mercredi 21 janvier 2026

Philippe Vilain : La promesse. Échapper aux vaines paroles

 Autrement - Janvier 2026


"La promesse est une passion altruiste, il s'agit de partager comme de vivre une émotion commune." Pourquoi promettons-nous ? Que mettons-nous en jeu lorsque nous nous engageons à tenir parole ? La promesse revêt une vertu sacrificielle, absolue, mais se vide de sens lorsqu'elle est énoncée sans sincérité. Mêlant réflexions philosophiques, littéraires et expériences personnelles, Philippe Vilain ausculte ce que la promesse d'amour, la parole politique, le serment à soi-même révèlent de notre humanité : notre rapport à l'autre, à nous-même, à la morale, au temps. Il interroge le geste simple de dire Je promets dans le vacarme assourdissant de notre époque et s'attache à la promesse pour redonner de la valeur au langage.

Philippe Vilain est l'auteur d'une dizaine de romans et d'essais, qu'il présente comme une exploration de la conscience amoureuse. Pas son genre a été adapté au cinéma par Lucas Belvaux, avec Emilie Dequenne.

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Henriette Levillain : Henry D. Thoreau. L'insoumis de Walden

 Flammarion - Janvier 2026


Le 6 mai 1862, Henry D. Thoreau ferma les yeux, entouré des siens, dans sa ville natale, Concord (Massachusetts), qu'il n'avait presque jamais quittée. Il était âgé de quarante-quatre ans. Depuis sa prime jeunesse, dans les bois et auprès des animaux qu'il chérissait, il s'était préparé à la loi inéluctable de la mort. L'hommage rendu dans Walden ou la vie dans les bois à la vie sobre et à l'écoute des lois de la nature n'était pas alors d'actualité. Or, quelle que soit sa version, intégrale ou abrégée, ce récit compte de nos jours parmi les best-sellers internationaux. Quant à Thoreau, il est considéré, à tort ou à raison, comme le pionnier de l'écologie. En revanche, ses écrits en faveur de l'abolitionnisme secouèrent ses contemporains et inspirèrent plus tard des lecteurs aussi différents que le Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Jack Kerouac ou Jim Harrison. Dans La Désobéissance civile, Thoreau encourageait chaque citoyen à refuser de payer ses taxes locales à un État qui ne condamnait pas l'esclavage, ce pour quoi il avait été mis une nuit en prison. Cet essai littéraire révèle les contrastes d'une oeuvre inclassable et la séduisante complexité d'un être énigmatique.

Henriette Levillain est professeure émérite à Paris-Sorbonne. Autrice de nombreux ouvrages et articles, parmi lesquels Saint-John Perse (Fayard, 2013, Grand Prix de la biographie littéraire de l'Académie française), elle a plus récemment publié Yourcenar, carte d'identité (Fayard, 2016) ainsi que Virginia Woolf, carte d'identité (Fayard, 2021). Rester vivante à tout prix (Flammarion, 2023) a été salué par la critique.

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Fabrice Midal : Empêcher que le monde ne se défasse. 19 leçons pour apprendre à résister

 Flammarion - Janvier 2026


Devant l'assombrissement du monde, ce livre revient à l'essentiel. Refuser de baisser les bras, ne pas céder au découragement : un devoir nourri par des gestes simples, quotidiens, profondément humains. S'inspirant de ceux qui, écrivains, poètes ou philosophes, furent aussi des résistants, Fabrice Midal montre comment cultiver cette force intérieure qui sait tout aussi bien dire "non" à l'inhumanité, à l'injustice ou à l'imposture que "oui" à ce qui préserve la vie. Découvrez comment résister aux flots d'informations qui nous submergent en nous laissant toujours plus impuissants, aux mots qui vident le réel de son sens, au moralisme qui se croit par principe dans le camp du "bien" - et à tout un ensemble de préceptes et de principes d'un autre âge qui loin de nous éveiller nous aveuglent aux vraies nécessités de notre temps. Ce livre s'adresse à tous ceux qui, comme Albert Camus, veulent empêcher que le monde ne se défasse.

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François Jullien : Penser vivre

 Bouquins - Janvier 2026


Ce volume contient : De l'intime ; Vivre de paysage ; Vivre en existant ; Une seconde vie ; Dé-coïncidence ; L'Inouï ; De la vraie vie ; L'Incommensurable ; La Transparence du matin.

"Toi, que fais-tu donc de vivre ? " Cette question, le philosophe François Jullien l'explore depuis une dizaine d'années pour résoudre ce paradoxe selon lequel être en vie n'assure pas d'accéder à " vivre ". Penser vivre rassemble sous son titre programmatique neuf de ses essais qui abordent par approches successives la question.
Qui ne s'est pas dit un jour ou l'autre comme en se réveillant : " Je suis encore en vie " ; ou plus simplement : " Je vis ! " ? C'est bien là l'essentiel, tout le reste est surajouté. " Mais qu'est-ce que je suis en train de faire de cette vie que je vis ? " Si la question se pose, c'est qu'elle est travaillée de l'intérieur par ce paradoxe : nous sommes en vie, mais nous n'accédons pas pour autant à vivre.
De là cet " oubli de vivre " qui n'est pas accidentel, mais généré par la vie même, peut-être même intrinsèque à la vie. Mais suffira-t-il de dire : " Cueille le jour ! " comme le répète la sagesse ? Car avons-nous effectivement, un jour, " cueilli " le jour, sauf peut-être rétrospectivement par la mémoire recueillant le passé ?
D'où, face à l'opposition paresseuse dressée entre la vie et la pensée, l'importance de penser pour vivre. " Qui le plus profond a pensé, dit Hölderlin, aime le plus vivant. "
"Dans les essais dont c'est ici la reprise, et qui s'étendent sur une douzaine d'années, j'ai tenté de penser vivre en proposant des concepts de vivre, autrement dit qui soient à vivre : l'intime, l'inouï, l'incommensurable ou la transparence du matin. Et d'abord la seconde vie ou la vraie vie. Ou bien encore en explorant comment on peut " vivre de paysage ".
Car peut-on se contenter de célébrer le " goût de vivre " ? Mais on peut, au plus loin du Développement personnel et du Marché du bonheur, tenter d'" ouvrir le concept " pour éclairer comment vivre.
N'est-ce pas la tâche élémentaire de la philosophie ?" — François Jullien

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Roger Gilbert-Lecomte : Tablettes d'un visionné

 Fario - Janvier 2026


« Viendront d’autres horribles travailleurs… » On se souvient de la prophétie rimbaldienne qui figure dans la lettre dite « du Voyant ». Ces horribles travailleurs, manifestation d’une veine orphique profonde, trouvèrent au siècle dernier en Roger Gilbert-Lecomte (1907 – 1943) — comme en Dino Campana, Georg Trakl, O. V. de L. Milosz ou, plus près de nous, C.G. Guez Ricord, pour ne citer que ceux-ci — leur plus haute et leur plus pure incarnation.
Laissant une œuvre fragmentaire et rare (« écrivant peu, je me promets de n’écrire que l’essentiel », avertissait-il), Gilbert-Lecomte aura consacré sa brève existence à ce que Novalis appelait la recherche du Moi transcendantal. Ce qui l’intéressait, en effet, c’était cet « en deçà » du souvenir perdu, l’« effort admirable » qui seul justifiait à ses yeux l’expérience poétique, expérience qu’il aimait à définir comme une lutte désespérée contre l’amnésie.
Aussi le florilège que nous proposons sous le titre de Tablettes d’un visionné puise-t-il ces images eidétiques dans les trois recueils laissés par le poète — La vie l’amour la mort le vide et le vent, Le Miroir noir et Caves en plein ciel — ainsi que dans deux ouvrages inachevés, Retour à tout et Tic la peur. Ces images, traduisant une forme de perception particulière du réel, sont l’apanage de la voyance orphique évoquée plus haut, donnant à respirer cet « air fœtal » qu’un Antonin Artaud, par exemple, sut reconnaître et saluer fraternellement.
Enfin, le nom de Roger Gilbert-Lecomte reste associé à celui d’un autre inspiré, René Daumal, avec qui il fonda le mouvement et la revue Le Grand Jeu (1928 – 1930).

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mardi 20 janvier 2026

Guillaume Le Blanc : Ethique pour un monde qui sombre. Dans les pas de Walter Benjamin et Hannah Arendt

 Payot - Janvier 2026


Quelles sont les règles à suivre pour vivre bien quand tout va mal ? Guillaume le Blanc cherche des réponses dans les pas de Benjamin et Arendt aux prises avec la catastrophe de l’Holocauste.
L’objectif de ce livre est de proposer une éthique de la vie fragile, seule à même de s’opposer au dispositif généralisé de la précarité sociale, économique, politique et existentielle.

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Christophe Grellard : Est-il permis de se tromper ? Penser la tolérance au Moyen-Âge

Editions de la Sorbonne - Janvier 2026


Entre le xiie siècle et le xvie siècle, les théologiens médiévaux, en discutant de la possibilité d’excuser l’erreur en matière de foi, ont posé les conditions intellectuelles pour penser la tolérance religieuse. Leurs débats, largement méconnus, voire ignorés des philosophes, permettent de comprendre comment, dans le cadre d’une religion exclusiviste – le christianisme médiéval –, qui refuse tout salut en dehors de l’Église et sans adhésion à une vérité dont l’institution ecclésiale est la seule garante, il est tout de même envisageable de reconnaître, voire d’autoriser, la déviance religieuse. Or, c’est précisément quand le lien entre vérité et salut est suspendu que la tolérance religieuse et la liberté de conscience deviennent théoriquement pensables. Les débats autour de l’excuse du péché, en particulier du péché d’infidélité, étudiés dans cet ouvrage mettent au jour les concepts d’ignorance invincible et de conscience erronée, utilisés par les théologiens pour rendre compte du problème de l'hétérodoxie.

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Colette Soler : Lacan et l'être femme

 PUF - Janvier 2026


En 1972, à l’époque du Mouvement de libération des femmes, Jacques Lacan produisait une thèse qui fit grand bruit. Cinquante ans après, au temps de metoo, cette thèse éclaire-t-elle encore l’insurrection sexuelle à laquelle nous assistons ?
Au-delà de Freud et pour la première fois, une autre logique était construite, répondant d’une jouissance autre. On pouvait y lire que les femmes, qui ne sont pas La femme, sont réelles, pas toutes formatées par le discours, pas toutes dans les variantes de la fameuse « envie du pénis », Autres donc. Et surtout – prémonitoire – qu’en matière de sexe, les êtres « ont le choix », « s’autorisent d’eux-mêmes ». N’est-ce pas ce qui se clame très fort aujourd’hui ?
Dans ce livre, Colette Soler met en évidence combien, pour les femmes d’aujourd’hui, les fulgurances les plus actuelles foisonnent dans le texte de Lacan : leur exclusion séculaire, leur rapport à la langue, leurs angoisses de nouvelles marathoniennes de la civilisation, le sexisme du procédé freudien et, plus encore, une possibilité offerte au psychanalyste d’aller vers une clinique enfin non ségrégative.

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lundi 19 janvier 2026

Pierre-Damien Huyghe : La forme-cinéma

 De l'Incidence - Octobre 2025


​​Le cinéma n'est pas au même titre présent dans tous les films. Ce qu'on appelle ici la forme-cinéma se manifeste davantage en certains qu'en d'autres. Quand elle a lieu, cette forme définit une sensibilité singulière dont on ne peut comprendre la nature qu'en accordant une attention et un traitement particuliers aux capacités intrinsèques des appareils d'enregistrement qui en offrent l’occasion. Si cette attention et ce traitement sont rares, si même ils ne guident pas nécessairement les opérations conduites dans ce qui est pourtant susceptible de relever d’un art des films, c'est parce qu'ils ne se portent pas au secours des logiques du sens. Leur affaire n'est pas de faire droit aux intentions signifiantes mais d'avérer les possibilités esthétiques de l'appareillage d'images propre à l'ère de la reproduction.
Du passage d'un moment de forme-cinéma dans le champ de nos perceptions, nous nous souvenons grandement. Ce passage n'est pourtant pas de part en part attendu : il ne répond pas à la demande la plus classiquement adressée aux images de jouer le jeu expressif et foncièrement discursif de la mimesis. En prenant finalement appui sur l’approche benjaminienne, ce livre montre en quoi pareille demande, quels que soient sa fréquence et les motifs susceptibles de la justifier, distrait la conscience d’époque.​

Pierre-Damien Huyghe est philosophe et professeur émérite en esthétique à l'Université Panthéon-Sorbonne. Pour de l'incidence éditeur, il a notamment publié un premier livre consacré au cinéma, intitulé Le Cinéma avant après (2012) et une suite d'essais à propos du design (sous-titrés à quoi tient le design). Il est également l'auteur de Numérique. La tentation du service (2022, éditions B42), Contre-temps (2017, éditions B42), Art et Industrie (2015, éditions Circé) et Modernes sans modernité (2009, éditions Lignes).

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Giorgio Agamben : La voix humaine

 Nous - Janvier 2026


Traduit et présenté par Martin Rueff

Qu’est-ce qu’une voix ? Au cours d’une patiente enquête archéologique, ce livre reconstruit le sens et les modalités de l’« articulation de la voix », en interrogeant le rôle qu’a pu jouer l’invention de l’écriture, et en remettant radicalement en question le rapport entre voix et langage. Giorgio Agamben explore ici la texture « vocative » du langage comme une singularité que ni la linguistique, ni la phonologie, ni la biologie ne sont capables de saisir par elles-mêmes. En effet, situer le langage dans la voix, cela signifie articuler non seulement le son et le sens, mais aussi le vivant et le parlant, le corps et l’esprit, la nature et l’histoire. Cette réflexion sur la voix est dès lors inséparable d’une réflexion sur la définition de l’humain, et constitue en ce sens un problème essentiellement politique, puisqu’il s’agit, à chaque fois, de décider de ce qui est humain et de ce qui ne l’est pas.
« L’articulation de la voix est, en réalité, l’articulation entre le vivant et le langage, et c’est seulement grâce à elle que l’homme peut être défini comme ce vivant qui a le langage. »
Giorgio Agamben (Rome, 1942) est l’un des philosophes les plus écoutés et médités de notre temps. Son œuvre repose sur une nouvelle approche des enjeux de la politique, sur une métaphysique renouvelée, et sur une attention constante aux formes de l’art et de la poésie. Après Ce que j’ai vu, entendu, appris…, publié en 2024, La voix humaine est le deuxième livre de Giorgio Agamben aux éditions Nous.

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Archives de Philosophie Tome 88, cahier 4, octobre-décembre 2025 : Fichte et Sartre. Deux penseurs de l’intersubjectivité

 Archives de Philosophie - Janvier 2026


En 2020, Archives de philosophie publia Fichte et le langage, dirigé par Ives Radrizzani. Il présentait un remarquable recueil d’articles introduisant le lecteur à une question qui n’était traitée jusque-là que de manière éparse. Fichte et le langage fut un authentique acte de recherche, de portée toujours actuelle.
De nouveau, Ives Radrizzani dirige, dans le présent volume, un dossier aussi original qu’a priori improbable : « Fichte et Sartre. Deux penseurs de l’intersubjectivité ». Pour cela, il réunit un ensemble d’articles rigoureux et clairs qui orchestrent de véritables résonances entre les deux philosophes autour de la question de la conscience (tant du point de vue de ses fondements que comme conscience absolue, conscience de soi, conscience heureuse et conscience malheureuse) mais aussi de la pensée de la liberté et de l’autonomie ; de l’Autre et du transcendantal.
Loin de se réduire à un travail de philosophies comparées, bien au contraire, « Fichte et Sartre. Deux penseurs de l’intersubjectivité » donne l’occasion au lecteur, par les abords divergents de mêmes interrogations, par les croisements qui y sont opérés, par des contrastes tout de nuances, de progresser avec intelligence dans une enquête philosophique sur la question de l’intersubjectivité propre à chacun de ces philosophes. Or ce dossier accomplit bien plus : il produit, au fil de sa progression, une réflexion féconde, inédite, originale sur cette même question.

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Cécile Gagnon : Antigone est-elle un homme ?

 Nota Bene - Janvier 2026


Tout le monde aime Antigone. C’est une femme forte qui défie l’autorité. Elle est prête à mourir pour ses valeurs. Elle transgresse les règles de sa cité ainsi que les codes de la féminité. Elle est le porte-étendard de la lutte contre le patriarcat. À côté de sa soeur combative, déterminée et résistante, Ismène est souvent reléguée à un symbole d’obéissance aux règles établies. Là où Antigone aurait le souci de l’action, Ismène incarnerait la soumission. Mais ce portrait des choses est-il juste ?
Cécile Gagnon s’applique à démontrer que l’idéalisme d’Antigone révèle qu’elle est un personnage féminin conçu et écrit par un homme. À cette vision réductrice, qui porte aux nues certains traits de caractère traditionnellement masculins et dévalue un ensemble d’autres qualités morales, elle substitue une autre perspective. Dans sa relecture philosophique de la célèbre tragédie de Sophocle, elle décrit Ismène comme une figure du care, capable de faire corps avec les imperfections du monde et de maintenir un tissu relationnel. Cécile Gagnon ne met jamais Antigone au rebut, mais va au-delà des lieux communs en dévoilant un sens inédit du concept de prudence, comme art du discernement dans la dépendance : il s’agit de savoir quand intervenir, comment le faire et jusqu’où aller, sans dominer ni effacer l’autre. 

Née en 1995, Cécile Gagnon est docteure en philosophie, spécialiste des théories féministes, et plus particulièrement des notions de care, de violence et de narrativité. Elle enseigne les théories féministes à l’Université de Montréal et la philosophie au Collège André-Grasset. Avec Marie-Anne Casselot, elle a fait paraître Existantes. Pour une philosophie féministe incarnée, aux Éditions du remue-ménage (2024).

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dimanche 18 janvier 2026

Walter Benjamin : L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique

Klincksieck - Novembre 2025


L’essai L’OEuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique a longtemps été le texte le plus célèbre et le plus traduit de Benjamin. Ce qui nous est parvenu se révèle cependant bien plus complexe que ne le laisse apparaître la dernière version du texte. La présente édition historique et critique rend pour la première fois accessibles les cinq versions achevées ainsi que les nombreux autres manuscrits dans leur contexte global. Dans la partie commentaire, sa genèse est présentée en détail ; des explications sont données sur les supports de texte et les sources de Benjamin, la correspondance en lien avec l’essai ainsi que d’autres documents précisent le contexte de l’époque. Le concept de reproductibilité technique désigne à la fois la reproduction par l amachine d’une réalité extérieure et la possibilité de multiplier cette reproduction.C’est au second aspect que s’attache Benjamin. La reproduction spécifique du film (comme de la photographie et du disque), consiste précisément dans le fait qu’il ne s’agit pas d’une simple re-production, mais de la production de la reproductibilité par un appareillage. Cette reproductibilité commence avec les premiers moules et la frappe de pièces de monnaie qui étaient à l’origine de petites oeuvres d’art picturales à l’effigie de souverains ou de dieux, et, avec la photographie et la reproductibilité de l’audiovisuel, connaît un important bouleversement. Le deuxième aspect réside dans le fait que la reproductibilité de l’audiovisuel par la technique du film rend sans objet l’opposition entre original et reproduction. Avec sa Fontaine, Marcel Duchamp avait montré avec ironie comment un objet utilitaire produit en masse par l’industrie, un urinoir reproduit à des milliers d’exemplaires,pouvait se métamorphoser en oeuvre d’art originale. Avec le film s’érige un nouveau «standard » de production artistique qui est tout simplement déterminant pour la situation de l’art, un standard duquel l’oeuvre d’art originale a disparu.

Édité par Burkhardt Lindner (†) avec la collaboration de Simon Broll et Jessica Nitsche. Traduit par Christophe Jouanlanne et Michel Métayer.

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Solange Carton (dir.) : Mélancolie de la parole, mélancolie des arts

 Champion - Novembre 2025


Que peut apprendre la psychanalyse des formes et des mots de la mélancolie du poète ?
Comment la littérature et les arts, quand ils y consentent, se laissent-ils interroger par la mélancolie de la parole dans la cure psychanalytique ?
Cet ouvrage s’intéresse de façon croisée à ses courants traversant, des plus tonitruants aux plus dormants, des plus ravageurs aux plus pernicieusement silencieux. Au-delà de la coloration phénoménologique de la douleur morale, ce qui traverse l’ensemble de ses chapitres, chacun à leur manière, c’est l’attachement de la langue, quelle que soit son expression, verbale, picturale ou musicale, à tenir au secret la passion pour son objet incertain, défiguré et indéterminé, assouvie à l’aune de sa mise à mort à perpétuité.

Solange Carton est psychanalyste, affiliée à l’Association psychanalytique de France, psychologue, professeur de psychologie clinique et psychopathologie psychanalytique à l’Université de Montpellier Paul-Valéry.

Ont contribué à ce volume : Solange CARTON, Catherine CHABERT, Marie DESSONS, Béatrice DIDIER, Alain MONTANDON, Jean-Claude ROLLAND, Vincent VIVÈS

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Loïc Chaigneau : Michel Clouscard. Genèse et structure du néo-capitalisme

 Delga - Novembre 2025


Première thèse universitaire consacrée à Michel Clouscard, cet ouvrage marque une étape décisive dans la reconnaissance académique d’un penseur longtemps marginalisé. Celui-ci a construit, dès les années 1970, une œuvre aussi dense qu’exigeante, articulant dialectique hégélienne et matérialisme historique dans une lecture inédite des mutations du capitalisme contemporain. Aucune étude universitaire systématique ne lui avait encore été consacrée. C’est désormais chose faite.
Ce travail propose une analyse rigoureuse et accessible de l’ensemble de son œuvre, replacée dans son contexte théorique et politique. Il met en lumière une ambition : penser le néocapitalisme non seulement comme une évolution économique, mais aussi comme une reconfiguration totale des mœurs, des désirs et des structures idéologiques. Clouscard y déploie une critique structurée du néokantisme qui irrigue l’intelligentsia post-soixante-huitarde, de Sartre à Deleuze en passant par Lévi-Strauss et Lacan, et en appelle à une refondation de la philosophie de la praxis.
À la croisée de la philosophie, de la sociologie critique et de l’anthropologie politique, cette étude jette les bases de la réévaluation d’un auteur dont la portée théorique appelle une redécouverte sérieuse et collective.

Loïc Chaigneau né en 1993, est docteur en philosophie, chargé de cours dans l’enseignement supérieur et président-fondateur de l’Institut Homme Total. Depuis 2013, il est l’auteur d’une dizaine d’essais à caractère politique et philosophique, traitant principalement de théorie politique et d’épistémologie des sciences sociales.

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Arthur Schopenhauer : Le Monde comme volonté et représentation

 Gallimard - Octobre 2025 - La Pléiade


En France, la découverte de Schopenhauer (1788-1860) au tournant des années 1880 provoque une fièvre qui excède les débats philosophiques habituels. Maupassant choisit pour guide ce professeur de pessimisme et de noirceur. Il hante certains personnages de Huysmans, résignés à admettre avec lui que la vie de l'homme oscille entre la douleur et l'ennui. On est sommé de se positionner par rapport à Schopenhauer, parce que sa philosophie engage radicalement le sens de l'existence. Le Monde comme volonté et représentation est le "grand livre" de son auteur. Celui-ci y ferraille avec les idées de Platon et de Kant, tout en prenant au sérieux l'apport récent des orientalistes et en tirant des implications considérables des Upanishad. Mais ce livre polyglotte commente aussi Cervantès, Shakespeare, Calderón, La Rochefoucauld, Swift, Voltaire, Chamfort, Byron, Goethe ou Leopardi. Il donne corps à une pensée dont on sent bien qu'elle n'avait jamais été formulée jusqu'ici et qu'elle n'est pas de celles que l'on dépasse. Selon Nietzsche, il n'y a chez Schopenhauer ni affectation ni rhétorique : c'est un "discours droit, rude et bienveillant", porté par un "naturel inimitable" et "une vigoureuse aisance". La présente traduction relève le défi de rendre la puissance de la langue de Schopenhauer, qui fascina Kafka et Borges, tout en respectant l'unité de son vocabulaire philosophique.

Le Monde comme volonté et représentation
Tome I : Livres I à IV
Appendice : Critique de la philosophie kantienne
Tome II : Compléments des Livres I à IV

Trad. de l'allemand par Marianne Dautrey, Christian Sommer et Vincent Stanek. Édition de Christian Sommer avec la collaboration d'Ugo Batini

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samedi 17 janvier 2026

Samuel Scheffler : Pourquoi se soucier des générations futures ?

 Eliott - Janvier 2026


Avons-nous réellement des raisons de nous soucier du sort des générations futures ? Quelles raisons, par exemple, avons-nous de nous préoccuper – parfois au détriment de notre propre bien-être – des effets du changement climatique dès lors qu’ils affecteront surtout des individus qui n’existent pas encore et avec qui nous n’aurons jamais la moindre relation personnelle ? Contre un présupposé dominant, Samuel Scheffler soutient que les raisons que nous avons d’essayer d’assurer la survie et l’épanouissement de celles et ceux qui viendront après nous ne sont pas uniquement morales. Il existe, montre-t-il, bien d’autres raisons de le faire. Et elles ont le pouvoir de nous motiver à prendre, enfin, les mesures politiques qu’appellent les menaces particulièrement graves – environnementales notamment – qui pèsent sur les générations futures.

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Camille de Toledo : L'internationale des rivières

 Verdier - Février 2026


Des entités naturelles s’arrachent petit à petit au monde des « objets » pour devenir des « sujets ». Nous sommes en 2030, des rivières, des lacs, des espèces végétales, animales, des phénomènes biophysiques comme les vagues, jusqu’à la Terre dans son entier, sont devenus des « personnes » dotées de « visages » et de « voix » pour exprimer leurs besoins, leurs valeurs, leurs perspectives autres qu’humaines.
Dans ce « récit de l’avenir », Camille de Toledo imagine les suites de ce qu’il a nommé le « soulèvement légal terrestre ». Comment une rivière, nommée L, avec l’aide de ses avocats, va pousser plus loin ce mouvement pour les droits de la nature. Après les premiers grands bouleversements, qui ont permis à des fleuves comme l’Atrato en Colombie ou la Whanganui en Nouvelle-Zélande d’être reconnus comme des entités vivantes, dotées de droits, les avocats de L déposent une requête surprenante devant le tribunal. Ils demandent la reconnaissance du « corps travailleur » de la rivière.
Cette discrète requête va déclencher des controverses, bousculer les plis de nos sociétés, et faire basculer les droits de la nature vers un droit social des entités naturelles exploitées. L, en s’affirmant comme un corps travailleur en lutte pour de meilleures conditions d’emploi, un droit de grève, et des contreparties sur les usages humains qui lui sont imposés, va produire une bifurcation de l’ensemble du système économique. C’est la naissance d’une économie politique terrestre qui nous est ici racontée.

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vendredi 16 janvier 2026

Denis Kambouchner :Des enfants instruits. Réconcilier l'école et la culture

 Les Belles lettres - Janvier 2026


Voulez-vous des enfants instruits, ou des ignorants ? Question trop abrupte ? On l’a prétendu : l’important, plutôt que le savoir, n’est-ce pas l’habileté à trouver l’information ? Mais non : pour toute chose ou presque, il faut des bases, et apprendre, c’est incorporer. C’est le premier objet de ce livre. À présent et de façon générale, notre école peut-elle faire des enfants instruits ? Au vu de sa pente, on en doute. L’état du service public laisse trop à désirer. Que faire alors ? C’est le second objet de ce livre : trouver comment enrichir l’école, vite.
La crise de notre système éducatif est plurielle, dans ses aspects comme dans ses causes. L’urgent n’est pas de chercher à qui la faute, mais d’aller au fond des problèmes posés. Nature et valeur de la culture à installer, rôle et statut des enseignants, place des écrans et de l’IA, relations avec les familles, destin de l’idéal républicain… En dix chapitres, ce livre qui s’adresse à tous s’attache à éclairer une série de point clés, et à définir les nouveaux équilibres dont, quoi qu’il en soit de l’état du monde, l’éducation scolaire aura besoin.

Denis Kambouchner, professeur émérite à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est historien de la philosophie moderne. Directeur de la nouvelle édition des OEuvres de Descartes (Gallimard), il a notamment publié Descartes n’a pas dit (Les Belles Lettres, 2015). Après Une école contre l’autre (2000), L’École, question philosophique (2013) et Quelque chose dans la tête (2019), Des Enfants instruits est son quatrième ouvrage sur les problèmes de l’éducation scolaire et de la culture. Il est également l’auteur d’un roman pour la jeunesse, Rendez-vous à Troie (2e éd., Les Belles Lettres, 2025).

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Jean-Pierre Zarader : Clint Eastwood. Caméra philosophique

Klincksieck - Janvier 2026


« Dialogues imaginaires de Clint Eastwood avec les Grecs, Homère et Aristote, comme avec Spinoza, Kant ou Hegel, mais aussi les contemporains, Walter Benjamin, Emmanuel Levinas ou Jacques Derrida – la découverte d’un visage méconnu de Clint Eastwood. » Jean-Pierre Zarader
« L’imagination est un domaine de rêves, l’imaginaire, un domaine de formes » écrivait André Malraux. C’est en ce sens précis de l’imaginaire que Jean-Pierre Zarader analyse le travail cinématographique de Clint Eastwood.

Jean-Pierre Zarader est agrégé de philosophie, il est notamment l’auteur de André Malraux les Écrits sur l’art (2013), Malraux Dictionnaire de l’imaginaire (2017), Philippe de Broca caméra philosophique (2019) et Hugo Santiago la rage de filmer (2021).

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Eddy Dufourmont : MIN. Une histoire conceptuelle du mot " peuple " dans le Japon contemporain

 Le Bord de l'eau - Janvier 2026


Le Japon est la matrice du vocabulaire politique de l'Asie orientale tout entière. Issu du confucianisme pour désigner le peuple, le sinogramme min a joué un rôle central dans la formation de ce vocabulaire puisqu'il a servi aussi bien à former les mots « peuple », « nation » ou encore « citoyen ». En cela min a été au cÅ“ur d'un processus encore mal connu, que le présent ouvrage, rassemblant parmi les meilleurs spécialistes du Japon, met en lumière et resitue dans les différents contextes qui jalonnent l'époque contemporaine. Marchant sur les traces de l'ouvrage de Gérard Bras Les voies du peuple (2018), l'ouvrage explore les différentes facettes de la traduction du mot français « peuple », lui-même polysémique, et il contribue ainsi à l'histoire de la circulation internationale des idées, dont les enjeux sont plus que jamais d'actualité.

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Arthur Koestler : L'ombre du dinosaure

 Les Belles Lettres - Janvier 2026


En 1944, Arthur Koestler publia son premier volume d’essais : Le Yogi et le Commissaire, se mettant à la pointe d’un combat qui s’annonçait long et violent. Il allait affronter le mensonge le mieux organisé, la calomnie frénétique la plus répandue : le totalitarisme, ses serviteurs et ses complices. En 1956, les protagonistes mêmes du totalitarisme chancelant devaient admettre que Koestler avait raison : L’Ombre du Dinosaure, son deuxième recueil d’essais, était « son adieu aux armes ». Cassandre enrouée se taira dorénavant ; l’alternative – yogi ou commissaire – n’était pas réellement dépassée, mais, comme tous les problèmes de ce début de l’âge atomique, elle se posait à l’ombre du Dinosaure.
Qu’Arthur Koestler nous propose une « anatomie du snobisme » ou un « petit manuel des névroses politiques », ou qu’il nous expose de sa façon hardie ses vues sur le problème juif – ce qu’il cherche partout, c’est la sincérité en tant qu’accord critique de l’homme avec lui-même – dans la confrontation permanente de l’être avec sa conscience et avec son savoir.
L’optimisme d’Arthur Koestler est de ceux qui surgissent au-delà du Purgatoire – dans le no man’s land qui se situe entre les menaces apocalyptiques et les espérances inéluctables.

Juif hongrois né à Budapest en 1905, Arthur Koestler fait ses études à Vienne, puis devient journaliste en Palestine. Revenu en Europe, il adhère au Parti communiste allemand, trouvant là une réponse à la menace nazie, et il est également séduit par l'utopie soviétique. Il part un an en Union Soviétique, puis participe à la guerre civile espagnole. Dès 1938, ayant rompu avec le Parti communiste, il combat sans relâche le régime stalinien, notamment à travers son roman majeur, Le Zéro et l'Infini. À partir de 1940, il vit en Angleterre, où il se suicide avec sa femme en mars 1983. Son œuvre de romancier, philosophe, historien et essayiste lui vaut une renommée mondiale.

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Michel Foucault : Raymond Roussel (rééd.)

 Gallimard - Janvier 2026 - Tel


L'ombre de Raymond Roussel n'a cessé de grandir. Son ombre et son énigme. Cet homme absolument secret, soigné plusieurs fois par Janet pour sa «psychasthénie», a couvert d'un langage tendu, mat et inlassablement méticuleux, un espace où notre littérature n'a pas fini de se déployer.
L'essai de Michel Foucault est la première tentative pour analyser l'ensemble de cette œuvre. Breton, et d'autres, ont pensé que Roussel était un initié : n'a-t-il pas, au moment de se suicider, révélé quelques secrets de ses étranges machineries verbales ? Mais peut-être le seul métal qu'il forgeait était-il le langage lui-même. Une lecture patiente de l'œuvre retrouve partout les mêmes formes : le jeu du double et du même, de la différence et de l'identité, du temps qui se répète et s'abolit, du mot qui glisse sur lui-même et dit autre chose que ce qu'il dit. L'œuvre de Roussel serait le premier inventaire, en forme de littérature, des pouvoirs dédoublants du langage.
Un Traité de Rhétorique appliqué à la pure matière verbale : «Glossaire, j'y serre mes gloses», comme dit Michel Leiris, le plus grand des admirateurs de Roussel.

Première parution en 1963

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jeudi 15 janvier 2026

Corneliu Mircea : Nostalgie de l'Absolu

 Kimé - Janvier 2026


« Nostalgie de l’Absolu »… Que peut bien désigner ce syntagme sinon un état tout particulier qui est une aspiration, un mouvement vers Quelque Chose qui m’appartient de façon intime et qui, en même temps, me manque ? J’ai la nostalgie de quelqu’un ou de quelque chose de spécifique, auquel j’étais – et je suis toujours – attaché, la nostalgie que j’éprouve étant, dans ces cas, bien déterminée. Je ressens la douleur de ne plus être uni à ce « quelque chose » dont je désire la présence, la douleur d’être absent à la fois à un autre être et à moi-même, jumelée au sentiment que je suis et que j’ai toujours été à moi-même et avec moi-même, à travers tout ce qui est. Je suis donc dans un état paradoxal, en même temps que tous les êtres spirituels et matériels de cet univers : je suis en plein mouvement. Le fait que j’éprouve de la nostalgie révèle précisément le mouvement fondamental de l’esprit qui anime la matière, en cherchant, à travers chacun de ses éléments constitutifs, son unité plus profonde. En fait, on pourrait dire que l’Être sous tous les aspects qu’il revêt, est né de la nostalgie originaire d’être, que Dieu, présent dans tout ce qui est, S’ouvre à Soi, désirant retrouver sa véritable identité ; mon être humain n’est qu’une de ses parties, infinies en nombre, qui désire être à Soi et avec Soi.

Né en 1944 à Timișoara (Roumanie), Corneliu Mircea est docteur en philosophie et docteur en psychiatrie. Professeur associé de métaphysique à l’Université de l’Ouest de Timișoara ; professeur invité à l’Université de Poitiers (1997). Parmi les livres publiés, en roumain : Le Livre de l’Être (1980), Être et conscience (1984), Discours sur l’Être (1987), L’éthique tragique (1995), Traité de l’Être (2001), Être et extase (2002), Le Divin (2006) ; en français : Traité de l’Être (Éditions Kimé, 2015), Traité de l’esprit (Kimé, 2018). La 2e édition en roumain du Traité de l’Être a reçu le prix d’Académie Roumaine.

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