jeudi 21 février 2019

Jean-Pierre Dupuy : La guerre qui ne peut pas avoir lieu. Essai de métaphysique nucléaire

Desclée De Brouwer - Février 2019


Nous sommes plus près d'une guerre nucléaire que nous ne l'avons jamais été pendant la Guerre froide, mais la plupart des gens sont aveugles à ce danger. Ils ont appris que les armes nucléaires ne servent qu'à une chose : empêcher que les autres les emploient. C'est ce qu'on appelle la dissuasion. Ils pensent aussi que ces armes sont trop destructrices pour qu'on soit tenté de les utiliser. Telles sont les illusions qui leur permettent de dormir tranquilles.
Entre l'été 2017 et janvier 2018, nous avons plusieurs fois frôlé une guerre nucléaire que ses protagonistes, Donald Trump et Kim Jong Un, ne voulaient nullement, pas plus que ne la voulurent Kennedy et Khrouchtchev pendant la crise de Cuba. Les intentions des acteurs comptent en effet très peu. Des « machines apocalyptiques » décident aujourd'hui pour nous, des systèmes de déclenchement semi-automatique où le faux calcul, la mauvaise interprétation ou l'accident jouent un rôle déterminant.
On repose donc ici à nouveaux frais la question de l'efficacité et de la moralité de l'arme nucléaire.

Jean-Pierre Dupuy est professeur à l'Université Stanford. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages, parmi lesquels : L'Enfer des choses. René Girard et la logique de l'économie (avec Paul Dumouchel, 1979) ; La Panique (1991) ; Le Sacrifice et l'envie (1994) ; Pour un catastrophisme éclairé (2002) ; Petite métaphysique des tsunamis (2005) ; La Marque du sacré (2010) ; L'Avenir de l'économie (2012) ou La Jalousie. Une géométrie du désir (2016).

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Irving Goh : L'existence prépositionnelle

Editions Galilée - Février 2019 - Collection : La philosophie en effet


En passant par l'« être-à » de Jean-Luc Nancy, l'« à- venir » de Jacques Derrida, le « j'aime à toi » de Luce Irigaray et le « face à face » d'Emmanuel Levinas, ce livre souligne la force et les enjeux ontologique, éthique et politique de la préposition « à ». Pour une existence plus ouverte au monde et aux autres et aux différences, surtout exigeante à notre temps touché à une échelle sans précédent par le terrorisme mondial, les crimes haineux, les sentiments anti-immigrants, la brutalité de la police et l'ascension effrayante de la politique raciste et xénophobe, peut-être sa chance reste avec cette préposition.
La préposition « à » empêcherait-elle la captation de l'existence dans une ipséité ou dans une clôture face à son propre dehors. Contre une telle existence fixe dans une position quelconque, celle qui ne signale que la fin d'une existence véritablement libre, pensons une existence prépositionnelle », et entendons ainsi le terme « prépositionnelle en deux sens à la fois 1) prépositionnelle au sens linguistique, c'est-à-dire la préposition « à » ; et 2) pré-positionnelle, c'est-à-dire le mouvement ou l'élan presque fluide et libre avant qu'on prenne (une) position ou qu'on s'y fixe.

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Lumières n°31 : Diderot et les simulacres humains. Mannequins, pantins, automates et autres figures

Presses Universitaires de Bordeaux - Février 2019


Ce numéro interroge à la fois le concept de "simulacre" et son usage au XVIIIe siècle, particulièrement mais non uniquement, chez Diderot. En effet, le mot, rendu péjoratif par la critique de l’idolâtrie (conçue comme l’adoration des simulacres) au tournant des XVIIe et XVIIIesiècles, avec des auteurs comme Bayle ou Fontenelle, subit une revalorisation et une re-sémantisation au cours du XVIIIe siècle : le simulacre n’est plus alors une idole trompeuse mais bien une image, une forme, d’un type particulier qui vaut par sa présence et non parce qu’elle représente. C’est en ce sens que Diderot le théorise dans son court texte Mystification et c’est dans cette perspective, celle d’une figuration sensible et d’une expérience de pensée, que les différentes contributions de ce volume explorent et questionnent l’éventail extraordinaire de simulacres ayant figure humaine présent dans l’œuvre diderotienne : des mannequins, des pantins, des automates, des marionnettes, des statues, des fantômes… et peut-être même des thermomètres.

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Alain Milon (dir.) : Leçon d'économie générale : l'expérience-limite chez Bataille-Blanchot-Klossowski

Presses universitaires de Paris Ouest - Février 2019 - Résonances de Maurice Blanchot


"Klossowski, Bataille, Blanchot, ont été pour moi très importants. Et je crains bien de n'avoir pas fait dans ce que j'ai écrit la part suffisante à l'influence qu'ils ont dû avoir sur moi" : c'est en ces termes que Foucault reconnaît sa dette à l'égard de ces trois auteurs qui ont profondément pesé sur sa philosophie. Mais cette dette ne s'arrête pas à Foucault évidemment. On la retrouve chez Deleuze et Derrida, et bien d'autres intellectuels plus contemporains. L'intention de cet ouvrage est de proposer un débat autour de l'importance de ces trois essayistes, eux-mêmes marqués par les séminaires d'Alexandre Kojève sur Hegel de 1933 à 1939, sur la pensée contemporaine. Leur lecture critique de la filiation Hegel-Marx-Kojève sera à l'origine d'une pensée autre de la discontinuité, de la dissymétrie, de l'irréversibilité, de l'inconnu, de l'indétermination, autrement dit une façon différente de réfléchir sur la puissance d'une écriture hors langage pour reprendre l'expression de Blanchot. Face à ce triptyque Hegel-Marx-Kojève, nous proposons une autre filiation : Héraclite-Sade-Nietzsche, à l'origine de cette pensée du dehors. Que ce soit par l'expérience intérieure à partir de la négativité sans emploi chez Bataille, ou par l'expérience-limite et l'informulé dans le connu du mot chez Blanchot, voire par la simulation à partir de la gratuité chez Klossowski : c'est la remise en cause de notre usage du langage qui est mise en perspective. Bataille, Blanchot et Klossowski ont, pour reprendre les mots de Michel Foucault, "extrait quelque chose de toutes les oeuvres importantes de l'Occident, quelque chose qui leur a permis, non seulement de nous interpeller, mais aussi de faire partie du langage que nous parlons aujourd'hui" . Cet ouvrage se propose de redonner à ces trois auteurs la place qu'il leur revient.

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Walter Benjamin, Asja Läcis et Alfred Sohn-Rethel : Sur Naples

La Tempête - Février 2019


En 1925, Walter Benjamin, Asja Läcis et Alfred Sohn-Rethel séjournent ensemble dans la région de Naples. Ce voyage est l'occasion d'une fréquentation intense de la ville qui donne lieu à l'écriture des textes ici rassemblés. Benjamin et Läcis remarquent, dans la vie et l'architecture des Napolitains, la porosité entre espace privé et public. Sohn-Rethel quant à lui s'appuie sur les rapports comiques et ludiques que le peuple napolitain noue avec la technique pour élaborer une philosophie du cassé. À Naples, « c'est seulement quand les choses sont cassées qu'elles commencent à fonctionner ». Ces textes partagent une passion commune : faire de la ville un lieu d'exercice de la pensée.

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Jacques Le Brun : Dieu, un pur rien. Angelius Silesius. Poésie, métaphysique, mystique

Le Seuil - Février 2019 - Collection : La librairie du XXIe siècle


Au milieu du XVIIe siècle, dans un monde germanique déchiré par les guerres et les luttes religieuses, Johannes Scheffler, un jeune protestant lecteur des mystiques médiévaux et modernes, de maître Eckhart, de Jacob Boehme et de Jean de la Croix, publie un recueil de distiques et de quatrains, Le Pèlerin chérubinique, sous le nom d'Angelus Silesius. Une méditation assidue des textes et la fréquentation de contemporains d'une intense spiritualité le portent à sonder les mystères de la religion et de la philosophie, l'être, l'essence, la Déité, le néant, l'abandon. Son écriture, caractéristique de l'âge baroque, lui permet d'atteindre, grâce à la poésie, les limites des orthodoxies et même de la pensée.
Ces poèmes, défi aux philosophes et aux poètes, ne cesseront d'inspirer des lecteurs assidus : de Leibniz à Schopenhauer, de Heidegger à Roger Munier, de Maurice Blanchot à Lacan et à Derrida, nombreux sont ceux qui liront Le Pèlerin chérubinique. À partir de cette lecture, ils se découvriront eux-mêmes, n'hésitant pas à trouver dans ces vers l'écho rétrospectif de leur modernité.
À propos d'un vers célèbre de Gertrude Stein, " Rose is a rose is a rose is a rose ", et de " La rose sans pourquoi " de Heidegger, Blanchot se souvient du début du distique d'Angelus Silesius :
" La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit,
Elle ne fait pas attention à elle-même, ne demande pas si on la voit. "

Jacques Le Brun est directeur d'études honoraire à la section des Sciences religieuses de l'École pratique des hautes études et membre de l'École de psychanalyse Sigmund Freud. Éditeur des Œuvres de Fénelon, dans la " Bibliothèque de la Pléiade ", il a notamment publié au Seuil Le Pur Amour de Platon à Lacan, dans " La Librairie du XXIe siècle " (2002) et a participé à la Nouvelle Histoire de l'Église et à l'Histoire de l'enfance en Occident.

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mardi 19 février 2019

Patrice Franceschi : Ethique du samouraï moderne. Petit manuel de combat pour temps de désarroi

Grasset - Février 2019


« Jusqu’à sa disparition en 2010, maître Isogushi enseignait au dojo d’Ishen dans le sud du Japon. Son enseignement comportait deux disciplines inséparables : pour le corps et pour le mental, la transmission de l’ensemble des arts martiaux traditionnels ; pour l’âme et pour l’esprit, un guide nouveau pour la conduite de la vie. On ignore combien d’élèves forma maître Isogushi, venus des cinq continents, et il ne reste de cet enseignement que les notes de cours prises par mon vieil ami Emiliano Zapoga dit « le Mexicain », ici rassemblées. Le maître a voulu que ses propos soit autonomes, tout en formant un modèle éthique complet, utilisable de manière concrète par n’importe quel homme ou femme. A quoi j’ajoute jeune adulte qui cherche une conduite à sa vie ».

Ainsi commence cet extraordinaire ouvrage de Patrice Franceschi : une « éthique » personnelle, forgée au fil des années par l’auteur, entre ses études approfondies de philosophie à la Sorbonne, sa passion pour les stoïciens ; et sa pratique des arts martiaux, de l’engagement et de la lutte, depuis l’Afghanistan jusqu’au kurdistan syrien... Ce « petit manuel de combat » rassemble 327 courts chapitres, mélodieux, philosophiques, universels. Ici une brève parabole ; là un aphorisme surprenant ; ici encore, un paradoxe. Chaque ligne étonne, secoue, oblige. C’est à la fois une éthique ; un manuel de haute tenue pour une époque où rien ne semble tenir, et nous tenir. Et la recherche d’une voie, à l’évidence humaniste, poétique – à la manière d’un Kipling écrivant à son fils.
Romancier, explorateur, baroudeur, Patrice Franceschi est aussi un passionné de sagesse, une sagesse active, vive, enthousiaste – il nous offre ici le plus beau des traités, dans une langue nette et forgée par le temps.

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Mario Bunge : Philosophie de la médecine. Concepts et méthodes

Matériologiques - Février 2019 - Épistémologie de la médecine et du soin


Ce livre entremêle plusieurs registres : manifeste, diatribe et analyse philosophique. Grâce à une analyse rigoureuse des idées qui sous-tendent la théorie et la pratique médicales, une dissection conceptuelle pourrait-on dire, Mario Bunge expose les intuitions philosophiques généralement tacites qui fondent la médecine scientifique, pour mieux en extraire le noyau rationnel et fructueux, ainsi que celles, frelatés et fallacieuses, qui servent de béquilles aux médecines dites parallèles. Dès lors, cette analytique du sens et des conceptions de la science médicale devient sous sa plume ironique et sans hypocrisie bienséante un manifeste en défense de la médecine scientifiquement fondée autant qu’une charge contre les pseudo-médecines qui encombrent les étagères vermoulues d’apothicaires et de Diafoirus pourtan
Dans ce livre, Mario Bunge parcourt le champ médical en le balisant ainsi : la nature de la maladie, la logique du diagnostic, la découverte et la conception de médicaments, les essais en laboratoire et les essais cliniques, l’élaboration de thérapeutiques et la conception de protocoles, les devoirs moraux et les droits des médecins et des patients, la différence entre la médecine scientifique et le charlatanisme médical, la combinaison de la recherche fondamentale et de la médecine appliquée, la place des soignants dans la société, la tâche de la sociologie médicale et la nécessité d’une couverture médicale universelle.

Traduction française par Pierre Deleporte de Medical Philosophy. Conceptual Issues in Medicine, World Scientific Publishing Co Pte Ltd, 2013.


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Plotin : Traité 19 Sur les vertus

Vrin - Février 2019 - Bibliothèque des Textes Philosophiques


Le traité 19 Sur les vertus (Ennéades I, 9), sans en être une présentation complète, est un des textes les plus importants consacrés par Plotin à l’éthique. Ce texte a aussi exercé, directement et indirectement, une grande influence sur la pensée éthique dans l’antiquité tardive, à Byzance, en terre d’Islam, et dans le Moyen Âge latin. Comment l’homme peut-il s’assimiler, dans sa vie, à une vie divine grâce aux vertus? A cette question Plotin apporte une réponse originale en distinguant deux sortes d’assimilation et deux sortes de vertus. La conception d’une assimilation asymétrique permet d’envisager une vie de l’homme assimilée par la vertu à la vie d’une divinité qui transcende la vertu. La distinction que fait Plotin entre vertu « politique » et vertu « supérieure », distinction nouvelle, articule la mise en ordre et la gestion des désirs, des plaisirs et des souffrances que peut apporter la raison de l’homme, ainsi que la dépendance de la raison d’une connaissance inspirée par un intellect divin transcendant. Sont ainsi posés les jalons de ce que sera, chez les successeurs de Plotin, la théorie d’une hiérarchie des vertus. Dans ce traité, Plotin discute aussi de la « purification » morale de l’âme, du possible dans le perfectionnement de l’homme, de la gestion des affects corporels et de l’irrationnel, des liens qui lient les vertus entre elles. Le commentaire cherche à compléter le traité en citant d’autres textes de Plotin et en le situant dans le cadre des grandes théories éthiques de l’antiquité, notamment celles de Platon, Aristote, d’Épicure et des stoïciens.

Traduction de Dominic J. O’Meara, professeur émérite de philosophie à l’Université de Fribourg (Suisse)

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lundi 18 février 2019

André Bernold : Dialogue entre Hylas et Philonous sur les frères van Velde

Fage Editions - Février 2019


« Même à l’intérieur des choses les plus opaques, il y a de la lumière. » Geer van Velde

Les Trois dialogues entre Hylas et Philonous que le philosophe irlandais George Berkeley publie à Amsterdam en 1713, font s’affronter un défenseur de la doctrine matérialiste (Hylas) et le représentant de l’« immatérialiste » Berkeley (Philonous), pour qui seuls existent les esprits et les idées.
Dans ce quatrième échange, orchestré cette fois en sous-main par André Bernold, la dispute, à la fois facétieuse et fort sérieuse, puise son motif dans l’œuvre des frères van Velde, Bram (1895-1981) et Geer, son cadet (1898-1977).
Qu’en est-il de l’image chez les van Velde ?
Les grandes paires de concepts de toute théorie de la perception – temps et espace, matière et lumière, intériorité et extériorité, visibilité et invisibilité… – se voient cassées et ressoudées au fil du dialogue que rythment les affirmations, réfutations, objections, conciliations et pensées-relais (parmi lesquelles, au premier chef, celles de Beckett, Bergson, et Deleuze).

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Yann Kerninon : Sauver le monde

Buchet-Chastel - Février 2019


A la fois récit réel des aventures d'un groupe de rock loufoque et essai philosophique, ce livre interroge notre capacité à retrouver l'innocence et l'espoir dans un monde livré à l'errance. Dans le temps de la fin de l'histoire, du déracinement et du scepticisme universel, sommes-nous condamnés à la banalité d'une vie de compromis économiques et de platitude ? Doit-on se contenter des vieilles utopies idéalistes, comme si elles n'étaient pas mortes ? Et s'il était encore possible d'inventer un avenir qui ne procède ni de la résignation ni du simulacre... Renouer avec la vie, l'action et un certain héroïsme. Sauver le monde.

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David Banon : Judaïsme et modernité. Confrontation et interlocution

Hermann - Février 2019


Peut-on établir des rapports entre judaïsme et modernité ? Au premier abord, il semble que l’arrimage soit impossible. Si le judaïsme s’adosse à une révélation, la modernité prône l’autonomie de la raison qui a pour tâche d’innover dans tous les domaines. Mais l’innovation provient-elle, comme le voudraient les tenants de la modernité, d’une césure ? Ne s’inscrit-elle pas aussi, comme le préconise le judaïsme, dans une continuité ? La tradition juive qui a subi, bien avant le XVIIIe siècle, les assauts de la modernité et de la sécularisation, n'a-t-elle pas son mot à dire sur la modernité qui est entrée en crise ?
Ces problématiques, au centre du présent essai, sont discutées en convoquant divers philosophes contemporains. Sont ici présentées les différentes tentatives de sortir de cette polarisation, qui définit le judaïsme comme un archaïsme face à la modernité et face à sa prétention de maîtriser le réel et le sens. Non pas l’un ou l’autre, l’un excluant l’autre, mais l’un et l’autre dans une tension féconde.

David Banon est docteur ès lettres de l’université de Genève, professeur émérite de l’université de Strasbourg et membre de l’Institut universitaire de France. Il a publié une douzaine d’ouvrages et traduit de l’hébreu trois livres de Y. Leibowitz.

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dimanche 17 février 2019

Norman Ajari : La dignité ou la mort

La Découverte - Février 2019


L'objet de ce livre est de montrer que la dignité présente un autre visage lorsqu'elle émerge d'une histoire de la déshumanisation. À travers une analyse critique de la tradition philosophique européenne, Norman Ajari élabore une conception radicalement nouvelle de la dignité, entendue ici comme la capacité à se tenir debout entre la mort et la vie.

Être africain ou afrodescendant, c'est provenir d'un peuple dont l'humanité fut contestée sur les plans juridique, scientifique, philosophique, théologique, économique, psychiatrique. On n'en continue pas moins à exiger des Afrodescendants qu'ils cessent de " ressasser ", de " ruminer " l'histoire coloniale, répétant ainsi une vieille injonction esclavagiste à l'oubli des ancêtres et à la méconnaissance de la communauté d'origine. 
Pourquoi prendre la question sous l'angle de la dignité ? La dignité est ce que le Blanc essaie d'abolir lorsqu'il exerce sa violence sur le Noir. Mais c'est aussi ce dont le Blanc se prive lui-même lorsqu'il exerce sa violence sur le Noir. Enfin, c'est ce que le Noir réaffirme collectivement lorsqu'il s'engage contre la domination blanche. Lorsque la dignité d'un jeune Noir est prise d'assaut, lorsqu'il est violé ou assassiné par les représentants de l'État, c'est une longue histoire de luttes, de conquêtes et d'affirmation d'une humanité africaine qui vacille et tremble sur ses bases. 
La Dignité ou la Mort propose une implacable analyse critique de la tradition philosophique européenne. Mais c'est pour mieux renouer avec l'histoire méconnue de la pensée radicale des mondes noirs. Les révoltes d'esclaves, la négritude, les usages révolutionnaires du christianisme en Amérique du Nord et en Afrique du Sud, l'ontologie politique seront autant d'étapes d'un véritable parcours de libération. 
La dignité est la capacité de l'opprimé à tenir debout entre la vie et la mort.

Norman Ajari est docteur en philosophie et chargé de cours à l'université Toulouse Jean-Jaurès. Il est également membre du bureau exécutif de la Fondation Frantz-Fanon.

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Jean Baumgarten, Irene Rosier-catach, Pina Totaro (dir.) : Spinoza, philosophe grammairien

Cnrs - Février 2019 - Philosophie/Politique/Histoire des idées


L'Abrégé de grammaire hébraïque de Baruch Spinoza (le Compendium grammatices linguae hebraeae) parut en 1677 à Amsterdam dans l'édition latine de ses oeuvres posthumes. Il avait été rédigé à la demande de ses amis qui s'intéressaient à l'étude de l'hébreu et connaissaient ses compétences en la matière. L'intention explicite de Spinoza dans cet ouvrage avait été d'expliquer la grammaire hébraïque " selon la méthode géométrique " et d'écrire une grammaire d'une langue vivante plutôt que celle de la langue biblique. De toutes ses oeuvres, celle-ci, inachevée, est la moins connue et étudiée, et fut longtemps considérée comme un texte marginal. 
Les contributions publiées dans le présent ouvrage tendent à resituer le Compendium dans le contexte culturel, linguistique, religieux et intellectuel de l'Europe du xviie siècle. Elles visent à en éclairer les sources, à analyser la méthode élaborée par Spinoza dans sa grammaire, à mettre en rapport ses idées linguistiques avec les principes de sa philosophie, en particulier celles du Traité théologico-politique. 
Ainsi l'Abrégé pourrait-il être reconsidéré comme une création originale et essentielle au sein du corpus spinoziste. 

Ouvrage dirigé par Jean Baumgarten (CNRS-EHESS), Irène Rosier-Catach (CNRS-EPHE) et Pina Totaro (ILIESI-CNR, Université de Rome).

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Paris Chrysos et Annie Gentès (dir.) : L' aventure épistémologique contemporaine. Rencontres autour des travaux d’Anne-Françoise Schmid

Kimé - Février 2019


Les rencontres avec les travaux d’Anne-Françoise Schmid que présente cet ouvrage, mettent la philosophie générique au cœur des pratiques contemporaines des sciences, ouvrant ainsi une nouvelle voie pour la création épistémologique.
– Comment produire une description non disciplinaire des sciences ?
– Qu’est-ce qui permet aux sciences d’être conceptives ?
– De quoi a-t-on besoin pour une science sans exclusions ?
– Quels sont les nouveaux opérateurs de rigueur des sciences contemporaines ?

Les travaux d’Anne-Françoise Schmid montrent que les objets contemporains des sciences ne se prêtent pas à des définitions standard, et que les convergences de perspectives disciplinaires ne permettent pas non plus d’assurer un point de vue théorique unifié, mais seulement des trajectoires particulières et multiples. Il n’y a pas d’objet sans rapport à l’objet. Ce rapport n’est pas simplement une mise en contexte, elle met en jeu l’intime et l’intention des chercheurs. Les disciplines cachent cet aspect.
Sa philosophie travaille à la mise en lumière des opérations qui permettent l’ouverture d’un espace générique : c’est-à-dire un espace qui ne dépend pas d’une seule discipline et qui est condition d’une nouvelle mise en relation des concepts d’humain et de sciences.
Les contributions de cet ouvrage mettent en évidence des nouvelles logiques de découpage, de réarticulation et d’invention de concepts dans une grande diversité de champs disciplinaires.
Ce livre offre une entrée dans un espace générique. Le générique permet de voir ainsi ce que l’on ne voit pas avec l’épistémologie classique.

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samedi 16 février 2019

Christiane Chauviré : Ludwig Wittgenstein

Nous - Février 2019


« Toutes les bonnes doctrines sont inutiles. Vous devez changer votre vie. » Ludwig Wittgenstein 

Biographie intellectuelle de référence, le Ludwig Wittgenstein de Christiane Chauviré est l’introduction la plus claire et la plus incisive à la pensée de cette figure rebelle de la philosophie du vingtième siècle. C’est aussi le récit d’une vie tourmentée et marquée par une extraordinaire exigence éthique. Le livre retrace la vie de Wittgenstein et son développement intellectuel parallèlement, en alternant les épisodes vécus et une présentation des principaux aspects de sa philosophie : le dicible et l’indicible, l’éthique, l’esthétique, les jeux de langage.
« Ses écrits théoriques, de par leur valeur littéraire et leur ‘ élévation ’ morale, exigent une autre approche que celles des philosophes académiques ; la beauté abstraite de son écriture, simple et ramassée, l’énergie morale, le courage, l’exigence, la tension intellectuelle que l’on sent à chaque ligne demandent qu’on les aborde comme on aborderait ceux d’un poète, d’un mystique ou d’un moraliste. » 

Christiane Chauviré : née en 1945, philosophe. Spécialiste de Wittgenstein, elle lui a consacré de nombreux ouvrages. Elle a aussi écrit sur Pierce, William James et Hofmannstahl.

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Hichem Naar et François Jaquet : Qui peut sauver la morale ? Essai de métaéthique

Ithaque - Février 2019


Vous pensez peut-être que la peine de mort est injuste ? Ou encore que l'avortement est moralement acceptable ? Se pourrait-il alors que vous vous trompiez ? C'est en tout cas l'avis des théoriciens de l'erreur. D'après ces philosophes, tous les jugements moraux sont faux parce qu'ils présupposent à tort l'existence de faits moraux à la fois objectifs et non naturels. Organisé autour de ce défi nihiliste, le présent ouvrage aborde les principales théories métaéthiques comme autant de tentatives, plus ou moins fructueuses, de sauver la morale. Les théories qu'on y rencontre combinent invariablement une thèse psychologique (sur la nature des jugements moraux) et une thèse ontologique (sur l'existence d'une réalité morale conforme auxdits présupposés). Dans le style argumentatif sobre et précis qui caractérise la philosophie analytique, ce manuel de métaéthique ― le premier en langue française ― entreprend donc d'évaluer minutieusement un ensemble de théories sur la morale. Bien que destiné en premier lieu aux enseignants de philosophie ainsi qu'à leurs étudiants, il se veut accessible à tous ceux qu'intéresse l'éthique.

François Jaquet est chercheur postdoctoral au Centre de recherche en éthique de Montréal. Ses travaux portent essentiellement sur la métaéthique et l'éthique animale, notamment les critiques du spécisme. Hichem Naar est professeur assistant à l'université Duisburg-Essen, en Allemagne. Spécialisé en philosophie de l'esprit, en métaéthique et en psychologie morale, il travaille actuellement sur la nature des états psychologiques, en particulier les émotions.

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Renato Mezan : Ben alors... Tout ça pour ça ?! Freud, Dora et l'hystérie, ou de l'intellect à l'émotion

Ithaque - Février 2019


Avec un style enlevé et fourmillant d’idées, le psychanalyste brésilien Renato Mezan revient ici sur le célèbre « cas Dora » (Ida Bauer), qui a constitué l’une des principales sources cliniques de la théorie psychanalytique de l’hystérie et a permis à Freud d’établir le rôle déterminant de la sexualité dans les troubles mentaux. 
Face à ce grand classique, paru en 1905, Mezan explore deux voies originales  : il interroge de quelle manière le travail avec Dora vient s’inscrire dans le premier modèle métapsychologique, puis, dans un registre plus biographique, il examine les raisons intimes ayant conduit Freud à rédiger ausssi vite un cas aussi complexe, tout en retardant ensuite sa publication de quatre longues années. C’est, suggère Mezan, que cette « petite hystérique » mobilisa chez Freud de puissants affects contre-transférentiels  : en effet, après avoir déployé des trésors d’intelligence et d’adresse dans l’interprétation d’un des rêves de Dora, le « grand professeur » ne pouvait que rester interdit, blessé peut-être, en entendant la réaction irréverente et moqueuse de sa jeune patiente  : « Ben alors... Tout ça pour ça  ?!  »

Renato Mezan, né en 1950 à Rio de Janeiro, est psychanalyste, docteur en philosophie et professeur de psychologie clinique à l’université catholique de São Paulo (PUC). Son essai Figurer l’inconscient. De Sartre à Huston : Freud, passions secrètes est paru chez Ithaque en 2017.

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vendredi 15 février 2019

Joseph Beaude : Vers le Tout-Autre, et autres textes

Kimé - Janvier 2019


Ce recueil de textes de Joseph Beaude (1933-2015) offre un accès irremplaçable à l’étude de la pensée et du discours mystiques. Loin d’être un simple objet historique ou un domaine spécialisé, la mystique constitue pour la philosophie un défi incontournable. Ce n’est pas le moindre mérite de Joseph Beaude de le démontrer. Si la mystique naît du refus de la théologie, c’est que pour elle Dieu ne saurait-être un objet visé par un sujet, fût-il doué de raison. La pensée y affronte ce qui excède ses capacités d’intellection, le langage s’y trouve adossé contre ce dont il n’est pas la mesure : « pensée de l’impensable », donc, et discours poétique, si la poésie est cette avance que le silence concède au discours. C’est du même coup une théorie originale de l’écriture mystique que Beaude développe ici, non seulement comme accueil du silence, mais comme travail sur l’écriture et contre l’écriture pour la forcer à produire le silence de cela seul qu’il y aurait à dire.
Dans le premier texte qui donne son titre au présent recueil, intitulé significativement Vers le Tout-Autre et qui date de 1967, Beaude dialogue avec Foucault qui appelle la mystique, dans un article sur Blanchot paru en 1966, une « pensée du dehors ».
C’est un poème de Joseph Beaude qui clôt comme de juste ce recueil dans lequel il écrit : Sous les signes retombés en cendres dorment les présences invisibles. Quelle langue réinventée d’une touche légère les réveillera ?

Joseph Beaude est philosophe, spécialiste de la mystique du XVIIe siècle. Il est l’auteur de La mystique (Le Cerf, 1990) et l’éditeur des œuvres du cardinal Bérulle (La vie de Jésus, Le Cerf, 1989 ; Elévation sur Sainte Madeleine, J. Millon, 1998). On lui doit aussi une édition de La recherche de la vérité par la lumière naturelle de Descartes (Babel, 1997).

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Isabelle Garo : Communisme et Stratégie

Amsterdam - Janvier 2019


Si la question communiste semble faire retour, l’absence d’une alternative viable au capitalisme la cantonne pour l’heure aux registres de l’utopie et de la nostalgie. Dans un moment où les développements successifs de ce mode de production ne produisent plus que colère et révolte sur fond d’une succession de défaites, la philosophie contemporaine semble en effet réduire cette question à une aspiration intangible ou inaccessible dont il s’agirait seulement de témoigner. Contre cette tendance à théoriser l’impuissance, Isabelle Garo souhaite renouveler l’approche stratégique du communisme, l’envisageant à la suite de Marx comme la recherche d'une voie révolutionnaire au sein d’une situation historique donnée. Une telle réhabilitation du concept de stratégie, qui distingue une causalité historique de la logique propre de l'intervention politique, correspond à l’invention d’une dialectique nouvelle entre les formes et moyens de l’appropriation sociale, d’une part, et les médiations politiques qu’ils requièrent, d’autre part. Dans cette perspective, l’anti-étatisme de Badiou, le populisme de Laclau ou la thématisation du commun par Dardot et Laval apparaissent comme les prémisses d’une articulation toujours à reformuler des enjeux liés à la propriété, à l’État, au parti et au travail, seule à même de nourrir le dépassement des rapports de domination.

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François Breteau : La poétique de l'ironie

L'Harmattan - Janvier 2019


Cet ouvrage part de la déréliction de l'homme contemporain. C'est une affaire d'existence que d'affronter poétiquement ce malaise de l'être humain. La vision utilitaire du monde nous fait oublier la liberté du réel et la nôtre, bref la notion d'être en présence du monde, d'autrui et de soi. La poétique exacerbe les sens face aux conflits que l'existence provoque. Son ironie face au destin consiste à promouvoir un sensualisme poétique plus grand que le malaise absurde de l'existence. C'est le rôle du poète. La poétique de l'ironie entend convertir tout philosophe à sa propre hybris. De Parménide à Novalis ou Lyotard, il s'agit de percevoir, au coeur de la déréliction, ce qui permet de faire de l'existence son oeuvre et de s'en réjouir.

François Breteau est docteur en philosophie de l'Université Paris 8 Vincennes à Saint-Denis. Il est l'auteur de nombreux écrits dont : Les yeux sauvages, Paris, Ed. L'Harmattan, collection "Les poètes des cinq continents", 2011 et Eau, terre, sang, Paris, Ed. Vérone, 2018 sous le pseudonyme de Aitnanu Jo.

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jeudi 14 février 2019

Spinoza : Œuvres complètes

Bouquins - Février 2019


" Prince des philosophes ", selon Deleuze, " moment crucial de la pensée moderne ", selon Hegel, Baruch Spinoza (1632- 1677) est considéré comme le philosophe le plus dérangeant du XVIIe siècle. Héritier dissident de Descartes, il décida de suivre la raison jusqu'au bout et élabora ainsi une philosophie radicalement neuve, aux conséquences révolutionnaires.
Ce volume permet d'accéder à l'intégralité de ses écrits dans les traductions originelles de Charles Appuhn, depuis Les Principes de la philosophie de Descartes jusqu'au chef-d'oeuvre qu'est l'Éthique, en passant par le Traité politique, le Traité théologico-politique, le Traité de la réforme de l'entendement, le Court Traité, les Pensées métaphysiques et la correspondance.
Outre la rigueur métaphysique préfigurée par le Court Traité et accomplie dans l'Éthique, on voit ici se déployer une réflexion de grande envergure et aux directions multiples. Politique d'abord : Spinoza traite du droit naturel, du contrat social, de la nature des régimes et des États, comme de la place des affects dans l'élaboration d'un champ social. Théologique ensuite : il teste une nouvelle méthode littérale de lecture de la Bible, en attribuant à l'interprétation une portion congrue. Morale enfin : le philosophe interroge les thèmes de la liberté, du bien et du mal dans leur existence même.
Autant de domaines où s'affirme la volonté de n'obéir qu'à la raison et d'en accepter les verdicts et les principes. Nul n'a mieux défini que Spinoza ce que signifie philosopher : " Ne pas rire, ne pas déplorer, ne pas haïr, mais comprendre. "

Ancien élève de l'ENS, agrégé et docteur en philosophie, rédacteur en chef de la revue Actu-Philosophia, spécialiste du XVIIe siècle, Thibaut Gress est l'auteur de cinq ouvrages consacrés à Descartes.

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Francois Laruelle : Tétralogos. Un opéra de philosophies

Les éditions du Cerf - Février 2019


Comment réinterpréter et donner sens à l'idée de Socrate que la philosophie est la plus belle des musiques ? C'est ce que cherche François Laruelle en intégrant dans l'écriture philosophique l'idée de composition paramusicale, qui serait comme la " belle insonore ". 
Il donne corps au concept de Figura serpentinata, en construisant une longue montée, en guise de " gamme ", de la caverne au monde, puis du monde à l'univers. Techniquement, Laruelle transforme la réminiscence de Platon en réminiscience, ajoutant à la montée philosophique les concepts de quantique (la philosophie ne peut plus être l'objet d'une automodélisation) et de générique (l'universel est " surbaissé ", aucune philosophie n'a de suprématie sur les autres). 
La superposition de ces concepts hétérogènes produit une " invention " au sens de Bach, une superposition de voix qui réorganise le matériau musical et conduit à un cogito philomusical, qui réinterprète le silence, et permet de faire entendre autrement le tissu musical. 
Dans un dernier temps, en une longue descente depuis l'univers, la musique insonore revient comme vécu des sujets humains. L'ensemble est une vaste réflexion sur le sens musical de la vie humaine.

François Laruelle, né en 1937, professeur émérite de philosophie générale et contemporaine à l'université de Paris-Ouest-Nanterre, est l'instigateur de la " non-philosophie " ou de la " philosophie non-standard ". Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont En dernière humanité, la nouvelle science écologique (2015).

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Olivier Dhilly : Philosophie - La boîte à outils

L'Opportun - Février 2019


La philosophie est certainement l’épreuve du baccalauréat la plus redoutée de toutes !
Et pour cause : un programme dense, un an seulement pour découvrir des œuvres aux notions complexes et maîtriser une méthodologie... Même les meilleurs élèves sont intimidés !
Professeur agrégé de philosophie dans un grand lycée parisien, Olivier Dhilly apporte tous les outils nécessaires pour acquérir les connaissances indispensables pour réussir le jour J :
• des techniques et des astuces pour bien rédiger;
• les notions du programme décryptées, aussi bien pour les terminales L, S, ES que pour les séries technologiques : l’art, le désir, la religion, la vérité, la société, le bonheur…;
• pour chaque notion, 4 à 6 citations centrales de l’histoire de la philosophie expliquées et mises en relation avec des sujets donnés au baccalauréat;
• un glossaire des auteurs incontournables : Descartes, Spinoza, Kant, Nietzsche, Socrate, Marx, Freud…

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mercredi 13 février 2019

Bruno Traversi, Jean-Jacques Wunenburger, Chrystel Delaigue, Florent Serena : Propos sur l'éducation selon C.G. Jung - L'inconscient collectif chez l'enfant et l'enseignant

Editions du Cénacle de France - Février 2019


L'enfant ne naît pas tabula rasa : il vient au monde avec un « savoir » inconscient, qui l'inscrit dans le monde : c'est à partir de ce constat que fait C. G. Jung qu'il faut considérer la portée de sa psychologie analytique pour l'éducation. La question de la « transmission » qui taraude les philosophes de l'éducation comme les pédagogues depuis l'émergence de l'Education nouvelle au XIXe siècle est à réinterroger à l'aune de la théorie d'un inconscient non seulement collectif, mais aussi psychoïde ou « neutre » (mi-physique mi-psychique) que Jung théorise, en partie avec Wolfgang Pauli, l'un des pères de la physique quantique. Selon Jung, tout enseignant, éducateur, devrait faire un travail sur soi. L'individuation de Pauli en est un exemple : Quelle place donner à l'autorité ? Quelle figure du Maître ? Comment « monter sur l'estrade ? » s'interroge Pauli avec Jung : à quelles conditions psychologiques et intellectuelles suis-je en mesure d'enseigner ? Ils associent le "savoir scientifique" et la "connaissance de soi" (individuation) comme deux aspects indissociables du savoir que doit incarner le "maître" pour enseigner la "nouvelle science". Les choix que fait la société en matière d'éducation sont relatifs aux connaissances scientifiques. Or, la physique moderne et la psychologie de l'inconscient de Jung, dans la première partie du XXe siècle, constituent un profond bouleversement de la situation de l'homme dans le monde et redéfinissent la théorie de la connaissance, en redonnant une place aux Idées innées et, comme moyen de saisie du réel, à l'introspection et à l'imagination, à côté de la raison - facultés qu'il faudrait développer chez l'enfant.

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Judith Lyon-Caen : La griffe du temps. Ce que l'histoire peut dire de la littérature

Gallimard - Février 2019


Aux devantures des librairies, on ne compte plus les ouvrages d'historiens réfléchissant gravement à leur rapport avec la littérature. Doivent-ils en faire une source de leur savoir, mais en contextualisant la fiction depuis leur surplomb, au risque de ne pas faire mieux que l'histoire littéraire et manquer ce que fait la littérature ? Ou bien recourir à l'écriture de la fiction, quitte à s'installer prosaïquement dans l'entre-deux-genres d'une classique monographie ? Judith Lyon-Caen propose une aventure plus ambitieuse : à partir d'une nouvelle de Jules Barbey d'Aurevilly, "La vengeance d'une femme" , l'historienne part de ce qu'est la littérature : une expérience d'être au monde, pour mesurer l'éclairage que sa discipline peut apporter à la mise en écriture romanesque. Ainsi de ces myriades d'objets, de parures, de rues et boulevards ou de lieux parisiens dont la description a pour fonction d'attester la réalité du récit : l'historien décrypte ces traces du temps, que ce soit le temps de la rédaction ou celui de l'action du récit, en retrouve l'origine, réfléchit à la manière dont le romancier en a été affecté. Non pas pour réduire l'écriture romanesque à un ancrage dans une époque, mais, au contraire, pour éclairer comment une époque nourrit le sens d'une écriture. L'historien en "herméneute" du matériau littéraire, en quelque sorte. Une invitation à apprendre à mieux lire ce qui fait la littérature et ce que fait un romancier.

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Paul-Antoine Miquel : Vénus et Prométhée - Essai sur la relation entre l'humain et la biosphère

Kimé - Février 2019


Cet essai a deux ambitions. Il s'agit d'abord de montrer que la Biosphère n'est pas la Terre. En faisant de Gaïa une entité mixte l'ingénieur anglais James Lovelock s'est placé dans une position confortable : il n'y avait plus besoin de se demander comment la Biosphère a pu émerger sur Terre, autrement dit quelle sont les conditions qui ont rendu possible son émergence. Nous pensons au contraire que cette question est fondamentale et que la science est aujourd'hui dans une position où il devient possible d'apporter une réponse. 
C'est une réponse qui sera forcément théorique, et forcément à la frontière entre chimie, physique et biologie. C'est à cette frontière que nous allons faire apparaître le personnage de "Vénus" en hommage au philosophe romain Lucrèce. Vénus n'est pas Gaïa, et pourtant elle vient de Gaïa, sa mère nourricière, sa coquille. Ensuite nous allons aborder sous un certain angle la question de la relation entre l'humain et la biosphère. 
Nous allons concevoir l'humain de manière différentielle comme un noeud de relations avec les autres êtres vivants, et les conditions abiotiques. C'est dans cette perspective que nous allons aborder la question de sa triple responsabilité vis-à-vis de la manière dont il sculpte les caractéristiques biologiques des générations futures, vis-à-vis de la manière dont il met en danger leur existence, et finalement de la manière dont il met en danger l'existence future de la biosphère elle-même. 
Nous nommerons cette triple responsabilité : "Prométhée" . Au sujet de Prométhée, notre ambition est de formuler un nouvel impératif éthique : agis de telle sorte que tu prennes en compte les devoirs que tu as vis-à-vis de générations futures et de la biosphère, comme si elles pouvaient revendiquer des droits. Dans cet impératif, le temps se met d'un seul coup à fonctionner à l'envers et les générations futures peuvent se mettre à parler. 
L'impératif responsabilité fait donc intervenir des interlocuteurs virtuels. Nous montrons les conséquences que l'application d'un tel impératif peut avoir sur 7 points fondamentaux : croissance démographique exponentielle depuis 50 ans ; taux de disparition des espèces multiplié par cent depuis 1900 et destruction des milieux naturels ; non renouvellement des ressources naturelles ; réchauffement climatique, dont au moins une partie est anthropique ; accroissement des inégalités sociales, et concentration du capital dans des grandes entreprises mondiales ; croissance disruptive du développement bio- technologique (plus ce développement augmente, et moins il y a de contrôle théorique et scientifique sur ce qui se développe) ; instabilité politique internationale conjuguée à la prolifération nucléaire. 
Si on suit notre impératif, aucune de ces questions ne peut plus être laissée sous la seule responsabilité de la main invisible des tenants d'une économie libérale. Elles sont à présent sous le rétrocontrôle virtuel des générations futures et de la biosphère qui revendiquent leurs droits à travers nous.

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mardi 12 février 2019

Collectif : Corps et décors. Avatars de la philosophie du corps entre Orient et Occident

Editions L'Harmattan - Janvier 2019 - Collection : Rationalismes


La philosophie contemporaine et la phénoménologie du corps, en visant à rendre le corps plus multiple, plus habité par l'altérité y compris technique (Derrida, J.-L. Nancy), ont fait évoluer profondément le problème du lien entre âme et corps. Ces perspectives ont introduit dans le débat d'origine cartésienne des variantes liées à l'art, l'écriture et l'environnement. Orient et Occident se retrouvent ainsi confrontés à un corps aux multiples « décors », qui le spécifient, l'entourent, l'enrichissent.

Dandan Jiang et Jérôme Lèbre sont Directeurs de programme et Paolo Quintili ancien Directeur de programme au Collège International de Philosophie. Dandan Jiang est professeure de philosophie et d'esthétique à l'Université Jiaotong de Shanghai, Jérôme Lèbre est professeur de philosophie en classes préparatoires littéraires à Paris, Paolo Quintili est professeur d'histoire de la philosophie à l'Université de Rome « Tor Vergata ».

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Raison présente 2018/4 (N° 208) : Aux frontières de la vérité II – Des faux en tout genre

Union rationaliste - Février 2019


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Miguel Abensour : Le coeur de Brutus

Sens & Tonka - Février 2019


Pour reprendre la fameuse formule d´Anacharsis Cloots, ""Ni Marat, Ni Roland"", la ligne directrice de cet essai sera : ""Ni Soboul, Ni Furet"". Le pari est fait que le temps est venu de proposer une lecture qui se tienne à l´écart des idéologies qui ont cours, soit l´identification du jacobinisme à une préfiguration du léninisme, soit la glorification de Thermidor. Autrement féconde nous apparaît l´approche de R. Bodei qui, dans La Géométrie des Passions, en confrontant le projet jacobin à Spinoza dévoile une nouvelle constellation dans laquelle le recours à la crainte et à l´espoir, loin de viser à l´asservissement du peuple travaille à sa libération. Aussi cet ouvrage aura-t-il pour ambition de ""s´expliquer avec Saint-Just"" en faisant de la question politique le lieu critique par excellence ? L´ouvrage comprend deux volets : l´un consacré à la philosophie politique de Saint-Just, l´autre à l´héroïsme et à sa prégnance dans l´agir révolutionnaire.

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