vendredi 22 mars 2024

Philosophie 2024/2 (N°161)

 Minuit - Mars 2027


Le huitième et dernier chapitre du grand livre d’Aron Gurwitsch, Leibniz. Philosophie du panlogisme, dont nous proposons ici la traduction par Thomas Piel, présente les fondements de la lecture phénoménologique tentée par Gurwitsch de l’ensemble de la pensée leibnizienne, comprise et interprétée comme une philosophie transcendantale : comme corrélat objectif de la pensée divine qui en soutient l’unité systématique et la cohérence originaire, l’être du monde est lui-même de part en part compris comme réalisation et « incorporation » du logique entendu en un sens élargi. Interrogeant notamment le statut ontologique des relations et la conception leib-nizienne de l’entendement divin comme sujet transcendantal des « mondes possibles », cet ultime chapitre rassemble les lignes directrices qui portent et soutiennent l’ensemble de son interprétation.
Dans « Spinoza entre les nuages. Philosophie de l’identité dans l’Éthique », Stéphane Ferret donne une interprétation dite intégrative de la pensée du philosophe, à la fois distincte de celles de Wolfson (dite subjectiviste) et de Gueroult (dite objectiviste), et qui peut se résumer en une formule lapidaire : la philosophie de Spinoza est une philosophie de l’identité. Pour donner corps à cette affirmation et l’articuler, trois énoncés d’identité sont proposés : Dieu = Monde, Pensée = Étendue, Esprit = Corps. À l’exception du premier, ils sont souvent ignorés et, même quand ils sont entrevus à travers les nuages d’interprétations contradictoires, demeurent incompris. Trois siècles et demi après la parution de l’Éthique, l’auteur tente ici de mettre au jour le soubassement logique du texte.
Dans « L’Appel de Wheeler et Thompson : refonder l’utilitarisme par l’égalité entre les hommes et les femmes ? », Benjamin Bourcier étudie cet Appel où, en réponse à l’article de James Mill Du Gouvernement, Anna Wheeler et William Thompson proposent une critique radicale de la pensée utilitariste, mais aussi de l’exclusion politique des femmes et de la légitimation du patriarcat que défend James Mill (père de John Stuart Mill). Contrairement à ce dernier, ils défendent leur inclusion et leur égalité politique, et ce afin de répondre au mieux aux aspirations d’une société des égaux et du plus grand bonheur pour tous.
Le féminisme de John Stuart Mill a fait l’objet de nombreuses discussions, de la publication de L’Asservissement des femmes en 1869, à nos jours. Dans « Un féminisme sans sujet : Mill, Taylor, et l’émancipation des femmes », Ludmilla Lorrain propose une lecture critique des thèses féministes de Mill, lues en regard de celles d’Harriet Taylor. Elle restitue à la question de l’émancipation des femmes sa place majeure dans son œuvre, tout en montrant que son point de vue reste marqué par des points aveugles – notamment le statut de la femme au sein du foyer et l’enjeu de la maternité. La comparaison avec le féminisme de Harriet Taylor, co-autrice de plusieurs de ses textes majeurs, permet de voir que des positions plus émancipatrices étaient alors tout à fait audibles.

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