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mercredi 15 décembre 2021

Tumultes n°57 : Violences. Histoires, théories, expériences

 Kimé - Décembre 2021


L’omniprésence aujourd’hui du thème de « la » violence renvoie à la difficulté grandissante, pour nous, de l’investir et de la saisir depuis un point d’extériorité aux reconfigurations que lui impriment les développements de l’ordre mondial. Dans l’économie de la violence généralisée, les violences de la sphère politique classique, étatique, se combinent de façon continue et discrétionnaire avec celle de la globalisation du capital : logiques d’exclusion internes et externes aux États, régions entières où la guerre est endémique, opposition en miroir du capital comme religion et d’une religion politisée en un sens catastrophique et réactionnaire. Mais plus crucialement, ce qui est en cause dans cette violence de la valorisation débridée, c’est son allure spécifique de contre-révolution sans ennemi, qui tend à reléguer toutes les aspirations qui lui sont hétérogènes vers un seuil impolitique. Les articles de ce numéro ne s’accordent ni sur l’appréhension de ces violences errantes, ni sur la façon de les traiter. Tous, cependant, tentent de différencier une violence autre sur fond des violences, directes ou indirectes, mais toujours brutales, qui nous sont faites par les reconfigurations actuelles du capital. Tous, par conséquent, rejettent l’hypothèse d’un état « d’absence de violence » dont nous aurions été exclus, que nous aurions à rejoindre, et qui n’est jamais qu’une rationalisation de la pacification de l’ordre, ou aujourd’hui de la « modernisation », le nom naturalisé de l’illimitation des logiques de valorisation. Pour celles-ci il n’y a plus désormais aucun dehors, comme le montre la virulence de la situation actuelle. Dans le prisme de l’illimité la pandémie n’est pas tant une catastrophe, ni même seulement un obstacle, c’est un élément nouveau à transformer en une occasion : l’occasion d’amplifier les procédures de contrôle et de privatisation des populations spécifiques au capitalisme algorithmique, couplée à l’occasion de capitaliser des « brevets », d’aggraver l’emprise sur le vivant. Comment élaborer la relation d’antagonisme à l’adversaire politique sans reproduire ou mimer la courbure étatique des institutions existantes (ni retomber dans les caricatures qu’en proposent le gangstérisme) ? La violence est inhérente à la subjectivation politique, elle en est une possibilité nécessaire, non pas une simple éventualité, mais un trait structurel. Car l’interruption directe de la loi, constitue une des épreuves de la subjectivation politique ; ce qu’occultent les théories qui conçoivent la subjectivation politique exclusivement comme un processus de symbolisation. De même, penser la violence du côté de la subjectivation politique implique d’explorer ses rapports à l’affect, au langage, à la colère, la ruse, au courage, sous peine de reconduire la coïncidence de la violence et de la haine. « Démolir ce qui existe, non pour l’amour des décombres mais pour l’amour des chemins qui les traversent et se fraient en eux. » (Benjamin)

Page 5 à 8 : Antonia Birnbaum, Marie Cuillerai et Frédéric Rambeau - Présentation | Page 11 à 40 : Bertrand Ogilvie - Généalogie de la violence | Page 41 à 59 : Antonia Birnbaum - Que peut une colère profane ? | Page 61 à 76 : Ana Samardžija Scrivener - Maîtres en angoisse | Page 77 à 92 : Frédéric Rambeau - Violence politique et guerre sociale | Page 93 à 116 : Marie Cuillerai - L’emprise de la dépense | Page 119 à 135 : Juan Sebastian Carbonell et Vincent Gay - Violences et contre-violences dans les conflits du travail | Page 137 à 153 : Verónica Gago et Julie Alfonsi - Repenser la violence et la classe depuis la grève féministe | Page 155 à 165 : Sonia Dayan-Herzbrun, Michael Löwy et Eleni Varikas - Max Weber victime de violences policières | Page 167 à 187 : Pablo Oyarzun R. - Droit et violence dans Michael Kohlhaas.

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mardi 19 octobre 2021

Claude Lefort : Lectures politiques. De Dante à Soljenitsyne

 PUF - Septembre 2021


Claude Lefort aura été l’un des analystes majeurs, avec Hannah Arendt, des totalitarismes du XXe siècle, tout en élaborant une des pensées les plus lucides sur la démocratie. Cet ouvrage réunit des essais-préfaces portant sur des grands textes (du XIIIe au XXe siècle) de la pensée politique occidentale. Constamment attentif au présent (et volontiers sur le ton mordant d’un polémiste), inlassable observateur de la vie politique française et internationale, il présente et redécouvre de grands classiques – Dante, Michelet, Quinet, Tocqueville – , mais propose aussi ses découvertes d’écrits nouveaux (comme le témoignage de déporté de Georges Petit ou l’essai de Cécile Vaissié sur le sort de la littérature en URSS).
Lire, pour Lefort, fut toujours mettre radicalement en jeu sa propre pensée. Aujourd’hui, lire Lefort lecteur, c’est accéder au cœur d’une interrogation philosophico-politique parmi les plus puissantes de la seconde moitié du XXe siècle.

Claude Lefort (1924-2010) demeure l’une des philosophes politiques français les plus marquants de la deuxième moitié du XXe siècle. Dans ses nombreux ouvrages comme dans son enseignement à l’EHESS, il a élaboré une ample théorie de la démocratie et des totalitarismes au XXe siècle.

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vendredi 19 février 2021

Frédéric Nef et Sophie Berlioz : La nature du social. De quoi le social est-il fait ?

 Le Bord de l'eau - Février 2021


Cet ouvrage expose une conception de l’ontologie sociale, branche de la philosophie qui analyse les structures profondes de la réalité sociale et des problèmes centraux comme les liens entre le monde social et le monde physique. Mais il apporte aussi des éclairages sur la nature de la dynamique des groupes sociaux.
Il interroge le mode d’existence de deux composantes de la réalité sociale : les objets sociaux et les groupes. Les premiers comprennent tous les objets dont la fonction et le statut sont reconnus par un groupe social donné (objets culturels, religieux, institutionnels ou politiques). Les seconds sont appréhendés comme des agents collectifs, par nature irréductibles aux membres qui le composent.
Introduction aux concepts et aux problèmes fondamentaux de l’ontologie sociale, il s’adresse à tous ceux et à toutes celles qui engagent une conception du social dans leurs réflexions et travaux : sociologues, philosophes des institutions, historiens, etc. Plus largement, il s’adresse à un public intéressé par l’élaboration d’une définition du social.
Ce livre constitue une introduction à l’ontologie sociale comme discipline de recherche en sciences sociales. Il vise à la fois à introduire l’histoire, les différentes conceptions et les grands problèmes auxquels l’ontologie s’attache et à appliquer la manière dont ces grandes conceptions peuvent servir pour mieux comprendre la nature et le fonctionnement des groupes sociaux et des institutions.

Frédéric Nef est un philosophe français, travaillant sur la logique et sur les questions de la métaphysique. Membre de l’Institut Nicod et directeur d’études à l’E.H.E.S.S., il a dirigé plus d’une vingtaine de thèses. Il est l’auteur avec Pierre Livet du livre Les êtres sociaux. Processus et virtualité (éditions Hermann 2009).
Sophie Berlioz est docteur en philosophie (E.H.E.S.S., Institut Nicod) et consultante en entreprise sur les questions de négociation et dialogue social. Ses recherches portent sur l’ontologie sociale, en particulier sur le statut et le pouvoir des institutions sur les actions et le mode d’existence des groupes.

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mercredi 13 avril 2016

Esprit n° 423, mars-avril 2016 : Colères

Esprit - Mars 2016


Le nouveau dossier de la revue Esprit, coordonné par Michaël Fœssel, pose le diagnostic de sociétés irascibles, met les exaspérations à l’épreuve de l’écriture et se fait la chambre d’écho d’une passion pour la justice.


Sommaire

Éditorial. Ceux qui nous ressemblent

À plusieurs voix
Olivier Mongin

Les villes-refuges : du Proche-Orient à l’Europe
Ahmet Insel

Turquie : la dérive autoritaire
Laurence Nardon

La diplomatie américaine face au drame syrien
Renaud Beauchard

Vent d’air frais sur le New Hampshire
Gilles Bataillon

La capture d’El Chapo
Jean-Louis Schlegel

La capacité d’intégration de la France
Jean-François Bouthors

Nationalité : une jeunesse en auto-déchéance

Colères
Jonathan Chalier, Michaël Fœssel

Leurs colères et les nôtresIntroduction
Patrick Boucheron, Propos recueillis par Michaël Fœssel, Propos recueillis par Emmanuel Laurentin

L’émotion souveraineEntretien avec Patrick Boucheron
Michaël Fœssel

Les raisons de la colère
1. Des sociétés exaspérées
Jean-Louis Schlegel

Introduction
Erwan Lecœur

Le parti des mécontents
Fabien Jobard

Colères policières
Paul Gradvohl

L’ire et la frayeur en Europe centrale
Anne-Lorraine Bujon

« Fous de rage »La politique américaine à bout de nerfs
Véronique Nahoum-Grappe

Tuer tout le monde ou mourir de colère ?
Matthieu Angotti, Jean-Claude Eslin, Dick Howard, Nicolas Léger, Daniel Lindenberg, Lucile Schmid, Enquête coordonnée par Jonathan Chalier, Enquête coordonnée par Michaël Fœssel

L’ère des imprécateursEnquête auprès de Matthieu Angotti, Jean-Claude Eslin, Dick Howard, Nicolas Léger, Daniel Lindenberg et Lucile Schmid

2. Une passion philosophique
Michaël Fœssel

Introduction
Marcel Hénaff

Une passion venue de loin
Olivier Renaut

La colère du juste
Jean-Louis Schlegel

Dies irae
Denis Salas

Après les attentats, la saine colère des victimes
Frédéric Lordon, Propos recueillis par Michaël Fœssel

Les puissances de l’indignationEntretien avec Frédéric Lordon
Olivier Abel, Dorian Astor, Hamit Bozarslan, Antoine Garapon, Camille Riquier, Jean Vioulac, Carole Widmaier,Enquête coordonnée par Jonathan Chalier, Enquête coordonnée par Michaël Fœssel

Un monde sans colère ?Enquête auprès de Olivier Abel, Dorian Astor, Hamit Bozarslan, Antoine Garapon, Camille Riquier, Jean Vioulac et Carole Widmaier

3. Nos colères
Jonathan Chalier
Introduction

Goulven Boudic
« Que sont nos colères devenues ? »

Jean-Michel Servet
Solutions liquidesRésistances dans l’après-capitalisme

Jean-Loup Thébaud1
Apologie du cheval blanc

Alice Béja, Anne Dujin, Dick Howard, Guillaume Le Blanc, Jean-Philippe Pierron, Olivier Remaud, Lucile Schmid,Carole Widmaier, Enquête coordonnée par Jonathan Chalier, Enquête coordonnée par Michaël Fœssel

De l’offense à la justiceEnquête auprès de Alice Béja, Anne Dujin, Dick Howard, Guillaume Le Blanc, Jean-Philippe Pierron, Olivier Remaud, Lucile Schmid et Carole Widmaier
Olivier Mongin, Michaël Fœssel

« Le dernier des sentiments humains »
Hommage

Natalie Zemon Davis, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Luce Giard
La quête de Michel de Certeau

Poésie
Jacques Darras

Franck VenailleNoirceur et fulgurance
Cultures
Laurence Engel

Que peut la culture ?
Carole Desbarats

L’oiseau de l’aube : voix de femme et censure en Iran
Isabelle Danto

Paul Klee en mouvement
Jean Delabrecque

Salafistes : une bombe visuelle


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mercredi 3 février 2016

Collectif : La critique est-elle laïque ? Blasphème, offense et liberté d'expression

Presses Universitaires de Lyon- Décembre 2015


Talal ASAD 
Wendy BROWN 
Judith BUTLER 
Saba MAHMOOD 

Préface de Mathieu POTTE-BONNEVILLE 

Après l’affaire des « caricatures danoises » en 2005, maintes fois reprises dans la presse européenne, et notamment dans le journal français Charlie Hebdo, quatre universitaires américains, Talal Asad, Wendy Brown, Judith Butler et Saba Mahmood, se sont réunis pour discuter de la place, de la définition et de la perception de la religion et de la laïcité dans la pensée critique et dans nos sociétés. Parmi les questions soulevées, ils se sont demandé si toute entreprise critique ne peut se concevoir que dans un contexte laïc et, inversement, si la laïcité ne peut advenir que grâce au travail critique.
Analysant les présupposés et amalgames à l’œuvre dans les discours sur un prétendu conflit des valeurs, ils questionnent ainsi les représentations occidentales de la croyance et de la rationalité et les cadres normatifs qui les prédisposent. Les interrogations et les objections successives de ces intellectuels aux horizons d’étude divers permettent de repenser les oppositions conventionnelles entre Occident et Islam, liberté d’expression et censure, jugement et violence, raison et préjugé.
Dans un style dialogique devenu rare, comme le note Mathieu Potte-Bonneville dans sa préface, les contributeurs font eux-mêmes œuvre de critique et s’efforcent de s’écouter et de se répondre pour faire entendre une autre polyphonie, pour mettre en relation divers langages culturels et s’interroger sur leurs traductions réciproques.

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lundi 16 novembre 2015

François Châtelet : L'apathie libérale avancée. Et autres textes critiques (1961-1985)

Points - Novembre 2015 - Collection : Points Essais


Pendant plus d'une vingtaine d'années, François Châtelet a été le témoin et l'acteur d'une période exceptionnelle de la vie intellectuelle française. Ce volume rassemble les principaux textes critiques que, entre 1961 et 1985, il consacra aux travaux les plus marquants de cette époque, portant un regard d'une extraordinaire acuité, enthousiaste ou corrosif, sur les oeuvres qui allaient devenir nos classiques - Sartre, Lacan, Foucault, Derrida, Althusser, Bachelard, Lévi-Strauss, Braudel, etc. -, comme sur celles qui les irriguaient - Marx, Freud, Nietzsche ou Heidegger. A la croisée de ses propres recherches, des polémiques dans lesquelles il était engagé, des causes qu'il défendait, son "activité journalistique" s'est affirmée comme une défense de la philosophie qu'il pensait indissociable d'une critique de la philosophie. Textes choisis et présentés par Ivan Chaumeille.

François Châtelet (1925-1985), historien de la philosophie, philosophe politique et penseur de l'histoire, il fut à l'origine, avec Michel Foucault et Gilles Deleuze, du département de philosophie de l'Université de Vincennes et cofondateur du Collège international de philosophie. Il est notamment l'auteur, au Seuil, de La Naissance de l'histoire et d'Une histoire de la raison.

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lundi 2 mars 2015

Roberto Frega : Le pragmatisme comme philosophie sociale et politique

Ed. Le Bord de l'eau - Mars 2015


Cet ouvrage présente, pour la première fois au lecteur français, une série de textes clefs de la philosophie sociale et politique dans la tradition pragmatiste. Ces textes permettent de parcourir l’ensemble du XXe siècle pour ainsi montrer la continuité des enjeux abordés par le pragmatisme ainsi que sa capacité à se renouveler à travers la confrontation avec les défis majeurs du contemporain.
La première partie présente des textes classiques, tous écrits entre 1912 et 1938, qui appartiennent à « l’âge d’or » du pragmatisme. Elle inclut des contributions célèbres de John Dewey mais également d’autres moins connues d’auteurs comme Jane Addams, George H. Mead et Sidney Hook. La deuxième partie comprend des textes qui font désormais partie des interprétations classiques de la pensée sociale et politique pragmatiste et qui s’inscrivent dans le mouvement de renouveau et de redécouverte de cette tradition aux États Unis dans les années 1980 et 1990. La troisième et dernière partie rassemble enfin des contributions plus récentes, qui invitent à élargir le champ d’analyse à des thématiques nouvelles telles que l’intersectionnalité et l’expérimentalisme démocratique.
Au sommaire : Jane Addam, Elizabeth Anderson, Richard J. Bernstein, Patricia Hill Collins, John Dewey, Sidney Hook, George H. Mead, John Ryder, Charles Sabel, Charlene Haddock Seigfried et Paul C. Taylor.
Roberto Frega est chargé de recherche au CNRS. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages portant sur la tradition pragmatiste et la philosophie politique, notamment Pensée, expérience, pratique. Essai sur la théorie du jugement de John Dewey, L’Harmattan, 2006 ; John Dewey et la philosophie comme épistémologie de la pratique, L’Harmattan, 2006 ; Practice, Judgment, and the Challenged of Moral and Political Disagreement. A pragmatist Account, Lexington, 2012, et Les sources sociales de la normativité, Vrin, 2013.
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samedi 24 janvier 2015

Axel Honneth : Le droit de la liberté: Esquisse d'une éthicité démocratique

Gallimard - 22 janvier 2015 - Collection : NRF Essais


Avec cet ouvrage, Axel Honneth marque une étape décisive dans ce qu'il appelle «le parcours de la reconnaissance», c'est-à-dire l'appréhension de la société contemporaine comme mue par les luttes visant à la reconnaissance par autrui de la spécificité et de l'égale dignité de chaque individualité. Prônant une répartition équitable des libertés individuelles entre tous les membres de la société, il repense à nouveaux frais une théorie de la justice, qui, afin d'échapper à la simple proclamation de principes idéaux, allie impérativement analyse empirique et réflexion normative. Chaque sphère constitutive de notre société incarne institutionnellement un aspect déterminé de notre expérience de la liberté individuelle : l'idée une, moderne, de justice est donc fragmentée en autant de sphères institutionnalisées d'une promesse de liberté efficiente, selon leurs modalités propres. Sur la base de cette idée fondatrice, Axel Honneth se livre à l'une des entreprises les plus ambitieuses de la philosophie contemporaine : une «reconstruction normative» destinée à déterminer, à travers l'évolution historique de chacune de ces sphères sociales (les rapports personnels : amitié, relations intimes, famille ; l'économie de marché : marché et morale, consommation, marché du travail ; la formation de la volonté démocratique : vie publique démocratique, Etat de droit démocratique, culture politique), jusqu'à quel point les conceptions de la liberté qui y furent à chaque fois institutionnalisées (liberté juridique, liberté morale, liberté sociale) ont déjà atteint une concrétisation ou se sont heurtées à des pathologies qui leur sont propres. Une conscience claire des exigences à venir de la justice sociale n'est possible que si nous gardons le souvenir des revendications d'une liberté institutionnalisée qui sont demeurées jusqu'à aujourd'hui sans réponse. A cette fin, il y a nécessité, pour toute théorie de la justice digne de ce nom, d'une récapitulation des combats menés sur le terrain normatif de la modernité.

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lundi 12 janvier 2015

Isabelle Aubert : Habermas. Une théorie critique de la société

CNRS - Janvier 2015 - Collection : PHI.POL.HIS.


Habermas est un des philosophes contemporains vivants les plus célèbres. Cet héritier de l'Ecole de Francfort a participé aux grandes controverses du XXe siècle, celle opposant Adorno à Popper, mais aussi à la querelle des historiens allemands. L'oeuvre abondante d'Habermas croise morale, sociologie, politique et épistémologie. Isabelle Aubert en découvre la profonde unité dans l'intersubjectivité, cette notion que l'on trouve chez Fichte et Husserl mais qu'Habermas s'est efforcé de détourner. Il ne s'agit pas d'éliminer toute forme de subjectivité mais de déplacer la perspective sur le social en mettant au centre une notion qui appréhende la réalité de sujets situés et en relation. Ce modèle alternatif d'intelligibilité s'effectue sur le mode de la participation au dialogue, de l'échange de paroles et non selon le mode de l'observation entre un pôle de représentation et un environnement extérieur. Ainsi naît une nouvelle anthropologie sociale fonctionnelle, à l'écart du mouvement post-moderne.

Isabelle Aubert est maître de conférences en philosophie à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Ses recherches portent sur la théorie critique, le constitutionnalisme, la citoyenneté.

jeudi 3 avril 2014

Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle

Pierre Dardot et Christian Laval

 
La Découverte - Mars 2014
 
Partout dans le monde, des mouvements contestent l’appropriation par une petite oligarchie des ressources naturelles, des espaces et des services publics, des connaissances et des réseaux de communication. Ces luttes élèvent toutes une même exigence, reposent toutes sur un même principe : le commun.
Pierre Dardot et Christian Laval montrent pourquoi ce principe s’impose aujourd’hui comme le terme central de l’alternative politique pour le XXIe siècle : il noue la lutte anticapitaliste et l’écologie politique par la revendication des « communs » contre les nouvelles formes d’appropriation privée et étatique ; il articule les luttes pratiques aux recherches sur le gouvernement collectif des ressources naturelles ou informationnelles ; il désigne des formes démocratiques nouvelles qui ambitionnent de prendre la relève de la représentation politique et du monopole des partis.
Cette émergence du commun dans l’action appelle un travail de clarification dans la pensée. Le sens actuel du commun se distingue des nombreux usages passés de cette notion, qu’ils soient philosophiques, juridiques ou théologiques : bien suprême de la cité, universalité d’essence, propriété inhérente à certaines choses, quand ce n’est pas la fin poursuivie par la création divine. Mais il est un autre fil qui rattache le commun, non à l’essence des hommes ou à la nature des choses, mais à l’activité des hommes eux-mêmes : seule une pratique de mise en commun peut décider de ce qui est « commun », réserver certaines choses à l’usage commun, produire les règles capables d’obliger les hommes. En ce sens, le commun appelle à une nouvelle institution de la société par elle-même : une révolution.

jeudi 20 mars 2014

Léon Trotski et John Dewey : Leur morale et la nôtre

Préface d’Emilie Hache

 
Éd. La Découverte - Collection : Les Empêcheurs de penser en rond - Mars 2014

Pour la première fois, sont réunis et présentés le célèbre essai de Léon Trotski « Leur morale et la nôtre » et la réponse, inédite en français, de John Dewey, philosophe pragmatique américain. Ce dialogue entre philosophie marxiste et philosophie pragmatique porte sur l’accusation qui leur est faite de défendre une maxime honnie de la morale bienpensante : « La fin justifie les moyens. » Si Trotski et Dewey la défendent, ils en donnent une signification profondément divergente qui fait écho à leurs engagements respectifs pour changer le monde. La fin justifie-t-elle les moyens ? À l’heure où se mobiliser contre la menace nazie est la « fin primordiale », n’était-il pas justifié d’éviter toute division entre les « forces de progrès » ? Lorsque, depuis son exil au Mexique, Trotski appelle à la création d’une commission d’enquête internationale pour montrer le caractère mensonger des accusations portées contre lui lors des procès de Moscou, de nombreux intellectuels de gauche refusent de s’engager. Dewey, lui, accepte sans hésiter. Leur dialogue constitue une sorte d’épilogue à la rencontre entre deux résistants au consensus moral dans un moment particulièrement tragique. Alors que nous sommes confrontés à de nouvelles menaces et à de nouvelles demandes de mobilisation, comment pouvons-nous hériter de ce débat ?
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