samedi 17 mars 2012

Par-delà la révolution copernicienne. Sujet transcendantal et facultés chez Kant et Husserl

Dominique PRADELLE


Mars 2012 - Presses universitaires de France | Epiméthée - 32 €

Dans l'histoire de la métaphysique, l’époque initiée par Descartes se caractérise par le projet de tirer toute connaissance de son propre fonds. C’est ce que Kant a exprimé par la révolution copernicienne : les structures universelles des objets de l’expérience (temporalité, spatialité, grandeur, force, mathématisabilité) se règlent sur les structures a priori impliquées dans la constitution du sujet transcendantal (les facultés et leurs formes pures). Par là, toute l’ontologie de l’objet d’expérience possible trouve son fondement dans une présupposition transcendantale : celle de la préconstitution invariante du sujet transcendantal, caractérisée par un système de facultés (sensibilité, imagination, entendement, raison) et de formes pures (intuitions, schèmes, concepts et Idées pures).
N’est-il pas possible d’élaborer une philosophie transcendantale qui fasse l’économie d’un tel présupposé ? Tel est le projet que l’auteur voit dans la phénoménologie husserlienne : un dépassement de la révolution copernicienne, dont le but n’est pas de restaurer une ontologie réaliste, mais d’élucider l’essence du sujet transcendantal sans en présupposer l’identité ni les facultés invariantes. En voici le principe : toute catégorie d’objets prescrit au sujet transcendantal une structure régulatrice, de sorte que le système des facultés du sujet peut être réélaboré au fil conducteur des types d’objets possibles. Dès lors se présente un cercle : l’essence du sujet pur se lit à partir des catégories d’objets, mais ces mêmes objets sont constitués par l’activité synthétique du sujet. Or comment peut-on admettre le paradoxe selon lequel le sujet serait le produit de ses produits ?

Potence avec paratonnerre - Surréalisme et philosophie

Georges Sebbag


Mars 2012 - Hermann - "Philosophie" - 45 €

Au sein du groupe surréaliste, le duo Aragon-Breton et les francs-tireurs Artaud et Crevel ont élaboré un véritable projet philosophique au cours des années vingt. En particulier, ils ont engagé une bataille de l’esprit avec leurs jeunes rivaux de la revue « Philosophies ». Le Culte du moide Barrès a beaucoup compté pour Aragon et Breton. La lecture des « Déracinés » les a mis dans les pas de Kant. LesPoésies d’Isidore Ducasse, détournant les maximes des moralistes et repeignant Les Chants de Maldoror sous les couleurs du bien, les a initiés à l’axiomatique morale comme à l’emprunt collagiste et leur a signalé le point d’indifférence. La peinture métaphysique et énigmatique de Chirico, réinvention du séjour de Nietzsche à Turin, les a rangés pour longtemps dans le camp des métaphysiciens.
Le Manifeste du surréalisme, Une vague de rêves, Introduction au Discours sur le peu de réalité, Le Paysan de Paris, L’Esprit contre la Raison abondent en analyses et en intuitions philosophiques. À l’instar de Descartes et Fichte, Aragon et Breton ont mis le monde extérieur à l’épreuve du doute. Leur idéalisme absolu oscille alors entre l’immatérialisme de Berkeley, l’idéalisme magique de Novalis et l’idéalisme transcendantal de Schelling. Le 6 octobre 1926, vers minuit, Nadja, « l’âme errante », voit dans le jet d’eau du bassin des Tuileries le jaillissement puis la retombée de ses pensées mêlées à celles de Breton. Celui-ci lui fait aussitôt remarquer qu’elle emploie la même image médiatrice du jet d’eau par laquelle se concluent les Dialogues entre Hylas et Philonous de Berkeley.




vendredi 16 mars 2012

Généalogie de l'idée de progrès. Histoire d'une philosophie cruelle sous un nom consolant

Yohan Ariffin



Janvier 2012 - Editions du Félin - 35 €

Vénérée par les uns et détestée par les autres au XIXe siècle, technicisée et redoutée au XXe siècle, l'idée de progrès a été forgée par les Lumières dans le creuset d'une lutte opiniâtre. Comment en est-on venu à aplanir la temporalité circulaire assignée aux affaires humaines depuis la plus haute Antiquité ? L'histoire n'enseignait-elle pas que les collectivités étaient soumises à des vicissitudes constantes qui voyaient alterner, comme l'aurore et le crépuscule, succès et échecs, grandeur et décadence ? La difficulté allait être levée en prenant pour sujet le genre humain, son rapport au monde physique, sa capacité d'en percer les secrets, de domestiquer, transformer, artificialiser la nature. Les civilisations avaient beau se succéder, l'homme, disait-on, était destiné, en tant qu'être doué de raison, à s'améliorer. Cette exaltation de l'homo faber ouvrait la voie à l'établissement d'une hiérarchie entre les collectivités humaines qui réduisait l'altérité à autant d'écarts sur une trajectoire dont la civilisation occidentale représentait le dernier degré de complétude. Pourtant, l'idée de progrès n'a jamais cessé d'être combattue. Bien que les conceptions concurrentes formées sur les figures du pessimisme historique, de l'anti-rationalisme, ou du relativisme culturel aient été en partie marginalisées au siècle des Lumières, elles n'ont pas été abolies pour autant. Leur regain actuel face à la crise environnementale et aux malaises suscités par la mondialisation en témoigne. Soucieux de leur accorder une égale importance, l'ouvrage renouvelle l'historiographie du progrès en réunissant une somme d'opinions sur le processus de civilisation tel qu'il fut représenté par ses défenseurs et ses détracteurs les plus convaincus. En conclusion, l'auteur offre une interprétation sur les ressorts socio-affectifs du progrès qui doit son pouvoir de persuasion au fait qu'il a aussi été le grand consolateur de la modernité. Un consolateur cruel par les sacrifices justifiés en son nom.

dimanche 11 mars 2012

Les Yeux de la langue. L'abîme et le volcan

Jacques Derrida


Mars 2012 - Galilée - "La philosophie en effet - 19 euros

Ce pays est pareil à un volcan où bouillonnerait le langage.  On y parle de tout ce qui risque de nous conduire à l’échec, et plus que jamais, des Arabes.  Mais il existe un autre danger, bien plus inquiétant que la nation arabe et qui est une conséquence nécessaire de l’entreprise sioniste :  qu’en est-il de l’« actualisation » de la langue hébraïque ? Cette langue sacrée dont on nourrit nos enfants ne constitue-t-elle pas un abîme qui ne manquera pas de s’ouvrir un jour ? […] Quant à nous, nous vivons à l’intérieur de notre langue, pareils, pour la plupart d’entre nous, à des aveugles qui marchent au-dessus d’un abîme. Mais lorsque la vue nous sera rendue, à nous ou à nos descendants, ne tomberons-nous pas au fond de cet abîme ? […] Un jour viendra où la langue se retournera contre ceux qui la parlent. […] Ce jour-là, aurons-nous une jeunesse capable de faire face à la révolte d’une langue sacrée ? […]

Lettre de Gershom Scholem à Franz Rosenzweig, 1926.

« Cette lettre, cette “Confession au sujet de notre langue”, « n’a pas de caractère testamentaire bien qu’elle ait été retrouvée après la mort de Scholem, dans ses papiers, en 1985. Néanmoins, la voici qui nous arrive, elle nous revient et nous parle après la mort de son signataire ; et dès lors quelque chose en elle résonne comme la voix d’un fantôme.
Ce qui donne une sorte de profondeur à cette résonance, c’est encore autre chose : cette voix de revenant qui met en garde, prévient, annonce le pire, le retour ou le renversement, la vengeance et la catastrophe, le ressentiment, la représaille, le châtiment, la voici qui ressurgit à un moment de l’histoire d’Israël qui rend plus sensible que jamais à cette imminence de l’apocalypse. Cette lettre a été écrite bien avant la naissance de l’État d’Israël, en décembre 1926, mais ce qui fait son thème, à savoir la sécularisation de la langue, était déjà entrepris de façon systématique depuis le début du siècle en Palestine.
On a parfois l’impression qu’un revenant nous annonce le terrifiant retour d’un fantôme. »


mardi 6 mars 2012

Matière première n°2 : Le déterminisme entre sciences et philosophie

Sous la direction de Pascal Charbonnat et François Pépin


Mars 2012 - Editions Matériologiques - 20 €

Depuis la célèbre fiction forgée par Laplace en 1814 dans ses Essai philosophique sur les probabilités – dite du démon de Laplace, abondamment commentée dans ce Matière première –, qui voit une intelligence infinie calculer selon certaines lois tous les états du monde, le déterminisme est un cadre central de la connaissance scientifique. Pourtant, de nombreux débats parcourent cette idée. Existe-t-il un seul paradigme déterministe, dont les modifications seraient en fait des variantes, ou faut-il pluraliser les déterminismes selon les sciences (biologiques, historiques et sociales, etc.) et les positionnements philosophiques ? Face aux limites des modèles déterministes et du cadre laplacien, qu’il s’agisse de mécanique classique, de mécanique quantique, de biologie, des sciences humaines ou de philosophie, doit-on accepter l’écart entre l’horizon de notre connaissance et sa mise en pratique, éventuellement en nuançant l’idéal laplacien, ou faut-il au contraire tenter de dépasser tout paradigme déterministe ? Tombe-t-on alors nécessairement dans l’indéterminisme ontologique, comme on l’a souvent affirmé précipitamment ? Enfin, philosophiquement, quelles sont les implications d’un déterminisme conséquent, en particulier sur le plan moral ?
Ce numéro de Matière première aborde d’une manière multiple et interdisciplinaire ces questions. Il articule des enjeux scientifiques, épistémologiques et philosophiques autour de la tension entre le déterminisme, ses critiques et l’indéterminisme. Epistémologues, historiens des sciences (naturelles et humaines), scientifiques et philosophes font le point sur les approches classiques et proposent de nouvelles perspectives.

samedi 3 mars 2012

Faut-il se révolter ?

Fabienne Brugère


Mars 2012 - Bayard- Collection Le temps d'une question - 15 €

"Contemporains des émeutes grecques, du printemps arabe et de l'occupation de Wall Street, nous avons à nous demander de quoi les révoltes sont le signe.
La conviction qui anime cet essai est que, loin d'annoncer la mort de la politique, elles sont le désir d'une autre politique." C'est bien cette intuition d'une alter-politique en construction que Fabienne Brugère poursuit ici, à quelques mois des élections présidentielles où nous risquons une nouvelle fois de faire l'expérience de la dévalorisation du vote, à la fois par les sondages et par l'abstention.
Comment donc insuffler la puissance de l'insoumission dans une démocratie qui semble souvent inerte ? A quelles conditions l'espérance de la révolte peut-elle se transformer en désir de participation ? Quelle démocratie désirons-nous ? Quels gouvernants voulons-nous ? Comment passe-t-on de la contestation à la politique de gouvernement ? Des réponses que nous saurons apporter à ces questions dépend en grande partie notre avenir politique.

"Penser avec... et contre..." - La pragmatique transcendantale de Karl-Otto Apel : une théorie et une pratique de l'intersubjectivité

Martine Le Corre-Chantecaille


Mars 20121 - Maison des Sciences de l'Homme - Coll. Philia - 26,50 €

Karl-Otto Apel a élaboré, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, une "pragmatique transcendantale" dont l'ambition est de fonder la raison par une réflexion sur les présuppositions incontournables de l'argumentation.
En transformant la philosophie kantienne, Apel entend répondre aux nombreux défis auxquels la philosophie, qu'elle soit théorique ou pratique, doit faire face à notre époque, notamment celui du relativisme. Cet ouvrage retrace la genèse et le développement de la "pragmatique transcendantale" tout en mettant en évidence la cohérence interne entre une pensée substituant l'intersubjectivité au sujet solipsiste et une pratique philosophique consistant à "penser avec et contre" mais jamais "sans" les autres.

Métaphysique

Marcel Conche


Mars 2012 - PUF - Perspectives critiques - 17 €

Aucune métaphysique ne peut reposer aujourd’hui sur ce socle emprunté à la religion que fut, pour Descartes, Kant ou Hegel, l’idée de Dieu. Puisqu’il s’agit de rendre compte de toutes choses finies, ce socle ne peut être que l’Infini – non pas une idée de l’Infini mais l’Infini lui-même qui nous cerne de toutes parts et que l’on nomme Nature. La doctrine « pour laquelle il n’existe rien en dehors de la Nature » est le « naturalisme » (Vocabulaire de Lalande). C’est de la Nature (Physis) éternelle, omnigénératrice, omnienglobante, qu’il est ici question, et de la façon de la concevoir : non comme un ensemble qui peut être pensé en un (Menge ou Cantor), mais comme un ensemble qui ne peut être pensé en un (Vielheit). Car si la Nature est unique, elle n’est pas une.
Marcel Conche, agrégé de philosophie, docteur ès lettres, membre associé de l’Académie d’Athènes, lauréat de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, est professeur émérite à la Sorbonne. Il est l’auteur de nombreuses publications aux PUF dont, dans la collection « Perspectives critiques », quatre des cinq tomes de son Journal étrange, ainsi qu’une traduction commentée du Tao Te king de Lao Tseu.

Lire le cerveau. Neuro/science/fiction

Pierre Cassou-Noguès


Mars 2012 - Seuil - 21 €

La science-fiction a souvent exploré l’idée d’un "lecteur de cerveaux", appareil qui permettrait de lire directement la pensée dans le cerveau.
Plusieurs articles scientifiques récents reprennent et discutent un tel projet. Les chercheurs ici rêvent et ils le savent. Mais ce rêve, ou ce fantasme, pose des questions fondamentales et passionnantes sur ce qu’on dénomme "pensée". Comment concevoir un lecteur de cerveaux ? Quelles seraient ses fonctions ? Quel usage en ferions-nous ? Comment transformerait-il les relations humaines ? C’est ce qu’il s’agit ici de chercher à comprendre, par le biais de la fiction, par exemple en en appelant à Proust et Hitchcock.
On rencontre en effet dans leurs œuvres ce que l’on pourrait appeler des scènes "critiques", véritables expériences de pensée permettant de mesurer la portée et de préciser les fonctions d’un lecteur de cerveaux.

lundi 27 février 2012

Philosophie animale française

Revue Philosophie n° 112



2012 - Ed. de Minuit - 10 €

Sous le titre de philosophie animale, il faut entendre une discipline philosophique d’origine anglo-saxonne dont la réflexion est centrée sur la responsabilité éthique des hommes à l’égard des animaux. Or, s’il n’existe pas vraiment de « philosophie animale française » – les travaux français sur l’animalité s’étant développés dans des perspectives très diverses sans souci d’unification –, certains philosophes français majeurs du XXe siècle ont cependant contribué au renouvellement de la réflexion sur l’animalité. L’ambition de ce numéro est d’en mettre en lumière quelques aspects centraux.
Il s’ouvre sur un entretien accordé par Levinas à des étudiants américains de l’université de Warwick. La réflexion sur l’animalité y est engagée par une question simple : si ce qu’entend Levinas par visage n’est pas la figure humaine perçue, mais est autorité et imploration, faut-il accorder le visage à l’animal ? Avons-nous des obligations à son égard ? Dans l’affirmative, qu’est-ce qui distingue le visage animal de l’humain ? Levinas y répond également aux objections derridiennes, récusant l’idée que sa philosophie soit prioritairement orientée sur le judaïsme et réaffirmant la pérennité de la philosophie grecque.
Sous le titre sibyllin « Apprivoiser la profusion sauvage des choses existantes », Clare Palmer propose une application du concept foucaldien de pouvoir aux relations entre homme et animal ; pensé comme une organisation réticulaire non susceptible d’être possédée par un individu, il suscite une microphysique du pouvoir. Dans ce cadre, Foucault oppose les relations de pouvoir à celles de domination : là où les premières sont instables et réservent une possibilité de résistance, les secondes impliquent l’élimination de toute forme de résistance. De ces deux concepts, lequel est adéquat pour penser les relations entre hommes et animaux ?
Dans « Les deux corps sacrifiés de l’animal », Patrick Llored tente de montrer que la déconstruction derridienne est une philosophie qui, à la fois, réfléchit sur l’animal et se réfléchit en lui, et que la présence massive de figures animales confère leur sens premier aux concepts centraux de différance, trace, supplément, pharmakon. Dans cette perspective, l’auteur montre comment le sacrifice (notamment carnivore) de l’animal possède une fonction cardinale dans le procès par lequel l’homme s’auto-assigne une subjectivité qui le distingue de l’animal, et comment la distinction entre l’homme comme être vivant politique et l’animal comme être vivant a-politique se situe à l’origine de l’État moderne.
Enfin, Brian Massumi, traducteur de Deleuze en anglais, propose dans « Ceci n’est pas une morsure » une réflexion sur l’animalité et l’abstraction chez Deleuze et Guattari. Il y introduit le concept de sur-normalité afin de repenser l’instinct animal et désigner la dynamique de déformation et de transformation qui caractérise certains comportements animaux étudiés par Tinbergen ; loin, en effet, que cet instinct obéisseà des lois absolument rigides, il possède une part d’imprévisibilité et une dimension ludique que l’auteur tâche de penser en mobilisant des concepts empruntés à Deleuze et Guattari, ainsi qu’à R. Ruyer.
D. P.

Sommaire

EMMANUEL LEVINAS
Le paradoxe de la moralité (entretien)

CLARE PALMER
« Apprivoiser la profusion sauvage des choses existantes » ? Une étude sur Foucault, le pouvoir et les relations
homme-animal

PATRICK LLORED
Les deux corps sacrifiés de l’animal. Réflexions sur le concept de zoopolitique dans la philosophie de Derrida

BRIAN MASSUMI
Ceci n’est pas une morsure.
Animalité et abstraction chez Deleuze et Guattari

vendredi 24 février 2012

ADVERSUS HEIDEGGER. Dérapages de la pensée sur un chemin forestier

Oriane d'Ontalgie




Février 2012 - L'unebévue 2012 / n°978 - 10 €

Heidegger a parcouru un "chemin de pensée" allant par un "tournant" de Husserl à Hölderlin en passant par "l'Être", "le Temps" et la "Vérité", "la Différence ontologique", le Dasein et l'Ereignis, mais aussi "le peuple" et "l'État".
L'étude rigoureuse du tracé de ce chemin, considéré ici à la loupe, conduit à voir que l'apologie gnoséologique de la haine, la nazification de la "Différence ontologique", l'enrôlement de Hölderlin, la sécularisation de Kierkegaard, et autres dérapages, sont subordonnés à la déification de "l'Être", qui est le tour de bonneteau dominant l'oeuvre de Heideggger et qui fait de "l'Être" un Dieu pour athée incohérent.
Ce chemin conduit-il à un temple grec, à un château de cartes, ou bien à un plus sinistre théâtre d'ombres dont le régisseur a fini par se prendre au spectacle jusqu'à y croire lui-même ?







jeudi 23 février 2012

La Force du social. Enquête philosophique sur la sociologie des pratiques de Pierre Bourdieu

Claude Gautier


Février 2012 - Cerf - Coll. Passages 

Qu'il s'agisse de poser les principes d'une nouvelle épistémologie des pratiques de connaissance, d'une nouvelle sociologie des pratiques ordinaires, la posture critique de Pierre Bourdieu implique des décisions théoriques et s'adosse à une ontologie du social qu'il importe de décrire et de mettre au jour préalablement. Raison pour laquelle notre enquête sera philosophique. 

Si de nombreux travaux récents sur l'œuvre de Pierre Bourdieu ont mis en avant des proximités importantes avec certains aspects de la philosophie contemporaine du langage et de la phénoménologie, il a paru éclairant, pour l'interprétation de concepts comme ceux d'habitus et de disposition, de rapprocher méthodologiquement la sociologie des pratiques de quelques lectures pragmatistes de l'expérience et de l'action. 

On sera alors en mesure de comprendre l'importance d'un retour à l'héritage durkheimien qui, infléchi par une lecture critique et subtile de l'anthropologie structurale, donne aux concepts de force et de contrainte une nouvelle opérativité et une fécondité heuristique de premier plan. Les descriptions sociologiques du monde social peuvent alors rendre compte de l'existence de rapports de confrontation et de domination. Penser sociologiquement la force du social revient donc à prendre au sérieux ce qui fait l'historicité du monde social des pratiques qui est un monde des sens communs. 

On espère, pour finir, et contre des détracteurs prévenus et enclins aux reconstructions mythologiques, convaincre le lecteur que cette vision du monde social, pour être désenchantée et marquée au coin d'une lucidité inquiète, n'en est pas moins soucieuse de rendre aux agents qui habitent le monde, une capacité effective, pratique, à produire les principes d'intelligibilité de leurs conduites et de leurs expériences.

Les airs de famille. Une philosophie des affinités

François Noudelmann



Février 2011 - Gallimard - Collection blanche - 19,50 €

Les ressemblances de famille s'attachent à des motifs saugrenus : la forme d'un nez, un grain de beauté, une allure décidée, mais aussi un tempérament sexuel ou une maladie héréditaire. Relier des êtres qui se ressemblent – l'enfant à ses parents, l'animal à sa race – confirme l'ordre du monde. Chacun trouve sa place dans le déroulé des filiations.

Mais parfois des formes louches dérogent aux apparentements naturels. L'imagination des femmes enceintes fut souvent alléguée pour expliquer ces bizarreries. Plus rigoureuses, les sciences du vivant s'employèrent à trouver la raison généalogique permettant de distinguer entre les semblables. Le siècle de Darwin, féru de typologies, inventa des familles d'oreilles et de crânes pour décrypter les physionomies saines ou criminelles.

La codification des types est cependant menacée par l'extension infinie des airs de famille qui suggèrent un vertige : n'importe qui peut ressembler à n'importe quoi! Aux portraits-robots ils opposent le flou photographique des visages. Wittgenstein s'en inspira pour modifier toute la grammaire des parentés.

Lorsque ces airs sont aussi entêtants que des musiques, ils deviennent des affinités. Ce mot ancien désigne des échanges subtils entre des sujets, selon le milieu et l'occasion. Réactualisé par les sites de rencontres, il se réduit aujourd'hui à l'assortiment des mêmes goûts. Mais les affinités, au contraire, composent avec le dissemblable. Leurs voisinages magnétiques effrayèrent Kant et Goethe. Insidieuses ou fulgurantes, les affinités transportent une puissance de désaffinité.

mardi 21 février 2012

Libido sciendi : le savant, le désir, la femme

Caroline De Mulder


Février 2012 - Seuil - "Science ouverte" - 18 €

Si le lien entre désir de connaître ( libido sciendi ) et désir érotique ( libido sentiendi ) se trouve déjà suggéré dans les Écritures, il devient explicite à partir de la Renaissance et joue un rôle crucial dans la configuration de la science moderne. Il s’agit ici de conter l’histoire de cette relation entre le savant, être désirant, et la femme, image de la Nature ? en suivant son évolution dans la littérature, mais aussi dans l’art et le cinéma.

C’est toujours le désir qui pousse le savant à vouloir connaître, qu’il soit inventeur de machines amoureuses, eunuque de la science régnant sur un harem de Vénus anatomiques, ou homme au scalpel en quête de cobayes consentantes. Désir érotique, désir de pouvoir aussi, car la femme reste indésirée dans ce cercle du savoir.

À une époque où la Nature fait plus que jamais les frais de notre mode de vie et où le silicone injectable a la part belle, cet essai montre à l’évidence que la recherche scientifique n’a pas pour seule source le projet de connaissance rationnelle : elle a partie liée avec une histoire du désir et du sentiment.


Note préparatoires à "L'essence de la manifestation" : la subjectivité

Revue internationale Michel Henry n°3 - 2012


Mars 2012 - Presses universitaires de Louvain - 28 €

À l'occasion du dixième anniversaire de la mort du philosophe français, le Fonds Michel Henry de l'Université de Louvain consacre le troisième numéro de sa Revue Internationale à la question de la subjectivité, et offre au lecteur près de quatre cent feuillets de notes préparatoires à son œuvre maîtresse de 1963, L'essence de la manifestation. En des temps de déconstruction généralisée de toute « philosophie du sujet », Michel Henry notait pour lui-même : « Nous avons encore cette tâche, si paradoxal que cela puisse paraître : découvrir la subjectivité ». Mais quelle figure de la subjectivité reste-t-il donc à « découvrir », en quoi cette découverte résiste-t-elle à ses mises en question successives et comment situer un tel projet dans l'espace de la tradition phénoménologique dont M. Henry n'aura jamais cessé de se revendiquer et dont il est aujourd'hui considéré comme l'un des principaux représentants ? Autant de questions que ces textes jusqu’ici inédits — en révélant l’arrière-fond, parfois surprenant, d’une pensée souvent considérée à tort comme dogmatique et monolithique — permettent de reposer, et dont il s’agit d’évaluer la portée, les enjeux, et finalement l’actualité.

ÉDITORIAL
par Jean LECLERCQ

 DOSSIER THÉMATIQUE
 NOTES PRÉPARATOIRES À L'ESSENCE DE LA MANIFESTATION :
 LA SUBJECTIVITÉ

 Grégori JEAN
 Présentation : La subjectivité, la vie, la mort

 Michel HENRY
 Notes préparatoires à L'essence de la manifestation : « La subjectivité »

 I. L'unité de l’ego
 II. L’ipséité
 III. L’individu
 IV. L’âme et le corps
 V. Connaissance de soi et mauvaise foi
 VI. La liberté
 VII. Subjectivité et connaissance
 VIII. Le temps
 IX. L’ego et le temps
 X. La subjectivité
 XI. Le Cogito
 XII. Subjectivité et néant

 Grégori JEAN
 Apparat critique