mardi 13 janvier 2026

Marielle David : Penser : le tissu, la marche et le sexuel

Chryséis édition - novembre 2025

Sur les murs de Pompéi, sur les toiles des peintres, à travers chaque civilisation, le tissu affirme son existence. Le livre de Marielle David, surprenant, nous révèle que sa place est primordiale dès la naissance de tout nourrisson. La nature du tissu se modifie à mesure que l’infans grandit, que son corps se redresse, qu’il s’élance pour marcher et suscite la naissance de la pensée, attachée à l’évolution de ses perceptions. Elle confronte autour du nourrisson plusieurs conceptions de la psychanalyse avec l’avancée des neurosciences. Les nouvelles connaissances sur le bébé et ses interactions avec la mère sont mises à contribution, tandis que la composante de l’évolution des pulsions se lit ultérieurement dans les modalités de la sexualité contemporaine. Les religions et l’art s’emparent de ces processus pour les commenter et nous les transmettre. La science expliquera-t-elle l’universalité de ces éléments primaires?

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Dominique Chateau : Le savant et le scénariste. Des séries pour les méninges

 Atlande - Janvier 2026


Des séries pour les méninges, ça existe. The Big Bang Theory est remplie de références à la physique, Numb3rs à la logique, Friends recourt à la paléontologie comme à un divertissement exotique, The Good Place est baignée de philosophie, la théorie de l’audiovisuel affleure très nettement dans Community et les gender studies dans Parks and Recreation. Même dans des séries très grand public comme Les Experts, l’influence de la sémiotique est patente, en l’occurrence dans sa version Las Vegas. Pour leur part, Seinfeld et Doctor Who jouent sur les codes de la série et témoignent d’une vraie réflexion sur le genre.
Dominique Chateau ne se cantonne pas aux classiques anglo-saxons, il convoque aussi Juana la Virgen, un succès vénézuélien, véritable méta télénovela qui, à la fois, surfe sur les codes du genre et s’interroge sur celui-ci. L’auteur conclut son remue-méninges par une comparaison sur la présence de l’érudition au cinéma et dans les séries. Qui regarde quoi ? Comment ? D’où viennent ces références ? Comment les scénaristes se retrouvent-ils imbibés de ces cultures savantes ? Pourquoi choisisent-ils d’en jouer ? À mi-chemin entre l’analyse filmique et l’esthétique des arts visuels, ce petit essai est véritablement jouissif pour qui n’aime pas se contenter de “regarder idiot”.

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Luce Irigaray : La voie de l’amour (rééd.)

 Mimesis - Janvier 2026


C’est la recherche d’une évolution plus juste et heureuse pour l’humanité qui inspire la vie et l’oeuvre de Luce Irigaray. Seul le respect d’autrui et la reconnaissance des différences irréductibles entre individus peuvent permettre à la subjectivité humaine de correspondre aux exigences de la mondialisation. De nouvelles perspectives sur l’intersubjectivité sont proposées dans cet ouvrage, élégant et accessible. Une tentative radicale de repenser et refonder la philosophie occidentale en remettant la relation à autrui au centre de l’expérience humaine et le corps comme source de vie et de culture au centre du cosmos. Une nouvelle voie s’ouvrirait alors pour le/la philosophe et tout chacun·e, loin des constructions uniquement conceptuelles, apanage des cercles intellectuels et académiques. À l’opposé des dérives scientistes et technocratiques du savoir, la philosophie serait alors «la sagesse de l’amour» et non pas «l'amour de la sagesse».

Luce Irigaray (1930), née en Belgique, où elle a fait des études universitaires et enseigné, vient en France en 1959 pour réaliser une formation psychanalytique dans l’école freudienne de Paris. Elle prendra ensuite la nationalité française. En 1974, elle soutient Speculum. De l’autre femme comme doctorat d’État à l’université de Vincennes. Ce livre, édité aux éditions de Minuit, changera sa vie. Exclue de l’université et de l’école psychanalytique dirigée par Jacques Lacan, elle continue ses recherches dans le cadre du CNRS. Son oeuvre s’exprime de manière tantôt plus philosophique (Speculum, Amante Marine, L’Oubli de l’air), tantôt plus scientifique (Parler n’est jamais neutre), tantôt plus politique (Democracy Begins Between two) ou même poétique (Passions élémentaires, Prières Quotidiennes). Sa pensée engagée a largement influencé le féminisme international contemporain.

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Catherine Malabou : Au voleur ! Anarchisme et philosophie (réed.)

 PUF - Janvier 2026 - Quadrige


L’ouvrage débute par une définition très précise des termes « anarchie » et « anarchisme » et de leur histoire, en même temps que par un tour d’horizon des enjeux politiques contemporains qui rendent nécessaire une nouvelle réflexion sur ces termes et leur potentiel émancipateur, trop vite enterré ou méprisé (les anarchistes sont des nihilistes, des terroristes, etc.). Catherine Malabou s’interroge sur la raison pour laquelle certains des philosophes les plus importants du XXe siècle ont élaboré des concepts d’anarchie décisifs pour comprendre la situation contemporaine de la pensée en matière d’éthique et de politique sans jamais toutefois se référer à l’anarchisme. Comme si l’anarchisme était quelque chose d’inavouable, qu’il faudrait cacher alors même qu’on lui vole l’essentiel : la critique de la domination et de la logique de gouvernement.
D'Aristote à Rancière, en passant par Derrida ou Agamben, au fil de l’interprétation critique de chaque philosophe se dégagent les éléments d’une pensée du « non-gouvernable », qui va bien au-delà d’un appel à la désobéissance ou d’une critique convenue du capitalisme.

Catherine Malabou est professeure de philosophie à l’université de Californie à Irvine. Parmi ses nombreuses publications : Avant demain. Épigenèse et rationalité (Puf, 214), Métamorphoses de l’intelligence (Puf, 22 pour l’édition « Quadrige »), Le Plaisir effacé. Clitoris et pensée (Payot-Rivages, 22) et Il n’y a pas eu de Révolution. Réflexions sur la propriété privée, le pouvoir et la condition servile en France, (Payot-Rivages, 223).

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Jean-Luc Nancy : À la musique

Éditions de la Philharmonie de Paris - Octobre 2025


Jean-Luc Nancy : une écriture, une résonance, une voix, une pensée dont il ne suffit pas simplement de souligner le musical, mais d'abord de la laisser se suspendre et s'écouter, être traversée par le sens et le son.
Disparu en 2021, Jean-Luc Nancy laisse derrière lui l'une des œuvres philosophiques majeures de notre temps. À l'écoute du monde, questionnant sans cesse son ouverture et sa vibration, il a cultivé la rencontre avec les arts et les artistes, en cherchant à saisir l'expérience esthétique depuis la singularité des œuvres. D'abord consacrés à des opéras (genre qu'il aimait) et au rock (à l'invitation de Rodolphe Burger, fidèle compagnon de route), ces textes affrontent aussi les redoutables questions du sens musical ou du rapport entre musique et politique. Des variations sur la reprise ainsi qu'un hommage inédit à Theodor W. Adorno viennent compléter l'ensemble.

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lundi 12 janvier 2026

Raphaël Ménard : Vers la légèreté. Petite histoire énergétique des sociétés humaines

 Wildproject - Octobre 2025



Pendant des millénaires, et jusqu’aux deux derniers siècles, l’humanité a vécu dans une sorte de « régime permanent énergétique » : un monde essentiellement régi par les flux, sans ponction sur les ressources fossiles, qu’elles soient énergétiques ou matérielles. Les ressources disponibles déterminaient les formes de l’architecture et de l’aménagement.
Depuis la révolution industrielle, grâce au feu des énergies fossiles, l’architecture peut tout s’autoriser, selon une logique inversée : le projet ordonne la « liste de courses » des matières et des formes — l’intendance énergétique suivra. Résultat : l’habitat humain pèse désormais sur le monde d’un poids insupportable.
Comment sortir de ce monde boursouflé par une consommation insoutenable ? Comment rompre avec le cycle infernal extraire/produire/détruire ? Pouvons-nous même encore construire ? Oui – mais à condition de tout changer, de décrocher de l’orbite sur laquelle nous nous sommes envolés.
Du big-bang à l’éolienne auto-construite, ce livre esquisse une autre histoire des sociétés humaines, au prisme de leur infrastructure énergétique — une étape indispensable pour construire les sociétés légères de demain.

Raphaël Ménard, né en 1974, diplômé de l'École polytechnique et des Ponts et Chaussées, est architecte et docteur en architecture. Il dirige AREP, agence pluridisciplinaire regroupant plus de 1 000 collaborateurs en France et dans le monde, qui conçoit gares et espaces publics, et mène un travail de prospective.

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Anthony Bonnemaison, Marion Durand, Antoine Gazeaud (dir.) : Logique et argumentation

Vrin - janvier 2026 - Philosophie Antique


Les philosophes de l’Antiquité ont cherché à élucider et théoriser les procédés argumentatifs qu’ils utilisaient, ainsi que ceux de la rhétorique ou des sciences antiques. Ils se sont intéressés à la sémantique, aux théories de la phrase et de la proposition, à la syllogistique, aux formes de l’argumentation, à la dialectique, aux sophismes et à l’éristique, ou encore à l’axiomatique.
Avant la constitution officielle de la logique, le dossier examine la structure itérative des raisonnements depuis Homère jusqu’à Zénon et les premiers mathématiciens grecs, ainsi que la conception de l’éristique à l’œuvre dans les dialogues de Platon.
Le dossier aborde ensuite les aspects techniques de la logique péripatéticienne, qui s’est très tôt appuyée sur des schémas pour représenter les syllogismes. Quant à la quatrième figure du syllogisme, il est montré qu’elle n’a jamais existé, que ce soit dans les textes d’Aristote ou ceux de Galien. La logique stoïcienne fait quant à elle un usage nouveau du verbe « être », défend des positions nouvelles quant au temps, au nombre et à la voix, et déploie des techniques complexes d’analyse des syllogismes.

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André Stanguennec : Le carré du monde. Une lecture philosophique des Arcanes majeurs du Tarot

Peeters - Décembre 2025 - Bibliothèque Philosophique de Louvain


Il est proposé une interprétation des significations anthropologiques des Arcanes majeurs du Tarot. Il s’agit de montrer que ces images peuvent être déchiffrées comme la projection d’une structure réflexive quaterne donnant un sens crédible à notre pensée et à notre action. Deux références philosophiques majeures guident l’auteur dans la construction de l’hypothèse : d’une part, l’analogie posée par Kant dans Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée? entre notre orientation dans la pensée et notre orientation dans l’espace. D’autre part, l’idée explorée par Cassirer que les mythes et les religions ne laissent pas de renvoyer à un socle transcendantal qu’il est possible de mettre au jour par les moyens de la réflexion. Loin d’être posée de façon dogmatique, la fiction du « carré du monde » est donc introduite comme une hypothèse dont la portée s’étend au-delà du Tarot et concerne notre « orientation » dans le Monde.

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dimanche 11 janvier 2026

Horizon n°70 : Les illusions de la gentillesse

 L'Envers de Paris - Janvier 2026


Alors que la méchanceté de l’Autre affleure dans les discours et devient un sujet d’angoisse, – on s’arrache L’heure des prédateurs de Giulino Da Empoli dans les librairies – il peut sembler incongru de s’intéresser aux « illusions de la gentillesse ». Pourtant ce titre dit bien l’époque : une gentillesse en trompe-l’œil, tramée d’empathie, de bienveillance, dont nous sommes accablés. Ne voilà-t-il pas que le consentement des amateurs de pratiques SM doit maintenant être scruté avant et pendant, et que l’accès à des pommades, onguents et autres couvertures doit leur être ménagé ? Toutefois, derrière ces voiles, on distingue quelque chose de plus sombre. L’instant de voir n’est plus qu’un clin d’œil, qui suffit à dissiper l’illusion d’optique. La gentillesse pourrait bien prendre une valeur contraphobique face à l’inquiétude qui s’empare des foules et s’immisce au plus profond des corps. Les appels à venir en aide à son prochain, en effet, n’ont jamais été aussi pressants. L’on constate d’ailleurs que cette exigence se propage dans le domaine social via un certain nombre de pratiques. L’empathie, tant prônée aujourd’hui, suppose une attention, une présence au prochain perçu comme un autre moi-même. Freud rejetait l’idée d’amour du prochain.
Le discours analytique permet-il une certaine clairvoyance à l’égard e quelques des illusions notre époque ? Ce nouveau numéro d’Horizon propose au lecteur de s’aventurer dans le vif d’une recherche.

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Revue de Théologie et de Philosophie, tome 157-4 (2025-IV)

 Droz - Janvier 2026


Sommaire : ARTICLES – R. IMBACH, « Athéisme médiéval ? Quelques remarques à propos de la proposition non est Deus » ; H.-C. ASKANI, « Pascal et la prédestination »; AURÉLIEN CHUKURIAN, « Pascal et Descartes. Quelles configurations possibles ? » ; E. BURSTEIN, « Métaphysique de la finitude comme critique de l’immortalité de l’âme chez le jeune Ludwig Feuerbach » ; G. CODOGNATO, « Charles Renouvier pionnier du personnalisme. Les dilemmes de la métaphysique pure » – ENGLISH SUMMARIES.

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Marshall Sahlins : Un univers enchanté. Anthropologie de la plus grande part de l'humanité

 Gallimard - Janvier 2026


Durant la majeure partie de l'histoire et au sein de la plupart des sociétés, la vie humaine a été soumise à des dieux, des puissances ou des esprits, partout présents dans l'expérience quotidienne. En abordant ces sociétés qui évoluent dans un univers enchanté avec les outils et les préjugés de notre propre monde désenchanté, l'anthropologie n'a cessé de les défigurer. Car pour comprendre les conceptions de ces innombrables hommes et femmes, il faut en réalité rompre avec les notions modernes de religion, de croyance, de surnaturel ou de mythe. Ainsi seulement peut-on ouvrir la voie à une "science nouvelle" attentive aux diverses ontologies. Revisite et synthèse de l'histoire de la discipline, tour du monde conduisant des Inuit du cercle arctique aux Dinka d'Afrique de l'Est, en passant par les Araweté d'Amazonie ou les habitants des îles Trobriand, ce texte posthume de Marshall Sahlins met en lumière ce qui est le coeur battant de la recherche à laquelle il a consacré sa vie : une "double illumination", où la compréhension de sociétés différentes est toujours aussi une manière de mieux se connaître.

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samedi 10 janvier 2026

Luigi Pareyson : Vérité et interprétation

Editions de la revue Conférence - Janvier 2026


Pareyson, avec ce livre, dont la préface d'Arnaud Clément éclaire les enjeux, remet au centre du travail philosophique la question de la vérité, et, par suite, celle des modalités ou plutôt des exigences impérieuses de la connaissance. L'auteur, entretissant divers travaux dans le livre qui leur donne leur unité, s'emploie à une manière de démonstration dont on peut retracer les étapes inaugu-rales - résumer l'ensemble d'un tel ouvrage exigeant bien plus qu'une simple note. Pareyson fait tout d'abord de la négation de la vérité la marque de l'idéologie, et déclare pour ce motif la nullité absolue de l'idéologie en matière de connais-sance. Son intolérance sans compromis désigne l'idéologie comme l'ennemi mortel de la philosophie. La lutte à mort de ces deux adversaires s'enracine dans l'alternative fondamentale de l'être et du néant : les philosophes énoncent l'être de ce qui est, les idéologues ramènent ce qui est à la vacuité du non-être. Si l'idéologie contient quoi que ce soit de vrai, c'est qu'elle n'est déjà plus idéologie mais philosophie. Réciproquement, une philosophie qui nie la vérité se nie elle-même pour verser dans l'idéologie. La division entre philosophie et idéologie se ramène ainsi à un choix originaire pour ou contre la vérité. La première formulation magistrale de cette alternative se trouve chez Platon. De l'idéologue pareysonien, on pourrait dire qu'il était déjà chez Platon l'orateur ou le sophiste dont la réfutation constituait un enjeu vital pour la philosophie. La rhétorique repose sur la possibilité de parler sans dire la vérité, en jouant sur les apparences au mépris de ce qui est réellement. La sophistique fait un pas de plus en déclarant explicitement qu'il n'y a pas de réalité au-delà des apparences. Le mépris et la négation de la vérité sont donc les deux possibilités fondamentales qui s'offrent à la parole humaine pour faire concurrence à la philosophie qui, elle, af-firme la réalité par-delà les mots et les opinions. Mais la philosophie, à cause de son idéal de sagesse et de connaissance justifiée, ne peut pas se contenter de postu-ler l'être : elle doit le manifester dans la vérité et triompher par ce moyen de ses adversaires qui la dissimulent. Ainsi, dans son effort, elle est moins aux prises avec eux qu'avec elle-même. Leur contribution est nécessairement destructrice de la vé-rité ; mais en se réappropriant le discours des sophistes, en le portant au comble de ses prétentions, le philosophe en fait un moteur produisant le mouvement où la vé-rité finit par se révéler. C'est tout le génie de Platon que d'avoir su faire de la né-gation de la vérité un moment de sa production : la dialectique, jusqu'à Hegel, procède de ce travail du négatif. Le dialecticien, en partant d'une idée statique et abstraite de l'être, ne la nie pas pour aboutir à une autre idée inerte, mais pour accomplir dans ce parcours le mouvement où la vérité se révèle. Cette dynamique de la vérité prend chez Pareyson une allure qui n'est plus dialectique mais hermé-neutique : elle a pour moteur l'interprétation et non la négation. Quoique les termes de la lutte se soient déplacés, ses enjeux demeurent : dé-fendre la vérité, assurer la possibilité de la philosophie conçue comme pensée qui choisit la vérité, et par là manifester la nature sophistique des discours qui s'y op-posent. Avec des mots sévères, Pareyson juge qu'il n'y a aucune vérité à tirer des pensées idéologiques. Celles-ci peuvent bien énoncer le vrai - c'est-à-dire une proposition adéquate au réel -, elles ne saisissent jamais la vérité et n'aident pas à la dire, car tout ce qu'elles énoncent découle du choix premier de réduire la véri-té à l'histoire. La philosophie a pour tâche de redéployer le vrai à partir de la déci-sion originaire en faveur de la vérité. Tout procède de ce choix librement effectué par la personne humaine, celui-là même qu'avait fait Socrate et que chaque philo-sophe après lui renouvelle. "La distinction fondamentale et la plus importante, écrit Pareyson, est toujours le choix décisif entre rester fidèle à la vérité ou la tra-hir, entre se tenir à l'écoute de l'être ou l'oublier, que cela arrive dans la pensée ou dans l'action". La personne choisit de rester fidèle à la vérité ou de la trahir. Ce choix n'est pas de nature dogmatique, au sens d'une thèse qui serait admise préalablement pour être écartée de la démarche de remise en question et servir à la déduction d'autres thèses. Le dogmatique n'est pas fidèle à la vérité, mais à une formulation qu'il con-fond avec elle ; la fidélité à la vérité implique qu'on la recherche dans ses formula-tions sans prétendre l'enfermer dans un système. C'est pourquoi il ne faut pas se représenter le choix comme un instant inaugural qui prescrirait une tâche au reste de l'existence, mais bien comme une vocation de chercher la vérité, une fidélité qui s'atteste par le renouvellement constant du voeu dans la théorie comme dans l'action. Le choix n'est pas un instant fictif qui se trouverait derrière nous et qui déterminerait nos actions ultérieures. Sa temporalité est le présent où la personne s'engage librement dans l'espoir que ce qu'elle entreprend servira à révéler la véri-té. L'alternative est donc entre l'ouverture et la fermeture. L'idéologue ne choisit pas véritablement : il s'enferme par son attitude dans un déni de la vérité qui le rend aveugle à sa manifestation. Le philosophe, lui, choisit de répondre à l'appel de la vérité. Pareyson reprend en ce point la leçon de Heidegger. Selon l'auteur d'Etre et temps, le Dasein doit partir de la pré-compréhension qu'il a de l'être s'il veut ques-tionner en vue de son sens, procédant ainsi à une herméneutique du soi. Cette dé-marche fait de l'interprétation du sens le coeur de la méthode philosophique. Ce-pendant, l'herméneutique n'a plus pour objet premier le texte ni la tradition écrite : elle questionne le soi dans son ouverture à l'être, telle qu'elle se laisse appréhender dans les différentes déterminations de son existence (la vie quotidienne, l'ustensilité, l'être-pour-la-mort, l'angoisse, le temps...). Le soi se fait texte, matière d'une auto-interprétation qui n'a rien de psychologique car elle relève de l'ontologie, de l'interrogation en vue du sens de l'être. La finalité d'une telle interrogation n'est pas la connaissance de l'âme humaine, motif écarté par Heidegger, mais l'être lui-même que l'homme ne peut questionner qu'en partant du privilège qui est le sien d'exister en se souciant de son existence. Seulement, la quotidienneté détourne souvent le soi de cette fin pour le jeter dans la préoccupation de l'étant, ce qui constitue une modalité inauthentique de l'existence : il se perd dans les choses et manque son être véritable. L'attitude authentique ne peut consister qu'à répondre à l'appel de l'être qui est le destin du Dasein. C'est donc bien l'herméneutique heideggérienne de la différence ontologique qui constitue le cadre de la démarche de Pareyson. La vérité chez Pareyson signi-fie, comme chez Heidegger, la manifestation de l'être telle qu'elle se révèle dans l'existence concrète, historique, du soi. Pareyson reprend l'idée d'une vie philoso-phique tournée vers l'authenticité, concevant la fidélité à sa vocation comme la ré-vélation de la vérité manifestée dans son rapport à l'être. L'idée que la personne est liée à la vérité ne se fonde ni sur une mystique (l'âme divinement touchée par la vérité), ni sur l'onto-théo-logie métaphysique que Heidegger a définitivement réfu-tée, à savoir la pensée qui identifie l'être à Dieu. Ni l'être ni Dieu ne relèvent de la catégorie de l'étant, fût-il suprême. Les philosophes qui nient la vérité et ne veulent pas admettre un appel à la découvrir s'acharnent sur le cadavre de l'ancienne mé-taphysique qui ramenait toute vérité à l'étant suprême. Ils confondent la fin de cette idée de la vérité - que Nietzsche a annoncée avec verve à travers la mort de Dieu - et la fin de la vérité tout court. Or, l'herméneutique de Heidegger repose sur une tout autre conception de la vérité, rendue justement possible par la destruc-tion nietzschéenne des idoles et des arrière-mondes métaphysiques. La vérité se dé-voile au cours de l'histoire de l'être, qui est aussi l'histoire de son occultation. Sans souscrire entièrement à la condamnation radicale de la métaphysique par Heideg-ger, Pareyson reprend l'idée d'une révélation historique de la vérité dans les époques qui surent la formuler. C'est pourquoi le philosophe réfute l'idéologue en offrant son activité pour exemple de la fécondité de son choix en faveur de la vérité. L'idéologie est menée à sa fausseté par un jeu de miroirs qui en accuse les insuffisances. Il ne s'agit pas de mener la critique des idéologies en conduisant une polémique sur leur terrain, mais de reprendre l'histoire de la philosophie afin de manifester la vérité qui s'y lit malgré la diversité voire la contradiction des pensées qui l'ont faite. Renversant l'historicisme des idéologues qui rejettent la vérité éternelle en revendiquant le ca-ractère irréconciliable de ses diverses formulations, Pareyson fait de cette pluralité le vecteur essentiel de la révélation de la vérité.

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Marine Bontemps : Le traitement du sens en psychanalyse. L’interprétation, de Freud à Lacan : du déchiffrage du sens caché à l’orientation par l’équivoque

 RPH Editions - Décembre 2025


Cette recherche a pris pour point de départ une question toujours au travail dans le champ de la psychanalyse : la question de l’interprétation. Souvent définie comme le procédé permettant de faire éclore un sens nouveau jusqu’ici resté en souffrance, pour traduire les manifestations de l’inconscient et en premier lieu le symptôme, l’interprétation connaît dans le réel de la clinique obstacles et limites. Interpréter le sens d’un symptôme ne garantit en rien sa disparition. Les résistances qui s’opposent à cette résolution encouragent à penser au-delà et à chercher ce qui, d’une aliénation originaire, reste protégé d’une part par le symptôme mais également par le recours au sens.
Étudier le rapport au sens de Sigmund Freud et de Jacques Lacan permet de restituer la manière dont l’un et l’autre ont répondu aux impasses de l’interprétation. Freud a eu à penser contre lui-même et à édifier le concept de la compulsion de répétition, lui permettant d’aller au-delà d’une interprétation ne s’employant qu’au seul déchiffrage. Lacan a quant à lui traité la question au regard des trois registres Imaginaire, Symbolique et Réel pour orienter son propos vers la jouissance qui chez l’être parlant s’avère prendre forme de jouis-sens.
Ce parcours théorique se veut être un travail de précision qui viendra dialoguer avec la méthode, les techniques et la clinique psychanalytique d’aujourd’hui pour dégager les axes d’une conduite clinique mettant à l’œuvre une écoute orientée non par le sens mais par ce qui peut amener à dévoiler ce que ce dernier masque, soit le trou dans le savoir qui chez le parlêtre concerne, inévitablement, la mort et le sexuel.

Marine Bontemps est psychanalyste et membre du RPH-École de psychanalyse. Elle assure, dans sa consultation à Paris, des psychothérapies et des psychanalyses. Elle a soutenu, en 2024, une thèse de doctorat qui a abouti à la publication de ce premier ouvrage, construction de repérages conceptuels fondamentaux tant pour la conduite des cures que pour la poursuite de la transmission psychanalytique.

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Revue Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie 60-2025

 Société Diderot - Janvier 2026


Franck SALAÜN : Présentation Emmanuel BOUSSUGE, [Les Quatorze Raisons]. Un inédit de Diderot (1768) Dossier : Diderot et les modèles (2) Stéphane LOJKINE : Présentation du dossier Pierre LÉGER, Maître des systématiques ou guide philosophique ? Diderot face au modèle platonicien Véronique LE RU, Diderot face au modèle de l’astronome qui prend le point de vue du dessus Matteo MARCHESCHI, Le moule et le modèle : l’expérience et la norme dans la Lettre sur les aveugles et De l’interprétation de la nature Giuseppe DI LIBERTI, Le philosophe et l’antiquaire. Diderot et la querelle de la peinture en cire Stéphane LOJKINE, Une économie du fantôme : la modélisation du modèle dans la section Sculpture du Salon de 1765 Varia Shelly CHARLES, Se mettre à la place d’un scélérat : Diderot et le paradoxe de Lovelace Pierre BOUTIN, Le dictionnaire de Boullanger retrouvé Yves DESRICHARD, Les adaptations cinématographiques et télévisuelles de Jacques le Fataliste Gerhardt STENGER, Recherches nouvelles sur l’Encyclopédie Antony McKENNA et Gianluca MORI, Simon ou Delespine : Qui est l’imprimeur des Pensées philosophiques de Diderot (1746) ? Glanes Françoise LAUNAY, Jean Veugny (1705-1762), l’aveugle de la Lettre de Diderot Gerhardt STENGER, Sur quelques articles de Saint-Lambert pour l’Encyclopédie : à propos d’un manuscrit inconnu Emmanuel BOUSSUGE et Françoise LAUNAY, Les Lettres de Lauraguais aux citoyens Lebreton et Cuvier (1802) Autographes et Documents

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Annemarie Schwarzenbach : Éloge de la liberté

 Payot - Janvier 2036 - Rivages


Nicole Le Bris (Traducteur)
Dominique Laure Miermont (Traducteur)

"La liberté, je crois, c’est seulement de rester plus fort que les événements. Je ne pense pas que l’important soit ce qui nous arrive – mais uniquement ce que nous en faisons."

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vendredi 9 janvier 2026

Pavodie Kuniamisa Kiese : Vers un profil augmentable

 L'Harmattan - Janvier 2026


À l’ère de l’intelligence artificielle, l’homme affronte un défi majeur : demeurer pertinent dans un monde où les compétences se périment à grande vitesse. Quelle est la frontière entre augmentation (l’ajout de performances techniques) et augmentabilité (la capacité humaine d’évoluer) ? À la croisée de la science et de la philosophie, cet essai développe la certitude que la technologie n’est pas une menace, mais un levier pour approfondir notre humanité.
Un humanisme du futur est possible, où apprendre, s’adapter et collaborer avec l’intelligence artificielle deviennent les véritables formes de puissance créatrice.

Pavodie Kuniamisa Kiese est agrégé en philosophie. Il explore dans ses oeuvres les enjeux éthiques de la technologie et le destin de l’homme à l’ère de l’intelligence artificielle.

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Olga L. Lizzini : Avicenne

 Vrin - Janvier 2026


Avicenne (Ibn Sīnā, 980-1037 ère commune) occupe dans l’histoire de la pensée arabo-islamique une place centrale; et il fut reconnu comme un maître par la tradition latine et juive du Moyen Âge. C’est à son système que le présent ouvrage est consacré. Il suit la logique interne de sa métaphysique qui est d’inspiration néoplatonicienne. De Dieu et de l’empire céleste procède notre monde; et de ce monde se fait le mouvement en retour qui ramène au Principe. Pour entrer dans la compréhension du double mouvement de cette procession, il importe d’en analyser d’abord la logique et les catégories fondamentales (vérité, nécessité, possibilité). Il importe ensuite d’examiner ce qui se trouve ainsi mis au centre : le monde; et au centre de ce monde, l’homme qui est appelé à faire retour vers le principe. Avicenne développe une anthropologie ainsi inspirée par le procès de la manifestation de Dieu.
Une chronologie de la vie et des œuvres, ainsi qu’une bibliographie thématique, complètent ce volume.

Olga L. Lizzini est Professeure des Universités. Elle enseigne l’islamologie et la philosophie en islam à Aix-Marseille Université et la philosophie arabe de tradition musulmane et juive à l’Université de Genève.

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François Jullien : Revoir. Aux Amis des musées

 Rue de l'échiquier - Janvier 2026


Qu'est-ce que devenir "Ami" d'un musée ? Que retrouve-t-on au coeur des actions qu'on fait pour le promouvoir ? N'est-ce pas qu'à le fréquenter, on ne voit pas qu'une fois une oeuvre, mais qu'on la revoit ? On est bien sûr ému par un tableau que l'on découvre. Mais en le revoyant, on le de-couvre de ce dont la vue a commencé par le recouvrir : vue formée, normée, habituée, marquée par tout ce qu'on a déjà vu.

Philosophe, helléniste et sinologue, François Jullien a ouvert son chantier entre les pensées de la Chine et de l'Europe. Il a déployé une réflexion inter-culturelle ainsi qu'une philosophie de l'existence. Il est l'un des penseurs contemporains les plus traduits dans le monde.

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