jeudi 26 février 2015

Florent Perrier : Topeaugraphies de l'utopie. Esquisses sur l'art, l'utopie et le politique

Payot - Février 2015 - Collection : Critique de la politique


L’utopie se meurt d’un double oubli : celui du sensible qui l’anime comme celui des corps qui la portent. D’un marxisme devenu orthodoxe aux conservateurs de tout bord, se répète la même amnésie aux dépens d’une aspiration des peuples à la liberté. Cette perte du recours au sensible dans les lectures politiques de l’utopie se traduit par des processus d’occultation et d’assignation destinés à domestiquer une pensée sauvage faite de pratiques critiques de l’écart, rétive à l’ordre établi. Cela, au mépris de topeaugraphies de l’utopie pourtant bien réelles qui forment de singuliers tissus de possibles sillonnés de désirs, traversés d’échappées – la membrane mouvante d’un monde autre ouvert à l’émancipation.
Contre cette atrophie récurrente, Florent Perrier fait, à partir de Charles Fourier et de Claude-Henri Saint-Simon, le pari de relever l’utopie de cette mutilation durable en arrimant pour elle, comme pour l’art, le désir au sein du politique. Mettant en relief la teneur première de l’avant-garde des artistes – pressentir, désirer, appeler le peuple, la révolution, la société autre –, ces esquisses sur l’art, l’utopie et le politique ne réhabilitent pas seulement mais actualisent, ne sauvent pas uniquement mais concrétisent un partage du sensible qui, d’écart en d’écart, œuvre à la venue de l’hétérogène quand, force tangible, l’utopie se conjugue au présent du subversif.
Porté par une hérétique de l’utopie, cet essai maintient ouvert le présent à l’effraction du différent, du dissemblable, de l’inaccoutumé : à leur dissonance même, révélant, par l’utopie comme par l’art, l’outrepassement des limites instituées. C’est à leur revers que s’annonce alors, forte d’une insatisfaction critique, d’une intranquillité figurative permanentes, la persistance politique d’une esthétique de la résistance.

Florent Perrier, docteur en esthétique et théorie des arts, est chercheur associé à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) et aux archives Walter Benjamin de Berlin. Son prochain essai phalanstère W a pour objet Walter Benjamin Charles Fourier, l’utopie sauve.

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Alain Juranville : Les cinq époques de l'histoire. Bréviaire logique pour la fin des temps

Editions Cerf Alpha - Février 2015


Décrire un mouvement inéluctable et en éclairer le sens, c’est le pari philosophique que tente cet ouvrage, qui brasse des contenus à la fois proprement philosophiques, mais aussi politiques et historiques. Les cinq époques de l’histoire sont ici étudiées en exacte correspondance les unes avec les autres. Chacune est introduite par une affirmation (de l’idée, du péché, du doute, de l’existence, de l’inconscient). Chacune fait gagner un savoir philosophique. Chacune suppose l’appropriation d’un aspect de la vérité. Chacune se fixe dans une institution. Chacune offre des droits nouveaux. Chacune néanmoins se heurte au refus foncier que les hommes opposent à tout progrès de la justice – c’est l’inéliminable pulsion de mort. Jusqu’à l’époque actuelle (fin de l’histoire) où l’individu reçoit une place centrale. La pulsion de mort, inassumable en dernier ressort (d’où le terrorisme), devra alors être socialement assumée, autant qu’il est possible (d’où la question brûlante aujourd’hui du capitalisme).

Communiqué de presse



Alain Juranville, ancien élève de l’École normale supérieure de la Rue d’Ulm, agrégé de philosophie, a enseigné la philosophie moderne et contemporaine à l’université de Rennes I. Il a publié plusieurs ouvrages dont, aux PUF, Lacan et la philosophie (1984) et Inconscient, capitalisme et fin de l’histoire (2010).

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Rémi Brague : Le Règne de l'homme. Genèse et échec du projet moderne

Gallimard - Février 2015 - Collection : L'Esprit de la cité


C'est à l'époque moderne que l'homme en est arrivé à se dire le créateur de sa propre humanité. Autrefois, il se croyait l'oeuvre de la nature ou l'enfant de Dieu. Désormais, il entend conquérir l'une et s'affranchir de l'autre. Il veut rompre avec le passé, se donner souverainement sa loi, définir ce qui doit être, dominer. Telle est l'ambition vertigineuse que raconte cet ouvrage. Descartes rêvait d'un homme maître et possesseur de la nature ; deux siècles plus tard, Nietzsche allait décréter que l'homme doit être dépassé, n'étant plus à la hauteur des attentes que lui-même avait définies. Rémi Brague interroge les origines de ce projet et retrouve les traits qui vont progressivement dessiner la nouvelle humanité dont nous sommes les héritiers. Pour reconstituer la longue trajectoire de l'homme moderne, ce livre convoque aussi bien la philosophie que la littérature ; il y découvre les espoirs et l'enthousiasme qui portent ses débuts, mais aussi, à l'épreuve de cette expérience impossible, l'angoisse et les désillusions qui en marquent l'échec. Le Règne de l'homme clôt une longue enquête sur la manière dont l'homme, de l'Antiquité à nos jours, a pensé successivement son rapport d'abord au monde, ensuite à Dieu et, pour finir, à soi-même.

Spécialiste de la philosophie grecque et de la philosophie médiévale arabe et juive, Rémi Brague, de l'Institut, est professeur émérite de philosophie à la Sorbonne et à l'Université de Munich. Il est notamment l'auteur de La Sagesse du monde (1999). De lui, les Editions Gallimard ont déjà publié Europe, la voie romaine (Folio essais n° 343) et La Loi de Dieu (L'Esprit de la Cité, 2005, Folio essais n° 504).

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lundi 23 février 2015

Giuseppe Bianco : Après Bergson

PUF - Février 2015 - Collection : Philosophie Française contemporaine


Quelles ont été la réception, la circulation, les lectures et les réappropriations des textes d'Henri Bergson à l'intérieur du champ philosophique français ? L'auteur écrit « après », après le succès relativement récent de l'oeuvre de Bergson, mais aussi « sur l'après », sur ce qui est arrivé à l'ensemble de la philosophie française après Bergson. Il prend en considération la période qui va des lendemains du traité de Versailles au début du XXIe siècle et introduit une approche « chorale » à l'histoire de la philosophie : textes, concepts, auteurs et groupes sont évoqués pour l'importance qu'ils ont dans la construction des schémas d'analyses déployés, et non pas à cause de leur valeur supposée. Dans cette ample fresque sont ainsi mobilisées des ressources analytiques originales, tirées de l'épistémologie historique et pragmatique, de l'histoire intellectuelle, de la sociologie de la connaissance et des récentes études sur les aspects rituels de la philosophie.

Giuseppe Bianco est chercheur à l'Institut d'études avancées de Paris. Docteur en philosophie de l'université Lille 3, ancien chercheur postdoctoral à l'École normale supérieure, il a dirigé Jean Hyppolite entre structure et existence (Rue d'Ulm, 2013), Badiou and the Philosophers (Blomsbury, 2013), The Care of Life (Rowman & Littlefield, 2014) et La signification du concret. Philosophie et psychologie chez Politzer (Hermann, 2014).

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Sören Kierkegaard : Diapsalmata (nouvelle édition)

Allia - Février 2015 - Collection : Petite collection


Mon âme est si lourde que nulle pensée ne peut la porter, que nul essor ne peut l'élever dans l'éther. Se meut-elle, elle ne fait alors que raser la terre comme l'oiseau volant bas au vent précurseur de l'orage. Je sens en mon for intérieur une oppression, une angoisse qui présage un tremblement de terre.
J'emploie ainsi mon temps : une moitié à dormir et l'autre à rêver. Quand je dors, je ne rêve jamais, ce serait dommage ; dormir, c'est le comble du génie.
La vieillesse réalise les rêves de la jeunesse. Témoin Swift : en sa jeunesse, il fit construire une maison de fous ; devenu vieux, il y entra.
On appelle diapsalmata les intermèdes musicaux intercalés dans la lecture des psaumes à la synagogue. Sous ce titre, Kierkegaard a réuni une suite de réflexions et d’aphorismes qu’il présente comme le journal intime d’un jeune romantique désespéré. Ils reflètent les différents moments d’une jeunesse dont il cherche à se délivrer, les différentes épreuves qu’il vécut chaque fois qu’il songea à se livrer à Satan pour connaître toutes les formes du péché. Confessions voilées, exclamations lyriques ou cyniques, les Diapsalmata, comme le célèbreJournal d’un séducteur, sont une œuvre littéraire autant que philosophique, emblématique des tourments et des angoisses de l’adolescence.
Traduit du danois par Paul-Henri Tisseau.

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Piergiorgio Donatelli : Manières d'être humain. Une autre philosophie morale

Vrin - Février 2015 - Collection : La vie morale


Les conceptions philosophiques qui ont longtemps dominé l’éthique contemporaine (comme par exemple l’utilitarisme et le kantisme) visent à établir les critères normatifs en les isolant des situations concrètes auxquelles ils devaient être appliqués. Ce livre renverse une telle perspective et met au centre de sa réflexion les circonstances qui rendent humainement et moralement significatifs les problèmes dont se soucient les individus et les sociétés.
La tâche de l’éthique consiste alors en l’approfondissement et la réorganisation des manières de voir, de sentir, de réagir au monde qui définissent les dimensions conceptuelles de nos vies. Piergiorgio Donatelli réélabore une tradition qui part de Wittgenstein et dialogue avec des auteurs tels que Stanley Cavell, Elizabeth Anscombe, Iris Murdoch et Cora Diamond, en faisant émerger des nouveaux outils philosophiques qui permettent de traiter de façon nouvelle les questions concernant, par exemple, la naissance, la mort, la sexualité et les conceptions de l’humain.

Piergiorgio Donatelli est professeur de philosophie morale à l’Université de Rome Sapienza. L’éthique est au centre de ses recherches, et il a travaillé entre autres sur la philosophie de Wittgenstein, de J.S. Mill, de Foucault et sur des thèmes liés à la vie humaine.

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Claude Dupuydenus : Herbert Marcuse ou Les vertus de l'obstination

Autrement - Février 2015 - Universités populaires & Cie


Issu d'une famille juive allemande, Herbert Marcuse a passé plus de la moitié de sa vie aux États-Unis, où il s'est exilé dès 1933. Élève de Heidegger et membre de l'École de Francfort, il a côtoyé Horkheimer, Adorno, Angela Davis et a mené ses combats philosophiques avec une conviction sans égale : contre le nazisme, la barbarie, le libéralisme et les mécanismes de domination.
Cette première biographie en français retrace le parcours personnel et intellectuel d'un penseur acharné qui fut présenté comme l'une des grandes figures de Mai 68. On redécouvre l'homme mais aussi une époque, une philosophie, et surtout les fondements de notre propre aliénation, encore cruellement contemporaine. Préface de Michel Onfray

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dimanche 22 février 2015

Noël Carroll : La philosophie des films

Vrin - Février 2015 - Collection : Essais d'art et de philosophie


A l’échelle mondiale, Noël Carroll est un théoricien bien connu du champ de l’esthétique et des études cinématographiques. Aucun de ses livres, pourtant, n’a été jusqu’ici traduit en français. Sans doute l’approche très rationnelle que propose Carroll de la théorie du cinéma détonne-t-elle un peu dans le paysage de l’esthétique française, où le culte de l’intuition et du je-ne-sais-quoi – les bêtes noires de l’auteur – est encore très vivace. Pourtant, ce n’est pas un livre de désenchantement que cettePhilosophie des films; on pourrait même dire que l’ineffable, la poésie et l’informulable commencent là où un travail de catégorisation comme celui de Carroll est terminé. La clé de voûte de ce livre, en effet, est le concept de catégorie, et son moteur la volonté d’éclaircir le discours. De quoi parle-t-on exactement lorsqu’on dit qu’un film est plus cinématographique qu’un autre? Ou, plus simplement, et comme cela arrive tous les jours, lorsqu’on dit qu’un film est meilleur qu’un autre? Tout lui est bon pour répondre : pas seulement les chefs-d’œuvre estampillés du Septième Art, mais les films du tout-venant, ceux qu’on regarde au quotidien, sur toutes sortes d’écrans, quelquefois à la sauvette.

Avant-propos par É. Dufour, L. Jullier et A.C. Zielinska.
Traduction par É. Dufour, L. Jullier, J. Servois et A.C. Zielinska.

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Marie Auffray-Seguette, Jean-Marc Ferry, Arnauld Leclerc (dir.) : Europe. Crise et critique

PU Paris-Sorbonne - Février 2015 - Collection : Philosophie appliquée


L'Europe était dans l'oeil du cyclone, et les économistes faisaient à la fois l'objet de toutes les suspicions et de toutes les espérances. Mais pour autant qu'elle empruntât des formes économiques et financières et connût de lourdes retombées sociales, il était devenu évident que cette crise était aussi une crise politique, une crise institutionnelle, une crise de sens et de légitimité. Le projet européen semblait privé de telos. La solidarité manquait à l'appel. L'identité commune ne parvenait pas à se construire. La citoyenneté se nichait dans les interstices de l'administration locale. La démocratie était exsangue. Les technocrates prenaient — seuls — les paris les plus périlleux. C'est une chaire de philosophie, une chaire unique en Europe : La chaire de Philosophie de l'Europe de l'université de Nantes, qui a réuni en deux temps, sur trois journées, des économistes, des politistes, des juristes, des philosophes et des parlementaires afin de réfléchir conjointement à la plurivocité de la crise européenne et tâcher de bâtir ensemble des propositions de sortie de crise lesquelles, en aucun cas, ne prétendent se tenir au bout du chemin ni délivrer assez de vérité pour clore le débat sur les causes ou sur les devenirs possibles. Car au contraire, outre la vertu du croisement des modes de lecture, outre l'affirmation de connexions et de distinctions auxquelles on était peu accoutumé (entre citoyenneté et nationalité, entre peuple et nation, entre souveraineté et autorité...), ce que ces échanges ont donné à entendre, c'est la fécondité de la crise du point de vue de la pensée critique, c'est l'étroite relation qui noue, en son principe, la crise à la critique. Voici qui nous interdit de concevoir l'issue autrement que comme un «acheminement contingent vers l'idéal», quand bien même il pourrait au fond surtout s'agir de renouer avec les fondements de l'humanisme européen exprimés en un désir de monde (cosmos) et d'égalité (polis).
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samedi 21 février 2015

Franck Damour : La tentation transhumaniste

Salvator - Février 2015 - Collection : Carte blanche


Transhumanisme. Il y a quelques années, ce terme était peu connu du public, avant les livres de ou Jean-Claude Guillebaud. Quelle est cette idée parmi « les plus dangereuses du monde » ? Ni plus, ni moins que de faire de la transformation des corps, puis de toute l'espèce humaine, un objectif majeur. Cette transformation, dans le sens d'une augmentation des capacités et d'un allongement considérable de l'espérance de vie, serait le fruit d'une convergence des nouvelles technologies. Ce courant utopiste est révélateur des glissements sismiques que la définition de l'humain est en train de vivre. Des frontières autrefois établies, sont mises à mal par l'essor technologique : frontière entre l'humain et l'animal, entre l'humain et la machine, entre le corps et l'esprit. Un état des lieux et un diagnostic ne sauraient suffire. Il faut en effet poser un jugement et, s'il rencontre quelque estime, le soumettre à la discussion publique. Faut-il se résoudre à dire adieu à cet humain qui doit faire l'amour pour avoir des enfants ? Qui doit apprendre et s'exercer pour connaître ? Qui souffre et meurt, et apprend à rester un vivant ? Dire adieu à cet humain qui doit se discipliner, éduquer son corps, écouter son âme ?
Franck Damour est philosophe et professeur agrégé d'histoire. Créateur de la revue Nunc, collaborateur de la revue Etudes, il est particulièrement attentif aux grandes tendances de la culture contemporaine. Il a publié Olivier Clément, un passeur : Son itinéraire spirituel et théologique, Anne Sigier, Québec, 2003 Qu'avons-nous fait de l'au-delà ?, éditions Bayard, 2011 Le pape noir : Genèse d'un mythe, éditions Lessius, 2013.
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Serge-Thomas Bonino : Brève histoire de la philosophie latine au Moyen Age

Cerf - Février 2015 - Collection : Vestigia


Le Moyen Age, "une nuit de mille ans" ? Constellée, en tout cas, d'une multitude d'étoiles ! Au-delà des caricatures éculées, dont les études contemporaines ont fait justice, une pléiade de penseurs, d'abord théologiens en quête d'une intelligence systématique de la foi, puis, à partir du mie siècle, philosophes de profession ont fait preuve d'une étonnante créativité rationnelle dont les résultats irriguent jusqu'aujourd'hui le tissu vital de la culture européenne. Ce livre sans autre exemple retrace à l'usage des débutants et du public cultivé les étapes de cette page majeure et charnière de l'histoire de la philosophie. Il en présente les principaux protagonistes, d'Augustin à Nicolas de Cues, en passant par Pierre Abélard, Thomas d'Aquin, Guillaume d'Ockham et tant d'autres. Il situe chacun d'entre eux dans son contexte culturel, fournit quelques repères essentiels sur le contenu de son enseignement, les relie au fil rouge qui fait leur unité par-delà leur diversité. Qu'en est-il du rapport entre la raison et la foi chrétienne. Exclusion ? Absorption ? Séparation ? Fécondation ? En une quête inégalée, le Moyen Age a exploré les diverses facettes de cette question qui est au coeur de tout projet sapientiel depuis l'avènement du christianisme et qui revient sur le devant de la scène avec une brûlante actualité.

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Philippe Mengue : Marcher, courir, nager : le corps en fuite

Kimé - Février 2015



Cet essai n’envisage du sport que ses activités élémentaires, marcher, courir, nager. Il ne constitue une étude ni historique, ni sociologique, ni psychologique du sport. Il se consacre à en dégager sa portée philosophique, métaphysique. Il s’agit de saisir le sens (« spirituel », si l’on veut) qui se trouve être immanent aux exercices corporels et qui rend raison de la joie ou « jouissance » qui leur est inhérente. Si bien qu’il apparaîtra que les sports contemporains dits de « glisse » se trouveront constituer la ligne hégémonique qui traversait déjà les sports anciens quand ils parvenaient à leur accomplissement interne (et qui n’a rien à voir avec les records ou les exploits).
Le sens le plus haut et le plus beau du sport ne réside ni dans les victoires dans les compétitions, ni les honneurs d’être champion, ni dans les prix et les récompenses, mais en lui-même. On montre que son sens et sa jouissance propres résident dans un affect spécifique, le sentiment d’indéfinitude, affect ressenti dans et par la ligne de fuite qui entraîne le corps sportif quand il est porté à son excellence propre.
Pour soutenir ce propos, des auteurs sont convoqués, dont principalement Rousseau et Rimbaud. Mais ceux-ci se voient doublés d’une étude analytique qui présente une description interne de l’agencement formé par le corps sportif dans son rapport aux Eléments (Mer, Terre, Vent…) aussi bien dans la marche, la course que dans la brasse ou le crawl… Que, selon la dimension spirituelle ainsi dégagée, les exercices élémentaires s’avèrent constituer un « service divin » (Nietzsche), ne provoquera donc pas une trop grande surprise – surtout si l’on prend soin de bien distinguer ce nouveau mode éthique d’existence de la religion et de ses rites – mais se validera d’une évidente crédibilité.

Philippe Mengue, agrégé et docteur d’État en philosophie, a publié de nombreux essais, dont, aux Éditions Kimé, une étude sur Sade, L’ordre sadien, une étude sur Deleuze, Le Système du multiple, et récemment Faire l’idiot, La Politique de Deleuze, Germina, 2013. Il a enseigné en Provence et au Collège International de Philosophie.

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Danielle Cohen-Levinas et Marc Crépon : Levinas-Derrida

Hermann - Février 2015


"Lire ensemble" : cela devrait s'entendre en plus d'un sens, au ?l croisé d'au moins quatre lectures. La première et la seconde sont la double attention, explicite ou plus secrète, que Derrida et Levinas ont accordée, chacun, à leurs oeuvres respectives - et à l'effet de celles-ci sur leur cheminement. L'un et l'autre se sont écoutés - et cela fait déjà deux lectures. A chaque moment de son histoire, la philosophie rassemble des penseurs autour d'une (ou plusieurs) oeuvre(s) singulière(s) à laquelle ils se confrontent communément. Ils forment alors autour d'elle - parfois contre elle - la constellation de ses lecteurs, dans la conviction, partagée, qu'aucun pas ne saurait être accompli hors cette confrontation. Pour tous deux, outre la phénoménologie husserlienne, une oeuvre s'est imposée plus qu'aucune autre : Etre et temps de Heidegger qu'ils n'ont cessé de lire et relire, sinon "ensemble", du moins en écho. A celle-ci, bien d'autres pourraient être ajoutées, à commencer par celles qui auraient pour foyer les récits de Blanchot ou les poésies de Celan - voici une troisième façon d'entendre ce qui les associe. Mais on a parlé de quatre lectures. La dernière est celle qui préside doublement à l'organisation de ce volume. Il ne s'agit plus de ce que Derrida et Levinas ont lu ensemble, mais de la façon dont nous les lisons ensemble - à la fois l'un et l'autre et à plusieurs.

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Christian Godin : La démoralisation. La morale et la crise

Editions Champ Vallon - Février 2015 - Collection : L'esprit libre


Cet essai interprète ce qu’il est convenu d’appeler « la crise » sous un angle psychologique et moral. Dans son sens courant, la démoralisation renvoie à une perte de conviction et d’énergie. On peut également la comprendre comme une perte morale.
L’idée centrale de l’ouvrage est qu’il existe un lien entre l’affaiblissement et la disparition de « la morale » (la prolifération des éthiques de substitution en est le symptôme le plus net), et la démoralisation comme perte de certitude et d’espoir. Historiquement lié à la démocratie et aux droits de l’Homme, l’individualisme aboutit à des situations sociales d’une grande cruauté. Les valeurs morales traditionnelles sont des freins et des verrous pour la technoscience mondialisée, dont l’auteur tente de montrer la foncière immoralité.

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vendredi 20 février 2015

Pascal Nouvel : Axiomatique des sentiments

Hermann - Février 2015 - Fictions pensantes


D'où vient le savoir que nous possédons sur nos propres sentiments ? C'est la question que pose ce livre. Et il répond : ce savoir se trouve, pour une bonne part, dans les proverbes, les maximes, les adages, ainsi que dans les romans, les pièces de théâtre, les films, etc. Pascal Nouvel explore ce savoir. Le résultat de cette exploration est présenté sous une forme qui rappelle les formules proverbiales : sous forme d'axiomes. Un axiome est une brève proposition sur la nature et sur les mécanismes du sentiment. Par exemple : "ce qui est perdu devient désirable". C'est l'un des 128 axiomes que contient l'Axiomatique des sentiments. On y montre que le désir s'amplifie lorsqu'il est associé au sentiment de la perte. La méthode axiomatique ouvre ainsi le champ infini de l'analytique des relations humaines.

Pascal Nouvel est docteur ès science (biologie) et docteur ès lettres (philosophie). Il est professeur de philosophie à l'Université Paul Valéry de Montpellier, et directeur du Centre d'Ethique Contemporaine, membre de l'équipe Epsylon (EA 4556). Ses travaux portent sur les rapports entre science, philosophie et littérature.

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