PUF - Novembre 2026
Motif central dans l’histoire de l’esthétique et de la philosophie de l’art, dès les premières réflexions sur la photographie et le phonographe de Walter Benjamin, Theodor W. Adorno ou Gunther Anders, l’enregistrement a d’emblée été pensé sous deux régimes : comme un révélateur du réel mais aussi comme un facteur de standardisation et de déperdition de l’aura. De Roland Barthes à Rosalind Krauss en passant Pierre Schaeffer, ce débat sur l’enregistrement, visuel ou sonore, s’est poursuivi sur un terrain ontologique : l’enregistrement est-il trace, empreinte, ou constitue-t-il une œuvre autonome ?
Durant quelques décennies cependant, ce geste et ses productions ont occupé une place moins importante dans la réflexion esthétique. À l’origine de ce désintérêt relatif : une approche plus constructiviste des images et des sons. Les études audiovisuelles et sonores ont pu dès lors considérer l’enregistrement comme un simple médium parmi d’autres de l’activité artistique.
Or plusieurs développements récents appellent à une réévaluation de ce geste et de ses objets. Le premier est lié au renouveau des théories des arts documentaires et du cinéma du réel : insistant sur la performativité de l’enregistrement. Dans le champ des arts contemporains, l’enregistrement trouve également de nouvelles formes d’actualisations plastiques et conceptuelles, à travers l’émergence du data art, entre esthétique de la trace et sonification. Sur un autre front, l’étude des musiques populaires enregistrées – rock, hip-hop musique électronique,… – appréhende, dans le travail de studio, la manière dont la captation et la reproduction deviennent indissociable de l’œuvre ellle-même. Sur un plan plus général, visual studies et sound studies soulignent combien les technologies de l’enregistrement participent à notre expérience perceptive et cognitive. Elles mettent en évidence la portée politique de l’enregistrement, entre surveillance, archivage de la mémoire collective, ou stratégies de résistance à l’effacement. Ces multiples champs de réflexion invitent à reprendre une réflexion esthétique générale sur l’enregistrement comme geste, médium et production, dans ses multiples enjeux.
Direction : Jocelyn Benoist, Pauline Nadrigny

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