dimanche 30 septembre 2018

David Doat et Franck Damour : Transhumanisme. Quel avenir pour l'humanité ?

Editions Le Cavalier Bleu - Septembre 2018 - Collection : Idées reçues grand angle


De ses débuts confidentiels dans la Californie des années 1990 à la profusion d’articles, de livres et de débats, le transhumanisme suscite rejets radicaux ou adhésions extrêmes, de F. Fukuyama le qualifiant d’« idée la plus dangereuse du monde » à ceux qui décrivent ses opposants en « chimpanzés du futur ». Car le transhumanisme, qui entend augmenter les capacités physiques et mentales de l’être humain, allonger considérablement sa durée de vie, n’est pas une simple confiance dans le progrès technologique. Il porte une utopie : le dépassement de la condition humaine. Étant donnée la place croissante qu’il occupe dans le débat public, une synthèse, accessible à tous et qui fasse le point sans parti pris, s’impose. De l’apparition de l’idée à sa structuration dans le temps, des figures fondatrices aux acteurs d’aujourd’hui, cet ouvrage présente les idées centrales de la pensée transhumaniste, les arguments pro- et anti-, pour permettre au lecteur de se forger son propre avis et prendre part au débat.

David Doat est docteur en philosophie, maître de conférences à ETHICS EA-7446 et titulaire de la chaire Éthique et Transhumanisme à l’Université Catholique de Lille. Franck Damour est agrégé d’histoire et chercheur associé à l’Université Catholique de Lille. Il co-dirige la revue Nunc.

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samedi 29 septembre 2018

Jacques-Louis Lantoine : Spinoza après Bourdieu. Politique des dispositions

 Editions de la Sorbonne - Septembre 2018 - Collection : La philosophie à l'œuvre


Le paradoxe fondamental qui vient à la fois constituer et mettre en péril la politique, c'est qu’il n’y a pas d’autorité des institutions et des lois sans le soutien au moins tacite et spontané de la multitude, multitude dont il s’agit en même temps de reconnaître qu’elle est composée d’individus et de groupes sociaux qui désirent n’en faire qu’à leur tête. Ce paradoxe est souvent dénié par les philosophies politiques qui se contentent d’invoquer une légitimité idéale pour justifier une obéissance en droit. Les concepts de disposition et d’habitus, tels qu’ils sont théorisés par Pierre Bourdieu, permettent de comprendre à même la pratique comment s’établit, de fait, la domination d’un ordre. Spinoza, tout en s’accordant sur des points fondamentaux avec le sociologue, insiste néanmoins sur la dimension passionnelle et donc inconstante des dispositions, et par là assume davantage encore le paradoxe. Un pouvoir n’est obéi que s’il sait se faire désirer, qu’il soit légitime ou non. C’est alors une conception de l’État et des institutions politiques tout à fait originale qu’élabore le Traité politique, où il s’agit moins de les fonder en légitimité que de les faire fonctionner malgré, et même par, les passions pourtant inconstantes et variées du vulgaire. Encore faut-il que cette domination s’exerce au profit de tous et de chacun : une Realpolitik, au sens de Pierre Bourdieu, est ainsi constituée par Spinoza, où le pouvoir n’est détenu par personne en particulier, mais dispose tous les citoyens à la concorde et à la paix, malgré eux mais, autant que possible, de bon gré.

Sommaire


Remerciements
Avertissement
Introduction
CHAPITRE I. L'INCORPORATION DE L’ORDRE ÉTABLI
Des citoyens automates
Dispositio ou habitus ?
Habitus ou ingenium ?
CHAPITRE II. DES AUTOMATES DÉGINGANDÉS
Des automates inconstants
Des automates semblables, mais variés
Habitus orchestrés, conatus désaccordés
CHAPITRE III. POUR UNE REALPOLITIK DE LA RAISON
Pouvoir symbolique et désir
L’État automate
Des institutions libératrices
Conclusion
Bibliographie
Index des noms
Index des notions


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vendredi 28 septembre 2018

Marie-des-Neiges Ruffo : Itinéraire d'un robot tueur

Le Pommier - Septembre 2018


Des drones aux robots tueurs, les machines vont-elles, à terme, remplacer les humains sur le champ de bataille ? Derrière cette interrogation qui pourrait sembler purement militaire se cache une question qui concerne notre société dans son ensemble. Quelle place réserver aux machines douées d'intelligence artificielle dans des domaines jusqu'alors réservés à notre espèce ? Sur quels critères juger du bien-fondé de leur présence ? Et jusqu'où l'accepter ? Entre droit, éthique et philosophie, un cas emblématique des enjeux liés au développement fulgurant des technologies.

Philosophe, Marie-des-Neiges Ruffo enseigne à l'université de Namur ainsi qu'à l'Institut catholique de Paris. Ses recherches portent sur l'éthique du renseignement et des nouvelles technologies.

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jeudi 27 septembre 2018

Slavoj Zizek : L'actualité du Manifeste du Parti communiste

Fayard - Octobre 2018


Faut-il ranger le Manifeste du parti communiste parmi les documents qui jettent un regard éclairant sur le passé, et rien de plus ? Dans un paradoxe proprement dialectique, même les impasses et les échecs du communisme du xxe siècle, clairement fondés sur les limites du Manifeste, témoignent de l’actualité de ce texte : la solution marxiste classique a échoué, mais le problème demeure. Le communisme, aujourd’hui, n’est pas le nom d’une solution mais celui d’un problème, celui des communs dans toutes leurs dimensions : les communs de la nature, menacés par la pollution et l’exploitation ; les communs biogénétiques – le transhumanisme devient une perspective réaliste ; nos communs culturels, au premier rang desquels le langage, nos outils de communication et d’éducation, mais aussi les infrastructures ; et, last but not least, les communs comme espace universel de l’humanité, un espace dont personne ne devrait être exclu.

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Gérard Wajcman : Les séries, le monde, la crise, les femmes

Verdier - Septembre 2018


La série n’est pas simplement un genre télévisé en vogue, c’est d’abord une forme. C’est du neuf esthétique, et on sait que les inventions de formes sont rares. Pour la décrire, il faut se lancer dans une anatomie comparative et la confronter à d’autres formes, au cinéma, évidemment, mais aussi à des formes plus anciennes, fondamentales dans notre civilisation : au mythe, au roman, aussi au tableau.
La question de la série se pose depuis toujours, dans la littérature, avec le feuilleton par exemple, ou dans l’art, avec les Nymphéas de Monet, la reproductibilité technique selon Walter Benjamin ou la collection, notamment.
Mais la forme-série n’est pas qu’un problème esthétique, et cette forme n’est pas seulement nouvelle, elle est profondément actuelle. La forme-série pourrait être le langage du monde comme il est : en crise. La série serait une forme de crise. Elle serait structurée comme le monde en crise, ou le monde serait lui-même structuré comme une série.
D’où l’interrogation qui anime le propos : de quoi la série est-elle la forme ? La série symptôme du monde comme il va, ou comme il ne va pas. Une forme témoin du malaise dans la civilisation. Cela conduit, pour finir, à la question de savoir pourquoi les femmes occupent le devant de la scène des séries.

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Pierre Caye et Florence Malhomme (dir.) : Quand l'art se dit et se pense. Les théories artistiques de l'Antiquité aux Lumières

Classiques Garnier - Août 2018 - coll. Rencontres


Ce recueil d’études montre combien l’art, de l’Antiquité aux Lumières, a réussi à se penser et se dire selon sa propre logique, et ainsi à se construire en discipline et en savoir, au point de jouer un rôle constitutif dans la genèse des nouvelles rationalités à partir de la Renaissance.

RESUMES

Sylvie Perceau, « Avant la théorie. Mimèsis, poièsis, ekphrasis dans la poésie homérique »

Les ekphraseis homériques illustrent la façon dont l’artiste archaïque conçoit sa création et obligent à reconsidérer la conception platonicienne du poiètès dépossédé de sa raison par un dieu ou pratiquant en magicien l’art de l’illusion. Il réalise des objets au destinataire unique dont la qualité exceptionnelle suscite l’admiration (thaûma). Artisan talentueux, il rend visible la tekhnè dans l’objet « bien achevé » qui vise non l’« illusion de vie », mais le plaisir esthésique (terpsis).

Leopoldo Iribarren, « Le bouclier d’Achille (Iliade, XVIII) comme objet théorique de l’Antiquité tardive au xviiie siècle. Entre la concordance des arts et leur différence spécifique »

Cette étude retrace l’histoire de la réception conjointe de deux textes : le bouclier d’Achille (Iliade, XVIII, 478-608) et l’aphorisme de Simonide qui dit « la peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante ». La thèse est que le couple formé par ces deux textes – considéré comme un objet théorique à part entière – a contribué à donner forme à la réflexion sur le rapport entre arts de la parole et arts visuels au cours de quinze siècles.

Giorgio IeranÒ, « Les arts figuratifs, d’après la tragédie grecque »

Cet article analyse les différentes façons dont les images des arts figuratifs sont envisagées dans les textes de la tragédie grecque, des références explicites aux peintures et aux sculptures à l’emploi des termes artistiques dans la poésie dramatique. Il étudie le lien entre le théâtre et les arts visuels, peinture et sculpture, à partir de la notion d’ópsis, en s’appuyant sur les réflexions philosophiques contemporaines, de Gorgias à Platon, sur le pouvoir des images artistiques.

Gabrièle Wersinger Taylor, « Aux sources de l’Art. Les concepts d’“art nouveau” et de “génie” dans l’élaboration de la théorie de la poièsis en Grèce ancienne »

Un examen du lexique grec ancien des notions de production, d’enfantement, de naissance, de genèse et de généalogie, d’invention et d’innovation (Homère, Hésiode, Les Hymnes homériques, le Papyrus de Derveni, Parménide, Empédocle, Platon, la tradition du prôtos heuretès, les néo-musiciens Timothée de Milet et Agathon) montre que l’assimilation de ces notions est surtout orphique et culmine avec la Kainè mousikê.

Giovanni Lombardo, « Les métaphores de la construction dans la poétique ancienne »

L’attention que les Anciens portaient à la technique et à l’habileté manuelle se traduit par l’usage de comparer les poèmes aux produits de la charpenterie et de l’art de bâtir. Cet article étudie les diverses métaphores engendrées par ce rapprochement, les analogies reliées à l’idée de kósmos en tant que construction harmonique, le rapport entre construction et illusion, en particulier chez Denys d’Halicarnasse dans sa théorie de la composition stylistique.

Frédérique Ildefonse, « Le feu artiste »

Cet article cherche à comprendre ce que l’expression stoïcienne de « feu artiste » (pûr tekhnikon), qui, chez Diogène Laërce (VII, 156), qualifie la nature (« la nature est un feu artisan qui avance méthodiquement en vue de la génération »), nous apprend, tant sur la tekhnè stoïcienne que sur les rapports entre nature et tekhnè et met en évidence que le feu artiste constitue un troisième terme entre l’immanence de la démiurgie naturelle et l’extériorité de la tekhnè par rapport à ses œuvres.

Émilie Séris, « De la gymnastique grecque à la théorie humaniste du nu »

En Grèce ancienne, le modèle du nu était l’athlète, incarnation de l’hygièia hippocratique, mais la médecine galénique a défini la santé et la beauté comme l’état médian entre l’eucrasie – la constitution excellente – et la maladie. La critique de la gymnastique a marqué les théories de l’art humaniste : si l’athlète antique demeure le modèle anatomique par excellence, le nu robuste, 395contraire à la grâce et à la délicatesse, est unanimement blâmé à la Renaissance, notamment dans les figures de Michel-Ange.

Pierre Caye, « Architecture et encyclopédisme. Du De architectura de Vitruve à l’Encyclopédie méthodique d’Architecture de Quatremère de Quincy »

Architectura est le nom antique de la technique, le paradigme qui rend raison de la conception et de la réalisation d’un grand nombre de machines diverses. Elle est pour Vitruve un savoir architectonique structurant une encyclopédie des savoirs théoriques et pratiques au service de la technique. L’article étudie la place de cet idéal dans la dernière grande synthèse vitruvienne de l’architecture, l’Encyclopédie méthodique d’Architecture (1788-1825) de Quatremère de Quincy.

Florence Malhomme, « La naissance de Terpsichore ou l’apologie de la danse nue »

Subordonnée à la Renaissance au quadrivium, la danse ne saurait se réduire à un exercice mathématique, mais requiert avant tout la beauté et la grâce du corps vivant. Elle s’avère en outre être sagesse : une danse nue qui, dépouillant l’homme de ses paroles et passions vaines, lui confère la joie du geste pur ; une sagesse du pied, qui est un art de la maîtrise de soi et de la tenue ; un art de la solitude enfin, qui enracine l’homme en lui-même, suspend son errance et le rend maître du temps.

Hélène Casanova-Robin, « Splendeur et magnificence de l’ornement dans l’œuvre de Giovanni Pontano. Entre jubilation esthétique et idéal éthique »

Si Giovanni Pontano n’est pas un théoricien de l’art, son œuvre est riche d’une réflexion sur l’esthétique, jamais dissociée d’un idéal éthique. L’ornement y est conçu comme un élément échappant à la nécessaire mesure qui doit régir l’esprit de l’homme de bien : il incite à l’élévation de l’âme et tend vers le sublime. L’étude prend appui sur les traités De magnificentia et De splendore et examine un extrait du De Hortis Hesperidum où se déploie une illustration poétique de cette réflexion.

Laurence Boulègue, « La puissance de l’image et la théorie de l’inspiration chez Jean-François Pic de la Mirandole »

Cet article analyse, du De imaginatione (1501) aux lettres De imitatione (1512-1513), la conception de l’imagination dans la théorie de la connaissance de Gianfrancesco Pico della Mirandola. Celle-ci prend naissance dans la révision de la psychologie péripatéticienne jusqu’à la critique de la mimèsis comme acte créateur. L’imagination se révèle une puissance d’une plasticité étonnante, embrassant les facultés de l’intellect, qu’elle surpasse. S’ouvre alors un nouvel espace créatif.

Valérie Naas, « Pline l’Ancien et les théories de l’art. La construction d’une auctorialité ? »

Après avoir rappelé comment s’est établi et a évolué le statut de Pline l’Ancien comme auteur sur l’histoire de l’art, l’article analyse l’existence et la nature d’une pensée plinienne sur l’art. Celle-ci est marquée par la perspective politique, idéologique et morale de l’Histoire naturelle. Longtemps considéré comme autorité sur les théories de l’art dans l’Antiquité, Pline s’avère l’auteur d’un discours personnel sur l’art, dans le cadre d’un stoïcisme romanisé et d’un impérialisme assumé.

Marcello Ciccuto, « Le Pline des humanistes entre récit et image »

Cet article décrit les diverses façons dont la réception de l’Histoire naturelle de Pline a évolué tout au long du xve siècle. En passant par la conception de la critique d’art de Pétrarque, l’inclusion de la peinture parmi les arts libéraux par Alberti, la diffusion du texte grâce au travail des humanistes napolitains en particulier, l’article étudie enfin les différentes versions illustrées de l’encyclopédie plinienne, qui contribuent à donner une forme moderne à la pensée artistique classique.

Emmanuelle Hénin, « La critique des anecdotes pliniennes »

Les anecdotes de Pline sur la peinture antique constituent le socle de la théorie artistique. À partir du xviie siècle, elles donnent lieu à une triple critique. La critique historique démythifie ces apologues en les passant au crible de la raison. La critique technique pointe la méconnaissance plinienne 397en matière de technique picturale, qui retire toute crédibilité à son propos. La critique anthropologique traite les anecdotes pliniennes comme des fables recélant des vérités cachées.

Baldine Saint Girons, « Aux origines de l’esthétique. Philosophie ou rhétorique ? »

Sans doute l’esthétique n’apparaît-elle à titre de vocable qu’au xviiie siècle ; mais on peut avec d’excellentes raisons parler d’esthétique antique du fait qu’un grand nombre de concepts-clés de l’esthétique ont été inventés par les Grecs et les Latins. Faut-il, cependant, chercher l’esthétique davantage du côté des Idées et des principes de la philosophie ou bien des catégories de la rhétorique ?

Pierre Caye, « Cosa mentale. Statut et fonction de la théorie en art »

Cette étude questionne, en guise de conclusion, le rôle de la théorie sur le développement des compétences artistiques et sur la logique même de la création de l’œuvre d’art. Elle insiste tout particulièrement sur le fait qu’au contraire de la philosophie de l’art, la théorie de l’art naît de la pratique et revient à la pratique : elle est l’expression même de la vie de l’art, à la fois dans son processus d’autoformation et dans ses actes de création. Elle est bien l’art lui-même qui se dit et qui se pense.

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Marcel Conche : Conversations avec Vauvenargues, Chamfort, La Bruyère et quelques autres

Encore marine - Septembre 2018



« Toute ma philosophie a sa source dans mon cœur » écrit Vauvenargues ; et Auguste Comte affirme « la prépondérance du cœur sur l’esprit » et entend instaurer le « règne du cœur ».
De là, ces Conversations avec Vauvenargues, Auguste Comte et d’autres auteurs, autour de la notion de cœur – comme ce qui dans l’homme est le plus sensible à autrui, à sa peine, à sa souffrance – et autour de tous les sentiments ou vertus qui ont leur racine dans le cœur, telles que la fidélité, la gratitude, la ferveur, la pitié, la générosité, l’admiration, mais aussi et surtout l’amitié et l’amour." M.C.

Marcel Conche, né en 1922 à Altillac (Corrèze), est agrégé de philosophie, docteur ès-lettres, professeur émérite à l'université de Paris-I, membre associé de l’académie d’Athènes. Ses principaux ouvrages sont les suivants : Orientations philosophiques (Encre marine), Présentation de ma philosophie (Editions HD), Présence de la nature (PUF), Penser encore (Encre marine). Il a également mené à bien des éditions critiques d’Épicure, Héraclite, Parménide et Anaximandre (PUF).

TABLE DES MATIÈRES

Préface

I. Vauvenargues
II. Chamfort
III. Auguste Comte : le « règne du cœur »
IV. Le naturalisme philosophique
V. L’explication du cœur
VI. La Bruyère
VII. Le cœur brisé
VIII. Le bonheur du vieil âge
IX. L’amitié dans le grand âge
X. La philosophie de la discrétion
XI. Automne
XII. La solitude et le bonheur
XIII. Les bons moments
XIV. Un besoin du cœur
XV. Les « intouchables ». Lettre de Françoise Dastur
XVI. L’espoir et l’espérance
XVII. L’âme araignée
XVIII. L’homme n’est-il que la série de ses actes ?
XIX. La faute et l’existence
XX. Parler d’amour

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Sens-Dessous 2018/2 (N° 22) : Rien

Edition de l'Association Paroles - Septembre 2018


Page 1 : Nadia Taïbi - Y a-t-il vraiment quelque chose plutôt que rien ? | Page 5 à 14 : Vincent Liegey, Nadia Taïbi - Décroissons ! | Page 15 à 19 : Nicolas Clément, Nadia Taïbi - Hommage aux gens « de rien » | Page 21 à 28 : Nadia Taïbi - Ne plus être né | Page 29 à 39 : Emmanuel Diet - Le Rien, la mort et l’Idéal | Page 41 à 49 : Anne Staquet - Quand l’athéisme devient jeu | Page 51 à 68 : Éric Lecerf - Un travail qui fait œuvre | Page 69 à 78 : Christophe Meignant - « Fondamentalement rien » | Page 79 à 88 : Marc de Launay - Le nihilisme nietzschéen | Page 89 à 99 : Francis Marcoin - Traîner avec André Dhôtel.

Nathalie Heinich : Ce que n’est pas l’identité

Gallimard - Septembre 2018 - Le débat


L'identité n'est ni une notion molle, signifiant tout et n'importe quoi ni, à l'opposé, une réalité substantielle qu'il suffirait d'observer. S'appuyant sur la compilation de nombreux travaux produits dans différents domaines (anthropologie, sociologie, psychologie sociale, psychanalyse, histoire), cet ouvrage de synthèse montre qu'il s'agit d'une expérience à la fois importante et dûment structurée, ainsi que d'une notion parfaitement utilisable. Mais il faut pour cela s'abstenir de réduire la question de l'identité à un camp politique, ou à la seule dimension de l'identité nationale, ou encore à une conception essentialiste et unidimensionnelle : ce pourquoi la meilleure façon de comprendre l'identité est d'en passer par ce qu'elle n'est pas. Au terme d'une telle analyse, la notion d'identité apparaît comme non seulement compréhensible mais utile, en tant qu'elle permet de mettre en évidence les conditions d'une cohérence de soi dans les différents régimes d'existence, du plus individuel au plus collectif.

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mercredi 26 septembre 2018

Steven Nadler : Un livre forgé en enfer. Le traité scandaleux de Spinoza et le début de l'ère laïque

H&O Editions - Septembre 2018



À sa parution en 1670, le Traité théologico-politique fut considéré par les autorités publiques et religieuses néerlandaises comme le livre le plus dangereux jamais publié. Des critiques parlèrent d’« abomination » et même d’« un livre forgé en enfer » par le diable en personne. Son auteur, un Juif excommunié d’Amsterdam, avait pour nom Baruch de Spinoza, et il est désormais reconnu comme l’un des philosophes européens les plus influents. Sa pensée a largement contribué à l’émergence des sociétés laïques et démocratiques occidentales telles que nous les connaissons aujourd’hui.
Steven Nadler, éminent spécialiste du philosophe, nous conte ici l’histoire fascinante de ce livre hors du commun, le contexte dans lequel il fut écrit et les réactions enflammées qu’il suscita. Dans son ouvrage, Spinoza osait en effet affirmer, entre autres hérésies, que la Bible est un assemblage de textes écrits à différentes époques par de multiples auteurs et non par Dieu lui-même, il dénonçait l’ingérence des Églises dans les affaires des États et militait pour la plus totale liberté d’expression, condition nécessaire selon lui à une véritable démocratie.
Au-delà des spécialistes, Un livre forgé en enfer passionnera tous ceux qui s’intéressent à l’évolution de la pensée humaine et à l’histoire des libertés publiques.
Préface de Frédéric Lenoir.

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Alain Badiou : L'immanence des vérités. L'être et l'événement, 3

Fayard - Septembre 2018 - Ouvertures


Le socle philosophique de l’œuvre multiforme d’Alain Badiou (théâtre, romans, essais esthétiques ou politiques, éloges, polémiques…) est déposé dans trois grands livres, qui constituent une sorte de saga métaphysique : L’être et l’événement (1988), Logiques des mondes (2006) et enfin L’Immanence des vérités, auquel il travaille depuis une quinzaine d’années.
Apres avoir étudié vérités et sujets du point de vue de la théorie de l’être, après avoir rendu raison de ce que cette universalité des vérités et de leurs sujets peut se plier aux règles de l’apparaître dans un monde particulier, ce troisième volume aborde une question redoutable : d’où peut se soutenir que les vérités sont absolues, c’est-à-dire non seulement opposées à toute interprétation empiriste, mais encore garanties contre toute construction transcendantale ? Qu’en est-il des vérités et des sujets, saisis, au-delà des formes structurales de leur être et des formes historico-existentielles de leur apparaître, dans l’irréversible absoluité de leur action et dans l’infini destin de leur œuvre finie ? Et que faut-il entendre par l’absoluité du vrai, puisque les dieux sont morts ?

Il s’est agi, au fond, d’un bout à l’autre, de construire pour notre temps une pensée complète, tirée, comme le firent Platon, Descartes ou Hegel, de matériaux rationnels contemporains, mathématiques, poétiques, amoureux et politiques. Il s’est agi de la vraie vie : nous sommes capables, dans la forme d’une œuvre, individuelle ou collective, dans les quatre registres que fréquente l’animal humain survolté, de processus créateurs où se conjuguent dialectiquement la singularité, l’universalité et l’absoluité. Depuis sa naissance, la tâche de la philosophie ne tient qu’à ceci : créer, dans les conditions de son temps, le savoir de la possibilité existentielle du vrai.

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mardi 25 septembre 2018

Ninon Grangé : L'urgence et l'effroi. L'état d'exception, la guerre et les temps politiques

ENS - Septembre 2018 - La Croisée des chemins


Ninon Grangé aborde l'état d’exception sous l’angle philosophique. L’ouvrage se consacre à une analyse diachronique en se référant à des textes d’histoire du droit et aux généalogies qui ont pu être proposées, et à une analyse synchronique qui s’appuie sur des sources philosophiques, sociologiques et politistes. La réduction et la suppression des libertés ne sont que la partie émergée de l’état d’exception tel qu’il a été récemment mis en place dans différents pays. Dans son appréhension philosophique, il révèle des aspects du politique qui, dans le temps ordinaire que l’on croit linéaire, sont invisibles.
L’ouvrage dessine une trame historique qui ramène l’état d’exception à son origine, l’état de siège qui, étonnamment, ne distingue plus guerre civile et guerre extérieure. Grâce à cet indice d’une ambivalence imprégnant d’emblée l’état d’exception, sont analysées différentes instrumentalisations : l’amalgame avec la guerre civile, l’idée de dictature, le non-droit. Ce livre se propose de montrer que le politique est toujours une manière d’imposer une temporalité contre d’autres temporalités, à la fois dévoilées et recouvertes par l’état d’exception.

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lundi 24 septembre 2018

P. Audegean et L. Delia (dir.) : Le Moment Beccaria. Naissance du droit pénal moderne (1764-1810)

Voltaire Foundation - Septembre 2018 - Oxford University Studies in the Enlightenment


Le droit pénal moderne est né d’un livre et de ses interprétations, des idées de Cesare Beccaria et des débats qu’elles ont provoqués. Ces deux sources se sont croisées et ne peuvent se comprendre l’une sans l’autre: c’est à la découverte de ces croisements, des approfondissements, des déplacements, des dilemmes et des avancées qu’ils ont également engendrés, que le présent volume souhaite inviter ses lecteurs.
Un livre qui ouvre de nouvelles perspectives sur les origines intellectuelles du droit pénal moderne.

Table des matières

Philippe Audegean et Luigi Delia, Introduction: les deux sources de la modernité pénale

I. Enthousiasmes et condamnations
Ethel Groffier, Voltaire vulgarisateur de Beccaria
Alberto Bondolfi, Beccaria et la religion: la réaction de facchinei et du saint-office

II. Pourquoi punir?
Christophe Béal, Beccaria et le réformisme pénal en Angleterre (1764-1790)
Pietro Costa, ‘Un sentiment d’humanité affecté’: Kant critique de Beccaria
Luigi Delia, ‘Ramener le coupable à la vertu’: la philanthropie pénale de Charles-Louis-Fleury Panckoucke

III. Réformer la procédure pénale
Annamaria Monti, Réformer l’arbitraire judiciaire: un débat complexe à la croisée des savoirs
Emmanuelle de Champs, Réforme juridique, réforme politique: le jury populaire chez Beccaria, Condorcet et Bentham
Wolfgang Rother, Un aspect des discussions beccariennes en Allemagne: la psychologie criminelle de Johann Christian Gottlieb Schaumann

IV. Comment punir?
Dario Ippolito, ‘Pour qu’une peine ne soit pas une violence...’: formes et modalités des sanctions pénales dans la philosophie des Lumières
Norbert Campagna, Sonnenfels, Beccaria et la peine de mort
Francesco Berti, Un ‘beccarien’ avant la lettre? La philosophie pénale de Tommaso Natale

Annexe: le moment Beccaria dans les Etats italiens (1765-1806)
Résumés
Références et compléments bibliographiques
Index des noms

Spécialiste de la pensée pénale des Lumières, Philippe Audegean est professeur de philosophie à l’université de Nice. Il a publié en 2009 une traduction commentée des Délits et des peines de Beccaria, puis en 2010 une étude sur toute l’œuvre de cet auteur (La Philosophie de Beccaria).

Lauréat du FNS, Luigi Delia est enseignant-chercheur post-doc à l’Université de Genève. Directeur du programme « Lumières juridiques » au Collège international de philosophie de Paris, il s’intéresse à l’histoire de la philosophie moderne et à la philosophie pénale. Il a publié Droit et philosophie à la lumière de l’Encyclopédie (Oxford, 2015).

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Michel Surya : Défense d'écrire. Entretiens

Encore marine - Septembre 2018


Trente années de travail, à peu près trente livres (récits, romans, essais), ici pensés à deux voix, Michel Surya répondant aux interrogations exigeantes de Mathilde Girard. Comment s’engage-t-on à écrire, ou dans l’écriture ? Revenant d’où (enfance, formation), allant où (rencontres, livres, vies) ? S’opposant à qui et à quoi (à la glu des origines, à la violence des choses et du monde ; à soi, aussi bien) ? Fort de quelles affirmations folles et fragiles, comme tenues au-dessus du vide ? Accompagné de quelles amitiés intellectuelles, qui les inspirent et les secondent ? En somme : qu’est-ce qu’écrire encore et comment et pourquoi, quand écrire est tout ce qu’il reste ?
Le titre : Défense d’écrire ne dit pas ce qu’il semble dire, qui joue de l’ambivalence d’un mot. Qui dit tout le contraire d’une invitation à interdire. Qui forme l’affirmation d’une liberté sans condition. Parce que c’est de la littérature qu’est venue toute liberté, c’est de la littérature que toute liberté dépend.

Michel Surya est, entre autres, l’auteur de Georges Bataille, La mort à l’œuvre (Gallimard) et L’Éternel retour (Lignes/ éditions Léo Scheer). Derniers titres parus : L’Autre Blanchot (Tel/Gallimard, 2015), Capitalisme et djihadisme (Lignes, 2016) et Le Mort-né (Al dante, 2016). En 1987, il fonde la revue Lignes, qu’il dirige depuis ; il anime une collection du même nom.

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dimanche 23 septembre 2018

Michel Dufour : Manuel d'argumentation

Armand Colin - Septembre 2018


L'argumentation est au cœur des activités sociales : nous argumentons dès que nous cherchons à justifier ou à critiquer un avis, une idée, ou un point de vue. C’est pourquoi l’argumentation accompagne, et peut-être conditionne, la vie démocratique.
Ce livre vise à développer le sens critique des étudiants par l'apprentissage concret du défrichage des arguments. Il met en relief ce qui est solidaire et cohérent dans un discours, mais aussi de ce qui est gratuit et repose sur des effets de manche.

Michel Dufour, docteur-ingénieur, ancien chercheur au CEA, docteur en philosophie des universités de Grenoble-Alpes et Toronto, est actuellement directeur- adjoint du laboratoire « Communication, Information, Médias » (CIM) de l’Université Sorbonne-Nouvelle où il enseigne à l’Institut de la Communication et des Médias.

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Allan Bloom : L' Amour et l'Amitié

Les Belles Lettres - Septembre 2018 - Le goût des idées


Ce grand livre posthume d’Allan Bloom part d’un constat anxieux : le lien humain se défait. Non par l’effet de quelque fatalité extérieure, mais simplement parce que nous le voulons ainsi : nous nous voulons de plus en plus des « individus libres et authentiques », eh bien, nous avons ce que vous voulons, nous avons, au lieu de l’amour ou de l’amitié, des « relations sexuelles » ou des « relations amicales ».
Alors le projet d’Allan Bloom est de retrouver la complexité, les triomphes et les échecs – bref, la vérité – du lien humain, amoureux et amical. Comment ? En lui redonnant la parole, par une exploration merveilleusement ample et libre des grandes œuvres de notre culture, où l’amour et l’amitié ont trouvé leurs expressions les plus splendides, les plus convaincantes – ou les plus troublantes.
Rousseau, Shakespeare et Platon sont les trois grandes étapes de cette redécouverte où il nous est finalement montré comment, et en quel sens, la recherche commune et l’amour de la « sagesse » peuvent constituer la plus haute possibilité de l’âme et former le lien humain le plus fort parce que le plus véridique. 

Allan Bloom (1930-1992), philosophe, élève de Leo Strauss, fervent défenseur des textes classiques, fut très critique du système universitaire américain qu’il quitta en 1970 pour aller enseigner à l’étranger. Traducteur de Platon et de Rousseau, il a publié différents essais, le plus célèbre étant L’Âme désarmée.

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samedi 22 septembre 2018

Karl Marx : Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel (édition et traduction nouvelles)

Les Editions sociales - Septembre 2018 - Collection : Grande édition Marx et Engels


Edition et traduction nouvelles.

Alors qu’il séjourne entre mai et octobre 1843 dans la petite ville de Kreuznach, Marx s’attèle à l’élaboration d’une critique de la philosophie du droit de Hegel, dont la pensée constitue alors l’horizon philosophique des jeunes penseurs critiques allemands. Ce travail prend la forme d’un commentaire ligne à ligne des paragraphes 261 à 313 des Principes de la philosophie du droit consacrés à la constitution interne de l’État.
Marx laisse finalement ce travail inachevé sous la forme d’un manuscrit. C’est ce texte que nous publions aujourd’hui dans une nouvelle traduction qui, pour la première fois en France, s’appuie sur l’édition critique allemande la plus récente, et tente de faire apparaître le manuscrit de Kreuznach comme ce qu’il est : un brouillon qui est aussi un véritable laboratoire de la pensée de Marx en train de se construire et de se préciser au contact du texte de son maître.
Une introduction, un plan détaillé du texte, un appareil de notes, un glossaire et un choix de textes complémentaires, dont les paragraphes de Hegel commentés, permettent de replacer ce texte étonnant dans le cheminement de pensée de Marx, et en particulier dans le débat qu’il n’a jamais cessé d’entretenir avec la pensée de Hegel.

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vendredi 21 septembre 2018

Jean-François Braunstein : La philosophie devenue folle. Le genre, l'animal, la mort

Grasset - Septembre 2018


Trois débats nous obsèdent : autour du genre, des droits de l’animal, de l’euthanasie. Et trois disciplines politiquement correctes traitent désormais de ces questions dans le monde universitaire : gender studies, animal studies, bioéthique. 
Cependant, lorsqu’on lit les textes des fondateurs de ces disciplines, John Money, Judith Butler, Peter Singer, Donna Haraway et quelques autres, on s’aperçoit que, derrière les bons sentiments affichés, se font jour des conséquences absurdes sinon abjectes. 
Si le genre n’est pas lié au sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l’infini ? S’il n’y a pas de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas faire des expériences scientifiques sur les comateux plutôt que sur les animaux ? Pourquoi ne pas avoir de relations sexuelles avec son chien ? S’il est des vies dignes d’être vécues et d’autres qui ne le sont pas, pourquoi ne pas liquider les « infirmes », y compris les enfants « défectueux » ? Pourquoi ne pas nationaliser les organes des quasi-morts au profit d’humains plus prometteurs ?
Jean-François Braunstein a mené un travail considérable et novateur : il a lu les milliers de pages de ces penseurs célébrés dans le monde occidental ; il revient sur leurs idées, leurs contradictions, leur parcours personnel ; il analyse, souligne, contredit, déconstruit. L’erreur consiste à vouloir « effacer les limites » : entre les sexes, entre les animaux et les humains, entre les vivants et les morts. Il convient, au contraire, d’affronter ces limites qui nous constituent. Oui, parfois la philosophie devient folle, quand elle oublie l’homme.

Jean-François Braunstein est professeur de philosophie contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il y enseigne l’histoire des sciences et la philosophie de la médecine ainsi que l’éthique médicale. Il a notamment publié Canguilhem, histoire des sciences et politique du vivant ; L’histoire des sciences. Méthodes, styles et controverses et La philosophie de la médecine d’Auguste Comte. Vierge Mère, vaches folles et morts vivants (PUF).

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Barbara Stiegler et Christophe Bouton (dir.) : L’expérience du passé. Histoire, philosophie, politique

Editions de l'éclat - Septembre 2018


Que signifie l’idée qu’il y aurait des « leçons de l’histoire » et quelle serait leur pertinence aujourd’hui, à l’aune de ses plus récents et tragiques « bégaiements » ? Cet ouvrage interdisciplinaire, qui fait suite au volume Penser ­l’histoire (sous la direction de Christophe Bouton et Bruce Bégout, L’éclat, 2011), réunit des historiens et des philosophes, interrogeant l’expérience du passé, au double sens d’un enseignement qu’on peut en recevoir et des diverses manières dont celui-ci est vécu et affecte le moment présent. De Salluste à Derrida, de « l’histoire maîtresse de vie » chère à Koselleck, à l’« actualité du passé » et au projet d’une « histoire à rebrousse-poil » telle que l’a définie Walter Benjamin, ce volume propose une enquête sur le temps long qui aboutit à une conception du passé comme « spectre » venant hanter notre présent, mais qu’il convient de regarder « avec les yeux chargés du désir de la politique », si l’on veut en tirer des leçons pour l’avenir.

Christophe Bouton est professeur à l’Université Bordeaux. Il a publié de nombreux ouvrage sur les questions de philosophie de l'histoire, dont (avec Bruce Bégout) : Penser l'histoire. De Karl Marx aux siècles des catastrophes, L'éclat, 2011 ou Faire l'histoire. De la Révolution française au Printemps arabe, Cerf, 2013. Barbara Stiegler est professeure à l’Université Bordeaux. Spécialiste de Nietzsche, elle a publié notamment: Nietzsche et la critique de la chair, Puf, 2005, rééd. 2011.

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Virginie Maris : La part sauvage du monde. Penser la nature dans l'Anthropocène

Le Seuil - Septembre 2018


En déclarant la mort de la nature, nombreux sont ceux qui voient dans l'Anthropocène l'opportunité de prendre enfin les commandes d'un système-terre entièrement modelé par les humains.
À rebours de cet appel au pilotage global, Virginie Maris réhabilite l'idée de nature et défend la préservation du monde sauvage. Elle revisite pour cela les attributs de la nature que les fantasmes prométhéens du contrôle total s'appliquent à nier : son extériorité, en repensant la frontière entre nature et culture ; son altérité, en reconnaissant la façon dont les non-humains constituent leurs mondes tout comme nous constituons le nôtre ; et enfin son autonomie, en se donnant les moyens de respecter et de valoriser ces mondes multiples.
L'auteure invite à remettre au cœur de la réflexion sur la crise environnementale la nécessité de limiter l'emprise humaine sur la planète, en redonnant toute sa place au respect de cette nature indocile qui peuple nos paysages, nos imaginaires, et qui constitue finalement l'autre face de notre humanité.

Virginie Maris est philosophe de l'environnement au CNRS. Elle travaille au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) à Montpellier. Ses travaux portent sur la biodiversité, les sciences de la conservation, les valeurs de la nature ou encore les rapports entre écologie et économie. Elle est l'auteure de Philosophie de la biodiversité. Petite éthique pour une nature en péril (Buchet-Chastel, 2010) ainsi que de Nature à vendre. Les limites des services écosystémiques (Quæ, 2014).

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jeudi 20 septembre 2018

Laurent Muller : Jean-Marie Guyau ou l'éthique sans modèle

Presses Universitaires du Septentrion - Septembre 2018


La morale s'est presque toujours référée à l’idée d’obligation, de sanction et de modèle. Penseur critique de l’évolution, Guyau propose de repenser la morale à l’aune de l’exigence vitale : bien comprise, la puissance anomique de la vie engendre une diversité heureuse des formes de l’obligation.
La philosophie morale y est exposée de manière critique sous la forme d’un antagonisme historique qui traverse les âges : idéalisme versus naturalisme. Le déclin des absolus et la loi de la sélection naturelle qui en résultent semblent nier la possibilité de la morale. Mais Guyau entend surmonter ces difficultés en élargissant l’évolutionnisme, afin d’inclure ce qu’il semblait d’abord nier : la générosité de la vie, inventive jusqu’à la poésie métaphysique. En découle une condamnation sans appel du devoir homogène et de la sanction morale – mais aussi la promotion d’une éducation qui fait de l’expansion de la vie l’idéal immanent d’une éthique résolument plurielle, esquissée et sans modèle.


Introduction
Une existence fulgurante et bien peu connue
Une œuvre sans héritiers
Fil directeur

Première partie :
comprendre les systèmes philosophiques passés

Chapitre I. Le commentaire philosophique comme embryogénie
L'exposition des systèmes
La critique des systèmes
Art et science du commentaire
Une philosophie de l’évolution

Chapitre II. Structure antagonique de l’histoire de la philosophie morale
Suivre les idées maîtresses

Deuxième partie :
l’obligation dans l’optique de la vie

Chapitre III. L’hypothèse métaphysique et l’avenir de la morale
Exposition critique du dogmatisme métaphysique
Par-delà le dogmatisme : deux hypothèses métaphysiques possibles

Chapitre IV. L’obligation naturalisée : l’éthique ouverte de l’anomie
Renouveler et radicaliser le naturalisme
Les équivalents naturalisés du devoir

Chapitre V. L’immoralité de la sanction
La sanction naturelle
La sanction morale
Genèse de la croyance à la moralité de la sanction
La sanction intérieure ou remords
La sanction religieuse et métaphysique

Chapitre VI. L’éducation morale : mordre sur l’avenir
Reproches et reprises
Principes de l’éducation morale
La suggestion comme éducation de l’instinct 

Conclusion
Appendice : Guyau, penseur du politique ?

Bibliographie
Œuvres de Jean-Marie Guyau
Études sur Guyau
Ouvrages d’intérêt général.


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mardi 18 septembre 2018

Patrice Guillamaud : La renonciation ou la vie de la pensée

Kimé - Septembre 2018


La pensée n’est pas une abstraction. Elle est au contraire une réalité concrète et cette réalité est un vécu, mais un vécu qui n’a rien à voir avec celui de l’intériorité affective.
C’est ainsi sous le titre de la vie de la pensée que s’annonce ce livre. Ce dernier est plus exactement une étude des essences fondamentales de la pensée. Ces essences sont d’abord la conjonction paradoxale entre l’aspiration à l’absolu et le renoncement à ce même absolu. C’est ici ce que l’auteur appelle la renonciation comme processus de relativisation, laquelle est paradoxalement un accomplissement. L’étude montre ensuite que cette vie de la pensée est l’enchaînement ordonné des trois essences de l’aspiration, de l’action déterminatrice et relativisatrice et de l’accomplissement ultimement relativisateur.
Cette étude a notamment l’utilité de proposer une interprétation de l’histoire de la philosophie. Cette dernière serait en effet l’incarnation diversement ordonnée de trois ontologies, à savoir de trois pensées de l’êtres irréductibles les unes aux autres mais s’annonçant dans la logique vitale d’une seule réalité.

Patrice Guillamaud enseigne la philosophie en classes préparatoires. Il est notamment l’auteur, aux éditions Kimé, de L’Essence de la renonciation (2013). Son dernier livre, aux mêmes éditions Kimé, est Le Sens de l’Islam (2017).

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Emmanuel Falque : "Ça" n'a rien à voir. Lire Freud en philosophe

Cerf - Septembre 2018


La confrontation entre philosophie et psychanalyse a connu de beaux jours. Mais après les grands débats avec P. Ricoeur, M. Merleau- Ponty, J. Derrida, G. Deleuze ou M. Henry, ce dialogue semble aujourd’hui rompu. Il fallait donc de nouveau franchir le Rubicon. Peut-être la philosophie contemporaine souffre-t-elle d’un « excès de sens », qu’il s’agisse de signification ou d’interprétation, et que la psychanalyse ait sur ce point matière à interroger ?
Dire «Ça n’a rien à voir» n’indique pas qu’entre philosophie et psychanalyse il n’y ait pas de rapports, bien au contraire. « Ça n’a rien à voir » veut plutôt signifier que le « Ça » ne se voit pas – parce que précisément il ne se donne jamais à voir comme « phénomène ». Oser «Lire Freud en philosophe», c’est ainsi conduire la pensée vers des rives insoupçonnées, en une lecture de la psychanalyse ici renouvelée.

Doyen honoraire de la Faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris, Emmanuel Falque est philosophe et phénoménologue. Il est l’auteur de nombreux ouvrages publiés en France et traduits à l’étranger, en particulier aux États-Unis. Derniers livres : Le Combat amoureux (2014), Parcours d’embûches (2016), Le livre de l’expérience (2017).

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lundi 17 septembre 2018

Blandine Kriegel : Spinoza. L'autre voie

Cerf - Septembre 2018


Longtemps, Spinoza a été considéré comme marginal, archaïque, et même « médiéval ». Sa philosophie est, en effet, étrangère à la voie moderne principale portée par Descartes, Kant, Hegel, celle de la philosophie du sujet et de l’esprit qui a exalté le « je pense » et valorisé la volonté. Un sujet bientôt élargi à des identités collectives et démiurgiques – le peuple, la classe, quelquefois la race – pour promouvoir avec la volonté de puissance « le maître et possesseur de la nature ».
Ce n’est pas d’aujourd’hui que ce parcours subjectiviste, qui aboutit à « Dieu est mort » et à une vie humaine « par-delà le bien et le mal », a suscité dans la montée du nihilisme la crise de la modernité.
Mais maintenant, astrophysiciens, psychanalystes et neurophysiologistes, précédant ou accompagnant les philosophes en France et dans le monde, ainsi que la jeune génération, se sont mis à lire Spinoza. Et si, à côté du logiciel classique d’analyse de la modernité, sa philosophie dessinait une autre voie, plus juste, plus actuelle, plus proche de nos interrogations ? Quelle est donc cette philosophie ? Que nous apprend-elle sur la démocratie, la puissance de l’homme et de la nature ? À travers sa formation et sa biographie, sa philosophie politique, sa conception de Dieu, de la nature humaine et de ses affects, des chemins de la servitude et de la liberté, et sa conception de la nature, c’est cette autre voie alternative que dégage ici Blandine Kriegel.

Professeur des Universités, Blandine Kriegel a consacré l’essentiel de ses travaux à la philosophie politique moderne et à la généalogie de la république démocratique. Ils lui ont valu une reconnaissance internationale. Son dernier libre, La République et le Prince moderne (2011) a reçu le prix « Philippe de Marnix de Saint-Aldegonde ».

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Dionys Mascolo : Le Communisme. Révolution et communication ou la dialectique des valeurs et des besoins

Lignes - Septembre 2018


L’une des œuvres maîtresses de la critique communiste, écrite au sortir du parti par celui qui, associé à Blanchot, Antelme et Duras, mènera de 1955 à 1970 les actions intellectuelles-politiques les plus marquantes (le « Manifeste des 121 », entre autres). Publié en 1953 chez Gallimard, « Le Communisme » n’a jamais été réimprimé, et est introuvable depuis.

Postface de Michel Surya

C’est en 1953 que paraît Le Communisme de Dionys Mascolo, livre considérable par son ambition autant que par son ampleur. Le premier, en France, de cette ampleur, a montrer l’ambition de repenser le communisme d’un point de vue non-communiste, c’est-à-dire extérieur au parti, dont Mascolo a été exclu en 1950, en même temps que Antelme et Duras, ses amis, qui n’y auront appartenu que les quelques années de l’immédiat après-guerre.

De quel « communisme » ce livre parle-t-il ? Pour dire vite, ou simplement, on proposera, au choix : un communisme surréaliste (surréalisant) ; un communisme littéraire ou, enfin, un communisme de pensée, libertaire, lesquels s’inspirent de Breton et de Bataille (pour une fois associés) et inspireront grandement Blanchot quand les deux hommes se rencontreront cinq ans plus tard, et se lieront très étroitement, autour de la revue Le 14 juillet, s’opposant à la prise du pouvoir par de Gaulle en 1958, puis autour de la « Déclaration sur le droit à l’insoumission » dans la guerre d’Algérie (dite « Manifeste des 121 »), dont il est l’initiateur, et, avec Blanchot, le rédacteur. En mai 68 enfin.

Début des années 1950 : Sartre s’irrite que le marxisme théorique soit laissé en friche ; il s’irrite aussi que puissent suffire en guise de théorie marxiste, les rodomontades dont les Kanapa, Besse, Garaudy (« intellectuels » du parti) s’étaient fait une spécialité ; il s’irrite enfin que la droite intellectuelle relève la tête à un moment où s’éloignent (Camus, Merleau-Ponty, etc.) ceux qui l’avaient jusque-là soutenu dans la tentative vraisemblablement vaine de proposer une alternative à la Guerre froide (une « troisième voie », entre autres avec David Rousset).

C’est ainsi qu’il est possible de faire entrer ce livre dans cette histoire, à laquelle il n’appartient pourtant que de biais. Ce « biais » est intéressant parce que celui-ci, quoiqu’il vienne de nulle part et se tienne à une distance indécidable de ce qui est en jeu d’un côté comme de l’autre, représente exactement ce à quoi la pensée du communisme devait pouvoir donner naissance, ce qui devait pouvoir être attendu d’une telle pensée dès l’instant qu’elle ne se fût pas elle-même sclérosée.

En effet, si Mascolo cite dans son livre des écrivains et des intellectuels selon lui « communistes », c’est pour citer des écrivains et des intellectuels (Bataille, Blanchot, Queneau, Leiris…) qui ne le sont ni selon les critères communistes, ni selon des critères auxquels eux-mêmes étaient prêts à consentir ; s’il produit un énoncé visant à définir ce qu’est un écrivain ou un intellectuel communiste, selon lui, c’est de telle sorte cependant qu’aucun de ceux qui se prétendent communistes le puissent encore sans ridicule ; mais de telle sorte, en même temps, que nul ne puisse se prétendre intellectuel et non communiste (cette phrase de Mascolo a beaucoup été reprise, et sans doute méritait-elle de l’être : « Il n’y a pas d’intellectuels communistes. Mais il n’y a pas d’intellectuel non communiste possible ») ; s’il parle de lutte des classes, comme il se doit dans un tel livre portant un tel titre, c’est pas pour parler aussi et pas moins que d’elle : de l’ennui, de la bêtise et de la honte (à commencer par la bêtise et la honte qui sont ou ont été les siennes, dont l’expérience n’est pas ni ne fut pas pour lui moins déterminante d’un point de vue communiste).

Ce livre est inclassable, ce n’est pas douteux, qui ne demandait pas à l’être. D’ailleurs, un communisme abondant, prolixe, généreux, etc., bref, un communisme à l’état naissant, encore marxiste, n’eût sans doute pas éprouvé le besoin de le classer. Moins encore celui de le craindre. Il eût constitué une pierre de plus à un édifice à la fois précis et vague, austère et fantaisiste, indéfini et limité, universel et intime, violent et rêveur, chargé d’angoisse et heureux. Empêchant qu’on puisse dire si le communisme est une révolte ou une révolution ; si l’insurrection lui suffit ou si elle n’en est qu’un moyen ; s’il est un ordre ou un désordre, une fête ou une contrition, une volupté ou un puritanisme. De tous les livres susceptibles de plaider en la faveur de la vitalité d’un communisme imaginaire, celui-ci est le plus remarquable. Il continue de tracer ce sillon que le surréalisme n’a pas cessé de tracer secrètement au cœur du stalinisme, mais un surréalisme qui n’eût pas craint de reprendre au communisme stalinisé un bien qui ne lui eût pas moins appartenu, et qu’auraient tout aussi bien pu désirer reprendre d’autres anciens surréalistes entre-temps stalinisés (Aragon, Eluard, Tzara, Vailland, Sadoul, etc.). La possibilité existait encore qu’un « communisme surréaliste » damât le pion au communisme stalinien (mai 1968 dira quinze ans plus tard ce qu’il pourrait être d’un tel communisme qui hériterait de la Commune, de Rimbaud et du surréalisme autant que de Marx et de Lénine). En langue stalinienne, on aurait dit alors, si on y était resté disposé, un communisme « français », au sens où Thorez avait, après la guerre, appelé à l’existence d’une « voie française » vers le socialisme, après la guerre c’est-à-dire quelques années avant seulement, que la glaciation de la Guerre froide ne figeât la situation politique et théorique (et l’on rappellera que cette « voie française » vers le socialisme voulait encore faire la part belle au socialisme utopique, au surréalisme).

Mascolo aura donc été le premier après la guerre, on l’oublie, trop et facilement. D’autant plus facilement que si Les Aventures de la dialectique de Merleau-Ponty, ou si L’Opium des intellectuels de Raymond Aron sont disponibles, il y a plusieurs décennies que Le Communisme de Dionys Mascolo ne l’est plus, qui n’a jamais été réédité ni même, sans doute, réimprimé.

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