dimanche 27 novembre 2022

Christophe Perrin : Solus ipse. Phénoménologie de la solitude

 Hermann - Novembre 2022


En philosophie, la question de la solitude a toujours été laissée à sa solitude de question. Les hommes n’ont cependant jamais manqué ni de se trouver ni de se penser seuls. Certes, nul d’entre nous n’est seul à être ni seul à être seul. Mais chacun est pour lui-même le seul non seulement à se sentir l’être, mais encore à connaître le double principe présidant à l’être seul. Car seul l’être peut être seul et seul l’être seul peut être. Sous cette lumière crue, une fois dépouillée de ses oripeaux que sont l’isolement et l’esseulement auxquels on la réduit aussi fréquemment qu’injustement, la solitude nue pourrait bien s’avérer le nom approprié de l’être et le dernier mot de l’individuation de l’ego. C’est là du moins la chose même que doit nous faire voir une phénoménologie de la solitude qui puisse entendre ces deux mots : solus ipse.

Christophe Perrin est enseignant et chercheur, docteur de l’Université Paris-Sorbonne habilité à diriger des recherches en philosophie et collaborateur scientifique de l’Université catholique de Louvain. L’Académie royale de Belgique et l’Institut de France l’ont respectivement honoré du prix Duculot (2016) et du prix Noury (2021).

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Jacques Ascher : Exit homo ?

 Borromées - Novembre 2022


L'Homme sortant, s'en allant, touchant à sa fin évoque en symétrie l'Ecce homo, phrase attribuée à Ponce Pilate présentant Jésus à la foule après son arrestation. Cet homme aux fondements hébraïco-gréco-romains est-il en voie d'effacement après Hiroshima et Auschwitz? Est-il en voie d'effacement dans un monde bousculé par la révolution numérique, le capitalisme financier libertaire, l'illimité du transhumanisme, monde dont le centre n'est certes plus en Europe? Sans prétendre répondre à cette question abyssale, observons la nécessité de nous préserver simultanément du nihilisme passif s'appuyant sur le désespoir et de l'ivresse de l'espérance. Il s'agit de préserver l'équilibre de tous les jours sans capituler devant une situation extrême, de poursuivre un combat à l'issue incertaine sans pour autant perdre courage comme le firent avec une belle constance les médecins d'Hiroshima.

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Dominique Kalifa : Histoire de la nuit des temps

 Ed. de la Sorbonne - Novembre 2022


À la suite de ses travaux sur les chrononymes (Les noms d'époques, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 2020), inspirés par une réflexion inaugurale sur l'invention de la Belle Époque (La véritable histoire de la « Belle Époque », Fayard, 2017), l'historien Dominique Kalifa (1957-2020) fait le pari d'écrire l'histoire d'un chrononyme flou et sans histoire, dont l'usage s'est pourtant imposé : la « nuit des temps », à laquelle renvoie le langage courant, pour dire l'ancienneté sans avoir à la dater. Quels imaginaires recouvre cette expression qui nous renvoie à un début incertain ou à des origines obscures ? Qu'y avait-il même avant la « nuit des temps » ? Des ténèbres, le chaos, une vie littéralement pré-historique ? C'est à ce défi historiographique qu'entendait répondre ce texte auquel travaillait Dominique Kalifa juste avant sa mort, et qu'on lira non seulement comme une enquête à travers la philosophie, l'anthropologie, la littérature, l'ésotérisme et le conspirationnisme, mais aussi comme une réflexion sur l'histoire, son écriture et ses usages. Ce livre inachevé, qui donne accès au laboratoire de l'historien, est présenté par Philippe Artières, qui l'éclaire de pages lumineuses et sensibles.

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Études sartriennes 2022, n° 26 : Autour des Chemins de la liberté

Classiques Garnier - Novembre 2022


Seule revue francophone dédiée à Sartre, Études sartriennes couvre tous les aspects de son œuvre. Outre des études spécialisées, elle publie également des inédits de Sartre.
Contributeurs : Ârash Aminian Tabrizi, Hélène Baty-Delalande, Grégory Cormann, Clémentine Fauré-Bellaïche, Alexandra Follonier, Jean-François Louette, Pierre Lyraud et Jean-Paul Sartre.

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vendredi 25 novembre 2022

Christiane Vollaire, Olivier Razac, Sophie Djigo, Isabelle Delpla : Des philosophes sur le terrain

Créaphis - Novembre 2022


Ce livre est né de la volonté d'interroger quatre pratiques différentes de la philosophie de terrain, c'est-à-dire d'un rapport empirique de quatre chercheurs aux situations concrètes à partir desquelles la pratique de l'entretien ou de la relation va leur permettre de questionner un certain nombre de réalités sociales et politiques contemporaines.
Si le terrain appartient traditionnellement aux méthodes des sciences sociales, la philosophie contemporaine, depuis les années 2000, a commencé à le réinvestir. Et les quatre auteurs font partie de ceux qui revendiquent, de façons diverses, une telle entreprise. C'est cette diversité même qui les a poussés à se réunir.
Cet ouvrage ne vise donc pas à homogénéiser leurs pratiques, mais au contraire à en faire valoir l'hétérogénéité, c'est-à-dire la richesse et la pluralité que peut engager un rapport philosophique au terrain. Ce livre ne risque pas non plus d'épuiser une telle hétérogénéité : bien d'autres rapports philosophiques au terrain sont possibles, et actuellement réalisés par d'autres qu'eux.
Enfin ils souhaitent, sous un format relativement court et accessible, présenter directement la manière dont, chacun, ils ont été plongés dans le terrain, travaillés et questionnés par lui avant même de pouvoir le questionner eux-mêmes, à partir de quatre champs d'investigation différents :
- une réalité sociale reconfigurée par l'impact politique des migrations dans le Calaisis
- une réalité judiciaire dans les configurations internationales de la guerre en ex-Yougoslavie
- une réalité pénitentiaire pensée à partir de ses acteurs en France
- une réalité d'engagements à partir de la situation économico-politique de la Grèce.
Ces quatre champs d'investigation suscitent eux-mêmes quatre modes d'approche différents :
- l'immersion
- l'observation combinée aux entretiens et au travail d'archives
- l'enquête par le biais de la position enseignante
- l'association des entretiens à la réflexion esthétique.
Leur petit nombre réfute évidemment toute volonté d'exhaustivité. Et le caractère singulier de chacun de leurs terrains dit qu'ils ont souhaité embarquer le lecteur dans quatre aventures intellectuelles différentes, questionnant chaque fois le rapport de la philosophie au terrain par des abords spécifiques et renouvelés. En se réunissant, ils ont souhaité à la fois attester de cette pluralité à partir du récit de l'analyse de chacune de leurs expériences, et en dégager ce qui les lie à cette constellation commune qui a pris le nom de philosophie de terrain.

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Philippe Forget : La rencontre historique entre Gadamer et Derrida (1981) et au-delà. Avoir raison (de l'herméneutique)

 PU de Rennes - Novembre 2022


En avril 1981, Philippe Forget organisait à l'Institut Goethe de Paris une rencontre qui donnait à Hans-Georg Gadamer et Jacques Derrida l'occasion de faire connaissance. Ce livre est d'abord le récit détaillé, fondé sur les archives entièrement inédites conservées par l'auteur, de la préparation, du déroulement et des suites de ces échanges. Il compare ensuite la manière dont Gadamer et Derrida lisent respectivement Mörike et Baudelaire, et tous deux Celan, pour montrer que leur rencontre fut bel et bien « historique », puisqu'elle n'engage pas moins que notre « tradition philosophique dans son ensemble ».
L'ouvrage constitue donc une intervention profondément originale dans le champ de la philosophie contemporaine puisqu'il rouvre sur de toutes nouvelles bases le problème des rapports entre herméneutique et déconstruction, et tout indique qu'il est appelé à faire référence sur cette question. Il ne manquera pas de s'imposer comme un texte de premier plan dans les débats portant sur les rapports entre littérature et philosophie, sans parler de la contribution qu'il apporte à tout un pan de la philosophie contemporaine du langage.

Germaniste, traducteur et philosophe, Philippe Forget (1953-2021) a enseigné l'allemand au lycée Louis-le-Grand pendant plus de vingt ans. Directeur de la collection « Langue et civilisation germaniques » (Dunod, puis A. Colin), il est l'auteur d'études consacrées à de nombreux écrivains de langue allemande, ainsi que d'ouvrages où les problèmes du lire et du traduire sont centraux. Il a lui-même retraduit le Werther de Goethe, sous le tire Les Passions du jeune Werther.

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jeudi 24 novembre 2022

Jean-Yves Chateau : La technique de Platon à Simondon. Persuader la nécessité

 Jérôme Millon - Novembre 2022


Il ne s’agit pas seulement ici de rendre compte de la philosophie de la technique que l’on trouve chez Platon et chez Simondon, et de quelques autres parmi les plus importantes, mais d’affronter véritablement la question : qu’est-ce que la technique ? On voudrait faire apparaître d’abord le caractère exemplaire et décisif de Platon pour la compréhension de ce qu’a été la réalité technique de son temps aussi bien que pour la compréhension, aujourd’hui encore, de la réalité technique actuelle, des problèmes qui sont liés à son identification comme telle et à la démarche qui convient pour son étude. C’est aller contre la tradition qui en fait un ignorant et un ennemi de la technique, préoccupé avant tout d’un monde d’Idées « coupées » du monde sensible. Cette tradition, quasiment aussi ancienne que Platon lui-même, est toujours vivante, fondée désormais sur une représentation de la technique qui se voudrait moderne (la technique comme « application de la science »). C’est un des intérêts de la pensée de la technique de Gilbert Simondon (prolongeant et systématisant une tradition qui passe en France notamment par Henri Bergson et Georges Canguilhem), que de délivrer de l’idée précipitée selon laquelle l’essence de la technique serait d’être une application de la science, idée dont la faiblesse est la plus évidente quand il s’agit d’une époque où la science n’existait pas encore au sens actuel. La lecture de Platon n’est pas seulement libérée par la compréhension de la technique que propose Simondon, elle est elle-même une préparation très utile à la lecture de ce dernier, reposant sur des exemples plus simples. Ce qu’apprend une philosophie de la technique, on le voit exemplairement chez Platon et chez Simondon, n’est pas seulement comment organiser des concepts et des idées (dont l’importance politique et sociale est évidente), c’est comment regarder précisément le réel, penser son existence et son évolution.

Jean-Yves Chateau est Inspecteur général honoraire de philosophie, spécialiste de philosophie ancienne, de Kant et de Simondon.

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Bildwissenschaft : Débats contemporains sur l'image (éd. Maud Hagelstein et Céline Letawe)

 Mimesis - Novembre 2022


Cette anthologie critique vise à établir une archéologie de la théorie de l’image contemporaine, en particulier dans son versant germanophone, celui de la « science de l’image » ou Bildwissenschaft. Pour des raisons diverses (obstacle de la langue, hermétisme des débats, dispersion des positions), cette discipline reste encore peu connue dans la sphère francophone. Pourtant, le développement exponentiel de la théorie de l’image depuis les années 1990 appelle une nouvelle cartographie des études visuelles ainsi qu’une redéfinition philosophique de l’image et de l’expérience qui en découle.

Maud Hagelstein est chercheuse F.R.S.-FNRS et enseigne l’esthétique à l’Université de Liège. Elle a consacré un ouvrage aux fondements de l’iconologie critique : “Origine et survivances des symboles (Warburg, Cassirer, Panofsky)” (2014). Ses recherches actuelles s’inscrivent dans le domaine de la théorie du visuel et portent sur l’actualité de l’approche iconologique dans la théorie de l’image contemporaine.
Céline Letawe est docteure en philosophie et lettres et enseigne la traduction allemand-français à l’Université de Liège, où elle dirige actuellement la filière en traduction. Elle est membre du CIRTI, le Centre Interdisciplinaire de Recherche en Traduction et en Interprétation, et ses recherches portent notamment sur la traduction collective et la visibilité du traducteur.

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Jan Patocka : Intériorité et monde

 Vrin - Novembre 2022


« Le fait d’entrevoir, aux confins de la compréhension humaine des choses, la nature pure, la pure indifférenciation, close sur soi, du sujet et de l’objet, a entraîné un changement fondamental dans notre conception de la phénoménologie transcendantale… » (Jan Patočka)
Les manuscrits des années 1939-1944 traduits dans ce volume présentent, en réponse à « la tâche d’interpréter toute existence à partir des sources internes de la vie même » formulée dans la conclusion du Monde naturel comme problème philosophique et en complément des « Études sur le concept de monde » qui introduisent les Carnets philosophiques, une première ébauche de la révision patočkienne de la phénoménologie transcendantale de Husserl. À proximité de Bergson, en parallèle avec Merleau-Ponty, un point de départ d’une nouveauté radicale qui, vingt ans après, nourrira la réflexion sur la phénoménologie « asubjective » et les mouvements de l’existence.

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Georges Charbonneau (dir.) : L'intime, la pudeur et le sacré. Anthropologie et psychopathologie phénoménologique

 Le Cercle herméneutique - Novembre 2022

L’intime est une question négligée dans les sciences humaines. A peine est-il différencié du privé, de l’intériorité, du propre, du non-dit, du quant-à-soi. Cette intimité ne serait-elle qu’affective ou sexuelle? Non. Une telle réduction appauvrirait considérablement le sens des rencontres humaines, si riche et subtil entre ce qui se dit, ce qui se préserve, se sous-entend ou se tait. Ou, tout simplement, se retient.
Pourquoi la si précieuse retenue qui vise et protège ces espaces d’intimité n’a-t-elle jamais, en Occident, été conceptualisée et valorisée? N’y-aurait-il dans les mouvements de la vie, dans les directions de sens, que celles qui dévoilent, traversent, découvrent, rendent équivalents ou transparents? Devons-nous toujours tout exhiber pour se rencontrer et comprendre? Tout doit-il ou peut-il se traduire, se réduire, se phénoménaliser?
La pudeur est un concept qui a été davantage travaillé par la philosophie et l’anthropologie. Ce qui est avancé ici, dans certains textes, est que cette pudeur réalise une proto-expérience du sacré; un sacré précisément constitué de la capacité de se retirer, de s’interrompre, de faire retenue, de s’inhiber aussi, pour reconnaître, saluer quelque chose qui est précieux, immense, qui nous dépasse et dont nous voulons prendre soin.
Le travail qui s’expose ici ne prétend pas seulement explorer une question anthropologique, celle des corrélations entre intime, pudeur et sacré mais veut oeuvrer à d’autres fins : à la reconnaissance des diverses formes et possibilités du sacré, à montrer que dans certaines attitudes simples de notre vie – telle la retenue, le retrait, la réserve – il y a déjà du sacré; d’un sacré ou d’une spiritualité aussi bien avec que sans dieux (laïc). Ce travail de valorisation de la pudeur en tant que proto-expérience du sacré est nécessaire pour le dialogue entre les coutumes, les sociétés, les civilisations, notamment celles d’Orient et d’Occident; il est nécessaire car de grandes lignes de fractures se dessinent sur ces questions.

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mercredi 23 novembre 2022

Nathalie Ferrand : Dans l'atelier de Jean-Jacques Rousseau

 Hermann - Novembre 2022



L’atelier de Jean-Jacques Rousseau se compose d’une succession de lieux symboles où, au cours d’une vie en mouvement, il a quelque temps posé sa table de travail : parmi eux son donjon à Montmorency, son laboratoire à Môtiers, cette chambre « qui ne ressemblait en aucune manière à celle d’un homme de lettres » rue Plâtrière à Paris… sans compter bois et bosquets des promenades qu’il fréquentait un carnet et un crayon en poche. Mais cet atelier est surtout l’immense espace de papier constitué par ses manuscrits de travail, des milliers de pages autographes aujourd’hui dispersées à travers le monde. Il nous permet de découvrir les chemins de l’invention d’un écrivain penseur critique des Lumières, de suivre brouillons à l’appui la naissance du Contrat social, de l’Émile ou de La Nouvelle Héloïse, et de regarder Rousseau annoter Platon, Montaigne ou Voltaire dans les marges des livres de sa
bibliothèque.

Nathalie Ferrand est directrice de recherche à l’Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS/École normale supérieure, Paris), où elle est responsable de l’équipe « Écritures des Lumières ». Elle vient notamment de publier Écrire en Europe de Leibniz à Foscolo (CNRS-Éditions, 2019) et une édition de récits brefs de Rousseau sous le titre de Trois contes (Rivages, 2021). 

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Audrey Rieber et Baptiste Tochon-Danguy (dir.) : La Modernité en art

 Classiques Garnier - Novembre 2022


Qu'est-ce qu'un art, un style et un artiste modernes ? Pour définir la modernité dans les beaux-arts, la musique et la littérature, il ne suffit pas d'invoquer une période historique ou des caractères stylistiques. Il faut plutôt interroger la fonction de cette catégorie telle qu'elle est mobilisée par les artistes, critiques d'art, historiens et théoriciens, en particulier dans son rapport à l'histoire et au présent, ainsi que la façon dont elle bouleverse les normes esthétiques. En montrant comment la revendication (ou la condamnation) de la modernité repose sur une conception des buts de l'art, les contributions des philosophes, littéraires, historiens de l'art et musicologues ici rassemblées explorent les liens nouveaux tissés entre art, vie et politique.

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Alexis de Tocqueville : La démocratie à l'épreuve d'elle-même ( De la démocratie en Amérique, t. 2 et 4)

 Manucius - Novembre 2022


Lorsqu'Alexis de Tocqueville publie en 1835 le premier tome de De la démocratie en Amérique, il est âgé d'à peine trente ans. Sa jeunesse ne l'empêche pourtant pas de livrer une œuvre de philosophie politique qui deviendra un classique aujourd'hui encore largement commenté.
Dans la quatrième partie du tome II (publié en 1840) ici proposée, Tocqueville souligne que si liberté et égalité sont les principes fondateurs du système démocratique, ils sont par ailleurs l'occasion de dérives potentiellement néfastes.
Poussé par sa passion de l'égalité, le peuple est tenté de rejeter les corps intermédiaires pour déléguer tout pouvoir à l'État qui, pour accomplir sa mission, devient d'une part, pléthorique et d'autre part intrusif. Ainsi la démocratie dégénère naturellement vers un despotisme « bienveillant », où, faute de contre-pouvoir, on aboutit à un monopole administratif étatique amenant à diriger […] les moindres citoyens et à conduire seul chacun d'eux dans les moindres affaires.
Sans une vigilance combative, une tyrannie, même « douce », a tôt fait d'enchaîner à nouveau le peuple souverain.

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lundi 21 novembre 2022

Pierre Bruno : La réalité. Essai de psychanalyse

Erès - Novembre 2022


La réalité est divisée chez Freud entre réalité matérielle et réalité psychique, et chez Lacan entre réalité et réel. Le réel, tout en restant inaccessible, commande les symptômes du sujet, à son insu. Quelles en sont les conséquences sur l'enjeu d'une cure ? A partir de là, Pierre Bruno pose les contours de ce qui, dans une cure analytique conclue de façon satisfaisante, peut apporter au sujet une réponse aux questions existentielles, dont l'abord aura été auparavant réservé à la magie et aux religions. Il en vient ainsi à revisiter les moments qui conditionnent un tel parcours, démontage du fantasme d'une part, repositionnement du Nom-du-Père d'autre part. La vérification de cette issue implique que l'analysé soit délesté du surmoi, qu'il ait déjoué les artefacts magiques et religieux, et qu'il se soit départi du " je n'en veux rien savoir " dont la science voudrait faire son credo. En effet, celui-ci n'a rien à voir avec le " je n'en veux rien savoir " qui se décline à la fin d'une analyse, et dans le dénouement du transfert, et dans le consentement à une division, non suturable, entre savoir et vérité.

Pierre Bruno est psychanalyste à Paris, membre de l'association Le pari de Lacan.

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Sergueï Panov : L'expérimentation philosophique et littéraire de la nature

 L'Harmattan - Novembre 2022


L'anthropobiologie esthétique du langage a découvert la nature dialogique de l'imagination : sa capacité à harmoniser le monde et la vie humaine en testant l'objectivité de ses créations à l'aune du bonheur auquel elles ouvrent l'accès. De Shakespeare à Duras, les temps modernes se sont facilité la tâche. Il suffisait à ces philosophes et à ces écrivains de s'approprier la prosopopée judéo-chrétienne pour expérimenter leurs résultats sur leur propre nature. Ils se dispensaient ainsi allègrement de juger l'objectivité de leurs innovations culturelles. Serguei Panov analyse ici avec acribie l'expérimentation philosophique et littéraire par laquelle ils ont transformé leurs convictions et leurs sentiments en ersatz de leurs propres jugements. Il y étend sa critique de la prosopopée littéraire russe à la modernité elle-même. Il montre qu'elle nous soumettait ainsi à une nature régulatrice transcendante présumée nous dicter ses lois morales sous couvert de lois objectives et irrécusables.

Serguei Panov, docteur habilité en philosophie de l'Université Paris 8, enseigne à l'Université MISIS (Moscou).

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François Renaud : La justice du dialogue et ses limites. Étude du Gorgias de Platon

 Les belles lettres - Novembre 2022


Le point de départ de cette étude est l’examen du caractère expressément agonistique du Gorgias. En situant le dialogue de manière originale par rapport aux contemporains de Platon, en particulier Xénophon, et aux interprétations anciennes, notamment celle d’Olympiodore d’Alexandrie, et en s’appuyant sur une analyse textuelle attentive, l’ouvrage prend le contre-pied des principaux types d’interprétation du Gorgias, sur des points aussi fondamentaux que le statut de l’elenchos et de la rhétorique, sur le sens du paradoxe socratique, et sur la cohérence du dialogue, pourtant souvent contestée. Le livre défend ainsi plusieurs thèses essentielles à la pleine compréhension de la portée du Gorgias. Il montre comment la dialectique de Socrate comporte deux fonctions distinctes, selon le contexte et l’interlocuteur : réfuter et démontrer d’une part, persuader par des moyens extralogiques d’autre part. Socrate emploie en effet dans un sens à la fois conventionnel et philosophique les notions de correction, de rhétorique, de politique et de honte. Ainsi le livre montre comment la dialectique socratique dans le Gorgias se confronte à la rhétorique et à la politique véritables, auxquelles Socrate fait souvent allusion dans le dialogue. L’échec dialectique final sur lequel
s’achève le Gorgias révèle, comme nul autre dialogue platonicien, ce sur quoi porte précisément le conflit entre le discours et la vie du philosophe, soucieux de justice, et le discours et la vie du rhéteur-politique, avant tout préoccupé par le pouvoir et le plaisir. De l’étude de cette présentation et de ce diagnostic du conflit, se dégage ainsi la nature même des obstacles à la vie philosophique.

Titulaire d’un doctorat de l’Université de Tübingen, François Renaud est professeur de philosophie à l’Université de Moncton (Canada). Ses travaux portent avant tout sur Platon ainsi que sur la théorie et la pratique herméneutiques en rapport avec l’œuvre platonicienne. Il a publié notamment The Platonic Alcibiades I : The Dialogue and its Ancient Reception (Cambridge University Press, 2015) en collaboration avec Harold Tarrant.

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Paul Colrat : L'invention de la philosophie politique. La cité-philosophe dans les "Politiques" d'Aristote

 Kimé - Novembre 2022

Alors qu’il n’était pas vraiment apparu chez Platon, le « philosophe-roi » disparaît complètement dans Les politiques d’Aristote. En revanche apparaît pour la première fois celui de « philosophie politique », en un sens bien éloigné de celui d’aujourd’hui, la théorisation abstraite, détachée de la pratique, réservée aux cabinets de philosophes, voire de consultants. La philosophie politique est entendue non pas comme la théorisation que l’on peut faire de la cité, mais l’étude – theoria – que la cité fait d’elle-même, comme une forme d’autoconnaissance, c’est-à-dire une contemplation de la cité par elle-même. Or cela implique que règne dans la cité non pas un personnage aux capacités extraordinaires, le « philosophe-roi », mais une certaine pratique théorique, celle par laquelle les citoyens s’assemblent pour se connaître eux-mêmes directement. Ainsi, même si les critiques qu’il formule de la démocratie ne sont pas négligeables, Aristote fournit avec son Peri politeia, une définition fortement citoyenne de la philosophie politique.

Paul Colrat est normalien, agrégé et docteur en philosophie. Il est l’auteur d’une thèse, à paraître, sur Le mythe du « philosophe-roi » chez Platon.

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dimanche 20 novembre 2022

Corneliu Mircea : L'éternelle création. Le traité de l'Être

 Kimé - Novembre 2022


Ce livre propose une nouvelle manière de penser l’Être, dans une perspective essentiellement dynamique. L’Être este envisagé comme arrachement au Néant (qui lui consubstantiel) et, conséquemment, comme entrée-dans-l’Être, acte créateur qui le remplace, implicitement, dans son commencement-sans-commencement. Les catégories classiques de la philosophie ont été repensées dans leur articulation paradoxale ; s’y ajoutent d’autres catégories, partiellement suggérées par un fertile dialogue avec les sciences exactes. Le discours philosophique original et novateur suit la logique rigoureuse de la création graduelle-étagée, en essayant de répondre à une multitude de questions négligées par la métaphysique traditionnelle, telles que : si, en revenant à soi, l’Être se retrouve en tant qu’essence spirituelle éternelle, se manifestant concomitamment par une création d’un autre ordre – la création « matérielle » – qui va engendrer une multitude de cosmos physiques (et noétiques), quel est le sens de la décréation et quel est le sens de la recréation ? Est-ce qu’il existe en dehors du Monde de l’esprit pur – l’éon divin – un seul univers ou bien une infinité de cosmos ? Comment les différents éléments de l’Être se structurent-ils dans des formations unitaires qu’on appellera nucléons ? Comment apparaissent les créatures dans leur immense diversité ? Peut-on parler, dans les termes de la philosophie, de Mondes et d’Antimondes ? On s’interroge aussi sur l’espace, le temps, le devenir, ou encore sur la communication entre les différents Mondes ou entre les Mondes et les Antimondes.

Né en 1944 à Timișoara, Corneliu Mircea est un philosophe roumain, docteur en philosophie, professeur associé de métaphysique à l’Université de l’Ouest de Timișoara ; professeur invité à l’Université de Poitiers. Parmi les livres publiés : Traité de l’Être, Paris, Kimé, 2015 (traduit en français par Maria Țenchea), Traité de l’esprit, Paris, Kimé, 2018 (traduit en français par Maria Țenchea et Adina Tihu).

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