Affichage des articles dont le libellé est Biopolitique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Biopolitique. Afficher tous les articles

jeudi 4 mars 2021

Roberto Esposito : Immunitas. Protection et négation de la vie

 Seuil - Mai 2021 - L'ordre philosophique


Venue du droit, la notion d'immunité occupe une place centrale en médecine. Tout comme le système immunitaire du corps humain protège l'organisme contre les incursions mortelles de virus, la loi garantit la survie de la communauté dans une situation la mettant en péril. Le droit protège et prolonge la vie. Mais comme le corps individuel, le corps collectif ne peut être immunisé contre le danger qu'en permettant à une certaine quantité de ce qui le menace d'y pénétrer. Pour échapper aux griffes de la mort, la vie est obligée d'incorporer en elle un principe mortel et de créer des anticorps. Le commun ne peut être préservé que s'il intègre en son sein un corps étranger, qui l'expose à un risque permanent.

Dans ce livre, qui mêle les lexiques juridique et politique à ceux de la théologie, de l'anthropologie et de la biologie, Roberto Esposito propose une analyse de la biopolitique contemporaine d'une extrême actualité. Aujourd'hui, les processus d'immunisation comme la demande de vaccination – mêlée de crainte – caractérisent tous les aspects de notre existence. Plus les individus et les sociétés se sentent sur le point d'être infectés par des corps étrangers, plus ils se renferment ou sont confinés dans leurs limites protectrices, qu'il s'agisse des murs de nos appartements ou des frontières de nos États. À une issue immunitaire et finalement destructrice, peut-on imaginer une alternative fondée sur une nouvelle conception de la communauté ?

Roberto Esposito est un philosophe contemporain déjà classique en Italie. De l'ensemble de son oeuvre, Communitas (PUF, 2000), Catégories de l'impolitique (Seuil, 2005) et le recueil d'articles Communauté, immunité, biopolitique (Amsterdam, 2010) ont été traduits en français.

acheter ce livre


lundi 19 octobre 2020

Anne Gangloff et Brigitte Maire (dir.) : La santé du Prince. Corps, vertus et politique dans l’Antiquité romaine

 Jérôme Millon - Juillet 2020

Le pouvoir rend-il fou? Cette question – toujours d’actualité dans les médias – a été appliquée au monde romain par les savants du xixe siècle, qui se sont passionnés pour la psychopathologie des Césars au point de forger un mot, la «césarite», pour désigner la folie liée à l’exercice du pouvoir, qui aurait caractérisé des empereurs comme Caligula, Néron ou Domitien. Si cette thèse des «césars fous» a été contestée depuis par les historiens, nombreux sont ceux qui ont pris le risque d’établir des diagnostics médicaux rétrospectifs. Confrontant pour la première fois les points de vue d’historiens et de spécialistes de la médecine, ce livre entend démontrer toute la complexité et l’ambiguïté du discours antique sur la santé du prince, à partir de nouveaux questionnements.

acheter ce livre


jeudi 28 janvier 2016

Paul-André Rosental : Destins de l'eugénisme

SEUIL - Janvier 2016 - Collection : La Librairie du XXIe siècle


Imaginez une cité-jardin résidentielle offrant des conditions exceptionnelles à des couples choisis qui s engagent sur un contrat de procréation... Localisée au pied du Parlement européen à Strasbourg, cette expérimentation grandeur nature dura des années 1920 aux années 1980 grâce au soutien des pouvoirs publics.
Synthèse de l eugénisme britannique, allemand et français, ce projet visait à « accélérer l'évolution de l'espèce humaine ». Le créateur de ce « laboratoire humain », Alfred Dachert, était un homme d affaires qui se rêvait en poète tragique de l'eugénisme, en Ibsen alsacien.
Paul-André Rosental explore cette entreprise politique et scientifique en se fondant sur des archives inédites. En expliquant l'énigmatique longévité de l'expérience, l'auteur réinterprète les grandes politiques républicaines de l après-guerre, de la Sécurité sociale à la démocratisation scolaire.
Dans cet essai pionnier de microhistoire politique de la France contemporaine, Paul-André Rosental prend la mesure de l'héritage de l'eugénisme, idéologie scientiste et inégalitaire, en contexte démocratique.
L'eugénisme ne constitue pas seulement une théorie biologique qui hante les débats bioéthiques. De manière inattendue, il se révèle comme une théorie morale ayant pu imprégner cette norme de notre temps qui a pour nom « psychologie du développement personnel ».

Paul-André Rosental est professeur des universités à Sciences Po et chercheur associé à l'Institut national d études démographiques. Ses recherches portent sur le domaine qualifié par Michel Foucault de « biopolitique », à l intersection entre politiques sociales, démographiques et sanitaires.

acheter ce livre

lundi 7 septembre 2015

Giorgio Agamben : L'usage des corps. Homo Sacer, IV, 2

Seuil - Septembre 2015 - Collection : L'ordre philosophique


L'Usage des corps est le dernier volume du projet Homo Sacer commencé en 1995 et poursuivi durant 20 ans par une série d'ouvrages (Etat d'exception, Le Règne et la Gloire, De la très haute pauvreté, etc.) qui traitent du pouvoir souverain dans ses relations avec la vie, entendue comme vie politique et comme vie nue. Dans L'Usage des corps, le lecteur trouvera des réflexions sur quelques concepts - usage, forme-de-vie, désoeuvrement, pouvoir destituant - qui ont orienté depuis le début la recherche de l'auteur et dont l'analyse approfondie permet de mieux cerner les fondements et les apories de la politique occidentale.

acheter ce livre

samedi 6 juin 2015

Pierandrea Amato : Poses. Abou Ghraib, dix ans après

Post-éditions - Mai 2015


Traduit de l’italien et postfacé par Jean-Pierre Cometti

Le philosophe italien Pierandrea Amato s’interroge sur le sens des tristement célèbres images de la prison d’Abou Ghraib, dix ans après que leur diffusion a mis en émoi l’opinion publique mondiale, et qu’elle a entraîné la condamnation des soldats responsables à dix ans de réclusion pour actes de torture.
« Je le dis sans détour : mon intention n’est pas de m’intéresser à ce genre de problème [juridique], en relation avec les événéments d’Abou Ghraib. Non pas que ce genre de sujet ne soit d’aucune importance sur la “scène du crime”. Ces perspectives ont été amplement exploitées et je ne crois pas nécessaire d’y insister à mon tour et de raisonner à nouveau sur la valeur de ces photos, à partir de considérations qui ne concernent pas le pur donné visible auquel nous sommes confrontés. Il est plus difficile, mais aussi plus important, dix ans après, de chercher à identifier ce qui survit dans cette effroyable série d’images, qu’on était alors incapables de voir, et qui n’a pas été purement et simplement enfoui dans le passé. En fait, je dirais que c’est aujourd’hui que les clichés d’Abou Ghraib ont atteint le stade de leur pleine connaissabilité, car pour reprendre une idée de Walter Benjamin, c’est maintenant qu’ils nous donnent la possibilité de reconnaître en eux ce qu’ils sont réellement : un document de notre brutalité ordinaire et banale (esthétique), comme indice fondamental de la guerre contemporaine menée au nom des valeurs démocratiques. »
La puissance « époquale » des clichés d’Abou Ghraib réside selon Amato dans le sourires des geôliers, dans leurs « poses » convenues, comparables à ceux de touristes venus contempler la tour de Pise (par exemple). La pose est en effet identique (pouce levé, composition en apparence spontanée de type « selfie »), qu’elle se produise devant une œuvre d’art ou devant la manifestation de la plus grande barbarie – relevant de ce que l’auteur nomme, pour résumer, «  le culte spectaculaire d’une condition générale de la culture occidentale : la quotidienneté monstrueuse ».
Des clichés sont reproduits dans le livre, accompagnés de dessins de l’artiste américaine Susan Crile. Ces dessins reproduisent à l’identique les clichés originels, tout en masquant la silhouette du geôlier. Il ne subsiste souvent qu’une main, qui pourrait être la nôtre : car «  les soldats, au fond, ont fait ce qu’ils ont fait pour nous ». Amato conclut en affirmant qu’Abou Ghraib est également le nom de l’unique figure de l’altérité que la culture occidentale parvient à tolérer : celle de l’Autre soumis.
Pierandrea Amato enseigne la philosophie à l’université de Messine, en Italie. Il a étudié à Naples, Amiens, Berlin, Heidelberg. Sa recherche vise essentiellement à établir un lien entre le nihilisme et la politique dans la philosophie contemporaine. Dans cette perspective, il a consacré plusieurs ouvrages au concept de bio-politique. Plus récemment, cette piste de recherche s’est articulée autour d’une enquête ontologique sur la notion de pouvoir destituant, conçue comme une figure politique placée au-delà de la politique classique, et autour d’une investigation esthétique, philosophique, généalogique du concept de « catastrophe », conçu comme paradigme de notre quotidien. ­
acheter ce livre

mercredi 1 janvier 2014

Les néolibéralismes de Michel Foucault

Raisons politiques N° 52, 2013/4


Presses de Science Po - 2013

"Les leçons prononcées par Michel Foucault de janvier à mars 1979 ont un statut particulier dans son parcours au Collège de France. C'est le seul moment où Foucault interroge l'histoire du 20e siècle et se situe à la verticale de son actualité contemporaine, parfois même la plus immédiate (par exemple la politique économique de Valéry Giscard d'Estaing, lors de la séance du 7 mars). Le titre général qui avait été donné (Naissance de la biopolitique) prête cependant à confusion. La « biopolitique » est devenue, avec l'usage intense et diversifié qu'on lui connaît dans l'école italienne (Agamben, Negri, Esposito, etc.), un concept central de la pensée politique contemporaine. Foucault, qui invente l'expression, lui donne, dans ce cours, un sens relativement circonscrit : la prise en compte par un gouvernement politique d'un nouvel objet, la « population », entendue comme l'ensemble des gouvernés considérés sous l'angle de leur existence biologique, et posant par là une série déterminée de problèmes (santé, natalité, hygiène, maladies, etc.). (...)" Frédéric Gros

vendredi 22 avril 2011

La vie inséparée : vie et sujet au temps de la biopolitique

Muriel Combes

32

Avril 2011 - Ed. Dittmar, Paris - Collection Philosophie – 20 €

Entre 1976 et 1982, Michel Foucault multiplie les hypothèses et les remaniements, ainsi que les considérations rétrospectives concernant sa méthode. C'est au cours de cette période qu'il élabore la notion de biopouvoir, indiquant le moment où, autour du XVIIIe siècle, la vie - celle des individus et celle des populations - entre comme telle dans les mécanismes du pouvoir et devient ainsi un enjeu essentiel pour la politique. Cette notion, et les hypothèses qui lui sont associées quant à la nature du pouvoir moderne, constitue le point de départ du présent travail. Le postulat qui l'a guidé est que l'hypothèse d'un pouvoir sur la vie peut fournir l'axe central de ce que Foucault avait proposé dans ses derniers textes de nommer une « ontologie du présent ».

Au début des années 80, les recherches de Foucault semblent bifurquer vers le problème de la vérité et vers un questionnement portant sur l'éthique et ce qu'il commence à nommer les « pratiques de soi ». Mais au-delà de la suspension de fait de l'analyse du bio-pouvoir, ce à quoi on assiste alors n'est pas tant une simple rupture avec les problèmes qui occupaient, dans les années 70, un intellectuel impliqué dans l'invention politique, que l'élaboration d'un quadrilatère fondamental articulant les concepts de vérité, de pouvoir, de sujet et de vie.

Les commentateurs s'intéressent généralement aux trois premiers concepts, délaissant le dernier dont le statut est, il est vrai, délicat. Car son explicitation obligeait à aller dans des directions que Foucault ne voulait pas explorer, en particulier vers une reprise positive du questionnement ontologique, pour éclairer la relation entre vie et subjectivité.

C'est dans cette direction que le travail de Foucault rencontre celui de Simondon. Et que les deux peuvent se prolonger dans un questionnement concernant les modes d'inscription de la vie dans la politique. Le postulat chaque fois en jeu est que la vie ne peut jamais être conçue séparément de la subjectivité ; c'est de là que nous proposons de partir pour une élucidation politique du présent.