Encre marine - Septembre 2026
On a beau montrer et démontrer la vacuité d’un mot, on ne s’en débarrasse pas pour autant, tant s’en faut. C’est le cas de cette prétendue liberté humaine, aussi inexplicable que contradictoire : on y croit quand même, ne serait-ce qu’à titre de bel idéal. Les illusions s’enracinent dans le désir et sont, de ce fait, indéracinables.
Pourtant, si le concept traditionnel, et métaphysique, de liberté ne désigne aucune réalité ; si l’homme est, tout autant que les autres êtres vivants, soumis au déterminisme de la physis ; s’il est, en outre, soumis inévitablement aux lois de la polis, il n’empêche que l’individu libre existe. Seulement, là où on l’attendait le moins : aux antipodes de la morale, de la « bien-pensance », de l’académie même. À ce titre, il convient de dire que l’« esprit libre » est, non pas celui qui s’oppose à la nature ou à la loi civile, mais celui qui, au sein de ces cadres non modifiables à sa guise, vit et pense comme il veut. Encore faut-il pour cela, et c’est bien le problème, parvenir à vouloir quelque chose.
Santiago Espinosa (Mexico, 1978) est philosophe et traducteur. Il est le lauréat 2015 de la Bourse Cioran du Cnl. Encre Marine a déjà publié de lui L’Inexpressif musical (2013), Voir et entendre (2016), Traité des apparences (2017), L’Impensé (2019), L’Objet de Beauté (2021).
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