vendredi 22 juin 2018

Jun Jujita : Le Ciné-capital. D’Hitchcock à Ozu. Une lecture marxiste de Cinéma de Gilles Deleuze

Hermann - Mai 2018



« L’argent est l’envers de toutes les images que le cinéma montre et monte à l’endroit » écrit Gilles Deleuze dans le deuxième volet de Cinéma. Le capital est toujours derrière le cinéma. Le Capital hante Cinéma du début à la fin. C’est donc une lecture marxiste du diptyque composé de L’Image-mouvement et L’Image-temps que propose Jun Fujita dans Ciné-capital. 
Comment fonctionne le mode de production ciné-capitaliste ? Comment celui-ci fait-il produire de la plus-value aux images ? Pourquoi et comment s’approprie-t-il le travail même du spectateur ? En quel sens peut-on soutenir qu’Eisenstein et Hitchcock ont anticipé l’arrivée de la New Economy des années 1990 (dématérialisation du travail et financiarisation de l’économie) ? Quand et comment les images s’insurgent-elles contre l’exploitation ciné-capitaliste ? Comment se mettent-elles à valoir pour elles-mêmes ? Pourquoi le cinéma politique, depuis Straub et Huillet, a-t-il cessé de privilégier le tournage au bord de la mer ? Qu’est-ce qui permet à Deleuze d’affirmer qu’Ozu est un cinéaste de gauche ?Telles sont quelques-unes des questions abordées dans Ciné-capital.

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jeudi 21 juin 2018

Natalie Depraz et Florence Pignarre (dir.) : L'expérience de l'acteur en question

Publications de l'Université de Rouen et du Havre - Juin 2018 - Cahiers de l'ERIAC


La question de savoir ce que l'acteur vit lorsqu'il incarne un personnage, soit qu’elle ait été présentée comme relevant d’une expérience quasi mystique, soit qu’elle ait donné lieu à des débats philosophiques ou esthétiques les plus divers, a depuis longtemps et continue aujourd’hui encore, de susciter la curiosité et l’intérêt des chercheurs. Comment, en effet, appréhender cette expérience si singulière au cours de laquelle un homme se met à vivre irréellement dans les émotions et les sensations d’un être imaginaire?
C’est en croisant différentes approches portant sur cette question que cet ouvrage se propose d’y répondre. De Diderot à Sartre et en passant par Deleuze, il présente tout d’abord différents discours théoriques traitant de cette expérience, puis rend compte des démarches plus contemporaines relevant de la phénoménologie expérientielle, de l’anthropologie ou de la psychologie, qui puisent à même la parole des acteurs les données empiriques de leurs développements théoriques. Enfin, il montre que la diversité des expériences de jeu est elle-même fonction de celle des écritures si différentes d’un dramaturge à l’autre.

Sommaire

Introduction

Première partie : L'acteur vu « d'en haut » : les pensées de l'expérience de l’acteur

Marc Martinez – Diderot et le jeu sensible sur la scène anglaise du milieu du XVIIIe siècle ;
Flore Garcin-Marrou – Deleuze et les acteurs ;
Florence Pignarre – Les phénoménologues et l’acteur. Exemple et description ;
Annick Essoh – Jeu au théâtre, jeu social. L’expérience du comédien et la vie quotidienne des individus.

Deuxième partie : La parole de l’acteur : à la croisée de la théorie et de la pratique

Natalie Depraz – L’acteur d’Avatar à l’épreuve de son corps ;
Raluca Mocan – Habitudes motrices et conscience kinesthésique dans la formation des acteurs. Une perspective phénoménologique sur la pratique théâtrale ;
Nadia Foisil – Le corps du comédien. Terrain de recherche et instrument expressif au cœur du corps social ;
Célia Daniellou-Molinié – « Ne croyez jamais un acteur. » Le jeu comme objet d’étude, ou comment fonder une recherche sur le partage d’une expérience subjective.

Troisième partie : L’acteur et l’auteur : de la singularité d’une écriture à celle de son jeu

Nicolas Doutey – L’acteur dans l’écriture de Beckett ;
Sabrina Bastemeyer – Le concept de l’acteur chez Victor Hugo. Entre concurrence, collaboration et courtisanes.

Document
Programme du cours de jeu de l’école de théâtre Charles Dullin (Jean-Paul Sartre et Jean-Louis Barrault, texte inédit).
Bibliographie
Les auteurs

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mercredi 20 juin 2018

Alain B.L. Gérard : La pensée incroyante. Un parcours philosophique hors Dieu

Persée - Juin 2018


L’incroyance a toujours existé, mais discrète et peu appréciée. La norme était la croyance, la croyance en Dieu, sous toutes ses formes, universelle, définitive, suffisante. De nos jours, dans notre culture de civilisation post-moderne, cette situation a tendance à s’inverser : l’incroyance est devenue pratiquement dominante et la croyance, au contraire, rencontre des difficultés dans sa diffusion, sa pérennité, son influence.
Mais cette situation s’accompagne d’un paradoxe. L‘expansion de l’incroyance se produit en dehors de toute réflexion théorique sur elle-même, de toute représentation symbolique et même pratiquement de toute pensée philosophique. C’est une évolution spontanée, issue d’une progression des idées et de la force d’évidence des faits et événements de l’Histoire et de la connaissance en général. La grande réflexion philosophique européenne du XXe siècle, qui a été une des plus brillantes de son Histoire et qui s’est déroulée à peu près entièrement en dehors de toute référence d’ordre religieux, n’a jamais expliqué de façon précise pourquoi et comment elle se détachait d’une référence traditionnelle aussi considérable.
Il en découle une sorte de non-dit dans la réflexion qui ne manque pas de danger. Rejeter toute forme de croyance sans s’en expliquer laisse la porte ouverte à toutes les insinuations : l’incroyance et l’absence de religion seraient un vide intellectuel, la perte du sens, le désenchantement du monde, le relativisme de toute pensée et la cause de tous les maux de l’actualité la plus immédiate. Il importe donc encore à l’incroyance de s’expliquer.
Ce livre-ci tente une étude et une définition de l’incroyance en elle-même. Il voudrait combler un certain vide de la pensée, apporter une pierre nouvelle à la problématique engendrée par l’absence de religion. Il est composé par un philosophe de formation, à l’écriture limpide et au didactisme relativement facile d’accès.

Alain B.L. Gérard est docteur en Droit et docteur en Philosophie. Longtemps cadre supérieur de société dans différents pays, il a travaillé en philosophie avec Gérard Granel à Toulouse et soutenu en Sorbonne en 1982 une thèse de doctorat sur Marx et Heidegger.

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Nikolaj-Frederik-Severin Grundtvig : L'école pour la vie

Vrin - Juin 2018 - Collection : Philosophie de l'éducation


Nikolaj-Frederik-Severin Grundtvig est un penseur danois du XIXe siècle, dont l’oeuvre monumentale a joué un rôle majeur dans l’histoire de la société danoise, en inspirant notamment les créateurs des Folkehøjskoler (les hautes écoles populaires) dont l’originalité fait la fierté du système scolaire danois.
Or, il n’existait jusqu’alors quasiment aucune traduction française de ses écrits philosophiques sur l’école et sur l’éducation, ce qui a entravé le développement dans l’espace francophone de travaux universitaires sur les fondements de cette « école pour la vie » qui constitue l’apport majeur de Grundtvig à la philosophie de l’éducation. Cette lacune était d’autant plus regrettable que les études comparatives relatives aux systèmes éducatifs européens pointent la grande originalité de l’école du peuple danois (la Folkeskole) et sa capacité à proposer à ses élèves une expérience éducative propre à cultiver des vertus civiques et morales.
Cet ouvrage propose donc une première édition française commentée des textes essentiels de Grundtvig sur l’école et sur l’éducation.

Textes choisis et présentés par Jean-François Dupeyron, Christophe Miqueu et France Roy. Traduction de Marc Auchet. Avant-propos d’Ove Korsgaard.

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François Chenet : Le temps. Temps cosmique, temps vécu

Armand Colin - Juin 2018 - Collection : Collection U


Qu'est-ce que le Temps ? Quelle est sa nature et quel est son mode d'existence ? Quelle est la relation de l'esprit au temps ? S'il est vrai que le temps, à la fois familier et mystérieux, est inscrit au cœur de la condition humaine comme au cœur des communautés humaines engagées dans une histoire, en quoi une réflexion sur le temps permet-elle de comprendre la condition humaine et les rapports complexes que les sociétés humaines entretiennent avec le temps ? Enfin, est-il possible de transcender le temps ? Ou bien la sagesse se résume-t-elle à l'art du bon usage que nous devons faire du temps ?
En dépit d'un questionnement bimillénaire, énigmatique demeure la nature du temps. Et certes, le temps reste paradoxalement insaisissable, alors que nous y sommes plongés sans pouvoir jamais en faire abstraction. Si la réflexion sur le temps se heurte à maintes apories qui résistent, c'est que le temps est une réalité contradictoire sur l'expérience de laquelle la pensée vient sans cesse se briser, oscillant entre une définition tautologique et une interprétation dénaturante du temps. Le problème du temps n'en constitue pas moins l'une des questions fondamentales de la philosophie, voire même l'unique problème philosophique.
Le problème du temps fait ici l'objet d'une élucidation systématique qui conjugue approche philosophique, apports des sciences de la nature et apports des sciences humaines. Embrassant les diverses formes de temps - temps physique ou temps cosmique, temps biologique, temps psychologique, temps social, temps historique - et s'interrogeant sur leur articulation, le présent ouvrage se propose de donner une vue d'ensemble, cohérente et rigoureuse, de cet immense sujet.

François Chenet, ancien élève de l'École normale supérieure (Ulm), est professeur à l'université de Paris-Sorbonne (Paris-IV).

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mardi 19 juin 2018

Jean-Baptiste Brenet et Laurent Cesalli (dir.) : Sujet libre. Pour Alain de Libera

Vrin - Juin 2018


"Nous avons souhaité ce livre pour rendre hommage à Alain de Libera et fêter son travail. Celles et ceux qui écrivent ici sont des maîtres, des pairs, des collègues, d’anciens étudiants; en divers sens, ce sont tous des amis.
Plutôt que d’imposer une présentation, nous avons choisi comme ordre le hasard alphabétique des noms, sans chapitres. Deux consignes seulement avaient été fournies. La brièveté, d’abord – quelques pages, tenues par un nombre de signes. L’absence de notes, ensuite, pour livrer des textes de plain-pied.
Restait, pour évoquer l’œuvre et la personne d’Alain de Libera, l’objet, l’angle. Nous n’avions cette fois indiqué qu’une chose, qui donne à ce volume son titre : sujet libre."

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Michel Barat : Entre réalité et vérité, méditations philosophiques

Entrelacs - Juin 2018


L'École d'Athènes, la célèbre fresque de Raphaël, représente la cohorte des philosophes autour des deux grandes figures de la pensée que sont Platon et Aristote. Platon désigne le ciel des idées tandis qu'Aristote pointe la terre. Deux figures, deux pensées qui, allégoriquement, indiquent le chemin de la vérité et celui de la réalité. Ils sont deux car ces deux chemins ne se croisent pas nécessairement. Emprunter celui de la réalité pourrait être accepter l'illusion, l'erreur, voire le faux, car un mensonge est bien réel mais ne saurait jamais être vrai. Emprunter celui de la vérité pourrait être mépriser la réalité, soumettre hommes et choses à des idées qu'on croit vraies sans jamais en avoir la certitude. La voie de la réalité peut vite devenir celle du cynisme, celle de la vérité, celle du totalitarisme. Penser juste et dire juste consiste peut-être à dessiner la ligne de faîte entre réalité et vérité pour en départager l'ubac et l'adret et pour les garder en partage. Être à la fois Aristote et Platon, réunir « la base et le sommet », telle est sans doute l'endurante tâche de la pensée, telle est la grave légèreté du dire poétique.

Michel Barat est docteur d État ès-lettres et agrégé de philosophie.

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Bertrand Cassegrain : Autorité et anarchie

Hermann - Juin 2018


Autorité et anarchisme sont-ils compatibles ? L’autorité politique est communément perçue comme constituant une entrave à l’autonomie et la liberté des individus. Pourtant, la plupart des théories politiques contemporaines tiennent pour acquise la légitimité de certaines autorités, en particulier celle de l’État. Seul l’anarchisme rejette de manière radicale cette idée. En prenant au sérieux les arguments anarchistes, ce livre développe une analyse approfondie du concept d’autorité. L’auteur montre, contre l’anarchisme, que l’autorité peut parfois être justifiée, mais, avec lui, qu’elle doit l’être sans sacrifier à l’obéissance aveugle. Il en propose ainsi une justification exigeante, car respectueuse de l’autonomie individuelle. Elle invite à évaluer sans complaisance nos institutions politiques.

Bertrand Cassegrain est docteur en science politique de l’Université de Genève.

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dimanche 17 juin 2018

Jean-Joël Duhot : L'affaire Jésus, un quiproquo ?

Kimé - Juin 2018


Historien de la philosophie et helléniste, Jean-Joël Duhot aborde la question de Jésus dans une histoire globale, avec les outils du philosophe, de l'historien et du philologue. Les textes parlent si on sait les contextualiser et leur poser les bonnes questions. Cette approche décloisonnée, qui rejette les barrières habituelles séparant le sacré du profane, et le théologique du rationnel, et qui abolit les digues de protection que la laïcité accorde au religieux, fait apparaître un Jésus radicalement différent. Un rabbi qui pense à travers les grilles de la théologie judéo-hellénistique, largement tributaire d'un stoïcisme intégré par les Pharisiens, et que ceux qui le suivent sont incapables de comprendre. Acteur d'une protestation réagissant aux scandales qui entachent le Temple, il se trouve pris dans un insoluble conflit socio-politique, et provoque malgré lui un mouvement qu'il ne peut arrêter qu'en s'offrant à la mort. Après deux millénaires de malentendus, une évidence s'impose : il est faux de dire que les juifs ont tué Jésus.

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S. Guermès et B. Krulic (dir.) : Edgar Quinet, une conscience européenne

P.I.E-Peter Lang S.A., Editions Scientifiques Internationales - Mai 2018


Penseur « européen » par ses expériences personnelles et ses attaches familiales, Edgar Quinet a élaboré une approche profondément originale des variantes nationales de formation des États-nations et d’acculturation à la démocratie. Cet ouvrage se propose de dégager la dimension européenne de sa pensée, ainsi que les expé- riences, personnelles et intellectuelles, qui ont influencé sa perception du mouvement des nationalités à travers l’Europe. Son enfance coïncide avec l’épopée napoléonienne, sur laquelle il méditera ; il est adolescent lorsque commencent les révolutions issues de la recomposition de l’Europe après 1815 ; il participe à l’expédition de Morée et voit la Grèce accéder à l’indépendance en 1829 ; il soutient les partisans du Risorgimento; ami et collègue de Mickiewicz, il se préoccupe du sort de la Pologne ; son ouvrage Mes Vacances en Espagne comporte un important volet politique ; il se passionne pour les Roumains auxquels il consacre un ouvrage. Dès les années 1830, ce grand connaisseur de l’Allemagne a compris que l’unité allemande se réaliserait contre la France, ce qui l’a prémuni contre les illusions de la plupart de ses contemporains. Lors du « Printemps des nations », il nourrit sa réfexion de l’actualité pour défendre le système des nationalités et le « génie national » ; convaincu que les pays d’Europe vont de façon irréversible vers la démocratie, il les met toutefois en garde contre les « soubresauts de la conscience en des sens opposés".

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samedi 16 juin 2018

Cahiers philosophiques 2018/1 (N° 152) : Le végétal, savoirs et pratiques

Vrin - Juin 2018


Plusieurs publications récentes en philosophie, en anthropologie ou en histoire contribuent à une critique de la hiérarchie que nous établissons sans même y penser entre « l’animal » et « le végétal », tant notre culture est coutumière d’une caractérisation des plantes par défaut, en toute ignorance de l’ampleur de notre dette envers elles.

C’est sous l’angle d’une différenciation des savoirs ayant trait aux végétaux et d’une analyse historique et politique des pratiques auxquelles ils sont associés que la réflexion est ici engagée. S’il est aisé de planter et faire germer des graines – les animaux, le vent, les courants ne cessent d’ensemencer la Terre – cultiver une terre nécessite un savoir complexe, attentif aux circonstances et adéquat à la singularité d’un lieu. Savoir dont les paysans ont été en grande partie dépossédés au moment même où ils se sont vus imposer un modèle industriel censé être plus savant, plus rationnel et surtout plus rentable. La prise de conscience actuelle de l’importance et de la variété des écosystèmes ainsi que de l’apport irremplaçable du « végétal » invite à questionner cette hiérarchie des savoirs et des pratiques.

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vendredi 15 juin 2018

Mark Alizart : Chiens

PUF - Avril 2018 - Collection : Perspectives critiques


Le chien. Le meilleur ami de l'homme. Domestiqué à la préhistoire, compagnon de route des explorateurs et des artistes, des penseurs et des promeneurs, des amateurs de coin du feu comme de grands espaces, il a l'importance de l'amour qu'on lui donne. Mais n y a-t-il rien d'autre que ça, dans sa gourmandise débonnaire et sa dépendance pleine d'affection ? Dans Chien, Mark Alizart renverse les clichés qui portent sur les chiens et leurs maîtres, pour en faire d'inattendus professeurs de vie, nous apprenant les recettes cachées du bonheur et de la joie. Se promenant avec érudition et élégance entre les grands mythes de l'histoire humaine et les anecdotes tirées de la culture populaire, les vues étranges de certains philosophes et celles, encore plus bizarres, de la science, il propose un portrait inédit du chien en penseur. Un penseur qui connaîtrait peut-être le secret véritable de notre humanité.

Mark Alizart est philosophe. Il est l'auteur de Pop Théologie(Puf, 2015) et Informatique céleste(2017). Le Monde ou Les Inrockuptibles l'ont compté parmi les auteurs les plus singuliers et novateurs de sa génération.

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jeudi 14 juin 2018

Raphael Liogier : La guerre des civilisations n'aura pas lieu

CNRS - Juin 2018


Raphaël Liogier nous montre que le prétendu " choc des civilisations " n'est qu'un leurre face à la réalité de la civilisation globale. En dépit de l'existence de postures antagonistes et extrémistes qui peuvent s'appuyer sur des idéologies religieuses et politiques, les croyances essentielles des hommes sont de moins en moins des facteurs d'oppositions de valeurs. Toutes les religions sont, à des degrés divers, traversées par trois tendances nées de la mondialisation : le spiritualisme, le charismatisme et le fondamentalisme. Ce qui n'empêche pas qu'au sein de cette civilisation unique naissent des formes de violence inédites caractéristiques, entre autres, d'un nouveau terrorisme. 
Raphaël Liogier lance un appel pressant à penser la porosité des frontières et la disparition de la figure de l'Autre radical. Comment les identités individuelles et collectives peuvent-elles se définir et coexister dans un monde sans vraies frontières ? Un essai vigoureux pour combattre les préjugés, et mieux comprendre le monde qui nous entoure. 

Sociologue et philosophe, Raphaël Liogier est professeur à Sciences Po Aix-en-Provence et enseigne à Paris au Collège international de philosophie. Il est, entre autres, l'auteur du très remarqué Mythe de l'islamisation (2012, réed. Points, 2016).

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Catherine Puigelier : Mourir de la vérité. Preuve et Nietzsche

Editions Mare et Martin - Juin 2018 - Collection : Sciences cognitives & Droit


Les notions de vrai, véridique et vraisemblable régissent tout le droit de la preuve. Si le vrai et le véridique diffèrent peu, le vraisemblable se détache très nettement des deux premières acceptions.
Deux raisons à cela : ce qui est vrai, véridique doit être vraisemblable, tandis que ce qui est vraisemblable n’est pas toujours vrai.
Dans sa mission consistant à rapporter la vérité pour trancher au plus juste un désaccord ou un litige, le droit repose sur des concepts probatoires qui doivent paraître les plus vrais, les plus véridiques possibles.
Mais la vérité est parfois si insaisissable qu’il est contraint de se tourner vers la vraisemblance, ce qui n’a que l’apparence de la vérité.
L’opération, aussi astucieuse soit-elle, peut être l’occasion de consacrer le faux.
Friedrich Nietzsche rejetait une croyance nihiliste en la vérité absolue. Il estimait que l’art permettait de ne pas « mourir de la vérité » (Fragments posthumes).

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Friedrich Engels : Écrits de jeunesse, tome 2. Manchester, 1842-1844

Les Editions sociales - Juin 2018 - Collection : Grande édition Marx et Engels


Le premier volume des Écrits de jeunesse d’Engels rassemblait les textes de l’étudiant allemand jusqu’à son départ pour l’Angleterre en novembre 1842. À 22 ans, il part travailler dans la fabrique de l’entreprise textile familiale à Manchester, foyer de la révolution industrielle et du mouvement ouvrier anglais.

Pendant ce premier séjour de plus deux ans, il envoie régulièrement des contributions à des journaux allemands notamment les Annales franco-allemandes où il publie sa célèbre Contribution à la critique de l’économie politique.

Mais la plupart de ses articles procèdent surtout d’un regard documenté et critique sur la Grande-Bretagne des années 1840, celle de l’industrialisation et du libéralisme. Engels traite des développements de l’industrie textile, de la question des lois céréalières et du libre-échange, de la formation de la classe ouvrière et de l’exploitation à laquelle elle est confrontée. Tous ces ingrédients feront la matière de La Situation de la classe laborieuse en Angleterre dont une nouvelle traduction sera publiée prochainement par la Geme.

Par ailleurs, Engels entame fin 1843 une collaboration avec deux journaux britanniques : l’hebdomadaire owéniste The New Moral World ; puis le journal chartiste The Northern Star. Dans ces périodiques, la position d’Engels est différente : s’étant lié aux milieux radicaux et socialistes britanniques, il s’agit pour lui de leur faire connaître la situation sur le continent, en particulier dans les États de langue allemande. C’est dans ce cadre qu’il publie des textes majeurs comme LaMarche de la réforme sociale sur le continent.

Ce volume de la Geme dirigé et longuement préfacé par Fabrice Bensimon, professeur d’histoire et de civilisation britanniques à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste du mouvement ouvrier anglais des années 1840, se propose de faire connaître un parcours intellectuel et politique méconnu, celui d’Engels pendant les deux années antérieures à son travail avec Marx, quand, journaliste et polémiste, de plus en plus engagé dans le combat démocratique et socialiste, il est l’observateur lucide et érudit des transformations sociales et politiques de trois nations. Il donne, poursuivant le travail du premier volume, une traduction suivie de textes souvent inédits et essentiels à la compréhension des enjeux historiques, politiques et économiques de l’Europe avancée du milieu du XIXe siècle. Des textes annexes permettent de situer l’œuvre d’Engels dans les débats et les réalités de l’époque.

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Lê Nguyên Hoang : La formule du savoir. Une philosophie unifiée du savoir fondée sur le théorème de Bayes

EDP Sciences - Juin 2018


Ce livre explore et vulgarise une philosophie du savoir appelée bayésianisme. En s’appuyant sur les travaux de nombreux philosophes, mathématiciens, statisticiens, informaticiens, neuroscientifiques et chercheurs en intelligence artificielle, le livre défend la thèse selon laquelle le bayésianisme est la bonne philosophie du savoir — par opposition notamment aux descriptions usuelles de la méthode scientifique. En effet, notamment une fois combinée à l’algorithmique, cette épistémologie normative peut se vanter d’être universelle et complète.
De plus, elle est consolidée par un très grand nombre de théorèmes mathématiques et de succès empiriques. S’il contient des passages techniques, la grande majorité de l’ouvrage se veut accessible à un large public.

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mardi 12 juin 2018

Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Phénoménologie de l'esprit (B. Bourgeois trad., rééd.)

Vrin - Juin 2018 - Bibliothèque des Textes Philosophiques


Il y a exactement deux siècles, Hegel a proposé, dans la Phénoménologie de l’esprit, une reconquête philosophique de la sagesse, c’est-à-dire de l’identification avec soi apaisante de la vie la plus engagée dans un temps dont le bouleversement accéléré semblait l’exclure. Il y est parvenu par une remémoration pensante ordonnant et justifiant, dans la rigueur du concept (phénoméno-logie), l’assomption vraie de tous les moments et aspects essentiels du lien concret, théorique et pratique, naturel et culturel, individuel et communautaire, de l’homme au monde à travers lequel l’être, dans la surprise et la contradiction, lui apparaît (phénoméno-logie). C’est ce chemin phénoménologique vers elle-même d’une humanité redressée philosophiquement selon sa propre exigence de réconciliation spirituelle, que Hegel a tracé dans un prodigieux effort spéculatif qui exige assurément beaucoup du lecteur, mais lui apporte aussi beaucoup, encore et toujours, aujourd’hui.

Introduction, traduction et notes par Bernard Bourgeois, Professeur émérite d’Histoire de la philosophie à l’Université de Paris I, s’est consacré à l’étude de la pensée allemande, de Kant à Marx, notamment en son moment hégélien.

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Hélène Pequignat : Du piquant dans les sardines et autres nouvelles philosophiques

Le Pommier - Juin 2018 - L'échappée


Mais que vient faire Schopenhauer dans le métro à l'heure de pointe ? Quel rapport entre Rousseau et la culture de la tomate ? Et depuis quand la dégustation de guimauve renvoie-t-elle à la notion de libre arbitre ? Bienvenue dans les nouvelles philosophiques d'Hélène Péquignat. Laquelle prend un malin plaisir à montrer à quel point nos vies, sous leurs aspects parfois les plus prosaïques, recèlent cette petite touche de philosophie qui en fait tout le sel. Chaque nouvelle peut se lire de façon isolée pour le simple plaisir de l'histoire, ou avec son prolongement qui en décrypte les sous-bassements philosophiques. 

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Anne Boissière : Le mouvement à l'œuvre. Du jouer vers l'art

Mimesis - Juin 2018 - L'oeil et l'esprit


Le livre explore le statut et les qualités du pathique d'après la définition d'Erwin Straus, en se tournant vers le jeu et l'art, dans l'objectif d'interroger l'étonnante spontanéité des ces formes vivantes d'expérience. L'analyse de cette dynamique formelle, ici conçue comme un mode de communication irréductible opérant à même la motricité, mettra en valeur le playing plutôt que le game, ainsi que la Gestaltung plutôt que la forme perçue dans sa dimension identitaire. La perspective s'enrichira des créations d'art brut, témoins privilégiés d'une logique de l'inintentionnel, permettant avant tout d'habiter le monde . A la croisée de la psychanalyse et de la phénoménologie, le livre dialoguera entre autres avec les pensées de Marion Milner, Donald W. Winnicott, Johan Huizinga et Henri Maldiney.

Anne Boissière est Professeure à l'Université de Lille SHS où elle enseigne l'esthétique et la philosophie de l'art. Elle est l'auteure de Chanter Narrer Danser, Contribution à une philosophie du sentir, Delatour France, Sampzon, 2016 ; Musique Mouvement, Manucius, Paris, 2014 ; La pensée musicale de Theodor W. Adorno, l'épique et le temps, Beauchesne, Paris, 2011. Elle a co-dirigé avec Mathieu Duplay : Vie, Symbole, Mouvement ; Susanne Langer et la danse, Edition de l'Incidence, 2012.

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dimanche 10 juin 2018

Michel Deustch : Souvenirs épars. Philippe Lacoue-Labarthe, les années théâtre

Christian Bourgois - Mai 2018 - Collection : Détroits


Que veut le théâtre ? Que peut le théâtre ? Après 1968 la plupart des certitudes s'étant effondrées, il nous incombait d'interroger à nouveaux frais ce que fut en France la "volonté d'art" du théâtre. "Volonté d'art" qui, bien sûr, s'inscrivait dans la suite des idées et des desseins de rénovation dramatique qui, de Copeau à Brecht, avaient animé les grands réformateurs de la scène.

Ce livre raconte une amitié et une conversation avec Philippe Lacoue-Labarthe à propos de l'art, de la politique, de la philosophie, de l'art du théâtre pour l'essentiel. Dans la France de Mai 68, où régnait alors une immense effervescence intellectuelle, apparaît le " nouveau théâtre " avec des metteurs en scène qui ont entre vingt et trente ans dans les années soixante-dix, qui sortent pour la plupart de l'université et qui vont bouleverser le " théâtre d'art " : Chéreau, Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, Vincent Jourdheuil, Lavaudant, Savary et le Magic Circus, Vitez...

Ces metteurs en scène interrogeaient la signification de la " volonté de l'art " du théâtre en France après la Seconde Guerre Mondiale – volonté d'art qui s'inscrivait dans la suite des idées et des desseins de rénovation théâtrale qui avait animé les grands réformateurs du théâtre (Copeau, les hommes du Cartel) de la première moitié du XXe siècle. Quant à l'auteur et à Philippe Lacoue-Labarthe, le philosophe, ils se posaient simplement la question de la possibilité même du théâtre.

Le livre raconte l'installation du collectif artistique rassemblé par Jean-Pierre Vincent, futur administrateur de la Comédie Française au Théâtre National de Strasbourg (TNS) : un collectif constitué de comédiens, de metteurs en scène, de dramaturges, de peintres, de musiciens, de décorateurs, d'historiens, de philosophes. " C'était là une idée neuve, une organisation inédite à l'époque dans le paysage théâtral français ".

La revue allemande Theater Heute, sans doute la meilleure revue de théâtre européenne, a proclamé le TNS de Jean-Pierre Vincent " capitale secrète du théâtre en France ". Il s'agit de raconter une tentative de communauté autour, à partir du travail artistique. " Rien n'est social s'il n'est polémique et antagoniste " disait-on dans le collectif du TNS. La vie ne se réduit pas à de futiles drames privés et les journées ne sont pas remplies d'ambitions vaines, ils voulaient changer le monde, les utopies étaient leur horizon.

Philippe Lacoue-Labarthe, le jour où il a rejoint le collectif, a dit : " Les philosophes en général n'aiment pas le théâtre. Pour autant que j'en sois un, je suis une exception. " L'auteur se souvient d'une amitié née dans le travail, dix ans de travail théâtral avec Philippe Lacoue-Labarthe. Faire du théâtre avec un philosophe n'est pas exactement travailler avec un comédien ou un dramaturge. C'est précisément cela que ce livre tente de mesurer.

Certes, un metteur en scène ou un comédien réfléchit continument à son travail dans sa praxis mais quel est l'apport spécifique dans le travail théâtral, si apport spécifique il y a, d'un philosophe ? Que peut le théâtre ? Que peut l'art ?

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Danny Trom : Persévérance du fait juif. Une théorie politique de la survie

EHESS / Le seuil / Gallimard - Juin 2018


" Sur le livre biblique d'Esther continuent à se brocher des discours contemporains, au contenu sans surprise. Ici, on célèbre une œuvre littéraire qui donne à voir, à travers une intrigue où la dissimulation et l'acceptation apparente de règles imposées servent d'armes aux dominés, un art ancien de la résistance. Là, on magnifie au contraire, dans l'esprit d'une politique qui met en concurrence États et nations dans un jeu à somme nulle, [...] la capacité à exploiter sans hésitation un rapport de forces favorable.
Danny Trom se dissocie de ces lectures faciles, mais cherche lui aussi à percer le secret d'un art politique, moins dans le livre biblique que dans son commentaire rabbinique. Il trouve en effet dans le principal ouvrage renfermant les gloses des sages rabbiniques sur Esther – Esther Rabba – le dépôt d'un riche enseignement politique qui a déterminé sur le long terme les formes courantes de la pratique du politique dans le monde juif. Mieux, fidèle sur ce point aux positions d'Hannah Arendt et de Yosef Yerushalmi, il pense que d'anciennes manières de comprendre, de sentir et de faire ont représenté un outillage mental si puissamment installé qu'elles ont conservé leur emprise même lorsque les bouleversements induits par l'Émancipation et l'entrée dans l'univers de la citoyenneté d'abord, par la confrontation avec l'antisémitisme moderne ensuite, devaient engager les Juifs à les transformer ou à s'en défaire. [...] Il y voit le ressort, non pas de conduites qui ont laissé les juifs démunis face à l'extrême, et ont pu faciliter l'entreprise d'annihilation, mais au contraire d'un sursaut qui a réussi à créer les conditions nécessaires pour que leur survie même ne soit plus mise en danger."
(Maurice Kriegel)

Chercheur au CNRS, Danny Trom est membre du Laboratoire interdisciplinaire d'étude des réflexivités et chercheur associé au Centre d'études juives, équipes de recherche de l'EHESS. La sociologie de l'expérience politique qu'il développe en faisant varier les objets d'observation vise, à travers leur cumul et leur comparaison, à dégager les invariants de notre condition politique moderne.

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Angela Cozea : L'énigme thérapeutique au coeur de la philosophie

Editions XYZ - Juin 2018 - Collection : Théorie et littérature


Voici l'esquisse d'un rapport existant entre la conception du bonheur de Kant et celle de Montaigne, telle qu'elle émane de la conviction qu'ils partagent, qu'une sorte de métaphysique se forme chez tous les êtres humains " dès que leur raison peut s'élever à la spéculation ". Ce qui, chez Kant, s'appelle les idées a priori correspond, chez Montaigne, aux outils et instrumens que tous les êtres humains possèdent pour penser. À l'encontre des théories qui présupposent l'inadéquation de la philosophie à la " souffrance de l'espèce humaine " qu'elle est néanmoins censée guérir, nous considérons le sens que la metaphysica naturalis peut acquérir - lorsque nous nous engageons vis-à-vis la philosophie, ou lorsque la philosophie nous engage - à partir de la position selon laquelle ce qu'il y a de plus philosophique, de plus métaphysique en nous, nous vient des animaux. Cette métaphysique, fondée sur la question du rapport véritable au présent, nous ramène à M. de Charlus, spécialiste de la digestion philosophique. C'est à travers ses propos énigmatiques, chargés de paraboles concernant sa tante Esther de Mecklembourg, que nous verrons le rapport à l'histoire et à la transcendance acquérir les vertus d'une animot-thérapie.

Angela Cozea est née à Bucarest (Roumanie). Elle enseigne au Département d'études françaises de l'Université de Toronto. La pensée de Walter Benjamin a inspiré son premier livre, La fidélité aux choses, ainsi que le deuxième, Petit traité du beau à l'usage des mélancoliques.

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samedi 9 juin 2018

Henry William Auden : Kalligraphia. Comment écrire comme Platon ?

Rue d'Ulm - Mai 2018


Edition de Jérémie Pinguet

Si Montaigne, au premier livre de ses Essais, exhortait son lecteur à « voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui », cette phraséologie invite à rejoindre, à travers les siècles, les grands auteurs de la langue grecque, en offrant l’occasion de fréquenter leurs mots et leur pensée. Florilège de citations éparses, regroupées par thèmes, ce livre se révèlera particulièrement utile aux étudiants qui pratiquent le thème grec et aux agrégatifs qui vont s’affronter à cette épreuve. En regroupant plusieurs centaines d’expressions idiomatiques, Auden engage les étudiants à faire leurs propres choix dans les textes qu’ils sont amenés à lire, pour mettre en œuvre une véritable innutrition. La « kalligraphie » (Plutarque) prend ainsi chair non seulement dans la formation des lettres grecques mais également dans l’emploi d’un beau style, que les auteurs du passé peuvent façonner encore aujourd’hui. 

Sommaire

Préface, par Estelle OUDOT
Préface de Henry William Auden à la première édition Anglaise
Principes d’édition

I. Le monde et la nature
II. Le temps et l’espace
III. Le corps humain
IV. La vie humaine et ses diverses relations
V. La pensée
VI. Les arts et les sciences
VII. Les discours et l’écriture
VIII. La philosophie
IX. Les émotions et le caractère
X. La vertu et le vice
XI. La religion
XII. La vie domestique
XIII. Le commerce et l’agriculture
XIV. L’État
XV. La loi et la justice
XVI. Les questions militaires
XVII. Les affaires navales
XVIII. Miscellanées
XIX. Proverbes

Notes

Fleurs grecques, par Jérémie PINGUET
Audacieux Auden
D’un siècle à l’autre, d’une langue à l’autre
Penser en langues
Τίνος ἕνεκα ;
La toile d’Arachné
Éloge de la fourmi
Conseils bibliographiques
Quelques recommandations méthodologiques
Pour ne pas conclure : de l’art du « textyle »
Remerciements
Index

Henry William Auden (1867-1940), né en Angleterre, étudia au Christ's College de Cambridge avant d'enseigner à la Western University of Ontario (Canada). Editeur de Cicéron, de Plaute et d'Arrien, il publia divers ouvrages à destination des latinistes et des hellénistes. A l'origine de la traduction anglaise de la remarquable Phraséologie latine de Carl Meissner, il en conçut l'idée d'un ouvrage similaire pour le grec ancien. Jérémie Pinguet, élève à l'Ecole normale supérieure (Ulm) et agrégé de Lettres classiques, prépare une thèse de néolatin sur les Nénies (1550) de Jean Salmon Macrin. Coorganisateur des "Journées Découvrir l'Antiquité" à l'ENS en 2018, membre actif de l'ARELAL, il travaille sur des outils pédagogiques pour le français, le latin et le grec ancien et à des anthologies de poésie.

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Critique n° 853-854 : Haute fidélité. Jean Starobinski - Clément Rosset

Minuit - Juin 2018


On trouvera dans la première partie de ce numéro sept études consacrées à Jean Starobinski. Elles sont précédées de l’introduction qu’il donna à son premier livre, une anthologie stendhalienne parue en 1943 dans la collection « Le Cri de la France » – intitulé qui, à lui seul, valait manifeste. « Stendhal demeure le créateur d’un type extrême de l’homme libre », écrit alors le jeune critique. Il ajoute que « sauter une muraille » est l’acte qui définit le héros stendhalien. Utile rappel en un temps où la tentation était forte de raser les murs et où triomphait Le Passe-Muraille (paru, lui aussi, en 1943). Texte inaugural, donc, que ce Stendhal. Et de bon augure : il annonce l’œuvre dont nous admirons aujourd’hui la probité autant que la liberté.

« Haute fidélité » : ce clin d’œil au mélomane et au pianiste doit d’abord s’entendre comme un hommage aux qualités qui font de Jean Starobinski l’un des critiques les plus lus, les plus discutés, glosés, réinterprétés de ce temps. L’élégance d’une écriture qui associe rythme et rigueur n’est pas étrangère à l’attrait qu’exerce son œuvre, ni à l’attachement qu’on lui voue. Mais cette œuvre se recommande aussi et peut-être surtout par la confiancequ’elle suscite. Rousseau avait pris pour devise « Vitam impendere vero » ; celle de Starobinski pourrait être « Semper fidelis » – si le corps des U.S. Marines ne l’avait préemptée... Fidélité envers les œuvres expliquées et déployées ; fidélité à un projet intellectuel qui ne dissocie jamais l’acte de lecture de la réflexion théorique, ni d’une interrogation éthique.

Jean Starobinski, ou l’importance d’être constant. Le chemin qu’il suit, de livre en livre, a la rectitude de ces sillons bien tracés qui faisaient la fierté du laboureur. Rien de plus étranger à son style critique que la caracole impressionniste ou les vaticinations de la subjectivité. La « relation critique », telle qu’il la définit et cherche à l’établir, ne naît pas d’un simple effet de sympathie ; elle ne s’en tient pas aux affinités électives. Voir en lui un « pur » lecteur qui aurait, pour son compte, exorcisé le démon de la théorie, relève d’une étrange bévue – ou d’une petite rouerie visant à l’enrôler sous la bannière du révisionnisme critique. L’intimité que ­Starobinski entretient avec les œuvres littéraires est un rapport patiemment construit, une architecture raisonnée, l’aboutissement d’un processus. La proximité aux textes à laquelle il parvient (et qu’il nous offre en partage) est la rançon d’un effort et naît d’un réglage de distance.

Il n’y a donc pas seulement une « manière » Starobinski : il y a une méthode, et même, si discret soit-il, un discours de cette méthode ; bref, une « théorie » dont procède sa façon d’avancer ou de processionner (puisque tel est le sens étymologique de theôria). Derrière cette œuvre critique, quelle herméneutique ? Et quelle épistémologie au fondement de cette herméneutique ? Ces questions trop souvent éludées, Denis Hollier et Julien Zanetta ont récemment pris l’initiative de les mettre au centre d’une journée organisée à la New York University pour saluer la parution de l’anthologie réunie par Martin Rueff sous le titre La Beauté du monde*. Les essais qui suivent sont issus de ces échanges.

En les publiant, Critique marque, elle aussi, sa fidélité à Jean Starobinski, auquel a été consacré, en 2004, un numéro spécial dirigé par Patrizia Lombardo et Philippe Roger (n° 687-688, août-septembre 2004). Plus récemment encore, en avril 2013 (n° 791), une salve d’articles a salué « le beau triptyque de Jean Starobinski », constitué par L’ Encre de la mélancolie, Accuser et séduire ainsi que Diderot, un diable de ramage.

Clément Rosset est mort le 27 mars dernier. Philosophe inclassable, ironique et passionné, à la verve primesautière et souvent caustique, il laisse une œuvre considérable par son ampleur (plus de trente titres) et remarquable par sa singularité. Plusieurs de ses ouvrages les plus marquants ont paru aux Éditions de Minuit, notamment dans la collection « Critique », dirigée par Jean Piel : Le Réel. Traité de l’idiotie (1977), L’ Objet singulier(1979), La Force majeure (1983), d’autres encore.

Comment rendre hommage, sans susciter ses sarcasmes, à ce surdoué de l’irrespect ? Il nous a dit par avance ce qu’il fallait penser de la mort, et de la nôtre en particulier : « Le moment de la mort, qui soumet la totalité du corps aux lois de la mécanique et, pour reprendre les termes de Bergson, fait de l’homme une pure “chose”, est donc nécessairement le moment comique par excellence […] impossible de s’y tromper en effet : cette tête de mort, c’est ma tête ; ce cadavre inerte, c’est moi » (Principes de sagesse et de folie, p. 105). Et pourtant, comme l’écrit Mérimée après la mort de son ami Beyle, qu’il appelle H.B. et que nous appelons Stendhal, « il faut quelque chose. Ce quelque chose, c’est ce que demande Elpénor : ce n’est pas seulement un peu de terre qu’il réclame, c’est un souvenir ».

Ce sont de tels souvenirs, remémorations de lectures ou d’instants de vie, qu’offrent à Clément Rosset, en leur nom et au nom de Critique, Jean-Claude Bonnet, Marc Cerisuelo, Alain de Libera et Thierry Hoquet.

* Sur La Beauté du monde. La littérature et les arts (Gallimard, coll. « Quarto », 2016), voir N. Piégay, « Jean Starobinski : Écrire, regarder, écouter », Critique, n° 840, p. 452-463.
* Paraît posthume, L ’Endroit du paradis (Les Belles Lettres, avril 2018).

Sommaire

Haute fidélité : Jean Starobinski

Jean STAROBINSKI : Introduction à Stendhal (1943)

Philippe ROGER : La réaction critique
Laurent JENNY : Vers une herméneutique du visible
Joanna STALNAKER : Les bouquets de Jean Starobinski
Anthony VIDLER : Starobinski, historien de l’architecture
Lucien NOUIS : Trois égarements. Jean Starobinski et le cercle tautologique
Martin RUEFF : Critique et vérité et méthode
Julien ZANETTA : Teste pseudonyme. Starobinski lecteur de Valéry

Clément Rosset (1939-2018)

Thierry HOQUET : Clément Rosset. Vertige de la dénaturation
Marc CERISUELO : Ni vu ni connu. Hors champ
Jean-Claude BONNET : L’ami Diogène
Alain DE LIEBERA : Un peu de Crémant dans l’eau froide


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Jérome Michel : Malraux. Apocalypse de la fraternité

Michalon - Juin 2018 - Bien commun


Le présent essai s'attache à restituer et à éclairer la place centrale de la valeur de la fraternité dans l'œuvre et la vie de Malraux et à en révéler (le sens premier d'apocalypse) les implications sociales, politiques et éthiques.

Par-delà le légendaire, il apparaît bien que Malraux aura saisi l'essentiel du siècle : fin de la domination européenne, déchristianisation, les totalitarismes fascistes et communistes machine d'asservissement, mutation civilisationnelle du monde de l'écrit aux usines à rêves porteuses d'autres formes d'asservissement. 
Pour Malraux, la seule valeur capable de témoigner contre le Mal, à défaut de la vaincre, fut la fraternité, aussi bien réponse au mal que condition d'une société digne – fraternité est seule capable de restituer aux être leur dignité humaine. 
Ni philosophe, ni théoricien, encore moins doctrinaire, la fraternité n'est pas pour Malraux une valeur abstraite mais une expérience incarnée qui s'oppose à celle de l'humiliation. 
De même que, comme le disait Paul Ricoeur, " notre première entrée dans la région du droit n'a-t-elle pas été marquée par le cri : C'est injuste ! ", la découverte de la fraternité chez Malraux commence par ce qui en constitue la négation absolue, à savoir l'humiliation –laquelle constitue pour lui une catégorie métaphysique et politique fondamentale. 
La fraternité est au cœur de l'œuvre de Malraux, aussi bien de l'œuvre romanesque, de l'œuvre esthétique que des écrits de la dernière période qui vont des Antimémoires à L'Homme précaire et la littérature. Chez Malraux, la fraternité est tout à la fois la condition préalable de la justice et la finalité de cette dernière. Sans fraternité, pas d'égalité réelle et pas de justice possible.

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Gérard Dubey et Pierre de Jouvancourt : Mauvais temps. Anthropocène et numérisation du monde

Dehors - Juin 2018


Le changement climatique est ce mauvais temps qui veille et gronde sur le théâtre des actions humaines. Face à cet événement, les promesses de transition technologique envahissent les imaginaires en proposant d’innombrables appareillages algorythmiques et autres objets connectés censés répondre à ce qui apparaît précisément comme une dissonance majeure de la flèche du progrès. Mauvais temps a pour ambition d’analyser ces deux phénomènes en une même suite d’interrogations : comprendre notre situation comme un bouleversement généralisé du temps compris comme temporalités, époque et climat. Cette réflexion se présente comme une façon d’échapper à ces gardiens du temps que sont les déterminismes aussi bien technologiques, économiques, qu’écologiques. Elle ouvre la question des temporalités dans l’Anthropocène. Mauvais temps présente notre actualité comme autant de lignes de fuite à explorer, de possibles à revisiter, de partages du sensible à réinventer.

Gérard Dubey est sociologue. Il travaille sur les imaginaires associés aux technologies numériques.
Pierre de Jouvancourt est philosophe. Il travaille sur les changements épistémologiques et politiques liés au concept d’Anthropocène.

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vendredi 8 juin 2018

Multitudes 2018/2 (n° 71) : Dériver la finance. Inventer des formes de vie

Association Multitudes - Juin 2018



Faut-il être fou pour aller chercher du côté des pires excès du capitalisme contemporain – l’emballement délirant des produits dérivés qui a conduit à l’effondrement financier de 2008 – la possibilité d’une échappée post-capitaliste ? En poursuivant la réflexion sur le « post-capitalisme » entamée dans le numéro 70 de Multitudes, cette majeure propose des contributions appelant à réinterpréter les fondements, les implications et les potentiels de la finance néolibérale. Elle explore aussi les nouvelles possibilités d’agencement en plateformes introduites par les blockchains, crypto-monnaies et autres smart contracts, bien au-delà du seul cas des Bitcoins. Et si la vraie folie était de ne pas croire à la puissance effective de la folie (financière) dans le monde humain ?

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Revue de métaphysique et de morale 2018/2 (N°98) : Théâtre et philosophie

PUF - Juin 2018


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