lundi 16 mars 2020

Louis Moreau de Bellaing : Epistémologie des Sciences Sociales. Pratique et Théorie

L'Harmattan - Mars 2020


Le statut des savoirs et des connaissances en sciences humaines et sociales, tel qu'il commençait à être élaboré par les précurseurs et les fondateurs de ce qu'il était convenu d'appeler la sociologie, à laquelle vint s'ajouter l'anthropologie, pose aujourd'hui problème tant au niveau des sacralisations maintenues qu'à celui des modernisations s'accomplissant et accomplies. A partir d'ouvrages inventoriés sur une longue période, principalement les trente dernières années, l'épistémologie des sciences sociales s'interroge sur elle-même, sur ce qu'elle produit : des traces d'objectivation, mais aussi de réflexion.

Louis Moreau de Bellaing est ancien professeur des universités. Il a publié de nombreux ouvrages sur le paternalisme, l'autorité, le pouvoir politique, les sans-abri et la légitimation. Il est actuellement membre de quatre associations : le MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), le CIPA (Collège international de psychanalyse et d'anthropologie), l'AFA (Association française des anthropologues), et L'homme et la société.

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jeudi 12 mars 2020

Yves Citton et Jacopo Rasmi : Générations collapsonautes. Naviguer par temps d'effondrements

Seuil - Mars 2020 - La Couleur des idées


Nous voyons les banquises fondre, les espèces disparaître, les inégalités s’exacerber : tout nous annonce que nos modes de vie sont condamnés à un « effondrement » qui vient. Nous savons la nécessité d’une mutationvertigineuse, à laquelle nous ne parvenons pas à croire.
Comment sortir de cette hantise – sans nier sa réalité nisubir sa fascination ? En multipliant les perspectives qui dévoilent une pluralité d’effondrementsdéjà en cours, plutôt qu’un unique écroulement à venir. En questionnant ce « nous » de la collapsologie à partir de temporalités alternatives, d’attentions altérées, de points de vues excentrés et excentriques.
Écrit à quatre mains, ce livre s’adresse à toutes les générations collapsonautes– jeunes et moins jeunes – qui ont mieux à faire que se laisser méduser par la menace des catastrophes à venir. Désespérées mais pas pessimistes, elles s’ingénient à accueillir et cultiver des formes de vie qui échappent par le haut au capitalisme extractiviste. Condamnées à naviguer sur les effondrements en cours, elles génèrent d’ores et déjà des arts inédits du soulèvement et du montage – dont ce bref essai encourage à hisser les voiles.

Yves Citton, 58 ans, est professeur de littérature et media à l’université Paris 8, et co-directeur de la revue Multitudes. Il a publié Contre-courants politiques (2018), Médiarchie (2017), Pour une écologie de l’attention(2014), Renverser l’insoutenable (2010).
Jacopo Rasmi, 28 ans, a soutenu en 2019 un doctorat à l’université Grenoble Alpes sur les nouvelles écritures documentaires (cinéma, littérature). Il enseigne à l’Université de Lorraine (IECA et CREM) et n’a pas encore renoncé à chercher une forme de vie désirable.

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mercredi 11 mars 2020

René Lévy : La Mort à vif. Essai sur Paul de Tarse

Verdier - Mars 2020


Paul, ou Saül de Tarse, ou saint Paul ; par la puissance spéculative et la vigueur du verbe, le vrai fondateur du christianisme. Jeune, c’était un Hébreu, citoyen de Rome. À Jérusalem, il fut l’élève du plus grand des maîtres, Rabban Gamliel. Zélateur farouche, persécuteur des nazaréens, il connaissait la Loi juive (Torah), et l’observait scrupuleusement. Mais sa ferveur cachait mal une inquiétude grandissante ; la crise éclata sur la route de Damas, puis ce fut la révélation. Paul avait vingt-cinq ans. De persécuteur, il devint l’apôtre de l’Église le plus ardent. En une dizaine d’épîtres, il posa les fondements du christianisme.
Nourri de culture hébraïque, spécialement pharisienne, parlant grec, Paul livre un texte souvent obscur, presque étrange, comme si l’hébreu, par une pression souterraine, en défigurait le sol. Son discours sur la Loi (Torah), crucial et si moderne, en est un exemple, mais encore ses doctrines de la mort et de la résurrection, et de la grâce. Par nombre d’obscurités, Paul de Tarse est demeuré mal compris. Dans notre essai, nous avons voulu, par-delà des siècles de théologie et d’études néo-testamentaires, remonter à la source ; la source pharisienne, le Midrach et la Michna. Nous nous sommes gardés autant que possible des erreurs rétrospectives et nous nous sommes, pour ainsi dire, transportés jusqu’à lui sans bagages. Qu’avons-nous découvert ? Que la crise était grave et profonde, qu’elle était la crise de la conscience pharisienne ; et nous avons pris la mesure de la dissidence de Paul à l’égard de Moïse, de son puissant désir d’arrachement à la religion. Nous avons découvert combien l’enjeu messianique fut et demeure, non seulement au cœur de l’histoire occidentale, mais encore au cœur de tout véritable humanisme.

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Jolán Orbán et Anikó Radvánszky (dir.) : Dons et Resistances. Études Sur Jacques Derrida

L'Harmattan - Mars 2020


Une série de conférences a été lancée en Hongrie en 2004 avec le titre In memoriam Jacques Derrida. Le présent volume offre une sélection des interventions tenues en français par des spécialistes internationaux de l'oeuvre de Derrida dans le cadre des séances scientifiques organisées chaque année. Les cinquante chapitres du volume se concentrent sur trois grandes thématiques du philosophe : sur la métaphysique et l'épistémologie, sur l'éthique et la politique, et sur les arts et la littérature. A part l'interprétation de la contribution derridienne à toutes ces disciplines, ils fournissent de nouvelles perspectives et montrent ainsi comment son oeuvre continue à vivre après sa mort.

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Soumaya Mestiri : Élucider l’intersectionnalité. Les raisons du féminisme noir

Vrin - Avril 2020 - Problèmes & Controverses


Devant les difficultés qu’il y a aujourd’hui à faire commun, il est urgent de reconcevoir les outils de la réflexion féministe, voire sa raison d’être. Cet ouvrage propose d’affronter le problème via une élucidation de l’outil intersectionnalité, produit du féminisme noir et pensé ici comme ce qui fédère l’ensemble des pensées féministes (ou presque) indépendamment de leurs divergences idéologiques. Par-delà, tout à la fois, la fidélité absolue à un héritage et les tentatives qui ont cherché à l’amender, il est question de défendre une approche post post-intersectionnelle prenant sérieusement en charge la diversité des vécus. Cheminer de concert, mais à son rythme et sans nécessairement se croiser : « Ensemble, c’est tout », plus que jamais.

Soumaya Mestiri est professeure de philosophie politique et sociale à l’Université de Tunis. Ses travaux portent sur les théories de la justice et les problématiques genrées au prisme de la pensée décoloniale.

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Anne Dufourmantelle : Chroniques

Bibliothèque Rivages - Mars 2020


"En réunissant ici les chroniques qu’elle a données à Libération, on donne à tous les lecteurs la possibilité de voir comment la psychanalyste et la philosophe a su, dès leur apparition symptômale, déceler les pathologies, les travers, les difficultés que connaît une société, et qui pour se révéler empruntent parfois les voies les plus inattendues." (Robert Maggiori) Toutes les chroniques qu'Anne Dufourmantelle a écrit pour Libération (2015-2017) présentées par Robert Maggiori. Du Taser, à la valeur du travail, des Pokemon ou l'art de l'enfance, on retrouve toute l'acuité et la subtilité qui ont fait son succès.

Anne Dufourmantelle est docteur en philosophie et psychanalyste.

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Elsa Godart : Ethique de la sincérité. Survivre à l'ère du mensonge

Armand Colin - Mars 2020


Nombreux sont ceux qui désormais se réclament sans cesse "de vérité" ou encore d'"authenticité" pour asseoir leur légitimité alors même que se joue une glorification de la transparence. Que ce soit dans le management au cœur des organisations ou du point de vue politique ou encore dans nos échanges les plus simples avec les autres, la sincérité est devenue un véritable "prétexte" qui garantirait le bien-fondé de certaines décisions ou actions.
Ainsi en est-il de celui qui, parlant ou agissant sous couvert de "sincérité", devient légitime, intouchable, crédible. Pour autant, qu'est-ce qu'être sincère? Est-ce seulement possible? A l'heure des réseaux sociaux, entre illusion et vérité, quel sens donner à la sincérité, cette valeur-refuge incontournable, voire une vertu capable de "panser" notre contemporain.
L'auteur nous donne à travers son essai les clefs pour mieux vivre le virage, parfois douloureux, de la contemporénéité. Elle nous livre ici une véritable éthique de vie.

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Biographie de l'auteur
Philosophe et psychanalyste. Enseignante et chercheur associé à l'université de Paris-Est (LIPHA-PE), critique d'ouvrages pour Psychologies magazine

lundi 9 mars 2020

Slavoj Zizek : La Révolution aux portes. Sur Lénine

Le Temps des Cerises - Mars 2020 - La Petite collection rouge


L'idée d'une réapparition de Lénine sur la scène intellectuelle et politique est de nature à provoquer un bruyant éclat de rire sarcastique. Marx, ça va... mais Lénine ? N'est-il pas responsable de la grande catastrophe qui a marqué le XXe siècle, s'interrogeront beaucoup ? Dans La Révolution aux portes, Slavoj Zizek situe les écrits de 1917 dans leur contexte historique, et son grand texte de postface s'attaque aux questions clefs pour lesquelles Lénine pourrait être revisité, dans notre ère de "capitalisme culturel". Zizek est convaincu, quel que soit le sujet, - qu'il s'agisse de la crise annoncée du capitalisme, de la possibilité d'une violence rédemptrice ou de la fausseté de la tolérance libérale - que le temps de Lénine est revenu.

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Philippe Lacour : La raison au singulier. Réflexions sur l'épistémologie de Jean-Claude Passeron

Presses universitaires de Paris Ouest - Mars 2020 - Collège international de philosophie


Les sciences humaines et sociales sont-elles des sciences ? Si l'on prend leur prétention au sérieux, comment rendre compte de leurs gestes de connaissance effectifs sans préjuger de leur rationalité par des exigences a priori ? Peut-on en faire l'épistémologie de façon immanente, en suivant attentivement leurs opérations, et en valorisant la rigueur de leurs résultats ? Peut-on les accepter au sein de la rationalité scientifique, même si leurs méthodes sont différentes des disciplines plus exactes ? C'est à ces questions que Jean-Claude Passeron a cherché à répondre avec précision, fort de sa pratique de sociologue et de sa réflexion de théoricien obstiné. Ce livre constitue la première tentative de synthèse de son oeuvre épistémologique, qui s'étend sur plus d'un demi-siècle. Le débat sur la nature "wébérienne" ("non-poppérienne") ou non de l'espace des sciences humaines et sociales fait l'objet d'un arbitrage, à la faveur d'une reconstitution minutieuse du point de vue de Passeron, par-delà ses ambiguïtés. Apparaît ainsi la figure inédite d'une raison "au singulier" , capable, certes, de généralisation, mais toujours soucieuse de connaître les singularités culturelles dans la contingence de leur apparition et la richesse de leur contexte historique.

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Patrick Bourgne, Christian Devret, Xavier Fourt, Marie Hélène Gay-Charpin (dir.) : Matérialiser l'utopie

Presses universitaires Blaise Pascal - Mars 2020


Ce livre n'est pas un mode d'emploi de la matérialisation des utopies.
Il tente de répondre à une question centrale: comment procéder lorsque l’on veut opérer une rupture dans l’existant, activer des puissances imaginaires ou symboliques, appelées à redonner du sens au réel ici et maintenant en créant une discontinuité qui peut faire écho aux forces du rêve ?
Pour ce faire, cet ouvrage collectif, animé par un collectif, saisit l’utopie sous l’angle de sa matérialisation, de l’expérience concrète d’un décalage qui finit par instaurer un jeu dans les certitudes et la contingence, de façon à ouvrir de nouvelles perspectives de la pensée et de l’action.
Sur la base d’une approche pluridisciplinaire et plurielle, le document se construit autour de 3 livrets:
- le premier renvoie à une forme de conscience de ce qui n’existe pas;
- le deuxième considère la matérialisation des utopies comme relevant avant tout de l’expérience et du sensible;
- le troisième, relève d’une ambivalence de la conscience anticipante et de l’expérience en plaidant pour une forme induite de vectorisation de la création et de l’action.

« Première pierre d’un édifice » sur des fondations pleines d’expérimentations et d’investigations, cet ouvrage cherche aussi bien à mettre à l’épreuve l’opérativité des analyses et des concepts qu’à initier un travail de collecte d’expériences de matérialisation des utopies. Il s’ouvre à l’expérience de toute personne qui approche l’utopie que ce soit dans les pratiques de conception, dans les pratiques pédagogiques ou dans les pratiques sociales.

Préambule
Collectif MU

Guide de lectures
Collectif MU

Livret 1 : Les médiums de l'utopie

- Animalisme : utopie et réseaux numériques
Marianne Celka

- La matérialisation d'une utopie solidaire : Le Grin
Éric Dacheux & Florine Garlot

- La traduction de l’utopie. Retour sur un projet d’innovation urbaine
Lydie Lenne

- Des modes de matérialisation de l’utopie
Patrick Bourgne

Livret 2 : Terres, sources d'utopie

- La puissance utopique des devenirs terrestres
David gé Bartoli & Sophie Gosselin

- Le travail de l’imaginaire. La parole muette du Familistère de Guise entre utopie et capitalisme
Anders Fjeld

- La maladie ou l’utopie du non-dit
Nathalie Blanc

- L’expérience utopique comme expérience d’une réalité qui n’existe pas
Xavier Fourt

Livret 3 : De l'ambivalence des utopies face à la matérialisation

- Auroville, de l’ambivalence de la réalisation d’une utopie dans le monde contemporain
Marie Horassius

- La matérialité utopique : de l’incarnation d’une rupture à l’action
Anaïs Bovet

- Entremêlements utopiques de l’architecture contemporaine
Christian Drevet

Hors-champs
- Utopie Utopie…
Roger Winterhalter

Ouverture
Collectif MU


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Caroline Gravel : L’amour virtuel, un amour véritable ?

Presses de l'Université Laval - Mars 2020


La rencontre que nous propose la réalité virtuelle peut-elle vraiment répondre à la définition de l'amour comme désir du bien de l'autre ? Certains affirment tomber amoureux en ligne. Mais est-ce de l'amour véritable ? L'amour, soutient-on, est le désir du bien de l'autre. Il nécessite l'amour de soi, il amène à vouloir être près de l'être aimé, il exige une reconnaissance mutuelle et vise une personne concrète et autre que soi. On le décrit également comme étant inconditionnel, durable, voire incontrôlable (c'est lui qui nous contrôle), toujours pauvre et irrationnel. Que signifient et qu'impliquent ces caractéristiques ? Surtout, les retrouve-t-on toutes dans les relations d'amour virtuelles ? Plus encore, quelle vision de l'amour le virtuel pousse-t-il à adopter ?

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Yvon Quiniou et Nikos Foufas : Le matérialisme en questions. Dialogue critique

L'Harmattan - Mars 2020 - L'ouverture philosophique


Dans cet ouvrage à deux voix, le matérialisme est interrogé : sur son statut scientifique d'abord, que l'idéologie spiritualiste dominante tend à nier malgré l'apport de Darwin. Mais aussi en comparant le matérialisme classique de Marx et celui, vitaliste, de Nietzsche. Mais aussi sur des questions plus larges qui interpellent la pensée matérialiste : comment concevoir la morale ? Implique-t-elle nécessairement l'athéisme ? Comment concevoir l'aliénation humaine ? D'où l'intérêt de revenir au matérialisme historique marxien et de l'éclaircir.

Yvon Quiniou est philosophe, auteur d'une oeuvre matérialiste sur la religion, la morale et la politique.
Nikos Foufas est docteur en philosophie. Il enseigne actuellement à l'Université Panteion des sciences sociales et politiques à Athènes. Il s'intéresse notamment à Hegel, Marx et Lukacs. Son dernier ouvrage est De l'aliénation chez Rousseau (L'Harmattan, 2020).

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dimanche 8 mars 2020

Michael Esfeld : Sciences et liberté. L'image scientifique du monde et le statut des personnes

PPUR - Mars 2020


Cet ouvrage interroge les liens entre déterminisme (lois de la nature) et liberté humaine, et plaide pour une approche originale. D'après l'auteur, philosophe des sciences, le déterminisme en physique, en biologie ou en neurosciences n'entre pas en conflit avec le libre arbitre humain, car le déterminisme scientifique n'implique pas de prédétermination des événements futurs ni de la pensée et des actions humaines. Bien au contraire, les sciences présupposent la liberté humaine pour formuler, tester et justifier des théories. Une référence pour tous ceux qui s'interrogent sur l'impact des sciences sur la liberté humaine.

Michael Esfeld : Professeur à l'Université de Lausanne et à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

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Evelyne Grossman : La créativité de la crise

Les Editions de Minuit - Mars 2020 - Paradoxe


On affirme parfois que les crises génèrent des forces créatrices. Idée à méditer, au-delà des banales affirmations publicitaires ou entrepreneuriales sur le caractère fécond des crises (politiques, sociales, économiques ou personnelles). C'est le versant psychique, littéraire et philosophique de la notion de crise qui est ici exploré dans son rapport à la création. Crise de la créativité : silence, retirement, stérilité. Tout un chacun connaît ces périodes de vide, de blocage dépressif. La créativité de la crise en est-elle le simple renversement ? Comme le surent Deleuze ou Beckett, Nietzsche ou Foucault, mais aussi nombre d'artistes et créateurs modernes, il n'est pas facile d'endurer l'instabilité qu'exige toute création, les forces d'égarement qu'elle déchaîne, tout comme son indéniable jouissance. La création est sans doute un apprentissage de l'insécurité.

Professeure à l'Université Paris Diderot, ancienne présidente du Collège international de philosophie, éditrice chez Gallimard des oeuvres d'Antonin Artaud, Evelyne Grossman est spécialiste de théorie littéraire. Elle inscrit ses travaux au croisement de la littérature, de la philosophie et de la psychanalyse.

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Florence Burgat : Qu'est-ce qu'une plante ? Essai sur la vie végétale

Le Seuil - Mars 2020 - La Couleur des idées


La révision bienvenue et nécessaire de l'anthropocentrisme se paye aujourd'hui d'une tendance à la confusion et à l'indistinction. Ce règne de l'indistinction franchit avec les plantes aimantes et souffrantes une limite que rien n'autorise à franchir. Les plantes ne souffrent pas ; la souffrance est une expérience vécue par un corps propre. Et elles ne meurent qu'en un sens très relatif. Théophraste, déjà, remarque qu'un " olivier qui avait été un jour complètement brûlé reprit vie tout entier, corps d'arbre et frondaison ". Or, mourir en un sens relatif n'est pas mourir, car la mort est la fin absolue et irréversible de tous les possibles. Un animal, ou un humain, est soit vivant soit mort.
L'inépuisable variété des plantes, la beauté de la moindre fleur sauvage au bord des routes, la magie de ce qui sourd d'une graine sèche, offrent l'image d'une vie tranquille, une vie qui ne meurt pas. Cette vie qui ne meurt que pour renaître est le contraire d'une tragédie.
Éblouis par les découvertes sur la communication chez les végétaux, nous avons tendance à tout penser sur le même plan. Florence Burgat propose une phénoménologie de la vie végétale qui met au jour la différence radicale entre ce mode d'être et le vivre animal et humain.

Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l'INRAE, affectée aux Archives Husserl (ENS Paris). Elle travaille sur la condition animale, notamment sous un angle phénoménologique. Elle est entre autres l'auteur de L'Humanité carnivore (Seuil, 2017).

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Claire Marin : Mon corps est-il bien à moi ?

Gallimard - Mars 2020 - Giboulées


Mon corps est à moi, c'est une évidence. Mais il y a des moments où les choses sont moins claires : quand il se transforme au point de ne plus m'y reconnaître, qu'il échappe à ma volonté, résiste ou se dérobe dans la maladie ou le handicap, qu'il trahit des émotions que j'aimerais garder secrètes. Et c'est aussi en se référant à mon corps, à mon apparence extérieure qu'on me réduit parfois à une identité simplifiée, voire stigmatisante : mon sexe, la couleur de ma peau, la forme de mes yeux ou la texture de mes cheveux sont-ils si importants pour définir qui je suis ? N'est-ce pas au-delà des apparences que je mérite de me définir ?

Claire Marin Professeur agrégé de philosophie en classe préparatoire au lycée Alfred-Kastler de Cergy-Pontoise. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la question de la maladie et de la santé, elle s'intéresse aussi aux modifications de notre corps et de nos habitudes par les nouvelles technologies. Dernier livre : Rupture(s) (L'Observatoire) Alfred Auteur de bande dessinée, scénariste, dessinateur et coloriste, il vit à Bordeaux. Autodidacte, c'est aux éditions Delcourt qu'il a débuté et continue à publier. Il a remporté le Fauve d'Or du meilleur album au Festival d'Angoulême en 2014 pour Come prima.

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Alain Deneault : L'économie esthétique

Lux Canada - Mars 2020


Dans cette troisième livraison des «Économies», Alain Deneault suit le mouvement spéculaire entre des oeuvres esthétiques qui traitent d'économie marchande et d'argent, et des critiques d'arts qui recourent au vocabulaire économique pour commenter les oeuvres. Le mot «économie» ressort de cette analyse fine comme une puissante métaphore, mais surtout comme le nom même d'un régime de production des métaphores.
C'est à l'économie que s'en remet la rhétorique pour traiter d'«économie du discours», la littérature et le cinéma d'«économie du récit» et les arts en général d'«économie d'une oeuvre». Cet essai, court et dense, s'appuie sur des penseurs de l'économie esthétique comme Denys d'Halicarnasse, Genette, Arasse et Derrida, pour analyser le fonctionnement sémiologique et social des œuvres d'art ainsi que leur récupération dans le champ de l'idéologie politique. La science économique est une construction fictionnelle qui a recours à l'esthétique pour se donner des allures de vrai.

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samedi 7 mars 2020

René Magritte et Victor Servranckx : Défense de l'esthétique

La Nerthe - Mars 2020


En novembre 1921, Magritte, peintre abstrait aux couleurs chaudes et aux lignes franches, rejoint Servranckx comme dessinateur à l’usine de Haren. Magritte n’y travaillera qu’une année, mais la fréquentation accrue des deux peintres ne sera pas sans conséquence. L’influence de Servranckx se fait sentir : les teintes vives sont remplacées par des tons plus neutres et ses tableaux offrent une vision du monde plus mécaniste, et, ici ou là, surgissent des formes de moins en moins abstraites. Il n’empêche que le groupe qui s’est rencontré à l’Académie se fréquente toujours, comme en témoigne la photographie de mariage de Magritte en juin 1922 et qui réunit une bonne partie de l’avant-garde belge… Mais après la lune de miel, le point de rupture théorique se fait jour lorsque Servranckx et Magritte écrivent, courant de l’automne 1922, un pamphlet anti-7 Arts, L’Art pur, défense de l’esthétique, initialement prévu pour être publié par la maison d’édition anversoise ça ira !, future cheville ouvrière belge du surréalisme. Le pamphlet, consacré à l’art et à l’architecture et qui se présente comme un manifeste, en reprend pour mieux les tourner en dérision, les grandes lignes défendues par le journal qui, à ce moment-là, commence à paraître régulièrement.

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