jeudi 9 février 2017

Marc Lebiez : Le culte du nouveau

Editions Kimé - Février 2017


Les Romains de l’extrême fin de l’Antiquité ont forgé le mot modernus quand ils ont pris conscience que leur temps était devenu très différent de celui des Anciens. Pour nous, la modernité est moins un fait qu’une valeur. Mais que dit-on quand on s’y réfère, que l’on s’affiche moderne ou que l’on proclame sa détestation de la modernité ? Ce pourrait n’être qu’une autre manière de revendiquer les vertus de la jeunesse, moyennant quoi la modernité put, dans les années trente du siècle dernier, être du côté du fascisme mussolinien ou du bolchevisme, et pas des vieilles démocraties. D’aucuns la voient maintenant du côté des incessantes innovations techniques, d’autres dans l’inquiétude écologiste, d’autres encore dans la religion.

Peu après la Seconde Guerre mondiale, Eric Voegelin l’a caractérisée comme une « résurgence gnostique ». La gnose avait été à la mode dans les décennies précédentes et la comparaison parut séduisante. Elle suscita en Allemagne et aux États-Unis un débat intellectuel dont on n’eut guère d’échos en France avant la traduction des livres de Blumenberg, en particulier son Légitimité des Temps modernes qui s’y opposait. Quoi que l’on pense de cette thèse, elle aura eu le mérite de montrer qu’il pouvait être fructueux de chercher à dégager une essence de la modernité.

La religion gnostique est loin de nous à tout point de vue, et pourtant il se pourrait qu’à en reconstituer l’inspiration on retrouve certaines des questions, voire des réponses, qui importent à notre temps. Le culte du nouveau ne témoigne-t-il pas d’une insatisfaction profonde devant l’ordre du monde ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, en l’attente d’un Sauveur ? Nos sociétés fracturées ne produisent-elles pas une dualité entre les dépositaires de la Connaissance et la foule de ceux qui peuvent bien se contenter de la télévision, son délire sécuritaire et ses complaisances pour les intégrismes religieux ?

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Stathis Kouvélakis : Philosophie et révolution. De Kant à Marx

La Fabrique Editions - Février 2017


Le lieu commun voudrait que Marx soit venu au communisme en faisant la rencontre des ouvriers. Pour le philosophe et militant grec Stathis Kouvélakis, c’est inexact. Pour reconstituer le fil qui mène au communisme de Marx, c’est du côté des retombées de la Révolution française dans la philosophie allemande qu’il faut aller regarder. C’est là que commence la vaste aventure de ce livre : « philosophie et révolution de Kant à Marx ». La Révolution française, Robespierre, la Terreur, marquent l’explosion de la violence populaire sur le continent. Contrairement à l’image d’une philosophie allemande conservatrice, Kouvélakis montre combien Kant, Hegel et leurs successeurs sont travaillés par l’espoir révolutionnaire, tout en souhaitant conjurer la violence des masses. En quoi consiste l’héritage des Lumières allemandes ? Dans la recherche d’une voie allemande vers l’idéal porté par la Révolution française, une révolution spirituelle, morale, qui puisse donner une rationalité nouvelle à l’État. Figure de passeur entre l’Aufklärung et les jeunes hégéliens (chez qui Marx fait ses premiers pas philosophiques), le poète Heinrich Heine fait l’objet d’un portrait haut en couleur et singulier. L’auteur y souligne sa proximité avec les courants subversifs français (sous l’influence de Babeuf et Buonarotti) et met en exergue son interprétation révolutionnaire du grand récit hégélien. Face à l’apogée de la réaction européenne, le triomphe de la « raison dans l’histoire » demeurait pour Heine une tâche inachevée, et exigeait un renversement de l’ordre des choses. Cette réédition est accompagnée d’un entretien avec l’auteur, qui situe l’intention du livre dans le contexte de la crise du marxisme et du projet communiste. Il en souligne l’actualité et le tranchant politique, à l’heure où la critique sociale s’intéresse davantage aux inégalités qu’à l’acuité du concept de révolution.

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mercredi 8 février 2017

Alexander Schnell : Lire les Beiträge zur Philosophie de Heidegger

Hermann - Janvier 2017 - Rue de la Sorbonne


Les Beiträge zur Philosophie (1936-1938) ont été présentées, lors de leur publication en 1989, par l'éditeur F. -W. von Herrmann comme le "second chef-d'oeuvre" de M. Heidegger. Le présent volume rassemble des contributions parmi les plus grands spécialistes des recherches heideggériennes de la France et de l'étranger, qui permet de statuer sur la réception de cet ouvrage aussi fascinant que troublant. Il s'agit, d'une part, de préciser l'objet du texte, d'en exposer la structure, les concepts fondamentaux et son rapport avec Etre et temps (1927), ainsi qu'avec certaines élaborations ultérieures ; d'autre part, des problèmes ciblés, parfois plus techniques, sont abordés, qui permettent d'introduire à ce texte, sans doute le plus difficile de Heidegger, et d'en approfondir la lecture.

A. Schnell est professeur de philosophie théorique et phénoménologie à l'université de Wuppertal. Ses travaux portent en premier lieu sur la philosophie allemande et la phénoménologie.

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Critique n° 836-837 : Giorgio Agamben

Editions de Minuit - Février 2017


De Stanze, paru en France en 1981, à Polichinelle, le dernier-né, peu d’œuvres philosophiques contemporaines ont exercé sur leurs lecteurs le même charme que celle de Giorgio Agamben. Charme au sens le plus fort : ce qui enchante et ce qui enchaîne. L’enchantement naît de ce chatoiement d’une langue et d’une pensée prenant à la traverse philologie, métaphysique et politique. Ondoyante et diverse, telle apparaît de prime abord cette œuvre si singulière. Mais si elle enchaîne, c’est par sa rigueur, par le caractère construit, délibéré et pour ainsi dire prémédité de sa démarche. La série Homo sacer vient d’être réunie en un seul volume dans sa version française, mais il est clair qu’elle a d’emblée été conçue pour devenir cette somme, tandis que d’autres chemins ne cessaient, autour d’elle, de bifurquer. Ce numéro de Critique, dirigé par Ernesto Kavi, n’a pas vocation à faire le bilan d’une œuvre qui suit son cours. Il voudrait contribuer au riche débat que suscitent, depuis plusieurs années et dans de nombreux pays, les travaux de Giorgio Agamben. Et peut-être, grâce aux contributions ici rassemblées, aux deux inédits qu’il a bien voulu nous donner et au dialogue qui s’est établi, pour ce numéro, entre Patrick Boucheron et lui, d’esquisser le portrait de ce philosophe qui dit « chercher à sa façon le passage du Nord-Ouest dans la géographie de la vraie vie ». 

Sommaire

Giorgio AGAMBEN : Principia Hermeneutica
Georges DIDI-HUBERMAN : « Puissance de ne pas », ou la politique du désœuvrement
Marielle MACÉ : Formes de vie. Un secret de Polichinelle
Frédéric BOYER : Notes sur l’espérance
Judith REVEL : Lire Foucault à l’ombre de Heidegger
Emanuele COCCIA : Quodlibet. Logique et physique de l’être quelconque
Emanuele DATTILO : L’être irréparable
Andrea CAVALLETTI : Usage et anarchie
Jacques DALARUN : L’avis des autres
Miguel MOREY : L’expérience de la prose
Martin RUEFF : La table de division
Giorgio AGAMBEN : Sur l’écriture des préambules
ENTRETIEN
Giorgio AGAMBEN et Patrick BOUCHERON : Dialogue. L’archéologue et l’historien
Bibliographie

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Markus Gabriel : Pourquoi je ne suis pas mon cerveau

JC Lattès - Février 2017 - Essais et documents


« Mon but est de défendre la liberté de l'esprit. »
La conscience humaine fait partie des derniers mystères non encore résolus. Le Moi n'est-il déterminé que par de la biochimie ? N'est-il que l'interface de notre cerveau, une sorte de scène de théâtre sur laquelle se joue une pièce que nous ne pouvons pas mettre en scène librement ? C'est ce que prétend le neurocentrisme. Cette doctrine issue des sciences de la nature part de l'hypothèse que le Moi est identique au cerveau.
Markus Gabriel émet des doutes légitimes. Contre cette thèse rendant impossible toute connaissance de soi, il défend le libre-arbitre et nous livre une introduction à une réflexion philosophique moderne sur notre conscience.
Avec verve et humour, il s'attaque à l'image scientifique du monde et nous invite à réfléchir à ce que nous sommes - grâce à Kant, Schopenhauer et Nagel, mais aussi en compagnie du Dr. Who, de The Walking Dead et de Fargo.

Traduit de l'allemand par Georges Sturm

Né en 1980, Markus Gabriel a fait ses études à Bonn, Heidelberg, Lisbonne et New-York. Depuis 2009, il est titulaire de la chaire de philosophie de l'Université de Bonn. Spécialiste de la théorie de la connaissance et de la philosophie contemporaine, il est directeur de Centre international de philosophie. Pourquoi le monde n'existe pas a été publié aux éditions JC lattès en 2014.

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mardi 7 février 2017

Archives de Philosophie N° 2017/1 - Tome 80 : De la Révolution à l’Histoire

Centre Sèvres - Janvier 2017


Page 5 à 6 : - Editorial | Page 7 à 12 : Frédéric Brahami - De la Révolution à l'Histoire | Page 13 à 32 : Jean-Yves Pranchère - Le Progrès comme catastrophe | Page 33 à 54 : Stefania Ferrando - Le « détournement » de la Révolution | Page 55 à 74 : Lucie Rey - « Le Sphinx de la Révolution ». Pierre Leroux et la promesse révolutionnaire | Page 75 à 97 : Aurélien Aramini - La philosophie de la nation chez Jules Michelet | Page 99 à 118 : Frédéric Brahami - Le dieu intérieur | Page 119 à 139 : Philippe Crignon - Bacon, Hobbes | Page 141 à 144 : - Comptes rendus | Page 145 à 146 : - Bibliographie | Page 147 à 224 : - Bulletin cartésien XLVI.

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Laura Moscarelli (trad.) : La parole de Protagoras. Fragments et témoignages (Édition bilingue)


Editions L'Harmattan (1 février 2017)



Intellectuel exigeant et probe, fin pédagogue, orateur passionné, Protagoras d'Abdère était l'une des plus grandes personnalités du ve siècle av. J.-C. en Grèce. Traditionnellement considéré comme le premier des « sophistes », il défendait la démocratie péricléenne qui lui paraissait l'unique espace possible où toutes les voix pouvaient avoir le même poids et la même importance, chacune exprimant une partie de la vérité qui, elle, plurielle et perpétuellement en mouvement, ne peut pas exister en dehors de cet espace humain partagé. La parole de Protagoras, comme celle de tous les sophistes, a été discréditée tout au long de l'histoire de la pensée occidentale. Elle mérite d'être réhabilitée et écoutée pour elle-même et sans filtre, car elle a une actualité non négligeable que nous gagnerions à connaître. Protagoras est vu par l'auteur comme le père d'une philosophie autre que celle initiée par Socrate et par Platon. 
Cet ouvrage propose une traduction du grec et du latin au français de la plupart des fragments et des témoignages que nous possédons. Une courte introduction historique précède la traduction pour permettre aux lecteurs de se créer les repères et les instruments nécessaires pour approcher la pensée du philosophe Abdéritain. 

Née en 1985 à Rome, Laura Moscarelli est titulaire d'un double Master en philosophie et en communication. Aujourd'hui elle est doctorante à l'Université Paris 8 Saint-Denis, en cotutelle de thèse avec l'Université de Naples Federico II : sa thèse, bientÔt achevée, est une confrontation critique des philosophies politiques de Protagoras et d'Antiphon.

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Bernard Bolzano : Ecrits esthétiques

Vrin - février 2017 - Bibliothèque des Textes Philosophiques


Bolzano écrit deux grands textes au soir de sa vie sur l’esthétique et l’art : Du Concept du beau et De la division des beaux arts, ici regroupés et traduits pour la première fois. Ces Écrits esthétiques s’insèrent dans la publication des Œuvres choisies de Bolzano déjà parues, ils témoignent de la variété des objets philosophiques auxquels ce philosophe s’est intéressé et de la précision conceptuelle à laquelle il les soumet. L’esthétique de Bolzano s’enracine dans le joséphisme, s’inscrit dans le cadre de sa Théorie de la science, sans ignorer la profonde transformation de l’esthétique à l’articulation du XVIIIe et du XIXe siècle et les riches débats que cela induit. Les outils conceptuels dont il use le conduisent à penser le concept du beau selon un réalisme de la signification couplé à une réflexion originale sur l’ontologie de l’oeuvre d’art. La voie autrichienne singulière en philosophie comme en esthétique qu’ouvrent ces Écrits esthétiques, s’oppose à la tradition idéaliste et romantique allemande et sera associée au XIXe siècle au formalisme esthétique de l’école de J. F. Herbart : ils offrent donc l’opportunité d’enrichir et de nuancer l’histoire de l’esthétique et de la philosophie de l’art de langue allemande en France.

Édition coordonnée par Carole Maigné, professeure de philosophie à l’université de Lausanne, et Jan Sebestik, directeur de recherche au C.N.R.S.

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lundi 6 février 2017

Musa Nabirire : Introduction à la pensée de John Rawls. Sur l'idée d'inégalités justes

Connaissances et Savoirs - Janvier 2017


La justice peut-elle avoir un sens lorsque les inégalités sociales sont banalisées ? C'est cette question qui sous-tend l'engagement philosophique de Rawls. Son projet philosophique consiste à épurer l'utilitarisme (qui a dominé le monde anglo-saxon jusqu'au milieu du XXe siècle) de ses effets pervers en imaginant une doctrine alternative susceptible de le supplanter et de concilier « libéralisme » et « justice sociale ». Son but est de redonner un sens à la justice pour promouvoir l'égalité telle que pensée par les modernes dans les démocraties occidentales où les valeurs du marché libre sont de plus en plus polluées par l'accroissement des inégalités sociales. Contre l'égalitarisme, Rawls construit son argument autour d'un concept : celui d'« inégalités justes » qui résume sa thèse et qui constitue le socle de sa théorie de la justice. Pour Musa Nabirire, ce concept suscite quelques questions : est-il pensable que les inégalités soient justes ? N'est-il pas un oxymore ? Comment intervient-il dans la théorie rawlsienne de justice ? Est-il possible d'envisager son application dans la société concrète ? Étudiant les principes rawlsiens de justice et y dégageant une solution ultime permettant de concilier « égalité sociale » et « méritocratie », l'auteur questionne les critiques de Rawls et ouvre des pistes de réflexion sur la portée éthique de sa pensée et sur sa conception politique de la justice dans les sociétés démocratiques contemporaines.

Musa Nabirire est philosophe et juriste. Il est titulaire d'un doctorat de l'Université de Strasbourg (France). Il a été directeur général de l'Institut Supérieur Pédagogique d'Uvira et Secrétaire facultaire à l'Université Évangélique en Afrique à Bukavu où il enseigne la philosophie et le droit. À côté de ses activités d'enseignement et de recherche, il est engagé dans des mouvements associatifs et est membre de plusieurs organismes humanitaires en France et en Afrique centrale.

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Danielle Cohen-Levinas, Marc De Launay, Juan Manuel Garrido (dirs.) : Perspectives néokantiennes

Hermann - Février 2017


Les divers retours à Kant de la deuxième moitié du XIXe siècle ont produit des contributions philosophiques majeures, non seulement dans le champ de la théorie de la connaissance, mais aussi de la métaphysique, de la psychologie, de l’éthique, de la philosophie de la culture et des sciences humaines. Comme on le sait, le sens de ces retours n’était pas celui de conserver ou de simplement revendiquer une supposée doctrine dans une réalité qui n’était plus exactement celle du philosophe de Königsberg. Il était plutôt question de renouveler, dans un monde qui changeait de manière vertigineuse, la puissance de la méthode « transcendantale » et de l’idéalisme.
Interroger les origines, l’évolution et les problématiques du néokantisme répond à un double intérêt : comprendre l’histoire de la philosophie du XXe siècle, tant pour ce qui concerne les renouvellements de la logique depuis Frege, Russell et le cercle de Vienne, que pour la naissance et le devenir de la phénoménologie husserlienne et de l’herméneutique heideggérienne ; cette étude a aussi un intérêt systématique, puisqu’il aide à explorer la vigueur d’une méthode et d’une forme de questionnement qui s'avère particulièrement pertinentes aujourd'hui.

Juan Manuel Garrido est auteur de nombreux articles en espagnol, français et anglais, ainsi que du livre La Formation des formes (Paris, Galilée, 2008).
Chercheur au CNRS en philosophie (Archives Husserl de Paris – ENS-Ulm) et traducteur de philosophie allemande, Marc de Launay consacre plus spécialement ses travaux à Nietzsche et aux néokantiens de l’École de Marbourg.
Danielle Cohen-Levinas est philosophe, musicologue, professeur à l’Université Paris IV Sorbonne où elle a fondé le Collège d’études et de philosophie juive. Spécialiste de l’idéalisme musical allemand et d’opéra, de philosophie contemporaine et de post-phénoménologie française, elle est chercheur associé aux Archives Husserl de Paris. Elle est l’auteur de nombreux essais, articles et a publié plusieurs ouvrages collectifs consacrés à ces différents domaines de la pensée.

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Ivan Trujillo : De la possibilité d'une fiction historique chez Jacques Derrida. Phénoménologie, grammatologie, poétique

Editions L'Harmattan - Février 2017


La fiction historique dont nous parlons ici a vu le jour par rapport à la pensée de l'écriture, ou de l'inscription, telle qu'elle a eu lieu dans le travail de Jacques Derrida des années 60. Au cœur de ce travail, il y a trois textes publiés en 1967 : La voix et le phénomène, De la grammatologie, L'écriture et la différence. Traverser ces travaux revient à traverser : premièrement, l'imagination du mot, qui n'était pour Husserl que pure fiction ; deuxièmement, l'imagination comme séparation de la nature dans la nature chez Rousseau ; et troisièmement, la fiction comme imaginaire dans le cas du structuralisme littéraire, au-delà duquel a lieu la fiction sans imaginaire de Mallarmé. Juste avant ces travaux il y a, dans l'œuvre publiée, le moment où la fiction historique commence à percer ; juste après, le moment où ses fondements ont déjà été établis : 1'« Introduction » à L'Origine de la géométrie de Husserl et « La double séance » dans La dissémination, respectivement. C'est également l'espace compris entre le problème de l'historicité et celui d'une littérature sans condition. A cet espace appartient la possibilité de « devenir une chose littéraire » de tout texte « confié à l'espace public [...] dont le contenu, le sens, le référent, le signataire et le destinataire ne sont pas des réalités pleinement déterminables, des réalités à la fois non-fictives ou pures de toute fiction... » (Donner la mort). 

Ivün Trujillo est docteur en philosophie à l'Université du Chili et à I 'Université Paris Ouest Nanterre la Défense. Il est membre fondateur et collaborateur de la revue Actuel Marx / Intervenciones.

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dimanche 5 février 2017

Bernard Mabille : Rencontres. Hegel à l'épreuve du dialogue philosophique

Peeters - Janvier 2017 - Bibliothèque Philosophique de Louvain


L'ouvrage revisite les concepts fondamentaux de l'hégélianisme à travers des «rencontres» entre Hegel et un certain nombre de ses devanciers, contemporains et successeurs. L'auteur sort d'une lecture simplement immanente de l'oeuvre hégélienne afin d'explorer les contacts explicites ou secrets, réels ou possibles de Hegel avec d'autres auteurs. Cet ouvrage permet de retrouver les qualités de Bernard Mabille qui ont fait sa renommée: des analyses d'une grande clarté, une érudition surprenante de précision, le souci de mettre l'histoire de la philosophie au service d'un programme original: redonner ses lettres de noblesse à la philosophie première.

Sommaire

Chapitre 1: La vie logique. Hegel, platonisme et christianisme 
Chapitre 2: Détermination et ontologie. Dasein et tode ti 
Chapitre 3: Puretés. Un plotinien et Être hégélien 
Chapitre 4: Négations. Hegel et les logiques de la négation 
Chapitre 5: Idéalismes. Hegel, interprète de «l’idéalisme de Leibniz» 
Chapitre 6: Les pas de la métaphysique. Kant 
Chapitre 7: Le spectre de la raison. Kant, Jacobi et Hegel, critiques de la théologie rationnelle
Chapitre 8: Contingence, nature et liberté. Hegel et Schelling
Chapitre 9: Relativisations de la conscience représentative. Fichte et Hegel 
Chapitre 10: Néants. Hegel, Heidegger et la question du néant 
Chapitre 11: Éloges de la fluidité. Hegel, Bergson et la parole 
Chapitre 12: Logos et finitude. Gadamer, lecteur de Hegel 
Chapitre 13: Idéalisation et épiphanie. Hegel-Joyce
Chapitre 14: Éléments. Ouverture sur le renouvellement de la question du principe

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Alexandre d'Aphrodise : Les principes du tout selon la doctrine d'Aristote

Vrin - Janvier 2017 -  Sic et Non


Le Traité sur les principes du Tout est un opuscule arabe du début du IXe siècle attribué à Alexandre d’Aphrodise. Il expose les mécanismes qui rendent compte des mouvements du ciel et de la nature en se fondant surtout sur la Physique d’Aristote, dans une moindre mesure la Métaphysique, le De Caelo et le De Anima, ainsi que le De Mundo pseudo-aristotélicien. Son grand succès auprès des philosophes arabes tient au fait qu’il offre une synthèse de la cosmologie, qui harmonise les divergences entre les différentes parties du corpus aristotélicien. C’est à ce titre qu’il constitue un jalon essentiel entre l’Antiquité grecque et le Moyen Âge arabe et deviendra une référence fondamentale pour Avicenne et Averroès parmi beaucoup d’autres auteurs de moindre envergure. Cette nouvelle traduction française, accompagnée d’une introduction et d’un commentaire, s’efforce d’en préciser les enjeux et d’en retracer la genèse qui semble avoir traversé plusieurs étapes dans les traditions syriaque et arabe.

Introduction, texte arabe, traduction et commentaire par Charles Genequand.

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Anselm Haverkamp et Jean-Claude Monod : Philosophie de la métaphore. Penser avec Blumenberg

 Hermann - Février 2017


Si l’on reconnaît que la métaphore n’est pas un simple ornement du langage et que l’histoire de la pensée philosophique et scientifique s’est nouée autour de certaines « métaphores directrices » et de leurs changements de sens, il faut réviser notre image habituelle des rapports entre rhétorique et pensée conceptuelle, parcourir à nouveaux frais le cours de notre tradition et envisager autrement la succession des grandes métaphysiques. À cet égard, la pensée de Hans Blumenberg offre des instruments essentiels. Anselm Haverkamp en Allemagne et Jean-Claude Monod en France se sont attachés tout à la fois à éditer, situer et commenter les travaux de Blumenberg, tout en leur donnant des prolongements personnels. Ces prolongements et développements ne concernent pas seulement la réflexion sur la « métaphore absolue », telle que la « métaphorologie » de Blumenberg l’a illustrée, mais aussi l’histoire de la rhétorique et de la poétique, les moyens d’expression de la philosophie, les limites de la phénoménologie et les impasses de « l’histoire de l’être » heideggérienne, la portée anthropologique du mythe, les transformations de la mimèsis. Sont ici rassemblées des contributions de deux philosophes qui, l’un et l’autre, ont « pensé avec » Blumenberg.

Anselm Haverkamp est professeur émérite à l’Europa-Universität Viadrina de Francfort-sur-l’Oder et à New York University. Auteur de nombreux ouvrages sur la métaphore et la poétique, il a édité plusieurs recueils et écrits posthumes de Blumenberg.

Jean-Claude Monod est directeur de recherches au CNRS et professeur attaché à l’Ecole normale supérieure (Paris). Il est l’un des introducteurs de la pensée de Hans Blumenberg en France, depuis son ouvrage La Querelle de la sécularisation, de Hegel à Blumenberg (2002) jusqu’à sa préface au Concept de réalité (2012).

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samedi 4 février 2017

Chantal Jaquet : Spinoza à l'oeuvre. Composition des corps et force des idées

Publications de la Sorbonne - Février 2017 - Collection : La philosophie à l'oeuvre


Dans cet ouvrage, l'auteure montre comment la pensée de Spinoza se constitue et nous constitue aujourd’hui. Elle expose sa pratique de l’histoire de la philosophie fondée sur le double mouvement du pointillisme méthodologique et de l’appréhension des lignes de force.
Elle s’interroge à la fois sur la puissance des mots, leur présence ou leur absence dans le corpus, qui vient torpiller les grandes machines interprétatives, et sur la dynamique des idées qui poursuivent leur vie propre durant les siècles. À travers l’étude de la composition des corps – corps animal, corps humain, corps propre, corps politique – et l’examen de la force actuelle de ses idées dans différents champs, il s’agit de penser Spinoza à l’œuvre, tel que ses textes, à la lettre, opèrent encore et toujours sur nos esprits.

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Florence Burgat : L'Humanité carnivore

Le Seuil - Février 2017


Pourquoi mangeons-nous de la viande ? L'être humain a-t-il toujours été carnivore et est-il voué à le rester ? C'est à ces questions apparemment simples que Florence Burgat entreprend de répondre dans un ouvrage appelé à faire date : il s'agit d'une véritable somme sur la question de l'" humanité carnivore ".
Florence Burgat montre qu'on ne saurait se contenter de répondre, avec un haussement d'épaules, " parce que c'est bon " : la chair humaine est réputée aussi avoir bon goût, ce qui n'empêche pas l'anthropophagie de faire l'objet d'un interdit très largement répandu (mais lui-même non universel). Et il existe dans l'histoire et la préhistoire différents modes d'alimentation d'où la viande est absente ou marginale. Il faut interroger les mythes et les rituels, les soubassements anthropologiques de la consommation de viande – y compris un certain goût pour la cruauté, l'idée même de la mise à mort, du démembrement et de la consommation d'êtres vivants, par où l'humain éprouve sa supériorité sur les animaux. La découverte d'un principe d'équivalence au cœur de la logique sacrificielle (la substitution d'un végétal à une victime animale ou humaine) est ce sur quoi Florence Burgat prend finalement appui pour proposer une voie de sortie originale et montrer comment les viandes végétales et in vitro pourraient se substituer aux viandes animales que l'humanité a pris l'habitude de manger.

Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l'INRA et membre des Archives Husserl de Paris. Elle travaille sur la condition animale, notamment sous un angle phénoménologique.

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vendredi 3 février 2017

Didier Nordon : L'âme et l'urine. Variations sur le mauvais goût de la condition humaine

Champ Vallon - Février 2017 - Collection : L'esprit libre


Comme agencée pour être la plus anxiogène possible, la condition humaine semble une plaisanterie de mauvais goût. Que cela soit dû à un dieu amateur de farces cruelles ou à l’évolution aveugle, tout semble agencé pour que les hommes ne puissent jamais savoir à quel saint se vouer.
Les cercles vicieux abondent. Ainsi les récits inventés pour sublimer l’effroi face à la mort sont merveilleux, mais on s’entretue en leur nom. Le nœud d’angoisse qui constitue les hommes engendre autant la cruauté que la compassion ou la créativité. Mauvais goût encore : les hommes célèbrent la vie, mais les organes qui la donnent les attirent (amour) et les répugnent (excrétion). Comme l’urine, l’âme surgit par le sexe. Humiliante bizarrerie.

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Flora Bastiani (dir.) : Bergson, Jankélévitch, Levinas

Editions Manucius - Février 2017 - Collection : Les Aldes


Henri Bergson, Vladimir Jankélévitch, Emmanuel Levinas ont en commun d’avoir marqué la philosophie européenne du xxe siècle. En plus de leurs œuvres respectives, ils ont tous les trois entretenu des liens manifestes à la fois dans leurs textes et dans leurs biographies. De ce trio, on ne peut pas dire que Bergson, philosophe pourtant déjà installé dans le paysage intellectuel français, prenne la place privilégiée du maître. Ni Jankélévitch, ni Levinas n’ont été, à proprement parler, ses élèves, cependant une relation étroite s’est instaurée entre eux, marquée non pas par une posture de déférence, mais par des préoccupations conceptuelles partagées ainsi qu’un travail engagé sur des questions communes.
Les pensées de Jankélévitch et Levinas sont liées par un même franc retrait vis-à-vis de la majorité des courants philosophiques dominants à leur époque, notamment la vogue existentialiste. N’adhérant pas à cette tendance, Jankélévitch et Levinas se tournent vers Bergson pour saisir l’inactualité des questions posées par sa pensée ; plutôt que la restitution de ses thèses, leurs interactions reposent sur un véritable dialogue dans lequel chacun apporte une variation nouvelle. Ces trois philosophes seront finalement réunis par le partage de questions fondamentales, qui résistent à la compréhension et qui s’ouvrent au souci de l’expérience proprement humaine : métaphysique, morale, temps.
Bergson, Jankélévitch et Levinas, trois philosophes français marqués par une même inquiétude face à la dégradation de l’humain ; trois moments qui forment une ligne de pensée discrète mais irradiant la philosophie contemporaine, révélée après-coup par les suites qu’elle a autorisées. Le présent ouvrage tend à mettre en évidence cette situation, à la fois décalée en son temps et marquante par sa postérité.

Sous la direction de Flora Bastiani
Avec les contributions de : Laure Barillas, Flora Bastiani, Arnaud Bouaniche, François Brémondy, Anne Coignard, Arnaud François, Elisabeth Grimmer, Joëlle Hansel, Andrew Kelley, Enrica Lisciani-Petrini, Sébastien Miravète, Masumi Nagasaka, Jean-François Rey, Françoise Schwab, Luc-Thomas Somme, Frédéric Worms.

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