samedi 23 mars 2019

Barbara Stiegler : « Il faut s'adapter. » Sur un nouvel impératif politique

Gallimard - Février 2019 - Essais


D'où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d'un retard généralisé, lui-même renforcé par l'injonction permanente à s'adapter au rythme des mutations d'un monde complexe ? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l'évolution ? La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d'une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l'espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de "néolibéralisme" : néo car, contrairement à l'ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l'ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l'Etat (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l'espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte. Il ne fait aucun doute pour Walter Lippmann, théoricien américain de ce nouveau libéralisme, que les masses sont rivées à la stabilité de l'état social (la stase, en termes biologiques), face aux flux qui les bousculent. Seul un gouvernement d'experts peut tracer la voie de l'évolution des sociétés engoncées dans le conservatisme des statuts. Lippmann se heurte alors à John Dewey, grande figure du pragmatisme américain, qui, à partir d'un même constat, appelle à mobiliser l'intelligence collective des publics, à multiplier les initiatives démocratiques, à inventer par le bas l'avenir collectif. Un débat sur une autre interprétation possible du sens de la vie et de ses évolutions au coeur duquel nous sommes plus que jamais.

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Cahiers Bataille, n° 4 : Dictionnaire critique de Georges Bataille

Cahiers Bataille - Mars 2019


Ce numéro 4 des Cahiers Bataille est un « dictionnaire critique de Georges Bataille », en référence à la revue Documents (1929-1930) fondée par Georges-Henri Rivière et Georges Bataille qui faisait régulièrement paraître une rubrique nommée « Dictionnaire critique ». Appliqué aux concepts-clés de Bataille, ce terme – « dictionnaire critique » – ouvre une perspective nouvelle qui permet de porter sur eux un regard décalé, donc critique.

ENTRÉES

amour, angoisse, animal, artiste, athéologie, Bataille (nom propre), bataille (nom commun), bonheur, chamanisme, chance, communauté, communication, communisme, coupable, Critique (revue), dépense, honte, Dieu, économie générale, économie restreinte, Edwarda, enfance, érotisme, errance, expérience intérieure, fascisme, femme, hétérogène, hétérologie, impossible (l’), inconnu (l’), informe (l’), islam, jeu, joie, littérature, Mal (le), Marcelle, masque, matérialisme, mort (la), mots, musique, mystique (la), non-savoir, nudité, nuit, oeil, oeuf, part maudite, perte, petit (le), poésie, politique, porc, poupée, révolte, sacré, sacrifice, sexe, soleil, souveraineté, surréalisme, tabou(s), tête, tombe, transcendance/immanence, transgression, vérité, Vézelay, vide (1), vide (2), violence, yoga.

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Patrice Maniglier : La philosophie qui se fait. Conversation avec Philippe Petit

Les éditions du Cerf - Mars 2019


Où en est la philosophie aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'un " intellectuel français " ? Que veut dire hériter du xxe siècle ? Quelle philosophie pour le nouveau millénaire ? Pourquoi cet enthousiasme des jeunes générations pour la métaphysique ? En quoi le réchauffement climatique concerne-t-il directement les sciences humaines ? Peut-on encore sauver l'Europe ? Comment être un relativiste militant ? Telles sont quelques-unes des questions que traverse ce livre unique en son genre, entre dialogue socratique, entretien journalistique et discussion au coin du feu. 
Revenant sur le parcours d'un penseur dont l'oeuvre en construction traverse plusieurs langues et plusieurs disciplines, cette conversation dresse un tableau vivant et accessible de la philosophie française la plus contemporaine, de son histoire, de ses institutions, de ses débats actuels, tout en donnant la mesure d'une entreprise individuelle qui puise aux sources du structuralisme français pour aborder les enjeux du présent. 
Témoignage d'une génération et oeuvre singulière, ce livre s'adresse à toutes celles et ceux qui s'intéressent à la philosophie en train de se faire.

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vendredi 22 mars 2019

Maria Cabral et Marie-France Mamzer (dir.) : Médecins, soignants : osons la littérature. Un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique

Sipayat - Mars 2019


Sous la forme d'une anthologie commentée, cet ouvrage en trois parties fait dialoguer deux domaines par nature critiques : la littérature et l’éthique médicale. D’enjeu éminemment formatif, il s’inscrit dans le mouvement des Humanités médicales où la littérature côtoie d’autres domaines des sciences humaines pour une vision de la maladie et du patient par-delà des approches strictement médicales. 
La première partie propose un choix pluridisciplinaire de textes théoriques – de la philosophie, de la sociologie, de l’anthropologie, des études littéraires et sémiologiques – les faisant converger vers le même objet : l’éthique en santé. 
Illustrant la valeur de la lecture littéraire pour le savoir médical, la deuxième partie orchestre une soixantaine d’extraits de textes autour de thématiques d’enjeu pour la réflexion éthique : l’annonce d’une mauvaise nouvelle, le handicap et la vieillesse, la douleur et la souffrance, l’addiction, les défis de la nouvelle médecine... La troisième partie offre à l’imaginaire contemporain un parcours intemporel dans la lettre écrite permettant d’étoffer et d’utiliser, sans besoin d’ordonnance, ce que Mario Vargas LLosa a appelé une « pharmacopée littéraire ».
Pensé à la fois comme critique et expérimental, ce livre a été conçu comme un laboratoire pour la réflexion éthique. Faisant converger les deux entreprises – éthique du soin et littéraire – dans une logique de réciprocité, il a pour but de fournir un espace commun de représentation, de réflexion et d’analyse pour des questions touchant le corps, l’expérience intime et sociale de la maladie, mais aussi la complexité des relations de soin, entre l’impératif de saisir la maladie et le souci de soigner le malade. C’est ce genre de partages que les œuvres de pensée et de fiction permettent d’éclairer et de mieux percevoir. Les extraits sélectionnés s’inscrivent globalement dans le patrimoine théorique et littéraire mondial de l’antiquité jusqu’au présent, afin de mieux prendre la mesure des problématiques éthiques qui sous-tendent la pratique médicale, et de l’épaisseur historique et culturelle des questionnements sociétaux sous-jacents, longtemps négligés par les raisonnements médicaux.

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Jean-Jacques Lercercle : De l'interpellation. Sujet, langue, idéologie

Amsterdam éditions - Mars 2019


Comment devient-on un sujet ? Tout d’abord en étant nommé, défini, singularisé, assigné à une place. En étant, en quelque sorte, « recruté » comme sujet par une autorité. C’est ainsi que Louis Althusser définissait l’interpellation dans un célèbre texte sur les « appareils idéologiques d’État », où il prenait l’exemple d’un agent de police hélant un individu (« Hé, vous, là-bas ! ») qui se reconnaissait immédiatement comme étant le sujet interpellé. Être sujet en ce sens, c’est être l’objet d’un assujettissement idéologique qui nous fait exister dans un monde commun.
Reprenant cet axe de réflexion, Jean-Jacques Lecercle en propose des prolongements originaux au fil d’un parcours aussi rigoureux que ludique, étayé par une multitude d’exemples allant de Frankenstein à Alice au Pays des Merveilles : là où Althusser privilégiait le discours, il insiste sur le caractère sensoriel de l’interpellation, sur sa dimension fondamentalement corporelle. Il étudie ses différentes formes (l’injure, le mot d’ordre, la rumeur) ; surtout, il élabore une théorie de la contre-interpellation, par où s’affirme l’autonomie du sujet, qui s’approprie la langue et détraque l’idéologie.

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Dario Ippolito : L'esprit des droits. Montesquieu et le pouvoir de punir

Ecole Normale Supérieure - Mars 2019 - La croisée des chemins


"C'est de la bonté des lois criminelles que dépend principalement la liberté des citoyens". Par sa critique des interdictions exorbitantes, des châtiments disproportionnés, des accusations invérifiables et des jugements arbitraires, Montesquieu nous apprend que le conflit entre individu et autorité n'est jamais plus dramatique et plus aigu que sur le terrain de la pénalité. Le pouvoir de punir est certes indispensable à la protection de nos droits, mais en les protégeant des violations qui les menacent il menace lui aussi de les violer. Quelles limites assigner aux prohibitions légitimes ? Dans quel but et comment punir les transgresseurs ? Comment s'assurer de la violation des normes juridiques et de la responsabilité personnelle d'une action criminelle ? Envisagé dans la perspective de la philosophie du droit, L'Esprit des lois révèle sa puissante dimension normative et ouvre l'horizon du "garantisme pénal" .

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jeudi 21 mars 2019

Jean-francois Pradeau : Plotin

Les éditions du Cerf - Mars 2019 - Collection : Qui es-tu ?


La vie et l'œuvre : c'est Plotin en personne qui ici se raconte en enseignant sa philosophie. Quand le maître se fait l'initiateur : la plus belle, la plus vivante et la plus facile voie pour découvrir, comprendre et intégrer une pensée majeure. 
Quand Plotin (205-270) arrive à Rome, c'est pour y enseigner la philosophie de Platon. Formé à Alexandrie, il se donne pour mission de défendre une culture païenne que la philosophie stoïcienne ne parvient plus à servir. Il veut également renouveler cette culture à un moment où les mouvements chrétiens lui disputent son autorité. 
Si longtemps après Platon et Aristote, qu'il connaît et travaille sans relâche, Plotin est l'auteur d'une doctrine singulière qui pose qu'au-delà de ce qui est, au-delà de l'être que la philosophie cherche à connaître dans sa totalité et ses principes, il existe pourtant autre chose : un principe absolument premier. Un principe au-delà de l'être et de toute pensée, un principe de tout ce qui est mais que l'on ne peut embrasser par la pensée, ni même nommer autrement que " Un ". 
Une superbe introduction à la pensée de celui qui fut le plus grand philosophe de l'Empire.

Professeur de philosophie ancienne à l'université de Lyon, Jean-François Pradeau est spécialiste de la tradition platonicienne et de Plotin.

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Edouard Mehl : Descartes en Allemagne, 1619-1620. Le contexte allemand de l'élaboration de la science cartésienne

Presses universitaires de Strasbourg - Mars 2019


"J'étais alors en Allemagne, où l'occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avait appelé... " . C'est ainsi que l'auteur anonyme du Discours de la méthode (1637) entame le récit d'une autobiographie intellectuelle que la postérité s'accorde à regarder comme l'acte de naissance de la philosophie moderne. Pourtant, on ne sait presque rien des circonstances réelles qui entourent la naissance de ce projet. Au lieu de remonter jusqu'à cet événement initial depuis l'oeuvre achevée de Descartes, qui n'en dit - et peut-être même n'en sait presque rien -, cette enquête cherche à l'éclairer du dehors, à partir de ces circonstances. En Allemagne, en 1619, Descartes a-t-il rencontré Kepler, le mathématicien Faulhaber, ou un quelconque représentant de la société Rose-Croix ? A-t-il visité Kassel, Butzbach, Linz ou Prague ? Cet ouvrage s'emploie à départager ces hypothèses, et surtout à en évaluer l'intérêt philosophique : qu'apportent-elles à l'intelligence du projet cartésien, et par extension, de toute la philosophie comme projet de fondation de la science mathématique de la nature? 
Deuxième édition, revue et augmentée.

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Ronell Avital : La plainte

Max Milo - Mars 2019 - Collection : Voix libres


Qui ne s'est jamais plaint? De son travail, de ses parents, de sa vie... À la différence de l'indignation, la plainte est durable. Car il y a bien de quoi se plaindre face au monde tel qu'il est. Mais à qui? Et comment? La philosophe Avital Ronell ouvre le registre des plaintes éternelles et occasionnelles.
"Qui connaît mieux la plainte que moi ?" demande Avital Ronell. Son expérience et sa connaissance des doléances l'ont conduite à tenir un registre des plaintes, les plus banales comme les plus métaphysiques. Doléances, lamentations, griefs... les plaintes expriment une souffrance durable, au-delà de leur mobile. Elles contaminent nos discours et nous paralysent, au lieu d'éliminer ce qui nous cause de la peine. À la différence de l'indignation, forte et rebelle, la plainte révèle plutôt une protestation impuissante. Avital Ronell cible les geignards et les râleurs sempiternels, mais elle s'étonne aussi de ceux qui affirment, par élégance, "je n'ai pas de quoi me plaindre". Car il y a bien lieu de se plaindre de la vie. La philosophe ouvre de nombreux dossiers de plaignants : la plainte des femmes et des mères, ou celle des êtres perdus qui ne trouvent pas de dieu à qui se plaindre. Elle dialogue avec Hamlet, Werther, Arendt, Derrida, l'Allemagne et construit un théâtre philosophique où les personnages, elle-même dans le premier rôle, entendent plusieurs plaintes dans chaque complainte. 
Comme un effet pervers de ce Bureau des plaintes, Avital Ronell fait aujourd'hui l'objet d'une plainte qui attise sur elle une récrimination internationale, depuis la publication d'un article à charge du New York Times. Pour la première fois, dans un avant-propos inédit, elle réagit à cette affaire.

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mercredi 20 mars 2019

François Bafoil : Freud et Weber L'hérédité – races, masses et tradition

Hermann - Mars 2019


Au tournant du XXe siècle, les débats sur l’hérédité et le déterminisme biologique traversent l’ensemble des sciences, naturelles, médicales et sociales, laissant une large place à l’irrationalité dans le développement individuel et collectif. Freud et Weber s’y sont confrontés en s’attachant à définir la nature de la conscience et de l’inconscient pour comprendre les phénomènes de leur époque : ceux des masses en colère, de la religion et de l’antisémitisme, enfin de la guerre mondiale. L’intérêt de comparer ces deux pensées ne tient pas seulement au fait que pareille tentative a été rarement menée. Il tient surtout au fait que les mêmes questions se posent à nous aujourd’hui : celle de l’irrationalité du champ politique ; la dépersonnalisation individuelle et l’aliénation collective dans le groupe ; la soumission à l’autorité et le désir de la force ; enfin, celles concernant le risque toujours menaçant du renversement des démocraties dans les régimes autoritaires et la revalorisation incessante d’un antisémitisme jamais éteint.

François Bafoil est sociologue, directeur de recherche au CNRS (CERI-Sciences Po). Il a notamment publié L’inlassable désir de meurtre (2017) et Max Weber, Réalisme, rêverie et désir de puissance (2018).

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Daniele Giglioli : Critique de la victime

Hermann - Février 2019


La victime est le héros de notre temps. Être victime donne du prestige, impose l’écoute, promet et promeut la reconnaissance, active un puissant générateur d’identité, de droit et d’estime de soi. Cela protège de toute critique, garantit l’innocence au-delà de tout doute raisonnable. Comment la victime pourrait-elle être coupable, ou même responsable de quelque chose ? Elle n’a rien fait, on lui a fait. Elle n’agit pas, elle subit. Au cœur de la victime s’articulent le manque et la revendication, la faiblesse et la prétention, le désir d’avoir et le désir d’être. Nous ne sommes pas ce que nous sommes, mais ce que nous avons subi, ce que nous pouvons perdre, ce que l’on nous a enlevé. Il est désormais temps de dépasser ce paradigme qui nous paralyse pour redessiner les contours d’une praxis et d’une action du sujet dans le monde, tourné vers l’avenir et non vers le passé.

Traduit de l'italien par Marine Aubry-Morici.

Daniele Giglioli enseigne la littérature comparée à l'université de Bergame. Parmi ses publications : Tema(2001), Il pedagogo e il libertino (2002), All’ordine del giorno è il terrore (2007), Senza trauma (2011), Critica della vittima (2014), Stato di minorità (2015). Il est collaborateur de Il Corriere della sera.

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Michel Nodé-Langlois : Thomas d'Aquin, commentaires politiques

Lethielleux Editions - Mars 2019


Le travail du théologien Thomas d'Aquin a consisté en partie à commenter des oeuvres d'autres auteurs, et certains livres bibliques. Ces commentaires venaient compléter l'enseignement ex professo des Sommes et des Questions, qui ont donné lieu à un premier recueil : Thomas d'Aquin, Penser le politique (Dalloz, 2015, 608 p).

À part la Politique d'Aristote, les oeuvres commentées par s. Thomas ne traitaient pas uniquement de questions de cet ordre, mais certaines de leurs parties y avaient trait : Sentences de Pierre le Lombard, synthèse, au XIIe siècle, des questions suscitées par l'explicitation du contenu de la foi chrétienne ; Éthique à Nicomaque et Métaphysique d'Aristote ; passages du Nouveau Testament importants pour l'évangélisation de la Cité humaine.

Traitant de politique, Thomas use de références philosophiques plutôt que théologiques. Car la foi théologale ne dispense pas du travail d'analyse rationnelle dont les philosophes grecs ont été les premiers promoteurs : elle stimule ce travail comme une condition et un moyen de sa propre intelligence. La foi ne disqualifie pas plus la raison que la grâce ne supprime la nature : elles apportent un surcroît de perfection à ce qu'elles présupposent.

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