samedi 19 janvier 2019

Enzo Traverso : La pensée dispersée. Figures de l'exil juif

Nouvelles Éditions Lignes - Janvier 2019


Arendt, Adorno, Benjamin, Broch, Kracauer… Quelques-uns des noms des intellectuels juifs à avoir fui l’Europe, ou à l’avoir tenté, après la prise du pouvoir par Hitler. Leurs œuvres comptent parmi les plus grandes, que l’exil a traversé de part en part. Enzo Traverso en étudie l’effet dans ce livre, dont une première édition a paru en 2004, qui reparaît ici très augmenté, entre autres d’une longue étude sur l’exil des intellectuels juifs italiens.

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Raisons politiques 2018/4 (N° 72) : La représentation-incarnation

Presses de Science Po - Janvier 2019


Page 5 à 19 : Samuel Hayat, Corinne Péneau, Yves Sintomer - La représentation-incarnation | Page 21 à 52 : Yves Sintomer - La représentation-incarnation : idéaltype et configurations historiques | Page 53 à 70 : Lorenzo Tanzini - Représentation et décision politique dans les assemblées communales italiennes du 13e siècle | Page 71 à 88 : Alessandro Mulieri, Samuel Hayat - La représentation-incarnation chez Marsile de Padoue | Page 89 à 123 : Quentin Skinner, Christopher Hamel - Hobbes et la représentation | Page 125 à 136 : Barbara Stollberg-Rilinger, Marc Saint-Upéry - Tuteurs sans mandat. Jusqu’à quel point les États territoriaux (Landstände) allemands représentaient-ils le peuple ? | Page 137 à 164 : Samuel Hayat - Incarner le peuple souverain : les usages de la représentation-incarnation sous la Seconde République | Page 165 à 181 : Quentin Schwanck - L’obsolescence du politique : l’« ordre spontané » dans la philosophie de l’histoire évolutionniste de Gustave de Molinari | Page 183 à 190 : Georges Meyer - Bernard Lahire, L'interprétation sociologique des rêves, Paris, La Découverte, collection Laboratoire des sciences sociales, 2017, 487 pages | Page 191 à 197 : Julien Debonneville - Elsa Dorlin, Se défendre. Une philosophie de la violence, Paris, Zones, 2017, 254 pages.

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Villani Tiziana : Corps Mutants.Technologies de la sélection de l'homme et du vivant

Eterotopia - Janvier 2019 - Collection : Rhizome


Ce livre interroge les mutations, qui à travers les processus de domestication et de sélection, dessinent les paysages du troisième millénaire. Les corps mutants sont les corps humains mais aussi des territoires et des vivants qui sont sont appelés à faire face à une transformation extraordinaire et accélérée. Les corps, les territoires et les espèces partagent aujourd'hui une condition particulière et commune: celle d'un devenir suspendu entre la persistance du passé et les sollicitations d'un présent-futur marqué par les nouvelles technologies. Cette analyse concerne principalement les « lignes de fuite » et les métamorphoses dans leur capacité à envisager des chemins de création et de liberté dans une période particulièrement violente.

Tiziana Villani est philosophe. Elle dirige les revues millepiani et millepiani/urban. Parmi millepiani/urban ses publications : Cavalieri del vuoto, il nomadismo nel moderno orizzonte urbano, Mimesis, Milan, 1992; Athena Cyborg. Per una geografia dell'espressione : corpo, territorio, metropoli, Mimesis, Milan, 1995 ; Gilles Deleuze. Un filosofo dalla parte del fuoco, Costa & Nolan, Milan, 1998 ; Il tempo della trasformazione, Manifestolibri, Rome, 2006 ; Ecologia Politica, Manifestolibri, Rome, 2013 ; Psychogéographies urbaines. Corps, territoires et technologies, éditions Eterotopia France, Paris, 2014.

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vendredi 18 janvier 2019

McKenzie Wark : Théorie du gamer

Les Prairies Ordinaires - Janvier 2019


Le monde tel que nous le vivons et le « ludespace », l’espace des jeux vidéo, entretiennent des rapports ambivalents. D’une part, ce ludespace propose une représentation idéalisée de certaines de nos utopies contemporaines, qui voient leurs fantasmes s’y réaliser : rétribution juste des efforts et de la persévérance, récompense des savoir-faire ou égalité stricte face aux « règles », à l’algorithme. Autant de souhaits qui ne se réalisent que très rarement en dehors du monde virtuel. D’autre part, le « monde réel » se trouve de plus en plus affecté par des valeurs qui sont celles du ludespace : un certain rapport à l’espace, sur lequel se greffent de plus en plus de données, analyses et soucis d’optimisation, une permanence des rapports de concurrence (dans les études, le travail, les relations personnelles). À la frontière de ces deux territoires, une subjectivité émerge : celle du gamer, avec son rapport particulier au monde et aux règles, perçus et réinterprétés à travers le jeu. Une position, une approche qui, transposée dans nos sociétés contemporaines, permet d’en décrypter les ressorts, voire de les subvertir. Se présentant comme une série de thèses regroupées sous les intitulés des jeux dans lesquels McKenzie Wark s’est plongé pour son étude, ce livre décortique les liens et subjectivités mis en œuvre dans les jeux vidéo, de façon à la fois synthétique et programmatique. S’extirpant des oppositions souvent schématiques entre adoration ou défiance vis-à-vis de la technique, il propose des pistes à ceux qui souhaiteraient comprendre, voire déjouer les mécanismes contemporains de la reproduction sociale. Quant aux gamers, ils trouveront là enfin un outil, exigeant et accessible, pour réfléchir à leur propre pratique sans avoir à en passer par le sempiternel discours sur les « risques ». Il s’agit de rendre au joueur son statut de first player, dans un ludespace qui, de plus en plus, tend à le transformer en produit plutôt qu’en acteur.

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Revue d'histoire des sciences humaines (RHSH), n° 33 : Après 1918. Un nouveau paysage savant ?

Éditions de la Sorbonne - Janvier 2019


La Première Guerre mondiale est considérée comme une rupture majeure de l’histoire contemporaine. Ses conséquences territoriales, politiques, sociales et technologiques, à l’échelle nationale et internationale, ont été amplement étudiées. Certains ont interrogé ses répercussions pour les sciences médicales et de la nature. Mais qu’en est-il des sciences de l’homme ? Que deviennent ces connaissances que leurs promoteurs continuaient à définir comme des sciences morales, au moment où l’humanité même semblait connaître ses « derniers jours » (Karl Kraus) ?
Mesurer l’impact du conflit sur ces domaines savants, tel est l’objectif de ce dossier. Il s’agit de retracer la transformation de la carte des sciences de l’homme en traitant de disciplines, de lieux et de techniques jusqu’ici peu abordés. Quelles sont les lignes de force structurant le redéploiement de ces savoirs après l’armistice ? Selon quelles modalités idéologiques, théoriques et pratiques prennent-ils acte – ou non – des effets du conflit ? Entre résilience et reconfigurations, changements et permanences, poursuite des oppositions en temps de paix et volonté de reconstituer une certaine communauté savante internationale, comment les sciences de l’homme ont-elles été « travaillées » par la Grande Guerre ?

Dossier: "Après 1918. Un nouveau paysage savant ?"

La Grande Guerre, parenthèse ou nouvelle donne dans l’histoire des sciences de l’homme ?
Nicolas Ginsburger et Christine Laurière

« Elle est tombée Babylone ».
Reconfigurations du champ disciplinaire des religions durant et après 1914-1918
Corinne Bonnet et Annelies Lannoy

Guerre du droit, droit de la guerre.
La faculté de droit de Paris, observatoire de l’enseignement supérieur en guerre (1914-1925)
Anne-Sophie Chambost et Alexandra Gottely

L’histoire à l’épreuve du feu.
Penser la Révolution française dans la France d’après-guerre (1918-1932)
Jean-Luc Chappey et Guillaume Lancereau

La fin d’un internationalisme savant.
La préhistoire française face à l'Allemagne entre les deux guerres mondiales
Arnaud Hurel

De Rühl à Christaller : le développement de la géographie économique allemande « classique » (1918-1933), un produit de la Grande Guerre ?
Nicolas Ginsburger

Un outil de la paix ?
La photographie aérienne, la Grande Guerre et les sciences sociales (1915-1939)
Serge Reubi

L’université de Strasbourg dans l’immédiat après-guerre (1919-1925)
Bertrand Müller

Document
L'ébranlement du monde jaune

Lucien Lévy-Bruhl et l’imaginaire anti-colonial en Asie
Frédéric Keck

Débats, chantiers et livres
La technologie, science humaine ?

De quoi la technologie est-elle le nom ?
Anne Saada

Enquête sur les sciences humaines et sociales dans les écoles d’ingénieurs.
Le cas de l’enseignement à l’Université de Technologie de Compiègne
Timothée Deldicque, Sacha Loeve et Pierre Steiner

Laetitia Guerlain, L’École de Le Play et le droit. Contribution à l’histoire des rapports entre droit et science social (Jean-Louis Halpérin)

Thomas Hirsch, Le temps des sociétés. D’Émile Durkheim à Marc Bloch (Sabina Loriga)

Nicolas Adell et Jérôme Lamy (dir.), Ce que la science fait à la vie (Dylan Simon)

Jacques François, Le siècle d’or de la linguistique en Allemagne. De Humboldt à Meyer-Lübke (Gabriel Bergounioux)

Plusieurs siècles de fabrique des chaires au Collège de France.
À propos de l’ouvrage collectif dirigé par Wolf Feuerhahn, La politique des chaires au Collège de France, Paris, Les Belles Lettres/Collège de France, 2017, 560 pages (Emanuel Bertrand)

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Bernhard Waldenfels : Phénoménologie de l'étranger. Motifs fondamentaux

Hermann - Février 2019


Si l’étranger a traditionnellement constitué l’écueil inassimilable dont la philosophie n’a cessé de se détourner, la phénoménologie de l’étranger de Waldenfels, au cœur des débats contemporains, entend au contraire faire droit à sa requête. Waldenfels ne traite pas l’étranger comme un simple objet, mais bien comme un motif – qui ébranle et met la pensée en mouvement. Dans ses Motifs fondamentaux, chaque texte constitue une invitation à cheminer à travers son œuvre foisonnante, érudite, méthodiquement rigoureuse. En dialogue serré avec la tradition classique, la phénoménologie, mais aussi avec l’anthropologie, la littérature et la linguistique, il décline l’étranger en ses diverses facettes : l’ordre, le pathos, la réponse, le corps propre, l’attention, l’interculturalité. Waldenfels mène ces réflexions en s’inspirant autant de Merleau-Ponty, dont il fut l’élève et le traducteur, que de Levinas et de Foucault.

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jeudi 17 janvier 2019

Jan Patocka : Correspondance avec Robert Campbell et les siens. 1946-1977

Editions Jérôme Million - Janvier 2019 - Collection : Krisis


"Il faudrait que quelqu'un chez vous fasse un roman sur un intellectuel d'Europe centrale sous le coup des derniers événements. Pas seulement pour la curiosité psychologique. Pour apprendre à voir ce que vous n'aimez pas regarder", écrivait le phénoménologue tchèque Jan Patocka, en juillet 1949, à son ami Robert Campbell, philosophe et mathématicien français, auteur, en 1945, du premier ouvrage consacré aux écrits et à la pensée de Jean-Paul Sartre. Mieux qu'un roman, la correspondance amicale et philosophique que les deux hommes échangeront pendant une trentaine d'années, avec deux hiatus dus aux aléas des circonstances, publiques et privées, depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à travers le virage totalitaire de l'"autre Europe", le relatif dégel des années 1960 et l'avant-"printemps de Prague", jusqu'à l'engagement de Patocka dans le mouvement de la Charte 77 pour la défense des droits de l'homme, représente, dans ses trois dimensions indissolublement enchevêtrées de l'intime-quotidien, de l'historico-politique et de la pensée, un document d'une rare valeur précisément en ce sens. Un document qui nous met sous les yeux un exemple concret de ce que Patocka nomme "la vie dans l'idée".

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Georg Simmel : Philosophie de l'amour

Circé - Janvier 2019


L'héritage théorique de Georg Simmel a longtemps été soumis à des jugements fortement réducteurs : philosophe de " l'à peu près ", théoricien de " l'impressionnisme ", amateur d'une philosophie journalistique. Il s'agit de jugements qui ne touchent en rien la profonde capacité du penseur allemand à représenter les tensions et les fureurs d'une époque. Son refus de tout rationalisme universaliste, son relativisme individualiste expriment quelque chose de plus qu'un simple schématisme descriptif : ils sont le résultat d'un malaise dont on ne peut nier la profonde valeur historique. Les écrits sur l'amour en sont une manifestation exemplaire : ici, Simmel considère l'amour comme le fruit d'une motivation primaire, étrangère à l'opposition entre action égoïste et action altruiste. L'éros abolit toute distance entre le je et le tu, en vertu d'une projection de sentiments qui entraîne la complète solidarité, l'adhésion absolue de l'objet au sujet. L'essence de l'amour est par conséquent unitaire ; elle n'est pas la synthèse de facteurs hétérogènes, bien qu'elle se manifeste via une variété de modes et d'attributs différents : sensualité et sentiment, instinct et affection, attirance et sympathie. Ainsi interprété, l'amour est avant tout un rapport que l'individu entretient avec lui-même, sorte de défi de réalisation de soi individuel et irrésolu, qui a pour effet une tension érotique continuelle.

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Henry de Lumley (dir.) : Le Symbolique, le Sacré et l'Homme. Emergence de la transcendance

CNRS Editions - Janvier 2019



L'Homme, cet être vivant doué de raison, fabricant d'objets élaborés, doté d'un langage articulé, chez lequel a émergé la pensée conceptuelle et symbolique, se caractérise par une aptitude à l'émerveillement, et une capacité d'espérance accompagnée d'un refus de l'absurde. Avec l'invention de l'outil manufacturé et les premiers témoignages d'une pensée symbolique, comment la fabuleuse aventure culturelle et spirituelle de l'Homme a-t-elle débuté ? Pourquoi à travers les temps, même les plus anciens, et dans toutes les cultures, l'émergence du sens de la transcendance n'a-t-il cessé de se manifester et de s'inscrire au cœur de notre humanité ? Comment est-il devenu une caractéristique de l'Homme, une de ses aspirations profondes ? Comment définir le sens du sacré ?
C'est de cette dimension intrinsèquement humaine, et des traces qu'elle a laissées, qu'il est ici question.
Après L'Univers, la Vie et l'Homme : émergence du sens de la Conscience et Le Beau, l'Art et l'Homme : émergence du sens de l'Esthétique, voici le troisième et dernier opus dirigé par Henry de Lumley, issu d'un cycle de conférences au Collège des Bernardins. L'ambition de ces rencontres ? Faire dialoguer physiciens, astrophysiciens, géologues, biologistes, paléoanthropologues, préhistoriens, historiens de l'art, philosophes et théologiens autour de questions qui ont trait à l'essence de l'humanité.

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mercredi 16 janvier 2019

Maurizio Ferraris : Postvérité et autres énigmes

PUF - Janvier 2019


Tout comme le capitalisme a été l'essence du XIXe siècle et les médias celle du XXe siècle, la postvérité serait-elle l'essence de notre époque ? L'arrivée de Donald Trump au pouvoir a considérablement changé le monde : elle a démontré que refuser la vérité objective était bien devenu une option politique crédible. Mais en quoi cette " postvérité " dépasse-t-elle le mensonge ? Maurizio Ferraris démonte ce concept pour en étudier tous les rouages et en comprendre le succès. Il décrit, avec l'exactitude et l'engouement qui le caractérisent, la façon dont le nouveau paradigme du vrai découle d'une rencontre : celle de la philosophie postmoderne avec la technologie internet, de la parole avec son média, de l'acteur avec son théâtre. Pour peu que la voix porte, chaque énonciation devient potentiellement vraie et, si la vérité est parfois décevante, voire frustrante, la postvérité est réconfortante. Jusqu'à ce qu'elle se confronte aux autres.

Maurizio Ferraris est professeur de philosophie à l'université de Turin. Il est notamment l'auteur de Mobilisation totale. L'appel du portable (Puf, 2016) et de L'imbécillité est une chose sérieuse (Puf, 2017).

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Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvée (dir.) : Des têtes bien faites. Défense de l'esprit critique

PUF - Janvier 2018


L'esprit critique est sur toutes les lèvres. Depuis l'explosion des fake news diffusant sur Internet, des rumeurs trompeuses, des théories du complot poussant certains jeunes sur la voie de la radicalisation, il semble que nous vivions dans un monde parsemé de pièges pour nos cerveaux trop enclins à croire. Des philosophes et des chercheurs tentent de comprendre ce qui nous rend si prompts à adhérer à des idées parfois farfelues, pourquoi notre raison, en général efficace, recèle quelques " bugs ", que d'aucuns ne se privent pas d'utiliser. De leur côté et dans le même objectif de défense intellectuelle, des vidéastes, des journalistes, des médiateurs et des enseignants tentent de développer l'hygiène mentale de leurs contemporains par divers moyens. Dans cet ouvrage, les chercheurs exposent certaines failles mentales qui nous rendent vulnérables aux erreurs, tandis que les médiateurs témoignent des pratiques qu'ils ont mises en place pour participer à l'effort pédagogique. Ensemble, ils imaginent une approche critique de l'autodéfense intellectuelle, une collaboration à venir pour un enseignement de l'esprit critique fondé sur les preuves.

Nicolas Gauvrit est chercheur en sciences cognitives au laboratoire " Cognitions Humaine et Artificielle " de l'Ecole pratique des hautes études à Paris. Ses recherches portent notamment sur le raisonnement humain et l'éducation à l'esprit critique. Sylvain Delouvée est enseignant-chercheur en psychologie sociale à l'Université de Rennes. Ses recherches portent notamment sur l'adhésion aux théories du complot et l'évaluation de l'esprit critique. 
Anouk Barberousse, Gérald Bronner, Niluphar Ahmadi, Maud Besançon, Paul Bertin, Jean-Michel Abrassart, Sebastian Dieguez, Romy Sauvayre, Pascal Waggner-Egger, Rudy Reichstadt, Valérie Igounet, Thomas Durand, Vled Tapas, Rose-Marie Farinella, Elodie Cherel, Ronan Cherel, Sophie Mazet, Jean-Paul Krivine, Mathieu Hainselin

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François Jullien : L'inouï. Renverser ce si lassant réel

Grasset - Janvier 2018


"L’histoire que je raconte ici est celle de tout le monde…
Car qui ne s’est pas trouvé lassé, au fil des jours, du spectacle si merveilleux du ciel, ou du visage de l’Amante, et même d’abord d’être en vie ?
On s’en lasse parce qu’on n’en attend – on n’en entend – plus rien.
Ce qui s’étale, revient toujours, s’enlise en effet dans sa présence et dans sa récurrence et n’émerge plus, n’apparaît plus. On ne pourra y accéder qu’en découvrant ce qui s’en est enfoui d’in-ouï.
Non par dépassement dans un Au-delà, mais par débordement de notre expérience. C’est-à-dire en ouvrant une brèche dans ses cadres constitués et normés, libérant ainsi ce qui s’y révèle autre et qui se donne alors à rencontrer.
Aussi rendre ce si lassant réel à ce qu’il contient en soi d’inintégrable et donc de vertigineux, proprement inouï, est, en amont de toute morale, autour de quoi se jouent – basculent – nos existences.
L’inouï en devient ce concept premier, ce concept clé, ouvrant un minimum métaphysique où s’opère, ici et maintenant, un tel renversement.
Car que peut-on attendre d’autre – espérer entendre d’autre – que l’inouï ?" FJ

François Jullien est philosophe, helléniste et sinologue.

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