jeudi 20 septembre 2018

Laurent Muller : Jean-Marie Guyau ou l'éthique sans modèle

Presses Universitaires du Septentrion - Septembre 2018


La morale s'est presque toujours référée à l’idée d’obligation, de sanction et de modèle. Penseur critique de l’évolution, Guyau propose de repenser la morale à l’aune de l’exigence vitale : bien comprise, la puissance anomique de la vie engendre une diversité heureuse des formes de l’obligation.
La philosophie morale y est exposée de manière critique sous la forme d’un antagonisme historique qui traverse les âges : idéalisme versus naturalisme. Le déclin des absolus et la loi de la sélection naturelle qui en résultent semblent nier la possibilité de la morale. Mais Guyau entend surmonter ces difficultés en élargissant l’évolutionnisme, afin d’inclure ce qu’il semblait d’abord nier : la générosité de la vie, inventive jusqu’à la poésie métaphysique. En découle une condamnation sans appel du devoir homogène et de la sanction morale – mais aussi la promotion d’une éducation qui fait de l’expansion de la vie l’idéal immanent d’une éthique résolument plurielle, esquissée et sans modèle.


Introduction
Une existence fulgurante et bien peu connue
Une œuvre sans héritiers
Fil directeur

Première partie :
comprendre les systèmes philosophiques passés

Chapitre I. Le commentaire philosophique comme embryogénie
L'exposition des systèmes
La critique des systèmes
Art et science du commentaire
Une philosophie de l’évolution

Chapitre II. Structure antagonique de l’histoire de la philosophie morale
Suivre les idées maîtresses

Deuxième partie :
l’obligation dans l’optique de la vie

Chapitre III. L’hypothèse métaphysique et l’avenir de la morale
Exposition critique du dogmatisme métaphysique
Par-delà le dogmatisme : deux hypothèses métaphysiques possibles

Chapitre IV. L’obligation naturalisée : l’éthique ouverte de l’anomie
Renouveler et radicaliser le naturalisme
Les équivalents naturalisés du devoir

Chapitre V. L’immoralité de la sanction
La sanction naturelle
La sanction morale
Genèse de la croyance à la moralité de la sanction
La sanction intérieure ou remords
La sanction religieuse et métaphysique

Chapitre VI. L’éducation morale : mordre sur l’avenir
Reproches et reprises
Principes de l’éducation morale
La suggestion comme éducation de l’instinct 

Conclusion
Appendice : Guyau, penseur du politique ?

Bibliographie
Œuvres de Jean-Marie Guyau
Études sur Guyau
Ouvrages d’intérêt général.


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mardi 18 septembre 2018

Patrice Guillamaud : La renonciation ou la vie de la pensée

Kimé - Septembre 2018


La pensée n’est pas une abstraction. Elle est au contraire une réalité concrète et cette réalité est un vécu, mais un vécu qui n’a rien à voir avec celui de l’intériorité affective.
C’est ainsi sous le titre de la vie de la pensée que s’annonce ce livre. Ce dernier est plus exactement une étude des essences fondamentales de la pensée. Ces essences sont d’abord la conjonction paradoxale entre l’aspiration à l’absolu et le renoncement à ce même absolu. C’est ici ce que l’auteur appelle la renonciation comme processus de relativisation, laquelle est paradoxalement un accomplissement. L’étude montre ensuite que cette vie de la pensée est l’enchaînement ordonné des trois essences de l’aspiration, de l’action déterminatrice et relativisatrice et de l’accomplissement ultimement relativisateur.
Cette étude a notamment l’utilité de proposer une interprétation de l’histoire de la philosophie. Cette dernière serait en effet l’incarnation diversement ordonnée de trois ontologies, à savoir de trois pensées de l’êtres irréductibles les unes aux autres mais s’annonçant dans la logique vitale d’une seule réalité.

Patrice Guillamaud enseigne la philosophie en classes préparatoires. Il est notamment l’auteur, aux éditions Kimé, de L’Essence de la renonciation (2013). Son dernier livre, aux mêmes éditions Kimé, est Le Sens de l’Islam (2017).

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Emmanuel Falque : "Ça" n'a rien à voir. Lire Freud en philosophe

Cerf - Septembre 2018


La confrontation entre philosophie et psychanalyse a connu de beaux jours. Mais après les grands débats avec P. Ricoeur, M. Merleau- Ponty, J. Derrida, G. Deleuze ou M. Henry, ce dialogue semble aujourd’hui rompu. Il fallait donc de nouveau franchir le Rubicon. Peut-être la philosophie contemporaine souffre-t-elle d’un « excès de sens », qu’il s’agisse de signification ou d’interprétation, et que la psychanalyse ait sur ce point matière à interroger ?
Dire «Ça n’a rien à voir» n’indique pas qu’entre philosophie et psychanalyse il n’y ait pas de rapports, bien au contraire. « Ça n’a rien à voir » veut plutôt signifier que le « Ça » ne se voit pas – parce que précisément il ne se donne jamais à voir comme « phénomène ». Oser «Lire Freud en philosophe», c’est ainsi conduire la pensée vers des rives insoupçonnées, en une lecture de la psychanalyse ici renouvelée.

Doyen honoraire de la Faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris, Emmanuel Falque est philosophe et phénoménologue. Il est l’auteur de nombreux ouvrages publiés en France et traduits à l’étranger, en particulier aux États-Unis. Derniers livres : Le Combat amoureux (2014), Parcours d’embûches (2016), Le livre de l’expérience (2017).

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lundi 17 septembre 2018

Blandine Kriegel : Spinoza. L'autre voie

Cerf - Septembre 2018


Longtemps, Spinoza a été considéré comme marginal, archaïque, et même « médiéval ». Sa philosophie est, en effet, étrangère à la voie moderne principale portée par Descartes, Kant, Hegel, celle de la philosophie du sujet et de l’esprit qui a exalté le « je pense » et valorisé la volonté. Un sujet bientôt élargi à des identités collectives et démiurgiques – le peuple, la classe, quelquefois la race – pour promouvoir avec la volonté de puissance « le maître et possesseur de la nature ».
Ce n’est pas d’aujourd’hui que ce parcours subjectiviste, qui aboutit à « Dieu est mort » et à une vie humaine « par-delà le bien et le mal », a suscité dans la montée du nihilisme la crise de la modernité.
Mais maintenant, astrophysiciens, psychanalystes et neurophysiologistes, précédant ou accompagnant les philosophes en France et dans le monde, ainsi que la jeune génération, se sont mis à lire Spinoza. Et si, à côté du logiciel classique d’analyse de la modernité, sa philosophie dessinait une autre voie, plus juste, plus actuelle, plus proche de nos interrogations ? Quelle est donc cette philosophie ? Que nous apprend-elle sur la démocratie, la puissance de l’homme et de la nature ? À travers sa formation et sa biographie, sa philosophie politique, sa conception de Dieu, de la nature humaine et de ses affects, des chemins de la servitude et de la liberté, et sa conception de la nature, c’est cette autre voie alternative que dégage ici Blandine Kriegel.

Professeur des Universités, Blandine Kriegel a consacré l’essentiel de ses travaux à la philosophie politique moderne et à la généalogie de la république démocratique. Ils lui ont valu une reconnaissance internationale. Son dernier libre, La République et le Prince moderne (2011) a reçu le prix « Philippe de Marnix de Saint-Aldegonde ».

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Dionys Mascolo : Le Communisme. Révolution et communication ou la dialectique des valeurs et des besoins

Lignes - Septembre 2018


L’une des œuvres maîtresses de la critique communiste, écrite au sortir du parti par celui qui, associé à Blanchot, Antelme et Duras, mènera de 1955 à 1970 les actions intellectuelles-politiques les plus marquantes (le « Manifeste des 121 », entre autres). Publié en 1953 chez Gallimard, « Le Communisme » n’a jamais été réimprimé, et est introuvable depuis.

Postface de Michel Surya

C’est en 1953 que paraît Le Communisme de Dionys Mascolo, livre considérable par son ambition autant que par son ampleur. Le premier, en France, de cette ampleur, a montrer l’ambition de repenser le communisme d’un point de vue non-communiste, c’est-à-dire extérieur au parti, dont Mascolo a été exclu en 1950, en même temps que Antelme et Duras, ses amis, qui n’y auront appartenu que les quelques années de l’immédiat après-guerre.

De quel « communisme » ce livre parle-t-il ? Pour dire vite, ou simplement, on proposera, au choix : un communisme surréaliste (surréalisant) ; un communisme littéraire ou, enfin, un communisme de pensée, libertaire, lesquels s’inspirent de Breton et de Bataille (pour une fois associés) et inspireront grandement Blanchot quand les deux hommes se rencontreront cinq ans plus tard, et se lieront très étroitement, autour de la revue Le 14 juillet, s’opposant à la prise du pouvoir par de Gaulle en 1958, puis autour de la « Déclaration sur le droit à l’insoumission » dans la guerre d’Algérie (dite « Manifeste des 121 »), dont il est l’initiateur, et, avec Blanchot, le rédacteur. En mai 68 enfin.

Début des années 1950 : Sartre s’irrite que le marxisme théorique soit laissé en friche ; il s’irrite aussi que puissent suffire en guise de théorie marxiste, les rodomontades dont les Kanapa, Besse, Garaudy (« intellectuels » du parti) s’étaient fait une spécialité ; il s’irrite enfin que la droite intellectuelle relève la tête à un moment où s’éloignent (Camus, Merleau-Ponty, etc.) ceux qui l’avaient jusque-là soutenu dans la tentative vraisemblablement vaine de proposer une alternative à la Guerre froide (une « troisième voie », entre autres avec David Rousset).

C’est ainsi qu’il est possible de faire entrer ce livre dans cette histoire, à laquelle il n’appartient pourtant que de biais. Ce « biais » est intéressant parce que celui-ci, quoiqu’il vienne de nulle part et se tienne à une distance indécidable de ce qui est en jeu d’un côté comme de l’autre, représente exactement ce à quoi la pensée du communisme devait pouvoir donner naissance, ce qui devait pouvoir être attendu d’une telle pensée dès l’instant qu’elle ne se fût pas elle-même sclérosée.

En effet, si Mascolo cite dans son livre des écrivains et des intellectuels selon lui « communistes », c’est pour citer des écrivains et des intellectuels (Bataille, Blanchot, Queneau, Leiris…) qui ne le sont ni selon les critères communistes, ni selon des critères auxquels eux-mêmes étaient prêts à consentir ; s’il produit un énoncé visant à définir ce qu’est un écrivain ou un intellectuel communiste, selon lui, c’est de telle sorte cependant qu’aucun de ceux qui se prétendent communistes le puissent encore sans ridicule ; mais de telle sorte, en même temps, que nul ne puisse se prétendre intellectuel et non communiste (cette phrase de Mascolo a beaucoup été reprise, et sans doute méritait-elle de l’être : « Il n’y a pas d’intellectuels communistes. Mais il n’y a pas d’intellectuel non communiste possible ») ; s’il parle de lutte des classes, comme il se doit dans un tel livre portant un tel titre, c’est pas pour parler aussi et pas moins que d’elle : de l’ennui, de la bêtise et de la honte (à commencer par la bêtise et la honte qui sont ou ont été les siennes, dont l’expérience n’est pas ni ne fut pas pour lui moins déterminante d’un point de vue communiste).

Ce livre est inclassable, ce n’est pas douteux, qui ne demandait pas à l’être. D’ailleurs, un communisme abondant, prolixe, généreux, etc., bref, un communisme à l’état naissant, encore marxiste, n’eût sans doute pas éprouvé le besoin de le classer. Moins encore celui de le craindre. Il eût constitué une pierre de plus à un édifice à la fois précis et vague, austère et fantaisiste, indéfini et limité, universel et intime, violent et rêveur, chargé d’angoisse et heureux. Empêchant qu’on puisse dire si le communisme est une révolte ou une révolution ; si l’insurrection lui suffit ou si elle n’en est qu’un moyen ; s’il est un ordre ou un désordre, une fête ou une contrition, une volupté ou un puritanisme. De tous les livres susceptibles de plaider en la faveur de la vitalité d’un communisme imaginaire, celui-ci est le plus remarquable. Il continue de tracer ce sillon que le surréalisme n’a pas cessé de tracer secrètement au cœur du stalinisme, mais un surréalisme qui n’eût pas craint de reprendre au communisme stalinisé un bien qui ne lui eût pas moins appartenu, et qu’auraient tout aussi bien pu désirer reprendre d’autres anciens surréalistes entre-temps stalinisés (Aragon, Eluard, Tzara, Vailland, Sadoul, etc.). La possibilité existait encore qu’un « communisme surréaliste » damât le pion au communisme stalinien (mai 1968 dira quinze ans plus tard ce qu’il pourrait être d’un tel communisme qui hériterait de la Commune, de Rimbaud et du surréalisme autant que de Marx et de Lénine). En langue stalinienne, on aurait dit alors, si on y était resté disposé, un communisme « français », au sens où Thorez avait, après la guerre, appelé à l’existence d’une « voie française » vers le socialisme, après la guerre c’est-à-dire quelques années avant seulement, que la glaciation de la Guerre froide ne figeât la situation politique et théorique (et l’on rappellera que cette « voie française » vers le socialisme voulait encore faire la part belle au socialisme utopique, au surréalisme).

Mascolo aura donc été le premier après la guerre, on l’oublie, trop et facilement. D’autant plus facilement que si Les Aventures de la dialectique de Merleau-Ponty, ou si L’Opium des intellectuels de Raymond Aron sont disponibles, il y a plusieurs décennies que Le Communisme de Dionys Mascolo ne l’est plus, qui n’a jamais été réédité ni même, sans doute, réimprimé.

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dimanche 16 septembre 2018

Estelle Ferrarese et Sandra Laugier : Formes de vie. Du biologique au social

CNRS - Septembre 2018


La notion de " formes de vie " a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie. 
Mais qu'entendre par " formes de vie " ? Un ensemble de pratiques, d'usages de nature variée, qui donnent à la vie commune des caractères propres, pour ainsi dire diffus, explicitement ou implicitement présents dans les croyances, la langue, les institutions, les modes d'action, les valeurs. Une forme de vie est toujours, en ce sens, particulière, c'est pourquoi il existe des formes de vie, plus qu'une forme de vie. 
De l'étude de ses divers sens chez des auteurs aussi différents qu'Adorno et Wittgenstein à sa portée critique et politique et à ses incidences éthiques, cet ouvrage déploie toutes les dimensions de cette nouvelle approche. En particulier, la porosité entre les sphères privée, sociale, économique et politique, et la nouvelle articulation du social et du biologique. 

Spécialiste de la Théorie critique, Estelle Ferrarese a consacré de nombreux travaux à la pensée politique de Jürgen Habermas, à la philosophie de Theodor W. Adorno, et aux théories féministes. Sandra Laugier est professeure de philosophie à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Spécialiste de philosophie contemporaine et de philosophie du langage, elle a traduit les ouvrages de Stanley Cavell, et a développé ses approches en philosophie morale et en théorie de la démocratie (avec le sociologue Albert Ogien).

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samedi 15 septembre 2018

Revue internationale de philosophie 2018/3 (n° 285) : The Birth of Capitalism

Association Revue internationale de philosophie - Juillet 2018


Page 223 à 241 : Richard Lachmann - What is Capitalism? Explaining Origins and Dynamics | Page 243 à 266 : Henry Heller - The State and the Birth of Capitalism | Page 267 à 278 : Eric Mielants - The State and the Market in Capitalism: frères ennemis? | Page 279 à 295 : Michel Beaud - L’indiscernable début du capitalisme | Page 297 à 299 : Roger Pouivet - Lisa Giombini. Musical Ontology, A Guide for the Perplexed, Foreword by Alessandro Bertinetto, Mimesis International, Milano-Udine, 2017 | Page 301 à 304 : Noémie Issan-Benchimol - Stefan Goltzberg. Les sources du droit, Puf, Que sais-je ?, 2016.

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Jean-Robert Armogathe : Études sur Antoine Arnauld (1612-1694)

Classiques Garnier - Septembre 2018 - coll. Univers Port-Royal


L’épithète de « grand » donnée par la postérité à Antoine Arnauld (1612-1694) est méritée par la complexité d’un personnage que les historiens modernes ont encore à découvrir. Quinze études ponctuelles, appuyées sur de nombreux documents rares ou inédits, permettent de retracer son itinéraire intellectuel.


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Alkemie, Revue semestrielle de littérature et philosophie, 2018 – 1, n° 21 : "L'utopie"

Classiques Garnier - Juillet 2018



ARGUMENT
Aurélien DEMARS
Argument sur l'utopie
AGORA
Aurélien DEMARS
Voix singulières de la culture roumaine.
Autour de Fondane, Ionesco, Cioran et quelques autres..
Tlll R. KUHNLE
Trois déclinaisons roumaines de l'absurde.
Tristan Tzara, Benjamin Fondane et Eugène Ionesco
Aurélien DEMARS
Le verbe et le silence selon Fondane, Ionesco et Cioran 

DOSSIER THÉMATIQUE
L'UTOPIE
Marc DE LAUNAY
L'impasse de l'utopie
Diego SCALCO
Développement et crise de la spatialité géométrique.
Questions de géographie et d'abstraction
Odette BARBERO
L'utopie, rêves et réalités
Franck COCOTTE
La cité idéale de Platon, un autre monde possible ?
Orlane GLISES DE LA RIVIÈRE
Le paradis totalitaire
Pascal BOUVIER
Rousseau est-il utopiste
Alberto RUSSO PREVITALI
Les armes derrière l'idéal.
Penser l'utopie révolutionnaire à travers «Vittoria » de Pier Paolo Pasolini
Rodolphe MESSIA
Lire l'utopie dans L'Ethnologue et le Sage de Sami Tchak
Marie CÉHÈRE
L'individu, non-lieu de l'utopie.
Visions de Metropolis
Paolo VANINI
Cioran et Swift. Anamorphose du désenchantement
Pierre GARRIGUES
Est-elle possible ?Est-elle impossible ?Utopies...
EXPRESSIS VERBIS
Mihaela-Gentiana STÂNISOR
« [...] nous avons une responsabilité envers ceux que nous avons aimés à travers leurs mots. »
Entretien avec Stéphane Barsacq 

ÉCHOGRAPHIES AFFECTIVES
Michel LAMBERT
No bananas 245
Marc BONNANT
Nihil Æternum 257
Cipian VÂLCAN
Le démon de la patience
Fabrice FARRE
Mille mots
DÉS/DEUX ORDRES DU MONDE ET DU LANGAGE
Maxime CARON
Pourquoi Georges Perros nous est devenu nécessaire
Yasmina RAMOUL
Marc Boasson, un témoin oublié

LE MARCHÉ DES IDÉES
Christiane Rancé, Lettre à un jeune chrétien et à ceux qui ignorent qu'ils le sont (Râzvan ENACHE)
Stéphane Barsacq, En présence d'Yves Bonnefoy ou les souvenirs mis en abîme (Mihaela-Gentiana STnlvlsox)
Pécher par petites passions (Râzvan ENACHE) 

Résumés/Abstracts 

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vendredi 14 septembre 2018

Alexandre Lacroix : Devant la beauté de la nature

Allary - Septembre 2018


La beauté des paysages nous fascine. Un coucher de soleil, le ciel étoilé, une vallée verdoyante peuvent nous laisser muets d’admiration. 
Pourquoi le spectacle de la nature a-t-il autant d’effet sur nous?
Pour le savoir, Alexandre Lacroix nous embarque dans un voyage philosophique à travers les disciplines, les âges et les continents. On y croise Épicure, Kant ou Thoreau, mais aussi des peintres, des poètes, des spécialistes de l’évolution et de la biologie.On y apprend que la savane est le paysage préféré des humains.On y explore la façon japonaise d’apprécier une fleur ou un rivage. On s’initie à un courant philosophique jusque-là inconnu en France: l’esthétique environnementale. On dialogue avec des chercheurs du MIT ou des aveugles décrivant leurs plus beaux paysages. Et l’on visite certains lieux réputés pour leur beauté en France, en Angleterre, en Italie, en Patagonie…
À mesure que l’enquête avance, nous découvrons que notre sensibilité à la beauté des paysages est constitutive de notre humanité. Mais qu’elle est menacée. Nous ne vivons plus autant que nos ancêtres au rythme du soleil et des saisons ; nos sens s’émoussent. La modernité nous éloigne de la nature. La crise écologique est donc liée à une crise esthétique : rendue insensible à la beauté de la nature, l’humanité se sent autorisée à la saccager.
Aussi érudit que jubilatoire, cet essai permet à chacun de poser un regard plus lucide et plus émerveillé sur les paysages qui nous entourent. Un livre nécessaire, qui nous aide à renouer avec la nature, ses rythmes et sa majesté.

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Jean-Hugues Barthélémy : La Société de l’invention. Pour une architectonique philosophique de l’âge écologique

Matériologiques - Septembre 2018


L'urgence et l’importance dramatiques de la question écologique n’ont d’égale que l’incertitude sur sa signification philosophiqueprofonde. Plutôt donc que de partir du problème écologique radical auquel l’humanité devra se confronter durant les prochaines décennies, il s’agit de montrer que si la philosophie parvient à opérer une régression refondatrice depuis la brûlante « question animale » jusqu’à la question architectonique du sens et de sa crise (première partie), alors le philosopher peut se hisser à la hauteur des enjeux écologiques du siècle en se réinventant dans toutes ses dimensions, comprises désormais comme dimensions du sens lui-même. Mais cette pluridimensionnalité du sens ne pourra être pensée sans contradiction que si l’individu philosophant s’interroge dans le même temps sur ce qu’impliquait, à son insu, son propre rapport au faire-sens des significations – les mal nommées « re-présentations » (seconde partie).

Milieu de tous les milieux qui s’y laissent penser, le sens est alors le non-ob-jet d’une écologie philosophique fondamentale recevant ici le nom d’écologie humaine, expression vieille d’un siècle qui, pour la première fois, se met à désigner une méthode archiréflexive par laquelle l’individu philosophant parvient à déjouer le piège de son intention[n]alité en tant que structure d’oubli de sa propre non-originarité. En découlent une redéfinition des domaines épistémo-ontologique, politico-économique et pédagogico-axiologique de la philosophie et de leurs liens, mais aussi un humanisme décentré reconnaissant des droits à tout sujet sensitivo-émotif au moins. Car le droit n’est plus ici un « système de la compatibilité des libres-arbitres » qui serait axiologiquement fondé, mais il est le système de la compatibilité des besoins en souffrance, la responsabilité juridique reposant sur l’être-en-dette économique en tant que régime de normativité qui n’est ni ontologique ni axiologique. Telles sont les voies d’une future mais vitale réinvention sociale qui puisse aussi définir une Société de l’invention théorique et pratique.


TABLE DES MATIERES

Avant-propos et remerciements … 5
Introduction. Reconstruire la philosophie à l’âge écologique … 7
§ 1. Rapport de l’idée d’Anthropocène à la question du sens … 11
§ 2. Crise des fondements théorico-pratiques et unité du philosopher … 15
§ 3. Philosophie et écologie : les notions de problème et de schème … 19
§ 4. Structure, méthode et visées de l’ouvrage … 26
Première partie. Problèmes
Chapitre I. Animalité et humanité : repenser l’« être-sujet » … 35
§ 5. Préambule : à la recherche de l’esprit évolutionniste … 35
§ 6. Persistance polymorphe de la coupure anthropologique … 39 
§ 7. Le faux débat du naturalisme … 45
§ 8. De Charles Darwin à Frans de Waal … 49 
§ 9. Les données paléoanthropologiques et neuroscientifiques … 59
§ 10. Posthumanisme, transhumanisme et humanisme décentré … 64
A) Naïvetés et incohérences du transhumanisme … 66
B) Vers l’humanisme décentré … 69
Chapitre II. Découverte et invention : redéfinir la « technoscience » … 75 
§ 11. Préambule : Le problème de la relation épistémè-téchnè … 75
§ 12. « Technoscience » : aux origines de l’idée … 79
§ 13. De l’idée au concept : les embarras de la pensée … 84
§ 14. Simondon versus Latour : la « mentalité technique » … 92 
A) Gilbert Simondon, ou la technique repensée … 92
B) Bruno Latour, ou la technique égarée … 99
§ 15. Relativisme résiduel versus scientisme élargi … 102 
A) Retour sur un relativisme résiduel et dénié … 103
B) Philosophie analytique et scientisme élargi … 110
§ 16. Physique quantique : les paradoxes de l’ob-jectivité … 112
Chapitre III. Pouvoir et technique : repenser la « technocratie » … 119
§ 17. Préambule : Techniques de pouvoir et pouvoirs de « LA Technique » … 119
§ 18. Âges tendanciels de la technique et âge de l’information … 123
§ 19. Le numérique, ou la mutation de la technocratie … 130
§ 20. Deux analyses du pouvoir technologique … 135
§ 21. D’une récente interprétation de « notre devenir » … 142
§ 22. Psycho(socio)pathologie du technocapitalisme spéculatif … 147
A) Les tendances pathogènes de la mondialisation tardive … 147
B) Retour sur la science en contexte technocapitaliste … 154
Chapitre IV. Éducation et valeurs : redéfinir la « crise du sens » … 161
§ 23. Préambule : De Husserl à aujourd’hui … 161
§ 24. Conditions de l’idée de crise du savoir … 168
§ 25. Conditions de l’idée de crise des idéologies … 172 
§ 26. Conditions de l’idée de crise de l’exemplarité … 178
§ 27. La crise de l’École, symptôme-carrefour … 184
A) Le cas français : analyse interne d’un paradigme déformé … 187
B) Rapport de la crise de l’École aux trois crises réflexives … 193
§ 28. L’irréductible pluridimensionnalité du « faire-sens » … 195
A) Intérêt et limites de l’idée de Bedeutsamkeit … 197
B) Vers la sémantique archiréflexive … 199
Seconde partie. Schèmes
Chapitre V. Principes de l’écologie humaine … 207
§ 29. Ce que signifie « écologie humaine » … 207
A) L’idée de régression refondatrice et les hypothèses à refonder … 207
B) L’écologie humaine en tant que méthode architectonique … 213
§ 30. Les dimensions du sens et le paradigme de l’objet inventé … 219
§ 31. L’intention[n]alité, structure  d’oubli de sa propre non-originarité … 226
§ 32. Le Principe sémantique et l’archiréflexivité … 234
§ 33. Rôles et spécificité de la dérivation philosophique de l’(animal) humain … 242
§ 34. Théorie générale du décentrement et Société de l’invention … 248
A) La théorie générale du décentrement … 249
B) La Société de l’invention … 255
Chapitre VI. Vers une philosophie de l’information ontologique … 261
§ 35. Ce que signifie « philosophie de l’information ontologique » … 261
§ 36. Force et limites de la réflexivité kantienne … 269
§ 37. Information et individuation : le principe ontologique de non-substantialité … 274
A) Information et unification des sciences : l’échec et l’enjeu … 274
B) Individuation et transduction : modestie de l’ontologie … 281
§ 38. « La vie n’a pas d’essence » : d’une interprétation l’autre … 286
§ 39. Conditions d’un émergentisme antisubstantialiste … 292
§ 40. Connaissance et décentrements … 298
Chapitre VII. Vers une philosophie de la production économique … 305
§ 41. Ce que signifie « philosophie de la production économique » … 305
A) « Éco-logie », ou la refondation économique du faire-droit comme besoin en souffrance … 305
B) Le care, Rawls, Pelluchon, Stiegler : quatre dialogues pour notre temps … 310
§ 42. Âges tendanciels de la pensée politique et âge éco-logique … 318
A) Remarques préalables et position du premier âge … 318
B) De Smith et Kant à Jonas et le XXIe siècle : le deuxième et le troisième âges … 323
§ 43. Le principe économique de responsabilité et l’humanisme de l’autre que l’humain … 329
§ 44. Refonder le droit hors l’éthique : le besoin au-delà du fait et de la valeur … 334
§ 45. L’horizon du droit et le rôle des sciences de la santé et de la souffrance à l’âge éco-logique … 340
A) L’horizon du droit … 340
B) Le rôle des sciences de la santé et de la souffrance à l’âge éco-logique … 346
§ 46. Par-delà « pensées du contrat » et « pensées du soupçon » … 350
Chapitre VIII. Vers une philosophie de l’éducation axiologique … 357
§ 47. Ce que signifie « philosophie de l’éducation axiologique » … 357
§ 48. Force et limites de la redéfinition kantienne de la morale … 362
§ 49. Nature de la confusion éthico-politique chez Mill … 368
§ 50. Nature de la confusion éthico-politique chez Jonas … 374
§ 51. Nature de la confusion éthico-politique chez Rawls … 378
§ 52. Le principe axiologique de contingence et la refondation englobante de l’éthique … 383
A) Remarques préalables sur les conditions favorables à la vertu … 383 
B) Nature du principe axiologique : du Bien, du Beau, du Vrai … 386
Conclusion. Vers la Société éco-logique de l’invention … 395
§ 53. La Société de l’invention face à la crise du sens comme crise de la réflexivité … 395
§ 54. L’âge éco-logique de la responsabilité comme âge de la société civile internationale … 400
§ 55. De l’éthologie de l’empathie à l’écologie humaine … 404
Bibliographie … 411
Index des noms … 423 

mercredi 12 septembre 2018

Jeffrey Herf : Le modernisme réactionnaire. Haine de la raison et culte de la technologie aux sources du nazisme

L'Echappée - Septembre 2018 - Collection : Versus


Traduit de l'anglais et de l'allemand par Frédéric Joly
Postface de François Jarrige (historien, auteur de Technocritiques.
Du refus des machines à la contestation des technologies [La Découverte, 2014])

Le nazisme est trop souvent présenté comme un mouvement profondément antimoderne, obsédé par un passé mythique et exaltant la communauté du sang et de la tradition culturelle. Dans ce livre, qui a fait date par son approche radicalement nouvelle, Jeffrey Herf montre au contraire qu’il a voué un culte délirant à la technologie la plus avancée.
Pour ce faire, le grand historien américain s’est livré à une enquête approfondie sur les origines idéologiques du IIIe Reich, mettant en lumière une nébuleuse originale d’intellectuels, dont plusieurs ont marqué l’histoire des idées, comme Oswald Spengler, Ernst Jünger, Werner Sombart ou Carl Schmitt. Le point commun de ces « modernistes réactionnaires » est d’avoir fusionné certaines dimensions de la société industrielle – son mode de production et sa technologie, la rationalité instrumentale –, avec la culture du nationalisme allemand, caractérisée par sa haine de la raison et de la démocratie.
Les conclusions qui se dégagent de cette passionnante enquête, qui a renouvelé l’interprétation du phénomène nazi, et jusqu’ici étonnamment restée inédite en français, sont les suivantes : d’une part, la modernité n’est pas un phénomène monolithique, qu’il faudrait accepter ou rejeter en bloc ; d’autre part, l’adhésion à la modernité technique n’est pas en soi un gage d’émancipation.

Professeur émérite à l’université du Maryland (États-Unis), Jeffrey Herf est considéré dans le monde entier comme l’un des plus grands historiens de la période nazie. Ses ouvrages, récompensés par de nombreux prix, ont été abondamment traduits. Pour la France : L’Ennemi juif. La propagande nazie (1939-1945) et Hitler, la propagande et le monde arabe, publiés chez Calmann-Lévy en 2011 et 2012.

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