samedi 23 juin 2018

Catherine Larrère et Raphaël Larrère : Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique

La Découverte - Juin 2018


Protéger la nature, une urgence dans le contexte de crise environnementale qui suppose d'affronter une question philosophique, car la notion même de " nature " ne va plus de soi. En articulant des questions qui s'ignorent souvent, les auteurs montrent qu'il est possible de concilier souci de la nature et diversité des cultures, exigence de justice et respect de l'environnement.

Que signifie " protéger la nature " ? Répondre à cette question concrète, urgente, suppose d'affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de " nature " ne va plus de soi. On a pris l'habitude d'aborder l'environnement à partir des oppositions entre nature et culture, naturel et artificiel, sauvage et domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées : le changement climatique remet en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine. 
Ces oppositions tranchées n'ont plus lieu d'être, mais leur effacement ne signifie pas pour autant le triomphe de l'artifice. On peut continuer à parler de " nature " et même en parler mieux, parce qu'il n'y a plus à choisir entre l'homme et la nature, mais plutôt à se soucier des relations entre les hommes, dans leur diversité, et la diversité des formes de vie. Que l'on s'intéresse à la protection de l'environnement, aux techniques ou à la justice environnementale, cet ouvrage montre qu'il est possible de concilier le souci de la nature, la diversité des cultures et l'équité entre les hommes ; et qu'il existe aussi des manières d'agir avec la nature et pas contre elle.

Catherine Larrère, professeur émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste de philosophie morale et politique, a notamment publié : Les Philosophies de l'environnement (PUF, 1997) ; Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l'environnement (avec R. Larrère, Aubier, 1997 ; rééd. Champs Flammarion, 2009). 
Raphaël Larrère, ingénieur agronome et sociologue, a été directeur de recherche à l'INRA. Il est notamment l'auteur (avec M. de la Soudière) de Cueillir la montagne (La Manufacture, 1985 ; rééd. Ibis Press, 2010) et de Des hommes et des forêts (avec O. Nougarède), Gallimard, coll. " Découvertes " 1993 ; rééd. 2003).

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Jean Malaurie : Oser, résister

CNRS - Juin 2018


Ne pas devenir un peuple de fourmis, manipulé par le verbe, l'image et l'informatique. 
Oser, résister et s'aventurer ! C'est la philosophie de vie que Jean Malaurie poursuit depuis les années 1950 et son inoubliable combat pour les légendaires Inuit de Thulé, menacés par une scandaleuse base nucléaire au coeur de leur territoire. 
Réfractaire-résistant à l'ordre nazi, Jean Malaurie est un grand scientifique, géomorphologue devenu géophilosophe, et un défenseur résolu de l'alliance des sciences humaines et naturelles. 
Le père fondateur de la collection Terre Humaine réunit ici des réflexions rares et précieuses sur son parcours intellectuel, sur l'écologie humaine ou l'enseignement supérieur. Il nous découvre aussi des pans plus intimes de sa personnalité singulière. 

Directeur émérite au CNRS et à l'EHESS, ambassadeur de bonne volonté pour l'Arctique à l'Unesco, défenseur des minorités boréales, Jean Malaurie a fondé l'Académie polaire d'État à Saint-Pétersbourg, unique école des cadres pour les jeunes élites autochtones nord-sibériennes dont il est le président d'honneur.

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vendredi 22 juin 2018

Jun Jujita : Le Ciné-capital. D’Hitchcock à Ozu. Une lecture marxiste de Cinéma de Gilles Deleuze

Hermann - Mai 2018



« L’argent est l’envers de toutes les images que le cinéma montre et monte à l’endroit » écrit Gilles Deleuze dans le deuxième volet de Cinéma. Le capital est toujours derrière le cinéma. Le Capital hante Cinéma du début à la fin. C’est donc une lecture marxiste du diptyque composé de L’Image-mouvement et L’Image-temps que propose Jun Fujita dans Ciné-capital. 
Comment fonctionne le mode de production ciné-capitaliste ? Comment celui-ci fait-il produire de la plus-value aux images ? Pourquoi et comment s’approprie-t-il le travail même du spectateur ? En quel sens peut-on soutenir qu’Eisenstein et Hitchcock ont anticipé l’arrivée de la New Economy des années 1990 (dématérialisation du travail et financiarisation de l’économie) ? Quand et comment les images s’insurgent-elles contre l’exploitation ciné-capitaliste ? Comment se mettent-elles à valoir pour elles-mêmes ? Pourquoi le cinéma politique, depuis Straub et Huillet, a-t-il cessé de privilégier le tournage au bord de la mer ? Qu’est-ce qui permet à Deleuze d’affirmer qu’Ozu est un cinéaste de gauche ?Telles sont quelques-unes des questions abordées dans Ciné-capital.

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jeudi 21 juin 2018

Natalie Depraz et Florence Pignarre (dir.) : L'expérience de l'acteur en question

Publications de l'Université de Rouen et du Havre - Juin 2018 - Cahiers de l'ERIAC


La question de savoir ce que l'acteur vit lorsqu'il incarne un personnage, soit qu’elle ait été présentée comme relevant d’une expérience quasi mystique, soit qu’elle ait donné lieu à des débats philosophiques ou esthétiques les plus divers, a depuis longtemps et continue aujourd’hui encore, de susciter la curiosité et l’intérêt des chercheurs. Comment, en effet, appréhender cette expérience si singulière au cours de laquelle un homme se met à vivre irréellement dans les émotions et les sensations d’un être imaginaire?
C’est en croisant différentes approches portant sur cette question que cet ouvrage se propose d’y répondre. De Diderot à Sartre et en passant par Deleuze, il présente tout d’abord différents discours théoriques traitant de cette expérience, puis rend compte des démarches plus contemporaines relevant de la phénoménologie expérientielle, de l’anthropologie ou de la psychologie, qui puisent à même la parole des acteurs les données empiriques de leurs développements théoriques. Enfin, il montre que la diversité des expériences de jeu est elle-même fonction de celle des écritures si différentes d’un dramaturge à l’autre.

Sommaire

Introduction

Première partie : L'acteur vu « d'en haut » : les pensées de l'expérience de l’acteur

Marc Martinez – Diderot et le jeu sensible sur la scène anglaise du milieu du XVIIIe siècle ;
Flore Garcin-Marrou – Deleuze et les acteurs ;
Florence Pignarre – Les phénoménologues et l’acteur. Exemple et description ;
Annick Essoh – Jeu au théâtre, jeu social. L’expérience du comédien et la vie quotidienne des individus.

Deuxième partie : La parole de l’acteur : à la croisée de la théorie et de la pratique

Natalie Depraz – L’acteur d’Avatar à l’épreuve de son corps ;
Raluca Mocan – Habitudes motrices et conscience kinesthésique dans la formation des acteurs. Une perspective phénoménologique sur la pratique théâtrale ;
Nadia Foisil – Le corps du comédien. Terrain de recherche et instrument expressif au cœur du corps social ;
Célia Daniellou-Molinié – « Ne croyez jamais un acteur. » Le jeu comme objet d’étude, ou comment fonder une recherche sur le partage d’une expérience subjective.

Troisième partie : L’acteur et l’auteur : de la singularité d’une écriture à celle de son jeu

Nicolas Doutey – L’acteur dans l’écriture de Beckett ;
Sabrina Bastemeyer – Le concept de l’acteur chez Victor Hugo. Entre concurrence, collaboration et courtisanes.

Document
Programme du cours de jeu de l’école de théâtre Charles Dullin (Jean-Paul Sartre et Jean-Louis Barrault, texte inédit).
Bibliographie
Les auteurs

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mercredi 20 juin 2018

Alain B.L. Gérard : La pensée incroyante. Un parcours philosophique hors Dieu

Persée - Juin 2018


L’incroyance a toujours existé, mais discrète et peu appréciée. La norme était la croyance, la croyance en Dieu, sous toutes ses formes, universelle, définitive, suffisante. De nos jours, dans notre culture de civilisation post-moderne, cette situation a tendance à s’inverser : l’incroyance est devenue pratiquement dominante et la croyance, au contraire, rencontre des difficultés dans sa diffusion, sa pérennité, son influence.
Mais cette situation s’accompagne d’un paradoxe. L‘expansion de l’incroyance se produit en dehors de toute réflexion théorique sur elle-même, de toute représentation symbolique et même pratiquement de toute pensée philosophique. C’est une évolution spontanée, issue d’une progression des idées et de la force d’évidence des faits et événements de l’Histoire et de la connaissance en général. La grande réflexion philosophique européenne du XXe siècle, qui a été une des plus brillantes de son Histoire et qui s’est déroulée à peu près entièrement en dehors de toute référence d’ordre religieux, n’a jamais expliqué de façon précise pourquoi et comment elle se détachait d’une référence traditionnelle aussi considérable.
Il en découle une sorte de non-dit dans la réflexion qui ne manque pas de danger. Rejeter toute forme de croyance sans s’en expliquer laisse la porte ouverte à toutes les insinuations : l’incroyance et l’absence de religion seraient un vide intellectuel, la perte du sens, le désenchantement du monde, le relativisme de toute pensée et la cause de tous les maux de l’actualité la plus immédiate. Il importe donc encore à l’incroyance de s’expliquer.
Ce livre-ci tente une étude et une définition de l’incroyance en elle-même. Il voudrait combler un certain vide de la pensée, apporter une pierre nouvelle à la problématique engendrée par l’absence de religion. Il est composé par un philosophe de formation, à l’écriture limpide et au didactisme relativement facile d’accès.

Alain B.L. Gérard est docteur en Droit et docteur en Philosophie. Longtemps cadre supérieur de société dans différents pays, il a travaillé en philosophie avec Gérard Granel à Toulouse et soutenu en Sorbonne en 1982 une thèse de doctorat sur Marx et Heidegger.

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Nikolaj-Frederik-Severin Grundtvig : L'école pour la vie

Vrin - Juin 2018 - Collection : Philosophie de l'éducation


Nikolaj-Frederik-Severin Grundtvig est un penseur danois du XIXe siècle, dont l’oeuvre monumentale a joué un rôle majeur dans l’histoire de la société danoise, en inspirant notamment les créateurs des Folkehøjskoler (les hautes écoles populaires) dont l’originalité fait la fierté du système scolaire danois.
Or, il n’existait jusqu’alors quasiment aucune traduction française de ses écrits philosophiques sur l’école et sur l’éducation, ce qui a entravé le développement dans l’espace francophone de travaux universitaires sur les fondements de cette « école pour la vie » qui constitue l’apport majeur de Grundtvig à la philosophie de l’éducation. Cette lacune était d’autant plus regrettable que les études comparatives relatives aux systèmes éducatifs européens pointent la grande originalité de l’école du peuple danois (la Folkeskole) et sa capacité à proposer à ses élèves une expérience éducative propre à cultiver des vertus civiques et morales.
Cet ouvrage propose donc une première édition française commentée des textes essentiels de Grundtvig sur l’école et sur l’éducation.

Textes choisis et présentés par Jean-François Dupeyron, Christophe Miqueu et France Roy. Traduction de Marc Auchet. Avant-propos d’Ove Korsgaard.

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François Chenet : Le temps. Temps cosmique, temps vécu

Armand Colin - Juin 2018 - Collection : Collection U


Qu'est-ce que le Temps ? Quelle est sa nature et quel est son mode d'existence ? Quelle est la relation de l'esprit au temps ? S'il est vrai que le temps, à la fois familier et mystérieux, est inscrit au cœur de la condition humaine comme au cœur des communautés humaines engagées dans une histoire, en quoi une réflexion sur le temps permet-elle de comprendre la condition humaine et les rapports complexes que les sociétés humaines entretiennent avec le temps ? Enfin, est-il possible de transcender le temps ? Ou bien la sagesse se résume-t-elle à l'art du bon usage que nous devons faire du temps ?
En dépit d'un questionnement bimillénaire, énigmatique demeure la nature du temps. Et certes, le temps reste paradoxalement insaisissable, alors que nous y sommes plongés sans pouvoir jamais en faire abstraction. Si la réflexion sur le temps se heurte à maintes apories qui résistent, c'est que le temps est une réalité contradictoire sur l'expérience de laquelle la pensée vient sans cesse se briser, oscillant entre une définition tautologique et une interprétation dénaturante du temps. Le problème du temps n'en constitue pas moins l'une des questions fondamentales de la philosophie, voire même l'unique problème philosophique.
Le problème du temps fait ici l'objet d'une élucidation systématique qui conjugue approche philosophique, apports des sciences de la nature et apports des sciences humaines. Embrassant les diverses formes de temps - temps physique ou temps cosmique, temps biologique, temps psychologique, temps social, temps historique - et s'interrogeant sur leur articulation, le présent ouvrage se propose de donner une vue d'ensemble, cohérente et rigoureuse, de cet immense sujet.

François Chenet, ancien élève de l'École normale supérieure (Ulm), est professeur à l'université de Paris-Sorbonne (Paris-IV).

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mardi 19 juin 2018

Jean-Baptiste Brenet et Laurent Cesalli (dir.) : Sujet libre. Pour Alain de Libera

Vrin - Juin 2018


"Nous avons souhaité ce livre pour rendre hommage à Alain de Libera et fêter son travail. Celles et ceux qui écrivent ici sont des maîtres, des pairs, des collègues, d’anciens étudiants; en divers sens, ce sont tous des amis.
Plutôt que d’imposer une présentation, nous avons choisi comme ordre le hasard alphabétique des noms, sans chapitres. Deux consignes seulement avaient été fournies. La brièveté, d’abord – quelques pages, tenues par un nombre de signes. L’absence de notes, ensuite, pour livrer des textes de plain-pied.
Restait, pour évoquer l’œuvre et la personne d’Alain de Libera, l’objet, l’angle. Nous n’avions cette fois indiqué qu’une chose, qui donne à ce volume son titre : sujet libre."

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Michel Barat : Entre réalité et vérité, méditations philosophiques

Entrelacs - Juin 2018


L'École d'Athènes, la célèbre fresque de Raphaël, représente la cohorte des philosophes autour des deux grandes figures de la pensée que sont Platon et Aristote. Platon désigne le ciel des idées tandis qu'Aristote pointe la terre. Deux figures, deux pensées qui, allégoriquement, indiquent le chemin de la vérité et celui de la réalité. Ils sont deux car ces deux chemins ne se croisent pas nécessairement. Emprunter celui de la réalité pourrait être accepter l'illusion, l'erreur, voire le faux, car un mensonge est bien réel mais ne saurait jamais être vrai. Emprunter celui de la vérité pourrait être mépriser la réalité, soumettre hommes et choses à des idées qu'on croit vraies sans jamais en avoir la certitude. La voie de la réalité peut vite devenir celle du cynisme, celle de la vérité, celle du totalitarisme. Penser juste et dire juste consiste peut-être à dessiner la ligne de faîte entre réalité et vérité pour en départager l'ubac et l'adret et pour les garder en partage. Être à la fois Aristote et Platon, réunir « la base et le sommet », telle est sans doute l'endurante tâche de la pensée, telle est la grave légèreté du dire poétique.

Michel Barat est docteur d État ès-lettres et agrégé de philosophie.

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Bertrand Cassegrain : Autorité et anarchie

Hermann - Juin 2018


Autorité et anarchisme sont-ils compatibles ? L’autorité politique est communément perçue comme constituant une entrave à l’autonomie et la liberté des individus. Pourtant, la plupart des théories politiques contemporaines tiennent pour acquise la légitimité de certaines autorités, en particulier celle de l’État. Seul l’anarchisme rejette de manière radicale cette idée. En prenant au sérieux les arguments anarchistes, ce livre développe une analyse approfondie du concept d’autorité. L’auteur montre, contre l’anarchisme, que l’autorité peut parfois être justifiée, mais, avec lui, qu’elle doit l’être sans sacrifier à l’obéissance aveugle. Il en propose ainsi une justification exigeante, car respectueuse de l’autonomie individuelle. Elle invite à évaluer sans complaisance nos institutions politiques.

Bertrand Cassegrain est docteur en science politique de l’Université de Genève.

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dimanche 17 juin 2018

Jean-Joël Duhot : L'affaire Jésus, un quiproquo ?

Kimé - Juin 2018


Historien de la philosophie et helléniste, Jean-Joël Duhot aborde la question de Jésus dans une histoire globale, avec les outils du philosophe, de l'historien et du philologue. Les textes parlent si on sait les contextualiser et leur poser les bonnes questions. Cette approche décloisonnée, qui rejette les barrières habituelles séparant le sacré du profane, et le théologique du rationnel, et qui abolit les digues de protection que la laïcité accorde au religieux, fait apparaître un Jésus radicalement différent. Un rabbi qui pense à travers les grilles de la théologie judéo-hellénistique, largement tributaire d'un stoïcisme intégré par les Pharisiens, et que ceux qui le suivent sont incapables de comprendre. Acteur d'une protestation réagissant aux scandales qui entachent le Temple, il se trouve pris dans un insoluble conflit socio-politique, et provoque malgré lui un mouvement qu'il ne peut arrêter qu'en s'offrant à la mort. Après deux millénaires de malentendus, une évidence s'impose : il est faux de dire que les juifs ont tué Jésus.

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S. Guermès et B. Krulic (dir.) : Edgar Quinet, une conscience européenne

P.I.E-Peter Lang S.A., Editions Scientifiques Internationales - Mai 2018


Penseur « européen » par ses expériences personnelles et ses attaches familiales, Edgar Quinet a élaboré une approche profondément originale des variantes nationales de formation des États-nations et d’acculturation à la démocratie. Cet ouvrage se propose de dégager la dimension européenne de sa pensée, ainsi que les expé- riences, personnelles et intellectuelles, qui ont influencé sa perception du mouvement des nationalités à travers l’Europe. Son enfance coïncide avec l’épopée napoléonienne, sur laquelle il méditera ; il est adolescent lorsque commencent les révolutions issues de la recomposition de l’Europe après 1815 ; il participe à l’expédition de Morée et voit la Grèce accéder à l’indépendance en 1829 ; il soutient les partisans du Risorgimento; ami et collègue de Mickiewicz, il se préoccupe du sort de la Pologne ; son ouvrage Mes Vacances en Espagne comporte un important volet politique ; il se passionne pour les Roumains auxquels il consacre un ouvrage. Dès les années 1830, ce grand connaisseur de l’Allemagne a compris que l’unité allemande se réaliserait contre la France, ce qui l’a prémuni contre les illusions de la plupart de ses contemporains. Lors du « Printemps des nations », il nourrit sa réfexion de l’actualité pour défendre le système des nationalités et le « génie national » ; convaincu que les pays d’Europe vont de façon irréversible vers la démocratie, il les met toutefois en garde contre les « soubresauts de la conscience en des sens opposés".

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