dimanche 18 mars 2018

Richard Spavin : Les Climats du pouvoir. Rhétorique et politique chez Bodin, Montesquieu et Rousseau

Voltaire Foundation - Mars 2018 - Collection : Oxford University Studies in the Enlightenment


Les analyses fondées sur l’environnement, qui font du terrain ou de la température des facteurs explicatifs de la diversité humaine, dominent les discours anthropologiques de l’Ancien Régime. Richard Spavin montre que ces théories climatiques révèlent des démarches contestataires à lire à côté des théories de la souveraineté, du constitutionnalisme et du républicanisme.
Richard Spavin fonde son analyse sur trois auteurs qui ont une vision relativiste du déterminisme climatique. Si, pour Bodin, Montesquieu et Rousseau, les théories des climats expliquent les causes géographiques derrière la diversité des sociétés, elles recèlent également une dimension métaphorique. Pour eux, les climats mettent en récit des visions du pouvoir: les limites du politique sont comparées aux obstacles géographiques; la finalité politique ne se trouve plus dans le corps du monarque mais dans le sol, auquel le monarque et son peuple appartiennent ensemble. L’auteur invite notamment à relire à nouveaux frais les dérangeants livres de L’Esprit des lois qui semblent justifier l’esclavage dans certaines régions éloignées du contexte européen.
Les théories des climats révèlent ainsi une face cachée de la philosophie politique de l’Ancien Régime. Richard Spavin en réévalue le socle philosophique et en dévoile l’ironie qui demeurait jusque-là inaperçue. Il montre que les climats sont un outil rhétorique efficace pour penser le nouvel ordre moral de la modernité.

Sommaire

Introduction. Les climats du pouvoir: métaphores et allégories du politique

i. Du ‘climat’ à l’anachorisme

ii. L’idiome politique du climat: entre science et littérature

iii. La ‘théorie des climats’ et le relativisme

iv. Bodin: l’espace-temps climatique

v. Montesquieu: la tension interclimatique

vi. Rousseau: l’inversion du paradigme nord-sud

1. Panorama des (in)déterminismes climatiques

i. La médecine ou le ‘bon usage’ de la géographie

ii. L’histoire scientifique de la théorie des climats

iii. Le savoir anthropologique

iv. L’histoire des climats ou les erreurs du passé

v. Le tournant écologique

vi. De la détermination à l’indétermination

vii. Le social qui corrige le politique

2. Les identités climatiques de Jean Bodin

i. Jean Bodin et la religion

ii. La notion d’histoire: le cas du Methodus (1566)

iii. Bodin et la géographie humaniste: les créations philosophiques de l’espace

iv. Le rôle de la géographie dans la nature

v. Les identités climatiques du Methodus: de la diversité à la relationnalité

vi. Le tempéré et l’inégalité climatique: de la relationnalité à la perfectibilité

vii. Les climats de la République: l’ambiguïté géographique de la France

viii. Climats et théologie naturelle: le Theatrum

ix. La théorie des climats comme blasphème?

3. Le commandement du froid: l’immatérialité des climats dans L’Esprit des lois

i. Le relativisme des climats: un premier niveau de lecture

ii. La théorie des climats et la cause morale

iii. Société et politique: qui commande à qui?

iv. L’‘ésotérisme’ de L’Esprit des lois

v. La froideur et la représentation symbolique du pouvoir

vi. D’un pouvoir naturellement contraint

vii. La souveraineté dans la distribution des pouvoirs

viii. Les climats ou la translucidité constitutionnelle

ix. Les climats, l’abnégation et la raison

x. La société chaude: la fabrique des passions populaires

xi. Eclairer l’obéissance et les passions populaires

4. Le chaud versus le froid dans l’esthétique politique de Rousseau

i. La théorie des climats dans la Querelle des Bouffons

ii. Rousseau versus Rameau

iii. Du Discours à l’Essai: l’antagonisme ou le pessimisme?

iv. Rousseau et le déterminisme climatique: l’ésotérisme du discours politique

v. De la musique à la langue: vers la délimitation du social

vi. La ‘douceur’: l’origine de l’homme sauvage

vii. Le droit naturel moderne

viii. Le temps historique versus le temps narratif: le cas des transitions

ix. La civilisation des passions: la ‘période’ du tempéré au chaud

x. Le problème du froid et la perfectibilité physique

Conclusion

Bibliographie

Index


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Holmes Rolston III : Terre objective. Essais d'éthique environnementale

Dehors - Mars 2018


Il se pourrait que l'éthique environnementale souffre depuis sa naissance d'une sorte d'erreur de baptême, du fait d'avoir repris à son compte le nom de la revue Environmental Ethics fondée à la fin des années 1970. L'insistance sur la dimension morale du questionnement permettait certes de mettre en évidence l'une des originalités de l'entreprise, mais elle avait pour principal défaut de passer sous silence toutes les autres dimensions constitutives de cette nouvelle approche. Le courant d'éthique environnementale aurait peut-être gagné à se présenter comme formant le projet d'une nouvelle « philosophie de la nature », irréductible en tant que telle à un simple discours moral, voire moralisateur. Telle aura été sans aucun doute l'ambition de Holmes Rolston III, comme l'attestent les divers articles ici réunis, dans lesquels l'auteur s'emploie à élaborer une philosophie complète, comprenant une esthétique, une métaphysique, une théorie de la connaissance, une théorie politique de la justice environnementale, et même une théologie. - Hicham-Stéphane Afeissa (préfacier) - Hicham-Stéphane Afeissa (traducteur) - Pierre Madelin (traducteur)

Holmes Rolston III (1932) peut être tenu pour le père de l'éthique environnementale américaine. Ses travaux ont exercé une profonde influence, au cours des dernières décennies, dans la formation des problématiques philosophiques liées à l'écologie.

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Renaud Garcia : Le Sens des limites. Contre l’abstraction capitaliste

L'Echappée - Mars 2018 - Collection : Versus


Face à la marche en avant du capital, voué à conquérir des territoires toujours plus reculés au dehors comme en dedans de nous-même, des voix s’élèvent et en appellent à prendre en compte les limites. Mais leur nature reste encore à définir : tel est l’objet de ce livre.
Les limites sont constitutives de notre être-au-monde, elles lui donnent sa densité et sa saveur. Dans chaque moment de la vie quotidienne, nous évoluons dans un lieu précis du vaste monde, situé autour de notre corps et imprégné de nos manières d’être personnelles. Or le capitalisme s’attaque à cette dimension fondamentale, en sapant toujours davantage les possibilités de contact direct avec notre environnement.
Aliments privés de goût par l’industrie, technologies nous donnant l’illusion d’être partout sans jamais être vraiment quelque part, transformation du travail en activité absurde et désincarnée, obsession de la santé nous poussant à gérer notre corps et notre « mental » comme un système performant : nous nous retrouvons en fait privés de monde, et par là de culture. Toutes ces formes de dépossession nourrissent un même mouvement d’abstraction de la vie.
Alliant philosophie, sociologie et littérature, ce livre tente de déterminer où se situent désormais les résistances à opposer à la dynamique du capital, en redonnant à notre sensibilité une puissance politique.

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samedi 17 mars 2018

Mondher Kilani : Du goût de l'autre. Fragments d'un discours cannibale

Le Seuil - Mars 2018 - Couleur des idées


Depuis les premiers " témoignages " sur le cannibalisme au lendemain des Grandes Découvertes, l'idée qu'il existe quelque part des humains prêts à en manger d'autres fascine l'Occident. Confondant passé et présent et bousculant contextes culturels et rituels, les représentations de cette pratique juxtaposent les actes anthropophages qui font suite aux naufrages ou aux famines, les " festins cannibales " des " féroces sauvages " des mers du Sud, les cérémonies mortuaires où le meilleur tombeau pour le disparu est le ventre de ses descendants ou la délectation des serial killers pour le corps de leurs victimes...
Cette approche indifférenciée alimente une longue tradition mythique comme l'incessant malentendu culturel qui a caractérisé la rencontre des Occidentaux avec les peuples exotiques. Elle manque surtout la dimension symbolique et métaphorique d'un phénomène évanescent, dont la réalité ne peut être appréhendée qu'imaginairement.
À la réflexion méthodique de l'anthropologie, cet ouvrage associe les productions littéraires, savantes et artistiques que la hantise d'être soi-même dévoré ou le fantasme d'assimiler l'autre ont inspirées. Ces fragments de discours cannibale dessinent l'étendue des champs de signification du cannibalisme : ceux de l'amour et de la haine, du désir et du rejet, de l'identité et de l'altérité, de l'ordre et du désordre, des relations d'alliance et de pouvoir, de l'autonomie et de la servitude.

Mondher Kilani est anthropologue, professeur à l'université de Lausanne. Il est notamment l'auteur de Guerre et sacrifice (PUF, 2006), Anthropologie. Du local au global (Armand Colin, 2012) et Pour un universalisme critique (La Découverte, 2014).

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Bruno Perreau : Qui a peur de la théorie queer ?

Les Presses de Sciences Po - Mars 2018


Après l'ouverture du mariage aux couples homosexuels en France, les mouvements réactionnaires ont orchestré une vaste campagne contre la "théorie du genre" , dangereuse propagande venue tout droit des campus américains. Bruno Perreau démontre que cette campagne s'attaque en réalité à la théorie queer, précisément parce que celle-ci est largement inspirée de penseurs français tels que Foucault, Beauvoir et Derrida. Il propose une enquête sur les liens entre identité, communauté et nation en France : si la théorie queer dérange autant, c'est parce qu'elle soutient l'idée que le sentiment d'appartenance ne naît pas d'un socle de valeurs et de références communes mais, au contraire, de la capacité à en contester le bien-fondé. Qui a peur de la théorie queer ? présente les nombreuses facettes de la réponse à la théorie queer en France, de la Manif pour tous au militantisme lesbien, gay, bi et trans, en passant par les séminaires de recherche, l'émergence de nouveaux médias, les politiques de traduction ou encore les débats autour du nationalisme et de l'intersectionnalité. Contre l'idée de "tyrannie des minorités" , Bruno Perreau propose une théorie critique de la représentation, plus attentive et plus hospitalière.

Bruno Perreau est professeur en French Studies au Massachusetts Institute of Technology, où il est titulaire de la chaire Cynthia L. Reed. Il est également chercheur affilié au Center for European Studies de Harvard.

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Margarita Boladeras : Parlons bioéthique

Hermann - Mars 2018


Ce livre présente cinq entretiens avec des philosophes pionniers dans le champ de la bioéthique francophone : Anne Fagot-Largeault et Jean-Yves Goffi (France), Gilbert Hottois et Jean-Noël Missa (Belgique) et Marie-Hélène Parizeau (Québec), cinq personnalités de renom, connues pour leur trajectoire exceptionnelle.
Les entretiens menés avec ces auteurs au sujet de leurs œuvres, de leurs expériences dans des comités de bioéthique et des différents débats soulevés ces dernières années nous permettent de connaître leur travail, mais aussi de faire une incursion dans le développement fulgurant de la bio-médecine et des biotechnologies des cinquante dernières années. Les conséquences de ces applications, les problèmes éthiques générés, les jugements favorables et défavorables à l’égard des changements sociaux qui se sont produits et le bouleversement d’idées qui s’en est suivi, sont autant d’aspects abordés dans ces entretiens.
L’utilisation du langage courant exige un effort de synthèse important ; aussi ces entretiens sous la forme d’une conversation offrent-ils au lecteur une vision panoramique, rigoureuse et concise de l’évolution de la bioéthique francophone.

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Jacques Bidet : "Eux" et "nous" ? Une alternative au populisme de gauche

Kimé - Mars 2018


Une gauche populaire cherche aujourd'hui sa voie entre une forme "parti" discréditée et une incertaine forme "mouvement" : entre "rassembler la gauche" et "construire le peuple". Mais que valent désormais ces termes de "peuple" et de "gauche" ? Si le débat piétine, c'est, aux yeux de l'auteur, parce qu'on en reste au registre du politique. Il propose de reprendre les choses de plus haut : par une approche nouvelle des rapports de classe dans l'Etat-nation et des rapports de nation dans le Système-monde à l'ère néolibérale, qui permette de comprendre comment s'est reconfiguré le théâtre des partis. Il croise ici les héritages de Marx et des siens - Gramsci, Ecole de Francfort, Althusser - avec ceux de Foucault, Bourdieu et Schmitt. Mais sa critique du populisme de gauche s'inspire tout autant du renouveau du travail sociologique sur les classes moyennes et populaires. L'émancipation de ce vaste peuple des sans-privilège, de cette "classe fondamentale" qui est aussi "de sexe" et "de race", requiert une organisation politique de type nouveau, fondée sur une forme "association" dont il trace les contours et l'horizon révolutionnaire. Il avance une "politique" au sens fort et prégnant d'Aristote et de Hobbes : une vraie "théorie" donc, qui est, en même temps, une intervention frontale dans les conflits et débats en cours.

Jacques Bidet, philosophe, est professeur émérite à l'Université de Paris-Nanterre.

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Marc Lebiez : Transcendance de l’État

Kimé - Mars 2018


On voudrait que religion et politique relèvent de deux domaines distincts : d’un côté les croyances personnelles, de l’autres la vie en commun. Cela semble aller de soi et être souhaitable, ne serait-ce que pour assurer la possibilité de la tolérance : on accepte d’autant mieux les différences en la matière que chacun s’accorde pour ne faire de sa religion qu’une affaire personnelle. On voit bien, en outre, ce que peut avoir d’oppresseur un État qui ajoute à la puissance qui le caractérise la contrainte d’une doctrine officielle. Même si l’on associe le mot république ou le mot démocratie au nom d’une religion ou de quelque autre dogmatique, on est bien devant un totalitarisme quand la puissance publique pourchasse ce qu’elle appelle « le vice » et prétend se mêler des conditions de la vie privée, jusqu’à la manière de se nourrir ou de s’habiller.
Il se trouve hélas que la claire et saine distinction du politique et du religieux, déjà loin d’être la norme, est remise en cause là même où elle était revendiquée. C’est que, pour les peuples qui ont peiné à se constituer en État, la religion est perçue comme un marqueur de l’identité nationale. Du coup, ceux qui se sentent solidaires des opprimés soutiennent des revendications étroitement religieuses, quittes à fermer les yeux sur le caractère oppressif de certaines d’entre elles.
Pour y voir plus clair, on se propose ici de revenir sur le débat occasionné par les thèses de Carl Schmitt et de les confronter à la tradition occidentale des relations entre politique et religion.

Marc Lebiez est philosophe et helléniste. Il a publié Les premiers temps modernes et Le culte du nouveau chez Kimé.

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vendredi 16 mars 2018

Marcel Conche : Parcours. Journal d'une vie intellectuelle

H Diffusion - Mars 2018


Après un livre plutôt austère sur Héraclite, l'auteur revient à la libre expression de soi ("C'est moy que je peins") où "expression de soi" ne signifie pas oubli des autres, qu'il s'agisse de ses proches, de ses amis (plusieurs fois présents par leurs lettres), de philosophes ("Rencontre de Pascal", "Hegel et le mal") ou d'hommes politiques ("Macron et la Crimée"). Reste que bien des chapitres ont un accent personnel, chapitres qu'une émotion inspire : nostalgie ("Au lycée d'Evreux"), fierté ("Mon sujet de fierté"), humiliation ("Le vélo"), résignation ("Vieillir"), tout cela à l'ombre des préoccupations métaphysiques fondamentales ("La Nature comme Tout et source de vie", et "Vers la Nature infinie").

Marcel Conche est professeur émérite de philosophie à l'Université de Paris I, et membre associé de l'Académie d'Athènes.

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Vincent Peillon : Liberté, égalité, fraternité. Sur le républicanisme français

Le Seuil - Mars 2018


Écrire l'histoire de la devise républicaine, c'est faire de la contre-histoire. Il suffit de considérer les noms des principaux auteurs ou penseurs de la devise républicaine, Robespierre, Pierre Leroux, Louis Blanc, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui seront étudiés dans ce livre, pour comprendre qu'ils ont été, dans des modalités certes diverses, allant de la pure et simple ignorance au mensonge ou à la moquerie et au dédain, destitués de leur paternité.
Ceux qui croient que les idées n'ont pas d'effet dans l'histoire et que la manière de raconter le passé n'influe pas sur le présent et sur l'avenir se trompent. Je ne sais pas si elles dirigent le monde, mais il n'est pas surprenant de constater, sur la base de cette histoire falsifiée, que le républicanisme soit devenu en France une philosophie conservatrice, voire réactionnaire, servant à légitimer les intérêts des classes les plus favorisées et à entretenir l'image sépia d'une France qui n'a jamais existé. Si ce n'est pas surprenant, c'est toutefois désolant et inquiétant.
En proposant ce livre sur la devise, j'ai voulu écrire une histoire de la doctrine républicaine française du point de vue des républicains eux-mêmes, c'est-à-dire de ceux qui se sont battus pour elle, plutôt que du point de vue de ceux qui l'ont combattue et ne s'y sont ralliés que lorsqu'elle avait vaincu. J'ai cherché à présenter cette doctrine telle qu'elle a été élaborée non par ceux qui voulaient occuper les places mais par ceux qui voulaient, quoi qu'il puisse leur en coûter, produire un effet moral et affirmer un idéal, celui de la République démocratique, sociale et laïque. V. P.

Philosophe et homme politique, ancien ministre de l'Éducation nationale, Vincent Peillon est notamment l'auteur de livres sur Maurice Merleau-Ponty (1994, 2004, 2008), Jean Jaurès (2000) et Pierre Leroux (2003). Il a publié au Seuil La Révolution française n'est pas terminée (2008), Une religion pour la République. La foi laïque de Ferdinand Buisson (2010) Éloge du politique (2011) et Refondons l'école. Pour l'avenir de nos enfants (2013). 

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Philippe Bénéton : Essai sur l'art d’écrire de Machiavel

Cerf - Mars 2018 - Idées


Les lecteurs de Machiavel forment une troupe nombreuse où se mêlent les philosophes et les rois, les empereurs et les tyrans. Le Prince est de toutes les oeuvres de la pensée politique la seule qui ait durablement accroché l’intérêt des hommes de gouvernement : Charles-Quint en avait fait un de ses livres de chevet, Frédéric II s’efforça de le réfuter, Napoléon voulut qu’il fût dans ses bibliothèques successives, Mussolini en écrivit une préface. Staline l’annota. Hitler dit l’avoir lu et relu. Du côté des écrivains et philosophes, la liste est longue et prestigieuse : Bodin, Bacon, Marlowe, Spinoza, Montesquieu, Rousseau, Hegel, Nietzsche…
Mais qu’y a-t-il donc dans ce livre ambigu, écrit avec brio et semé de contradictions ?
Pour tenter d’y voir clair, Philippe Bénéton mène une vaste enquête sur l’art d’écrire du Florentin : des explications de texte serrées, une analyse systématique des sources, la confrontation du témoin Machiavel avec l’histoire de son temps. D’étape en étape, les brouillards se dissipent. Machiavel apparaît comme un maître dans l’art de la rhétorique. Quant à son intention profonde, il s’avère qu’elle n’est guère au diapason de ce que dit la doxa contemporaine. Il y avait une énigme Machiavel : voilà sa solution machiavélique.

Philippe Bénéton est professeur émérite à la faculté de droit et de science politique de Rennes. Il est l’auteur de plusieurs études classiques sur la politique, les classes sociales, le conservatisme.
Il a publié, en 2017, aux Éditions du Cerf, Le dérèglement moral de l’Occident.

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Christophe Bouriau et Guillaume Schuppert (dir.) : Perspectives philosophiques sur les fictions

Kimé - Mars 2018


Que peut-on espérer des fictions ? Rien, déclare l’intellectuel traqueur d’illusions. Tout, affirme l’artiste désireux de valoriser les potentialités de son matériau. Mais est-on sûr de parler d’une même chose ? À observer nos usages du terme, les fictions prolifèrent confusément à l’époque contemporaine, nichées dans nos œuvres, nos discours, nos croyances, nos imaginations. Si bien que poser sérieusement la question des mérites et démérites des fictions passe par une clarification rigoureuse de ce qu’elles sont. Les philosophes se sont depuis longtemps attelés à débattre des caractéristiques ontologiques, sémantiques, épistémologiques, ou psychologiques des fictions et à résoudre les paradoxes et difficultés qui s’y rattachent. Perspectives philosophiques sur les fictions rassemble neuf textes contribuant à cette enquête. Le recueil met l’accent sur une approche épistémologique positive des fictions, le « fictionalisme », sur ses origines chez Hans Vaihinger, ses développements et les critiques qu’on peut lui adresser.

Christophe Bouriau est Professeur de philosophie à l’université de Lorraine. Il est membre des Archives Henri Poincaré (UMR 7117) et membre associé du Laboratoire Lorrain de Sciences sociales (EA 3478).
Guillaume Schuppert est doctorant contractuel chargé d’enseignement en philosophie à l’université de Lorraine. Il est membre des Archives Henri Poincaré (UMR 7117).

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jeudi 15 mars 2018

Olivier Ponton : Le gai savoir de Nietzsche. Une manière divine de penser

CNRS Editions - Mars 2018


1882 Nietzsche publie Le Gai savoir, un texte joyeux, ironique. Après Choses humaines, trop humaines et Aurore, c'est l'oeuvre d'un convalescent qui retrouve toutes ses forces. Il suffit de lire 
le titre du prologue : " Plaisanterie, ruse et vengeance ", ou celui de l'appendice : " Chanson du prince Hors-la-loi ". 
C'est dans ce livre de la maturité que sont " lancées " la mort de Dieu (aphorisme 125) et l'éternel retour (aphorisme 341), deux pensées des plus importantes et des plus énigmatiques auxquelles le nom de Nietzsche demeure attaché. 
Si Dieu est mort, et qu'on ne croit plus en lui, pourquoi faut-il encore l'annoncer à des incroyants ? Si je dois revivre ma vie éternellement à l'identique, est-ce avec le souvenir de l'avoir déjà vécue ? Et quelle différence, si je la revis ? 
Ce livre tente de comprendre la logique et la fonction de ces deux pensées. Convoquant d'autres auteurs (Pascal, Freud, Foucault, Bourdieu, Castoriadis, Jankélévitch) pour mieux éclairer l'expérience que Nietzsche s'efforce également de susciter en nous, Olivier Ponton reconstitue la cohérence si singulière du Gai savoir, ce chef-d'oeuvre d'écriture aphoristique. Est ainsi mise en lumière une conception originale de la pensée, dont le pouvoir, moins théorique que pratique, 
est d'abord un pouvoir d'institution : institution du sens et de la valeur de la vie. 

Olivier Ponton est professeur en classes préparatoires. Spécialiste de Nietzsche, il est notamment l'auteur de Nietzsche, philosophie de la légèreté (2007).

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Jean-Luc Nancy : Exclu le juif en nous

Editions Galilée - Mars 2018 - Collection : La philosophie en effet


Une persistance ou une rémanence qu’on aurait cru impossible de l’antisémitisme oblige à reprendre à nouveaux frais l’analyse de ce dont cette disposition hideuse et morbide peut être l’effet. Il est nécessaire de creuser plus profondément dans ses origines. Celles-ci sont en effet à repérer au plus intime de notre culture européenne et pré-européenne. Elles tiennent à la conjonction conflictuelle des deux réponses à l’effacement des cultures archaïques : la réponse grecque et la réponse juive se rencontrent comme deux affirmations d’une humanité émancipée du mythe mais s’opposent comme deux façons de concevoir l’autonomie.
D’un côté l’autonomie tendanciellement infinie du logos, de l’autre l’autonomie paradoxale d’une hétéronomie répondant à un dieu caché. La première ne savait que repousser la proximité de la seconde, et donc l’exclure tout en l’engobant dans sa domination. La seconde ne pouvait que se replier dans cette exclusion au sein même de la domination.
Comment de ces prémices intrinsèquement contradictoires a pu s’engendrer l’histoire si longue et si terrible de la haine du Juif masquant une haine de soi ? On essaie de rendre possible une réponse.

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Edouard Glissant et François Noudelmann : L'entretien du monde

Presses Universitaires Vincennes - Mars 2018 - Collection : Littérature Hors Frontière


Edouard Glissant, poète et philosophe, né en Martinique en 1928, est une référence majeure pour penser la mondialité aujourd'hui. Ses idées de créolisation et d'identité nomade sont commentées aux Etats-Unis, au Japon, au Brésil, en Tunisie... Elles permettent de déchiffrer les transformations du monde contemporain et d'imaginer de nouvelles géographies politiques. Pendant les dix dernières années de sa vie, il s'est entretenu régulièrement avec François Noudelmann qui publie leurs discussions publiques et privées.

Edouard Glissant, écrivain, poète, philosophe est l'auteur d'une oeuvre conceptuelle et littéraire colossale, et d'une bibliographie dense. De Soleil de la conscience (1956) à l'Anthologie de la poésie du Tout-Monde de 2010, il s'est illustré dans tous les genres, roman, poésie, théâtre, essais philosophiques. François Noudelmann est professeur à l'université de Paris 8 et aux Etats-Unis (New York University). Il est membre de l'Institut Universitaire de France. Producteur à France-Culture, il a animé des émissions hebdomadaires et quotidiennes de philosophie pendant onze ans. Traduits en une dizaine de langues, ses travaux portent sur la littérature, la philosophie et la musique.

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John Dewey : Écrits politiques

Gallimard - Mars 2018 - Collection : Bibliothèque de philosophie


John Dewey (1859-1952) est l'un des philosophes majeurs du XXè siècle et certainement l'un de ceux dont la pensée se conjugue le plus étroitement aux transformations qui l'ont marqué. Durant toute sa carrière intellectuelle, à côté de ses travaux théoriques, Dewey fut aussi un observateur et un acteur particulièrement attentif de la vie politique américaine et internationale. Les très nombreux écrits qui jalonnent son long parcours sont autant d'interventions et de positions dans le débat public sur les problèmes qui lui tenaient le plus à coeur. La question de la démocratie et de l'émancipation sociale, économique et politique en constitue le centre. Sous le titre Ecrits politiques, le présent recueil propose un choix des textes les plus significatifs et les plus propices à enrichir la réflexion du lecteur d'aujourd 'hui. Dewey fut un penseur de la démocratie en un sens original et toujours neuf, dans une période qui a vu naître deux guerres mondiales, la Révolution bolchevique, l'URSS, une crise économique majeure, le fascisme et le nazisme, et un type de société : la "Grande Société" , marquée par l'emprise de l'économie, la perte du public. le pouvoir des experts et la domination de l'opinion.

Philosophe et pédagogue américain, John Dewey (1859-1952) est considéré comme l'un des chefs de file du pragmatisme et de la psychologie appliquée. De lui, les Editions Gallimard ont publié Le public et ses problèmes (Folio essais n° 533), L'art comme expérience (Folio essais n° 534), Expérience et nature (Bibliothèque de Philosophie, 2012), Reconstruction en philosophie (Folio essais n° 585), La Quête de certitude (Bibliothèque de Philosophie, 2014).

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mercredi 14 mars 2018

Marie Garrau et Delphine Prévost (dir.) : La Liberté négative. Usages et critiques

Hermann - Mars 2018


Dans Deux conceptions de la liberté (paru en 1958), Isaiah Berlin propose de distinguer deux grandes conceptions de la liberté politique : une conception négative, définissant la liberté comme absence d’interférences extérieures, trouvant sa source chez Hobbes et Bentham ; et une conception positive, définissant la liberté comme réalisation de son moi authentique, et plongeant ses racines dans la philosophie ancienne, en particulier chez les stoïciens. Berlin défend la supériorité de la première, soutenant qu’elle seule est compatible avec le pluralisme des valeurs, et critique sévèrement la seconde, dont la défense conduit selon lui à justifier les pires formes de despotisme.
Dès sa parution, le texte a suscité des débats importants ; le présent volume s’inscrit dans ce cadre. Les contributeurs se concentrent en particulier sur deux points : le concept de liberté négative, dont ils montrent qu’il n’a pas l’évidence et l’univocité que Berlin lui prête ; et la pertinence de la distinction opérée par Berlin, dont il n’est pas évident qu’elle résiste à des analyses informées par les sciences sociales.

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Georg Simmel : L'argent dans la culture moderne et autres essais sur « l'économie de la vie »

Hermann - Mars 2018


Textes choisis et présentés par Alain Deneault 

Plutôt qu’un penseur politiquement engagé et révolutionnaire, il fallait un virtuose de l’interdisciplinarité comme Georg Simmel (1858-1918) pour faire résonner entre elles les approches de l’économie sur lesquelles se fondent les différentes pratiques culturelles et disciplines scientifiques. Son œuvre, émaillée de références à l’histoire médiévale, à la théologie, à la philosophie néokantienne, à l’éthique de Spinoza, à la critique de Marx, aux romans de Zola et à la métapsychologie naissante, notamment, rappelle comment le mot économie ne saurait appartenir en propre à aucun des champs qui s’en réclament, l’un de ceux-ci dût-il se baptiser lui-même en référence à la notion.
Les essais de Simmel ont ainsi fait de l’argent un exemple de tout média mettant en relation la valeur des phénomènes les uns par rapport aux autres. Mais ce moyen qu’il était pour arriver à des fins s’est hélas érigé lui-même en fin dans notre imaginaire ainsi que dans nos pratiques. Et sans varier jamais son argumentation, Simmel a pu se faire tantôt apologiste de ces puissances de l’argent, tantôt le critique intraitable, selon la façon dont les sociétés y recourent.
L'argent, qui passe désormais pour « le Dieu de notre temps », fonde, en donnant l’impression à ceux qui le possèdent de transcender les événements, la fantasmagorie d’une « assurance » et d’un « calme » ultimes. La thèse fondamentale qui jalonne le parcours intellectuel de Simmel à travers tous ces textes s’énonce à la fin sans détour : l’argent a perverti nos plans d’organisation en s’attribuant, comme moyen, un statut de fin à prétention salvatrice.
L’approche interdisciplinaire de Simmel est tout indiquée pour rendre compréhensibles l’ascension délétère de l’argent et d'autres modalités structurantes de la vie sociale au rang de fin en soi.

Alain Deneault est philosophe. Sa thèse de philosophie portait sur la notion d'économie chez Georg Simmel. Il a publié différents travaux sur les enjeux politiques relatifs à la criminalité économique (Paradis fiscaux : la filière canadienne, Ecosociété, 2014) et sur les enjeux du savoir (La Médiocratie : politiques de l'extrême-centre, LUX, 2015)

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