mercredi 10 août 2016

Patrick Tort : Qu'est-ce que le matérialisme ? Introduction à l'Analyse des complexes discursifs

Belin - Août 2016


Le matérialisme que ce livre interroge et construit n'est pas une « philosophie », mais la condition de possibilité et l'outil de la connaissance objective.
Historiquement, il se confond, de fait, avec l'élaboration de la science moderne s'affranchissant graduellement des contrats de parole qui l'asservirent longtemps à la métaphysique et à la théologie.
Comment cette émancipation s'est-elle effectuée en des temps où une croyance instituée dictait sa loi théologico-politique aux efforts de la connaissance en leur imposant a priori la limite de l'Inconnaissable ?
Comment d'autre part, face à cet affranchissement toujours inachevé, une métaphysique résiduelle impose-t-elle encore aux artisans de la connaissance objective, sans qu'ils s'en doutent, des cadres, des frontières, des démarches et des représentations ?
Ce livre montre qu'une analyse savante des complexes de discours dans l'histoire, à travers ce qu'elle explique du passé, peut permettre de comprendre et d'améliorer ce qui constitue proprement aujourd'hui l'acte de connaître. De redéfinir la « conscience ». De sortir des leitmotivs exténués sur le « hasard ». De penser plus authentiquement la singularité émergente du vivant. De s'éloigner d'un modèle strictement nécessitariste du « déterminisme ». De sortir des impasses avérées du réductionnisme. De résoudre les contradictions tacitement acceptées entre matérialisme et morale, ou entre déterminisme et conduites autonomes. D'entrevoir l'origine du symbolisme. De comprendre la nature originellement et fondamentalement politique de la religion. De penser l'articulation évolutive entre « nature » et « civilisation », et un lien cohérent et critique entre sciences de la nature et sciences de la société. D'identifier les comportements discursifs récurrents de ce que l'on nomme l'« idéologie ». Et d'édifier sur de nouvelles bases une histoire naturelle et sociale de la liberté.
Revenant sur une part essentielle de son oeuvre, Patrick Tort invite ici à une véritable réforme logique de l'initiative de connaissance, et, simultanément, à instruire la méthode capable d'éclairer les mécanismes qui la favorisent et la combattent dans l'univers infini des discours.

mardi 2 août 2016

Daniel Thomières (dir.) : Des mots à la pensée. Onze variations sur l'interprétation

ÉPURE - Éditions et Presses universitaires de Reims - Juillet 2016


Le présent ouvrage, publié par le CIRLEP (Centre Interdisciplinaire de Recherche sur les Langues Et la Pensée) de l'Université de Reims Champagne-Ardenne, s’inscrit dans une longue lignée de recherches sur l’interprétation des textes dans ses dimensions aussi bien théoriques que pratiques. Les contributions témoignent, pourrait-on dire, d’une expérience visant à montrer au néophyte de bonne volonté que dégager les richesses d’un texte dans ses tenants et ses aboutissants est une entreprise de l’ordre du possible. Divers chercheurs ont ainsi accepté de montrer comment ils travaillent que ce soit à partir de textes philosophiques, culturels/historiques ou littéraires plus ou moins longs. Dans tous les cas, l’accent a été placé sur les rapports entre, d’une part, les mots / la langue / les langues et, d’autre part, la pensée / l’interprétation / les possibilités de sens, et cela conformément à la vocation première du CIRLEP: jusqu’où pouvons-nous développer les potentialités de ce « ET » qui relie langue « et » pensée dans notre sigle?


Raphaël Künstler et Alban Bouvier (dirs.) : Croire ou accepter ? Analyses conceptuelles et études de cas

Hermann- Juillet 2016



Peut-on convaincre un terroriste de renoncer à l’attentat qu’il projette ? Pourquoi des innocents risquent-ils d’être condamnés et incarcérés ? Les adhérents du Front national croient-ils vraiment à chaque proposition de l’idéologie du parti ? Les scientifiques peuvent-ils soutenir une théorie qu’ils croient fausse ? Ou encore, comment des riverains mobilisés contre un projet local d’aménagement du territoire en viennent-ils à adopter une position environnementaliste globale ? Autant de questions auxquelles ce volume apporte des éléments de réponses. À partir des travaux fondateurs de L. Jonathan Cohen et de la distinction opérée entre croyance et acceptation, les auteurs proposent ici aussi bien des analyses conceptuelles que des études de cas empruntés à des domaines variés (judiciaire, politique, religieux, scientifique), qui permettent une meilleure compréhension des phénomènes sociaux, et notamment des phénomènes de croyances collectives.




samedi 30 juillet 2016

Alexandre Leupin : Édouard Glissant, Philosophe. Héraclite et Hegel dans le Tout-Monde

Hermann - Juillet 2016


Il faut placer la réflexion qu'Édouard Glissant a inlassablement et obstinément poursuivie en regard de la philosophie européenne. Apparaît alors un « autre » Glissant, présent dès les commencements de l'oeuvre, et qui brusque la tradition philosophique pour en arracher des propositions véritablement inouïes : Tout-Monde, Relation, créolisation. Dès lors, la cohérence et la clarté du parcours de la pensée s'imposent, contredisant le stéréotype d'une oeuvre réputée « obscure » ou « difficile ».
Les essais d'Édouard Glissant augurent d'un temps et d'une géographie inédits de la philosophie, où une ontique fusionnante repense et déplace la métaphysique et l'ontologie. Glissant est un météore, surgi de cet espace cosmique qu'il a nommé l'Autre de la pensée.
Glissant doit être lu non pas seulement comme un très grand écrivain, mais comme celui qui aura renouvelé de fond en comble, à l'orée du XXIe siècle, les très anciennes questions de la philosophie, en revenant à sa figure première, que pratiquèrent Héraclite et Parménide et que bannit Platon : la poésie.

jeudi 28 juillet 2016

Chris YOUNÈS et Céline BODART (dirs.) : Encore l'architecture Encore la philosophie

Hermann - Juillet 2016


À Paris, un premier rendez-vous célébrait en 1985 la rencontre de l’architecture et de la philosophie. Architectes et philosophes étaient invités à discuter ensemble de la question suivante : comment la philosophie peut-elle saisir l’architecture au plus près de ce qui la détermine ?
Qu’en est-il encore aujourd'hui quand il s’agit de trans-, re-, co-, alter-architectures ou de bio-, géo-, éco-sophies ? Comment ces enchaînements de préfixes questionnent-ils le sens de ces pratiques ? Quels sont les événements qui ont orienté, ré-orienté, parfois dés-orienté leurs récits, discours et fondements ? Qu’est-ce qui encore et toujours résiste et se transforme ?
Il s’agit dans cet ouvrage qui rassemble diverses approches de mettre en débat ce qui participe à la tenue et à l’ouverture d’un monde.

Chris Younès est philosophe, professeure à l'Ecole spéciale d'architecture, où elle a fondé et dirigé le post-diplôme " Architecture des Milieux ". Céline Bodart est architecte de formation ; elle a également passé un diplôme de spécialisation en " Architecture et Philosophie " (DPEA, ENSA Paris La Villette) et a fait partie du Programme expérimental en arts et politiques (SPEAP, Sciences Po Paris), sous la direction de Bruno Latour et Valérie.

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mardi 26 juillet 2016

Giovani Dotoli : Art, folie, éros, psychiatrie et liberté

Hermann - Juin 2016 - Vertige de la langue


L’écrivain italo-français Ricciotto Canudo (1877-1923) est surtout connu pour ses écrits sur le cinéma et l’invention de l’expression « septième art ». Mais son livre Les Libérés est un ouvrage prophétique qui mérite une attention particulière. En avance sur son temps, Canudo y pressent l’invisible de l’avenir, avec les grandes découvertes de la médecine en matière de folie et de psychiatrie, de sexualité et de liberté. Ce roman inclassable, paru en 1911 et alors en lice pour le prix Goncourt, annonce l’antipsychiatrie du début des années 1960, en défendant le fou contre la société et en transformant les troubles mentaux comme des sources de créativité. 

Ricciotto Canudo, dont l’œuvre est injustement oubliée, se révèle comme l’un des principaux écrivains et théoriciens pré-surréalistes, ainsi qu’un précurseur de Bataille et Foucault quant aux questions de libération de la folie par le sexe, la musique et l’art.

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Robert Legros : Hegel. La vie de l'esprit

Hermann - Juin 2016 - Le bel aujourd'hui


En dépit d’une reconnaissance du principe moderne de la subjectivité, d’une exaltation de la raison universelle, d’un éloge de la modernité, la philosophie hégélienne de l’esprit reste attachée à une conception vitaliste de l’esprit, à une forme d’organicisme ou de romantisme. Les commentaires de Robert Legros visent à suggérer que la philosophie politique de Hegel, qui prend forme progressivement au cours des années 1800 et s’affirme dans les Principes de la philosophie du droit paru en 1820, reste irréductiblement écartelée entre une visée rationaliste, qui sous-tend une critique explicite de l’organicisme romantique, et une forme d’organicisme ou de vitalisme, qui anime une critique virulente des Lumières.

Robert Legros est professeur émérite à l’université libre de Bruxelles et à l’université de Caen, et enseigne actuellement à l’Institut catholique de Paris. Il est l’auteur de plusieurs livres sur l’idéalisme allemand, la phénoménologie et la philosophie politique. Son dernier ouvrage est L’humanité éprouvée (2014).

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mercredi 20 juillet 2016

Sophie Coignard et Louis Lourme (dirs.) : Politique et cosmopolitique

PUF de Bordeaux - Juin 2016 - Lumières n°28


Le dix-huitième siècle a été l'occasion d'un retour de la notion de cosmopolitisme qui a donné lieu à une redéfinition. Ce retour a ouvert une nouvelle ère pour le cosmopolitisme, ère dans laquelle nous évoluons encore de nos jours. En effet, que le terme serve à caractériser les relations qu'entretenaient alors les élites européennes, qu'il soit utilisé pour qualifier les relations juridiques que les individus devraient entretenir, ou qu'il puisse servir à imaginer un nouveau type de relations interétatiques, le concept de cosmopolitisme acquiert à cette époque une dimension politique que la période contemporaine est toujours en train d'approfondir. Ce numéro de la revue Lumières se propose d'interroger les caractéristiques du cosmopolitisme contemporain à la lumière de cette généalogie du concept. En particulier, les analyses se concentreront sur la dimension politique (juridique, institutionnelle, etc.) de la notion, c'est-à-dire sur le lien entre le cosmopolitisme et la pratique politique effective.

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Philippe Fleury : Walter Benjamin. Un itinéraire philosophique

L'Harmattan - Juillet 2016 - Ouverture Philosophique


Walter Benjamin (1892-1940), témoin du Xxe siècle, à travers son itinéraire semé d'embûches, a dû affronter l'arrivée au pouvoir des nazis. Amené à sillonner l'Europe, Berlin, Ibiza, Moscou, Paris, il développe une activité de critique littéraire et une philosophie de l'histoire, notamment dans ses ultimes « Thèses » de 1940. Ce testament philosophique est influencé par le messianisme juif et le marxisme. Décrit comme sentinelle messianique, l'oeuvre de Walter Benjamin se déploie aux confins de la sociologie, de l'esthétique et de la théologie. Sa philosophie de l'histoire contraste avec celle de Nietzsche, mais le rapproche de Simone Weil. Analyste privilégié des tourments de l'Europe, il participera indirectement l'Ecole de Francfort. 

Philippe Fleury est professeur de philosophie au lycée Daudet à Nîmes. Agrégé de philosophie et docteur, ses recherches et ses publications l'ont amené à s'intéresser à la philosophie de l'histoire et à la philosophie allemande.

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Bernard Andrieu : Sentir son corps vivant. Émersiologie I

Vrin - Juin 2016 - Moments Philosophiques


L’activité du corps vivant précède notre conscience du corps vécu et produit en nous des gestes involontaires : émotions, vertige, orgasme, réminiscences et douleurs. Sentir son corps vivant nous éveille à une nouvelle connaissance de soi et d’autrui, et exige une attention à soi dans le cours de notre existence, mais aussi à travers une intercorporéité.
En s’appuyant sur les neurosciences in vivo et les techniques immersives, l’auteur analyse les apports d’une phénoménologie neurobiologique de l’action, décrit l’écologie corporelle à partir de l’activation prémotrice du vivant, et dévoile ces émersions expérientielles qui éveillent dans le vivant des capacités inédites. Il nous présente ainsi l’émersiologie, une philosophie du corps qui lie le vivant et le vécu et propose de dynamiser nos sensations profondes pour changer notre schéma corporel et notre action dans le monde.

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mardi 12 juillet 2016

Andrea Cavazzini : Sciences de la vie, mathesis, infini. Nouvelles études d archéologie des savoirs

Hermann - Juin 2016


La connaissance de la vie pourrait-elle nous instruire sur la rationalité général ? Cela ne saurait se produire sans élaborer les valeurs rationnelles propres au savoir biologique, par-delà les bricolages empiriques et l’emprise des métaphores mécanistes. Mais la vision dominante des sciences, orientée par le culte des données et de l’utilité pragmatique, fait obstacle à cette élaboration. C’est par une régression archéologique vers des strates oubliées de la pensée antique et moderne qu’il faudra saisir l’exigence de penser la vie comme un questionnement de la raison elle-même. Des mathématiques « romantiques » à la querelle du vitalisme, de Hegel et Grassmann à Georges Canguilhem et Gilles Deleuze, du Néoplatonisme à la Naturphilosophie, autant de moments où la réflexion sur le vivant a impliqué une (auto-)réflexion sur l’Absolu contingent qu’est l’essence de l’animal rationnel.

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Ayse Yuva : Transformer le monde ? L'efficace de la philosophie en temps de révolution, France-Allemagne, 1794-1815

Maison des Sciences de l'Homme - Juillet 2016 - Bibliothèque allemande


A aucun moment l'on n'a cru au pouvoir de la philosophie à transformer le monde plus que pendant la Révolution française. 1789, préparé par les écrits des philosophes des Lumières, devait ouvrir la voie à l'application et à la réalisation de principes philosophiques dans le gouvernement des hommes. La révolution puis la république seraient l'oeuvre de la philosophie. Le présent ouvrage a pour but d'explorer ce lieu commun qui prévaut encore aujourd'hui. Il vise à reprendre l'enquête en amont : que veut-on dire lorsque l'on parle de la nature "philosophique" de la révolution, des rapports de la théorie à la pratique, ou des dangers politiques de l'abstraction philosophique ? La philosophie est-elle l'instrument d'un élitisme intellectuel et politique ? Confrontant entre eux des textes d'auteurs français et allemands, où se croisent des traditions philosophiques distinctes, Ayse Yuva prend à rebours un second lieu commun, hérité du XIXe siècle, celui d'une Allemagne qui penserait la révolution sans chercher à l'accomplir, et d'une France qui l'accomplirait sans la penser. Elle met en avant une époque et des acteurs qui, loin de s'être contentés d'interpréter le monde, ont bien visé, par la philosophie, à le transformer.

Ayse Yuva est agrégée et docteur en philosophie de l'université Paris 1, diplômée de Sciences-Po Paris, enseignante-chercheuse à l'université de Lorraine, elle est également associée au Centre Marc Bloch (Berlin). Ses recherches portent notamment sur la politique de la philosophie, les sciences de la réforme politique et sociale, et les écritures de l'histoire. Elle est coéditrice de l'ouvrage France-Allemagne : figures de l'intellectuel entre révolution et réaction (1780-1848), paru en 2014.

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