En sacrifiant sa vie pour rendre à son frère les honneurs funèbres dont Créon l'avait privé, Antigone affirme l'importance du devoir de sépulture. Dans quelle mesure le motif de la sépulture est-il un symbole privilégié pour penser le lien social, politique et religieux aujourd'hui ? Tel qu'il est figuré dans la pièce de Sophocle, le revers de ce motif, à savoir le refus des honneurs funèbres, nous aiderait-il à penser - comme à panser - les traumatismes collectifs associés aux innombrables cadavres laissés sans sépulture au cours des siècles ? Ce livre explore ces questions sous l'angle pluridisciplinaire, à savoir notamment préhistorique, archéologique, philologique, théologique, historique, juridique, anthropologique, sociologique et psychanalytique.
mardi 27 mars 2018
Muriel Gilbert (dir.) : Antigone et le devoir de sépulture
Labor et Fides - Mars 2018 - Collection : Actes et recherches
lundi 26 mars 2018
Serge Margel : Altérités de la littérature. Philosophie, ethnographie, cinéma
Hermann - Mars 2018 - Le bel aujourd'hui
Selon l’hypothèse qui sous-tend cet ouvrage, un cas littéraire est l’homologue critique d’un niveau d’information fourni par l’échelle d’une carte. En effet, telle une carte envers le terrain cartographié, un fait littéraire est un cas critique qui transforme un état de chose en un autre sans changer cet état des choses, comme un meurtre qui deviendrait une affaire psychiatrique sans pour autant cesser d’être un meurtre. Il en va de même pour l’écriture de soi chez Rousseau, pour le deuil chez Hölderlin, le sublime chez Baudelaire, la fiction chez Mallarmé, l’amour chez Marguerite Duras, la date chez Paul Celan, la peau chez Charlotte Delbo, le raccord de souvenir chez Chris Marker, ou le personnage possédé chez Jean Rouch. Autant de cas qui ont fait l’objet d’études spécifiques et d’analyses textuelles, qui sont rassemblées ici pour penser le fait littéraire dans sa force critique. Ces textes ont été rédigés et ordonnés selon les relations que la littérature entretient à d’autres champs du savoir, d’autres disciplines, d’autres pratiques, ou à ses différents niveaux d’altérité.
Serge Margel est philosophe, philologue, chercheur au Fonds national suisse de la recherche scientifique, et enseigne à l’université de Neuchâtel. Il a notamment publié La mémoire du présent. Saint Augustin et l’économie temporelle de l’image (2016).
Jean-Marie Nicolle : Balades philosophiques de Rouen
Ipagine - Mars 2018
Rouen fut une ville riche et puissante, un port qui vit se rencontrer de nombreuses populations, un centre artistique et culturel avec ses peintres, ses écrivains et ses savants. Parmi ces esprits créateurs, quelques philosophes y ont vécu les débats et les engagements de leur époque. Ce petit guide vous invite à une balade philosophique dans le temps et sur les lieux qui ont vu passer Nicole Oresme, Montaigne, Blaise Pascal, Fontenelle, Voltaire, Alain, Sartre et Simone de Beauvoir. Chaque endroit visité sera l'occasion d'une présentation simple de leurs recherches et de quelques anecdotes. Rouennais, agrégé et docteur en philosophie, Jean-Marie Nicolle est spécialiste de la philosophie de Nicolas de Cues. Il a publié nombre d'ouvrages de philosophie générale et d'articles sur la philosophie des mathématiques.
dimanche 25 mars 2018
Patrick Flack : Idée, Expression, Vécu. La question du sens entre phénoménologie et structuralisme
Hermann - Mars 2018
Il est coutume, depuis les grandes polémiques des années 1960, de considérer la phénoménologie et le structuralisme comme des traditions rivales, antagonistes. À rebours de cette doxa, les études réunies dans ce recueil retracent la longue histoire et les synergies conceptuelles fortes qui les unissent. Des figures méconnues, telles que le philosophe russe Gustav Špet ou le linguiste néerlandais Hendrik Pos, rejoignent ici les auteurs canoniques que sont Edmund Husserl, les formalistes russes, Roman Jakobson, Maurice Merleau-Ponty ou Jacques Derrida, au fil d’un parcours qui jette un nouvel éclairage sur ce que phénoménologie et structuralisme ont à dire ensemble, tout particulièrement sur les thèmes du langage et de la littérature.
Patrick Flack est historien des idées et a défendu une thèse sur le formalisme russe à l'université Charles de Prague. Il a notamment édité Phenomenology and Linguistics (2016, avec S. Aurora) et Merleau-Ponty and Structuralism (2018, avec B. Stawarska).
samedi 24 mars 2018
Jacques Lucchesi : Le désir d'être un autre. Essai de psychologie sociale
L'harmattan - Février 2018
Une insatisfaction de soi et un refus de sa condition première déterminent les comportements de plus en plus d'individus dans la société moderne. Sans cesse l'autre imprime sa marque dans nos cerveaux, nous fascine, nous appelle, brouille nos repères de classe et de genre. Ce phénomène n'est pas nouveau : de tout temps les hommes ont soupiré sur les limites imposées tant par la nature que la société. Mais la modernité lui a donné une accélération et une intensité sans doute jamais atteintes jusqu'ici. A tel point que l'écart entre le symbolique et le réel ne cesse de se réduire. On ne veut plus subir le changement biologique mais l'orienter à sa guise. Et les modèles de l'industrie culturelle sont moins livrés à notre admiration qu'à notre appétit d'incorporation. Ce désir d'être un autre, vécu souvent sur un mode ludique, est- il une donnée fondamentale de la conscience moderne ? C'est la question centrale posée par cet ouvrage qui s'inscrit dans la mouvance de la psychologie sociale (Gabriel Tarde, Gustave Le Bon). A travers de nombreux exemples tirés de l'actualité, des arts et des sciences humaines, cette enquête souple et subjective plaide finalement pour l'acceptation d'une incomplétude qu'aucun artefact ne pourra jamais combler.
Né en 1958 à Marseille, Jacques Lucchesi est devenu journaliste après des études d'écologie humaine et de philosophie. Auteur, chez d'autres éditeurs, de poèmes, de nouvelles, d'essais et de théâtre, Le désir d'être un autre est son premier livre chez L'Harmattan.
vendredi 23 mars 2018
Olivier Alexandre : La sainte famille des Cahiers du cinéma
Vrin - Février 2018 - Collection : Philosophie et cinéma
Plus célèbre revue de cinéma au monde, les « Cahiers » occupent une place singulière dans le domaine de la critique. De crises en renaissances, ils continuent d’incarner un passé élevé au rang de mythe. Leur capacité à marier les contraires, entre gloire et marginalité, sens aigu de l’histoire et rendezvous manqués, révèle la part tragique du critique : ce travailleur sans métier, auteur sans profession, ni cinéaste ni enseignant, pas tout à fait journaliste ni complétement écrivain. À partir d’une enquête auprès de collaborateurs passés par les Cahiers du cinéma au cours des 50 dernières années, ce livre propose une réponse à cette question laissée en suspens depuis leur fondation : qu’est-ce qu’un critique?
Olivier Alexandre est sociologue, chargé de recherche au CNRS, ancien Visiting Scholar à l’université de Northwestern et à Stanford.
Jean-Yves Boulic : Eloge des vertus
Saint-Simon Ed. - Avril 2018
Pour vivre ensemble et s'accepter, les hommes ont besoin de partager des valeurs, et quelque chose de plus grand qu'eux-mêmes qui peut s'appeler le sacré. Mais il leur faut aussi, dans la vie quotidienne, dépasser les égoïsmes et les peurs, l'agressivité et l'avidité: les instruments de ce dépassement s'appellent les vertus. Ce ne sont pas des vérités dogmatiques ni des impératifs catégoriques: elles se construisent et se fortifient tout au long d'une vie d'expériences et d'épreuves.
Les vertus sont au point de jonction de la spiritualité et de la morale, avec un penchant pour la première, car ce sont elles qui choisissent de s'exercer ou non. Exigeantes les vertus, mais libres ! Il n'y a pas de vertus isolées, elles sont toutes dans le voisinage les unes des autres comme si, tel un collier de perles, un fil peu visible mais résistant les reliait.
De même, on cherche ce qui relie les hommes et les femmes de cultures différentes, de quelle commune humanité ils peuvent se reconnaître: la pratique des vertus est une réponse à valeur universelle. Si l'art rend le monde plus beau, la vertu contribue à le rendre meilleur, c'est-à-dire plus juste et donc plus pacifique.
Maurizio Ferraris : Émergence
Cerf - Mars 2018 - Collection : Passages
Pendant trop longtemps, la philosophie nous a raconté une histoire déprimante. Il y aurait un Moi qui, à travers le langage et la pensée, construirait le monde, les autres moi et, si absurde que cela puisse paraître, le passé lui-même. Cette histoire est triste parce que cette position, qui se prétend révolutionnaire, est de fait profondément conservatrice : c’est la réaction pure, c’est la négation de tout événement. Elle nous enseigne que rien de nouveau ne pourra jamais nous frapper, au titre de menace ou de promesse, et cela parce que le monde est tout entier à l’intérieur de nous.
Avec un langage créatif et des arguments aussi ironiques que contraignants, Ferraris nous raconte une autre histoire. La réalité et la pensée qui la connaît proviennent du monde, à travers des processus et des explosions, des chocs, des interactions, des résistances et des altérités qui ne cessent de nous surprendre. Du Big Bang aux termites, du web à la responsabilité morale, ce que le monde nous donne (c’est-à-dire tout ce qui existe) émerge indépendamment du moi et de ses claustrophobies.
Maurizio Ferraris est professeur de philosophie à l’université de Turin. Éditorialiste pour La Repubblica, il est directeur de la Rivista di Estetica et co-directeur de Critique. Il a écrit plus de cinquante ouvrages, traduits en plusieurs langues, dont T’es où ? Ontologie du téléphone mobile (2005) et Mobilisation totale (2015).
Traduit de l’italien par Sabine Plaud
Zhao Tingyang : Tianxia, tout sous un même ciel
Cerf - Mars 2018
L'ordre du monde dans le passé et pour le futur. L'oeuvre essentielle du philosophe chinois dominant traduite pour la première fois. Les grandes controverses du moment traitées frontalement. Une pensée alternative aux impasses contemporaines. Un livre-événement, refondateur. A lire absolument. A-t-on raison d'avoir peur de la Chine ? Et si, au contraire, son intuition originelle représentait le meilleur antidote au choc des civilisations ? Si elle permettait de faire enfin rimer globalisation et réconciliation ? Aux théories modernes sur l'Etat, la nation, la guerre, la paix, le conflit des pouvoirs et la domination des nouveaux réseaux, Zhao Tingyang oppose le Tianxia, ce système antique incluant "tout ce qui existe sous le ciel". Un système qui inspira l'Empire du Milieu, vortex ayant su attirer, intégrer, harmoniser les peuples et les cultures. Un système à même, demain, de définir le monde comme sujet souverain. Qu'il critique les courants majeurs de la pensée occidentale, qu'il invoque l'histoire, l'économie ou la théorie des jeux, qu'il révèle des concepts inconnus, c'est toujours en jetant des ponts que Zhao Tingyang nous invite, dans ce maître-livre, à redécouvrir l'universalité.
Zhao Tingyang est l'un des philosophes chinois contemporains les plus renommés. Chercheur à l'Académie des sciences sociales chinoises, il enseigne également dans les universités de Qinghua, Pékin et Harvard. En 2005, il publie son livre phare, Le Système Tianxia, une introduction à théorie politique du monde. Sa correspondance avec Régis Debray est publiée en 2015 sous le titre Du Ciel à la Terre (Les Arènes). Jean-Paul Tchang est chercheur à l'Académie des Sciences sociales, professeur de renommée internationale, auteur d'une dizaine d'essais dont une correspondance avec Régis Debray, Du ciel à la terre, publiée simultanément à Paris et Pékin, Zhao Tingyang incarne l'essor planétaire de la philosophie chinoise.
jeudi 22 mars 2018
Olivier Penot-Lacassagne (dir.) : Beat generation. L'inservitude volontaire
CNRS Editions - Mars 2018
Débarrasser la Beat Generation des clichés qui l'encombrent et font parfois oublier la vigueur du réveil qu'elle initia... Ce livre bouscule le bon ordre des discours convenus. Il fait entendre, aux côtés de la Sainte Trinité Ginsberg-Kerouac-Burroughs, des voix trop souvent minorées : voix de femmes (Diane di Prima, Ruth Weiss, Joanne Kyger, Hettie Jones, Anne Waldman...) ou d'hommes (Philip Lamantia, Michael McClure, Brion Gysin, Claude Pélieu, LeRoi Jones, Gary Snyder...) qui, artistes, poétesses et poètes, ont été relégués au second plan, par habitude, par indifférence, par incompréhension.
Que nous disent, aujourd'hui encore, ces femmes et ces hommes qui surent prendre leur responsabilité, dénonçant l'intolérance d'une Amérique blanche, malmenant l'ordre établi, inventant de nouvelles manières de vivre ? Sur quelles scènes (poétique, politique, musicale) et par quels acteurs (avant-gardes, free press, icônes rock – Bob Dylan, Jim Morrison, Genesis P. Orridge, Patti Smith) leur exigence a-t-elle été relayée ?
Les combats que les Beats menèrent, dénonçant la servitude consumériste, brisant le " politiquement correct ", restent à l'ordre du jour. Ils ont incarné une résistance dont nous mesurons l'actualité : ouverture au monde quand les nations se replient sur elles-mêmes, défense de la parole poétique contre les langages idéologiques et mercantiles, respect de la nature dans un siècle écocide, refonte de l'exigence politique, invention de vies parallèles à l'âge de la gestion du capital humain...
L'actualité des écrivains beat doit être réaffirmée avec force. L' alternative qu'ils ont défendue dénonçait les impasses d'une modernité prométhéenne déchaînée. Désormais notre présent.
Olivier Penot-Lacassagne est maître de conférences HDR à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Il a publié et dirigé plusieurs ouvrages, dont : Back to Baudrillard(2015), Contre-cultures ! (2013), Le Surréalisme en héritage : les avantgardes après 1945 (2008), " Moi, Antonin Artaud, homme de la terre " (2007).
François Cusset : Le déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence
La Découverte - Mars 2018 - Collection : Cahiers libres
On pourrait croire la violence en voie d'éradication de nos quotidiens mais, à y bien regarder, il n'en est rien. Si les violences émanant des individus sont effectivement jugulées par de solides appareils policiers, la violence économique, sociale, politique, imposée par le néolibéralisme perdure allègrement, tendant même à se fondre dans le décor. Dans cet essai ravageur, François Cusset nous décrypte ces nouvelles logiques de la violence avec lesquelles nous cohabitons malgré nous.
Le monde est déchaîné. La violence n'y a pas reculé, comme le pensent certains. Elle a changé de formes, et de logique, moins visible, plus constante : on est passé de l'esclavage au burn-out, des déportations à l'errance chronique, du tabassage entre collégiens à leur humiliation sur les réseaux sociaux, du pillage des colonies aux lois expropriant les plus pauvres... L'oppression sexuelle et la destruction écologique, elles, se sont aggravées.
Plutôt qu'enrayée, la violence a été prohibée, d'un côté, pour " pacifier " policièrement les sociétés, et systématisée de l'autre, à même nos subjectivités et nos institutions : par la logique comptable, sa dynamique sacrificielle, par la guerre normalisée, la rivalité générale et, de plus en plus, les nouvelles images. Si bien qu'on est à la fois hypersensibles à la violence interpersonnelle et indifférents à la violence de masse. Dans le désastre néolibéral, le mensonge de l'abondance et la stimulation de nos forces de vie ont fait de nous des sauvages d'un genre neuf, frustrés et à cran, et non les citoyens affables que la " civilisation " voulait former. Pour sortir de ce circuit infernal, et de l'impuissance collective, de nouvelles luttes d'émancipation, encore minoritaires, détournent ces flux mortifères d'énergie sociale. Mais d'autres les convertissent en haines identitaires et en replis patriotes. Qui l'emportera ? De quel côté échappera toute la violence rentrée du monde ?
François Cusset est historien des idées, professeur à l'université de Nanterre, et l'auteur de nombreux ouvrages remarqués, dont, à La Découverte, French Theory (2003) et La Décennie (2006).
Guillaume Lecointre : Les sciences face aux créationnismes. Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs
Editions QUAE GIE - Mars 2018
L’auteur examine les stratégies des discours pseudo-scientifiques de divers courants créationnistes qui sollicitent la communauté scientifique pour qu’elle participe à une « quête de sens ». Il met au c½ur de ce problème la question sur les critères de scientificité. En effet, contrairement à ce que prétendent les créationnismes qui se présentent comme victimes du dogmatisme, le combat des scientifiques n’engage pas des théories ou des faits mais témoigne de leur attachement au respect des méthodes scientifiques. L’une des actions majeures des scientifiques revient alors à expliciter pour le public la nature de leur contrat méthodologique.
Guillaume Lecointre est systématicien, chercheur et professeur au Muséum national d'histoire naturelle, où il dirige le département Systématique et évolution. Il a été directeur de l'Ecole doctorale Sciences de la nature et de l'homme.
Giorgio Agamben : Karman. Court traité sur l'action, la faute et le geste
Le Seuil - Mars 2018 - L'ordre philosophique
Que signifie être responsable de ses actes ? Dans ce texte court et élégant, Giorgio Agamben propose une généalogie de nos croyances morales. Ce n'est pas la liberté qui fonde la responsabilité, mais une articulation entre le droit et la punition caractéristique de l'Occident. Pour comprendre ce qu'est une " cause " et pourquoi l'homme est considéré comme la cause de ses actions, il faut en revenir à la scène inaugurale du procès. Derrière la morale, on découvre la cruauté pénale. L'auteur d'Homo Sacer poursuit sa remise en cause du dispositif juridique qui enserre les vies humaines. Pour la première fois, il confronte ce dispositif à la tradition bouddhiste. De proche en proche, c'est une tout autre conception de l'action qui s'énonce dans ce livre.
Giorgio Agamben, philosophe, a enseigné à l'université de Venise et est chercheur associé au Centre d'études des normes juridiques Yan Thomas (EHESS). Il est l'auteur d'une œuvre considérable, dont, publiée au Seuil en 2016, l'intégralité des neuf livres constituant le projet Homo Sacer.
mercredi 21 mars 2018
Sebastian Dieguez : Total bullshit ! Au cœur de la post-vérité
Presses Universitaires de France - Mars 2018
L’année 2016 a été consacrée comme celle de la « post-vérité ». Que faut-il comprendre par ce terme ? Selon le dictionnaire d’Oxford, qui en a fait son mot de l’année, le terme désignerait des « circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour former l’opinion publique que l’appel à l’émotion et aux croyances personnelles ». Ce livre prend le parti de retourner à la source de cet état des lieux et l’identifie dans le concept de « bullshit » théorisé par le philosophe Harry Frankfurt en 1986. Ce qu’il a défini comme une « indifférence à l’égard de la vérité » distincte du mensonge s’avère en effet un outil conceptuel remarquablement efficace pour saisir comment l’opinion prétend l’emporter sur la vérité et pour comprendre le succès des impostures scientifiques et des « théories du complot ». L’ère de la post-vérité est bien celle du bullshit institué à une échelle globale, et seule une compréhension fine de ce phénomène permettra d’engager la lutte qui se prépare. Heureusement, une telle science du bullshit est en fait déjà disponible, mais il restait à l’assembler en un seul volume accessible, utile et stimulant.
Sylvain Delcomminette : Aristote et la nécessité
Vrin - Mars 2018 - Tradition de la pensée classique
Au sein de l’œuvre immense d’Aristote, le concept de nécessité joue un rôle central, mais il apparaît dans des contextes si différents et sous des formes si diverses qu’il est difficile d’en saisir l’unité. Il détermine tantôt une proposition ou un prédicat, un raisonnement ou sa conclusion, un principe ou l’objet même de la science, et tantôt un processus ou un devenir, un être ou l’un de ses aspects, ou encore une action. Logique, physique, métaphysique et même éthique, la nécessité peut être absolue, hypothétique ou contraignante; envisagée comme condition de la science, elle présente des connotations positives, mais au contraire négatives si l’on croit déceler en elle une menace de déterminisme.
L’auteur ne se propose pas seulement de montrer qu’il existe néanmoins un lien étroit entre les multiples analyses de ce concept, son but est plus ambitieux. Car c’est la cohérence profonde de la pensée aristotélicienne dans son ensemble qui se dégage au long d’un parcours patient et rigoureusement argumenté, justifiant ainsi le choix du problème de la nécessité comme fil conducteur. Et la conclusion est assez étonnante : la philosophie d’Aristote se révélerait beaucoup moins empiriste qu’idéaliste en ce sens qu’elle fait de la pensée le principe ultime de la connaissance, de l’être et du bonheur.
Michael Köhlmeier et Konrad Paul Liessmann : Qui t'a dit que tu étais nu, Adam ? Tentations mythologiques et philosophiques
Jacqueline Chambon - Mars 2018
De douze récits, tirés de la Bible ou de contes populaires, réécrits par Michael Köhlmeier, le philosophe allemand Konrad Paul Liessmann tire une morale accordée à notre temps. Traitant de sujets politiques comme le travail, la violence, le pouvoir, la frontière, mais s'interrogeant aussi sur le plaisir, la curiosité ou la beauté, cette réflexion couvre le champ tout entier de notre modernité. Que peuvent encore apprendre à notre monde cybernétique ces messages sibyllins ? Pouvons-nous puiser dans leur sagesse millénaire pour interroger nos préjugés ?
Michael Köhlmeier est né en 1949 à Hard, au bord du lac de Constance, a vit aujourd'hui à Hohenems et à Vienne. II s'est fait connaître par des récits inspirés des légendes antiques et régionales ou des textes bibliques.Ont paru chez Jacqueline Chambon Idylle avec chien qui se noie (2011 : Babel n°1390), Madalyn (2012), Deux messieurs sur la plage (2015 ; Babel n°1504) et La Petite Fille au dé à coudre (2017). Konrad Paul Liessmann est essayiste et journaliste culturel. Il est également professeur à l'université de Vienne, spécialisé dans les méthodes d'enseignement de la philosophie et de l'éthique.
mardi 20 mars 2018
Véronique Le Ru (dir.) : La rue Pierre-Hadot à Reims. Hommage à Pierre Hadot
Presses Universitaires Reims - Mars 2018
Le 3 octobre 2017 la Ville de Reims rendait hommage à Pierre Hadot en baptisant de son nom une rue dans le quartier de Clairmarais. Nous avons réuni dans ce petit volume les trois conférences prononcées à l'occasion de l'inauguration de la rue Pierre-Hadot. Chacune d'entre elles représente l'une des grandes lignes de force de l'oeuvre du philosophe : l'histoire, la pensée antique et l'hellénisme, et enfin la philosophie pensée comme un exercice spirituel ou une manière de vivre, dans le droit sillage de la figure de Socrate qui n'a pas voulu choisir, à la fin de sa vie, entre la philosophie et la poésie. Ces trois textes sont les trois brins de la tresse qui nous lie de manière robuste et vivante à la mémoire de Pierre Hadot et à son oeuvre.
lundi 19 mars 2018
Marc Bloch : Apologie pour l'histoire
Armand Colin - 2e édition mars 2018
Cofondateur, en 1929, de la revue Annales, le grand historien Marc Bloch fut une des victimes de Klaus Barbie. Fusillé le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), près de Lyon, il laissait inachevé un ouvrage de méthodologie, Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien - sous-titré dans son plan le plus ancien ou Comment et pourquoi travaille un historien -, qui fut publié en 1949 par Lucien Febvre.
L’édition ici présentée de l’ouvrage posthume de Marc Bloch est celle que son fils aîné, Étienne Bloch, livrait il y a vingt-cinq ans : le texte y apparaît dans son intégralité et sans modification aucune. On découvre dans ces pages l’œuvre dans sa forme intégrale et cette œuvre prenant forme, le travail d’un homme la construisant et d’un historien affirmant l’intérêt de l’histoire, légitimant une science historique, définissant des pratiques, des objectifs, une éthique, son "métier".
On y redécouvrira aussi la modernité de cette réflexion, du regard porté sur l’histoire, cette "science en marche", cette "science des hommes dans le temps", grâce auquel se fonde l’espoir que "les sociétés consentiront enfin à organiser rationnellement, avec leur mémoire, leur connaissance d’elles-mêmes".
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