Gôdel.
Je crus alors saisir d'étranges affinités entre ce qu'il m'apprenait sur les limitations internes des systèmes formels et l'écriture lacanienne qui se lit « grand A barré ». Il fallait que j'aille voir ça de plus près.
À chaque fois en effet que je me retrouvais devant cet improbable croisement, j'avais le sentiment d'être à la verticale du mystère d'où naissent, sinon les enfants, du moins les bribes d'un savoir qui m'importait depuis l'enfance. C'était comme une voix qui m'aurait murmuré: «Approche. Bientôt les mystères de la dimension symbolique te seront pour l'essentiel dévoilés. Tu sauras ce que "savoir" veut dire. »

Guy Le Gaufey exerce la psychanalyse à Paris depuis le milieu des années soixante-dix. Il a participé à la création de la revue Littoral et de l'École lacanienne de psychanalyse, qu'il a dirigée à deux reprises. Derniers ouvrages publiés: Le cas en psychanalyse fEpel, 2020J, et La règle de trois foucaldienne (Epel, 2023).

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Cicéron : Oeuvres philosophiques complètes

 Bouquins - Mai 2025


L'intégralité de l'œuvre philosophique du grand penseur romain : une édition et une traduction de référence.

Cicéron n'appréciait guère, dit Plutarque, qu'on voie en lui un orateur se piquant de penser à ses moments perdus. L'ordre de sa prédilection était inverse. Il se regardait d'abord comme un philosophe, l'éloquence n'ayant été toute sa vie qu'un moyen, un instrument lui permettant de vulgariser, dans le meilleur sens du terme, la philosophie. " Quand j'ai commencé d'exercer des fonctions publiques et me suis dévoué au service de l'État, j'ai réservé à la philosophie tous les instants que me laissaient mes amis et la politique ", raconte-t-il ainsi à son fils.
Cette édition regroupe l'intégralité des oeuvres philosophiques de Cicéron traduites et annotées par celui qui en fut un admirable connaisseur, Charles Appuhn. La science historique et philosophique qu'il met ici au service du texte cicéronien donne lieu à un apparat critique éclairant et considérable. Entrecroisant les références avec virtuosité, ce volume se lit tout aussi bien comme une découverte du seul penseur original du monde romain – c'est ce que fut Cicéron – que comme une encyclopédie philosophique de poche de l'Antiquité classique.

Préfacée par Frédéric Albert Lévy, cette édition comprend : De la République, Des lois, Hortensius, Du bien suprême et des maux les plus graves, Tusculanes, De la nature des dieux, De la divination, Du destin, Académiques, De la vieillesse, De l'amitié et Des devoirs.

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Blandine Perona : La pensée rhétorique. Déclamation et humanisme au début de l'époque moderne

 Droz - Mai 2025


La déclamation est l’exercice qui couronne la formation rhétorique des humanistes. Observer la façon dont elle est apprise par les élèves, pratiquée par les professeurs – pour qui elle reste un moyen de penser et de s’exprimer – offre une entrée privilégiée pour comprendre l’humanisme, sa transmission de l’Italie au nord des Alpes, son empreinte sur la littérature française.
Cette enquête permet en particulier de reconsidérer les rapports entre scolastique et humanisme au xve siècle en Italie, d’éclairer la manière dont les problèmes du début de l’époque moderne – utilité des savoirs ou conflits théologiques – sont entrés dans les collèges humanistes, de montrer comment la déclamation est devenue un instrument de promotion de valeurs nouvelles. Elle met enfin au jour une permanence dans la manière de penser et d’écrire, de Lorenzo Valla à Montaigne, faisant apparaître ce que l’histoire du scepticisme doit à la rhétorique et révélant la dimension intrinsèquement critique de l’humanisme.

Sommaire

Remerciements
Principes d’édition
Introduction. Étudier la pratique humaniste de la déclamation
PREMIÈRE PARTIE.
La déclamation humaniste, de sa genèse italienne à sa fabrique éditoriale
Chapitre premier. Déclamation et pédagogie
Chapitre II. De la querelle des arts et la genèse de la déclamation humaniste
Chapitre III. La fabrique éditoriale de la déclamation (1500-1520)
DEUXIÈME PARTIE.
Circulations, traductions, adaptations de la déclamation humaniste
Chapitre IV. Déclamation, satire et philosophie morale
Chapitre V. Les déclamations sur le mariage et sur les femmes
Chapitre VI. Déclamation et liberté
Chapitre VII. Autour de l’incertitude des sciences : déclamation et scepticisme
Conclusion. Déclamation et humanisme critique
Bibliographie
Index nominum

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Yves Gingras, William Shea : L'ambassadeur de Galilée

 Les Belles Lettres - Avril 2025


Galilée a révolutionné notre manière de voir les planètes. Toutefois, la science, elle, se fait non pas dans le vide sidéral, mais sur terre, parmi les humains. Tout astronome de génie qu’il fût, Galilée était en même temps un homme d’affaires, un politique, un mari et un père. Il est fort à parier qu’il a consacré beaucoup plus de temps à cajoler les grands de ce monde, à se défendre devant ses ennemis, à se livrer à des commerces petits et grands, et à fréquenter des artistes qu’à observer le ciel, l’oeil collé à sa lunette.
Dans ce livre, deux grands spécialistes de l’histoire des sciences reconstituent les mémoires imaginés d’un témoin privilégié de la carrière de Galilée, Francesco Niccolini, qui fut de 1621 à 1644 ambassadeur à Rome du grand-duc de Toscane, dont Galilée était le protégé.
Ayant été au coeur des échanges avec le pape pour sauver Galilée d’une condamnation certaine à son procès de 1633, l’ambassadeur nous raconte avec verve les relations de l’astronome avec les divers acteurs importants de la cour vaticane, en particulier le cardinal Francesco Barberini, neveu du pape Urbain VIII, et le père dominicain Niccolò Riccardi, secrétaire du Saint Office au moment de décider (entre 1630 et 1632) de la publication du Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde, ouvrage qui déclenchera la colère du pape.
Établis à partir de la volumineuse et passionnante correspondance de Niccolini, en grande partie inédite, ces faux mémoires projettent un éclairage original sur la vie d’un des plus grands scientifiques de tous les temps. En plus de nous faire découvrir des aspects méconnus de la carrière de Galilée, comme la mise au point de sa méthode de détermination de la longitude et les efforts qu’il a déployés pour la vendre aux grandes puissances maritimes qu’étaient l’Espagne, les Provinces unies et la France, ce livre nous rappelle, en brossant un passionnant tableau d’époque, la grande contingence des événements historiques.

Yves Gingras est professeur à l’Université du Québec à Montréal et directeur scientifique de l’Observatoire des sciences et des technologies. Il a publié de nombreux ouvrages d’histoire et de sociologie des sciences.
William R. Shea est historien des sciences. Spécialiste mondial de Galilée, il a enseigné à l’Université McGill, à l’Université de Strasbourg et à l’Université de Padoue, où il a été titulaire de la Chaire de Galilée jusqu’à sa retraite en 2012. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le grand scientifique, dont La Révolution galiléenne, de la lunette au système monde (Seuil, 1992). Aux Belles Lettres, ils ont co-signé Ce que Galilée dit à Milton. Dialogue entre le savant et le poète (2021).

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