vendredi 4 juin 2021

Vincent Genin : Avec Marcel Detienne

 Labor et fides - Juin 2021


Ce livre n’est pas une biographie scientifique de Marcel Detienne (1935-2019) – enfin, il l’est sans l’être vraiment. Ce n’est pas non plus l’éloge du fils brillant et tumultueux de Jean-Pierre Vernant ou d’un des hellénistes, philologues et anthropologues de la Grèce ancienne les plus reconnus dans le monde.

Il faudrait ajouter Claude Lévi-Strauss, Michel de Certeau et Georges Dumézil. Son ami Philippe Sollers, aussi. Le havre de paix qu’il avait trouvé à l’École pratique des hautes études, à Paris, venant de sa Belgique problématique. L’ostracisme qu’il a connu, enfin, des rives italiennes à celles des États-Unis. Tout ceci fait de lui un sujet infiniment incertain. Il s’agit plutôt d’un essai subjectif, écrit à partir de nombreuses archives inédites, suivi d’une annexe de lettres.

Il s’agit surtout de sonder un homme au plus profond, la manière dont un être se laisse marginaliser, pour aller au bout de lui-même. Ce livre est le fruit d’une visite que l’auteur a rendue à Detienne, quelques semaines avant sa mort, et d’une volonté de l’écrire après l’avoir vu. Vincent Genin a voulu rester un moment avec Marcel. Lire son œuvre, celle du structuraliste au cœur de la Grèce, du camarade des dieux (Dionysos, Apollon), de l’intellectuel qui doute, puis l’enfant de la guerre inquiet devant une Grèce étant la valeur-or des nationalismes.

Tentative de cerner un être, ses moteurs, ses errances, sans doute. Une autre manière d’envisager l’histoire des sciences humaines? Peut-être. Une plongée en apnée dans la tête, la main et l’œil de Marcel Detienne, certainement.

Avant-propos de Philippe Borgeaud.

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Eric Valentin : Le mémorial de Peter Eisenman à Berlin. Lecture architecturale et philosophique selon Adorno, Derrida et Habermas

 L'Harmattan - Juin 2021


La dimension artistique du mémorial de Peter Eisenman a été peu considérée. À la croisée de l'architecture et de la sculpture, il convient d'étudier sa dimension urbaine et de relever son identité comme monument in situ. Les réflexions du philosophe Derrida sur le déconstructivisme architectural, notamment de Libeskind, sont capitales. Comme le dit Habermas, son défenseur majeur, le monument s'adresse aux descendants allemands des bourreaux. Cet ouvrage propose une lecture adornienne du mémorial qui dépend de l'art abstrait et de sa métexis aux ténèbres. Le mutisme du mémorial implique une réflexion sur les questions de l'infigurable et de l'ineffable concernant la Shoah. Si le sens de l'oeuvre semble être absent, cela peut s'expliquer par la déclaration de Ruth Klüger, selon laquelle l'extermination des Juifs par les nazis est un non-sens absolu. Le monument invite à ouvrir le champ de la mémoire et contient un avertissement : l'autodestruction de l'espèce humaine.

Éric Valentin a été maître de conférences HDR de l'Université de Picardie, attaché de recherche à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne et chargé de recherche au CNRS. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'art contemporain publiés par Gallimard, L'Harmattan et Les presses du réel.

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André Laks : Historiographies de la philosophie ancienne. Neuf études

 Belles lettres - Juin 2021


Les études réunies dans ce livre reprennent des travaux publiés de manière dispersée entre 1989 et 2014. Elles considèrent neuf moments significatifs de la réception philosophique de la philosophie et des philosophes antiques du XVIIIe au XXe siècle. Anaximandre, Héraclite, Parménide, Platon, les Cyniques, mais aussi les traditions doxographiques qui ont modelé leurs images, sont pris dans l’espace complexe où la philosophie et ses historiens croisent tant les théories de l’histoire que les pratiques philologiques. L’unité du propos est assurée non seulement par une trame chronologique, allant de Brucker à Kant, de Kant à Schleiermacher et aux Néokantiens, de Burckhardt à Nietzsche, de Nietzsche à Heidegger et Gadamer, et de la philosophie elle-même à la psychologie historique de Vernant, mais aussi par l’attention qui est portée, dans chaque cas, aux tensions et équilibres intellectuels et disciplinaires mis en jeu. La question générale est celle des critères et de la légitimité des actualisations qui guident la recherche historique. L’ensemble constitue ainsi, à partir d’un domaine spécialisé, une contribution à un domaine de recherche, l’historiographie de la philosophie, dont un critique pouvait encore dire en 1991 qu’« il n’y a guère de discipline dont la procédure est historique où l’investissement exigé en matière de théorie et de méthodologie soit plus réduit », mais qui a connu au cours de ces dernières années d’importants développements. On peut penser que la voie est désormais ouverte à une discussion interdisciplinaire et interculturelle de grande ampleur et portée.

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Enzo Paci : Journal phénoménologique

Éditions Conférence - Juin 2021


« Que faisons-nous et vivons-nous vraiment chaque jour ? » Cette question, Enzo Paci la pose en diariste et en phénoménologue. Ce livre est le journal d’un individu qui, comme tous les individus, est en quête du sens animant son existence, et s’en remet au rythme des jours pour le percevoir ; mais qui, ce faisant, comprend qu’il y faut un écrit d’un genre nouveau, le Journal phénoménologique, capable de réinvestir le vécu quotidien de toute la puissance descriptive et explicative de la philosophie héritée de Husserl pour se hisser à hauteur de la vie. Ce projet original consiste à reprendre les difficiles leçons de la phénoménologie dans l’exemple immédiat et concret d’une vie vécue, afin de servir d’introduction à cette école. Mais c’est avant tout un texte où mesurer la fécondité de deux traditions appelées à se rencontrer, la phénoménologie et le journal, celui d’une l’existence qui se tient et se considère dans son propre passage.

Enzo Paci (1911-1976) fut professeur de philosophie théorique à l’Université de Pavie puis de Milan. Dans sa jeunesse, il eut pour maître Antonio Banfi qui l’introduisit à la pensée de Husserl. Après avoir soutenu en 1934 une thèse intitulée La signification du Parménide dans la philosophie de Platon, il publia de nombreux livres qui le font figurer parmi les plus éminents représentants de l’existentialisme et de la phénoménologie : Dall’esistenzialismo al relazionismo, Tempo e verità nella fenomenologia di Husserl ou encore Funzione delle scienze e significato dell’uomo. La lecture que Paci fait de Platon le conduit dès la fin des années 1930 à des développements originaux qui entrent en dialogue avec les pensées nouvelles de l’existence de Sartre, Merleau-Ponty ou Ricœur, dont il fut un ami proche. Mais, en dépit de cette proximité avec l’école française de phénoménologie, Paci suit une voie originale en se voulant plus fidèle à la pensée de Husserl et moins influencé par celle de Heidegger. Nourrie à la riche tradition italienne, dont elle se veut le prolongement, la philosophie de Paci se présente comme un relationnisme qui cherche à penser l’homme par-delà les errements de l’ontologie trop prompte à tracer des frontières entre les êtres. Cet esprit d’ouverture à toutes les formes de l’être se manifeste sans doute avec le plus d’acuité dans la vie foisonnante de la revue Aut aut que Paci fonda en 1951 et qu’il dirigea jusqu’à sa mort.

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Peter Hacker : Dialogues sur la pensée, l’esprit, le corps et la conscience

 Agone - Juin 2021


Quoique ces dialogues progressent avec la plus grande rigueur argumentative, l’auteur les conçoit comme un véritable « divertissement intellectuel » – où l’on croise, entre autres figures classiques ou contemporaines, Socrate, Aristote, Descartes, Locke et Wittgenstein – à l’intention de ceux qui se demandent quelle est la relation entre le corps et l’esprit, ce qu’est au juste la conscience ou si nous pourrions penser sans langage.

« Richard : Avoir un esprit doit être comparé au fait d’avoir des talents, pas au fait d’avoir un outil. Faire quelque chose avec son esprit, ce n’est pas comme utiliser un marteau, mais comme utiliser ses talents.
Jill : Mais penser est bien une chose que nous faisons avec notre esprit ?
Richard : Non. Nous ne pensons ni ne raisonnons avec rien – sinon avec un stylo dans la main. Nous utilisons bien notre esprit quand nous pensons, mais pas comme nos jambes pour marcher. L’esprit n’est pas un organe.
Jill : Diriez-vous que ce n’est pas non plus avec notre cerveau que nous pensons ?
Richard : En effet. Pas au sens où vous voyez avec vos yeux. Seulement au sens où vous marchez avec votre cerveau. Il faut un cerveau pour marcher, mais vous ne marchez pas avec votre cerveau. Il faut un cerveau pour penser, mais vous ne pensez pas avec votre cerveau. Il n'y a rien avec quoi vous pensez. »

Philosophe britannique, spécialiste de l’esprit et du langage, exégète de la pensée de Wittgenstein, Peter Hacker a développé sa voie propre dans plusieurs ouvrages, qui fournissent notamment une des critiques les plus fortes de la portée philosophique des neurosciences. Ces Dialogues s'appuient sur les analyses menées dans sa magistrale anthropologie philosophique en quatre volumes, tout juste achevée.

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Marcel Detienne : La Notion de Daïmon dans le pythagorisme ancien. De la pensée religieuse à la pensée philosophique

 Belles Lettres - Juin 2021


En étudiant la notion de daïmon dans le pythagorisme ancien, Marcel Detienne met en lumière la transformation d’une pensée religieuse en une pensée philosophique.
À l’origine, le mot « daïmon » recouvre une grande variété de significations, qui se situent à des niveaux différents de la pensée, en l’occurrence donc, une pensée sociale. Les textes choisis et commentés par Marcel Detienne nous font considérer successivement démons et communauté agricole, culte des démons, démons et rêves, démons et maladies, démons et vengeance et le démon de l’airain. À ce niveau, les diverses significations de daïmon ne sont guère que des variations sur un thème général – la relation des vivants et des puissances du monde invisible. Il n’y a encore là « nulle réflexion sur la nature du daïmon, sur son essence. Bien plutôt, il s’agit d’expérience religieuse ».
À partir de témoignages concordants d’auteurs divers, Marcel Detienne développe ensuite l’idée d’une démonologie dans la pensée religieuse du pythagorisme. On y apprend que le terme ne désigne pas seulement la portion du divin que l’homme porte en lui et, en quelque sorte, l’être divin qui réside en l’homme, mais qu’il peut avoir un sens eschatologique. Il existe en effet une croyance pythagoricienne d’après laquelle les âmes vertueuses deviennent des démons « bons et pleins d’amour pour les hommes ». Il ne s’agit plus seulement d’avoir un bon démon, mais, par la pratique de la vertu, de l’être, que ce soit après la mort ou pendant la vie ; et Pythagore lui-même, dans la pensée de ses disciples, est l’illustration la plus parfaite de ce type de démon, inférieur aux dieux et supérieur aux hommes, qui descend sur terre pour intervenir dans les affaires humaines et sauver la race des hommes.

Marcel Detienne (1935-2019) était un helléniste et anthropologue comparatiste. Ses recherches sur la parole et l’autochtonie dans la Grèce ancienne ont marqué la discipline. Agrégé de philosophie ; Helléniste ; Professeur au Collège de France (1975-1984)

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Plotin : Œuvres complètes. Tome II, Volume III : Traités 30 à 33

 Les Belles lettres - Juin 2021


Les traités 30 à 33 de Plotin comptent parmi les plus complexes et les plus fascinants du corpus des Ennéades. Considérés longtemps comme formant un unique grand traité (l’hypothétique Grossschrift), ils sont au cœur du débat de Plotin avec certains gnostiques (identifiés principalement à des séthiens platonisants), une querelle dont l’ampleur et la durée dépassent de loin ce que l’on a entrevu initialement et dont le traité 33 lui-même, intitulé Contre les gnostiques, constitue le centre premier. À partir de cet écrit, en effet, on peut se faire une idée de la nature de plusieurs débats philosophiques et théologiques dans la Rome du IIIe siècle de notre ère, peu avant que le christianisme ne commence à s’imposer dans cette partie du monde face à l’hellénisme. Mais l’ouvrage réserve aussi d’autres surprises, dont le célèbre traité 30 Sur la contemplation, une réflexion qui a inspiré des générations de penseurs à travers les âges jusqu’au romantisme notamment et qui, à lui seul, se trouve au départ de ce qu’on pourrait appeler un genre littéraire en soi, le « poème métaphysique », et dont l’interprétation fournie ici, on pourra le constater, s’avère à bien des égards neuve sinon même surprenante. Et que dire par exemple encore du Traité 31 Sur la beauté intelligible, qui renferme peut-être les propositions les plus originales dans le champ de l’esthétique depuis la Poétique d’Aristote ? En bref, un Plotin à découvrir qu’on pourrait dire ici à son meilleur, étudié et présenté par une équipe de spécialistes de provenance internationale.

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Florent Brayard et Andreas Wirsching (dir.) : Historiciser le mal. Une éditions critique de Mein Kampf

 Fayard - Juin 2021


" Historiciser le mal propose une analyse critique, une mise en contexte, une déconstruction, ligne par ligne, de Mein Kampf, une des sources malheureusement fondamentales pour comprendre l’histoire du XXe siècle.

Nous avons agi en responsabilité en mettant en place un dispositif global afin de respecter l’exigence scientifique et éthique qui s’imposait.

La nouvelle traduction présentée dans Historiciser le mal a été confiée à l’un des meilleurs traducteurs de l’allemand en langue française, Olivier Mannoni, qui a ensuite travaillé avec une équipe d’historiens, tous spécialistes du nazisme, de la Shoah et de l’histoire des Juifs.

La rédaction d’Historiciser le mal a été menée dans le cadre d’un partenariat signé par Fayard avec l’Institut d’Histoire de Munich, qui a publié en 2016 une édition critique de Mein Kampf en Allemagne, un travail de référence qui a mobilisé une équipe d’historiens allemands.

Historiciser le mal a été rédigé par un comité d’historiens, dirigé par Florent Brayard, qui a traduit, adapté, prolongé les 3 000 notes de l’édition allemande et rédigé une introduction générale et 27 introductions de chapitres. Dans la forme, les notes encadrent ainsi la nouvelle traduction et sont indissociables de sa lecture. L’ensemble compte près de 1 000 pages et constitue un jalon historiographique sur la genèse du nazisme. En définitive, l’appareil scientifique inclus dans Historiciser le mal est deux fois plus volumineux que la traduction du texte de Hitler.

Il n’est pas question, bien évidemment, que la publication d’Historiciser le mal puisse être lucrative. Ainsi, la Fondation Auschwitz-Birkenau, chargée de la conservation du site du camp de concentration et d’extermination, percevra des droits au premier exemplaire vendu et la totalité des bénéfices qui pourraient être issus de la vente d’Historiciser le mal.

Pour savoir où l’on va, il est indispensable de comprendre d’où l’on vient. Nous sommes convaincus que le travail des historiens est nécessaire pour lutter contre l’obscurantisme, le complotisme et le refus de la science et du savoir en des temps troublés, marqués par la montée des populismes. C’est le sens de notre démarche d’éditeur. "

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jeudi 3 juin 2021

Christine Baron : La littérature à la barre

 CNRS Editions - Juin 2021


À la littérature, la recherche esthétique, les vies singulières, la langue libérée de toute entrave, la transgression ; au droit, les procédures réglées, les rôles établis, le langage figé, la reconduction de l’ordre.
Rappelant l’imaginaire de l’écrivain hors la loi, né dans le sillage des procès intentés en 1857 à Baudelaire et à Flaubert, cette opposition terme à terme dissimule à quel point droit et littérature ont partie liée.
Car la soif de justice irrigue la littérature au point d’en faire un laboratoire du droit. En retour, les lettres peuvent être convoquées dans le prétoire, les romans participer à la formation des juges. La proximité de ces deux champs se manifeste également dans les débats théoriques qui traversent chacun d’entre eux, sur la place de l’interprétation ou le rôle du contexte. Et la censure elle-même, lieu de confrontation par excellence, tend aujourd’hui à prendre de nouveaux visages.
Explorant les œuvres de Truman Capote et Emmanuel Carrère comme de John Grisham, Juli Zeh, Tanguy Viel ou Franz Kafka, mobilisant des procès récents autant que les philosophes contemporains du droit, cette enquête révèle des solidarités inattendues entre légalité et légitimité, règle et vérité, responsabilité et liberté.

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Vincent Descombes et Florence Giust-desprairies ( (dir.) : Imaginer l'autonomie. Castoriadis, actualité d'une pensée radicale

 Le seuil - Juin 2021


Ce recueil d'hommage à Cornélius Castoriadis, près de 20 ans après sa disparition, présente une série de discussions et de perspectives construites à partir des thèmes directeurs de sa pensée : l'auto-institution de la société et l'autonomie du sujet, l'imaginaire social, la défense de l'idée de révolution inséparable d'une critique du marxisme, etc. Des grands noms de la philosophie contemporaine (V. Descombes, B. Karsenti, F. Lordon...), de la sociologie (I. Théry...) explicitent ce qu'ils doivent à Castoriadis et montrent combien sa pensée reste inspirante à un moment de crise écologique et démocratique du capitalisme tardif.

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Jean-Louis Vieillard-Baron : Le spiritualisme français

 Cerf - Juin 2021


Il y a eu Bergson. Puis sont venus Lagneau, Lavelle, Lachelier. Ils ont ouvert la voie à Levinas et Ricoeur. C'est cette préhistoire oubliée du meilleur de la philosophie française contemporaine que dévoile ici Jean-Louis Vieillard-Baron, montrant pourquoi et comment Paris reste la capitale de l'esprit.
On invoque sans cesse Kant, Hegel, Marx, Nietzsche et Schopenhauer, mais qui sait que la France a eu, au même moment, des philosophes de premier plan à l'origine d'une tradition philosophique originale ? C'est cette histoire du spiritualisme français, né d'une critique du sensualisme et en débat constant avec Descartes et son dualisme de l'âme et du corps, qui est de retracée ici depuis Chateaubriand jusqu'à Émile Boutroux, en convoquant aussi bien des poètes, écrivains, historiens que des philosophes, en montrant le rôle des circonstances d'abord dans sa naissance (1802-1848), ensuite dans son épanouissement (1848-1921). À travers les écrits de Maine de Biran, Victor Cousin, Théodore Jouffroy, Félix Ravaisson, Alphonse Gratry, Jules Lachelier, Edgar Quinet, Jules Michelet, et de bien d'autres, on découvre une pensée sociale et politique autant que religieuse dont la métaphysique, d'inspiration chrétienne, pose l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la liberté de l'homme en soi et vis-à-vis de toute autorité.
Ainsi, loin des sentiers battus d'une histoire qui rend compte des derniers soubresauts de la métaphysique en régime postkantien, Jean-Louis Vieillard-Baron propose ici une contre-histoire de la métaphysique.

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Alkemie 2021 – 1, n° 27 : Le temps

 Classiques Garnier - Juin 2021



A. DEMARS, « Temps mort entre rage et râle » - R. OLCÈSE, « À ciel ouvert » - E. MARTELLI, « "Tejer, destejer, mesteres" » - M. DE LAUNAY, « Il est toujours temps... » - F. COLOTTE, « Réflexions cicéroniennes sur la question du temps » - A. MIRANDA, « Qu'est-ce que la décadence ? » - L. BALAGUÉ, « Temps de la rêverie, rêverie du temps » - A. WEINBERG, « Écrire pour savoir pour/quoi écrire » - A.-L. ANDEVERT, « Dans la gueule du temps » - S. IDOUDI, « La question du temps dans les Cahiers de Paul Valéry » - J. BRISSON, « Barthes et l'idiorrythmie » - D. CHÂTEAU ALABERDINA, « La nostalgie dans l'oeuvre de Jón Kalman Stefánsson » - M. DION, « Le passage du temps à travers les oeuvres littéraires d'Haruki Murakami » - M.-G. STĂNIŞOR, « Entretien avec Claudine Le Tourneur d'Ison » - Y. LECLAIR, « Le temps des plumes » - F. FARRE, « Incantations » - L. GAZIZOVA, « Je serai gardienne de phare » - C. VĂLCAN, « Crépuscule » - J. G. COSCULLUELA, « Question de temps. (Pas d'oubli, 4) » - M. CARON, « Angelina "la Rouquine" et la Dame de Rueil » - M. LAMBERT, « Sous la neige » - P. GARRIGUES, « Sonnets du temps qui ne passe aussi peu qu'il passe » - M. Céhère, « Conception(s) du temps et voyages spatio-temporels dans la culture populaire » - M.-G. STĂNIŞOR, « Entretien avec Caroline Laurent » - R. ENACHE, « Le néant contre l'être » - E. BRUYAS, « À contretemps »

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mardi 1 juin 2021

Carl Menger : Principes d'économie politique (Première édition critique)

 Le seuil - Mars 2021


Lorsqu'en 1871 Carl Menger (1840-1921) publie ses Principes d'économie politique – en quête d'une voie alternative au libre-échangisme britannique et au socialisme historique allemand –, il offre l'un des grands livres pivots dans l'histoire de la pensée, à la hauteur de La Richesse des nations (Smith), de la Théorie générale (Keynes) ou du Capital (Marx). En effet, aux côtés de Walras et de Jevons (mais bien différemment d'eux), il inaugure une économie théorique pure et engage la " révolution marginaliste " qui constitue le moment fondateur du courant dominant (et contesté) de la science économique contemporaine.
Menger pose en même temps la pierre fondatrice de l'" école autrichienne " (Böhm-Bawerk, Schumpeter, Mises, Hayek) dont la méthodologie et la philosophie individualistes imprègnent et font débat dans l'ensemble des sciences humaines et sociales.
Or cette œuvre majeure n'était accessible ni en français ni avec les fort nombreux ajouts manuscrits que Menger apporta, jusqu'en 1910, en vue d'une nouvelle édition amplement augmentée. Vingt années durant, Gilles Campagnolo a collecté et traduit ces manuscrits dispersés à l'étranger après la mort de Menger. Son édition critique, unique au monde, est la première à restituer cette œuvre classique au plus près du nouveau texte voulu par son auteur.
Le texte de Menger est précédé d'un historique des éditions et suivi d'un appareil critique complet. Dans la présentation éclairante qui ouvre ce volume, G. Campagnolo donne les clés pour comprendre l'œuvre de Menger et la resituer dans son contexte historique et intellectuel.

Ancien élève de l'ENS Ulm, agrégé et docteur en philosophie, ancien Fellow des universités de Harvard et de Tokyo, Gilles Campagnolo est directeur de recherches au CNRS et associé à la London School of Economics. Biographe de Menger (Carl Menger. Entre Aristote et Hayek,2008) ‒ dont il a traduit et présenté les Recherches sur la méthode de 1883 (2011) ‒, il codirige la Revue de philosophie économique.

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Sébastien Fleuriel, Jean-François Goubet, Stéphan Mierzejewski, Manuel Schotté (dir.) : Ce qu'incorporer veut dire

 Septentrion - Mars 2021


La notion d'incorporation vise à échapper à une série de fausses alternatives telles que celle de l'individuel et du collectif. Elle se réfère à l'idée d'une inscription du social dans les corps. Bien qu'introduisant une rupture fondamentale avec les théories classiques de l'action, elle a paradoxalement été peu discutée dans ses soubassements philosophiques, comme dans ses implications méthodologiques et empiriques. Cet ouvrage à plusieurs voix entend explorer ce qu'incorporer veut dire en envisageant la question à différentes échelles d'analyse et d'instanciation. Il s'agit d'abord de revenir sur la genèse du concept d'incorporation en le situant dans l'espace des théories de l'action, avec et contre lesquelles il s'est construit. Il s'agit ensuite d'avancer dans la saisie des contextes et médiations qui conduisent concrètement à incorporer le monde social. C'est en tenant ensemble ce double mouvement de réflexion que l'ouvrage propose un horizon d'investigation permettant de mieux appréhender la façon dont le social habite les corps, s'incarne en eux.

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Brigitte Gaïti et Nicolas Mariot (dir.) : Intellectuels empêchés ou comment penser dans l'épreuve

 ENS Editions - Juin 2021


Germaine Tillon, Jean-Paul Sartre, Marc Bloch, Charlotte Delbo, Bruno Bettelheim ou Roland Barthes : voici quelques-uns des intellectuels que l'on croisera dans ce livre. Ils ont en commun d'avoir éprouvé, plus ou moins longtemps et durement, des moments où ils ont été empêchés de lire, d’écrire, d’enseigner, de peindre, etc. Tous ont témoigné de ces épisodes de mise à l’épreuve dont parfois on ne se remet jamais. Certains ont été internés en prison ou en camp. D’autres ont connu l’enfermement du sanatorium. D’autres encore ont choisi de rompre avec le monde intellectuel en s’établissant en usine ou en partant vers un ailleurs lointain.
L’ouvrage prend ces situations d’empêchement, subies ou choisies, comme autant de terrains d’enquête : que disent-elles de la condition intellectuelle ? Que mobilisent ces hommes et femmes pour faire face aux privations dont ils et elles sont l’objet ? Leurs réactions nous révèlent combien la condition intellectuelle ordinaire tient à des apprentissages lettrés, mais aussi à des équipements matériels (le bureau, le livre), à des publics (les lecteurs, les élèves) et à des solidarités (les pairs), autrement dit à des mondes qui soutiennent l’identité.
Au fond, ce que nous donnent à voir ces récits de captivité, ces carnets de guerre ou ces correspondances d’exil, ce sont les tentatives pour reconstruire ces mondes. Dans l’épreuve et malgré elle.

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Alain Rouveret : Dans le labyrinthe du langage. Langage et philosophie dans les grammaires de Chomsky

Honoré Champion - Mai 2021 - Bibliothèque de grammaire et de linguistique


La pensée de Noam Chomsky sur le langage ne se réduit pas aux innovations théoriques qui ont fait la réputation de leur auteur. Sa singularité dans le champ du savoir doit aussi être cherchée dans un programme scientifique qui s’est développé au cours des années dans une absolue cohérence et dans la relative stabilité des options philosophiques qui constituent le fondement épistémologique de la Grammaire Générative.
C’est précisément à ces dernières que s’intéresse ce livre. Chomsky aborde des questions qui relèvent de la philosophie des sciences et de celle de l’esprit. Les solutions qu’il propose dérivent de la conception qu’il se fait de l’objet d’étude, la grammaire plutôt que le langage, qui, s’il doit être abordé en utilisant les méthodes en usage dans les sciences de la nature, impose aussi la définition d’une épistémologie spécifique.

Professeur émérite à l’Université Paris-Diderot, Alain Rouveret est l’auteur de nombreux travaux linguistiques, notamment d’une Syntaxe du gallois, d’un livre Aspects of Grammatical Architecture, qui réunit ses principales contributions théoriques et comparatives, et de deux recueils collectifs, l’un sur les phénomènes de résomption à travers les langues, l’autre sur Être et avoir dans leurs fonctions linguistiques. Ses recherches portent sur la syntaxe et la morphologie des langues romanes, la cliticisation, la syntaxe des constructions causatives, les phénomènes d’ellipse, la typologie des langues à verbe initial. Soucieux de participer à la diffusion des savoirs, Alain Rouveret est aussi l’auteur de deux textes d’introduction, La nouvelle syntaxe au Seuil et Arguments minimalistes à ENS Éditions.

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N'Dré Sam Beugré : L'éthique de l'impossible. Une étude de la justice de Derrida et Levinas

 L'Harmattan - Juin 2021


Cet ouvrage propose une analyse comparative des concepts de justice et d'altérité éthique développés par Jacques Derrida et Emmanuel Levinas, en vue d'une discussion sur l'[im]possibilité d'éthique. L'objectif est d'analyser la possibilité de penser à une certaine absence, dans les discours sur la justice comme critère et condition de la justice elle-même. Le problème central est configuré comme suit : si la question du troisième est justice chez Levinas, et si le troisième est présent dans la relation avec les autres, est-il possible d'affirmer que le troisième est une certaine absence, au sens derridien, de présence de l'autre ? Si oui, quelles conséquences possibles peut-on signaler dans la dimension éthique ? À la suite de cela, est-il possible de dire que l'éthique est impossible puisque la justice est une certaine expérience de l'impossible ?

N'Dré Sam B est docteur en philosophie. Il enseigne notamment la philosophie moderne (Spinoza) et contemporaine (Levinas et Jean-Luc Marion).

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Sophie-Jan Arrien et Christian Sommer (dir.) : Heidegger aujourd'hui. Actualité et postérité de sa pensée de l'événement

 Hermann - Juin 2021


La réception extraordinairement féconde de Heidegger, singulièrement en France, est entrée dans une phase nouvelle et le moment semble propice pour demander « ce qui est vivant » et « ce qui est mort » dans sa pensée, en interrogeant ses percées réelles comme ses impasses. La publication de l’édition intégrale en 102 volumes touche à sa fin : au-delà de tous les textes publiés du vivant de Heidegger, nous avons désormais à disposition tous les cours de Fribourg et de Marbourg, les traités « ésotériques » rédigés dans le sillage des Beiträge dans les années 1930-1940 et les Cahiers noirs de cette période. Le colloque de Québec (2017), documenté par le présent ouvrage et complété par des textes inédits, se concentrait moins sur le maître-ouvrage Être et temps (1927) que sur la période complexe initiée avec la conférence "L’essence de la vérité" (1930). C’est en effet à partir du « tournant » des années 1930 qu’émergent les concepts qui guident la pensée de l’Ereignis inscrite dans une « Histoire de l’être », selon ses dimensions phénoménologique et herméneutique, mais aussi théologique et politique.
Les contributions ici réunies, portant sur l’histoire, la technique, l’art, le politique, le mythe ou le divin, tentent d’éclairer la nature et les limites de ce legs philosophique majeur du XXe siècle en envisageant la question de sa postérité et de son actualité pour nous, aujourd’hui.

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