samedi 7 mars 2020

Alain Policar : Cosmopolitisme ou barbarie

 Rue d'Ulm - Mars 2020


Dans un monde marqué par la peur, voire la haine, de celui qui vient bouleverser nos repères familiers, chercher à penser une politique qui fasse de l’accueil une valeur centrale revient à s’exposer, au mieux, à la raillerie, au pire, à l’hostilité. Il faut en prendre le risque tant le règne de la barbarie est à nos portes. La barbarie sait s’accoutrer pour tromper. Elle sait emprunter d’autres visages, se parer d’autres noms : ceux de la sauvegarde de « notre » identité, de la préservation des valeurs et des principes qui font notre singularité, tant le risque serait grand que les « passants », pauvres et démunis, ne viennent mettre en péril notre modèle social auquel nous proclamons un indéfectible attachement. Le choix du cosmopolitisme ici défendu tient à ce qui peut être considéré comme un propre de l’humanité, soit le fait de vivre exposés les uns aux autres, et non enfermés dans des cultures et des identités. Notre essentielle vulnérabilité justifie que nous tissions des solidarités, que nous montrions de la considération à l’égard d’autrui. Considération qui est au fondement de l’exigence cosmopolitique comme de l’idéal démocratique.

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Yves Vaillancourt : L’Évangile selon Bergman

Presses de l'Université Laval - Mars 2020


À l'heure d'une sécularisation de la foi et d'un sentiment de perte de transcendance, d'une part, et d'un repli agressif sur des intégrismes, d'autre part, l'interrogation religieuse et existentielle au cœur du cinéma de Bergman n'a rien perdu de son acuité. Description Les films d'Ingmar Bergman (1918-2007) ont la réputation d'être noirs et décapants. Le cinéaste nous soumet à une déconstruction des relations humaines fondamentales et de nos aspirations spirituelles. Mais sonder le vide en nous n'est-il qu'accablant ? Ou serait-ce le chemin le plus sûr vers un renouveau? Le cinéaste suédois, fils de pasteur, a lutté pour remplacer le discours chrétien de son enfance par un évangile exaltant l'amour et la vie. Son cinéma peut se comprendre comme un combat entre les mauvaises nouvelles et les bonnes. Maris et femmes, mères et filles, pères et fils, prêtres et communiants, psychiatres et patients, tous entrent dans la ronde interminable où un peu de lumière perce les ténèbres. Et là où la stratégie des acteurs bergmaniens s'avère insuffisante, la musique prend le relais afin de communiquer par-delà notre finitude.

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Philippe Eon : L’importance du langage dans l’administration. Méditations luhmanniennes

Presses de l'Université Laval - Mars 2020


Ce livre ne relève ni de la sociologie des organisations, ni de l'anthropologie, ni de la théorie du management, ni des sciences politiques, pas plus de la philosophie du langage. Il s'agit d'autre chose, et l'expérience de la lecture, avec son temps propre, est le seul moyen de le découvrir. Description L'administration accorde une grande importance au langage, au point de laisser penser à ses agents qu'il n'y a rien de plus important. Les agents de l'administration ont donc toujours quelque chose à dire. Ils estiment aussi que tout ce qui est dit devrait l'être d'une autre façon. Enfin, s'ils continuent de croire qu'il y a forcément quelque chose de plus important que le langage, c'est dans le seul but d'en parler. Parallèlement, ces agents ne prêtent aucune attention à des mots qui reviennent sans cesse dans les innombrables textes, « petites notes », comptes rendus, explications, rapports, que l'administration attend d'eux. J'en ai collecté quelques-uns, comme « permettre », « dans le cadre de... » ou encore « en matière de... ». Il m'a semblé que ces mots et expressions dérivaient, isolés, comme s'ils étaient retranchés du langage. J'ai alors cherché le plus loin possible dans leur platitude et leur insignifiance de quoi faire une autre expérience de l'importance du langage.

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Philosophia Scientiae 24-1 2020 : Les mathématiques dans les écoles militaires (XVIIIe-XIXe siècles)

Kimé - Mars 2020


Les mathématiques dans les écoles militaires (XVIIIe-XIXe siècles)

Mónica Blanco et Olivier Bruneau
Introduction. Les mathématiques dans les écoles militaires

Maria Ángeles Velamazán et Elena Ausejo
La formation mathématique des ingénieurs militaires en Espagne au xixe siècle

Thomas Preveraud
La rationalisation des savoirs mathématiques français au sein des écoles militaires américaines avant la Guerre de Sécession

Yannick Vincent
Ce que nous apprend une étude autour des équations numériques à propos de l’École polytechnique au xixe siècle

Bertrand Eychenne
La formation des ingénieurs dans un contexte postcolonial sud-américain : le Colegio Militar de Bogota (1848-1884)

Mónica Blanco et Carles Puig-Pla
The Role of Mathematics in Spanish Military Education in the 1750’s: Two Transient Cases

Juan Navarro Loidi
Foreign influence and the mathematics education at the Spanish College of Artillery (1764-1842)

Olivier Bruneau
The Teaching of Mathematics at the Royal Military Academy: Evolution in Continuity

Danny Beckers
Mathematical manoeuvres. The Changing Role of the Dutch Military Academy in Mathematics, 1828-1870

Varia
Fabrizio Li Vigni
Le projet épistémique des sciences des systèmes complexes

Pierre Bataille et Marie Sautier
Erratum

Ce « qu’être postdoc» veut dire. Cheminements postdoctoraux en Suisse, circa 2010

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Michel Blay : La déchirure du penser. Essai sur l'effacement du Logos

Les Belles Lettres - Mars 2020 - Encre marine


Étrange parcours que celui du Logos qui, de Héraclite à nos jours, tend à s’effacer, dans ce monde actuel, tout entier voué à la science, au tout numérique. Cette vision héraclitéenne de la totalité s’est estompée, transformée qu’elle fut déjà dès les premiers siècles de notre ère dans sa postulation religieuse, puis dans la modernité, et s’est perdue dans un monde où, science et technique prenant leur envol, l’homme avait comme horizon de « devenir comme maître et possesseur de la Nature ».
Michel Blay analyse cet état qui nous laisse de plus en plus en déshérence ; et dans un monde où « Dieu est mort, et c’est nous qui l’avons tué », comment ne pas sombrer dans cette illusion d’un homme tout-puissant, dans lequel même le psychique est traité à l’aune des neuro-sciences où l’homme a perdu sa complétude et ne pense même plus à la chercher ?
Ne serait-ce pas la poésie, elle seule, « dans ces temps de détresse » qui offrirait une voie pour retrouver sa voix ?

Certes « Il n’y a pas de paradis » nous dit André Frénaud.
« Était-ce l’aube, ou le soir déjà perce ?
Qu’avions-nous espéré que nous allons cherchant ? »

Michel Blay a été Directeur de recherche au Cnrs en histoire et philosophie des sciences. Il est aujourd’hui Président du Comité pour l’histoire du Cnrs. Il a publié de nombreux essais et récemment : Dieu, la nature et l’homme. L’originalité de l’Occident, Paris, Armand Colin, 2013 ; L’Existence au risque de l’innovation, Paris, Cnrs éditions, 2014 ; La Chair vive et la beauté de l’exister. Quatre chapitres sur l’infini dans le fini, Paris, Jean Maisonneuve, 2015 ; Penser ou cliquer ? Comment ne pas devenir des somnambules ?, Paris, Cnrs éditions, 2016 ; Critique de l’histoire des sciences, Paris, Cnrs éditions, 2017 et Neuropédagogie. Le cerveau au centre de l’école, (en collaboration avec Christian Laval), Paris, Tschann & Cie, 2019.

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vendredi 6 mars 2020

André Pessel : Les versions du sujet. Etude de quelques arguments sceptiques au XVIIè siècle

Klincksieck - Mars 2020 - Critique de la politique


Les figures de la subjectivité sont plurielles. Loin d’en livrer un catalogue, André Pessel étudie les formes que le courant sceptique français des XVIe et XVIIe siècles en a proposées et que l’âge classique a symptomatiquement rejetées du côté des productions de « libertins » ou réduites à des « curiosités » émanant de minores. Refoulés hors de la grande histoire de la philosophie, les penseurs sceptiques ont, pour certains d’entre eux, sans doute les moins prudents, c’est-à-dire politiquement les plus explicites, connu l’expérience de procès, de tortures, pour ne rien dire des bûchers. Il y avait donc dans cette pensée sceptique une menace, un danger, que le refoulement « classique » ne laissa s’inscrire que comme violence ou silence.
André Pessel redonne voix à ce silence. Il montre comment, des modalités de la suspension du jugement à la déclinaison des figures de l’ego, les sceptiques ont démystifié le désir de vérité, la croyance en la certitude, la postulation de l’évidence. Il articule cette démystification à une méthode épistémologique qui récuse la recherche d’un point fixe dans l’ordre linéaire de la démonstration et qui change les paradigmes de l’argumentation. Pour les sceptiques, le sujet du savoir est lui-même un facteur de la situation.
Cet essai opère ainsi l’exhumation interne à l’histoire philosophique d’un courant subversif, il produit une typologie de la subversion sceptique en traversant les œuvres des sceptiques athées et chrétiens, de Jean-Pierre Camus et Charron à Gabriel Naudé, de Montaigne à La Mothe Le Vayer.
André Pessel inaugure significativement son entreprise de dés-occultation de la puissance de la pensée sceptique en révélant pour la première fois l’identité de l’interlocuteur le plus secret de Descartes dans les Méditations métaphysiques : l’Hyperaspistes.

André Pessel a été professeur de philosophie en khâgne au lycée Louis-le-Grand (1970–1996). Grand passeur de l’âge classique, il a enseigné pendant de longues années à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Lecteur singulier, affranchi de tous les académismes, il a formé de très nombreux lecteurs.

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Simon Lemoine : Découvrir Bourdieu

Les Editions sociales - Mars 2020


Quatorze textes expliqués et commentés par le philosophe Simon Lemoine permettant
d’aborder les concepts et la sociologie de Pierre Bourdieu.

Les concepts de Pierre Bourdieu font école tant et si bien qu’au-delà même de la sociologie critique, on les retrouve dans la littérature journalistique, dans les textes d’organisations, dans les discours politiques…
Le livre de Simon Lemoine, docteur en philosophie, professeur de lycée, veut éclairer pour un public non savant les articulations principales d’une pensée qui s’est vouée à la connaissance des mouvements de la société.
Comment les dominants dominent-ils ? La sociologie peut-elle servir à transformer les rapports de pouvoir, quelle est la puissance de la violence symbolique, qu’est-ce que l’habitus, la distinction, comment fonctionne la reproduction sociale ? Autant de questions qui animent ce « Découvrir » et en font une introduction essentielle à la sociologie de Bourdieu, et à la compréhension du présent.

Sommaire 

1. Le savoir, la sociologie 

2. La violence symbolique 

3. Domination et violence symbolique 

4. Le champ, l’illusio, le capital 

5. Une illustration : champ et capital scientifiques 

6. L’habitus 

7. Le corps 

8. L’agent, les schèmes, le sens pratique 

9. Le langage 

10. Le langage II 

11. La reproduction 

12. Liberté (ou libération) 

13. Représentation des classes sociales et aliénation 

14. Classes sociales et espace social

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mercredi 4 mars 2020

Tristan Garcia : Forme et objet. Un traité des choses

PUF - Mars 2020 - Quadrige


Qu'est-ce qu'une chose ? Abattant les dernières barrières philosophiques qui circonscrivaient le champ des choses, ce Traité considérera sur un plan d'égalité une table, un silex taillé, un quark, un gène, une personne humaine, le mot « vérité », une robe rouge, la couleur d'un tableau abstrait, un tiers de branche d'acacia, l'espèce chimpanzé, cinq secondes, un rite de passage, l'inexistence d'un fait ou un cercle carré. Voilà les choses qui sont aujourd'hui les nôtres : un tohu-bohu de réel, de possible, de matière, de mots et d'idées. Face à ce paysage nouveau, ce Traité ne propose ni une phénoménologie réinventée, ni une analyse du concept de « chose », ni une pensée critique de la réification. Il invite plutôt à prendre le large pour une toute autre aventure théorique. Il suggère d'explorer d'abord notre monde comme s'il était vraiment plat, en lui ôtant toute détermination, toute intensité, tout relief. Dans un second temps seulement, à l'aide de concepts forgés dans cette pauvreté ontologique radicale, il invite à retrouver la possibilité d'un univers, c'est-à-dire l'ensemble de choses non plus seules, mais les unes dans les autres. Le désert formel se transformera en encyclopédie luxuriante de nos objets contemporains, de leur ordre et de leur désordre. Ainsi verra-t-on se dessiner les grandes querelles actuelles sur le classement des objets autour de nous, des objets en nous et de nous-mêmes en tant qu'objets : par parties, par espèces, par genres ou même par âges. Comment découper les choses pour vivre parmi elles et en être une soi-même ?

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Gérard Amicel et Amine Boukerche : Autopsie de la valeur travail. A-t-on perdu tout sens de l'effort ?

Editions Apogée - Mars 2020 - Ateliers populaires de philosophie


Avons-nous perdu tout sens de l'effort ? La valeur travail se meurt. Mais personne n'ose publier l'avis officiel de décès. Les discours puritains sur le sens de l'effort ne peuvent résoudre les problèmes générés par le travail : stress, burn-out, suicides, précarité, etc. Ils visent au contraire à les masquer. Le progrès technologique réduit massivement le temps de travail. Les appels incantatoires à la valeur travail sont donc en contradiction avec la réalité économique contemporaine. Et l'idéologie du mérite est une hy-pocrisie cruelle en l'absence de toute proportionnalité entre le travail ef-fectué par l'individu et son revenu. Partant d'un état des lieux qui recense toutes les questions actuelles au-tour du travail, l'ouvrage montre la genèse historique de la centralité de cette valeur, puis creuse la réflexion sur la crise qui la frappe. La société continue d'idolâtrer une valeur travail largement fantasmée. Quelles sont les alternatives pour échapper à cette illusion ?

Gérard Amicel, agrégé et docteur en philosophie, est professeur à Rennes. Il a publié aux éditions Apogée dans la collection "Ateliers populaires de philosophie" Le Sens de la vie (2014), La Monstruosité (2016) et Que reste-t-il de l'avenir ? Amine Boukerche, est titulaire d'un DEA de philosophie en bioéthique. Il est professeur de philosophie au lycée. Il a publié aux éditions Apogée De la fragilité de la démocratie (2015), La Citoyenneté républicaine face au libéralisme économique (2017), L'Algérie de Tocqueville, chronique.

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Pierre Manent : La loi naturelle et les droits de l'homme

PUF - Mars 2020 - Quadrige


La doctrine des droits de l'homme est devenue l'unique référence légitime pour ordonner le monde humain et orienter la vie sociale et individuelle. Dès lors, la loi politique n'a plus d'autre raison d'être que de garantir les droits humains, toujours plus étendus. La loi ne commande plus, ne dirige plus, n'oriente plus : elle autorise. Elle ne protège plus la vie des institutions - qu'il s'agisse de la nation, de la famille, de l'université -, mais donne à tout individu l'autorisation inconditionnelle d'y accéder. L'institution n'est donc plus protégée ni réglée par une loi opposable à l'individu ; celui-ci jouit d'un droit inconditionnellement opposable à l'institution. Pierre Manent montre que cette perspective livre les éléments constituants de la vie humaine à une critique arbitraire et illimitée, privant la vie individuelle comme la vie sociale de tout critère d'évaluation. Une fois que sont garantis les droits égaux de faire telle action ou de conduire telle démarche, il reste à déterminer positivement les règles qui rendent cette action juste ou cette démarche salutaire pour le bien commun. La loi naturelle de la recherche du bien commun se confond ainsi avec la recherche des réponses à la question : comment orienter ou diriger l'action que j'ai le droit de faire ?

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mardi 3 mars 2020

Ivan Segré : L'Occident, les indigènes et nous

Amsterdam - Février 2020


À partir des années 1980, l’idée s’est peu à peu imposée : le clivage politique fondamental ne serait pas de nature idéologique – opposant le capitalisme au socialisme – mais civilisationnel. Cette conception, formulée notamment par Samuel Huntington, divise le champ politique entre d’un côté les tenants d’une vision sécularisée des rapports entre les hommes et les sociétés – « l’Occident » –, et de l’autre les défenseurs d’une conception religieuse ou « indigène ». Or de manière paradoxale, elle semble également s’être imposée au sein de courants intellectuels et politiques qui, considérant que l’accroissement de la domination de l’homme sur la nature est indissociable de celle de l’homme sur l’homme, érigent la pratique indigène en figure principale de l’opposition à la logique du capitalisme. Mais la perpétuation de la guerre et de la servitude dans l’histoire de l’humanité procède-t-elle vraiment de la diffusion des appareils conceptuels produits par l’Occident ? Étudiant les déterminants des trois mouvements historiques que sont le développement du capitalisme, la colonisation des Amériques et la traite atlantique, Ivan Segré montre qu’il n’en est rien, et que seul le recours à des facteurs d’un autre ordre – les comportements économiques prédateurs et la xénophobie – rend intelligible le cours de l’histoire.

Ivan Segré est philosophe et talmudiste. Il a notamment publié Judaïsme et Révolution (La Fabrique, 2014), Les Pingouins de l’universel (Lignes, 2017) et La Trique, le pétrole et l’opium(Libertalia, 2018), ainsi que de nombreux articles sur le site lundimatin.

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Nikos Foufas : De l'aliénation chez Rousseau. Genèse et dualité d'un concept

L'Harmattan - Février 2020


Dans la pensée de Rousseau, l'aliénation revêt plusieurs sens. Cette notion, qui avait principalement une origine théologique et fut par la suite associée aux théories du contractualisme, celle de Hobbes par exemple, ou à la théorie du droit de Grotius, subit alors une profonde transformation. En dépit de son rôle central dans la pensée politique de Rousseau, elle a été peu étudiée de façon systématique. Cet ouvrage propose une lecture méthodique de Rousseau, afin d'éclairer sa conception de l'aliénation et de comprendre sa dualité, fondement de l'auto-institution de la communauté politique.

Nikos Foufas est docteur en philosophie. Il enseigne actuellement à l'université Panteion des sciences sociales et politiques à Athènes. Il s'intéresse notamment à la pensée de Hegel, de Marx, ainsi qu'à la philosophie de Georg Lukács.

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Michel Imbert : La fin du regard éclairant

Librairie Philosophique Vrin - Mars 2020 - Mathesis


Curieux de l’évolution de sa discipline, les neurosciences de la vision, l’auteur s’est intéressé aux différents moments qui ont jalonné l’émergence des principales théories de la perception visuelle. En remontant cette histoire de l’Antiquité au Moyen Âge, on rencontre de grands savants, philosophes, médecins, mathématiciens. Notamment un génie arabe né à Bassorah (Irak actuel) au tournant du dixième siècle, Al-Hassam ibn al-Haytham (965-1039). Auteur d’une oeuvre scientifique considérable, il compose, à l’ombre de la mosquée al-Azhar du Caire, un ouvrage majeur, le Kitāb al-Manāẓir, ou Livre de l’Optique. Inconnu jusqu’à la fin du treizième siècle, ce livre exercera une influence décisive sur les doctrines de la vision au cours des siècles suivants.
L’œuvre d’Ibn al-Haytham marque une rupture radicale, lumière et vision, indissociables dans l’Antiquité, sont désormais séparées : l’œil n’illumine plus les objets, il en reçoit la lumière qu’ils réfléchissent. Cette découverte rendit possible les théories modernes initiées par Képler au début du XVIIe siècle.
C’est cette page brillante de la science arabe que cet ouvrage se propose de raconter. Que connaissait Ibn al-Haytham de ses prédécesseurs (Aristote, Euclide, Galien, et Ptolémée notamment)? En quoi sa contribution propre a-t-elle été une véritable révolution scientifique? Quelle en fut la réception dans l’Occident chrétien?

Michel Imbert est Professeur émérite de Neurosciences de la vision à l’Université Pierre et Marie Curie et directeur d’études honoraire à l’École des hautes études en sciences sociales (chaire de Neurosciences cognitives).

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dimanche 1 mars 2020

Nicolas Tertulian : Modernité et Antihumanisme. Les combats philosophiques de Georg Lukács

Klincksieck - Février 2020 - Critique de la politique


Ce livre rassemble des articles dont la rédaction s’étend sur plus de trois décennies. Il esquisse les linéaments d’une philosophie de la démocratie radicale, centrée sur la figure du penseur hongrois Georg Lukács (1885-1971).
À travers une critique rigoureuse des tendances antihumanistes du XXe siècle ― et notamment des systèmes conceptuels développés par Martin Heidegger et Carl Schmitt ―, Lukács a rappelé dès les années 1930 les exigences d’une pensée européenne responsable, désireuse à la fois d’assumer ses origines révolutionnaires et de tirer les conséquences des grandes catastrophes politiques du XXe siècle. Dans son oeuvre propre, Lukács pose les fondements philosophiques d’une pensée de l’égalité et de l’inclusion qui, sans rien perdre du mordant critique de sa matrice marxiste, s’efforce d’articuler les différents niveaux de manifestation d’une rationalité plurielle. La tâche ultime de la philosophie ne doit pas être de séparer, d’opposer et de discriminer, mais de retrouver dans la théorie de la connaissance, l’expérience quotidienne, la création artistique, l’instauration institutionnelle, l’unité d’un projet humain. Lukács revient ainsi au premier plan du combat pour une modernité ouverte et sans mépris, pour une véritable culture de l’égalité dans la démocratie.

Nicolas Tertulian, né en 1929 à Iaşi en Moldavie roumaine, est un philosophe, esthéticien et essayiste, installé en France depuis 1982. Spécialiste reconnu de la pensée de Georg Lukács, il a enseigné de 1982 à 2010 l’« Histoire de la pensée allemande (XIXe-XXe siècle) » à l’EHESS. Il est l’auteur, en français, de deux ouvrages consacrés à la pensée lukácsienne. D’innombrables publications, du Brésil au Japon, ont fait connaître ses travaux, notamment ses études critiques sur Heidegger et Schmitt. Nicolas Tertulian est décédé en septembre 2019 à Suresnes, sans avoir vu paraître ce livre.

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Francis Kaplan : Propos sur Alain

Gallimard - Février - Folio essais


Ces Propos sur Alain traitent de la crise du politique et de la méfiance envers le pouvoir, de l’interrogation face à la puissance des croyances religieuses, de la justification de la guerre et de la persistance irrationnelle de la haine.
Ces problèmes sont les nôtres. Alain, relu par Francis Kaplan, nous aide à penser aujourd’hui. La force d’Alain est d’être capable de reconnaître la légitimité de ce qu’il n’aime pas – le pouvoir, la religion, la guerre.
La lecture de Kaplan ramasse l’argumentation, montre la pensée à l’œuvre, offre une vue d’ensemble, impartiale, décapante, passionnante. Où l’on découvre que «la doctrine politique d’Alain est l’une des très grandes doctrines politiques de l’histoire de la philosophie, à côté de celle de Platon, d’Aristote, de Hobbes, de Rousseau, de Montesquieu ou de Hegel».
Ce livre est une heureuse rencontre, celle de deux esprits libres dont l’un nous sert de guide pour redécouvrir la pertinence, la cohérence et la profondeur de l’autre.

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Joel Moky : La culture de la croissance. Les origines de l'économie moderne

Gallimard - Mars 2020 - Collection Bibliothèque des Histoires


À la fin du XVIIIe siècle, une floraison d’inventions techniques a donné naissance à la Révolution industrielle et à la croissance économique régulière dont est issue la prospérité sans précédent d’aujourd’hui. Or, si le déroulement de cet épisode capital est désormais bien connu, ses origines demeurent mystérieuses. Pourquoi la Révolution industrielle s’est-elle produite en Occident et pas ailleurs?
La thèse de Joel Mokyr est qu’elle a été rendue possible par une culture de la croissance propre à l’Europe moderne et consacrée par les Lumières européennes. Les bases en ont été jetées dans la période 1500-1700, qui a vu les premières avancées scientifiques et techniques destinées à nourrir les développements explosifs de la suite. Elle a été favorisée par la fragmentation politique de l’Europe. Celle-ci a créé les conditions d’un «marché des idées» fonctionnant autour de la République des Lettres et assurant à la fois la protection des novateurs hétérodoxes et la circulation de leurs travaux.
La comparaison avec la Chine achève de faire ressortir cette particularité européenne. En dépit de niveaux d’activité intellectuelle et technologique similaires, la version chinoise des Lumières est demeurée sous le contrôle de l’élite dirigeante, là où le polycentrisme européen a permis son expression indépendante.
Combinant histoire économique, histoire des sciences et des techniques et histoire intellectuelle, Joel Mokyr montre, contre le préjugé selon lequel les idées ne sont que le reflet de l’infrastructure matérielle, comment la culture, les croyances, les valeurs ont été le facteur décisif de la transformation sociale.
Un nouveau regard sur les racines de la modernité qui éclairera tous ceux qui s’interrogent sur la place que l’économie a prise dans notre monde.

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Hans Joas : Les Pouvoirs du sacré. Une alternative au récit du désenchantement

Seuil - Mars 2020 - La couleur des idées


Les Pouvoirs du sacré pose une question brûlante : celle de la place persistante du sacré et de la religion dans la vie sociale contemporaine. Ni une vision linéaire de la sécularisation comme déclin progressif et mondial de la religion, ni une compréhension mystique du « retour du religieux » ne conviennent pour appréhender ce phénomène complexe. Hans Joas parcourt, synthétise et discute les grands paradigmes qui ont été élaborés par la philosophie et la sociologie, depuis le xviiie siècle, pour penser la vie religieuse.
En discussion critique avec Max Weber, Joas construit une alternative au récit du « désenchantement du monde ». Il estime qu’une compréhension du devenir de la religion ne peut se séparer d’une interprétation des tensions entre le politique et le religieux, l’État et les Églises, qui ont paradoxalement créé des interstices dans lesquels les individus ont pu construire leur liberté et redéfinir leur vie en commun.
Il s’agit aussi d’un livre engagé en faveur d’un universalisme des droits de la personne qui se traduirait, au plan théologico-politique, par le double rejet des théocraties et des dictatures laïques, et par une mise en garde contre la tentation d’une « auto-sacralisation de l’Europe » contre l’islam.

Hans Joas est aujourd’hui l’un des plus éminents représentants de la sociologie des religions et de la « philosophie sociale » allemande, illustrées jadis par Max Weber ou Georg Simmel. Ont été traduits en français La Créativité de l’agir (Le Cerf, 1999), George Herbert Mead. Une réévaluation de sa pensée (Economica, 2007) et Comment la personne est devenue sacrée. Une nouvelle généalogie des droits de l’homme (Labor et fides, 2016).

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Pardès n°63 : Le transhumanisme à l’épreuve de la Bible – Israël et le message du judaïsme

In Press - Mars 2020


Un nouveau discours s’impose dans le débat public qui annonce le « transhumain », le « post-humain », l’« homme augmenté », le « cyborg ». Quelle est la nature de ce nouveau « Grand récit » sur fond de tous les mondialismes et de tous les progressismes ? Quel est le sens de son apparition aujourd’hui? Puisqu’il promeut une refondation de l’humain, il nous intime la nécessité de revenir aux fondements, c’est-à-dire au Livre de la Genèse et à sa construction de l’humain, ne serait-ce que parce que les tenants de la déshumanisation objective de l’homme s’insurgent souvent contre son supposé enseignement, son naturalisme, son moralisme, son déterminisme…
Que recèlent la philosophie du Livre de la Genèse face à ces enjeux et l’appel de l’infini qu’ils donnent à entendre ? Que pourrait recéler la Genèse d’inattendu, d’inédit pour le débat contemporain?
Ce numéro de Pardès s’attache également dans sa deuxième partie à la question d’« Israël et le message du judaïsme ». L’État d’Israël serait-il porteur de sens pour le reste du monde ? Certains États suscitent une attente plus que politique : la France, patrie des Droits de l’homme, les États-Unis, phare de la liberté. Le nom d’Israël expose souvent à la haine et l’hostilité. Mais il suscite aussi une attente positive dans une bonne partie de l’humanité. Le dossier traite de la façon dont cet enjeu se trame en Israël même, dans la conscience juive.

LES AUTEURS : Thierry Alcoloumbre, Michel Arouimi Paul-Laurent Assoun, Mickael Benadmon, Luc Benamou, Claude Birman, Yossef Charvit, Oury Cherki, Isabelle Cohen, Claude Cohen Boulakia, Rony Klein, Bernard Maruani, Yehuda (Jean-Bernard) Moraly, Emmanuel Navon, Olivier Rey, Gaëlle Hanna Serero, Elyakim Simsovic, Guylain-David Sitbon, Shmuel Trigano, Marie Vidal, Michaël Wygoda, Shmuel Wygoda

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