jeudi 21 février 2019

Jean-Pierre Dupuy : La guerre qui ne peut pas avoir lieu. Essai de métaphysique nucléaire

Desclée De Brouwer - Février 2019


Nous sommes plus près d'une guerre nucléaire que nous ne l'avons jamais été pendant la Guerre froide, mais la plupart des gens sont aveugles à ce danger. Ils ont appris que les armes nucléaires ne servent qu'à une chose : empêcher que les autres les emploient. C'est ce qu'on appelle la dissuasion. Ils pensent aussi que ces armes sont trop destructrices pour qu'on soit tenté de les utiliser. Telles sont les illusions qui leur permettent de dormir tranquilles.
Entre l'été 2017 et janvier 2018, nous avons plusieurs fois frôlé une guerre nucléaire que ses protagonistes, Donald Trump et Kim Jong Un, ne voulaient nullement, pas plus que ne la voulurent Kennedy et Khrouchtchev pendant la crise de Cuba. Les intentions des acteurs comptent en effet très peu. Des « machines apocalyptiques » décident aujourd'hui pour nous, des systèmes de déclenchement semi-automatique où le faux calcul, la mauvaise interprétation ou l'accident jouent un rôle déterminant.
On repose donc ici à nouveaux frais la question de l'efficacité et de la moralité de l'arme nucléaire.

Jean-Pierre Dupuy est professeur à l'Université Stanford. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages, parmi lesquels : L'Enfer des choses. René Girard et la logique de l'économie (avec Paul Dumouchel, 1979) ; La Panique (1991) ; Le Sacrifice et l'envie (1994) ; Pour un catastrophisme éclairé (2002) ; Petite métaphysique des tsunamis (2005) ; La Marque du sacré (2010) ; L'Avenir de l'économie (2012) ou La Jalousie. Une géométrie du désir (2016).

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Irving Goh : L'existence prépositionnelle

Editions Galilée - Février 2019 - Collection : La philosophie en effet


En passant par l'« être-à » de Jean-Luc Nancy, l'« à- venir » de Jacques Derrida, le « j'aime à toi » de Luce Irigaray et le « face à face » d'Emmanuel Levinas, ce livre souligne la force et les enjeux ontologique, éthique et politique de la préposition « à ». Pour une existence plus ouverte au monde et aux autres et aux différences, surtout exigeante à notre temps touché à une échelle sans précédent par le terrorisme mondial, les crimes haineux, les sentiments anti-immigrants, la brutalité de la police et l'ascension effrayante de la politique raciste et xénophobe, peut-être sa chance reste avec cette préposition.
La préposition « à » empêcherait-elle la captation de l'existence dans une ipséité ou dans une clôture face à son propre dehors. Contre une telle existence fixe dans une position quelconque, celle qui ne signale que la fin d'une existence véritablement libre, pensons une existence prépositionnelle », et entendons ainsi le terme « prépositionnelle en deux sens à la fois 1) prépositionnelle au sens linguistique, c'est-à-dire la préposition « à » ; et 2) pré-positionnelle, c'est-à-dire le mouvement ou l'élan presque fluide et libre avant qu'on prenne (une) position ou qu'on s'y fixe.

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Lumières n°31 : Diderot et les simulacres humains. Mannequins, pantins, automates et autres figures

Presses Universitaires de Bordeaux - Février 2019


Ce numéro interroge à la fois le concept de "simulacre" et son usage au XVIIIe siècle, particulièrement mais non uniquement, chez Diderot. En effet, le mot, rendu péjoratif par la critique de l’idolâtrie (conçue comme l’adoration des simulacres) au tournant des XVIIe et XVIIIesiècles, avec des auteurs comme Bayle ou Fontenelle, subit une revalorisation et une re-sémantisation au cours du XVIIIe siècle : le simulacre n’est plus alors une idole trompeuse mais bien une image, une forme, d’un type particulier qui vaut par sa présence et non parce qu’elle représente. C’est en ce sens que Diderot le théorise dans son court texte Mystification et c’est dans cette perspective, celle d’une figuration sensible et d’une expérience de pensée, que les différentes contributions de ce volume explorent et questionnent l’éventail extraordinaire de simulacres ayant figure humaine présent dans l’œuvre diderotienne : des mannequins, des pantins, des automates, des marionnettes, des statues, des fantômes… et peut-être même des thermomètres.

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Alain Milon (dir.) : Leçon d'économie générale : l'expérience-limite chez Bataille-Blanchot-Klossowski

Presses universitaires de Paris Ouest - Février 2019 - Résonances de Maurice Blanchot


"Klossowski, Bataille, Blanchot, ont été pour moi très importants. Et je crains bien de n'avoir pas fait dans ce que j'ai écrit la part suffisante à l'influence qu'ils ont dû avoir sur moi" : c'est en ces termes que Foucault reconnaît sa dette à l'égard de ces trois auteurs qui ont profondément pesé sur sa philosophie. Mais cette dette ne s'arrête pas à Foucault évidemment. On la retrouve chez Deleuze et Derrida, et bien d'autres intellectuels plus contemporains. L'intention de cet ouvrage est de proposer un débat autour de l'importance de ces trois essayistes, eux-mêmes marqués par les séminaires d'Alexandre Kojève sur Hegel de 1933 à 1939, sur la pensée contemporaine. Leur lecture critique de la filiation Hegel-Marx-Kojève sera à l'origine d'une pensée autre de la discontinuité, de la dissymétrie, de l'irréversibilité, de l'inconnu, de l'indétermination, autrement dit une façon différente de réfléchir sur la puissance d'une écriture hors langage pour reprendre l'expression de Blanchot. Face à ce triptyque Hegel-Marx-Kojève, nous proposons une autre filiation : Héraclite-Sade-Nietzsche, à l'origine de cette pensée du dehors. Que ce soit par l'expérience intérieure à partir de la négativité sans emploi chez Bataille, ou par l'expérience-limite et l'informulé dans le connu du mot chez Blanchot, voire par la simulation à partir de la gratuité chez Klossowski : c'est la remise en cause de notre usage du langage qui est mise en perspective. Bataille, Blanchot et Klossowski ont, pour reprendre les mots de Michel Foucault, "extrait quelque chose de toutes les oeuvres importantes de l'Occident, quelque chose qui leur a permis, non seulement de nous interpeller, mais aussi de faire partie du langage que nous parlons aujourd'hui" . Cet ouvrage se propose de redonner à ces trois auteurs la place qu'il leur revient.

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Walter Benjamin, Asja Läcis et Alfred Sohn-Rethel : Sur Naples

La Tempête - Février 2019


En 1925, Walter Benjamin, Asja Läcis et Alfred Sohn-Rethel séjournent ensemble dans la région de Naples. Ce voyage est l'occasion d'une fréquentation intense de la ville qui donne lieu à l'écriture des textes ici rassemblés. Benjamin et Läcis remarquent, dans la vie et l'architecture des Napolitains, la porosité entre espace privé et public. Sohn-Rethel quant à lui s'appuie sur les rapports comiques et ludiques que le peuple napolitain noue avec la technique pour élaborer une philosophie du cassé. À Naples, « c'est seulement quand les choses sont cassées qu'elles commencent à fonctionner ». Ces textes partagent une passion commune : faire de la ville un lieu d'exercice de la pensée.

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Jacques Le Brun : Dieu, un pur rien. Angelius Silesius. Poésie, métaphysique, mystique

Le Seuil - Février 2019 - Collection : La librairie du XXIe siècle


Au milieu du XVIIe siècle, dans un monde germanique déchiré par les guerres et les luttes religieuses, Johannes Scheffler, un jeune protestant lecteur des mystiques médiévaux et modernes, de maître Eckhart, de Jacob Boehme et de Jean de la Croix, publie un recueil de distiques et de quatrains, Le Pèlerin chérubinique, sous le nom d'Angelus Silesius. Une méditation assidue des textes et la fréquentation de contemporains d'une intense spiritualité le portent à sonder les mystères de la religion et de la philosophie, l'être, l'essence, la Déité, le néant, l'abandon. Son écriture, caractéristique de l'âge baroque, lui permet d'atteindre, grâce à la poésie, les limites des orthodoxies et même de la pensée.
Ces poèmes, défi aux philosophes et aux poètes, ne cesseront d'inspirer des lecteurs assidus : de Leibniz à Schopenhauer, de Heidegger à Roger Munier, de Maurice Blanchot à Lacan et à Derrida, nombreux sont ceux qui liront Le Pèlerin chérubinique. À partir de cette lecture, ils se découvriront eux-mêmes, n'hésitant pas à trouver dans ces vers l'écho rétrospectif de leur modernité.
À propos d'un vers célèbre de Gertrude Stein, " Rose is a rose is a rose is a rose ", et de " La rose sans pourquoi " de Heidegger, Blanchot se souvient du début du distique d'Angelus Silesius :
" La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit,
Elle ne fait pas attention à elle-même, ne demande pas si on la voit. "

Jacques Le Brun est directeur d'études honoraire à la section des Sciences religieuses de l'École pratique des hautes études et membre de l'École de psychanalyse Sigmund Freud. Éditeur des Œuvres de Fénelon, dans la " Bibliothèque de la Pléiade ", il a notamment publié au Seuil Le Pur Amour de Platon à Lacan, dans " La Librairie du XXIe siècle " (2002) et a participé à la Nouvelle Histoire de l'Église et à l'Histoire de l'enfance en Occident.

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mardi 19 février 2019

Patrice Franceschi : Ethique du samouraï moderne. Petit manuel de combat pour temps de désarroi

Grasset - Février 2019


« Jusqu’à sa disparition en 2010, maître Isogushi enseignait au dojo d’Ishen dans le sud du Japon. Son enseignement comportait deux disciplines inséparables : pour le corps et pour le mental, la transmission de l’ensemble des arts martiaux traditionnels ; pour l’âme et pour l’esprit, un guide nouveau pour la conduite de la vie. On ignore combien d’élèves forma maître Isogushi, venus des cinq continents, et il ne reste de cet enseignement que les notes de cours prises par mon vieil ami Emiliano Zapoga dit « le Mexicain », ici rassemblées. Le maître a voulu que ses propos soit autonomes, tout en formant un modèle éthique complet, utilisable de manière concrète par n’importe quel homme ou femme. A quoi j’ajoute jeune adulte qui cherche une conduite à sa vie ».

Ainsi commence cet extraordinaire ouvrage de Patrice Franceschi : une « éthique » personnelle, forgée au fil des années par l’auteur, entre ses études approfondies de philosophie à la Sorbonne, sa passion pour les stoïciens ; et sa pratique des arts martiaux, de l’engagement et de la lutte, depuis l’Afghanistan jusqu’au kurdistan syrien... Ce « petit manuel de combat » rassemble 327 courts chapitres, mélodieux, philosophiques, universels. Ici une brève parabole ; là un aphorisme surprenant ; ici encore, un paradoxe. Chaque ligne étonne, secoue, oblige. C’est à la fois une éthique ; un manuel de haute tenue pour une époque où rien ne semble tenir, et nous tenir. Et la recherche d’une voie, à l’évidence humaniste, poétique – à la manière d’un Kipling écrivant à son fils.
Romancier, explorateur, baroudeur, Patrice Franceschi est aussi un passionné de sagesse, une sagesse active, vive, enthousiaste – il nous offre ici le plus beau des traités, dans une langue nette et forgée par le temps.

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Mario Bunge : Philosophie de la médecine. Concepts et méthodes

Matériologiques - Février 2019 - Épistémologie de la médecine et du soin


Ce livre entremêle plusieurs registres : manifeste, diatribe et analyse philosophique. Grâce à une analyse rigoureuse des idées qui sous-tendent la théorie et la pratique médicales, une dissection conceptuelle pourrait-on dire, Mario Bunge expose les intuitions philosophiques généralement tacites qui fondent la médecine scientifique, pour mieux en extraire le noyau rationnel et fructueux, ainsi que celles, frelatés et fallacieuses, qui servent de béquilles aux médecines dites parallèles. Dès lors, cette analytique du sens et des conceptions de la science médicale devient sous sa plume ironique et sans hypocrisie bienséante un manifeste en défense de la médecine scientifiquement fondée autant qu’une charge contre les pseudo-médecines qui encombrent les étagères vermoulues d’apothicaires et de Diafoirus pourtan
Dans ce livre, Mario Bunge parcourt le champ médical en le balisant ainsi : la nature de la maladie, la logique du diagnostic, la découverte et la conception de médicaments, les essais en laboratoire et les essais cliniques, l’élaboration de thérapeutiques et la conception de protocoles, les devoirs moraux et les droits des médecins et des patients, la différence entre la médecine scientifique et le charlatanisme médical, la combinaison de la recherche fondamentale et de la médecine appliquée, la place des soignants dans la société, la tâche de la sociologie médicale et la nécessité d’une couverture médicale universelle.

Traduction française par Pierre Deleporte de Medical Philosophy. Conceptual Issues in Medicine, World Scientific Publishing Co Pte Ltd, 2013.


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Plotin : Traité 19 Sur les vertus

Vrin - Février 2019 - Bibliothèque des Textes Philosophiques


Le traité 19 Sur les vertus (Ennéades I, 9), sans en être une présentation complète, est un des textes les plus importants consacrés par Plotin à l’éthique. Ce texte a aussi exercé, directement et indirectement, une grande influence sur la pensée éthique dans l’antiquité tardive, à Byzance, en terre d’Islam, et dans le Moyen Âge latin. Comment l’homme peut-il s’assimiler, dans sa vie, à une vie divine grâce aux vertus? A cette question Plotin apporte une réponse originale en distinguant deux sortes d’assimilation et deux sortes de vertus. La conception d’une assimilation asymétrique permet d’envisager une vie de l’homme assimilée par la vertu à la vie d’une divinité qui transcende la vertu. La distinction que fait Plotin entre vertu « politique » et vertu « supérieure », distinction nouvelle, articule la mise en ordre et la gestion des désirs, des plaisirs et des souffrances que peut apporter la raison de l’homme, ainsi que la dépendance de la raison d’une connaissance inspirée par un intellect divin transcendant. Sont ainsi posés les jalons de ce que sera, chez les successeurs de Plotin, la théorie d’une hiérarchie des vertus. Dans ce traité, Plotin discute aussi de la « purification » morale de l’âme, du possible dans le perfectionnement de l’homme, de la gestion des affects corporels et de l’irrationnel, des liens qui lient les vertus entre elles. Le commentaire cherche à compléter le traité en citant d’autres textes de Plotin et en le situant dans le cadre des grandes théories éthiques de l’antiquité, notamment celles de Platon, Aristote, d’Épicure et des stoïciens.

Traduction de Dominic J. O’Meara, professeur émérite de philosophie à l’Université de Fribourg (Suisse)

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lundi 18 février 2019

André Bernold : Dialogue entre Hylas et Philonous sur les frères van Velde

Fage Editions - Février 2019


« Même à l’intérieur des choses les plus opaques, il y a de la lumière. » Geer van Velde

Les Trois dialogues entre Hylas et Philonous que le philosophe irlandais George Berkeley publie à Amsterdam en 1713, font s’affronter un défenseur de la doctrine matérialiste (Hylas) et le représentant de l’« immatérialiste » Berkeley (Philonous), pour qui seuls existent les esprits et les idées.
Dans ce quatrième échange, orchestré cette fois en sous-main par André Bernold, la dispute, à la fois facétieuse et fort sérieuse, puise son motif dans l’œuvre des frères van Velde, Bram (1895-1981) et Geer, son cadet (1898-1977).
Qu’en est-il de l’image chez les van Velde ?
Les grandes paires de concepts de toute théorie de la perception – temps et espace, matière et lumière, intériorité et extériorité, visibilité et invisibilité… – se voient cassées et ressoudées au fil du dialogue que rythment les affirmations, réfutations, objections, conciliations et pensées-relais (parmi lesquelles, au premier chef, celles de Beckett, Bergson, et Deleuze).

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Yann Kerninon : Sauver le monde

Buchet-Chastel - Février 2019


A la fois récit réel des aventures d'un groupe de rock loufoque et essai philosophique, ce livre interroge notre capacité à retrouver l'innocence et l'espoir dans un monde livré à l'errance. Dans le temps de la fin de l'histoire, du déracinement et du scepticisme universel, sommes-nous condamnés à la banalité d'une vie de compromis économiques et de platitude ? Doit-on se contenter des vieilles utopies idéalistes, comme si elles n'étaient pas mortes ? Et s'il était encore possible d'inventer un avenir qui ne procède ni de la résignation ni du simulacre... Renouer avec la vie, l'action et un certain héroïsme. Sauver le monde.

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David Banon : Judaïsme et modernité. Confrontation et interlocution

Hermann - Février 2019


Peut-on établir des rapports entre judaïsme et modernité ? Au premier abord, il semble que l’arrimage soit impossible. Si le judaïsme s’adosse à une révélation, la modernité prône l’autonomie de la raison qui a pour tâche d’innover dans tous les domaines. Mais l’innovation provient-elle, comme le voudraient les tenants de la modernité, d’une césure ? Ne s’inscrit-elle pas aussi, comme le préconise le judaïsme, dans une continuité ? La tradition juive qui a subi, bien avant le XVIIIe siècle, les assauts de la modernité et de la sécularisation, n'a-t-elle pas son mot à dire sur la modernité qui est entrée en crise ?
Ces problématiques, au centre du présent essai, sont discutées en convoquant divers philosophes contemporains. Sont ici présentées les différentes tentatives de sortir de cette polarisation, qui définit le judaïsme comme un archaïsme face à la modernité et face à sa prétention de maîtriser le réel et le sens. Non pas l’un ou l’autre, l’un excluant l’autre, mais l’un et l’autre dans une tension féconde.

David Banon est docteur ès lettres de l’université de Genève, professeur émérite de l’université de Strasbourg et membre de l’Institut universitaire de France. Il a publié une douzaine d’ouvrages et traduit de l’hébreu trois livres de Y. Leibowitz.

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