vendredi 20 mai 2016

Gérald Sfez : Logiques du vif. Lyotard en éclaireur

Hermann - Mai 2016 - Le bel aujourd'hui


Que signifie philosopher, en guetteur critique, dans la postmodernité? Telle est l'interrogation de l'auteur, à partir de la philosophie de Lyotard. En effet, dans un dialogue continuel avec Adorno et Levinas, Lyotard invente une philosophie nouvelle et dresse une critique de notre temps, qui s'affranchit à la fois de l'espérance dialectique, hégélienne ou marxiste, et de tout dogmatisme de la déconstruction. Prenant acte de la succession des politiques d'anéantissement en même temps que de l'ambiguïté constitutive des politiques légitimes, la philosophie du Différend et des ouvrages ultérieurs répond aux enjeux les plus directs des choses politiques. Lyotard nous oriente ainsi vers une philosophie des ordres de justice et la reconnaissance de leurs contours flous, et pose une double mesure : l'une, intérieure au politique, qui relève de l'estime du décidable dans l'action ; l'autre, extérieure, dont attestent les arts, où le modus est celui de l'écriture.

Gérald SFEZ est spécialiste de philosophie politique, à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages. Il travaille actuellement sur la diversité des formes du judaïsme philosophique.

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jeudi 19 mai 2016

Jan Patocka : Le monde naturel comme problème philosophique

Vrin - Mai 2016 - Bibl. de textes philosphiques



Le monde naturel comme problème philosophique, thèse d’habilitation de Jan Patocka, parut d’abord en 1936, en même temps que la première partie de la Krisis. C’était alors le premier ouvrage – et longtemps le seul – expressément consacré à la notion, à la description et aux analyses husserliennes de la Lebenswelt. Si le jeune Patocka y demeure fidèle au transcendantalisme de son maître, c’est en toute indépendance qu’il tente la restitution du monde dans lequel nous vivons – dans un dialogue avec l’analytique existentiale de Heidegger, la cosmologie de Fink, la théorie de la forme et les inspirations du Cercle linguistique de Prague. Cette nouvelle traduction, comprenant l’autocritique approfondie que l’auteur a tenu à ajouter en 1970 à la seconde édition tchèque, permet au lecteur de suivre le développement de ce thème clef dans la genèse de sa conception originale de l’existence en tant que mouvement et le virage vers une phénoménologie « asubjective ».

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Slavoj Zizek : La nouvelle lutte des classes. Les vraies raisons du terrorisme et des réfugiés

Fayard - Mai 2016 - Essais


L’Europe est à la croisée des chemins. Le flux des réfugiés et le terrorisme islamiste ont plongé le continent dans la plus grande crise depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans un monde qui fonctionne en excluant des régions et des populations entières, est-ce si surprenant que les sociétés s’effondrent, que les hommes se radicalisent ou qu’ils aspirent à rejoindre l’Europe ? Il ne s’agit pas un choc des civilisations mais d’une nouvelle lutte des classes.C’est pourquoi nous devons impérativement défendre les valeurs européennes, qui sont les seules à même de lutter contre les causes économiques des flux migratoires et du terrorisme. Une telle solidarité globale est peut-être une utopie, mais si nous ne nous y engageons pas, alors nous méritons d’être perdus. 

Slavoj Zizek est l’auteur d’une œuvre qui en fait l’un des philosophes les plus importants de sa génération. Traduit à travers le monde, il est notamment l’auteur, chez Fayard, de La Parallaxe (2008) et de Moins que rien (2015).

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mercredi 18 mai 2016

Lucy Nusseibeh, Aline Alterman, Henri Cohen-Solal : Penser le conflit israélo-palestinien. La philosophie à l'épreuve de la paix

Mimesis - Mai 2016 - Collection : Philosophie


Le volume rassemble des contributions aussi variées qu'audacieuses, pour certaines basées sur une expérience de l'histoire. Pour d'autres philosophiques, notamment centrées sur la pensée de Sari Nusseibeh, intellectuel palestinien mondialement connu par son engagement en faveur de la paix. Sa philosophie, à ce jour peu connue en France et peut-être une pensée des vaincus pour employer les vocables de Walter Benjamin, bouscule quelques lieux communs de la pensée occidentale.

Lucy Nusseibeh vit et travaille à Jérusalem-Est, où elle a fondé et préside le Middle East Nonviolence and Democracy. Depuis 2007, elle dirige l Institute of Modern Media, l'outil « médias » de l Université Al-Quds (Palestine). Aline Alterman, philosophe et historienne de l art, est notamment auteure de Visages. De Shoah, le film de Claude Lanzmann. Henri Cohen-Solal, psychanalyste, a fondé et dirige le Collège Doctoral Paris-Jérusalem auquel participent le CNRS et les Universités Al-Quds (Palestine), Ben Gurion (Israël) et Paris VII.

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Gottfried Wilhelm Leibniz et Burcher De Volder : Correspondance

Vrin - Mai 2016 - Bibl. des textes Philosophiques


La correspondance entre Leibniz et le physicien hollandais Burcher De Volder, menée de 1698 à 1706, est un texte important pour comprendre la science nouvelle de la puissance et de l’action que Leibniz a inventée et désignée par le néologisme de dynamica. Cet ouvrage présente la première traduction en français d’une correspondance cruciale pour saisir le rapport de la dynamique avec la métaphysique. A cet égard, le concept d’action joue un rôle central : il est, sous la plume de Leibniz, l’objet du principe de conservation (l’action motrice) et la caractéristique essentielle de la substance. Ce concept d’action est ambivalent dans la mesure où Leibniz choisit d’utiliser le même terme et de le doter de la même signification (actio in se ipsum) dans les deux champs théoriques distincts que sont la dynamique et la métaphysique. Le concept d’action permet, en effet, à Leibniz de penser le rapport entre le mouvement dans les corps physiques et la série des perceptions dans les substances simples. La dynamique est, par conséquent, un moyen de rendre intelligible la substance. Cette correspondance est déterminante pour comprendre le renouveau que la dynamique offre à la métaphysique de Leibniz à la fin des années 1690 : l’unité métaphysique de la réalité est assurée et rendue intelligible par l’intégration à la dynamique du lexique métaphysique de l’action. Cette opération conduira au dispositif monadologique de la dernière métaphysique de Leibniz.

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Michael J. Sandel : Contre la perfection. L’éthique à l'âge du génie génétique

Librairie Philosophique Vrin - Mai 2016 - Collection : Matière étrangère


Qu’y a-t-il de problématique à créer un enfant qui soit le jumeau identique de son père ou de sa mère, ou d’un frère ou une soeur disparus dans un accident tragique, ou bien encore d’un scientifique, d’une star du sport, ou d’une célébrité que les parents admirent? […] Quand la science progresse plus vite que la morale, comme c’est le cas aujourd’hui, les hommes et les femmes ont du mal à formuler leur malaise. Dans les sociétés libérales, ils se tournent en premier lieu vers le vocabulaire de l’autonomie, de la justice et des droits individuels. Mais cette partie de notre vocabulaire moral ne nous donne pas les outils nécessaires pour traiter des questions les plus ardues que posent le clonage, la création d’enfants sur mesure et le génie génétique ».

Traduction par Hélène Valance.

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lundi 16 mai 2016

Patrick Rödel : Michel Serres, la sage-femme du monde

Le Pommier - Mai 2016


Au départ de ce livre, une admiration. Celle du philosophe Patrick Rödel pour Michel Serres et sa pensée, sa langue, sa liberté d'esprit, son humour aussi… Et surtout pour cette étrange relation qui existe dans son oeuvre entre fonds et forme, entre pensée et écriture, dont il tente ici de nous révéler les puissants ressorts. Une réflexion en deux parties, «Michel Serres-écrivain» et «Michel Serres-philosophe», complétée par un «gloserre» qui recense 350 mots du vocabulaire foisonnant que Michel Serres aime à dénicher. À ces mots s'ajoutent certains concepts-clefs de sa pensée, illustrés par des exemples tirés d'une oeuvre résolument tournée vers l'avenir… Conjuguant l'école buissonnière aux bancs de l'université, Michel Serres parcourt les savoirs comme il arpente la langue, pour nous aider à mieux connaître et penser le monde d'aujourd'hui. L'image traditionnelle du sage cède la place à celle de la sage-femme qui aide la vie à éclore.

Né à Bordeaux en 1941, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de philosophie, Patrick Rödel a enseigné en hypokhâgne et en khâgne. Il a écrit des romans et des nouvelles; il est l'auteur d'une biographie imaginaire, Spinoza ou le masque de la sagesse (Climats) et du Livre du cèpe (Confluences). Il est le cofondateur de l'Association Les Ami(e)s d'Henri Guillemin, à qui il a consacré un essai, Les Petits Papiers d'Henri Guillemin (Utovie, 2015).

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Arnaud Dewalque et Charlotte Gauvry (dirs.) : Conscience et représentation. Introduction aux théories représentationnelles de l’esprit

Vrin - Mai 2016 - Analye et philosophie


L’analyse de la conscience a récemment suscité un spectaculaire regain d’intérêt en philosophie de l’esprit, où elle a donné naissance à une famille de théories baptisées théories représentationnelles de l’esprit. Leurs partisans – se réappropriant incidemment certaines positions traditionnelles, de Locke à Sartre en passant par Brentano ou Moore – soutiennent que conscience et représentation ne font qu’un. Notre capacité à ressentir quelque chose serait donc inséparable de notre capacité à représenter le monde. 
Doté d’une introduction substantielle, ce volume rassemble huit textes fondateurs qui plongent le lecteur au cœur des riches controverses liées aux théories représentationnelles. Faire l’expérience de voir une rose rouge, est-ce vraiment avoir une représentation? Si oui, est-ce avoir une représentation de la rose rouge? Ou bien une représentation de soi-même voyant la rose rouge? S’il s’agit de deux actes distincts, quelle relation entretiennent-ils? Sinon, ne doit-on pas en conclure qu’intentionnalité et conscience de soi sont inséparables, comme le pensaient traditionnellement les phénoménologues? 

Avec des textes de B. Brewer, P. Carruthers, F. Dretske, G. Graham, T. Horgan et J.Tienson, U. Kriegel, D. Rosenthal, Ch.Travis, M.Tye.

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Miguel Benasayag : Cerveau augmenté, homme diminué

La Découverte - Mai 2016


Le cerveau humain connaît, étudie, explique et comprend, au point qu'il en est arrivé à prendre comme objet d'étude... lui-même. Et les nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau ébranlent profondément nombre de croyances au fondement de la culture occidentale. Car les remarquables avancées des neurosciences rendent en effet désormais envisageable pour certains la perspective d'améliorer le cerveau et de supprimer ses faiblesses et ses " défauts " : le rêve d'un cerveau " parfait " semble à portée de la main. 
Cette vision conduit à considérer notre cerveau comme un ordinateur qu'il s'agirait d'optimiser en l'améliorant par divers outils pharmacologiques ou informatiques. À partir d'une vulgarisation très pédagogique de recherches récentes souvent très " pointues " en neurosciences, Miguel Benasayag montre ici, de façon fort convaincante, pourquoi ce nouvel idéalisme du " cerveau augmenté " est en réalité une illusion dangereuse : le monde qu'entendent préparer les transhumanistes et certains scientifiques risque fort d'être surtout habité par la folie et la maladie... 
Une thèse critique solidement argumentée, qui a commencé à faire son chemin dans le milieu des chercheurs les plus préoccupés par les apories et les failles de ce nouveau mythe du progrès.r

Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste, anime le collectif " Malgré tout ". Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont aux Éditions La Découverte dont, avec Angélique del Rey, professeure de philosophie,Connaître est agir (2006) et Éloge du conflit (2007) ; et avec Pierre-Henri Gouyon, Fabriquer le vivant. Ce que nous apprennent les sciences de la vie sur les défis de notre époque (2012). Dernière parution à La Découverte : Clinique du mal-être. La "psy" face aux nouvelles souffrances psychiques (2015).

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dimanche 15 mai 2016

Thierry Paquot : Géopoétique de l'eau, Hommage à Gaston Bachelard

Editions Etérotopia - Mai 2016


L’eau est indispensable au vivant (aux plantes comme aux animaux) et à l’humain. Chacun à en tête la photographie d’un champ aride, craquelé, sec, encombré de carcasses de bovins en décomposition... La sécheresse depuis des temps immémoriaux est considérée comme une calamité, la punition d’un Dieu mécontent ou un sinistre aussi grave que son contraire, l’inondation ! Si la quantité d’eau présente sur Terre ne varie guère d’une année à l’autre, elle est inégalement répartie, aussi certains territoires doivent effectuer un dessalement coûteux en énergie (solaire, éolienne...), tandis que d’autres pratiquent l’épuration et protègent l’aquifère. Au final, l’eau apparaît aux uns comme un enjeu et aux autres comme une ressource, dans les deux cas, elle fait l’objet de tensions géopolitiques et enrichie les multinationales qui la distribuent... C’est principalement l’agriculture productiviste qui surconsomme l’eau, les canons à eau arrosent les champs de maïs tandis que le lisier des cochons pollue les nappes phréatiques... L’industrie agro-alimentaire n’est pas en reste, chaque bien nécessite une certaine quantité d’« eau virtuelle », ainsi un kilo d’hamburger réclame en moyenne 16000 litres d’eau, un kilo de poulet 5700, un kilo de fromage 5000, de pain 1300... Pour le dire autrement, il faut de 400 à 2000 litres d’eau selon les régions pour récolter un kilo de blé ! Les entreprises de textiles, d’électronique, de métallurgie, etc., utilisent également beaucoup d’eau. Chaque année les organisations internationales dénombrent les sans eau (plus de 800 millions en 2015), la majorité résident en Afrique et sont victimes des maladies hydriques (choléra, diarrhées, légionellose). L’inégalité face à l’eau potable est flagrante. Si l’on considère que 20 litres par jour et par personne est un minimum, certains terriens ne disposent que d’un à deux litres tandis qu’un Américain « moyen » en consomme 500 litres (certains moins et d’autres plus pour laver leurs 4x4, remplir leur piscine et arroser leur pelouse dans les régions particulièrement chaudes de la Sun Belt), un Européen « moyen » environ 300 litres... L’eau appartient aux quatre éléments selon la culture occidentale, avec la terre, l’air et le feu. La culture orientale admet cinq éléments et ajoute le métal ou le bois. Les philosophes s’en sont préoccupés dès l’aurore de la pensée... Gaston Bachelard (1884-1962) a consacré plusieurs ouvrages à cette « imagination matérielle » des éléments, dont L’Eau et les rêves (José Corti, 1942) que nous relisons ici et situons dans l’ensemble de son œuvre afin de penser l’eau en ce début du XXI siècle où nombreux sont ceux qui la proclament « bien en commun ».

Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, ardent bachelardien et soucieux de la question environnementale (il est l’auteur du Petit Manifeste pour une écologie existentielle, Bourin-éditeur, 2007) examine philosophiquement la place de l’eau dans la vie des sociétés et des individus, mêlant informations chimique, économique, géographique, écologique à l’étude symbolique que réclame l’eau stagnante comme l’eau vive, l’eau douce comme l’eau de mer, l’eau de pluie comme l’eau du ruisseau et élabore ainsi une géopoétique de l’eau, garant de cet imaginaire singulier qui assure à chaque humain sa part d’humanité. Il a publié aux éditions Eterotopia France, Le voyage contre le tourisme (2014) avec une préface de Marc Augé.

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samedi 14 mai 2016

Georges Bataille : La limite de l'utile (Préface de Mathilde Girard)

Nouvelles Editions Lignes - Mai 2016


La Limite de l’utile, entre la « Notion de dépense » et La Part maudite, constitue l’un des jalons essentiels de l’œuvre « politique » de Bataille. Il est publié ici pour la première fois séparément.

« […] il est nécessaire à la vie de se tenir à hauteur de la mort », écrit Bataille dans La Limite de l’utile. Commandement où se lit certes l’influence persistante de Hegel sur lui et le projet d’une histoire universelle qui portera bientôt le titre de La Part maudite ; commandement que Bataille déshégélianise cependant aussitôt en apportant cette précision : « Une communauté ne peut durer qu’au degré d’intensité de la mort, elle se décompose dès qu’elle manque à la grandeur particulière au danger. »

Par quoi l’on voit que la question, dès lors, n’est pas pour lui qu’ontologique, mais sociologique aussi, et économique. Certainement, l’une des singularités les plus grandes de son génie se mesure-t-elle au fait d’avoir su, durant les mêmes années du début de la guerre, mener de front l’écriture de L’Expérience intérieure et du Coupable, livres d’une expérience authentiquement intérieure, et celle de La Limite de l’utile, où l’expérience qui est entreprise est celle de l’universalité des formes de l’histoire.

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Collectif : Penser avec Fukushima

Editions Cécile Defaut - Mai 2016


Le mot avec est écrit en italiques parce qu'il prend ici la place d'un autre qu'on attendrait, mais qu'on doit s'interdire d'écrire, du moins tant qu'on n'a pas réfléchi à ce qu'il signifie désormais?: après. L'ensemble d'événements rassemblés sous le nom de Fukushima n'a en effet pas achevé son déroulement, quoi que certaines voix intéressées essaient d'en dire, et c'est pourquoi après serait une erreur objective. Il n'y a pas, pour l'instant, d'après Fukushima, et au fond, l'alarme dont ce livre est aussi la traduction tient à ce détail sémantique d'importance majeure.Si la préposition après ne convient pas pour penser Fukushima, c'est qu'il n'y a pas d'«?après-Fukushima?», au sens où on pourrait passer à autre chose, «?dépasser?» Fukushima. Pourtant, il y a bel et un bien un monde – à décrire, à critiquer, mais aussi à construire et à accompagner – à partir de cette catastrophe et sous sa lumière. C'est ce que ces textes s'efforcent de mettre en place : venus d'horizons variés (littérature, philosophie, histoire de l'art, poésie, géographie), ils s'efforcent tous de penser après Fukushima si l'on veut, dans son ombre portée, contre Fukushima évidemment (dans ses effets mortifères), mais surtout avec Fukushima, c'est-à-dire en tenant compte de Fukushima, dans la proximité sans cesse renouvelée de ses problèmes et de ses ressources, de ses paysages et de ses habitants.

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Jean Salem : Lénine et la révolution

Encre Marine - Mai 2016


Concernant l'idée de révolution, six thèses principales paraissent ressortir d’un examen systématique des Œuvres complètes de V. I. Lénine.
1°/ La révolution est une guerre; et la politique est, de manière générale, comparable à l’art militaire.
2°/ Une révolution politique est aussi et surtout une révolution sociale, un changement dans la situation des classes en lesquelles la société se divise.
3°/ Une révolution est faite d’une série de batailles; c’est au parti d’avant-garde de fournir à chaque étape un mot d’ordre adapté à la situation objective; c’est à lui de reconnaître le moment opportun pour l’insurrection.
4°/ Les grands problèmes de la vie des peuples ne sont jamais tranchés que par la force.
5°/ Les révolutionnaires ne doivent ni ne peuvent renoncer à la lutte en faveur des réformes.
6°/ À l’ère des masses, la politique commence là où se trouvent des millions d’hommes, voire des dizaines de millions. Et les foyers de la révolution tendent à se déplacer vers les pays dominés.

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jeudi 12 mai 2016

Vanessa Oltra et Jean-Marie Harribey (dirs.) : Les lumières d'Adam Smith. La philosophie et l'économie en scène

Editions Le Bord de l'eau - Mai 2016 - Collection : L'économie encastrée


Rendre compte de la figure tutélaire d’Adam Smith par le théâtre ? Telle est la volonté de Vanessa Oltra qui, en écrivant et en montant la pièce Adam Smith, Le Grand Tour, nous montre que l’économie n’est, peut-être, qu’une grande pièce de théâtre et la loi du marché une fiction…
Cet ouvrage permet ainsi de réinterroger les fondements philosophiques du capitalisme et de revenir aux origines d’un discours économique omniprésent, empreint de dogme et de fatalisme.
Le texte de la pièce est commenté et analysé par sept auteurs universitaires, qui ont tous vu la pièce et, pour certains, participé à son élaboration et sa diffusion. Leurs contributions permettent d’entrer dans le sujet par différentes portes : l’analyse littéraire, l’histoire de la pensée, la philosophie et l’analyse économique. Cette exploration transdisciplinaire éclaire de manière inédite l’articulation complexe entre la nature humaine, la morale et l’économie politique.

Vanessa Oltra est maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux, Chargée de mission Culture, arts et sciences de l’université de Bordeaux et Auteure de théâtre.
Jean-Marie Harribey est agrégé de sciences économiques et sociales et fut maître de conférences d’économie à l’Université Bordeaux IV. Il est chroniqueur pour Politis et ancien pressent d’Attac (2006/2009). Il a publié, entre autres, Raconte-moi la crise (Le Bord de L’eau, 2009), Les Feuilles mortes du capitalisme (Le Bord de L’eau, 2012), La Richesse, la valeur et l’inestimable. Fondements d’une critique socio-écologique de l’économie capitaliste (Les Liens qui Libèrent, 2013).

Les autres contributeurs,

Laurie Bréban, Maître de conférences en économie, Laboratoire d’économie dionysien (L.E.D), Université Paris 8.
Jean Dellemotte, Maître de conférences en économie, PHARE, Université de Paris 1.
Gavin Kennedy, Professeur émérite, Heriot-Watt University, Edimbourg.
Claude Lacour, Professeur émérite d’économie, Université de Bordeaux.
Alexandre Péraud, Maître de conférences en littérature française, Université de Bordeaux Montaigne.
Arnaud Schmitt, Professeur en littérature et philosophie américaines, Université de Bordeaux.

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Patrice Guillamaud : La femme, l'esclave et le génie. Traité pour une réhabilitation philosophique des natures humaines

Editions Kimé - Mai 2016 - Philosophie en cours


Ce livre propose de penser ce qui ne l’a encore jamais été. Il étudie d’abord avec rigueur et précision la genèse philosophique de la théorie du genre. Il montre que, par-delà Beauvoir, Sartre, Foucault et Derrida, la théorie dont Judith Butler est la plus célèbre représentante plonge ses toutes premières racines chez Platon lui-même. Tout se passe comme si la confusion des natures était une menace à l’œuvre dès la naissance de la philosophie.
Contre cette menace originaire et contre l’opinion dominante de la modernité, il s’agit de comprendre de manière philosophique la profondeur morale et la vérité de la revendication grecque d’une pluralité des natures humaines intégrant la différence entre la féminité, l’esclavage et l’excellence. Dépassant cette conception ancienne, il s’agit notamment de comprendre ce que signifie la belle conception chrétienne de la féminité ainsi que ce que pourrait signifier la féminité comme nature suprême à savoir comme ce que Nietzsche appelait la sur-humanité. Il s’agit enfin ultimement de restaurer, en la comprenant de manière originale et nouvelle, la richesse de l’humanité. Il s’agit de restaurer, par-delà la nature du génie, la pluralité des essences humaines.

Patrice Guillamaud enseigne la philosophie en khâgne. Ses derniers livres aux Éditions Kimé sont L’Essence de la renonciation(2013) et Anti-Marion. Essai sur la barbarie universitaire et philosophique (2015), Le Cinéma et la renonciation, Éditions du Cerf, 2015.

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Parménide : De l'Etre (Traduit et commenté par Patrick Négrier)

Editions Kimé - Mai 2016 - Philosophie, épistémologie


En notre temps où le terrorisme meurtrit le monde, l’actualité du philosophe grec Parménide d’Elée (vers 542 – vers 449) tient à sa conception de l’être selon laquelle exister, c’est être maintenu à l’existence par la volonté car les choses n’existent qu’autant que les humains mûs par l’instinct de conservation les créent et ne les détruisent pas. Et comme l’existence ne peut être conservée que par la volonté de tous, Parménide a reconnu dans le culte de la déesse Athéna au temple une expression de la dimension politique de l’être. Témoin de la victoire actuelle mais toujours problématique de l’être sur toutes les formes d’anéantissement, et faisant de la conservation de l’existence une affaire de justice, il a dénoncé les formes de destruction que sont la guerre et l’adultère cause de divorce, et il a justifié le droit d’objection de conscience lié au droit d’asile. Enfin il a reconnu dans les destructions d’étants une conséquence de la sensualisation de la pensée irréfléchie, dénonçant ainsi dans l’hédonisme et dans ses effets nihilistes une expression de l’incurie pour le devoir-être.

Patrick Négrier, philosophe né en 1956, a traduit du grec deux courts traités ascétiques du moine philosophe Evagre du Pont (IVe siècle), établi l’édition de deux discours maçonniques de Maine de Biran, et publié avec une « Introduction » la première traduction française, par Henri Rochais, des Entretiens sur la franc-maçonnerie de J.G. Fichte.

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Didier Eribon : Principes d'une pensée critique

Fayard - Mai 2016 - Histoire de la Pensée


De Réflexions sur la question gay à Retour à Reims et à La Société comme verdict, Didier Eribon a placé au centre de son œuvre plusieurs thèmes essentiels : la formation du sujet, l’inconscient et l’auto-analyse ; le système scolaire, les classes et les identités sociales ; les catégories de la politique et les mouvements sociaux ; la tradition critique… Les essais qui composent ce volume explicitent et systématisent le projet situé au fondement de ces investigations : celui d’élaborer une théorie radicalement historique et sociale des subjectivités individuelles et des groupes, de la logique de la domination et de la résistance.
Mêlant références théoriques et littéraires, cet ouvrage affronte et déploie toutes les implications d’une pensée réellement sociologique et politique. Il renouvelle ainsi la réflexion sur un ensemble de questions qui sont au cœur du débat à l’échelle internationale et se proposant de définir les conditions d’une pensée critique.

Didier Eribon est philosophe et sociologue, professeur à l’université d’Amiens. Il est l’auteur de nombreux livres, parmi lesquels Réflexions sur la question gay (Fayard, 1999), Une morale du minoritaire (Fayard, 2001),Retour à Reims (Fayard, 2009) et La Société comme verdict (Fayard, 2013).

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Bernard Stiegler : Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ?

Les liens qui libèrent - Mai 2016


Dans la disruption, les organisations sociales se désintègrent. Or les individus psychiques ne peuvent pas vivre raisonnablement hors des processus d’individuation collective qui forment les systèmes sociaux. Il résulte de cet état de fait un désordre mental qui incline au délire de mille manières – sur un fond de désespoir où prolifèrent des types extraordinairement violents et meurtriers de folie. C’est ce dont la France découvre à présent la terrible réalité.
Ces sombres évolutions radicalisent les contradictions de l’Anthropocène, où ne cesse de s’aggraver le retard structurel des systèmes sociaux sur le système technique qui, en les désintégrant, désinhibe systémiquement les pulsions. Avec la réticulation numérique, le système technique qui s’est totalement planétarisé porte ainsi l’épreuve que Nietzsche annonçait sous le nom de nihilisme à son acmé.
La question de la folie est l’épreuve de l’hybris (ὕϐρις), qui est toujours elle-même la conséquence de la technicité des êtres non-inhumains, et dont la disruption, comme dernière période de l’Anthropocène, est la radicalisation.
Pour la première fois, le philosophe livre quelques éléments biographiques – notamment sur ses années d’incarcération pour braquage – pour alimenter son propos sur la prison comme vecteur de radicalisation et de haine.

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