vendredi 3 avril 2026

Cahiers Philosophiques n°184 : Nelson Goodman

 Vrin - Avril 2026


Une grande toile de Tintoret recouvrant des objets mis au rebut dans les sous-sols de la cathédrale de Milan! Cette anecdote, relatée par Étienne Gilson, préfigure sans le savoir une des interrogations majeures formulées par Nelson Goodman. Le tableau ainsi détourné demeure certes un objet mais reste-t-il également une œuvre d’art? La question semble futile et un rien provocatrice. Au rebours d’une interrogation sur la nature intrinsèque de l’œuvre d’art, elle ouvre pourtant un vaste champ de réflexion sur les conditions qui permettent à un artefact de « fonctionner » ou non, comme une œuvre d’art.
L’art aussi bien la science, quoique selon des modalités différentes, sont pour Goodman des systèmes sémiotiques qui produisent connaissance et compréhension non parce qu’ils seraient des médiations vers la réalité même mais parce qu’ils sont des « agents qui produisent et posent des mondes qui leur sont propres ». À la manière de la maquette d’une ville qui donne une certaine prise sur celleci ou d’un modèle scientifique qui permet d’explorer les conséquences d’une hypothèse. Que l’on partage ou non son rejet d’une métaphysique réaliste, la lecture de Goodman dessille petit à petit le regard car elle explore l’étendue des compétences sémiotiques que nous mettons sans cesse en œuvre dans notre relation au monde, que celle-ci passe par les mots ou par les images.

acheter ce livre


Aucun commentaire: