mercredi 8 août 2018

Emiliano Sfara : Georges Canguilhem inédit. Essai sur une philosophie de l'action

Editions L'Harmattan - Juillet 2018 - Collection : La philosophie en commun


La pensée de Georges Canguilhem (1904-1995) connaît un regain d'intérêt dans les lieux académiques et de recherche. Ainsi, eut lieu à l'Université Paris-1 un colloque international intitulé « Un nouveau Canguilhem ? » pour la parution des Oeuvres complètes jetant une nouvelle lumière sur des écrits de jeunesses peu connus. Mais que peut-on apprendre de ces manuscrits privés ? Ces écrits inédits confirment-ils l'opinion vague qui lie le philosophe aux sciences naturelles ? Ce livre privilégie un autre angle : Canguilhem en philosophe de l'action.

Emiliano Sfara, docteur en philosophie de l'Université Montpellier-3 et de l'Université de Calabre, est post-doctorant à l'Université de São Paulo (USP/FAPESP). Il a déjà publié un premier livre sur Canguilhem : Una filosofia della prassi. Organismi, arte e visione in Georges Canguilhem (Nuova Trauben, 2016). Membre du réseau Epistémologie historique et de la rédaction de la revue scientifique L'inconscio. Rivista italiana di Filosofia e Psicoanalisi, il est l'auteur de différents travaux de philosophie de la connaissance, des sciences et du langage.

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Mikhaïl Masline : Dictionnaire de la philosophie russe

Editions l'Age d'Homme - Août 2018


Essayer de comprendre les grandes constantes de la philosophie russe, c'est abandonner certaines représentations habituelles pour un lecteur occidental - non pas découvrir une différence au sens strict, mais une autre répartition des centres d'intérêt. En 1955, Vycheslavtsev écrivait : " Les problèmes fondamentaux de la philosophie universelle sont aussi, bien évidemment, ceux de la philosophie russe. En ce sens, il n'existe pas de philosophie spécifiquement russe. Mais il existe une manière russe d'aborder les problèmes philosophiques universels, une aptitude proprement russe à les vivre et les prendre en charge. " Ce Dictionnaire contribue à situer la pensée russe par rapport à l'Europe, et cela dès les origines. Depuis un demi-siècle, le regard porté sur la Russie ancienne (XIe-XVIIe siècles) s'est transformé, permettant de donner toute sa place à une tradition spirituelle moins tournée vers le raisonnement que vers le silence, la contemplation, l'ascèse - tendance également présente en Occident, mais moins exclusive. On sait qu'en Russie les contraintes de l'histoire (régimes autoritaires, censure, emprise d'une idéologie totalitaire...) ont pesé particulièrement lourd. Elles sont proportionnelles à l'ampleur des questions suscitées. Au XIXe siècle, à travers l'histoire d'institutions telles que les universités, on découvre une peur panique de toute pensée, considérée comme une menace pour l'ordre établi. C'est à cause de ces conditions d'existence que le manque d'une philosophie critique se fait sentir au moins jusqu'à la seconde moitié du XIX' siècle. Mais la faiblesse presque constante de la philosophie institutionnelle explique aussi, peut-être, la floraison de théories parfois très surprenantes, originales, non conventionnelles - tradition qui se maintiendra au XXe. siècle, où sous la chape de plomb du régime soviétique on découvrira un véritable foisonnement idéologique. C'est au XXe siècle surtout (en URSS ou dans l'émigration) que la philosophie russe rejoint véritablement la conception occidentale de la philosophie. A côté du marxisme ou des vastes systèmes développant la notion d'unitotalité, on rencontre des phénoménologues, des existentialistes... qui, cette fois, ne sont pas des imitateurs. Certains rapprochements sont inattendus. On découvre ainsi que Pascal est au coeur de tout un domaine de la pensée russe. Ce Dictionnaire fait écho à d'autres entreprises : à la monumentale Histoire de la littérature russe publiée chez A. Fayard, qui a montré que tout panorama un peu exhaustif de la culture russe ne peut ignorer sa philosophie ; au Vocabulaire européen des philosophies, qui a souligné l'apport original de la Russie sur le plan conceptuel. Mais sa visée propre est de relier les différents concepts originaux à la culture et à l'histoire qui les ont forgés. Dans la refonte de l'original russe, on s'est attaché à faire ressortir la spécificité de cette philosophie et de ses conditions d'apparition. On trouvera parfois même certains grands événements dont l'incidence sur le développement ultérieur de la pensée est indiscutable (par exemple les Décembristes). L'ambition de ce Dictionnaire est de faire pressentir la richesse d'un domaine philosophique qui commence à se découvrir, de dépasser les jugements ou sympathies convenus, pour proposer un travail de compréhension en profondeur, offrant un nouvel angle d'approche de la culture russe.

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mercredi 1 août 2018

Valentin Husson : Vivre(s). Malaise dans la culture alimentaire

Les Contemporains favoris - juillet 2018 - Collection bleue/essais


Mange-t-on pour vivre ou vit-on pour manger ? La question est peut-être mal posée. Car ce qu’il faudrait affirmer : c’est que le vivant mange la vie à pleines dents, et que vivre n’est qu’une métonymie de « vivres ». Voilà l’hypothèse de cet essai. La vie doit dès lors être pensée à partir d’un certain régime d’alimentation. Traduire Freud, pour aujourd’hui, c’est sans doute soutenir que le malaise dans notre culture est désormais alimentaire. Dégoût pour la vie, manque d’appétit pour elle, quand le vivant a en assez « soupé » et trinqué, il lui faut retrouver le goût de vivre. Comment réalimenter la vie ? Comment la vitaminer ? Comment, encore, lui donner envie de vivre, alors même que tout concourt à l’en dégoûter (terrorisme, catastrophes écologiques, famine, dépressions en tous genres) ? Cela engage l’écologie, et l’économie libidinale. Une diét-éthique reste donc à penser. Car vivre ne se peut sans quelque envie de vivre(s). Voilà pourquoi le vivant n’est que ce qu’il mange. Ce livre essaye d’interroger l’histoire de la philosophie, de Platon jusqu’à Levinas, afin de nourrir notre appétit et notre soif de vivre(s), et de nous libérer de l’ascétisme morbide, dont le nom le plus récent fut : Heidegger.

Valentin Husson est professeur et docteur en philosophie, co-fondateur de la revue « Le Verbier ».

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