dimanche 22 février 2026

Stefania Caliandro : Vibration. Esthétiques et théorie de l'art

 Hermann - Février 2026


Cet ouvrage vise à approfondir l’idée de vibration esthétique, à retracer ses origines, à analyser ses développements historiques dans les arts et les esthétiques au tournant du xxe siècle jusqu’à nos jours, enfin à théoriser et comprendre la fonction et le fonctionnement de la vibration par rapport à l’esthésie et à la saisie du sens. À cette fin, il croise des recherches à la fois en esthétique et philosophie de l’art, en théorie et histoire de l’art et en sémiotique. Abordant des thèmes qui recoupent des questions d’actualité, l’auteure y défend une conception dynamique de l’œuvre, incluant l’appréhension et la compréhension esthétiques dans lesquelles l’œuvre prend forme. Il s’agit d’essayer de décrire en particulier certaines forces (ou phénomènes) qui entrent en jeu dans l’esthésie, telles l’empathie, l’éclosion de rythmes dans lesquels espace et temps sont impliqués, des attitudes magiques, mystiques ou phatiques qui génèrent la participation, des instabilités perceptives qui facilitent la projection ou l’activité imaginative, parfois au seuil de l’hallucination. Dans la reconstruction étymologique et encyclopédique du terme vibration – notion proche mais dissemblable de résonance – il s’avère que le sens figuré est apparu assez tard; il n’était apparemment pas donné à toute époque de frémir ou vibrer avec l’art. Quant à sa théorisation en art, elle revient aux écrits de Kandinsky, dans un contexte de conditions et croyances scientifiques, techniques, philosophiques et spirituelles qui ont favorisé l’éclosion d’esthétiques de la vibration. Répandue, historicisée, la vibration a ainsi pris de multiples formes.
Les esthétiques rencontrées témoignent d’une variété impressionnante de manières d’entendre et de faire art avec ou par la vibration. La vibration a animé des recherches portant sur la correspondance entre les sens et sur la complémentarité des sensations, en procédant par transposition, parfois par analogie, ou par transduction. Des artistes ont examiné les vibrations spécifiques d’un médium donné, ils ont relevé les transformations et les interférences qui opèrent dans les matériaux ou la technique, les effets sur la perception, au seuil du conditionnement. D’autres œuvres ont investi des vibrations et fréquences présentes dans la nature ou le paysage habité; elles pointent la limite du perceptible, jusqu’à amener l’art au seuil de l’anesthétique. Enfin, certains artistes ont visé le moment énergétique de la vibration, son impact et sa valeur dans la perception, jusqu’à déstabiliser le confort perceptif et proprioceptif de l’observateur et à inclure le feedback biochimique et neurologique de celui-ci au seuil de sa contenance.
Les œuvres et les déclarations des artistes amènent à comprendre comment la vibration esthétique se lie à des dynamiques esthésiques, notamment des tensions, des chutes, des dissymétries, qui se produisent dans la saisie. S’appuyant sur des observations philosophiques et sémiotiques, ainsi que sur des apports neurobiologiques, poursuivant également ses réflexions sur une morphogénèse qui prend corps dans l’appréhension du sensible, l’auteure parvient à définir la vibration au vu de son excédant.

Stefania Caliandro enseigne esthétique et sémiotique de l’art à l’Université de Trente, en Italie. Titulaire d’un doctorat de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, elle a obtenu l’habilitation à diriger des recherches à la Sorbonne.

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