dimanche 31 mars 2019

Jean-Jacques Wunenburger : Le sacré

PUF - Mars 2019 - Que sais-je ?


Le sacré semble inséparable de la pratique religieuse. De fait, il relève d'une expérience symbolique de l'altérité (la transcendance) constitutive des religions, qui se nourrit de mythes et de rites. Par le biais d'images et d'affects, il met l'homme en relation avec l'invisible sur différents modes. Mais en dépit de la laïcisation et de la sécularisation des sociétés modernes, le sacré réapparaît sous d'autres formes (poétiques, politiques, écologiques…), jusqu'à parfois conduire aujourd'hui à un retour du religieux. Ces métamorphoses récentes incitent à tenir compte des apports des sciences humaines pour en renouveler la compréhension et pour en dégager la complexité : quoique ambigu, le sacré n'en est pas moins au fondement de l'expérience humaine.

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Gérard Bensussan : Les deux morales

Vrin - Mars 2019 - La vie morale


Ce titre ne renvoie pas au lieu commun d’une duplicité de la morale, pour la constater cyniquement ou la déplorer en s’en indignant. Il indique l’extrême complexité, non seulement « théorique » mais, justement, « morale », de tout questionnement moral. La morale elle-même exige en effet que soit prise en vue l’hétérogénéité foncière entre le registre du duel, de la relation à deux, éthique, érotique, amicale, et le registre de la multiplicité des rapports entre les hommes, intersubjectifs, politiques, juridiques. Les règles qui valent et prévalent dans la sphère du deux ne sauraient régir la sphère sociale, ni l’inverse, sous peine de désastre… moral! Les « expériences » qui s’éprouvent dans la dualité du face à face ne sont ni homologues ni semblables à celles qui s’engagent dans la diversité des rapports inter-humains, leur pratique et leurs échecs, la justice, l’amour, le pardon ou l’hospitalité par exemple, la violence et le terrorisme aussi. Cet ouvrage suit le chemin sinueux de l’exploration de cette différence, autour d’un dialogue interminable entre Kant et Nietzsche, où Levinas a secrètement sa part – puisque tous deux, ou tous trois, chacun à sa façon, ont déjà « tout » dit de la question.

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Emmanuelle Bruyas : Conscience tragique. Penser le néant, vivre de rien

L'Harmattan - Mars 2019


La pensée tragique traverse l'irréductible déchirure de l'homme, toute chose étant vouée à la mort et à l'oubli. Décidée à cheminer loin des rivages consolants, cette pensée se recommande, selon Clément Rosset, d'une logique du pire, s'efforçant d'appréhender le réel dans sa présence singulière et chaotique. Cet ouvrage aborde d'abord l'épreuve de la condition humaine puis ses implications, notamment la possibilité du suicide et celle de la religion. Enfin, il s'agit de dessiner les contours d'une sagesse tragique : l'accueil sans partage de la totalité tragique du réel, dans l'humour et dans la joie.

Emmanuelle Bruyas est docteure en philosophie et auteure de textes littéraires, fragments et nouvelles. Elle a été notamment cofondatrice et rédactrice en chef de la revue pluridisciplinaire L'Aleph de 1998 à 2005. Elle est membre du comité rédactionnel de la revue Alkemie depuis 2017. Publications : François Chirpaz, chemins de philosophie. Entretiens avec Emmanuelle Bruyas (L'Harmattan, 2014), Trajections (Bellier, 2016 - Ouvrage paru sous le nom d'Emma Bruyas-Veyrat). Site Internet : www.humus-plume.fr

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samedi 30 mars 2019

Guillaume Sire : Le diable est une méthode. Petit traité d’éthique à l’encontre des Pharisiens

Ovadia - Mars 2019


Il s'agit de présenter comment en matière de morale nous avons tendance à substituer la règle au principe qui en a motivé l'édiction. L'originalité de cet essai est de prétendre que cette substitution appelée ''pharisaïsme'' par l'auteur pour des raisons dont il explique l'origine théologique en détails est la seule et unique source des désastres psycho-sociologiques contemporains : fondamentalisme, libéralisme, droit-de-l'hommisme, repli communautaire, darwinisme social, intelligence artificielle, transhumanisme. Plus exactement, Guillaume Sire prétend que ce qui s'est passé en matière d'éthique depuis la Renaissance est comparable à ce qui s'est passé en matière d'esthétique depuis la Révolution industrielle. Dès lors qu'on ne croit plus que le Beau puisse exister en soi, on ne cherche plus à peindre de ''belles toiles'' et l'art devient un discours comme un autre, un sophisme plus ou moins sophistiqué. Les toiles les plus chères ne seront pas les plus belles mais celles dont l'existence aura été justifiée par le discours le plus efficace, de même que ce ne seront pas les artistes les plus talentueux qui seront récompensés mais les plus malins. En matière d'éthique, l'auteur constate qu'il s'est passé la même chose : en subjectivant la morale, à partir du nominalisme puis des Lumières surtout, les Pharisiens nous ont empêché de croire que le Bien pouvait exister en soi, et ce faisant ont cessé de le faire exister politiquement. Du coup, c'est la loi du plus fort qui règne, celle du Malin.

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A. Boursier & J. Nowicki (dir.) : À quoi sert la littérature ?

Les Éditions du Cerf - Janvier 2019 - Patrimoines


Pourquoi écrit-on ? Que peut communiquer la littérature à la société ? À quoi sert la littérature ?
Dans cet ouvrage, auteurs, lecteurs et critiques tentent de répondre à ces questions. Ils dépassent une conception de la littérature comme simple divertissement, en proposant de percevoir la spécifi cité de la connaissance littéraire. Cela entraîne les auteurs à s’interroger sur les conditions de naissance d’une relation entre lecteurs et auteurs. À travers ce prisme, la littérature fait valoir une nouvelle nécessité. Les livres sont des potentiels d’action, des ouvertures, tout en étant des objets de paradoxe, liés à la notion d’« objet-livre » rangé dans nos bibliothèques. Cette conception permet de dépasser les clôtures disciplinaires et du sens attachées à l’oeuvre pour toucher l’ensemble des sciences humaines. Quinze contributions d’auteurs constituent le corps de cette réflexion et présentent la littérature comme lieu de connaissance de soi. Elles se présentent sous la forme d’une conversation amicale tripartite entre l’auteur, le lecteur et le texte. Une conversation capable d’initier ou d’approfondir une réflexion personnelle grâce au monde fictionnel.

Olivier Belin, Rodrigo Blanco Calderon, Axel Boursier, Claude Coste, Istvan Cseppentö, Maria Delaperrière, Jeanyves Guérin, Catherine Mayaux, Joanna Nowicki, Louise L. Lambrichs, Rouja Lazarova, Pawel Rodak, Anna Saignes, Anaëlle Touboul, Matei Visniec.

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Andy Merrifield (dir.) : Métromarxisme. Un conte marxiste de la ville

Entremonde - Mars 2019


Métromarxisme évoque le rapport du marxisme à la ville à travers des chapitres biographiques sur Marx, Walter Benjamin, Guy Debord et David Harvey. Chaque partie propose une analyse accessible de la contribution de chacun de ses auteurs à une théorie de la ville. Il suggère que l'interaction entre la ville en tant que centre de la vie économique et sociale et son potentiel de changement a généré un corpus majeur. Ces travaux furent essentiels pour faire avancer des transformations politiques et sociales.

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vendredi 29 mars 2019

Cités 2019/1 (N° 77) : Penser le cinéma, faire le cinéma

PUF - Mars 2019


Page 3 à 6 : Yves Charles Zarka - Éditorial | Page 9 à 14 : Avishag Zafrani - Présentation | Page 15 à 22 : Éric Altmayer, Avishag Zafrani - Nouveaux enjeux économiques du cinéma | Page 23 à 32 : Samuel Zarka - Le film : du projet au produit | Page 33 à 42 : Jean-Louis Comolli, Avishag Zafrani - Mouvement/arrêt – cinéma et pensée | Page 43 à 54 : Dominique Chateau - L’idée cinématographique | Page 55 à 60 : Emmanuel Finkiel, Avishag Zafrani - Le temps présent du cinéma | Page 61 à 71 : Clélia Zernik - Mésologie du cinéma : la perspective japonaise | Page 73 à 81 : Raoul Peck, Avishag Zafrani - Engagement cinématographique | Page 83 à 95 : Mathieu Rasoli - Éduquer par/avec le cinéma ? | Page 97 à 98 : Guy Groux, Alain Laquièze - Présentation | Page 99 à 106 : Alexandre Escudier - Tensions démocratiques : du gouvernement représentatif à la démocratie sociale post-représentative | Page 107 à 113 : Blanche Segrestin - La mission de l’entreprise, variable clé de la démocratie sociale ? | Page 115 à 121 : Guy Groux - La démocratie sociale | Page 124 à 130 : Alain Laquièze - La démocratie sociale à la française : quelle autonomie par rapport à la démocratie politique ? | Page 131 à 149 : Danny Trom - Retour à Lemberg, retour de Lvouv | Page 151 à 167 : Marie-Anne Lescourret - Wittgenstein et la musique : dire, siffler, comprendre | Page 169 à 179 : Christian Godin - Le populisme, faute de peuple | Page 181 à 183 : Isabelle Éon - Olivier Bara (dir.), Théâtre et Peuple. De Louis-Sébastien Mercier à Firmin Gémier, Paris, Classiques Garnier, 2017 | Page 185 à 191 : Jean-Marc Durand-Gasselin - Jürgen Habermas, Parcours I (1971-1989). Sociologie et théorie du langage. Pensée postmétaphysique, édition Christian Bouchindhomme, trad. fr. Christian Bouchindhomme, Rainer Rochlitz et Frédéric Joly, Paris, Gallimard, 2018 | Page 193 à 196 : Jean-Marc Durand-Gasselin - Stefan Müller-Doohm, Jürgen Habermas. Une biographie (2014), trad. fr. Frédéric Joly, Paris, Gallimard, 2018.

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Frédéric Treffel : La Tentation de l'Afrique. Néo-grituse, Afropolis, Mondialité

Champion - Mars 2019


Longtemps l’Afrique fut la grande absente de l’histoire, en marge de la raison, du discours, et de la langue, et non une actrice à part entière. Cette perspective s’est cependant peu à peu modifiée au cours des dernières décennies et le continent africain est devenu à son tour acteur de l’histoire et producteur de discours. Et si la « négritude » était un aspect universel de la pensée humaine ? Il convient aujourd’hui de donner un sens à l’idée d’ « espace commun philosophique-philologique » entre les hommes, que ces derniers habitent au Nord ou au Sud. Cet espace commun surgit à partir d’une énigme qu’il nous faut apprendre à maîtriser. L’auteur s’efforce de définir une nouvelle « universalité concrète », autant par-delà les différences culturelles, que par-delà une conception trop optimiste et trop occidentale de la raison et du progrès.

Frédéric Treffel, professeur associé en sciences politiques et communication et chercheur au sein du Laboratoire Lexiques – Textes – Discours – Dictionnaires – de l’université Paris-Seine (Cergy-Pontoise) a enseigné dans plusieurs universités africaines. Il a été parallèlement Conseiller du Président du Conseil économique social et environnemental français, Délégué général de l’Observatoire national interministériel de l’éducation à l’environnement pour un développement durable et Directeur des études et de la documentation du Haut Conseil à l’Intégration (Premier Ministre). Il a été aussi Président du Club Valmy.

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Alessandro Leiduan : Umberto Eco et les théories du complot

Les Editions Ovadia - Mars 2019 - Collection : Chemins de pensée


Cet ouvrage étudie le phénomène du complotisme à partir de l’œuvre de l’écrivain italien Umberto Eco. La vitrine principale de ses idées sur le sujet est constituée par l’ensemble de ses romans: Eco y étudie les implications entre les croyances complotistes et certains mécanismes psychologiques et culturels ayant permis, à toutes les époques de l’histoire, d’identifier de faux cou pables en leur imputant la responsabilité du mal qui sévit dans le monde, afin de se libérer de tout remords ou de toute responsabilité.Cet ouvrage étudie le phénomène du complotisme à partir de l’œuvre de l’écrivain italien Umberto Eco. La vitrine principale de ses idées sur le sujet est constituée par l’ensemble de ses romans: Eco y étudie les implications entre les croyances complotistes et certains mécanismes psychologiques et culturels ayant permis, à toutes les époques de l’histoire, d’identifier de faux coupables en leur imputant la responsabilité du mal qui sévit dans le monde, afin de se libérer de tout remords ou de toute responsabilité. Eco considère les théories du complot comme une «variante moderne» d’une forme d’irrationalité très ancienne, dont les principales préfigurations historiques seraient, selon lui, l’hermétisme et le gnosticisme. Mais la rationalité au nom de laquelle il condamne les théories du complot est peut-être plus irrationnelle encore que celle qu’il dénonce...

Alessandro Leiduan est agrégé d'italien et enseigne à l'université de Toulon en qualité de maître de conférences. Fondateur du «Réseau pour l'étude du complotisme», il a traduit pour les éditions Ovadia, Encore Marx ! de Diego Fusaro.

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jeudi 28 mars 2019

Claude Brunier-Coulin et Jean-François Petit (dir.) : Le statut actuel de la métaphysique - Actes du Colloque des 6-8 Juillet 2018

L'Harmattan - Mars 2019


Après les ruptures nietzschéenne, freudienne, heideggerienne ou derridienne, quel statut contemporain accorder à la métaphysique ? Les constructions conceptuelles de la métaphysique se sont inscrites dans une historicité. Mais celle-ci est aussi oeuvre de l'esprit. Elle ne saurait à elle seule juger de la qualité des destitutions et des réélaborations en cours. C'est pourquoi il faut interroger la permanence de la métaphysique, y compris dans sa négation ou son absence apparente.

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Friedrich Nietzsche : Correspondance (Tome 5-Janvier 1885 - Décembre 1886)

Gallimard - Mars 2019 - Œuvres philosophiques complètes - Correspondance



Les années 1885-1886, dans la correspondance de Nietzsche, seraient-elles des années de transition ? L'affaire Lou von Salomé, cette cruelle illusion, semble surmontée. Franz Liszt meurt à Bayreuth, le temps paraît venu d'une réévaluation de Wagner. Une page se tourne. Nietzsche semble avoir trouvé un rythme vital qui lui convient, alternant les séjours l’été dans l’Engadine et les hivers sur la Riviera. Mais la maladie demeure toujours présente, les crises se succèdent, et les yeux, notamment, le torturent, faisant de chaque ligne écrite sur la plus modeste des cartes postales une épreuve surmontée. Nietzsche souffre surtout d’une irrémédiable solitude, une solitude d’après la mort de Dieu, une solitude destructrice et les brouillons de certaines lettres font déjà deviner les craquements ultérieurs. Dans sa quête émouvante d’une communauté d’esprits libres il cherche toujours des amis, des disciples, des héritiers, mais que de déceptions ! Aussi n’a-t-il qu’un nombre limité de correspondants, ce qui donne à ces échanges une intensité dramatique rare. Et pourtant, malgré la misère de sa vie quotidienne, malgré les déceptions, Nietzsche poursuit son œuvre, avec le livre IV de Ainsi parlait Zarathoustra, Par-delà bien et mal, des rééditions. On suit ses démêlés avec les éditeurs, ses efforts pour publier, à compte d’auteur, alors même qu’il devient peu à peu une célébrité, un penseur qui commence à être reconnu en Europe. La «transvaluation de toutes les valeurs» se poursuit dans l’ombre.

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Gilles Marmasse et Roberta Picardi : Ricoeur et la pensée allemande. De Kant à Dilthey

Cnrs - Mars 2019 - Philosophie/Politique/Histoire des idées


Paul Ricoeur a toujours entretenu un rapport passionné avec la philosophie allemande, jusqu'à entreprendre la traduction des Idées directrices de Husserl en captivité dans un stalag. S'il est connu pour son rôle clé dans l'acclimatation de la phénoménologie husserlienne en France, sa lecture de la philosophie allemande antérieure à Husserl a été non moins intense et influente.

Paul Ricoeur a toujours entretenu un rapport passionné avec la philosophie allemande, jusqu'à entreprendre la traduction des Idées directrices de Husserl en captivité dans un stalag. S'il est connu pour son rôle clé dans l'acclimatation de la phénoménologie husserlienne en France, sa lecture de la philosophie allemande antérieure à Husserl a été non moins intense et influente. Lui-même a parfois défini sa position comme un " kantisme post-hégélien ". Mais il a su également mobiliser les pensées de Marx, de Nietzsche et de Freud comme des moments critiques indispensables à son projet intellectuel. Enfin, il a reconnu toute l'importance de Schleiermacher et de Dilthey en tant que fondateurs de la philosophie herméneutique. 
Le présent ouvrage se propose d'examiner comment Ricoeur s'approprie l'héritage de la philosophie allemande du XXVIIIe et du XIXe siècle, et comment, à travers elle, il crée une œuvre extraordinairement originale. Quelles sont les règles implicites auxquelles ses lectures obéissent ? En quoi lui permettent-elles d'explorer ses propres intuitions ? Qu'ont changé ces lectures dans la réception de la philosophie allemande en milieu francophone ? Telles sont les questions auxquelles cet ouvrage entend répondre.

Gilles Marmasse est professeur de philosophie à l'Université de Poitiers. 
Roberta Picardi est professeure de philosophie à l'Université du Molise à Campobasso (Italie).

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mercredi 27 mars 2019

Catherine Audard : La démocratie et la raison. Actualité de John Rawls

Grasset - Mars 2019



La plupart des observateurs s’accordent sur le constat que les démocraties occidentales traversent une crise du modèle social et politique qui avait prévalu durant les Trente glorieuses. Si l’ampleur de ces évolutions continue de surprendre ceux qui, après la chute du communisme en 1989, croyaient à une « fin de l’histoire » et au triomphe définitif, dans un monde globalisé, d’une « révolution libérale », la crise était, à bien des égards, prévisible.
Face à cette évolution inquiétante, quels recours avons-nous ?
Publiée en 1971, la Théorie de la justice de John Rawls (1921-2002) a révolutionné la pensée sociale et économique avec sa conception anti-utilitariste de la justice comme équité. Pour Rawls, l’égalité et la liberté, loin de s’opposer comme le soutiennent bon nombre de libéraux et de socialistes, sont compatibles à condition qu’elles œuvrent pour les plus défavorisés (le « principe de différence »). On a souvent interprété cette approche comme un pur produit, aujourd’hui dépassé, des valeurs et des espoirs de l’après Seconde Guerre mondiale.
La thèse ici présentée est tout autre. Plus que le contenu de la théorie, elle interroge l’actualité politique de la démarche de Rawls - Habermas parle à ce sujet d’une « braise radicale-démocratique » - et la relation constitutive entre raison et démocratie qui la sous-tend.
La démarche contractualiste qu’il propose, sur le modèle du contrat social de Rousseau, est remarquable en ce qu’elle permet de dériver les principes de justice indépendamment de l’imposition d’une idéologie, d’une vision du Bien particulières. Cela est-il possible, se demandera-t-on ? Oui, grâce à l’expérience de pensée de la « position originelle » où, placé sous un « voile d’ignorance », chacun peut découvrir en quel sens les deux principes d’égalité et de liberté sont justifiés et peuvent être publiquement l’objet, même dans un contexte pluraliste, d’un accord libre, seule source de légitimité démocratique. Loin d’être historiquement contingents, ils constitueraient les conditions mêmes de toute coopération humaine.
Oser cet appel à « la raison humaine libre » (Kant) pour défendre la démocratie et les principes d’égalité et de liberté contre leurs ennemis était un geste « philosophiquement raisonnable » en 1971. En ce début du XXIe siècle, quel sens garde-t-il ? Ne serait-il pas devenu « politiquement radical » ?

Catherine Audard est agrégée de philosophie et ancienne élève de l'ENS. Elle enseigne la philosophie politique et morale à la London School of Economics et est l'auteur de très nombreux ouvrages et articles de philosophie politique normative sur l’utilitarisme, le libéralisme, le multiculturalisme et les théories de la justice. Elle a également traduit de John Rawls, Théorie de la justice (1987), Justice et Démocratie (1993) et Libéralisme politique (1995).

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Claire Marin : Rupture(s)

L'Observatoire - Mars 2019


Qu'elles soient joyeuses ou tragiques, visibles ou non, les ruptures rythment notre existence, nous transforment, nous remettent profondément en question. Comment conjuguer ces « bifurcations » de nos vies que sont les ruptures avec l'idée de notre identité, une et constante ? Nous révèlent-elles la multiplicité de nos identités possibles, ou le fait que nous nous affirmions progressivement, au fur et à mesure de ces « accidents » de la vie ? Nous épurent-elles ou nous démolissent-elles ? Pour la philosophe Claire Marin, la définition de notre être est tout autant dans nos sorties de route que dans nos lignes droites, dans les accrocs au contrat que dans le contrat lui-même. Naissances ou deuils, séparation ou nouvel amour, besoins d'ailleurs : nos oscillations, nos vacillements fragilisent nos représentations, ébranlent nos certitudes, certes. Mais ils soulignent aussi fondamentalement la place de l'imprévisible, et questionnent notre capacité à supporter l'incertitude, à composer avec la catastrophe et, en les surmontant, à parfois démarrer une nouvelle vie.

Claire Marin est professeure de philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles et membre associé de l'ENS-Ulm. Ses recherches portent sur les épreuves de la vie. Elle est notamment l auteure de L homme sans fièvre (Armand Colin), La maladie, catastrophe intime (PUF), Hors de moi (Allia ; J ai lu) et La Relève. Portraits d une jeunesse de banlieue (Le Cerf).

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Michaël Foessel : Récidive. 1938

PUF - Mars 2019


" Populisme ", " néolibéralisme ", " nationalisme " : les mots se bousculent et pourtant l'insatisfaction demeure. Pour décrire ce qui nous arrive, nous ne manquons pas de savoirs. La crise de la démocratie fait l'objet de diagnostics récurrents. Mais c'est la stupeur qui domine, comme si la nouveauté du présent contribuait encore à accroître l'inquiétude. Et si cette nouveauté tant de fois mise en avant était un obstacle à la compréhension ? Ce livre décrit la rencontre entre un philosophe inquiet du présent politique et l'année 1938. Tombé presque par hasard sur la presse française de 1938, l'auteur est allé de surprise en surprise. Au-delà de ce qui est bien connu (les accords de Munich et la supposée " faiblesse des démocraties "), il a découvert des faits, mais aussi une langue, une logique et des obsessions étrangement parallèles à ce que nous vivons. L'abandon de la politique de Front populaire, une demande insatiable d'autorité, les appels de plus en plus incantatoires à la démocratie contre la montée des nationalismes, une immense fatigue à l'égard du droit et de la justice : l'auteur a vu dans ce passé une image de notre présent. Ce livre ne raconte pas l'histoire de l'avant-guerre, il n'entonne pas non plus le couplet attendu du " retour des années 30 ". Il fait le récit d'un trouble : pourquoi 1938 nous éclaire-t-il tant sur 2018 ? Non sur les événements, bien sûr, mais sur une manière de les interpréter systématiquement dans le sens du pire. " Récidive ", c'est le nom d'une errance dans un passé que l'auteur croyait clôt. C'est aussi le risque d'une nouvelle défaite.

Michaël Foessel est philosophe. Normalien agrégé, il est professeur de philosophie à l'Ecole polytechnique. Il est l'auteur d'une oeuvre philosophique remarquée, dont Le Temps de la consolation (Seuil, 2015), La nuit. Vivre sans témoin (Autrement, 2017) et L'avenir de la liberté, de Rousseau à Hegel (Puf, 2017).

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mardi 26 mars 2019

Alain Supiot (dir.) : Mondialisation ou globalisation ? Les leçons de Simone Weil

Collège de France - Mars 2019 - Collection : Conférences


Le problème de notre temps n'est pas de choisir entre globalisation et repliement identitaire : on ne peut ignorer ni la diversité des pays, ni leur interdépendance croissante face aux périls écologiques et sociaux qui les affectent tous. La langue française permet de dépasser ce faux dilemme avec la distinction qu'elle autorise entre globalisation et mondialisation. Globaliser, c'est oeuvrer au règne du Marché, de la croissance illimitée, de la flexibilisation du travail et de l'hégémonisme culturel. Mondialiser consiste à établir un ordre mondial respectueux de notre écoumène, du travail humain et de la diversité des peuples et des cultures. Le présent ouvrage explore cette perspective à la lumière de l'oeuvre visionnaire de Simone Weil. Il revisite ses réflexions sur l'enracinement, la liberté et l'oppression, pour penser tour à tour notre "milieu vital" (dont la destruction s'accélère aujourd'hui), le concert des civilisations, les conditions d'un travail non servile, ainsi que les bons et mauvais usages du droit.

Alain Supiot est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Etat social et mondialisation : analyse juridique des solidarités, et membre, depuis 2017, de la Commission mondiale sur l'avenir du travail. Ce livre s'inscrit dans le fil des recherches collectives qu'il conduit sur le devenir de la justice sociale face au Marché total.

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Danielle COHEN-LEVINAS et Perrine SIMON-NAHUM (dir.) : Survivre. Résister, se transformer, s'ouvrir

Hermann - Mars 2019


Lorsqu'ils voient le jour à la fin des années 1950, les Colloques des intellectuels juifs de langue française (réunissant A. Neher, E. Fleg ou E. Levinas) ont vocation à réaffirmer, quelques années après la Shoah, la présence des Juifs dans l'histoire. Ses fondateurs partent d’un double postulat. Premièrement, il n’existe pas de judaïsme sans une référence à l’existence concrète d’un homme juif. Deuxièmement, c’est au sein de l'histoire que se joue l’existence juive. L’histoire n’est pas un accident; elle est l’essence même de la condition juive. 
C'est cette certitude partagée qui nourrit aujourd'hui la volonté de relancer les Colloques des intellectuels juifs. Face à la violence, au terrorisme, à la mondialisation et aux nouveaux visages du politique, les Nouveaux colloques des intellectuels juifs ont pour ambition, à la lumière d'une actualisation de la tradition juive, de dessiner les voies d'un nouvel engagement de la pensée et d'une réponse aux problèmes nés de notre modernité.

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Dan Arbib (éd.) : Les Méditations métaphysiques, objections et réponses de Descartes. Un commentaire

Vrin - Mars 2019 - Bibliothèque d’Histoire de la Philosophie


Ont contribué à ce volume : Igor Agostini, Jean-Pascal Anfray, Jean-Robert Armogathe, Jean-Christophe Bardout, Delphine Bellis, Frédéric De Buzon, Vincent Carraud, Olivier Dubouclez, Denis Kambouchner, Xavier Kieft, Jean-Luc Marion, Édouard Mehl, Gilles Olivo, Martine Pécharman, Sophie Roux.

Depuis leur publication en 1641, les Meditationes de prima philosophia n’ont rien perdu de leur pouvoir de fascination : jamais un projet philosophique n’avait été si ambitieux et si radical. L’objectif de ce volume est simple : expliquer ce texte en associant les plus grandes exigences pédagogiques à la plus grande précision scientifique et en tenant compte des acquis de la recherche récente. Cette ambition installe ce volume dans une tradition de commentaires déjà illustres, mais dont il se distingue par son caractère collectif et par la prise en compte des Objections et Réponses, sans lesquelles les Meditationes ne sont qu’une œuvre mutilée. Pour ce faire, il fallait considérer aussi bien le développement interne des textes que leur ouverture structurelle. On s’est ainsi résolu à regagner l’esprit cartésien en suivant sa lettre, en éclairant telle difficulté ici, en dissipant telle confusion là, et sans s’interdire d’ouvrir le commentaire au rapprochement avec d’autres textes de Descartes ou d’auteurs avec lesquels la discussion est directe et topique.
Les contributions ici rassemblées ne prétendent nullement circonscrire l’inépuisable richesse du texte cartésien, ni même s’y mesurer (qui l’oserait?); à tout le moins nous rappellent-elles qu’il n’est de philosophie vivante que dans la confrontation avec la pensée la plus forte. Car la formidable audace spéculative à l’œuvre dans cette aventure à nulle autre pareille que sont les Meditationes demeure pour le lecteur une insurpassable école de discernement, de liberté, de courage aussi – bref, de vérité.

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lundi 25 mars 2019

Peter Sloterdijk : Réflexes primitifs. Considérations psychopolitiques sur les inquiétudes européennes

Payot  - Mars 2019


Dans quels temps vivons-nous ? Voici qu'une frénésie primaire pousse à mordre, haïr, dénoncer. Les rumeurs et les fake news aveuglent jusqu'aux politiques les plus expérimentés. Dans nombre de démocraties, le mensonge est la vérité. Les populations semblent adorer l'incompétence au pouvoir. Le cynisme et la désinhibition se généralisent. L'amour de la liberté devient un cliché. Puissant ou dominé, chacun revendique le droit d'être une exception aux règles et à la morale... C'est le moment d'écouter la parole du plus important philosophe européen actuel. En cinq essais sur les thèmes de l'immigration, du Brexit, de la cohésion sociale et de la nation, Peter Sloterdijk rappelle la forte réalité de l'Union européenne, analyse la montée des populismes et leur vision simpliste du monde, dénonce l'improvisation de politiques réduits à réparer chaque matin les erreurs qu'ils ont commises la veille. Lui qui avait prévu le retour de la colère et de la violence, nous exhorte aussi à ne pas oublier que l'Europe, malgré ses défauts, reste à ce jour le seul système de coopération durable.

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Etienne Klein : Le temps

Bayard Culture - Mars 2019 -  Les petites conférences


L'heure qu'il est, le temps qu'il fait, l'espace du souvenir ou de la prévision : de quelque côté qu'on l'aborde, par le passé, le futur ou le présent, le temps s'échappe et nous fuit. Il est sans matière et pourtant nous habitons en lui, nous sommes emportés par lui, comme tout ce qui existe. Etienne Klein, à la fois physicien et philosophe, propose ici quelques pistes pour cerner la plus immédiate et la plus difficile de toutes les questions.

Étienne Klein est physicien, directeur de recherche au CEA et docteur en philosophie des sciences. Il a publié plusieurs essais sur la physique et la question du temps, notamment "Le facteur temps ne sonne jamais deux fois", "Discours sur l'origine de l'univers" (Flammarion, Champs Sciences).

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Thibaut de Saint Maurice : Des philosophes et des héros. Petite balade en philosophie à travers nos personnages favoris

First - Mars 2019


Que peuvent bien avoir en commun Lucky Luke, Bridget Jones, Tyrion Lannister et Mary Poppins, avec Emmanuel Kant, Jean-Jacques Rousseau, Jean-Paul Sartre, et Friedrich Nietzsche ?
A priori... rien. Et pourtant, tous ces héros à la personnalité attachante et au charisme inimitable agissent – consciemment ou non – avec philosophie lorsqu'ils affrontent l'adversité, défendent leurs valeurs avec dignité et font leurs choix avec témérité. 
(Re)découvrez la pensée des plus grands philosophes à travers une quarantaine de personnages qui ont bercé votre enfance, vous ont tenus éveillés des nuits entières, ont séché vos larmes, et vous font rêver d'un monde meilleur...

Thibaut de Saint Maurice enseigne la philosophie dans un lycée d'Île-de-France. Il est l'auteur de Philosophie en séries 1 et 2 parus chez Ellipses (2009 et 2010). Tous les jeudis, il anime La petite philosophie de la vie quotidienne sur France Inter.

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dimanche 24 mars 2019

Natalie Depraz : Le sujet de la surprise : un sujet cardial

Zeta Books - Janvier 2019


Je sursaute lorsque la porte claque. Je tressaille en voyant un rat mort sur l’escalier de notre maison de campagne. J’ouvre grands les yeux à la vue d’un arc-en-ciel derrière la vitre du train. J’écoute, le regard fixe, un ami cher au café me raconter qu’il va mourir d’un cancer du foie. S’est-il passé une journée sans que vous ne connaissiez au moins une fois cet état de trouble? Où vous vous êtes senti soudain perplexe, ébloui, éberlué, émerveillé, sidéré ou stupéfait? Où vous vous êtes exclamé, où vous avez explosé de joie, où vous avez hurlé de colère?
La question à laquelle ce livre cherche une réponse est de savoir ce que la surprise fait à la philosophie. Faut-il pour construire la question de la surprise séjourner dans ces concepts qui en ouvrent la possibilité : perception, attention, émotion, sentiment. On pourrait alors s’engager dans une exploration de la surprise sur le fond de leur expérience, et ce ne serait qu’après avoir reconstitué la théorie de ces activités qu’on pourrait la voir émerger. Mais la surprise se donne-t-elle de façon seulement indirecte? N’est-elle pas là dans les concepts d’événement, d’étonnement, d’admiration ou d’altérité que la philosophie a légués avec Heidegger, Platon, Aristote, Descartes ou Levinas? Par eux, elle accèderait à la dignité d’un topos philosophique, cette ouverture qui contrarie sa structure d’attente, aussi indéterminée soit-elle? Ou doit-on penser son différentiel, tout contre l’événement, l’étonnement, l’admiration et l’altérité, selon une logique de différence?

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Cahiers Philosophiques, 155 (4/2018) : Pensée statistique, pensée probabiliste

Vrin - Avril 2019


Pourquoi rapprocher et pourquoi distinguer pensée statistique et pensée probabiliste?
La statistique, désignée à ses débuts sous le nom de « science camérale », n’est pourtant pas issue de préoccupations scientifiques. Elle procède d’une exigence de gouvernement de territoires plus ou moins étendus et d’un besoin croissant d’informations sur ceux qui y vivent. C’est l’élaboration et le développement rigoureux du calcul des probabilités qui ont donné à la statistique son assise scientifique et permis son emprise généralisée sur le traitement des questions sociales.
L’imbrication avérée entre pensée statistique et pensée probabiliste ne va pourtant pas de soi. Elle suscite des réticences épistémique et politique chez le citoyen ordinaire perdu dans les nombres aussi bien que chez le savant : la « rigueur » des probabilités est difficile à admettre et à comprendre, leur application à la vie sociale ne l’est pas davantage.

Michel Bourdeau (coord.)

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Claude Giraud : Consentir, Adhérer, S'opposer. Contribution à une sociologie de l'engagement

L'Harmattan - Mars 2019 - Logiques sociales


Le consentement fait question dans nos sociétés : nous avons changé de registre de valorisation et de justification sur la scène publique et dans l'espace privé. Nous avons également tendance à considérer la forme juridique comme une protection aux incertitudes du consentement. Enfin, le consentement passif ou implicite est l'objet de controverses en raison de la pluralité des interprétations. Nous consentons néanmoins et nous ne saurions nous en dispenser. Nous nous opposons parfois et refusons de consentir. Nous sommes confrontés à la question la plus élémentaire ; un « pourquoi ? ». Consentir suppose d'être en mesure de répondre, d'ignorer la question ou de la dépasser.

Claude Giraud est sociologue et philosophe. Il est maintenant Professeur honoraire des universités.

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samedi 23 mars 2019

Barbara Stiegler : « Il faut s'adapter. » Sur un nouvel impératif politique

Gallimard - Février 2019 - Essais


D'où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d'un retard généralisé, lui-même renforcé par l'injonction permanente à s'adapter au rythme des mutations d'un monde complexe ? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l'évolution ? La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d'une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l'espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de "néolibéralisme" : néo car, contrairement à l'ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l'ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l'Etat (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l'espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte. Il ne fait aucun doute pour Walter Lippmann, théoricien américain de ce nouveau libéralisme, que les masses sont rivées à la stabilité de l'état social (la stase, en termes biologiques), face aux flux qui les bousculent. Seul un gouvernement d'experts peut tracer la voie de l'évolution des sociétés engoncées dans le conservatisme des statuts. Lippmann se heurte alors à John Dewey, grande figure du pragmatisme américain, qui, à partir d'un même constat, appelle à mobiliser l'intelligence collective des publics, à multiplier les initiatives démocratiques, à inventer par le bas l'avenir collectif. Un débat sur une autre interprétation possible du sens de la vie et de ses évolutions au coeur duquel nous sommes plus que jamais.

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Cahiers Bataille, n° 4 : Dictionnaire critique de Georges Bataille

Cahiers Bataille - Mars 2019


Ce numéro 4 des Cahiers Bataille est un « dictionnaire critique de Georges Bataille », en référence à la revue Documents (1929-1930) fondée par Georges-Henri Rivière et Georges Bataille qui faisait régulièrement paraître une rubrique nommée « Dictionnaire critique ». Appliqué aux concepts-clés de Bataille, ce terme – « dictionnaire critique » – ouvre une perspective nouvelle qui permet de porter sur eux un regard décalé, donc critique.

ENTRÉES

amour, angoisse, animal, artiste, athéologie, Bataille (nom propre), bataille (nom commun), bonheur, chamanisme, chance, communauté, communication, communisme, coupable, Critique (revue), dépense, honte, Dieu, économie générale, économie restreinte, Edwarda, enfance, érotisme, errance, expérience intérieure, fascisme, femme, hétérogène, hétérologie, impossible (l’), inconnu (l’), informe (l’), islam, jeu, joie, littérature, Mal (le), Marcelle, masque, matérialisme, mort (la), mots, musique, mystique (la), non-savoir, nudité, nuit, oeil, oeuf, part maudite, perte, petit (le), poésie, politique, porc, poupée, révolte, sacré, sacrifice, sexe, soleil, souveraineté, surréalisme, tabou(s), tête, tombe, transcendance/immanence, transgression, vérité, Vézelay, vide (1), vide (2), violence, yoga.

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Patrice Maniglier : La philosophie qui se fait. Conversation avec Philippe Petit

Les éditions du Cerf - Mars 2019


Où en est la philosophie aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'un " intellectuel français " ? Que veut dire hériter du xxe siècle ? Quelle philosophie pour le nouveau millénaire ? Pourquoi cet enthousiasme des jeunes générations pour la métaphysique ? En quoi le réchauffement climatique concerne-t-il directement les sciences humaines ? Peut-on encore sauver l'Europe ? Comment être un relativiste militant ? Telles sont quelques-unes des questions que traverse ce livre unique en son genre, entre dialogue socratique, entretien journalistique et discussion au coin du feu. 
Revenant sur le parcours d'un penseur dont l'oeuvre en construction traverse plusieurs langues et plusieurs disciplines, cette conversation dresse un tableau vivant et accessible de la philosophie française la plus contemporaine, de son histoire, de ses institutions, de ses débats actuels, tout en donnant la mesure d'une entreprise individuelle qui puise aux sources du structuralisme français pour aborder les enjeux du présent. 
Témoignage d'une génération et oeuvre singulière, ce livre s'adresse à toutes celles et ceux qui s'intéressent à la philosophie en train de se faire.

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vendredi 22 mars 2019

Maria Cabral et Marie-France Mamzer (dir.) : Médecins, soignants : osons la littérature. Un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique

Sipayat - Mars 2019


Sous la forme d'une anthologie commentée, cet ouvrage en trois parties fait dialoguer deux domaines par nature critiques : la littérature et l’éthique médicale. D’enjeu éminemment formatif, il s’inscrit dans le mouvement des Humanités médicales où la littérature côtoie d’autres domaines des sciences humaines pour une vision de la maladie et du patient par-delà des approches strictement médicales. 
La première partie propose un choix pluridisciplinaire de textes théoriques – de la philosophie, de la sociologie, de l’anthropologie, des études littéraires et sémiologiques – les faisant converger vers le même objet : l’éthique en santé. 
Illustrant la valeur de la lecture littéraire pour le savoir médical, la deuxième partie orchestre une soixantaine d’extraits de textes autour de thématiques d’enjeu pour la réflexion éthique : l’annonce d’une mauvaise nouvelle, le handicap et la vieillesse, la douleur et la souffrance, l’addiction, les défis de la nouvelle médecine... La troisième partie offre à l’imaginaire contemporain un parcours intemporel dans la lettre écrite permettant d’étoffer et d’utiliser, sans besoin d’ordonnance, ce que Mario Vargas LLosa a appelé une « pharmacopée littéraire ».
Pensé à la fois comme critique et expérimental, ce livre a été conçu comme un laboratoire pour la réflexion éthique. Faisant converger les deux entreprises – éthique du soin et littéraire – dans une logique de réciprocité, il a pour but de fournir un espace commun de représentation, de réflexion et d’analyse pour des questions touchant le corps, l’expérience intime et sociale de la maladie, mais aussi la complexité des relations de soin, entre l’impératif de saisir la maladie et le souci de soigner le malade. C’est ce genre de partages que les œuvres de pensée et de fiction permettent d’éclairer et de mieux percevoir. Les extraits sélectionnés s’inscrivent globalement dans le patrimoine théorique et littéraire mondial de l’antiquité jusqu’au présent, afin de mieux prendre la mesure des problématiques éthiques qui sous-tendent la pratique médicale, et de l’épaisseur historique et culturelle des questionnements sociétaux sous-jacents, longtemps négligés par les raisonnements médicaux.

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Jean-Jacques Lercercle : De l'interpellation. Sujet, langue, idéologie

Amsterdam éditions - Mars 2019


Comment devient-on un sujet ? Tout d’abord en étant nommé, défini, singularisé, assigné à une place. En étant, en quelque sorte, « recruté » comme sujet par une autorité. C’est ainsi que Louis Althusser définissait l’interpellation dans un célèbre texte sur les « appareils idéologiques d’État », où il prenait l’exemple d’un agent de police hélant un individu (« Hé, vous, là-bas ! ») qui se reconnaissait immédiatement comme étant le sujet interpellé. Être sujet en ce sens, c’est être l’objet d’un assujettissement idéologique qui nous fait exister dans un monde commun.
Reprenant cet axe de réflexion, Jean-Jacques Lecercle en propose des prolongements originaux au fil d’un parcours aussi rigoureux que ludique, étayé par une multitude d’exemples allant de Frankenstein à Alice au Pays des Merveilles : là où Althusser privilégiait le discours, il insiste sur le caractère sensoriel de l’interpellation, sur sa dimension fondamentalement corporelle. Il étudie ses différentes formes (l’injure, le mot d’ordre, la rumeur) ; surtout, il élabore une théorie de la contre-interpellation, par où s’affirme l’autonomie du sujet, qui s’approprie la langue et détraque l’idéologie.

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