dimanche 22 octobre 2017

Pascale Tabet : Amour et donation chez Jean-Luc Marion. Une phénoménologie de l'excès

L'Harmattan - Octobre 2017 - Ouverture philosophique


La phénoménologie de Jean-Luc Marion est intuitive et pré-réflexive, elle s'inscrit au cœur de la saturation et effectue un élargissement du champ de la phénoménalité. Elle explicite ici le phénomène érotique décrit par le penseur de la phénoménalité saturée. Cette tonalité affective fondamentale de l'existence est en effet aussi le phénomène-limite qui révèle un excès de sens et d'épreuve, débordant et surabondant toute représentation opérée par une conscience intentionnelle et réflexive. L'amour ne saurait être compris qu'à partir d'une phénoménologie radicale de la donation excessive.

Pascale Tabet, docteure en philosophie de l'Université de Caen-Normandie (UNICAEN), est spécialisée en phénoménologie contemporaine. Elle enseigne à l'Université Libanaise et dans d'autres universités privées du Liban. Elle a écrit plusieurq articles culturels et philosophiques dans des quotidiens libanais et régionaux.

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Raison publique - 2017/1 - N° 21 - Ce que politique veut dire

PUR - Octobre 2017


Page 11 à 17 : Federico Tarragoni - Introduction | Page 19 à 34 : Haud Guéguen - Philosophie sociale et philosophie politique | Page 35 à 48 : Federico Tarragoni - Qu’est-ce qu’on démocratise exactement dans la « démocratisation de la culture » ? | Page 49 à 62 : Noémie Villacèque - « Voyez-vous cela, vous autres ? ». À Athènes, le regard en public | Page 63 à 73 : Michael Löwy - Franz Kafka et l’anarchisme | Page 75 à 85 : Anne-Emmanuelle Demartini - Lacenaire, aux frontières du crime politique (1835-1836) | Page 87 à 96 : Nelly Wolf - Roman et démocratie : contrat, fiction, diction | Page 97 à 111 : Emmanuel Fureix - L’iconoclasme, un objet d’histoire politique ? Souveraineté et recharge révolutionnaire, 1830-1831 | Page 113 à 152 : Marlène Jouan - Politique du deuil : entre reconnaissance et invisibilisation | Page 155 à 174 : Laurent de Briey - Une théorie politique et faillibiliste de la tolérance | Page 175 à 183 : Bertrand Guillarme - Démocratie et consentement sexuels | Page 185 à 196 : Sylvie Taussig - Le roman selon Hans Blumenberg | Page 197 à 215 : Étienne Tassin - Philosophie /et/ politique de la migration | Page 217 à 227 : Jean-Baptiste Mathieu - La vie morale au miroir du gangster | Page 229 à 246 : Jean-Fabien Spitz - Quel avenir pour l’Etat providence ? Une leçon américaine | Page 247 à 265 : Catherine Coquio - L’épreuve du monde et l’unité du monde. Achille Mbembe, entre Carl Schmitt et Frantz Fanon.

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Nouvelle revue d’esthétique - 2017/1 - n° 19 - Étienne Souriau

PUF - Octobre 2017



Page 5 à 12 : Dominique Chateau - Présentation | Page 13 à 21 : Richard Conte - La poïétique d’Étienne Souriau | Page 23 à 31 : Filippo Domenicali - La vie comme œuvre d’art | Page 33 à 41 : Dominique Chateau - Étienne Souriau : une ontologie singulière | Page 43 à 53 : Renaud-Selim Sanli - L’abaliété et le problème de la connaissance du singulier : les procédés romanesques | Page 55 à 63 : Jacinto Lageira - L’inachevé en soi | Page 65 à 75 : Patricia Touboul - Étienne Souriau ou la gloire de l’esthétique | Page 77 à 84 : Aline Wiame - La philosophie de l’instauration d’Étienne Souriau est-elle une esthétique ? | Page 85 à 96 : Lætitia Basselier - Étienne Souriau et la danse, rencontres (manquées ?) | Page 97 à 105 : Isabelle Barbéris - La machine à jouer d’Étienne Souriau ou le théâtre comme art de philosopher | Page 107 à 125 : Isabelle Rieusset-Lemarié - Des arts décoratifs au cinéma : incidences heuristiques du contour, de l’ornement et de l’arabesque dans l’esthétique d’Étienne Souriau | Page 127 à 139 : Fabien Le Tinnier - Étienne Souriau filmologue : histoire de sa pensée ontologique du cinéma parmi les arts (corpus, inédits, archives) | Page 141 à 150 : Michaël Hayat - Onto-esthétique instaurative, multi-réalisme du fantomal et fictions filmiques | Page 151 à 196 : Filippo Domenicali, Fabien Le Tinnier - Étienne SOURIAU : Fragments pour une biographie intellectuelle | Page 197 à 211 : Dominique Chateau, Filippo Domenicali, Fabien Le Tinnier - Bibliographie exhaustive des travaux d’Étienne Souriau (1892-1979) | Page 213 à 223 : - Dossier iconographique.

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samedi 21 octobre 2017

Jean-Renaud Seba et Guillaume Lejeune : Hegel, une pensée de l’objectivité

Kimé - Octobre 2017


Ce que la postérité a retenu de Georg Wilhelm Friedrich Hegel tient en une formule simple et cependant énigmatique : Hegel aurait prétendu achever la métaphysique en instituant un « idéalisme absolu », qui ne serait autre que l’expression éhontée d’un subjectivisme sans limite. Or, dans son œuvre publiée (pour ne rien dire de ses cours), Hegel consacre des développements très détaillés à l’objectivité et à la connaissance empirique. Cela est vrai de la Logique, de la Philosophie de la Nature et de la Philosophie de l’Esprit. Il s’en suit une série de questions. Que signifie l’expression « objectivité de la pensée » chez Hegel ? S’agit-il de l’objectivité visée par la pensée ou de la réalité objective de la pensée elle-même ? Le génitif est-il objectif ou subjectif ? Et s’il était à la fois l’un et l’autre ? A partir de ces questions, il s’agit de comprendre l’idéalisme hégélien dans son rapport au monde et d’interroger son actualité. Tels sont les enjeux qui sont au centre de ce recueil, qui réunit les contributions de spécialistes internationalement reconnus.

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Orazio Irrera et Salvo Vaccaro (dirs.) : La pensée politique de Foucault

Kimé - Octobre 2017


Loin d’être considérée comme une simple notion appartenant au vocabulaire de la théorie politique, l’idée foucaldienne de la politique renvoie plutôt à une attitude généalogique fournissant un diagnostic du présent et restituant des relations complexes et contingentes qui nouent des domaines de savoir, des types de normativité et des formes de subjectivité. Par ce biais cette idée touche tout un ensemble de questions qui ont été cruciales pour l’itinéraire intellectuel de Foucault. En premier lieu celles de la gouvernementalité et de la biopolitique, des savoirs et des pouvoirs qui les constituent, des pressions normalisantes avec leurs effets spécifiques d’assujettissement, mais aussi des résistances et des contre-conduites que la gouvernementalité et la biopolitique rencontrent et produisent dans leur exercice. Au cœur de l’idée foucaldienne de la politique on retrouve même la notion de conduite considérée dans sa duplicité constitutive : à la fois manière de conduire les hommes en structurant leur champ d’action éventuel, mais aussi manière de se conduire de la part des hommes conçus comme des sujets libres. Ce qui par ailleurs ne peut pas être disjoint de la question d’une histoire politique de la vérité, ce qui vise à problématiser les manières dont, de l’Antiquité gréco-romaine jusqu’au néolibéralisme de nos jours, les rapports de forces qui traversent les sociétés occidentales se sont historiquement imbriqués avec des régimes de vérité afin de gouverner la vie et l’existence des hommes. Ainsi le domaine de la politique croise également le projet d’une généalogie de l’obligation de dire-vrai sur soi-même, un foyer de réflexion où, dans les années 1980, Foucault a tenté de recadrer nombre de ses analyses, des expertises médico-légales à l’aveu, du souci de soi à la parrêsia. Quoi qu’il en soit, d’après Foucault la politique reste toujours marquée par une conflictualité qui donne lieu à des champs d’agonismes incessants, dans l’immanence desquels cette série souvent dispersée des points de non-acceptation du pouvoir peut aussi se composer politiquement par le biais de formes inédites d’existence qui excédent tout ordre discursif ou normatif et sont en mesure de remettre en question l’évidence et la nécessité du tout pouvoir.

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Frédéric Neyrat : Echapper à l'horreur

Nouvelles Ligne - Octobre 2017


Comment échapper à l’horreur ? C’est la question que pose Frédéric Neyrat, dans ce court livre qui propose une théorie générale de l’horreur et son contrepoison philosophique. L’auteur commence par dresser le constat suivant : terreur et frayeur règnent aujourd’hui sans partage dans le domaine politique (recul de la démocratie), environnemental (changements climatiques), international (terrorisme islamique), économique et social (effets délétères de la dérégulation néo-libérale). Cependant, quel est le point commun entre tous ces phénomènes, pourquoi génèrent-ils un sentiment d’horreur ?
À cette question, l’auteur répond par la thèse suivante : l’horreur est ce qui se répète. Car l’horreur n’a qu’un seul message, elle dit et répète : je reviendrai, encore et encore, continûment la mort succèdera à la mort, le génocide au génocide. Dès lors, comment s’opposer à l’horreur ? Frédéric Neyrat répond ainsi : si l’horreur est ce qui se répète, alors faire cesser l’horreur exige d’interrompre la répétition. A la réitération de l’horreur, l’auteur oppose les « interruptions merveilleuses » qui éloignent, ne serait-ce qu’un temps, la menace d’une épouvante sans fin.
Dans la première partie de cet ouvrage, l’auteur montre que si l’horreur s’avère toujours possible, le merveilleux est une figure de l’impossible. 
La seconde partie étudie neuf de ces figures : l’amour, la beauté, le poème, le bien, la folie, le sauvage, l’extra-terrestrialité, le rêve, et l’éveil.
La troisième partie interroge la logique de l’interruption révolutionnaire, montrant que la politique radicale à venir aura deux enjeux : empêcher que le futur ne soit qu’un objet d’épouvante, c’est-à-dire désactiver les possibles désastreux, et reprendre les promesses d’émancipation qui ont été laissées en plan, c’est-à-dire exiger l’impossible.
Convoquant littérature et poésie (Baudelaire, Beckett, Breton, Conrad, Ellis, Lovecraft, Lukács, Oppen, Reverdy), cinéma d’horreur (Argento, Carpenter, Lynch), cinéma de science-fiction (Spielberg), et philosophie (Adorno, Arendt, Benjamin, Badiou, Descartes, Kant, Schmitt, Tronti), ce « court traité des interruptions merveilleuses » est l’antidote aux peurs qui nous empêchent de croire au bien, à la beauté, et à la justice.

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vendredi 20 octobre 2017

Georg Henrik von Wright : Expliquer et comprendre

Editions d'Ithaque - Octobre 2017


Parmi les controverses sur la nature de l’explication dans les sciences, et notamment dans les sciences humaines, Expliquer & Comprendre fait incontestablement figure de classique. Largement inspiré de Wittgenstein, Georg Henrik Von Wright propose un examen minutieux de la notion de causalité, telle qu’elle se trouve mobilisée à la fois dans les sciences de la nature et dans les sciences de l’esprit, l’histoire et les sciences sociales. Contre l’idéal d’unité des sciences, défendu par le positivisme logique, Von Wright confronte tradition analytique et tradition herméneutique, et consacre son enquête à l’explication causale et aux lois de la nature, aux notions de téléologie, de finalité et d’intention. Il identifie à la fois l’existence d’explications causales authentiques en histoire et dans les sciences sociales, et des explications quasi-causales en histoire, en s’appuyant sur certains épisodes historiques précis. Il souligne l’importance des normes pour les pratiques humaines, et, pour finir, aborde la question de la liberté humaine face au déterminisme de l’histoire.

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Archives de Philosophie 2017/4 (Tome 80) : L’enfance dans l’Antiquité

Centre de Sèvres - Octobre 2017


Page 627 à 628 : La rédaction - Éditorial | Page 629 à 632 : Jérôme Laurent - L'enfance dans l'Antiquité | Page 633 à 657 : Anne-Laure Therme - Figures présocratiques de l’enfant. La συμμετρία et le jeu | Page 659 à 676 : Laetitia Monteils-Laeng - La valeur de l’enfance chez Aristote | Page 677 à 698 : Valéry Laurand - L’enfance chez les stoïciens. L’histoire d’un ratage | Page 699 à 709 : Jérôme Laurent - Les troubles de la petite enfance selon Proclus | Page 711 à 731 : Kristell Trégo - Des catégories de l’âme ? | Page 733 à 753 : Dan Arbib - Un enjeu interne à l’école cartésienne : les formes substantielles selon Descartes, Malebranche et Arnauld | Page 755 à 763 : Antoine Bocquet - La sociologie ou la résistible expression des idéaux démocratiques | Page 763 à 770 : Michel Bourdeau - Individualisme et statistiques | Page 773 à 802 : - Bulletin de littérature hégélienne XXVII(2017) | Page 803 à 833 : - Bulletin de Bibliographie Spinoziste XXXIX.

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Lambert Dousson : Une manière de penser et de sentir. Essai sur Pierre Boulez

Presses universitaires de Rennes - Octobre 2017


« Une manière de penser et de sentir, une manière aussi d’agir et de se conduire » : dans le sillage de Michel Foucault qui ainsi définissait « la modernité » comme « pratique de soi », ce livre porte un regard philosophique inédit sur la pensée de Pierre Boulez (1925-2006). Figure essentielle de la modernité musicale au XXe siècle, son activité de compositeur s’est toujours accompagnée d’une réflexion théorique, qui fut parmi les plus profondes jamais menées sur les forces subjectives et objectives au travail dans la création artistique. Ni simple explication de l’½uvre, ni justification de positions esthétiques et politiques, les écrits qu’il fit paraître autour de son ouvrage clé Penser la musique aujourd’hui (1963) constituent, par leur densité et leur ampleur, mais aussi par un écart paradoxal qu’ils instaurent avec l’expérience musicale elle-même, une « herméneutique du sujet ». Cette subjectivité qui se cherche, se perd et se retrouve dans le labyrinthe de sa pensée de l’art, le présent livre montre son élaboration complexe. De l’écriture à l’écoute, de l’axiomatique à la prolifération, de l’exercice de la structure à la pratique de la coupure, du degré zéro de l’écriture à l’ambiguïté des espaces lisses et des espaces striés, c’est aussi un événement dans la pensée en général qu’il s’agit de faire revivre. Ou comment les analyses, interprétations, critiques, reprises de la pensée musicale de Pierre Boulez par ses contemporains Michel Foucault, Roland Barthes, Claude Lévi-Strauss, Gilles Deleuze et Félix Guattari, sont autant de points d’articulation où se déplace et se joue autrement la question du sujet de la musique.

Lambert Dousson est agrégé et docteur en philosophie. Ses travaux portent principalement sur les relations entre musique, philosophie et politique (XIXe - XXIe siècles). Il est maître-assistant à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Montpellier, où il enseigne la philosophie, l'esthétique et la théorie de la culture, et intervient régulièrement comme conférencier à la Cité de la musique - Philharmonie de Paris.

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jeudi 19 octobre 2017

Soren Gosvig Olesen : Avec Kierkegaard. La philosophie dans le texte

Mimesis - Octobre 2017


L'oeuvre de Kierkegaard est lue ici dans le texte, les passages traduits le sont par l'auteur, philosophe danois, dans une confrontation constante avec les traductions existantes. Kierkegaard, " poète du religieux ", précurseur de l'existentialisme, est placé ici dans un contexte nouveau, celui de la déconstruction et de sa postérité. En effet, portant un coup à tout système, à tout ordre établi, Kierkegaard s'avère être ici le protagoniste d'une révolte contre la tradition tant philosophique que religieuse. Avec un mot d'accompagnement du philosophe Jean-Luc Nancy

Soren Gosvig Olesen, né en 1956, a fait ses études de philosophie auprès de Gérard Granel à Toulouse et à Paris. Depuis 1999, il est professeur de philosophie à l'Université de Copenhague. Il a publié notamment Wissen und Phänomen (1997), Transcendental History (2012), Breve storia del soggetto (2011) et La phénoménologie, cette inconnue (Mimésis, 2015).

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Geneviève Fraisse : Du consentement (Édition augmentée)

Le Seuil - Octobre 2017 - Débats



" J'ai longtemps pensé que l'acte de consentir relevait de l'intimité la plus grande, mélange de désir et de volonté dont la vérité gisait dans un moi profond. Lorsque j'ai entendu ce mot consentement dans des enceintes politiques, Parlement européen, débats télévisuels, discussions associatives, j'ai compris qu'il pénétrait l'espace public comme un argument de poids.
Je voyais bien que la raison du consentement, utilisée pour défendre le port du foulard, ou exercer le métier de prostituée, s'entourait de principes politiques avérés, la liberté, la liberté de choisir, la liberté offerte par notre droit ; et la résistance, la capacité de dire non à un ordre injuste. Car dire " oui", c'est aussi pouvoir dire " non ", l'âpreté de l'établissement d'un viol nous le rappelle méchamment.
J'ai beaucoup cherché, des années durant, à identifier les lieux de l'autonomie des femmes contemporaines. Ce travail sur le consentement m'entraîne, désormais, dans la pensée du lien, du mouvement de l'un vers l'autre des êtres, de chacun des êtres que nous sommes. Par là commence, ainsi, la construction d'un monde. " G.F.

Geneviève Fraisse est philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS. Ancienne députée européenne, elle est l'auteure de livres sur sur la généalogie de l'égalité des sexes et la problématique sexe/genre.

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Jean-Michel Chaumont : Survivre à tout prix ?

La Découverte - Octobre 2017


Pendant des millénaires, il fut attendu des victimes confrontées à des circonstances extrêmes que leurs conduites se conforment à des codes d'honneur terriblement exigeants. A-t-il trahi les siens celui qui a survécu à la torture ? A-t-elle trop facilement cédé celle qui a connu le viol ? Ces survivants suspects ont-ils sacrifié leur honneur à leur survie ? Questions traumatisantes, disent certains. Questions pourtant posées avec une surprenante récurrence pendant des siècles et des siècles, comme l'explique Jean-Michel Chaumont. 
Or, depuis quelques décennies, dans les sociétés occidentales, ces codes d'honneur sont frontalement contestés, et sont même perçus comme d'intolérables blâmes adressés aux victimes. Si tout le monde s'accorde à reconnaître le progrès moral que cette critique fait advenir dans le cas du viol (la morale n'attend plus que la femme victime se justifie de son comportement), elle tend à promouvoir une éthique de la survie à n'importe quel prix dans les situations de péril extrême. Ce livre ambitieux reconstruit les critères qui ont pu départager les conduites honorables et les conduites déshonorantes, et montre, archives à l'appui, qu'il y a peu encore ces critères furent appliqués à des résistants communistes et aux victimes de la Shoah, en particulier les membres des Sonderkommandos. Il signale les évolutions considérables de nos sensibilités morales et pointe les régressions associées au risque d'un " chacun pour soi " décomplexé. 
Si la trahison devenait la norme implicite, si l'éthique de la survie devait passer avant celle de l'honneur, et de la fidélité aux siens, ne serait-il pas à craindre que le jour venu, face à l'extrême, nous ne perdions nos âmes ?

Jean-Michel Chaumont, chercheur au Fonds national de la recherche scientifique belge et professeur à l'université de Louvain, est notamment l'auteur de La Concurrence des victimes (La Découverte, 1997, 2002).

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