vendredi 22 mars 2019

Jean-Jacques Lercercle : De l'interpellation. Sujet, langue, idéologie

Amsterdam éditions - Mars 2019


Comment devient-on un sujet ? Tout d’abord en étant nommé, défini, singularisé, assigné à une place. En étant, en quelque sorte, « recruté » comme sujet par une autorité. C’est ainsi que Louis Althusser définissait l’interpellation dans un célèbre texte sur les « appareils idéologiques d’État », où il prenait l’exemple d’un agent de police hélant un individu (« Hé, vous, là-bas ! ») qui se reconnaissait immédiatement comme étant le sujet interpellé. Être sujet en ce sens, c’est être l’objet d’un assujettissement idéologique qui nous fait exister dans un monde commun.
Reprenant cet axe de réflexion, Jean-Jacques Lecercle en propose des prolongements originaux au fil d’un parcours aussi rigoureux que ludique, étayé par une multitude d’exemples allant de Frankenstein à Alice au Pays des Merveilles : là où Althusser privilégiait le discours, il insiste sur le caractère sensoriel de l’interpellation, sur sa dimension fondamentalement corporelle. Il étudie ses différentes formes (l’injure, le mot d’ordre, la rumeur) ; surtout, il élabore une théorie de la contre-interpellation, par où s’affirme l’autonomie du sujet, qui s’approprie la langue et détraque l’idéologie.

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Dario Ippolito : L'esprit des droits. Montesquieu et le pouvoir de punir

Ecole Normale Supérieure - Mars 2019 - La croisée des chemins


"C'est de la bonté des lois criminelles que dépend principalement la liberté des citoyens". Par sa critique des interdictions exorbitantes, des châtiments disproportionnés, des accusations invérifiables et des jugements arbitraires, Montesquieu nous apprend que le conflit entre individu et autorité n'est jamais plus dramatique et plus aigu que sur le terrain de la pénalité. Le pouvoir de punir est certes indispensable à la protection de nos droits, mais en les protégeant des violations qui les menacent il menace lui aussi de les violer. Quelles limites assigner aux prohibitions légitimes ? Dans quel but et comment punir les transgresseurs ? Comment s'assurer de la violation des normes juridiques et de la responsabilité personnelle d'une action criminelle ? Envisagé dans la perspective de la philosophie du droit, L'Esprit des lois révèle sa puissante dimension normative et ouvre l'horizon du "garantisme pénal" .

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jeudi 21 mars 2019

Jean-francois Pradeau : Plotin

Les éditions du Cerf - Mars 2019 - Collection : Qui es-tu ?


La vie et l'œuvre : c'est Plotin en personne qui ici se raconte en enseignant sa philosophie. Quand le maître se fait l'initiateur : la plus belle, la plus vivante et la plus facile voie pour découvrir, comprendre et intégrer une pensée majeure. 
Quand Plotin (205-270) arrive à Rome, c'est pour y enseigner la philosophie de Platon. Formé à Alexandrie, il se donne pour mission de défendre une culture païenne que la philosophie stoïcienne ne parvient plus à servir. Il veut également renouveler cette culture à un moment où les mouvements chrétiens lui disputent son autorité. 
Si longtemps après Platon et Aristote, qu'il connaît et travaille sans relâche, Plotin est l'auteur d'une doctrine singulière qui pose qu'au-delà de ce qui est, au-delà de l'être que la philosophie cherche à connaître dans sa totalité et ses principes, il existe pourtant autre chose : un principe absolument premier. Un principe au-delà de l'être et de toute pensée, un principe de tout ce qui est mais que l'on ne peut embrasser par la pensée, ni même nommer autrement que " Un ". 
Une superbe introduction à la pensée de celui qui fut le plus grand philosophe de l'Empire.

Professeur de philosophie ancienne à l'université de Lyon, Jean-François Pradeau est spécialiste de la tradition platonicienne et de Plotin.

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Edouard Mehl : Descartes en Allemagne, 1619-1620. Le contexte allemand de l'élaboration de la science cartésienne

Presses universitaires de Strasbourg - Mars 2019


"J'étais alors en Allemagne, où l'occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avait appelé... " . C'est ainsi que l'auteur anonyme du Discours de la méthode (1637) entame le récit d'une autobiographie intellectuelle que la postérité s'accorde à regarder comme l'acte de naissance de la philosophie moderne. Pourtant, on ne sait presque rien des circonstances réelles qui entourent la naissance de ce projet. Au lieu de remonter jusqu'à cet événement initial depuis l'oeuvre achevée de Descartes, qui n'en dit - et peut-être même n'en sait presque rien -, cette enquête cherche à l'éclairer du dehors, à partir de ces circonstances. En Allemagne, en 1619, Descartes a-t-il rencontré Kepler, le mathématicien Faulhaber, ou un quelconque représentant de la société Rose-Croix ? A-t-il visité Kassel, Butzbach, Linz ou Prague ? Cet ouvrage s'emploie à départager ces hypothèses, et surtout à en évaluer l'intérêt philosophique : qu'apportent-elles à l'intelligence du projet cartésien, et par extension, de toute la philosophie comme projet de fondation de la science mathématique de la nature? 
Deuxième édition, revue et augmentée.

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Ronell Avital : La plainte

Max Milo - Mars 2019 - Collection : Voix libres


Qui ne s'est jamais plaint? De son travail, de ses parents, de sa vie... À la différence de l'indignation, la plainte est durable. Car il y a bien de quoi se plaindre face au monde tel qu'il est. Mais à qui? Et comment? La philosophe Avital Ronell ouvre le registre des plaintes éternelles et occasionnelles.
"Qui connaît mieux la plainte que moi ?" demande Avital Ronell. Son expérience et sa connaissance des doléances l'ont conduite à tenir un registre des plaintes, les plus banales comme les plus métaphysiques. Doléances, lamentations, griefs... les plaintes expriment une souffrance durable, au-delà de leur mobile. Elles contaminent nos discours et nous paralysent, au lieu d'éliminer ce qui nous cause de la peine. À la différence de l'indignation, forte et rebelle, la plainte révèle plutôt une protestation impuissante. Avital Ronell cible les geignards et les râleurs sempiternels, mais elle s'étonne aussi de ceux qui affirment, par élégance, "je n'ai pas de quoi me plaindre". Car il y a bien lieu de se plaindre de la vie. La philosophe ouvre de nombreux dossiers de plaignants : la plainte des femmes et des mères, ou celle des êtres perdus qui ne trouvent pas de dieu à qui se plaindre. Elle dialogue avec Hamlet, Werther, Arendt, Derrida, l'Allemagne et construit un théâtre philosophique où les personnages, elle-même dans le premier rôle, entendent plusieurs plaintes dans chaque complainte. 
Comme un effet pervers de ce Bureau des plaintes, Avital Ronell fait aujourd'hui l'objet d'une plainte qui attise sur elle une récrimination internationale, depuis la publication d'un article à charge du New York Times. Pour la première fois, dans un avant-propos inédit, elle réagit à cette affaire.

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mercredi 20 mars 2019

François Bafoil : Freud et Weber L'hérédité – races, masses et tradition

Hermann - Mars 2019


Au tournant du XXe siècle, les débats sur l’hérédité et le déterminisme biologique traversent l’ensemble des sciences, naturelles, médicales et sociales, laissant une large place à l’irrationalité dans le développement individuel et collectif. Freud et Weber s’y sont confrontés en s’attachant à définir la nature de la conscience et de l’inconscient pour comprendre les phénomènes de leur époque : ceux des masses en colère, de la religion et de l’antisémitisme, enfin de la guerre mondiale. L’intérêt de comparer ces deux pensées ne tient pas seulement au fait que pareille tentative a été rarement menée. Il tient surtout au fait que les mêmes questions se posent à nous aujourd’hui : celle de l’irrationalité du champ politique ; la dépersonnalisation individuelle et l’aliénation collective dans le groupe ; la soumission à l’autorité et le désir de la force ; enfin, celles concernant le risque toujours menaçant du renversement des démocraties dans les régimes autoritaires et la revalorisation incessante d’un antisémitisme jamais éteint.

François Bafoil est sociologue, directeur de recherche au CNRS (CERI-Sciences Po). Il a notamment publié L’inlassable désir de meurtre (2017) et Max Weber, Réalisme, rêverie et désir de puissance (2018).

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Daniele Giglioli : Critique de la victime

Hermann - Février 2019


La victime est le héros de notre temps. Être victime donne du prestige, impose l’écoute, promet et promeut la reconnaissance, active un puissant générateur d’identité, de droit et d’estime de soi. Cela protège de toute critique, garantit l’innocence au-delà de tout doute raisonnable. Comment la victime pourrait-elle être coupable, ou même responsable de quelque chose ? Elle n’a rien fait, on lui a fait. Elle n’agit pas, elle subit. Au cœur de la victime s’articulent le manque et la revendication, la faiblesse et la prétention, le désir d’avoir et le désir d’être. Nous ne sommes pas ce que nous sommes, mais ce que nous avons subi, ce que nous pouvons perdre, ce que l’on nous a enlevé. Il est désormais temps de dépasser ce paradigme qui nous paralyse pour redessiner les contours d’une praxis et d’une action du sujet dans le monde, tourné vers l’avenir et non vers le passé.

Traduit de l'italien par Marine Aubry-Morici.

Daniele Giglioli enseigne la littérature comparée à l'université de Bergame. Parmi ses publications : Tema(2001), Il pedagogo e il libertino (2002), All’ordine del giorno è il terrore (2007), Senza trauma (2011), Critica della vittima (2014), Stato di minorità (2015). Il est collaborateur de Il Corriere della sera.

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Michel Nodé-Langlois : Thomas d'Aquin, commentaires politiques

Lethielleux Editions - Mars 2019


Le travail du théologien Thomas d'Aquin a consisté en partie à commenter des oeuvres d'autres auteurs, et certains livres bibliques. Ces commentaires venaient compléter l'enseignement ex professo des Sommes et des Questions, qui ont donné lieu à un premier recueil : Thomas d'Aquin, Penser le politique (Dalloz, 2015, 608 p).

À part la Politique d'Aristote, les oeuvres commentées par s. Thomas ne traitaient pas uniquement de questions de cet ordre, mais certaines de leurs parties y avaient trait : Sentences de Pierre le Lombard, synthèse, au XIIe siècle, des questions suscitées par l'explicitation du contenu de la foi chrétienne ; Éthique à Nicomaque et Métaphysique d'Aristote ; passages du Nouveau Testament importants pour l'évangélisation de la Cité humaine.

Traitant de politique, Thomas use de références philosophiques plutôt que théologiques. Car la foi théologale ne dispense pas du travail d'analyse rationnelle dont les philosophes grecs ont été les premiers promoteurs : elle stimule ce travail comme une condition et un moyen de sa propre intelligence. La foi ne disqualifie pas plus la raison que la grâce ne supprime la nature : elles apportent un surcroît de perfection à ce qu'elles présupposent.

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mardi 19 mars 2019

Critique n° 862 : Jocelyn Benoist : le réalisme à l'état vif

Minuit - Mars 2019


Dans le concert de professions de foi réalistes qui caractérise notre moment philosophique, Jocelyn Benoist introduit une voix dissonante. La position qu’il défend est celle d’un réalisme résolument non spéculatif : un réalisme contextuel, inséparable du riche tissu de normes, de manières de dire et de faire dont se nourrit en pratique toute pensée du réel, y compris dans ses formes apparemment les plus radicales, sous les auspices du phénomène, du sensible pur ou du dehors absolu… Issu de la tradition phénoménologique dont il est un des meilleurs connaisseurs, il a souvent croisé les chemins de Wittgenstein, d’Austin et de Cavell. Le dossier réuni par Christiane Chauviré retrace cet itinéraire critique en faisant apparaître ses prolongements au cœur des débats contemporains, du côté de la métaphysique, de l’esthétique ou de la philosophie sociale et politique.

Sommaire

Christiane CHAUVIRÉ : Présentation

Bibliographie de Jocelyn Benoist

Markus GABRIEL : Concepts et objets dans les « nouveaux réalismes »

Bruno KARSENTI : Une chose parmi les choses

Élise MARROU : Cacophonie en moi

Ronan de CALAN : Le fil rouge. Politique du réalisme

ENTRETIEN

Jocelyn BENOIST : « Qu’est-ce que rendre justice aux choses ? »

Gérald SFEZ : Prophétisme et génie de l’art. Moïse contre Hitler

Joël BIARD : Toute-puissance ou puissance absolue ? Variations sur la puissance divine au Moyen Âge

Pierre-Mong LIM : Faire le vide. Néant et violence dans le geste pur

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Sarah Al-Matary : La Haine des clercs. L'anti-intellectualisme en France

Seuil - Mars 2019


La France serait la patrie des intellectuels. Ce lieu commun occulte la virulence des haines que s’attirent les clercs au « pays qui aime les idées ». Faut-il considérer que les accès d’anti-intellectualisme que l’histoire a retenus ‒ l’affaire Dreyfus, le « procès de l’intelligence », la « querelle des mauvais maîtres » ‒ ne seraient que des accidents de parcours propres à dramatiser le récit national ?

Cet ouvrage montre au contraire que l’anti-intellectualisme manifeste, en France, une ardeur continue depuis le xixe siècle. De Proudhon à Michel Houellebecq, des anarchistes aux catholiques intransigeants, des nationalistes maurrassiens aux maoïstes ou aux situationnistes, il entrelace des traditions à première vue contradictoires, dont les clivages manichéens – entre la gauche et la droite, l’art et la critique, la mondanité et la science, l’élitisme et le populisme – ne permettent pas d’appréhender la convergence au sein d’une culture partagée.

Aux « rhéteurs », aux « gendelettres », au « prolétariat des bacheliers », aux « fonctionnaires de la pensée », aux « intellectuels fatigués », à l’« intelligentsia », on reproche de servir le pouvoir ou de subvertir le peuple, de s’engager ou de se taire, de parler pour les autres ou de disserter entre eux… Mais derrière le procès des intellectuels, le plus souvent instruit dans leurs rangs, c’est moins une « guerre à l’intelligence » qui est menée que des batailles de frontières autour de leur place en démocratie.

Ancienne élève de l’École normale supérieure Lettres et Sciences humaines, Sarah Al-Matary est maîtresse de conférences en littérature à l’université Lumière-Lyon 2. Ses travaux portent notamment sur l’histoire des polémiques intellectuelles.

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Porphyre : L’antre des nymphes dans l’Odyssée

Vrin - Avril 2019 - Histoire des doctrines de l’antiquité classique


De retour à Ithaque (Odyssée XIII 102-112), Ulysse dépose les présents qu’il a reçus d’Alcinoos, le roi des Phéaciens, dans une grotte située sur la côte de son île. Se situant dans un courant d’interprétation pratiquée par des platoniciens comme Numénius, Porphyre propose une exégèse allégorique de ces lignes. La grotte devient le symbole du monde sensible dans lequel l’âme humaine descendant de l’intelligible vient s’établir pour un temps, avant de remonter vers son lieu d’origine.
On se trouve alors dans un contexte où se mêlent littérature et philosophie néoplatonicienne, puisque la description des pérégrinations cycliques de l’âme humaine est, selon Porphyre, anticipée dans ces quelques vers de l’Odyssée, un millénaire auparavant. C’est à une lecture assionnante, guidée par les meilleurs spécialistes, que nous convie cet ouvrage.

Introduction, édition du texte grec, traduction et notes sous la direction de Tiziano Dorandi.

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lundi 18 mars 2019

Rue Descartes 2019/1 (N° 95) : Discours, performance et sexualités

Collège international de Philosophie - Mars 2019


Page 1 à 3 : Isabelle Alfandary - Présentation | Page 4 à 21 : Mireille Calle-Gruber - Des scènes qui font la nuit plus habitable que les jours. (Performer les différences sexuelles) | Page 22 à 43 : Isabelle Alfandary - L’identité entre sexe et genre chez Freud et Lacan | Page 44 à 57 : Nathanaël Wadbled - Avoir ou être ses pratiques sexuelles. Discours, performance et sexualité dans la théorie du genre de Judith Butler | Page 58 à 79 : Anne-Emmanuelle Berger, Isabelle Alfandary - Entretien avec Anne-Emmanuelle BERGER | Page 80 à 107 : Gabrielle Houbre - « Un individu d’un genre mal défini ». L’hermaphrodisme dans les procès en nullité de mariage (France, XIXe siècle) | Page 108 à 125 : Chantal Delourme - « Prohibition, psychoanalysis, and the heterosexual matrix » in Gender Trouble par Judith Butler : genres du récit et inflexions imaginaires | Page 126 à 141 : Cornelia Möser - Identités et différences sexuelles | Page 142 à 153 : Juan José Martínez Olguín - Écriture et éducation : enjeux philosophiques et pédagogiques | Page 154 à 163 : Barbara Eva Zauli - Pour une nouvelle Bildung : la critique de Nietzsche entre éducation et « spiritualité » | Page 164 à 173 : Philippe Lacour - Lecture du livre de Jean Lassègue, Ernst Cassirer. Du Transcendantal au sémiotique.

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Léon Vandermeersch : Ce que la Chine nous apprend. Sur le langage, la société, l'existence

Gallimard - Mars 2019 - Collection Bibliothèque des Sciences humaines


Ce court texte condense une vie de recherches du grand sinologue français. Il répond à l’éternelle question de savoir si la Chine représente un «ailleurs» inaccessible à notre compréhension d’Occidentaux (c’est ce que Foucault appelait une «hétéro-topie») ou s’il y a une manière de la comprendre qui la ramène à notre humanité commune.
Vandermeersch attaque le problème de trois côtés : d’abord par ses théories sur le langage, qui, en Chine, dériverait des pratiques divinatoires, entraînant une séparation complète entre le langage écrit et le langage parlé, à la différence du langage occidental, indo-européen, qui fonde la logique aristotélicienne. C’est ce que l’auteur a développé dans Les deux raisons de la pensée chinoise en 2013 («Bibliothèque des sciences humaines»).
L’auteur passe ensuite à l’organisation sociale, son apport le plus personnel, fondée sur un ritualisme qui a été renversé par des formes chinoises de modes de production très différentes de celles qu’a connues l’Occident.
Il complète son approche par l’analyse de ce qui, en Chine, s’est substitué à la religion, l’absence d’une coupure entre le monde humain et la transcendance divine. Au contraire, la Chine a trouvé un accord complémentaire avec le cosmos, que le confucianisme a théorisé et confirmé.

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Walter Benjamin : Pour une critique de la violence

Allia - Mars 2019


“Si la police peut paraître partout semblable jusque dans les détails, il ne faut pas finalement se méprendre : son esprit est moins dévastateur dans la monarchie absolue, où elle représente la violence d’un souverain qui réunit en lui l’omnipotence législative et exécutive, que dans les démocraties, où son existence, soutenue par aucune relation de ce type, témoigne de la plus grande dégénérescence possible de la violence.”
Benjamin pose dans cet essai la question de la validité morale de la violence, en tant que fondement ou partie intégrante du droit.

Le droit naturel ne voit aucun inconvénient à user de la violence pour des fins justes. L’adage en serait “la fin justifie les moyens”. Cet exercice-là de la violence a pu par exemple s’exprimer dans la Terreur pendant la Révolution française. Il revient à considérer la violence comme une donnée naturelle. Au contraire, le droit positif la définit comme le “produit d’un devenir historique”. Pour le droit naturel, seule la justesse de la fin compte. Pour le droit positif, tout droit s’établit sur la critique des moyens.

Il convient de distinguer les différents types de violence indépendamment des circonstances de leur exercice, de s’écarter du droit naturel comme du droit positif. Il faut se tourner vers l’histoire, la distinction des violences devant se fonder sur la “reconnaissance historique universelle de leurs fins”. C’est in fine le droit qui s’octroie le privilège de la violence vu qu’il serait menacé si elle venait à s’exercer en dehors de lui. Pour ce faire, il se retrouve à lui-même l’autoriser, par exemple sous la forme du droit de grève. Ou bien à user lui-même de la violence suprême, “celle qui dispose de la vie et de la mort”, à travers la peine de mort, laquelle le fortifie. Le pouvoir recourt à la violence, qui le fonde et le préserve.

Loin d'une critique naïve de la violence, Walter Benjamin en étudie méthodiquement les ressorts afin de pouvoir fonder en raison une véritable justice sociale.

Traduit de l'allemand par Antonin Wiser.

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dimanche 17 mars 2019

Lionel Astesiano : Bergson, pas à pas

Ellipses Marketing - Mars 2019 - Pas à pas


À l'aube du XXe siècle et des spectaculaires progrès technoscientifiques à venir, la métaphysique n'est nullement dépassée. Elle n'est en rien une activité qui devrait rester cantonnée au champ des sciences humaines voire au seul champ littéraire. Bergson est sans doute le dernier grand philosophe à avoir tenté de faire de sa discipline une science rigoureuse tout en ne sacrifiant pas la spécificité de son objet : l'esprit.
Ce qui exige de modifier entièrement sa méthode afin d'éviter de retomber dans ses travers habituels. Car les grands systèmes métaphysiques du passé ont manqué, par excès d'analyse, ce qui fait la spécificité du temps et de la liberté.
Or, depuis son premier ouvrage, la philosophie de Bergson s'est donnée pour tâche de renouer avec l'absolu par la saisie intuitive de ces objets et, par conséquent, de redonner un sens véritable à l'activité métaphysique.
Seul un renouvellement de méthode permettra aux philosophes à venir d'être à même de saisir ce que le réel, aussi imprévisible qu'impossible à conceptualiser et insérer dans les cadres tout faits de l'expérience courante, a d'indiciblement nouveau et unique. Singulière et atypique, la pensée de Bergson se distingue par un mélange d'exigence et de simplicité qui en font la beauté en même temps que la difficulté.
Parce que c'est avant tout une philosophie de la liberté elle est destinée à être toujours d'actualité, et parce que c'est une philosophie de la joie qui donne à voir et à vivre plus intensément la durée intime du réel, elle a des répercussions éthiques qui la rendent irremplaçable.

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Gilles Marmasse, Roberta Picardi : Ricoeur et la pensée allemande. De Kant à Dilthey

Cnrs - Mars 2019 - Philosophie/Politique/Histoire des idées

Paul Ricoeur a toujours entretenu un rapport passionné avec la philosophie allemande, jusqu’à entreprendre la traduction des Idées directrices de Husserl en captivité dans un stalag. S’il est connu pour son rôle clé dans l’acclimatation de la phénoménologie husserlienne en France, sa lecture de la philosophie allemande antérieure à Husserl a été non moins intense et influente. Lui-même a parfois défini sa position comme un « kantisme post-hégélien ». Mais il a su également mobiliser les pensées de Marx, de Nietzsche et de Freud comme des moments critiques indispensables à son projet intellectuel. Enfin, il a reconnu toute l’importance de Schleiermacher et de Dilthey en tant que fondateurs de la philosophie herméneutique.

Le présent ouvrage se propose d’examiner comment Ricoeur s’approprie l’héritage de la philosophie allemande du XXVIIIe et du XIXe siècle, et comment, à travers elle, il crée une œuvre extraordinairement originale. Quelles sont les règles implicites auxquelles ses lectures obéissent ? En quoi lui permettent-elles d’explorer ses propres intuitions ? Qu’ont changé ces lectures dans la réception de la philosophie allemande en milieu francophone ? Telles sont les questions auxquelles cet ouvrage entend répondre.

Gilles Marmasse est professeur de philosophie à l’Université de Poitiers.
Roberta Picardi est professeure de philosophie à l’Université du Molise à Campobasso (Italie).

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Friedrich Nietzsche : Œuvres, tome II

Gallimard - Mars 2019 - La Pléiade



Au mois d'août 1876, le Palais des festivals de Bayreuth est inauguré. C'est la première fois que L'Anneau du Nibelung de Wagner est donné dans son intégralité. Nietzsche est présent. Le mois précédent paraissait la quatrième de ses Considérations inactuelles, consacrée au compositeur. Soudain, au beau milieu des cérémonies officielles, Nietzsche est victime d'un réveil brutal : «Où étais-je donc? Je ne reconnaissais rien, c'est à peine si je reconnaissais Wagner lui-même», écrira-t-il. Lheure est venue pour lui de s'affranchir de la figure tutélaire de Wagner. Mais la période qui s'ouvre alors est celle d'une plus vaste libération. Nietzsche s'éloigne aussi de la discipline dans laquelle il s'était illustré jusqu'ici : la philologie. Désormais il écrira en philosophe – et en «fugitif errant» plutôt qu'en professeur. Car, en arrière-fond, il y a le spectre de la maladie, qui progresse inexorablement. Elle l'oblige, en 1878, à renoncer aux cours qu'il donne au lycée, puis l'année suivante à démissionner de l'université de Bâle.
Les ouvrages rassemblés dans le présent volume, et publiés dans des traductions révisées, couvrent les années 1878-1882. Il s'agit moins d'une période intermédiaire, comme on l'a dit parfois, que d'une période décisive au cours de laquelle Nietzsche énonce les fondements de sa philosophie. Humain, trop humain (1878) est, à ses yeux, le «monument commémoratif de la crise» de 1876. Suivent immédiatement deux livres Opinions et sentences mêlées (1879) et Le Voyageur et son ombre (1880), qu'il réunira en 1886 pour former le second tome d'Humain, trop humain. En 1880 et 1881, séjournant à Venise, à Marienbad, ou encore à Gênes, il rédige Aurore (1881). Ce texte est l'un des plus méconnus de Nietzsche. Méconnaissance parfaitement injustifiée, car «c'est par ce livre, dira-t-il, que s'ouvre [sa] campagne contre la morale.» Enfin, il publie l'année suivante Le Gai Savoir (1882), dont une édition augmentée paraîtra cinq ans plus tard. Ce livre est pour lui «la victoire sur l'hiver», l'ouvrage de la santé (provisoirement) recouvrée. 
Humain, trop humain marque un tournant dans le style de Nietzsche. Abandonnant le désir d'être «persuasif», il opte en effet pour une forme à laquelle il se tiendra : celle de l'aphorisme. La nécessité de proposer une œuvre construite à partir de fragments découle pour lui de sa conception du langage selon laquelle «chaque mot est un préjugé». Mais, avec Humain, trop humain, Nietzsche ne se contente pas d'explorer un nouveau type d'écriture, il donne à sa pensée une orientation nouvelle : travailler à l'élaboration d'une «philosophie historienne». Aurore et Le Gai Savoir exploreront cette voie, procédant, en conséquence, à une profonde critique des valeurs. Cest dans ces deux derniers ouvrages, enfin, qu'émergent deux éléments capitaux de la philosophie nietzschéenne : la volonté de puissance, cette notion qui a prêté à de nombreux malentendus, et l'éternel retour.

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samedi 16 mars 2019

Yvon Quiniou : Apologie du matérialisme

Encre Marine - Mars 2019


Le matérialisme a toujours fait problème, étant donné les enjeux idéologiques et donc politiques qu’il a impliqués et qu’il implique toujours.
Cet ouvrage tente d’examiner le matérialisme sous ses différentes formes prises au cours des siècles et de justifier ses bases.
Ce qui est en jeu, c’est l’existence de la matière, la conception que l’on doit s’en faire, son extension et, bien entendu, notre capacité de la connaître et d’en expliquer les diverses formes, des plus humbles aux plus hautes. Il s’agit aussi de le confronter à différentes questions comme la foi religieuse, l’art, la dimension métaphysique des choses (si elle existe) et, question finale, celle du Sens (avec une majuscule).
Il faudra aussi envisager lucidement la question des limites éventuelles de l’ontologie matérialiste, quitte à surprendre et à la rendre plus modeste… mais aussi plus convaincante dans son ordre propre.

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