vendredi 4 avril 2025

Hubert Guillaud : Les algorithmes contre la société

 La fabrique - Avril 2025


La grande transformation numérique de nos sociétés est en passe de s’achever avec le triomphe de l’intelligence artificielle, promettant de conclure l’interconnexion des machines, des données et des calculs. Elle n’a pourtant produit aucun progrès social et pour cause : appliqués au social, les calculs sont profondément défaillants et problématiques. De la CAF à Pôle Emploi, de Parcoursup aux logiciels d’embauches automatisés, des applications de consommation à celles qui permettent la collusion des monopoles… nous sommes cernés par des calculs déficients, opaques, discriminatoires et autoritaires. Imprégnés par les recettes néolibérales, ces outils qui visent une improbable « efficacité maximale » nous empêchent de produire d’autres logiques et de mettre en œuvre d’autres politiques économiques et sociales. Hubert Guillaud ne se contente pas d’exposer au grand jour l’impéritie des systèmes qui gouvernent les politiques publiques au quotidien, il nous invite aussi à réinventer le numérique pour éviter le piège qu’il nous tend : en reconstruisant le service public, en inventant des métriques de gauche… et surtout en remettant de la démocratie et de la justice dans les décisions techniques.

Journaliste et essayiste, Hubert Guillaud est spécialiste des systèmes techniques et numériques et de leurs impacts sur la société. Il est l’auteur de Coincés dans Zoom (Fyp, 2022).

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Déborah V. Brosteaux : Les Désirs guerriers de la modernité

 Seuil - Avril 2025 - La couleur des idées


Face aux guerres dans lesquelles les pays d’Europe sont impliqués, nous oscillons en permanence entre anesthésie et frénésie. Certaines situations guerrières donnent lieu à un échauffement affectif, un « regain » d’énergies psychi-ques et sociales, tandis que d’autres sont à peine nommées, reléguées au loin. Cette enquête philosophique creuse l’ambivalence de nos rapports à la guerre, inscrite au coeur de l’histoire sensible de la modernité.
Inspiré des écrits de Walter Benjamin, de W. G. Sebald ou encore de Klaus Theweleit, l’ouvrage explore ces affects guerriers à travers le XXe siècle, et interroge leur héritage : la froideur de la mise à distance, le déni des ruines après 1945, le désir d’intensification de l’expérience de soi, qui mobilise les imaginaires en 1914-1918 et s’engloutit dans les tranchées… voire mute en passions fascistes qui se nourrissent activement de la dévastation.
Déborah V. Brosteaux prend au sérieux ces désirs, y compris dans leurs attraits. Et se demande : quelles transformations affectives activer pour résister aux mobilisations guerrières ?

Déborah V. Brosteaux est chercheuse en philosophie à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), membre du Centre de Recherche sur l’Expérience de Guerre (CREG, MSH-ULB) et chercheuse associée au Centre Marc Bloch à Berlin. Elle est également éditrice aux éditions Météores.

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Paul Audi : Réclamer justice (rééd. augmentée)

 Verdier - Avril 2025


Une vie humaine sans justice est insoutenable. Être privé de justice ou victime d’une injustice, ne pas voir ses droits reconnus ou devoir demander en vain réparation pour un tort subi : autant de situations qui portent atteinte à notre humanité.
Alors il arrive que, réclamant justice et ne trouvant pas satisfaction, nous basculions dans la fureur et la violence, voire la folie, la vengeance et le crime.
Il y a là un paradoxe : comment le fait de réclamer justice peut-il aboutir à commettre l’injustice ? Les raisons sont-elles psychologiques ? politiques ? Ou est-ce parce que la demande de justice repose sur une idée floue de ce qui est juste, de ce qui devrait l’être ? Ou encore, ce péril ne résiderait-il pas dans le fait même que l’exigence de justice qui définit notre humanité est par essence infinie ?
Toutes ces questions, aussi intempestives que brûlantes, appellent à jeter un regard neuf sur la différence entre la justice et le droit, entre le juste et le légal.

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François Bégaudeau : Psychologies

 Amsterdam - Avril 2025


L’agacement suscité par des enfants bruyants ; la jalousie envers un écrivain plus célèbre que soi ; la joie de se dire « pas sur les réseaux » ; la fierté à aider une femme à monter sa poussette dans les escaliers ; la haine à l’égard d’un caissier de supermarché ; mais aussi la trajectoire d’une essayiste médiatique, la mauvaise conscience des bourgeois de gauche, la question de savoir ce qui fait tenir les exploités au travail, ou pourquoi il arrive que l’on pense, que l’on agisse, que l’on vote contre ses intérêts…
À partir de situations vécues, observées ou fictives, François Bégaudeau dissèque avec humour les affects de la société bourgeoise. Non dans le but de salir ou de ridiculiser, ni pour en tirer de grandes leçons sur l’humanité, mais pour tenter de saisir les idées obscures qui nous traversent, les ressorts parfois inavouables de nos actions, tout ce qui, échappant à notre contrôle, constitue notre part collective. L’écrivain se soumet au même examen féroce que ceux qu’il observe. Ni meilleur ni pire, il est lui aussi un matériau social.

François Bégaudeau est écrivain. Auteur de nombreux romans et essais, il a récemment publié L’Amour (Verticales, 2023) et Boniments (Amsterdam, 2023).

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Léonore Brassard : Le Désastre de la rencontre. Imaginaires de l'échange prostitutionnel

 PU de Montréal - Mai 2025


« Il n’y a décidément de vrai que le bordel ; c’est au moins terminé après ». Contre cette ironique petite phrase de Huysmans, toute une littérature s’est tissée pourtant, ne cessant de remettre en scène différentes formes de dépassements fantasmatiques dans la relation prostitutionnelle.
Traversant une littérature qui, depuis le XIXe siècle, met continuellement en scène la prostitution, ce livre analyse la façon dont cette dernière éclaire ces désastreuses rencontres inventées sous le contrat. Comment la prostitution en vient-elle à être à la fois la représentation par excellence de la relation capitaliste – lui qui, réifiant le monde, permet aussi de se « libérer des embarras imaginaires de l’échange » –, tout en pointant, dans certaines lignes de fuites, les hiatus que ce même contrat porte en lui ?

Léonore Brassard est professeure en théories littéraires et féministes à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle a codirigé le collectif intitulé Récits infectés, et est éditrice de la collection « Quai nº5 », chez XYZ.

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jeudi 3 avril 2025

Jean-Yves Clément : L'exil de la pensée

 Editions Le Condottiere - Avril 2025


L’Exil de la pensée n’est pas un simple recueil d’« aphorismes ». Il se constitue de deux volets différents qui se complètent. Le premier alterne librement pensées, maximes et autres fragments, associant et croisant de multiples sujets qui résonnent ensemble. Le second propose une suite de variations dont le thème est l’écriture elle-même. Approche musicale dans la forme, plus exigeante dans sa tenue et son objectif : celui de représenter un espace de l’ailleurs – l’exil –, indéfinissable, où la vie et les mots coïncident enfin. « Ces pensées déploient l’idée que tout ici-bas n’est que grâce, et que nous ne vivons que des déclinaisons de celle-ci, en bien ou en mal selon l’autorité que nous donnons à l’une ou à l’autre, et la façon dont nous les supportons tour à tour, de manière parfois si rapprochée qu’elles disparaissent et se fondent ensemble dans le même élan qui les a vu naître. – Ces déclinaisons mènent à l’exil de la pensée.

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Marcel Le Goff : Jorge Luis Borges. Une éthique d’écrivain

 L'Harmattan - Avril 2025


Le nom de Jorge Luis Borges (1899-1986) convoque un des destins littéraires les plus singuliers du XXe siècle. À travers ses œuvres on explore ici l’arrière-plan « métaphysique » fait de religion, de politique, de science et de philosophie où nos sociétés tentent d’inscrire le vrai, le juste, le bien. Sous le regard sceptique et amusé de l’écrivain argentin, cette toile de fond s’effrange. L’artiste prend alors la liberté d’y insérer ses propres créations, sous la forme de poèmes, de contes ou de courts essais.
Depuis Ferveur de Buenos Aires (1923) jusqu’à Les Conjurés (1986), en passant par Fictions (1944) ou Atlas (1984), soulevée par la grâce unique de l’écriture, s’élabore à proprement parler une éthique exigeante, consubstantielle au texte et progressant avec lui. Le même élan gagne le lecteur s’éveillant à de fécondes métamorphoses.
C’est à ce parcours en spirale que s’intéresse la présente étude, appliquée à l’ensemble d’une œuvre qui, jamais soumise aux diktats en vogue, affirme hautement sa liberté et son originalité.

Agrégé de Lettres modernes, Docteur en Études hispaniques (Université de Rennes II), Marcel Le Goff a longtemps vécu en Amérique latine. Il a enseigné au Guatemala et en Uruguay et dirigé des Alliances françaises, en Argentine et en Uruguay. Il est l’auteur de livres de critique littéraire consacrés à l’écrivain argentin Jorge Luis Borges : L’Univers, la Lettre et le Secret (Linardi y Risso, Montevideo, 1995, puis L’Harmattan, Paris, 1999) et Jorge Luis Borges au miroir du récit (L’Harmattan, 2010).

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Thomas Le Roux et Raphaël Morera (dir.) : La nature sous contrat. Concession, histoire et environnement (XVIe-XXIe siècle)

PU de Rennes - Avril 2025

Dans un monde toujours plus habité et exploité, dans lequel l’environnement se dégrade sous la pression anthropique et où la concurrence pour l’accès aux sources de la vie s’accroît, la question de l’appropriation des ressources est brûlante. À différentes échelles et sur des espaces variés, la « concession » a été de longue date un outil d’exploitation largement utilisé par les pouvoirs pour compenser leur manque de moyens en s’associant à des acteurs privés. La démarche transversale de cet ouvrage autour d’un thème inédit en histoire ouvre des perspectives insoupçonnées. Depuis le Moyen Âge, la concession n’a cessé de redéfinir les modalités de la propriété, entre communs et propriété pure. Conçue en tant que créatrice de légitimités nécessaires à l’exploitation des ressources, elle s’est avérée être un instrument de stabilité efficace. Outil juridique, comme l’assurance peut l’être pour l’État social, la concession participe d’un objectif politique : ancrée dans un univers social, elle est mise au service de stratégies comme l’occupation territoriale ou l’affirmation de la souveraineté. Ce faisant, elle est une forme spécifique d’expression du pouvoir. Ce volume explore les multiples facettes d’une forme d’exploitation de l’environnement dont les logiques font écho aux temps présents.

Raphaël Morera est chargé de recherche au CNRS, Centre de recherches historiques (EHESS/CNRS).

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Robert Pasnau : Construire la volonté. Débats sur le libre arbitre à la fin du Moyen âge

 Vrin - Avril 2025


Le problème moderne de la liberté de la volonté est une invention qui revient en propre à l’Europe du Moyen Âge tardif. Il naît d’une conception précise de la liberté et d’une conception tout aussi précise de la nature humaine, qui donnent toutes deux le plus grand poids à un pouvoir distinct en nous, le pouvoir de la volonté. Aujourd’hui, cette façon de concevoir notre nature et de comprendre notre liberté semble aller de soi. Mais il s’agit là d’idées que les philosophes ont développées au cours des siècles, et qui n’ont pris leur forme moderne que vers la fin du Moyen Âge.
Au cours de ces cinq conférences, nous chercherons à comprendre la notion de liberté qui a vu le jour dans l’Europe médiévale, et la notion de volonté qui a été construite pour rendre une telle liberté possible.

Robert Pasnau est College Professor of Distinction à l’Université du Colorado (Boulder) et Editorial Fellow à l’Institut d’Études Avancées de Paris.Traduction de Charles Ehret
Traduction de Ehret Charles

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Maxime Delpierre : Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī, philosophe du progès. Retour au sens d'Avicenne

 Vrin - Avril 2025


Le commentaire des Isharat ( Indications ) d'Avicenne par Na ? ir al-Din al-? usi est une oeuvre majeure de la philosophie islamique. Non seulement il fonde une tradition exégétique, mais il fait triompher une figure "gnostique" de la philosophie d'Avicenne, précipitant la constitution d'un avicennisme "iranien" , où se rencontrent divers courants philosophiques, théologiques et spirituels de l'Islam (shi'isme, soufisme, etc.). Le conflit d'interprétation qui se joue avec le théologien ash'arite Fakhr al-Din Razi est décisif. Car la défense d'Avicenne va de pair avec le projet plus général de constitution d'une théologie philosophique shi'iite, qui bientôt consacrera à son tour l'autorité de Ousi comme guide spirituel de son temps. Si, au milieu du chaos des invasions mongoles et de la chute du califat, la pensée du progrès traverse, comme un fil directeur, sa vie et son oeuvre, c'est qu'il conçoit la pensée comme progrès.

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Serge Druon, Fabien Tarby : La folie de l’être

 L'Harmattan - Avril 2025


Dans ce dialogue entre deux philosophes, la folie de l’être se rend visible. L’être n’est apaisé que pour le regard superficiel ou quotidien. Les auteurs, tout à l’inverse, visent à faire voir une telle folie, où la philosophie commence et s’achève.
Pour Serge Druon, l’événement de l’accès à la folie d’être est l’événement d’une vie. Depuis cette folie, un tout autre regard est posé sur le temps, sur le monde, sur la vie, sur nous tous, sur le logos.
Pour Fabien Tarby, l’être est inhumain, par là surhumain. Il reste que l’homme est libre et qu’il peut ainsi déployer, face au réel insensé, une approche hors de l’ordinaire.
La conversation n’est pas de tout repos. Les arguments s’aiguisent de part et d’autre et la confrontation devient inévitable à partir des différences marquées. Un tel différend traverse les champs de l’ontologie, de l’éthique et de la politique.

Serge Druon, philosophe et mathématicien, est l’auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages.
Fabien Tarby enseigne la philosophie. Il a publié plusieurs ouvrages dont une Métaphysique des abîmes.

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Aliocha Wald Lasowski : Gide, à la lumière de Nietzsche

 Hermann - Avril 2025


Préface de Jean-Paul Enthoven

À la lumière de Nietzsche, André Gide joue, dans Les faux-monnayeurs – son seul et unique roman qui aura cent ans cette année –, avec les codes littéraires et bouleverse les valeurs esthétiques. Aliocha Wald Lasowski se penche sur le laboratoire expérimental et créatif du fondateur de la NRF : récit d'aventures à la Conrad, enquête policière à la Simenon ou histoire d'apprentissage à la Dickens, Les faux-monnayeurs brouille les pistes et invite à entrer dans une nouvelle littérature.

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Othmar Nachtgall : Grunnius Sophista. Grogneur le Sophiste (éd. Marc Dietrich)

 Droz - Avril 2025


En décembre 1522, l’humaniste strasbourgeois Othmar Nachtgall (v. 1480-1537) fait paraître, sous son pseudonyme « Luscinius », un curieux dialogue néo-latin qui interroge à la fois le rôle de la poésie et la condition respective de l’homme et de l’animal. Le Grunnius Sophista, exemple précoce de dialogue animalier à la Renaissance, met en scène la rencontre incongrue entre Misobarbarus, défenseur des « bonnes lettres », et Grunnius, ancien sophiste transformé en cochon qui pourfend l’érudition, tout en maîtrisant ses usages. Ce dialogue satirico-philosophique est suivi d’une amplification facétieuse du Testamentum porcelli, document anonyme de la fin de l’Antiquité d’où vient le personnage du cochon-sophiste. Ces textes foisonnants forment une œuvre originale et polyphonique, placée sous la tutelle d’Érasme. Le présent livre en fournit l’édition et la traduction française, il retrace le parcours de son auteur, explore la genèse et analyse les enjeux culturels du « diptyque de Grunnius ».

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L'enseignement philosophique 2015/1 : La violence

 APPEP - Mars 2025





mercredi 2 avril 2025

Anne-Françoise Schmid : Scripts philosophiques II. Le cogito des multiplicités

Chisokudō Publications - Avril 2025


Le deuxième tome de l’ouvrage Scripts philosophiques se présente sous la forme d’un lieu de multiplicités philosophiques. Qu’est-ce qui les tient ensemble ? Une fidélité, à la philosophie sans doute, une fidélité au réel surtout. Contempler les philosophies dans leur multiplicité change l’écriture philosophique. La multiplicité fonctionne comme une plateforme, voire un ensemble de plateformes superposées, où il est possible d’extraire des fragments à recomposer autrement. Les concepts sont les voyageurs entre les plateformes et charrient des extraits qui s’adaptent graduellement à leur nouveau lieu.

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Stefan Hertmans : Quel présent vivons-nous ? Une sémantique du présent

 Actes sud - Avril 2025


“Nous ne savons rien du présent parce que nous y sommes”, disait Victor Klemperer. Ce constat, Stefan Hertmans s’en empare pour mieux y résister. Face à des phénomènes planétaires dont nous sommes à la fois l’acteur et l’objet – dérèglement climatique, pandémie, mouvements migratoires, domination des réseaux sociaux, radicalisation politique, idéologie masculiniste –, face au monde autistique que façonne le néolibéralisme, Hertmans part à la recherche d’instruments d’analyse.
Grâce au mot-clé “déplacement”, il embrasse non seulement l’évolution des biotopes, les déplacements de populations animales et humaines, mais aussi les glissements de sens ou les inversions de valeurs, comme celles de liberté et d’identité qui ont “joué à saute-mouton” entre la droite et la gauche au cours des dernières décennies. Ces réalités mouvantes, Hertmans les déchiffre en romancier et en philosophe, cheminant avec des auteurs classiques et des penseurs du XXe siècle, de Arendt à Derrida, de Heidegger à Adorno, ou de grands inspirateurs actuels dont Bruno Latour.
Si Hertmans ne prétend pas prédire, il ne se borne pas à constater. Il parvient à déceler l’obscurité derrière les lumières et les apparences trompeuses de l’époque. Il nous envoie un message de résistance intellectuelle, humaniste, solidaire. Il partage nos indignations, nos incertitudes et nos espoirs. Et ses réflexions, formulées pour la plupart entre la fin de la pandémie et les premiers mois de la guerre en Ukraine, nous apparaissent aujourd’hui plus éclairantes encore.

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Thierry Hoquet : Histoire (dé)coloniale de la philosophie française. De la Renaissance à nos jours

 PUF - Avril 2025


Y eut-il un philosophe français pour protester contre la conquête d'Alger en 1830 ? Les cours de philosophie, généralement, ne nous l'apprennent pas. Et c'est ce vide que vient combler cette nouvelle histoire de la philosophie française, qui n'est pas une somme de problèmes abstraits, l'incar-nation hexagonale ou francophone d'une philosophie pérenne. Elle naît de la rencontre des autres peuples au fil de diverses entreprises coloniales, à mesure que se modifient les contours de la France : « Nouvelle-France », « France antarctique » ou « équinoxiale », « Grande France ». La philosophie française ne naît donc pas avec le cogito de Descartes, mais dans une scène exemplaire, quand Montaigne, en 1562, rencontre à Rouen trois Tupinambas du Brésil, et en rend compte dans son essai « Des cannibales ». Le point de vue des autres sur la société française, tel qu'il s'exprime dans les textes des philosophes, renouvelle profondément notre regard et nous permet de penser autrement.

Thierry Hoquet est philosophe. Après des travaux consacrés à l'histoire naturelle au siècle des Lumières, il a travaillé sur les questions de sexe et de race au croisement entre biologie et société, de Darwin à nos jours. Il est l'auteur du Nouvel Esprit biologique (Puf, 2022).

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Emmanuel Mounier : Une pensée combattante pour des temps incertains. Pages choisies

Desclée De Brouwer - Avril 2025


Guerre d'Espagne, Munich, Résistance, luttes anticoloniales, réconciliation franco-allemande, les combats menés par le philosophe Emmanuel Mounier furent nombreux. Cet enracinement dans les luttes de son temps n'a pas détourné cet homme engagé de sa foi chrétienne. Au contraire, elle était la matrice de son action, contre la platitude et l'indigence ambiantes.C'est bien en effet, insiste Mounier, tout l'homme qui doit être considéré. Son destin ne concerne pas que ses dimensions matérielles, mais aussi sa vocation intérieure et transcendante. Un rappel salutaire en ce XXIe siècle marqué par une forme de désillusion, où les grandes institutions qui encadraient jusqu'alors nos sociétés ont vu leur importance considérablement s'atténuer. Plus que jamais, la voix de Mounier nous appelle au « goût du risque », au « courage intellectuel ».Ce recueil de soixante-dix courts textes introduits par des experts reconnus du philosophe, permettra au lecteur, non seulement de se rendre plus familier de l'homme, de ses engagements sociaux et politiques, mais aussi de mieux comprendre le courant personnaliste qui l'a porté et les défis qu'il réclame.

Emmanuel Mounier (1905-1950) est un philosophe français, fondateur de la revue Esprit et à l'origine du courant personnaliste. Catholique engagé, résistant, il a contribué après-guerre à travailler à la réconciliation franco-allemande. Il est l'auteur de plusieurs livres dont L'affrontement chrétien, Traité du caractère, Qu'est-ce que le personnalisme ?

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Alessia Bauer, Rachel Lauthelier-Mourier : Le voyage : lieu de rencontres, d'échanges et d'imagination

 Hermann - Avril 2025


Dans le cadre de cet ouvrage, le voyage joue le rôle d’intermédiaire entre diverses zones culturelles, sans restriction d’époque ou de discipline.

Nous avons d’abord questionné la médiation du voyage selon deux paradigmes, celui des « transferts culturels », concept dynamique théorisé par Michel Espagne et Michael Werner en 1988, et celui des « images mentales » – stéréotypes ou topoï –, concept statique dont l’appareil critique remonte à l’Antiquité. Les deux journées d’études que l’équipe HISTARA (EA 7347) de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE-PSL) a consacrées à ces thématiques ont révélé un fort intérêt pour ces sujets de la part de disciplines aussi variées que l’histoire, l’histoire des arts, l’anthropologie ou la linguistique, ainsi qu’en témoigne la richesse des contributions de ce volume. Néanmoins, la notion de « rayonnement culturel » d’une zone géographique sur une autre, encore appelée « influence », notion liée au recouvrement synchronique ou diachronique, perdure encore aujourd’hui, tant elle a marqué les esprits : elle s’est donc imposée à nous comme troisième paradigme d’analyse.

Si les articles ici réunis montrent combien les relations interculturelles ont été dépendantes de la vision statique et dominante de zones culturelles sur d’autres, ils révèlent aussi qu’il est essentiel de puiser dans l’appareil critique des transferts culturels pour révéler le dynamisme des échanges sous-jacents entre de multiples zones d’influence.

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Pierre Singaravélou, Samantha Besson, Dario Mantovani : Aux confins de la loi. La Nature, les Colonies, l’Espace

Anacharsis - Avril 2025


Ce premier volume des « Conférences de L’histoire à venir » réunit trois textes prononcés lors du festival du même nom en 2024 à Toulouse.

Dario Mantovani se penche sur la notion de droit de la nature dans la Rome antique, éclairant les questions aujourd’hui brûlantes de la législation sur le non-humain ; Pierre Singaravélou interroge les transformations du droit confronté aux questions posées par l’expansion coloniale ; Samantha Besson, enfin, retrace les origines de la logique propriétaire en droit international de l’espace et propose une réinstitution des communs pour faire venir une autre histoire.
Des réflexions stimulantes qui démontrent combien mobiliser l’histoire pour penser notre monde contemporain et ses bouleversements peut être fécond.

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mardi 1 avril 2025

Critique n°935 : Après Canguilhem. Nouveaux dialogues entre médecine et philosophie

 Minuit - Avril 2025


« Ôtez Canguilhem et vous ne comprenez plus grand-chose à toute une série de discussions. »

Par ces mots, Michel Foucault faisait de Georges Canguilhem l’invisible clef de voûte de la philosophie française. Pourtant, à son décès en 1995, l’austère historien des sciences ne nous avait légué qu’une œuvre bien circonscrite, consistant pour l’essentiel en cinq livres. Ce premier ensemble, où trônaient Le Normal et le Pathologique et La Connaissance de la vie, n’est plus que la pointe émergée d’un iceberg. Les Œuvres complètes de Canguilhem, dont le sixième volume paraît ce mois-ci, comptent désormais plusieurs milliers de pages. Renouvelé et enrichi, ce corpus modifie profondément l’image que nous nous formions de sa pensée. Trente ans après, l’œuvre de Canguilhem, plus vivante que jamais, ouvre de nouvelles pistes – à l’histoire des sciences biologiques et médicales, mais aussi à la philosophie tout court.

Sommaire 

Thierry HOQUET : (De quoi) Canguilhem fut-il philosophe ?

ENTRETIENS
Pierre-Olivier MÉTHOT : « Canguilhem pense avant Foucault que “tout est normé dans une culture” »

Élodie GIROUX : « Canguilhem peut servir de ressource pour appréhender une médecine extrêmement technicisée »

Marie GAILLE et Agathe CAMUS : En quête de matière étrangère. La philosophie de terrain à l’épreuve des maladies chroniques

Lucie LAPLANE : PhiLabo. La philosophie dans le laboratoire

VARIA
Frédéric KECK : Portrait de René Girard en Maître Renard

Francis WOLFF : Engel lecteur de Foucault. Pour une généalogie positive

Pierre VINCLAIR : L’infra-révolutionnaire


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Etienne Anheim et Paul Pasquali : Bourdieu et Panofsky. Essai d'archéologie intellectuelle, suivi de leur correspondance

 Minuit - Avril 2025


Ce livre raconte, à partir d’archives inédites, l’histoire de la rencontre entre deux figures emblématiques des sciences humaines du XXe siècle, Pierre Bourdieu (1930-2002) et Erwin Panofsky (1892-1968). Rien de commun, en apparence, entre le jeune sociologue français, œuvrant au milieu des années 1960 à la refondation de sa discipline dans un monde intellectuel dominé par le structuralisme, et le vieil historien d’art allemand reconnu internationalement, émigré aux États-Unis après avoir fui le nazisme. Et pourtant, c’est dans la collection « Le sens commun », dirigée par Bourdieu aux Éditions de Minuit, que paraît la première traduction française de Panofsky, Architecture gothique et pensée scolastique, au printemps 1967, en même temps que les Essais d’iconologie chez Gallimard.
L’édition d’Architecture gothique et pensée scolastique est minutieusement préparée par Bourdieu qui, fait unique dans sa carrière, réalise lui-même la traduction. Il y joint une longue postface qui deviendra célèbre : c’est là qu’apparaît sous sa plume la première théorisation du concept d’habitus.
En s’appuyant sur des sources multiples – dont la correspondance des deux savants reproduite en annexe –, cette enquête retrace pas à pas une aventure éditoriale et intellectuelle unique, moment clé dans la réception d’Erwin Panofsky, mais aussi dans la carrière d’un Pierre Bourdieu en pleine construction des outils qui lui permettront de s’imposer dans les décennies suivantes comme l’auteur d’une œuvre capitale.

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Nathalie Casemajor, Eve Lamoureux, Louis Jacob, William-J. Beauchemin (dir.) : Cohabiter. Imaginer les médiations culturelles au XXIe siècle

 Hermann - Avril 2025


Issu des travaux de l’Observatoire des médiations culturelles (OMEC), cet ouvrage propose de penser les médiations culturelles et leurs enjeux sociopolitiques à travers le prisme de la cohabitation. Ces enjeux concernent non seulement les pratiques professionnelles, mais aussi une diversité de formes d’expression, qu’elles soient artistiques, sociales, intellectuelles ou interculturelles. Comment les défis majeurs du xxie siècle nous poussent-ils à composer de nouvelles manières de cohabiter ? Quelles formes de mise en commun sont investies et produites à travers la cohabitation ? Comment les médiations culturelles contribuent-elles à la production d’espaces, de pratiques et d’imaginaires de la cohabitation ? Nous invitons à prendre en compte les dynamiques parfois conviviales et parfois antagonistes de la cohabitation, à examiner les potentiels et les limites des pratiques de médiation culturelle et à imaginer des formes de cohabitation à investir collectivement.

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Danielle Cohen-Levinas, Serge Margel : Entretiens sur la métaphysique. Jusqu au souffle coupé

 Hermann - Avril 2025


Dans cet ouvrage, deux philosophes conversent sur l’histoire de la métaphysique. Ils interrogent les grands axes qui la constituent, en rejouant des positions théoriques dominantes et convoquant différentes disciplines comme les sciences religieuses, la philosophie politique et les études littéraires.
Il pourrait paraître audacieux d’avancer un propos sur la métaphysique après son prétendu dépassement. Mais alors que son glas a cessé de sonner depuis bien longtemps, ces deux voix différenciées, qui se succèdent et s’enchevêtrent par le jeu du dialogue, inventent cette altérité nécessaire pour repenser la métaphysique et ses grandes problématiques — comme la temporalité, la conscience, l’esprit, les liens entre philosophe et littérature, ou encore la question du religieux qui revient sans cesse au-devant de la scène. Il n’y a pas de métaphysique sans une certaine altérité, disciplinaire, institutionnelle, historique. Ces deux voix inscrivent cette altérité au cœur de la métaphysique.

Danielle Cohen-Levinas est philosophe et musicologue, professeure à l’université Paris-Sorbonne, responsable du « Collège des études juives et de philosophie contemporaine – Centre Emmanuel Levinas », chercheuse associée aux Archives Husserl de l’ENS-CNRS de Paris et à la République des Savoirs (Collège de France-ENS et CNRS).
Serge Margel est philosophe et philologue. l enseigne les sciences bibliques et la langue hébraïque à l'université de Neuchâtel, et est chercheur au Fonds national suisse de la recherche scientifique. Il a publié plusieurs ouvrages aux éditions Hermann, dont Altérités de la littérature (2018) et La philosophe dans le miroir (2023).

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Jérôme Boutinaud (dir.) : Image du corps : quelles cliniques ? Du corps du patient au corps du clinicien

 In Press - Avril 2025


Quelles représentations avons-nous de notre corps ? Comment le percevons-nous ? Comment l’approche clinique peut-elle aider des patients en souffrance ?
S’appuyant sur leur expérience clinique et les apports théoriques, les auteurs mettent en perspective les modélisations sur les voies par lesquelles nous nous représentons notre corps et nous nous l’approprions.
Sont convoqués des concepts déjà bien connus (image du corps, schéma corporel…) qui sont questionnés pour en éprouver les lignes de force et les fragilités. Cet ouvrage s’attache
aussi à la singularité des vécus corporels dans le cadre de rencontres cliniques : thématique du genre, dyspraxie, problématique du virtuel, image du corps chez la personne âgée, chez le sujet présentant un polyhandicap…
Une place notoire sera aussi donnée à l’étude du « contre-transfert corporel », notion émergente et prometteuse permettant de dessiner une voie nouvelle pour comprendre les ressentis des cliniciens en séance, mais facilitant aussi une meilleure compréhension des problématiques des patients.
Le directeur d’ouvrage

Jérôme Boutinaud est psychomotricien, psychologue clinicien, MCU-HDR (Université de Paris Cité-Laboratoire PCPP, UR 4056).

Séverine Assouline, Rémi Bailly, Jean-Marc Baleyte, Jérôme Boutinaud, Laurent Branchard, Fabien Joly, Marie Loiret, Sylvain Missonnier, Gaëtan Munoz, Roland Obéji, Charlotte Paumel, Éric W. Pireyre, Catherine Potel, Michael Stora, Benoît Verdon, Xanthie Vlachopoulou.

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Didier Bottineau, Yves Macchi, Marine Poirier (dir.) : ChronosyntaxeS. Approches processives et dynamiques de la construction du sens

 Septentrion - Mai 2025


Ce recueil est le premier à organiser la rencontre entre plusieurs modèles théoriques développés indépendamment les uns des autres, mais tous centrés sur une même proposition originale : la prise en compte du facteur temps dans la construction du sens dans la syntaxe de plusieurs langues.
La phrase est généralement considérée par les grammairiens et les linguistes comme un agencement d'unités susceptible d’être modélisé spatialement, sous forme d’arbres ou de structures topo-syntaxiques. Cependant, du point de vue des sujets parlants, qui font l’expérience des énoncés lors de l’activité de parole et d’interprétation, une phrase se déroule dans le temps. La durée opérative qui s’écoule entre l’instant où elle commence et celui où elle s’achève est celle de la construction du sens. De ce point de vue, une syntaxe ne peut être que chrono-syntaxe.
Cet ouvrage réunit sous l’appellation « Les ChronosyntaxeS » plusieurs approches théoriques et descriptives impliquant le facteur temps en syntaxe, et confronte leurs complémentarités et divergences. Les différents chapitres s’intéressent aux protocoles de construction du sens de langues aussi diverses que le français, l’anglais, l’espagnol, le portugais, l’arabe, l’allemand, le guarani, le tahitien ou le breton.

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