samedi 8 juin 2024

Karsten Harries : Nicholas of Cusa's on Learned Ignorance. A Commentary on De Docta Ignorantia

The Catholic University of America Press - Juin 2024


This is the first commentary to have been written on Nicholas of Cusa's most famous work, On Learned Ignorance. This fact testifies to the difficulty of what has long been recognized to be the most significant philosophical text produced by the Renaissance. While there are many passages in the work that can be cited in support of Cassirer's celebration of Cusanus as the first modern philosopher, that judgment is challenged by the way his work is rooted in a faith and a tradition likely to strike us as thoroughly medieval. This commentary shows how closely the two are linked. Despite the many ways in which what the cardinal has to say belongs to a past that the progress of reason would seem to have left irrecoverably behind, it yet provides us with a continuing challenge. Key to On Learned Ignorance is the incommensurability of the infinite and the finite, of God and creation. Cusanus lets us recognize the essential transcendence of reality, so different from the ontology implied by Descartes' insistence on clear and distinct understanding, which has presided over the progress of science and has helped shape our world. What makes Cusanus' thought important is not the way it anticipates modernity, but the way it challenge often taken for granted presuppositions of our worldview, most importantly a distinctly modern self-assertion or self-elevation that has made our human reason the measure of reality. If it is impossible to deny the countless ways in which our science and technology have given us ever deeper insights into the mysteries of nature and improved our lives, it is equally impossible to deny that this very progress today endangers this fragile earth and the quality of our lives. Cusanus can help us preserve our humanity.

Karsten Harries is the Howard H. Newman Professor of Philosophy Emeritus at Yale University.

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La Cause du Désir 2024/1 (N° 116) : Passage à l’acte

 ECF - Juin 2024


Page 7 à 8 : France Jaigu - Sortie de scène | Page 10 : Pascale Fari - Présentation | Page 11 à 19 : Jacques-Alain Miller - Sur le concept lacanien du passage à l’acte | Page 20 à 30 : Jacques-Alain Miller - Acte ou inconscient | Page 32 à 35 : Deborah Gutermann-Jacquet - Moment de l’acte | Page 36 à 46 : Clément Fromentin - Quelques repères historiques sur le passage à l’acte | Page 47 à 57 : Franck Rollier - L’adolescence : passage et actes | Page 58 à 66 : Thomas Roïc - Passer à l’acte ou par l’autre | Page 67 à 76 : Pénélope Fay - Au-delà des limites, le féminin | Page 77 à 98 : Agnès Aflalo - Homosexualités féminines : passage à l’acte et acting out | Page 99 à 110 : Francesca Biagi-Chai - Juger le fou | Page 111 à 117 : Dominique Laurent - Althusser : le féminicide et l’éternité de l’acte | Page 118 à 128 : Guy Briole - Viser l’acte | Page 129 à 138 : Victoria Horne Reinoso - Le passage à l’analyste : | Page 139 : Hélène Bonnaud - Présentation | Page 140 à 144 : Anne Béraud Bogino - « Prends ma virginité » | Page 145 à 149 : Claudine Valette-Damase - Impudeur | Page 150 à 154 : Hélène Bonnaud - Le saut | Page 155 à 159 : Anne Colombel-Plouzennec - Le voile de la jupe | Page 160 à 163 : Isabelle Orrado - Concerné | Page 164 à 168 : Pascale Fari - Tout contre la folie | Page 169 : Philippe La Sagna - Présentation | Page 170 à 179 : Cyrus Saint Amand Poliakoff - La chose américaine | Page 181 : Damien Guyonnet - Présentation | Page 182 à 196 : François Leguil - Éthique du passage à l’acte | Page 197 : Sophie Gayard - Présentation | Page 198 à 211 : Carolina Koretzky - Partir /Arrivées | Page 212 à 214 : Jacques-Alain Miller, Hervé Damase et Romain Aubé - Commentaire | Page 215 : Gabrielle Vivier, Lore Buchner, Melina Cothros, Claire Debuire et Isabelle Orrado - Présentation | Page 216 à 222 : Bibliothèque | Page 223 : Gérard Wajcman - Présentation | Page 224 à 226 : Luis Solano - Prosperatus amor.

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Stefan Zweig : Mélancolie de l'Europe (inédit)

 Plon - Avril 2024


Traduit par Guillaume Ollendorff & David Sanson
Présenté par Bertrand Dermoncourt

Ce livre regroupe l’ensemble des textes, la plupart inédits, de Stefan Zweig sur l’Europe, dans la période qui a précédé puis suivi la Grande Guerre et mené au second conflit mondial.Ce recueil regroupe 17 textes écrits entre 1909 et 1941. Publiés à l’origine dans la presse germanophone, ces œuvres – articles, manifeste, conférence – retracent le cheminement intellectuel d’un humaniste qui, au fil d’une actualité tragique, va se doubler d’un pacifiste de plus en plus en convaincu. Zweig s’y fait le chroniqueur d’une époque de fièvres et de menaces.
Ce livre présente certaines facettes peu connues de son auteur, qui, après quelques errements nationalistes (« Le Pays sans patriotisme ») s’est engagé de plus en plus intensément en faveur de la paix, sous l’influence de son ami Romain Rolland. On y trouve ainsi une fiction documentaire sur la signature du traité de Versailles (« L’Échec de Wilson »), un essai visionnaire sur l’uniformisation des villes européennes (« La Monotonisation du monde ») et quantité de réflexions sur l’histoire mouvementée du continent (« L’Idée européenne dans son développement historique ») ainsi que sur les possibilités de son unification.
À ce titre, un texte comme « La Désintoxication morale de l’Europe » préfigure de manière étonnante ce que pourrait être une union européenne fondée sur l’amitié entre les peuples et nourrie de 2 000 ans de culture commune.

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Les Cahiers philosophiques de Strasbourg n°55 | 2024 – Le partage d’une voix – Jean-Luc Nancy

 PU de Strasbourg - Juin 2024


Envoi [Texte intégral]
David Espinet et Jacob Rogozinski
L’époque de l’espace [Texte intégral]
Jean-Luc Nancy†
L’anastasis de Jean-Luc Nancy [Texte intégral]
Valentin Husson
Jean-Luc Nancy’s Anastasis
Être en vie [Texte intégral]
Danielle Cohen-Levinas
Le toucher de la philosophie [Texte intégral]
Rosaria Caldarone
The Touch of Philosophy. Jean-Luc Nancy
Toucher la peau fragile du monde [Texte intégral]
Orietta Ombrosi
Touching the Fragile Skin of the World. Contaminations
La nuit transfigurée [Texte intégral]
Bernard Baas
The Transfigured Night
La séparation [Texte intégral]
André Hirt
The Separation: Jean-Luc Nancy’s Romanticism?
Partage de Nancy [Texte intégral]
Gérard Bensussan
Sharing of Nancy. Democracy and Philosophy
La pensée du milieu [Texte intégral]
Sandrine Israel-Jost
The Thought of the Milieu
Sans Occident/Occident Sans [Texte intégral]
Juan Carlos Moreno Romo
Without the West/The West without
La tonalité du sens [Texte intégral]
Andrea Potestà
The Tonality of Sense
Le foyer obscur de l’évidence [Texte intégral]
Édouard Mehl
The dark focus of the obvious
Du « sens du sens » qu’il n’y a pas [Texte intégral]
Élisabeth Rigal
On the “Sense of Sense” of Which there is None


en ligne

Critique n°924 : Jean-Fabien Spitz. Républicains, encore un effort

 Ed. de Minuit - Juin 2024


Jean-Fabien Spitz occupe une place à la fois singulière et centrale dans le champ de la philosophie politique. Centrale par l’ampleur de son œuvre (une quinzaine de livres parus depuis les années 1990) et par l’importance des questions qu’elle pose ou repose (celles de la liberté, de l’égalité, de la propriété, de la laïcité notamment). Singulière car ce penseur, venu de la philosophie et de Rousseau, est aussi un passeur qui n’a cessé, par son inlassable travail de traducteur, d’amener vers le français des classiques comme Locke mais aussi des contemporains aussi importants que Philip Pettit ou Ronald Dworkin. Jean-Fabien Spitz s’est donné à tâche de penser le républicanisme ou plutôt un néo-républicanisme pour notre temps.

Pour commenter et discuter ses thèses, Martin Rueff a réuni quelques-unes et quelques-uns des meilleurs spécialistes de son travail. Les questions débattues dans ce numéro, à commencer par celle de « l’égalité-liberté » sont capitales – on pourrait dire vitales – pour nos sociétés. « Républicains, encore un effort... » : notre titre est tout un programme.

Sommaire

ENTRETIEN
Jean-Fabien SPITZ : « On peut rêver d’une société dans laquelle ce que l’humanité a produit de meilleur soit approprié par le plus grand nombre »

Philip PETTIT : Liberté, justice et domination
Pierre CRÉTOIS : La liberté, rien que l’égalité, toute la liberté
Christopher HAMEL : Pourquoi lire les textes du passé ?
Stéphanie HENNETTE-VAUCHEZ : La République dévoyée ? Remarques d’une juriste
Philippe PORTIER : La crise de la laïcité française
Élodie DJORDJEVIC : La République est nécessairement sociale
Céline SPECTOR : La République peut-elle être européenne ?

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vendredi 7 juin 2024

Jan Spurk : Le désir d’autorité

 Ed. du Croquant - Juin 2024


Le désir d’autorité émerge sur fond de « crises érosion » qui caractérisent le monde contemporain : la conjonction des diverses crises qui se suivent, qui se recoupent et qui se conjuguent depuis des décennies. Les sujets ont l’impression d’être emportés par le mouvement de la société comme par une érosion de terrain ; ils sont les objets impuissants de ces mouvements qui s’imposent à eux pour des raisons inconnues, incompréhensibles et de ce fait non-maîtrisables. Plus rien n’est fiable et sûr ; on est impuissant face aux crises qui s’abattent sur nous. La normalité de la société s’effrite dans le tourbillon des crises érosion.
Les références normatives vacillent ; l’existence devient incertaine, imprévisible et angoissante. Elle est d’autant plus angoissante que cette situation est incompréhensible et, pour cette raison, elle est également non-maîtrisable. Le manque de (capacité de) compréhension et de maîtrise de la réalité est un autre facteur qui produit le désir d’autorité. Ce désir ne connait pas de raisons et pas d’arguments. Il est le souhait, en général irrationnel et obsessionnel, de vivre heureux grâce à la subordination à l’autorité. Cette relation est plus fantasmagorique que réelle mais elle peut porter un projet de société autoritaire. « C’est le désir qui crée le désirable, et le projet qui pose la fin » (Simone de Beauvoir).
Néanmoins, le vécu de l’effritement des liens et des contraintes est aussi le vécu d’être « condamné à être libre » (Jean-Paul Sartre), entre autres, de prendre ses responsabilités et de créer l’avenir dans une situation qui s’est imposée aux acteurs, qu’ils ne comprennent pas et, par conséquent, qu’ils ne peuvent pas maîtriser. Cette liberté est trop lourde à porter et elle est angoissante. La « peur de la liberté » (Erich Fromm) pousse les sujets vers des fuites, entre autres, des fuites vers la subordination à une nouvelle autorité qu’ils désirent car elle leur promet de la certitude, de la sécurité, le calme et un avenir assuré.
Il existe cependant également des critiques radicales selon lesquelles la normalité représentée par l’autorité établie est impossible et indésirable. On doit changer la réalité afin d’établir une normalité désirable. Ces critiques ne sont pas à confondre avec les multiples dénonciations de l’autorité et la demande anti-autoritaire de l’effacer dans un geste de négativité abstraite. L’expérience de la non-identité peut mener à la découverte du potentiel d’une autre réalité, un potentiel qui existe dans le monde « faux » (Adorno) et qui permet d’imaginer une normalité de la liberté à réaliser : un nouveau projet de société où
l’autorité serait raisonnable, critiquable et modifiable. Ces critiques peuvent développer le potentiel pour créer une autre normalité grâce aux expériences des acteurs et à leur imagination mais elle est peu développée dans la société actuelle.
Afin de mieux comprendre le cercle vicieux de la vie dans une société profondément marquée par des crises érosion et les avenirs possibles portés par le désir d’autorité, nous reprenons le fil des théories critiques. Ce sont elles qui dégagent, à partir de la réalité, le potentiel de dépassement du cercle vicieux mais également les forces qui entravent ce possible dépassement.

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Manuel Esposito : Lacan & le rock

 Editions de la variation - Juin 2024

En 1973, au cours d'un entretien radiophonique, Jacques Lacan lance cette proposition : « L'analyse c'est le poumon artificiel grâce à quoi on essaie d'assurer ce qu'il faut trouver de jouissance dans le parler pour que l'histoire continue. » Quelques mois plus tard, en 1974, Yves Simon propose une formule-talisman : « Respirer, chanter ». Tout comme la psychanalyse, la musique constituerait-elle un moyen de se construire un poumon artificiel, c'est-à-dire de continuer à chanter, vivre, respirer malgré tout ce qui tendrait aujourd'hui à rendre la vie invivable, irrespirable ?

Tout comme le docteur Lacan, les rockeuses, rockeurs et autres expérimentateurs ès son en savent un bout sur leurs symptômes, leurs angoisses, leurs ratages, leurs erreurs : tout cela est dans leurs chansons, il suffit de bien vouloir prêter l’oreille !

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Michel Cahen : Colonialité. Plaidoyer pour la précision d’un concept

 Khartala - Mai 2024


La colonialité fut et est un phénomène mondial (mais pas généralisé) lié à l'expansion du système-monde capitaliste moderne (mercantile et esclavagiste) depuis le XVe siècle, en dehors de (puis en combinaison avec) l'expansion plus tardive du mode de production capitaliste. Elle n'est pas uniforme puisque très liée aux historicités des territoires (il y a ainsi des régimes de colonialité), imposant néanmoins des rapports sociaux de type colonial indépendamment du statut du territoire concerné. La colonialité est un concept fondamental dans les approches postcoloniales et décoloniales et de sa définition découlent celles d'autres concepts liés : post-colonial et postcolonial, décolonial, décolonialité, subalternité, universalisme, pluriversalisme, "sud global"... Il existe une très forte tendance chez nombre d'auteurs décoloniaux à donner le primat au cognitif, à l'épistémique et à l'ontologie. Les colonialités du savoir, de la nature, de l'être, sont désormais plus étudiées et dénoncées que la colonialité du pouvoir dont découle pourtant tous les autres aspects de la colonialité. Ce tournant épistémique donne au décolonial une forte orientation idéaliste : c'est de la "déprise" mentale avec l'"Occident" et la "Modernité" que viendrait l'émancipation des subalternes. Or jamais les mouvements sociaux réels ne séparent ainsi l'ontologie de la vie socio-économique. Ce décolonial, de fait idéaliste, réifie l'"Occident" et la "Modernité" en un orientalisme à rebours, survalorise considérablement l'expérience hispano-américaine sans accorder d'importance à l'expansion portugaise vers l'Asie, tout aussi productrice de système-monde et plus rentable, au départ, que l'Amérique. Ce latinocentrisme s'écarte, chez nombre d'auteurs, de la critique du capitalisme globalisé et pointe l'"Occident", sans jamais le définir précisément, comme l'ennemi. Il dessine un "campisme anti-occidental" qui met souvent ces auteurs en fâcheux voisinage, comme l'ont montré des prises de positions favorables, ou du moins bienveillantes, envers la Russie dans sa guerre de conquête de l'Ukraine. Contre le décolonial idéaliste, Michel Cahen prône un décolonial matérialiste et ne "jette pas le bébé avec l'eau du bain".

Michel Cahen, directeur de recherche émérite du CNRS au centre de recherche " les Afriques dans le monde " de Sciences Po Bordeaux, est historien de la colonisation portugaise et analyste politique des actuels Pays africains de langue officielle portugaise. Il a été chercheur invité à l'université de São Paulo, ce qui, selon ses propos " a été intellectuellement fondamental " pour lui. Il n'abandonne jamais son terrain de recherche sur l'Afrique de colonisation portugaise et la lusophonie plus généralement, mais il l'a utilisé pour penser le monde selon des problématiques telles qu'ethnicité et démocratie, marxisme et nationalisme, lusotropicalisme et lusophonie, créolité et subalternité, post-colonial, postcolonial et décolonial.

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Norbert Elias et Eric Dunning : Sport et civilisation. La violence maîtrisée ? (rééd.)

 Fayard/Pluriel - Mai 2024


Traduction de l’anglais par Josette Chicheportiche et Fabienne Duvigneau.

Le sport ne cesse d’accroître son influence sur nos loisirs et plus largement sur la société. Comment expliquer son rôle ? A-t-il pour fonction de libérer les tensions que créent les contraintes de la société ? À quoi correspondent les violences des supporters et des hooligans ?
Inscrivant le sport dans la théorie des processus de civilisation, Norbert Elias et Eric Dunning montrent, dans ce livre majeur et très discuté, que le sport moderne n’a plus grand-chose à voir avec les affrontements guerriers et rituels de l’Antiquité ou du Moyen Âge. Aujourd’hui, l’évolution du code des comportements a imposé une diminution de la violence autorisée et permet aux individus de relâcher le contrôle de leurs émotions en écartant les risques excessifs.
Fondamentalement, l’histoire de chaque sport est donc liée à l’apparition de règlements de plus en plus rigoureux qui ont uniformisé les pratiques sportives dans le but de maîtriser le déploiement ou le spectacle de la violence.

Norbert Elias (1897-1990) est l’un des plus grands sociologues du xxe siècle et l’auteur d’un ouvrage majeur de sociologie historique, paru en deux volumes : La Civilisation des mœurs et La Dynamique de l’Occident. Dans la collection « Pluriel » sont parus, entre autres, Norbert Elias par lui-même, Du temps et Logiques de l’exclusion.
Eric Dunning (1936-2019) est un sociologue britannique, disciple de Norbert Elias, spécialiste de la sociologie du sport, en particulier du hooliganisme.

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David Le Breton : La fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale

 Métaillé - Juin 2024


Communiquer n'est pas parler. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur n'importe quelle rue, n'importe où dans le monde, et de chercher le nombre de passants qui ne cheminent pas les yeux fixés sur leur portable. Les usages sociaux des techniques de communication ont radicalement changé la vie quotidienne et les modalités de relations aux autres. Elles ont affecté en profondeur l'intimité et ébranlé particulièrement la conversation qui était la matrice première de la sociabilité.
La communication, c'est l'interposition de l'écran dans la relation à autrui, la distance, l'absence physique. Utilitaire, efficace, elle appelle une réponse immédiate et exige une disponibilité absolue. La conversation relève de la gratuité, de la flânerie, elle est une parole partagée. Il s'agit d'âtre ensemble et de dialoguer en prenant son temps. Si la communication fait disparaître le corps, la conversation sollicite une présence mutuelle.
Le silence dans la conversation est une respiration, dans la communication c'est une panne. David Le Breton nous fait prendre conscience du danger de cette nouvelle absence au monde et des souffrances qu'elle provoque. Il nous incite à rester capables d'échanger des sourires avec des inconnus et de parler ensemble de la pluie et du beau temps. Juste rester humains.

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jeudi 6 juin 2024

Brian Massumi : Agitations. Le capitalisme et plus-value de vie

 Météores - Mai 2024


Les textes réunis ici analysent les mécanismes de marché et l'abstraction financière à travers les effets corporels et affectifs de ces mouvements du capital, tout en articulant cette investigation des économies contemporaines à une réflexion sur l'avènement des démocraties illibérales. Brian Massumi, philosophe et traducteur en anglais de Mille Plateaux, y explore des concepts clés de sa pensée tels que le « mouvement affectif », l' « infrapolitique », la « complicité », ou encre la « subjectivité dividuelle », en montrant comment ceux-ci jettent de nouvelles lumières sur le contexte de crise des démocraties représentatives, dans le sillage de l'élection de Trump, du Brexit ou de Bolsonaro.

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Psychologie Clinique n°57, 2024/1 : Pratiques actuelles de la psychanalyse

 EDP Sciences - Juin 2024


Présentation
Michèle Benhaïm

Pratiques actuelles, histoire inactuelle et jouissance sédimentée
Théo Lucciardi
Dialectiques de l'acte et des séparations auprès des adolescents placés.
Christophe Baidi
La violence contre la dissidence sexuelle au Chili. Axes d’une discussion inachevée.
Daniel Jofré, Camilla Chamorro, Dania Càdiz, Fernando Dondero, Maya Arrendondo
Présences proches dans l’exclusion : cliniques hors langage, pratiques dans les marges
Derek Humphreys
La psychanalyse, l’envers de la criminologie?
Sebastien Firpi
D’un intérêt à une nécessité de la psychanalyse en milieu pénitentiaire
Jordan Limousin
L’inouï des cliniques de l’extrême ou la « seconde vie » de la psychanalyse freudienne.
Nicolas Schwalbe
Métropole et psychogéographie de l’errance
La ville et les signes
Claude Pawlik
La clinique en rue auprès de la jeunesse des Antilles françaises dans le centre de Paris : la langue et les territoires
Nicolas Robert
Une jeunesse sans à venir : confrontation à la clinique du vide
Claude Cloës, Jean-Christophe Marche

Varia

L’amour sans frontière
Paul Alerini
Corps et murs parlants
Alexandre Lévy
L’inconscient passe-muraille
Stévan Le Corre
Contrat territorial de Santé Mentale, topologie existentielle et transfert
Michel le Carpentier
Défenses inconscientes, sentiment de culpabilité et trauma
Virginie Valentin
La psychosomatique psychosociale : James Lorimer Halliday
Jacquy Chemouni

Hommage

Louis Moreau de Bellaing (1932-2024)
Monique Sélim

Cabinet de lecture

Nader Aghakhani, Paul Alerini, Damien André, Dominique Barbier, Olivia Beauprez, Marie-Laure Dimon, Siham Ez-Zajjari, Marie-Claude Fourment-Aptekman, Alexandre Gouthière, Serge Hefez, Adeline Metten, Stéphane Muths, Bernard Pechberty, Serge G. Raymond, Jessica Tible, Jean Tissier


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Yves Delègue : Théologie et poésie ou la parole de vérité. La querelle entre Jacques Locher et Jacques Wimpheling (1500-1510) - Rééd.

 Classiques Garnier - Mai 2024


Une querelle a fortement échauffé les esprits éclairés durant la première décennie du XVIe siècle: c'est celle qui a opposé Jacques Wimpheling, le respecté «praeceptor Germaniae» à Jacques Locher, le jeune et bouillant «poeta coronatus», Professeur de poésie à Ingolstadt. On trouvera ici quelques-uns des textes dont elle fut l'occasion. Elle mérite d'être rappelée à la mémoire parce qu'elle a marqué une première dissidence à l'intérieur de l'Humanisme. Le grand bouleversement de la Réforme qui allait suivre s'éclaire en partie par l'enjeu de cette querelle: quelle est la nature de la vérité? Dans quelle langue s'exprime-t-elle, celle, scolastique, des concepts, ou celle, poétique, du coeur? La question n'a, de nos jours, rien perdu de sa pertinence.

Yves Delègue, maître de conférences à l'université de Strasbourg, est spécialiste de l'histoire des théories linguistiques. Ses travaux s'intéressent aux enjeux esthétiques, stylistiques et philosophiques de la mimèsis. Nous lui devons La Perte des mots. Essai sur la naissance de la littérature aux XVIe et XVIIe siècles (Strasbourg, 1990) et Imitation et vérité en littérature (Strasbourg, 2008).

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mercredi 5 juin 2024

Jacynthe Tremblay : Le Soi égaré. Entretiens avec Nishida Kitaro. Tome 1

 PU de Montréal - Juillet 2024


La première série d'entretiens porte sur la logique de Nishida et sur sa philosophie de l'existence. Avec pour fil conducteur le thème de la « voie » ou du « chemin », ce volume offre une vue d'ensemble des trois périodes de la philosophie de Nishida. Il est question de la première période (1911-1923) dans le chapitre 4. Les chapitres 5 à 10 sont entièrement consacrés à la logique de Nishida développée au cours de la deuxième période (1923-1933). Afin de rendre cette logique plus accessible, de nombreux exemples tirés du jeu d'échecs ont été fournis. Les chapitres restants (1 à 3 et 11 à 14) tirent leur matériel des aspects existentiels dont Nishida commença à traiter durant la deuxième période et qu'il exposa dans toute leur étendue durant la troisième période (1934-1945).

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Eleonora Zaino : Raison et âme des bêtes chez Spinoza

 Classiques Garnier  - Juin 2024


Le problème de l'âme des bêtes surgit dans la philosophie spinozienne comme dans un cadre imprévu. Si, d'une part, Spinoza n'aborde jamais de front la question du statut des modes animaux, de l'autre son système tout entier semble avoir jeté les bases pour une réévaluation de l'animal, comme le montrent les formulations deleuziennes et post-deleuziennes. Spinoza, n'ayant pas traité des animaux ex professo, semble néanmoins avoir fourni un cadre conceptuel permettant une reterritorialisation « zoologique » de sa pensée à l'époque contemporaine. Il s'agit d'en examiner les raisons à partir d'abord de l'analyse des textes spinoziens, pour ensuite considérer l'étendue, la portée et la légitimité de leurs usages contemporaines.

Eleonora Zaino est professeure de lycée et docteur en philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'université de Perugia. Ses recherches portent sur la philosophie moderne et en particulier sur le spinozisme et son histoire. Elle est l'auteure d'une dizaine de publications en italien et en français.

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Thomas Boccon-Gibod et Thomas Perroud (dir.) : Les communs sans tragédie. Écologie, démocratie, sphère publique

 Hermann - Juin 2024


Depuis plusieurs années, le concept de « communs » s’est imposé pour contester le paradigme de la propriété, tant publique que privée. En effet, davantage encore que celui de « biens communs », celui-ci n’évoque pas seulement des pratiques d’appropriation (fussent-elles collectives), mais aussi bien de simples relations sociales, des manières alternatives de se rapporter au monde. Par là même, à l’heure des défis écologiques, il invite à subvertir les fondements anthropologiques de la pensée économique traditionnelle et à reformuler notre compréhension tant de la sphère privée que de la sphère publique.
Saisissant l’occasion de la première traduction française de l’article pionnier de la juriste états-unienne Carol Rose, « La comédie des communs » (1986), le présent ouvrage entend montrer que, loin d’être voués à l’échec et à la tragédie, les communs sont porteurs de promesses dont la portée n'a pas encore été entièrement mesurée.

Avec les contributions de : Thomas Boccon-Gibod, Marie Alice Chardeaux, Pierre Crétois, Aude-Solveig Epstein, Chloé Gaboriaux, Florent Masson, Thomas Perroud, Carol Rose.

Thomas Boccon-Gibod est maître de conférences en philosophie du droit à l'Université Grenoble Alpes (Institut de Philosophie de Grenoble).
Thomas Perroud est professeur de droit public à l'Université Panthéon-Assas et Fellow de la fondation Humboldt.

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Isabelle Raviolo : Corps et âme. Penser l'incarnation chez Maître Eckhart

 Hermann - Juin 2024


De la naissance à la mort, nous sentons et nous expérimentons que nous sommes incarnés. Nous venons au monde et nous le quittons en éprouvant le poids de notre corps. Si nos sentiments, nos passions, nos pulsions, nous le font reconnaître de manière certaine, notre corporéité n’en reste pas moins pour nous un mystère. Le plus originairement mien est en même temps le plus étrangement autre. Qu’en est-il au juste de ma condition incarnée ? Que signifie-t-elle et à quoi m’assigne-t-elle ? Le paradoxe éclairé par la philosophie de Maître Eckhart pose la notion d’incarnatio comme un défi pour la raison philosophique, aussi bien d’un point de vue métaphysique que d’un point de vue moral. Unissant corps et âme sans les confondre, Eckhart intègre ainsi tout l’homme à l’économie du salut divin. Cette chair vivante n’est donc pas disjointe de mon âme, et avec elle de ma liberté humaine. À rebours de tout dualisme, le penseur rhénan ouvre ainsi au lecteur du XXIe siècle la possibilité de penser nouvellement l’incarnation de l’homme (phénoménologie) à partir de l’Incarnation du Verbe (théologie).

Isabelle Raviolo est enseignante au lycée et en faculté. Agrégée de philosophie et docteure en théologie et en philosophie, ses recherches se situent au confluent de la philosophie et de la poésie. Membre de l'ERMR et du Collège international de philosophie, elle travaille sur la mystique rhénane. Elle anime l'émission Dialogues et dirige la revue Thauma.

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Pierre de Sénarclens : Des foules et du populisme. Au regard de l'histoire et des affects

 Campagne première - Avril 2024


Populisme et affects Les démocraties sont en crise, minées par les mouvements populistes. Les dirigeants de leurs partis prétendent représenter le peuple souverain, en se réclamant d'une conception plébiscitaire de la démocratie, en polémiquant sur les distinctions socioculturelles et le rejet des migrants. Ils investissent avant tout les enjeux émotionnels des affaires publiques. L'originalité de cet essai consiste à situer l'interprétation de leurs revendications de souveraineté nationale dans l'histoire et sous l'égide de l'analyse freudienne des foules et des régressions identitaires que suscitent ces mouvements. Les foules furent à l'origine de la démocratie et leur mobilisation continue de s'imposer contre les régimes répressifs. Et pourtant, ces mouvements se sont aussi imposés comme des phénomènes collectifs difficiles à gérer, sombrant parfois dans l'anarchie et la violence. Freud s'en est inquiété au lendemain de la Grande Guerre, alors que surgissaient les signes annonciateurs de tyrans s'employant à manipuler des masses déboussolées. Les foules favorisent l'esprit moutonnier. Avant de les rejoindre, les individus ne partagent pas toujours les mêmes expériences de vie, ni des idées semblables ou des intérêts convergents. En leur sein, ils clament les mêmes mots d'ordre, répètent les mêmes slogans et manifestent des attitudes identiques, assument parfois la même agressivité. Les foules ont un aspect onirique. Elles suivent un chef ou un groupe de référence, des instances qui peuvent affaiblir le libre choix de leurs participants et les pousser à transgresser les normes et les procédures qui fondent l'ordre démocratique. Cet essai souligne que le cadre interprétatif d'inspiration psychanalytique apporte une contribution significative à la compréhension des dimensions affectives de la scène politique, celles que la démagogie populiste mobilise. Dans Malaise dans la civilisation, Freud explique bien la difficulté que les individus éprouvent à encadrer leur monde pulsionnel, à endiguer leurs passions, à sublimer leur agressivité par des engagements socialement acceptables, notamment par des créations scientifiques ou artistiques. En brisant les codes de civilité, les populistes s'en prennent ainsi aux digues qui contiennent ce monde pulsionnel. Ils rendent tolérables et jouissifs des discours et des manifestations d'agressivité ou des comportements indécents auxquels la vie en société, l'ordre politique en particulier, est censée imposer des bornes. Leur contestation débridée, l'inconsistance de leurs conceptions idéologiques et leur inclination au culte de la personnalité sont une expression de cette réalité. Dans des sociétés réfractaires aux limites, faisant une part démesurée au « culte du moi » et à l'exhibition des affects individuels, la défiance des populistes à l'égard de l'ordre établi trouve une large audience. Les sociétés démocratiques ont toujours été fragiles. Leurs processus de décision politique sont lents, tortueux, parfois incohérents. À plusieurs reprises dans l'histoire, elles ont versé dans la dictature sous les coups de boutoir de foules insensées, idolâtres et manipulées. Elles sont aujourd'hui menacées par la montée en puissance sur la scène internationale de régimes politiques corrompus, répressifs et même totalitaires, mais elles sont également mises en péril de l'intérieur par les débordements d'agressivité et les velléités d'incivisme des mouvements populistes. Les démocraties sont aussi résilientes. Elles sont fondées sur des constitutions, des lois, des procédures juridiques et des systèmes de protection sociale assurant la liberté de pensée, le pluralisme et la créativité intellectuelle. Leurs mécanismes institutionnels restent une protection contre le fantasme d'unité communautaire sous l'emprise d'un chef idéalisé, une illusion que l'on retrouve en embuscade dans toutes les manifestations de fanatisme, celui de la religion et du nationalisme en particulier. En fin de compte, elles sont mieux armées que les régimes autoritaires pour gérer les crises et affronter les défis de l'avenir, parce qu'elles soutiennent les démarches scientifiques et l'empirisme, des engagements qui vont de pair avec l'acception du doute et de la complexité. En faisant quelques concessions à la théorie de la fin de l'histoire, on peut même reconnaître que les représentations politiques et les valeurs de civilisation légitimant les États démocratiques restent indépassables.

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