jeudi 31 mai 2018

Philippe Desan (dir.) : Les usages philosophiques de Montaigne du XVIe au XXIe siècle

Hermann - Mai 2018


Dans un célèbre ajout manuscrit de l’Exemplaire de Bordeaux des Essais, et alors qu’il a abandonné toute ambition publique, Montaigne déclare sans appel : « Je ne suis pas philosophe ». À la même époque, il se présente pourtant comme un nouveau philosophe, voire comme un dissident dans l’histoire de la philosophie : « Nouvelle figure : un philosophe impremedité et fortuite ! » Qui croire entre ces deux Montaigne ? Cette hésitation est symptomatique d’une postérité philosophique tourmentée. Tantôt considéré comme un philosophe à part entière – précurseur sans égal de la modernité –, tantôt comme un penseur désorganisé, voire incohérent, Montaigne connut une réception qui fut loin d’être un long fleuve tranquille. Ce présent volume a précisément pour but de retracer les « usages philosophiques » de Montaigne à travers les siècles.

Philippe Desan est professeur de littérature française et d’histoire culturelle à l’université de Chicago. Il est notamment l’auteur de Montaigne. Les formes du monde et de l’esprit (2008) et Montaigne. Une biographie politique (2014). Il dirige la revue Montaigne Studies et a reçu en 2015 un Grand Prix de l’Académie française pour ses travaux sur Montaigne.

Contributeurs :

Jocelyn BENOIST, Christian CAVAILLÉ, Philippe DESAN, Jean-François DUPEYRON, Markus ECKL, Emiliano FERRARI, Véronique FERRER, Biancamaria FONTANA, Martin GESSMANN, Sylvia GIOCANTI, Bernard GITTLER, Thierry GONTIER, Denis KAMBOUCHNER, Christophe LITWIN, Joan Luis LLINÀAS BEGON, Francine MARKOVITS PESSEL, José Maia NETO, Andrea ORSUCCI, Gianni PAGANINI, Nichola PANICHI, Marie-Frédérique PELLEGRIN, Renzo RAGGHIANTI, Bernard SÈVE, Paolo SLONGO

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Alexis Anne-Braun : Le Monde en projets. Une lecture de la théorie des symboles de Nelson Goodman

PU Paris-Sorbonne - Mai 2018 - Collection : Philosophies


Qu’est-ce qu’une image réaliste ?
Qu’est-ce qu’une prédiction valide ?
Pourquoi existe-t-il de bons et de mauvais échantillons d’un motif de tissu ?

Ces questions sont fondamentalement traversées par une même inquiétude, une même exigence d’objectivité : lorsque nous opérons avec des symboles, si nous voulons être compris et faire que nos symboles soient utilisables, nous ne pouvons pas faire n’importe quoi. Il y a même bien des façons correctes ou incorrectes de représenter le monde. Pourtant qu’en est-il de cette normativité, du moment où l’on affirme que le monde qui se trouve devant nous est aussi le résultat de nos constructions et représentations ? Puisque le concept d’un monde déjà fait, auquel il ne resterait plus qu’à mesurer notre langage, est inutilisable, comment faire droit aux contraintes que le réel fait peser sur nos opérations symboliques ?

À travers cet essai, qui se veut une introduction à l’un des auteurs les plus originaux et fascinants de la philosophie américaine, Alexis Anne-Braun veut relever le défi posé. Il démontre comment la théorie des symboles de Nelson Goodman est capable de répondre à une telle demande réaliste, quand bien même elle aurait fait le deuil de la notion de Monde.
Il y va donc aussi de la manière dont nous comprenons le Monde, car la philosophie de Goodman, plus qu’aucune autre, nous invite à nous interroger sur les mondes qui existent, ou plus exactement que nous faisons exister par nos opérations symboliques.

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Jean-Michel Durafour : Cinéma et cristaux. Traité d’éconologie

Mimesis - Mai 2018


Ce livre dessine d’abord les contours d’une esthétique cristallographique du cinéma à partir des films et de théories du cristal venues de divers horizons scientifiques, exacts ou humains. Ce moment se prolonge vers une manière spéciale d’envisager les images en général, l’éconologie, rendue possible par la pensée cinématographique et régie par trois critères. En premier lieu, les images sont des formes de vie non organique. Conséquemment, elles entretiennent entre elles et avec leur environnement des relations mutualistes. Elles ne sont pas des choses mais des relations ne se limitant pas à la corrélation hommes-images. Si nous ne pouvons pas connaître leurs faces cachées, nous pouvons malgré tout les penser, d’autant que les images nous viennent toujours avec leur part inaccessible. Enfin, les images exigent une science des liens nécessitant d’acclimater – entre autres – des théories de la biologie, de l’écologie, de l’ontologie ou de l’anthropologie. Cette science porte le nom de nexialisme et revendique sa parenté avec la science-fiction.

Jean-Michel Durafour est philosophe et professeur des universités en Esthétique et théorie du cinéma à Aix-Marseille Université. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages. Parmi ses derniers livres : L’Homme invisible de James Whale. Soties pour une terreur figurative (2015), L’Étrange Créature du lac noir de Jack Arnold. Aubades pour une zoologie des images (2017). Il travaille depuis quelques temps à une théorie et une pratique des images au carrefour de plusieurs disciplines intellectuelles (biologie, écologie, philosophie, anthropologie, mathématiques).

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mercredi 30 mai 2018

Jean-Jacques Rousseau : Affaires de Corse

Vrin - Mai 2018 - Textes & Commentaires


On a jusqu’ici édité sous le titre apocryphe Projet de constitution pour la Corse trois manuscrits rédigés en 1765 par Rousseau, après que le capitaine Buttafoco l’eut invité à tracer le « plan du sisteme politique » de la Corse. Ces manuscrits ne sont pas une œuvre de Rousseau mais des pièces successives et inachevées d’un dossier dans lequel il conservait sa documentation sous l’intitulé Affaires de Corse. Il n’y propose pas de constitution et se défend de faire œuvre de législateur, mais juge utile et urgent de conseiller la jeune nation en proposant un « plan de gouvernement » et en combattant les préjugés propagés par la noblesse qui voulait rétablir les privilèges héréditaires, faire de l’appât du gain le moteur de l’économie, multiplier les échanges commerciaux avec les grandes nations d’Europe.
Pour Rousseau, la révolution corse et l’heureuse situation de l’île rendent possible une autre voie politique qui s’appuie sur la puissance de la démocratie. Comprise à la fois comme art du gouvernement, règle de l’économie et mode de vie désirable, la démocratie permettra de former la jeune nation pour le gouvernement. En cela, la puissance de la démocratie n’accomplit-elle pas l’œuvre d’un législateur? En tout cas, ces propositions inédites confèrent à ces textes, bien qu’inachevés, une place à part et décisive dans la pensée politique de Rousseau.
Sous le titre Affaires de Corse, ce volume présente, associée à la correspondance avec Buttafoco, une édition critique des manuscrits dans lesquels Rousseau a travaillé à un « plan de gouvernement bon pour la Corse ». L’introduction, l’annotation et le commentaire de ces textes en renouvellent l’interprétation en restant constamment attentifs à leur genèse et au contexte historique de leur rédaction.

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dimanche 27 mai 2018

Valéry Pratt : Nuremberg, les droits de l'Homme, le cosmopolitisme. Pour une philosophie du droit international

Le Bord de l'eau - Mai 2018


Ce livre propose d’articuler la philosophie contemporaine aux problèmes de la société mondiale pour penser de nouveaux concepts et renouveler l’idée du droit international.

S’appuyant sur une lecture minutieuse des minutes du Procès international de Nuremberg, l’auteur montre à la lumière des débats menés devant le prétoire et autour du procès (Kelsen, notamment) comment le choc de la Seconde Guerre mondiale et l’atrocité des crimes nazis (sans que la spécificité de la Shoah soit pour autant prise en compte) ont forcé les nations victorieuses (en proie à l’accusation de « justice des vainqueurs ») à remodeler la structure juridique des relations internationales. A ce mouvement négatif de répression, il a fallu adjoindre un moment positif de construction : comment légitimer les droits de l'homme dans leur caractère universalisable pour en faire des droits fondamentaux des citoyens du monde ? Une telle perspective force à réfléchir avec Habermas – dont le livre présente la pensée la plus actuelle sur ces questions et dont les traductions des textes discutés paraissent parallèlement – aux conditions d’une constitutionnalisation du droit international et à la possibilité de la transnationalisation de la démocratie au cœur de laquelle se pose la question de la solidarité mondiale.

Valéry Pratt est docteur et agrégé de philosophie, professeur en classes préparatoires. Il est le traducteur de Ethik und Dialog (1986) d’Albrecht Wellmer ainsi que de textes de Kelsen et Habermas.

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Jean-Rémi Mantion : Furor hortensis. L'époque du paysage

Chemin de Ronde - Mai 2018 - Collection : Strette


Furor Hortensis, qui s’attache, pour ce qui concerne l’art des jardins en France et en Angleterre, à la seconde partie du dix-huitième siècle ainsi qu’au tout début du dix-neuvième, montre à quel point la renaturation est un geste philosophique foncier dont l’examen est essentiel à la compréhension des Lumières : sur les plans artistique, intellectuel, politique. Écrit par l’un des tout premiers spécialistes européens de la question, attentif aux grandes théories et représentations jardinières de l’époque (de Jean-Marie Morel à William Gilpin, de Watteau et Joshua Reynolds à Quatremère de Quincy) dont il est un fréquentateur-flâneur des plus érudits et subtils, l’ouvrage expose, avec une élégance d’écriture qui est la marque de toutes les publications de l’auteur, combien les jardins condensent en eux des enjeux historiques, métaphysiques et bien sûr esthétiques, touchent au cœur de la construction symbolique de l’être dans le monde. (Michel Foucault : "Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde et puis c’est la totalité du monde.") L’ouvrage sera le quatrième titre de la collection d’esthétique et de philosophie de l'art des éditions chemin de ronde, "Strette".

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samedi 26 mai 2018

Claude Lévi-Strauss et Roman Jakobson : Correspondance 1942-1982 (inédit)

Seuil - Mai 2018 - Coll. La Librairie du XXIe siècle


La correspondance publiée ici, pour la première fois, s’ouvre par des contrepèteries et se referme sur la couleur des voyelles. Elle entrecroise sur presque un demi-siècle le fil de deux vies dans la trame d'une amitié savante qui ne s'interrompra qu’avec la mort. Il y est question de poésie et de mathématiques, de champignons et d’épopées médiévales, autant que de langues et de mythes. Car, loin de l’image dont on les a parfois affublés, le linguiste Roman Jakobson (1896-1982) et l’anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009), ces deux grands sphinx des sciences sociales du xxe siècle, furent, plus que d’autres, des médiateurs entre l’abstraction de la science et l’expérience sensible. La théorie et la volupté se conjoignent dans leurs œuvres respectives autant que dans leur rencontre.

Dans l’éloge qu’il fera de Lévi-Strauss, Jakobson insistera sur un point : il faut concilier le sens de la variation et la recherche des invariants, ne pas opposer la passion pour le singulier, le différent, l’unique, et le souci des formes universelles – bref la science et l’expérience, le concept et la sensation, la vérité et la vie. Il attribue à son ami la solution : faire de ces fameuses structures invariantes rien d’autre que des matrices de variation. Nous n’avons rien en commun sinon ce qui nous fait différer les uns des autres ! Et cela, non seulement au sein de l’humanité, mais jusque dans l’immense concert de la diversité biologique et cosmique. Saisir sa place dans ce jeu de variations, c’est se comprendre soi-même – et telle est la tâche la plus haute des sciences humaines, pour laquelle témoigne cette correspondance inédite.

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Monique Wittig : La pensée straight (nouvelle éd.)

Editions Amsterdam - Mai 2018


En 1978, Monique Wittig clôt sa conférence sur « La Pensée straight » par ces mots : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes. » L’onde de choc provoquée par cet énoncé n’en finit pas de se faire ressentir, aujourd’hui encore, dans la théorie féministe et au-delà.
En analysant l’aspect fondateur de la « naturalité » supposée de l’hétérosexualité au sein de nos structures de pensées, que ce soit par exemple dans l’anthropologie structurale ou la psychanalyse, Monique Wittig met au jour le fait que l’hétérosexualité n’est ni naturelle, ni un donné : l’hétérosexualité est un régime politique.
Il importe donc, pour instaurer la lutte des « classes », de dépasser les catégories « hommes »/« femmes », catégories normatives et aliénantes. Dans ces conditions, le fait d’être lesbienne, c’est-à-dire hors-la-loi de la structure hétérosexuelle, aussi bien sociale que conceptuelle, est comme une brèche, une fissure permettant enfin de penser ce qui est « toujours déjà là ».

Monique Wittig (1935-2003) est l’auteur de romans (comme L’Opoponax, prix Médicis), de pièces de théâtre et d’essais. Elle fut l’une des fondatrices du Mouvement de libération des femmes, et de celles qui, le 26 août 1970, déposèrent à l’Arc de triomphe une gerbe à la femme du soldat inconnu.
Au cœur du conflit qui mena à la dissolution de l’association Questions Féministes en 1981, sa pensée reste centrale dans les débats qui traversent les théories féministes et la pensée queer, notamment à travers le travail de Judith Butler. Elle a été professeur, entre autre, dans le département des Women’s Studies à l’université d’Arizona, à Tucson.

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Jean-François Mattéi : Le Procès de l'Europe. Grandeur et misère de la culture européenne

University of Ottawa Press - Mai 2018


L’Europe se trouve aujourd’hui en position d’accusée, souvent par les Européens eux-mêmes, du fait de sa prétention à l’universalité, de sa supériorité proclamée et de son arrogance intellectuelle. Qu’elle n’ait pas toujours été fidèle à ses principes, lors de la colonisation des autres peuples, ne met pourtant pas en cause sa légitimité. La critique de l’Europe n’est en effet possible qu’à l’aide des normes juridiques et des principes éthiques qu’elle a diffusés auprès de tous les peuples pour connaître le monde plutôt que pour le juger.
Levinas n’avait donc pas tort de louer «la générosité même de la pensée occidentale qui, apercevant l’homme abstrait dans les hommes, a proclamé la valeur absolue de la personne et a englobé dans le respect qu’elle lui porte jusqu’aux cultures où ces personnes se tiennent et où elles s’expriment.» Il faut en prendre son parti : il n’y a pas plus d’égalité des cultures que de relativisme des valeurs. On ne saurait faire le procès de l’universel sans faire appel à la culture qui a donné cet universel en partage aux autres cultures.

Jean-François Mattéi, membre de l’Institut universitaire de France, est professeur émérite à l’Université de Nice et à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Parmi ses dernières publications, signalons les ouvrages suivants : Le Regard vide(Flammarion, 2007; prix Montyon de l’Académie Française en 2008), Le Sens de la démesure : Hurbis et Dikè (Sulliver, 2009), L’Identité de l’Europe (avec Chantal Delsol, PUF, 2010) et Albert Camus : Du refus au consentement (PUF, 2011).

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Thomas De Koninck : Questions ultimes

University of Ottawa Press - Mai 2018


Le premier défi de la démocratie est de donner le «goût de l’avenir» (Alexis de Tocqueville), de générer l’enthousiasme qui poussera les jeunes d’esprit à progresser d’eux-mêmes vers de nouvelles quêtes de sens et de savoir, à renouveler peut-être surtout, dans le contexte des nouvelles connaissances et d’une prise de conscience accrue des richesses des différentes cultures, les questions que l’on appelle «ultimes et les plus hautes», pour citer Husserl, celles que la science exclut par principe et qui sont pourtant «les questions les plus brûlantes», portant «sur le sens ou sur l’absence de sens de toute cette existence humaine». Le simple mot question évoque d'emblée le vieux français queste, c'est-à-dire la quête, du latin quaerere, «rechercher», «aimer»; il traduit le désir de voir et de savoir, impliquant du coup les deux dimensions à la fois les plus essentielles et les plus grandes de notre être proprement humain, la capacité d’aimer et celle de penser. Une éducation qui exclurait, comme tranchées d’avance, ces questions ultimes, ne serait nullement à la hauteur de l’humain. Les essais composant ce livre explorent six d’entre elles, à savoir la dignité humaine, l’intelligence, la liberté, le bonheur, la mort et la beauté.

Membre de la Société Royale du Canada, récipiendaire du Prix La Bruyère de l'Académie Française, titulaire de la Chaire d'enseignement et de recherche «La philosophie dans le monde actuel», Thomas De Koninck est professeur titulaire à la Faculté de philosophie de l'Université Laval.

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vendredi 25 mai 2018

Peter Singer : Théorie du tube de dentifrice

Goutte d'or - Mai 2018


Seul et sans organisation, cet homme a tordu le bras de géants comme McDonald's, l'ancien puissant directeur du FBI John Edgar Hoover ou encore de l'Oréal. Afin de transformer le monde et de donner du sens à sa vie, Spira n'a cessé de développer ses propres méthodes : chercher le dialogue avant la confrontation ; toujours proposer une alternative crédible à ce que l'on dénonce ; éviter l'entre-soi des militants ; ne pas diviser le monde en saints et en pécheurs... Sa vie est un shoot d'inspiration pure.

Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, le philosophe australien Peter Singer a notamment écrit La Libération animale (1975), livre de référence sur la condition actuelle des animaux, traduit dans plus de vingt pays.

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Lumières n°30 : La circulation des textes politiques de Rousseau en Asie et dans les mondes arabe et turc

P.U. de Bordeaux - Mai 2018


À l’heure où les idées démocratiques sont contestées dans plusieurs parties du monde, il n’est pas inutile de s’interroger sur la manière dont celles-ci se sont diffusées. Cette question, qui est sous-tendue par celle de la traduction des textes de la philosophie politique moderne, est un champ largement inexploré en Asie, notamment au sujet de Jean-Jacques Rousseau. Le présent numéro entend explorer la circulation des textes politiques du Citoyen de Genève dans une Asie comprise au sens le plus large, comprenant aussi bien la Chine et le Japon que les mondes arabe et turc, en passant par le Vietnam.
Dans tous les cas, l’objectif a été d’analyser la présence des textes politiques de Rousseau non pas comme le produit d’une réception, dans lequel la traduction serait un phénomène évident et mécanique, où les Asiatiques ne joueraient aucun rôle, mais bien comme celui d’une circulation, dans laquelle les intéressés prennent l’initiative et utilisent les textes dans des buts que le décalage entre texte original et traduction contribue à révéler. Ainsi, la circulation des textes politiques de Rousseau s’inscrit dans le phénomène de "transfert culturel", avec l’objectif de démocratisation.

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François Ménager : Yves Bonnefoy. Poète et philosophe

Domuni Press - Mai 2018


Yves Bonnefoy a réconcilié la philosophie et l'intuition poétique, ouvrant un champ de dialogue entre la pensée conceptuelle et la relation immédiate de l'esprit au monde. Revenant sur la genèse de cette pensée, François Ménager nous emmène sur les traces des penseurs du XIXe siècle et du poète Baudelaire, qui inaugura, selon Bonnefoy, l'acte proprement poétique. «Je ne crois pas [...] en d'autres mondes que celui que nous percevons et pratiquons. Je ressens, en revanche l'infini qui s'étage dans la moindre chose, la moindre vie.»

Yves Bonnefoy (1923-2016) est un poète et philosophe français, élu au Collège de France en 1981. Il est connu pour ses traductions de Shakespeare (Le Roi Lear, Macbeth), ses essais philosophiques et ses oeuvres poétiques (Du mouvement et de l'immobilité de Douve, Hier régnant désert, Les Planches courbes). Son oeuvre a été traduite dans plus de trente-deux langues. 

François Ménager est professeur de philosophie à Grenoble. Il enseigne à Domuni Universitas. Il s'intéresse particulièrement au rapport entre poésie et philosophie.

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jeudi 24 mai 2018

Bernard Stevens : Maruyama Masao. Un regard japonais sur la modernité

CNRS - Mai 2018 - Collection : Réseau Asie


Parmi les grands intellectuels japonais du XXe siècle, Maruyama Masao (1914-1996), historien des idées, sociologue et philosophe, est l'un des plus significatifs. Homme lucide et engagé, il n'a cessé de se battre contre toute forme d'autoritarisme ou de nationalisme. 
1945 est sans doute le point de départ de sa réflexion tant la guerre a été vécue comme un traumatisme. À partir de là, il a cherché à développer une conscience politique susceptible de faire face aux malheurs successifs de son pays : l'accession au pouvoir des militaires, le bombardement atomique d'Hiroshima, les luttes pour le rétablissement de la liberté face à un occupant américain. 
C'est dans cet esprit qu'il s'attelle à la fondation d'une véritable science politique japonaise, et qu'il entreprendra ses grands travaux sur l'histoire des idées au Japon : l'époque d'Edo et les prémisses d'une modernité autochtone, la crise identitaire de l'époque Meiji, le militarisme du XXe siècle, puis l'ambiguïté et les promesses de l'époque contemporaine. Ses analyses de l'ultranationalisme japonais se révéleront ainsi être un parfait complément aux études d'Hannah Arendt sur les totalitarismes européens. 
Avec lui, nous comprenons que les notions de démocratie, de modernité et d'autonomie politique ne sont pas des idéologies d'importation mais bien des valeurs universelles que le Japon a intériorisé à sa manière. 

Bernard Stevens est chercheur en philosophie à l'Université de Louvain-la-Neuve. Ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie, ses recherches portent sur les possibilités d'incorporer dans le discours philosophique occidental les éléments cardinaux des traditions non-occidentales. Il est, entre autres, l'auteur de Invitation à la philosophie japonaise (2005), et le traducteur de Qu'est-ce que la religion ? de Nishitani Keiji (2017).

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Florence Hulak et Charles Girard (dir.) : Philosophie des sciences humaines. Tome 2 : Méthodes et objets

Vrin - Mai 2018 - Bibliothèque d’Histoire de la Philosophie


Ont contribué à ce volume : Ét. Bimbenet, J. Christ, I. Drouet, R. Fanciullacci, S. Ferrando, Ch. Girard, F. Hulak, A. Le Goff, L. Paltrinieri, L. Perreau

Les sciences humaines se distinguent les unes des autres par leurs méthodes et leurs objets privilégiés. En élaborant des procédures d’enquête spécifiques, elles s’efforcent de comprendre la vie psychique ou les pratiques collectives, la distribution des populations ou les rapports entre groupes, les idéaux sociaux ou les échanges matériels. Leur fin commune est toutefois d’éclairer de leurs lumières croisées une même réalité humaine et sociale. Leurs objets ont donc vocation à se rejoindre, leurs méthodes à se compléter.
En interrogeant leur pluralité sans la reconduire à une illusoire unité, la philosophie peut éclairer l’espace conceptuel et problématique qu’elles ont en commun. Elle ne ressort toutefois pas indemne d’une telle étude : ses propres questionnements, épistémologiques et politiques, se trouvent radicalement altérés par leur confrontation à ces disciplines.
Les contributions réunies dans le second tome de cet ouvrage analysent, dans cette perspective neuf concepts essentiels : la population, le psychisme, la pratique, les classes, le genre, la comparaison, les statistiques, le public et la critique.

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Ninon Grangé et Frédéric Ramel (dir.) : Le droit international selon Hans Kelsen. Criminalités, responsabilités, normativités

Ecole Normale Supérieure - Avril 2018 - Collection : La croisée des chemins


A l'heure où la Cour pénale internationale se voit critiquée par nombre de ses détracteurs, cet ouvrage propose une analyse de la judiciarisation internationale au prisme de l'un de ses initiateurs : Hans Kelsen. Le théoricien du normativisme a réfléchi sur le droit international, notamment lors de son exil aux Etats-Unis. Il ne cessera de promouvoir une Organisation des Nations unies dont le pivot serait une juridiction. Tout en permettant de mieux saisir la trajectoire intellectuelle du juriste viennois outre-Atlantique, les études rassemblées ici soulignent les tensions inhérentes à l'établissement des premiers tribunaux militaires après la Seconde Guerre mondiale, qu'elles concernent la reconnaissance d'un individu justiciable ou bien l'application du principe de non-rétroactivité. Fondé notamment sur la présentation et la traduction de textes consacrés à la responsabilité et à la poursuite des criminels de guerre, cet ouvrage rentre en résonance avec les dilemmes contemporains qui entourent l'établissement d'une justice pénale internationale.

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Francesca Merlin & Philippe Huneman (dir. ) : Philosophie, histoire, biologie. Mélanges offerts à Jean Gayon

Materiologiques - Mai 2018


Le philosophe et historien des sciences Jean Gayon est une figure éminente de ces deux disciplines. Son champ d’étude privilégié : la biologie, plus particulièrement la biologie de l’évolution. Au cours des trois dernières décennies, il a formé de nombreux chercheurs, no­tamment en encadrant des thèses souvent novatrices, et lancé une multitude d’initiatives de recherche qui ont permis à la philosophie de la biologie de prendre un essor sans pareil en France, grâce à des liens privilégiés avec les figures marquantes du domaine, œuvrant à l’époque aux États-Unis et en Angleterre.

Les textes rassemblés ici rendent hommage à l’homme, à l’enseignant et au penseur qui a largement impulsé le renouveau de la philosophie de la biologie, par ses réflexions déterminantes sur la théorie de l’évolution, la génétique, le hasard, etc., objets et concepts repensés conjointement à la lumière de l’approche classique de l’« épistémologie historique » et de celle fondée sur la philosophie analytique. Collègues, élèves et amis, réunis lors de journées d’hommage en mars 2017 dont ce livre est issu, montrent à quel point Jean Gayon est un pilier essentiel de la nouvelle philosophie des sciences. Au fil de 26 chapitres, répartis en quatre parties (« Épistémologie historique et philosophe de la biologie », « Histoire de la génétique », « Études d’histoire et de philosophie de la biologie évolutive : thèmes de Jean Gayon », « Regards sur Jean Gayon, historien et philosophe, enseignant et chercheur »), ce livre témoigne de la présence et de la nécessaire postérité de l’œuvre de Jean Gayon.

Sous la direction de : Francesca Merlin, philosophe des sciences, chargée de recherche, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, CNRS & Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Philippe Huneman, philosophe des sciences, directeur de recherche, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, CNRS & Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Avec les contributions de : Robert Brandon, Anastasios Brenner, Richard M. Burian, Gérard Chazal, Christine Clavien, David Depew, François Duchesneau, Anne Fagot-Largeault, Denis Forest, Élodie Giroux, Pierre-Henri Gouyon, Thierry Hoquet, Philippe Huneman, Denis Kambouchner, Laurent Loison, Françoise Longy, Jorge Martínez-Contreras, Francesca Merlin, Pierre-Olivier Méthot, Michel Morange, Thomas Pradeu, Armand de Ricqlès, Michael Ruse, Phillip Sloan, Edna Suárez Díaz, Stéphane Tirard, Michel Veuille.

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mercredi 23 mai 2018

Philippe Hamou : Dans la chambre obscure de l'esprit. John Locke et l’invention du mind

Editions d'Ithaque - Mai 2018


L'objet de ce livre est de rendre à John Locke et à son Essai sur l'entendement humain (1689), la place centrale qui leur revient dans l'invention de "l'esprit" moderne. Mettant de côté la spéculation métaphysique et religieuse, Locke s'est proposé d'appliquer aux pouvoirs et aux opérations de l'esprit une forme d'analyse expérimentale, fondée sur les données factuelles du sens interne (ou " réflexion "). Sous son concept d'idée, il identifie, peut-être pour la première fois, des états mentaux, états conscients, dont le flux, ou le "train" constitue l'élément dans lequel se déploie une forme de vie intérieure, une vie mentale. A travers ces descriptions, Locke ouvre à ses lecteurs une nouvelle manière de penser l'esprit ou le "mind", dont la philosophie contemporaine a largement hérité, en interrogeant la nature de la conscience, le rapport entre les sens perceptifs, ou encore de la "question de l'identité personnelle" dans son rapport au flux de conscience. Ecrit dans une langue claire, nourri par une connaissance précise des débats classiques et contemporains, mais ne présupposant du lecteur aucune connaissance préalable de Locke, cet ouvrage propose une lecture originale et par moment intempestive de l'Essai, qui le dépouille de son habit austère de "grand monument de l'âge classique", en montrant qu'il offre des réponses toujours stimulantes aux questions vives et disputées d'aujourd'hui, en même temps qu'il permet une meilleure compréhension de l'histoire qui leur a donné naissance.

Philippe Hamou est professeur de philosophie moderne à l'Université Paris Nanterre. Il a publié plusieurs ouvrages et articles sur la science de la vision et la philosophie de la connaissance des premiers temps modernes, notamment les deux volumes de La Mutation du visible (Septentrion, 1999-2001) ; Voir et connaître à l'âge classique (PUF, 2002). Il a réédité et introduit au Livre de Poche la traduction française par Pierre Coste de L'Essai sur l'entendement humain de Locke (2009).

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Jiri Benovsky (dir.) : Philosophie du Temps

La Baconnière - Mai 2018


Comment les objets matériels persistent-ils à travers le temps ? Qu'est-ce que cela veut dire qu'un objet change tout en étant un et le même ? Peut-il y avoir un monde sans temps ? Le temps s'écoule-t-il même si rien ne change ? Et, le temps lui-même, qu'est-ce que c'est ? Consiste-t-il seulement en l'instant présent, ou le passé et le futur existent-ils également ? Est-il possible de voyager dans le temps ? Quelles propriétés le temps doit-il avoir pour permettre le voyage dans le temps ? Est-il possible de changer le passé ? 

Ce volume recueille des traductions inédites de textes issus de la philosophie du temps des XXe et XXIe siècles. Ces contributions de R. M. Adams, Jiri Benovsky, David Braddon-Mitchell, Michael Dummett, Graeme Forbes, Mark Heller, Paul Horwich, Robin Le Poidevin, David Lewis, D. H. Mellor, Sydney Shoemaker, Theodore Sider, J. J. C. Smart, W. V. O. Quine, et Peter Van Inwagen offrent des manières différentes de réagir à ces interrogations (et bien d'autres encore). Elles permettent ainsi au lecteur de découvrir la richesse des débats contemporains en philosophie du temps. On découvre ici une variété de notions, d'arguments et de théories, telles que l'endurantisme, le perdurantisme, le relationnisme et le substantialisme, mais également d'importantes considérations en ce qui concerne la causalité, l'identité, le changement, ou encore l'analyse de similarités entre le temps et l'espace. Le problème du voyage dans le temps se voit consacrer une section spéciale dans ce volume, car il a ceci de particulièrement intéressant : il sert de cas limite offrant la possibilité de tester les théories et de soulever de nombreuses questions philosophiques sur la nature du temps et du monde.

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Bruno Quélennec : Retour dans la caverne. Philosophie, politique et religion chez le jeune Léo Strauss

Hermann - Mai 2018


Retour dans la caverne propose une interprétation historico-critique de l'ensemble des écrits de jeunesse de Leo Strauss, personnage hautement controversé de la philosophie politique du XXe siècle. À travers une lecture philosophique et politique des textes du jeune Strauss sur Spinoza, Hobbes et Maïmonide, l'ouvrage reconstruit la trajectoire de cet intellectuel atypique, suivant un chemin allant de Nietzsche à Platon, du sionisme au néoconservatisme. En replaçant l'émergence de sa pensée dans le contexte des débats idéologiques judéo-allemands de la République de Weimar, Retour dans la caverne apporte non seulement une perspective neuve dans les études straussiennes, mais invite également le lecteur à une réflexion sur la « question juive » et met en lumière certaines contradictions de la modernité politique. 

Bruno Quélennec est politiste, philosophe et germaniste. Il enseigne actuellement la philosophie politique et l'histoire des idées à Paris. Ses travaux portent notamment sur la pensée judéo-allemande du XIXe et XXe siècle.

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mardi 22 mai 2018

Le Philosophoire 2018/1 (n° 49) : La Mystique

Vrin - Mai 2018 - Le philosophoire


"Mystique : mystère.
Voilà qui déjà heurte la philosophie, comme projet d’énonciation rationnelle de ce qui est. Mais il se pourrait que la philosophie puisse et même doive avoir affaire à plus fort qu’elle, à savoir ce qui ne peut être dit ni rationalisé. C’est son destin, si elle veut dire le tout. Ce qui constitue à la fois son projet grandiose (car que vaudrait une philosophie qui se cantonnerait à une partie du tout, qui renoncerait à penser le reste ?), où elle trouve son échec programmé, et l’indication de son dépassement. Ses constructions sont comme des ruines magnifiques, qui laissent pointer les raisons de leur effondrement. À travers les toits effondrés, à ciel ouvert, brille le soleil de l’absolu.
Toute philosophie en effet, que sa démarche soit fondationnelle ou non, rencontre très vite l’absolu. Certes, on pourrait penser que celui-ci a deux visages irréconciliables : l’absolu comme monde présent, réalité englobante, immanence pure de la totalité où je suis, dont je suis et d’où je parle. Ou absolu comme Dieu, transcendance irréductible, définitivement séparé et absent du lieu où je parle. Mais curieusement, les opposés se rejoignent, et semblent indiquer quelque chose du secret du réel, secret bien gardé par la mystique.
Le monde, en effet, est-il si présent ? Il me déborde de toute part, et finalement, s’absente de toutes ses présentations. Je n’ai affaire qu’au ceci et au cela, à des indices du monde. Je suis trop petit pour le monde. Je ne saurais m’égaler à sa présence, je ne peux que me retirer du monde dans le langage pour en dire quelque chose, qui ne sera à nouveau qu’un découpage du monde. Le monde est absent à force d’être présent. Quant à Dieu, est-il si absent ? Plus intérieur à moi que moi-même, il est comme un appel de la transcendance, peu importe son nom. Il hante la finitude qui est amenée à son propre dépassement. Dieu présent à force d’être absent. (...)" Mathias Goy, Editorial (extrait)

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Anders Fjeld : Jacques Rancière. Pratiquer l'égalité

Michalon - Mars 2018 - Bien commun


Se démarquant des projets d'émancipation des Lumières, du marxisme et de la sociologie critique, le philosophe français Jacques Rancière affirme que nous n'avons pas à devenir égaux. Nous devons nous présupposer égaux hic et nunc et créer et explorer les conséquences de cette présupposition. Ainsi, plutôt que de fournir le principe d'un ordre meilleur à construire, la présupposition de l'égalité suspend l'ordre institué et ouvre, ce faisant, d'autres " paysages du possible " : des espaces d'expérimentation des savoirs, des perceptions et des capacités qui constituent nos communs. 
Jacques Rancière, pratiquer l'égalité entend reconstituer les moments forts du cheminement intellectuel multiple menant à ces idées : sa rupture avec le marxisme althussérien et son exploration des archives ouvrières du 19e siècle (années 1970) ; sa fascination pour le projet de l'émancipation intellectuelle du " maître ignorant " Joseph Jacotot (années 1980) ; la constitution de sa pensée politique centrée sur l'égalité et la démocratie (années 1990) ; et, finalement, l'élaboration de sa pensée esthétique (à partir des années 2000). Le livre entend montrer que ce cheminement n'aboutit pas à un seul concept d'égalité, mais oscille entre trois conceptions de l'égalité – égalités intellectuelle, politique et sensible –, lesquelles impliquent de réévaluer la pensée ranciérienne de la démocratie moderne, ouvrant sur de nouveaux potentiels conceptuels. Le livre n'a cependant pas vocation à s'adresser au seul monde académique, il se veut une introduction critique à sa pensée destinée aussi au grand public.

Anders Fjeld, postdoctorant au CriDIS (Centre de Recherches Interdisciplinaires – Démocratie, Institutions, Subjectivités), Université Catholique de Louvain, et chercheur associé au LCSP (Laboratoire du Changement Social et Politique), Université Paris Diderot-Paris 7. Co-fondateur du centre de recherche sur l'utopie Archipel des devenirs, et membre du comité de rédaction du portail d'opinion politique colombien Palabras al Margen. À la croisée de la philosophie politique et l'économie politique, ses travaux portent sur la subjectivation politique, la démocratie moderne, la tradition utopique, les clivages et continuités entre philosophie et économie et le post-marxisme comme champ intellectuel.

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dimanche 20 mai 2018

François Bafoil : Max Weber. Réalisme, rêverie et désir de puissance

Hermann - Mars 2018


A peine âgé de 35 ans, Weber fut terrassé par la maladie et ne retrouva sa force créatrice qu'après une longue convalescence, à l'approche de la quarantaine, lorsqu'il publia les écrits sur la science et la religion. Largement fondé sur sa correspondance intime, cet ouvrage éclaire les liens entre la maladie nerveuse dont Weber souffrit jusqu'à la fin de sa vie, l'apologie de la volonté dont il fit l'une des lignes directrices de son oeuvre scientifique, et ses engagements nationalistes (notamment durant la Première Guerre mondiale). Dans cette saisissante biographie intellectuelle, François Bafoil illumine les zones d'ombre de la vie et de l'oeuvre de celui qui compte parmi les penseurs majeurs de notre temps. Il révèle les évolutions fondamentales de sa pensée, examine ses hésitations, ses ambivalences, ses constantes oscillations entre la revendication d'une volonté de puissance s'étendant jusqu'à l'extrémisme politique et la rêverie sur le désir, la mort et le retour à l'enfance. Au-delà de son intérêt biographique, ce texte introduit à la complexité d'une oeuvre phare autant qu'il propose une réflexion sur l'existence et la pensée humaines.

François Bafoil est sociologue, directeur de recherche au CNRS - CERI, Sciences Po. Il a notamment publié L'inlassable désir de meurtre. Guerre et radicalisation aujourd'hui (2017).

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Revue Lignes n°55 : MIGUEL ABENSOUR | La sommation utopique

Editions Lignes - Mai 2018


Grand lecteur, grand éditeur (de l’École de Francfort entre autres), et grand interprète des textes fondateurs et contemporains de l’utopie (de Thomas More à Walter Benjamin) – mais de La Boétie aussi bien –, Miguel Abensour, philosophe disparu en 2017, fait ici l’objet d’une première réflexion collective, en forme d’hommage. Avec la ferme volonté, aussi bien, de poursuivre son travail.

Miguel Abensour hélas disparu, il nous faut revenir à la lecture des livres et de tout ce qui se dispose autour d’eux : le travail éditorial, les entretiens, les articles, et bientôt les textes inédits. Cette lecture collective ne fait ici que commencer. Ce qui nous manque déjà, par-delà l’ami et son art exceptionnel de l’amitié, c’est la manière qu’il avait de faire vivre la constellation composée par l’ensemble de son œuvre, avec ses finesses et ses lois propres, mais surtout avec une discrétion telle qu’il importe aujourd’hui d’en expliciter la force et le parti pris politiques.

Miguel Abensour aura été le passeur qui a permis la lecture en France des livres majeurs de Adorno et Horkheimer. Il a fondé sa collection « Critique de la politique » en 1974, au retour d’un voyage aux États-Unis lors duquel il a découvert, dans un ébranlement complet, les livres de la première École de Francfort. Son enthousiasme pour la tâche philosophique théorico-pratique de ce qu’il préférait nommer le « cercle » plutôt que l’« École » de Francfort n’a guère été partagé par les philosophes français qui étaient ses contemporains. À cette solitude philosophique envisagée d’emblée comme un défi, s’est ajouté l’isolement dans lequel a été maintenue sa lecture du jeune Marx. Sa complicité profonde avec l’interprétation du marxisme utopique par Maximilien Rubel et Louis Janover a creusé souterrainement et de manière inexorable les sillons d’une nouvelle solitude dans une époque dévouée à la lecture althussérienne de Marx et dominée par la relégation du jeune Marx du côté des naïvetés présumées de l’utopie et de l’humanisme.

Miguel Abensour est ainsi devenu envers et contre tous, héroïquement, un des plus grands penseurs de l’utopie, un des plus grands passeurs des utopistes de tous les temps, depuis Thomas More jusqu’à Walter Benjamin. Et de manière conséquente il a aussi contribué à revivifier avec Louis Janover la tradition politique du communalisme et du conseillisme. La discrétion de Miguel Abensour ne doit donc pas être confondue avec une quelconque modestie ou réserve ; elle est la marque d’une résistance continue aux idées dominantes du présent, la caractéristique d’une force de jouteur sans égal ; elle devient désormais le schibboleth d’une communauté de penseurs déterminés à faire vivre l’actualité de la non-résignation – non-résignation politiquement décisive que Miguel Abensour nommait « la sommation utopique », et sur laquelle il enjoignait de ne pas céder, surtout dans ces temps qu’il qualifiait de crépusculaires.

Il s’agit de relancer dans la bataille ces concepts et ces notions, ces expériences et ces analyses, relancer ce que patiemment et généreusement Miguel Abensour nous a légués : une œuvre comme une institution civile qui permet de s’élever au courage que réclame la situation.

Ce numéro de Lignes propose de continuer la conversation avec Miguel Abensour au travers de ses œuvres, là tout de suite, d’emblée, sans attendre d’être figé par l’adversité.

Avec :

Louis Janover | Anne Kupiec | Catherine Chalier | Patrice Vermeren | Antonia Birnbaum | Gilles Moutot | Florent Perrier | Monique Rouillé-Boireau Christophe David | Daniel Payot | Valentin Pelosse Michel Enaudeau | Irving Wohlfarth | Sophie Wahnich | Michèle Cohen-Halimi | Simone Debout-Oleszkiewicz | Henri Lonitz

Numéro contruit par Michèle Cohen-Halimi et Sophie Wahnich

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samedi 19 mai 2018

Edmund Husserl : Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique

Gallimard - Mai 2018 - Bibliothèque de philosophie


Le livre I des Idées directrices pour une phénoménologie pure de Edmund Husserl est l'un des cinq ou six textes de philosophie les plus importants du XXè siècle. C'est, en effet, le texte fondateur de la phénoménologie. Pour la première fois depuis "l'ouvrage de percée" qu'avaient été ses Recherches logiques (1901), Husserl établit ici, au terme d'une évolution décisive, les principes et les méthodes qui rendent possible une science nouvelle, la science descriptive pure des structures de la conscience, la phénoménologie transcendantale. En révélant les lois implicites de la vie intentionnelle, et le pouvoir constituant de l'intentionnalité, l'ouvrage inaugurait un nouveau style de philosophie - l'analyse de l'expérience vécue. Cette nouvelle traduction française bénéficie des nombreux progrès réalisés par les études husserliennes depuis la traduction pionnière de Paul Ricoeur en 1950. Elle comporte, en outre, un riche ensemble de textes, jusqu'ici inédits en français, qui éclairent le contexte historique de ce traité fondamental.

Traduction : Jean-François Lavigne

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Roland Jaccard : Penseurs et Tueurs

Pierre-Guillaume de Roux - Mai 2018


Il n y a pas de pensée qui ne s'exerce sans une constante tentation suicidaire ou meurtrière. C'est même à cela qu'on reconnaît sa force. Cet essai en dessine les formes les plus extrêmes entre le grotesque et le sublime, le macabre et le chic. Avec la dose de provocation et d'humour que chaque lecteur voudra bien y mettre. L'esprit du temps a réduit les contours de la liberté de pensée. Une raison de plus pour troubler le conformisme ambiant, à supposer que cela soit encore possible. Un défi que Roland Jaccard tente de relever ici.

Roland Jaccard est l'auteur de trois classiques en matière de survie : L'Exil intérieur, La Tentation nihiliste et, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, De l'influence des intellectuels sur les talons aiguilles.

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vendredi 18 mai 2018

Julien Pasteur : Les Héritiers contrariés. Essai sur le spirituel républicain au XIXe siècle

Les Belles Lettres - Mai 2018


Nous n’aimons guère le spirituel républicain. Un spectre, dira-t-on, vestige de gloires révolues, épouvantail obsolète d’un imaginaire laïque passablement décharné.
Forgé dans l’atelier conceptuel de la Révolution française, irriguant le dialogue de la philosophie et des sciences sociales naissantes, le problème du gouvernement des esprits est le point névralgique du XIXe siècle. Et telle est la distance qui nous sépare d’auteurs apparemment aussi hétérogènes que Comte, Michelet, Tocqueville ou Pierre Leroux : rendre effective la liberté des modernes suppose d’abord d’affronter l’énigme du pouvoir spirituel. 
Heureux émancipés ou mélancoliques vitupérants, nous sommes les héritiers d’une sacralité républicaine qui fut conjointement cernée de tragique et ourlée d’espoirs. Ce livre retrace l’histoire d’une contrariété.

Julien Pasteur enseigne la philosophie à l’université de Bourgogne-Franche-Comté. Chercheur associé au laboratoire Logiques de l’agir, il est l’auteur de divers articles sur le républicanisme français du XIXe siècle.

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Nassim Nicholas Taleb : Incerto. Le Hasard sauvage/Le Cygne noir/Le Lit de Procuste/Antifragile

Les Belles Lettres - Mai 2018


LE HASARD SAUVAGE
Comment la chance nous trompe
Sommes-nous vraiment capables de distinguer le génie visionnaire de l'imbécile chanceux ?
Pourquoi nous obstinons-nous à vouloir trouver des messages sensés dans des évènements dus au seul hasard ?
Et n'aurions-nous pas une fâcheuse tendance à ordonner le réel selon une routine mentale biaisée, plutôt que de le voir tel qu'il est, avec toute son incertitude ?
S'inspirant de disciplines aussi diverses que la littérature, la philosophie, la théorie des probabilités, la science cognitive et la finance, Nassim Nicholas Taleb montre comment notre esprit nous conduit à voir le monde, et en particulier les mécanismes de la Bourse, comme beaucoup plus prévisible qu'il ne l'est...

LE CYGNE NOIR
La puissance de l'imprévisible
Quel est le point commun entre l'invention de la roue, Pompéi, le krach boursier de 1987, Harry Potter et Internet ?
Pourquoi ne devrait-on jamais lire un journal ni courir pour attraper un train ?
Que peuvent nous apprendre les amants de Catherine de Russie sur les probabilités ?
Pourquoi les prévisionnistes sont-ils pratiquement tous des arnaqueurs ?
Ce livre révèle tout des Cygnes Noirs, ces événements aléatoires, hautement improbables, qui jalonnent notre vie : ils ont un impact énorme, sont presque impossibles à prévoir, et pourtant, a posteriori, nous essayons toujours de leur trouver une explication rationnelle.
Prophétique, Taleb nous exhorte à ne pas tenir compte des propos de certains « experts », et nous montre comment cesser de tout prévoir ou comment tirer parti de l'incertitude.

LE LIT DE PROCUSTE
Aphorismes philosophiques et pratiques
Dans la mythologie grecque, Procuste avait la particularité de couper les membres des ses hôtes ou de les écarteler pour qu’ils rentrent dans le lit qu’il leur offrait. Telle est, aux yeux de Nassim Taleb, notre société qui entend modifier les hommes pour qu’ils satisfassent les contraintes technologiques, reprochant à la réalité de ne pas être conforme aux modèles économiques. 
Renouant avec la forme classique de l’aphorisme, Taleb pointe avec humour et sans se prendre au sérieux les travers de notre monde tout en faisant l’éloge des valeurs antiques du courage, de l’élégance et de la lucidité.

ANTIFRAGILE
Les bienfaits du désordre
Le hasard nous rend meilleurs. Avec ce provocant paradoxe, Taleb nous offre un enseignement d'une portée révolutionnaire : comment non seulement surmonter les cataclysmes de notre temps – ces Cygnes Noirs qui fondent sur un homme, une culture, une civilisation, les bouleversent et les réduisent à néant –, mais en faire une source de bienfaits. De même que le corps humain se renforce à mesure qu'il est soumis au stress et à l'effort, de même que les mouvements populaires grandissent lorsqu'ils sont réprimés, de même le vivant en général se développe d'autant mieux qu’il est confronté à des facteurs de désordre, de volatilité ou à quoi que ce soit à même de le troubler. Cette faculté à non seulement tirer profit du chaos mais à en avoir besoin pour devenir meilleur est « l’antifragile ».
Promenant son lecteur dans les rues tonitruantes de Brooklyn, les chemins de la pensée antique ou les méandres des neurosciences avec autant d’aisance, ce livre laisse une question en suspens : êtes-vous prêt à devenir antifragile ?

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Claude Debru : Georges Canguilhem, science et non-science

Rue d'Ulm - Mai 2018 - Collection : Figures normaliennes


Personnalité hors normes, à la fois philosophe et médecin, Georges Canguilhem (1904-1995) a communiqué à la pensée philosophique française un élan nouveau, par la puissance d’une réflexion menée au carrefour des pratiques humaines, des sciences, des techniques et de la médecine. 
Cet ouvrage commente certains aspects toujours actuels de son œuvre : la rationalité du pathologique et la normativité humaine, la nature de l’histoire des sciences et celle de l’activité scientifique, les rapports entre science et non-science. Rédigé par un élève de Georges Canguilhem, ce livre est une contribution à sa mémoire et un appel à suivre sa voie. 

Claude DEBRU a été professeur de philosophie des sciences à l’École normale supérieure. Il a notamment publié L’Esprit des protéines (Hermann, 1983) et Le Possible et les Biotechnologies (PUF, 2003). 

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