vendredi 3 février 2017

Didier Durmarque : Enseigner la Shoah. Ce que la Shoah enseigne

Uppr éditions - Décembre 2016


Le devoir de mémoire et l'approche purement fonctionnaliste de la Shoah escamotent le fait qu'une connaissance de la Shoah dans ses structures constitue un véritable réquisitoire de la modernité, dans son rapport à la raison comme rationalité pure, indépendamment du raisonnable, de la question du sens, et de l'autre sens du rationnel comme relationnel. Les approches les plus aiguës de la Shoah ont profondément modifié la manière d'appréhender, de penser l'événement historique jusqu'à en faire un moment phare, un moment époqual qui résume et condense la modernité. Nous n'en avons pas fini avec la Shoah comme telle, nous avons, à vrai dire, à peine commencé à en dire quelque chose. Non seulement le renversement de la raison qui a rendu possible la Shoah est encore à l'oeuvre aujourd'hui, mais ce renversement s'impose comme un paradigme planétaire. Cette première génération, qui fera face à l'absence de survivants de la Shoah, prendra-t-elle la mesure du danger et de sa planétarisation ? Après la Shoah, qui peut nier que l'homme a la charge de l'homme ? Je suis le gardien de mon prochain.

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) sont des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l'identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) constitue la tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie à l'image du cogito de Descartes ou du Dasein chez Heidegger. Didier Durmarque a donné récemment un séminaire intitulé "Penser la Shoah" au Mémorial de Caen.

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jeudi 2 février 2017

Jean-Baptiste Brenet : Je fantasme : Averroès et l'espace potentiel

Verdier - Février 2017


Le mot le plus célèbre de la philosophie est un verbe latin : cogito. C’est celui de Descartes, où l’on retient que se joue l’être même de l’ego. C’est le cogito de la psychanalyse, celui dont elle dénonce l’orgueil, l’incomplétude, et qui, en somme, l’a fait naître. Mais c’est un mot malheureux, que la modernité a perdu. Chez Averroès, jadis, la cogitation avait en arabe ses facultés propres et trouvait dans le fantasme l’espace de sa puissance. Quel espace ? Quelle puissance éminente ? On a fait le livre sur cela.

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Erwan Dianteill et Michael Löwy : Le Sacré fictif. Sociologies et religion : approches littéraires

Editions de l'Eclat - Février 2017 - Philosophie imaginaire


La littérature peut-elle contribuer de façon significative, et peut-être mieux que la sociologie, à la connaissance de la réalité sociale? se demandent Erwan Dianteill et Michael Löwy. Peut-elle même apporter des éclairages qui vont au-delà des acquis des sciences sociales? À travers l’étude de différents textes littéraires, de Huysmans à Ahmadou Kourouma, de Brecht à Umberto Eco, de Borges à Alison Lurie, les auteurs explorent les richesses du corpus littéraire quand il s’agit de comprendre les phénomènes religieux.
Ce volume s’inscrit dans un cadre plus large de publications sur le thème de Sociologies et religion, initié aux Presses Universitaires de France, dans la collection « Sociologies aujourd’hui » dirigée par le regretté Georges Balandier. Trois volumes avaient paru précédemment dans cette série. Le premier consacré aux «approches classiques » (2001), était signé de Danièle Hervieu-Léger et Jean-Paul Willaime. M. Löwy et E. Dianteill ont rédigé les deuxième et troisième volumes, consacrés aux « approches dissidentes » (2006), puis aux « approches insolites » (2009). Ce quatrième volume consacré aux « approches littéraires », s’il paraît non plus aux PUF mais aux Éditions de l’éclat, n’en est pas moins dans le prolongement des précédents.

Sommaire

Préface.
1. Sacrilège et modernité – Là-bas (1891) de Joris-Karl Huysmans.
2. Catholicisme versus capitalisme– La Montagne Magique (1924) de Thomas Mann.
3. Bertolt Brecht et la sociologie marxiste des religions – Sainte Jeanne des Abattoirs (1931)
4. Jorge Luis Borges entre Dieu et Bourdieu – Le conte « Les théologiens » (1947)
5. À la poursuite des esprits africains – Amos Tutuola, L’ivrogne dans la brousse (1952) et Ma vie dans la brousse des fantômes (1954)
6. Religion contre magie – L’Esclave (1962) d’Isaac Bashevis Singer
7. Millénarisme, sociologie romanesque et roman sociologique – L’échec d’une prophétie (1956) de Leon Festinger (et alii) et Des amis imaginaires (1967) d’Alison Lurie
8. Révoltes paysannes, érotisme monacal, rire philosophique et autres hérésies – Le Nom de la rose (1980) d’Umberto Eco
9. Violence, religion, sorcellerie en Afrique – En attendant le vote des bêtes sauvages (1998) d’Ahmadou Kourouma

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Les Cahiers philosophiques de Strasbourg n°40/2016 : Nietzsche, philologue et philosophe

Presses universitaires de Strasbourg - Décembre 2016


« Philologie », nom d'une science mal aimée, sœur presque jumelle de la philosophie. Dès ses premiers pas comme science des textes, elle s'attira les foudres de Sénèque pour s'être substituée à la philosophie. Il faut attendre Nietzsche pour que se réalise l'inversion de ce processus, à la fois espoir et programme de transmutation de la philologie en philosophie. Le volume Nietzsche, philologue et philosophe, revient sur plusieurs thèmes qui ont occupé Nietzsche à ce double titre – de la tragédie à Platon, en passant par la rythmique, la poésie lyrique ou la figure d'Héraclite –, et annonce la parution dans les prochaines années de l'édition scientifique française complète de ses écrits philologiques.

Sommaire

Introduction : Philosophia facta est quae philologia fuit
Anne Merker

Philologie & esprit historien
Marc de Launay

Nature artiste, nature tragique : les deux faces de la « métaphysique esthétique » du jeune Nietzsche
Emmanuel Salanskis

Nietzsche, Wilamowitz & le cas Archiloque : lyrisme, musique grecque & métaphysique d'artiste
Christophe Corbier

Nietzsche & la rythmique grecque. Une approche philologique & anthropologique
Carlotta Santini

Nietzsche versus Héraclite : Nietzsche qui rit, Héraclite qui pleure
Philippe Choulet

Nietzsche & la justice. Portrait du philosophe en Anti-Calliclès
Gérard Bensussan

« Deviens ce que tu es »
Nicolas Quérini

Compte rendu
Monique Dixsaut, Platon-Nietzsche, l'autre manière de philosopher, Paris : Fayard, 2015
Nicolas Quérini

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mercredi 1 février 2017

Dominique Maingueneau : Discours et analyse du discours

Armand Colin - Janvier 2017


Dans le monde entier, les travaux qui se réclament du « discours » ont envahi l’ensemble des sciences humaines et sociales et des humanités. À quelque discipline qu’ils appartiennent, ceux qui aujourd’hui sont amenés à étudier des textes écrits ou oraux ont besoin de comprendre les enjeux de l’analyse du discours et les ressources qu’elle propose.
Cet ouvrage veut aider les étudiants à appréhender ses présupposés majeurs et les grandes divisions qui le structurent, à comprendre comment les analystes du discours élaborent leurs objets à l’aide de catégories comme genre, type de discours, formation discursive... Ils pourront également prendre la mesure de la diversité des modes de manifestation du discours : de la banale conversation entre amis à la philosophie, des interactions orales aux écrans d’ordinateur, car l’univers du discours dans lequel nous construisons nos identités et donnons sens à nos activités apparaît profondément hétérogène.

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Serge Abiteboul et Gilles Dowek : Le temps des algorithmes

Le Pommier - Janvier 2017


Depuis quelque temps, les algorithmes sont sur toutes les langues. Et ils inquiètent.
Des métiers disparaissent par leur faute, des gouvernants s'en servent pour restreindre nos libertés, des entreprises privées les utilisent dans leurs calculs cyniques. Bientôt des « algorithmes intelligents » nous asserviront...
Et si, avant de souscrire à cette vision pessimiste, dans laquelle nous n avons pas voix au chapitre, nous examinions la situation d un peu plus près ? Après tout, les algorithmes sont des créations de l'esprit humain. Ils sont ce que nous avons voulu qu ils soient. 
Les algorithmes sont avant tout des solutions, mais ces solutions ne sont pas neutres. S'ils sont à l'origine de transformations radicales des notions de travail, de propriété, de gouvernement, de responsabilité, de vie privée et même d'humanité, c'est donc à nous de décider de quel côté faire pencher la balance. Pour cela, il faut cesser de les subir en cherchant à les comprendre. C'est ainsi que nous pourrons être maîtres de notre destinée.

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François de Smet : Lost ego. La tragédie du "Je suis"

Presses Universitaires de France - Février 2017 - Perspectives critiques


Pourquoi donc sommes-nous si accrochés à notre maigre « je » ? Pourquoi refusons-nous d'accepter les leçons les plus radicales de la neuroscience ou de la psychologie cognitive à propos de notre « identité » ou de ce que nous aimons à considérer comme notre « libre arbitre » ? Quel mal y aurait-il à accepter que nous soyons le résultat de déterminations qui nous dépassent – et que nos choix ne soient que des colifichets ayant pour seule fonction de nous rassurer ? Dans Lost Ego, François De Smet répond à toutes ces questions de la meilleure manière qui soit : en mettant le doigt sur les peurs qui continuent à nous voir nous accrocher à des reliques de notre « moi » en miettes et que nous refusons de regarder en face. Non, nous n'existons pas – mais c'est précisément parce que nous n'existons pas que nous pouvons trouver le moyen de vivre. Seuls, et surtout ensemble.

François De Smet est philosophe. Il est l'auteur de Reductio ad Hitlerum (Puf, 2014, Prix Léopold Rosy), qui a rencontré un important succès critique et de librairie.

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mardi 31 janvier 2017

Augustin Giovannoni : Les épreuves de l'exil. Repenser les termes de la politique

Editions Kimé - Janvier 2017 - Philosophie en cours


Pourquoi s'exile-t-on ? Pour échapper à l'injustice, reconquérir une liberté menacée, fuir les violences, les persécutions, la mort, la misère ou s'arracher à la résignation. On part quand rien ne fait plus écran au risque d'anéantissement, que l'espérance devient lettre morte, alors même que la vie n'a pas été accomplie. Les épreuves qui conduisent aujourd'hui à l'exil ont leurs origines dans les déchirures du nouvel ordre mondial : la guerre économique sans merci des états de la planète ; l'incapacité à maîtriser la réalité du marché financier ; le chômage de masse ; l'exclusion des citoyens sans abri de toute participation à la vie démocratique des états ; l'aggravation de la dette qui affame et réduit au désespoir une grande part de l'humanité ; les guerres interethniques qui se multiplient, guidées par le fanatisme et les fantasmes de la communauté absolue ; les effets destructeurs des dictatures ; les pathologies de l'identité collective fondées sur l'idéalisation de la haine ; la violence naturalisée réduite à une simple gestion ; la cruauté ; le nettoyage ethnique, etc. Pour ces raisons, il est temps de faire de l'exil une catégorie politique de portée universelle et signifiante pour la modernité. Prendre en compte cette exigence permet de repenser les termes de la politique afin de sortir de la passion identitaire et de poser la seule question qui vaille : est-ce qu'on peut faire quelque chose et sous quelle forme ou est-ce qu'on ne peut rien ? L'objectif est d'esquisser une éthicosmopolitique qui se présente comme une politique de la condition humaine, un pari sur la capacité de chacun de répondre sans exception à la vulnérabilité d'autrui, un tout-autre-être-au-monde, une forme de vie qui nous lie les uns aux autres. L'enjeu est considérable. Penser politiquement l'exil, c'est chercher à comprendre ce que veut dire être-ensemble, être au monde, être sujet ; c'est ouvrir le monde à la totalité des possibilités qu'il contient.

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Lucien Jerphagnon, Jacqueline Lagrée, Daniel Delattre (dirs.) : Ainsi parlaient les Anciens. In honorem Jean-Paul Dumont

Presses Universitaires du Septentrion - Janvier 2017 - Travaux et recherches


Ainsi donc parlaient les anciens philosophes. Leurs paroles ne sont point perdues dans les vestiges de temples morts, d'Athènes, d'Ephèse ou de Rome: recueillies, transcrites, commentées, elles ont engendré d'autres paroles qui elles-même en ont nourri d'autres. Ainsi d'âge en âge aura-t-on puisé dans ce trésor de mots, venu de si loin, où les siècles à venir trouveront de quoi se faire l'idée d'un bonheur et d'une sagesse. De ce cercle de penseurs disparus, Jean-Paul Dumont connaissait tout, et mieux que personne: les premiers rôles et les comparses, les figures et les figurants. Il avait tout surpris, tout retenu de leurs conversations, de leurs empoignades, de leurs rognes et de leurs rires. Pour honorer sa mémoire et poursuivre ce dialogue ininterrompu avec les penseurs de l'aurore de la philosophie, vingt-trois de ses élèves, collègues et amis ont, à leur tour, voulu faire parler les Anciens, en particulier Platon et les philosophes du monde hellénistique. De Zénon d'Elée à Philodème, de Diogène de Babylone à Sextus Empiricus, de Platon à Saint Augustin, tous témoignent du bonheur du discours et de la fécondité d'une temps qui ne songeait pas à séparer la vie et la pensée. Outre une étude inédite sur "Le modèle parménidien de l'assimilation: pensée, sensation et vie", le volume comprend aussi la réédition de deux articles devenus introuvables de Jean-Paul Dumont "Diogène de Babylone et la preuve ontologique" et "L'âme et la main, signification du geste de Zénon", ainsi que la bibliographie complète de ses oeuvres.

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Abel Guillen (dir.) : Essais d'épistémologie pour la psychiatrie de demain

Erès - Janvier 2017


Ce livre propose d'explorer la question des savoirs en psychiatrie et leur possible appropriation par les psychiatres en formation et tous professionnels de la santé mentale.Comment le jeune psychiatre qui commence son cursus, peut-il se repérer dans les querelles théoriques, cliniques, épistémologique qui animent cette discipline ? Comment peut-il s'approprier l'histoire mouvementée de la psychiatrie ? Comment concilier un goût pour les sciences humaines et la nécessité d'une rigueur propre à l'approche statistique?? Comment croiser les apports nécessaires de l'antipsychiatrie et les bienfaits des institutions de soin?? Comment entendre le sujet au-delà de ses symptômes ? Des psychiatres et des philosophes expérimentés ont accepté de livrer leur approche des savoirs en psychiatrie et de faire ainsi œuvre de transmission auprès des jeunes générations.

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lundi 30 janvier 2017

Eric Hervieu : Histoire des ongles. Essai sur l'apparent et le manifeste

Editions L'Harmattan - Janvier 2017 - Collection : Acteurs de la Science


Les ongles font partie des productions apparentes et persistantes à la surface de la peau, que l'on regroupe sous le nom de « phanères », mot qui à l'origine signifie visible, évident, apparent, manifeste. 
Les ongles ont donné lieu à une symbolique tout aussi ancienne qu'abondante, que nous avons voulu suivre aussi bien dans les croyances populaires, dans le registre médical ou religieux, que chez certains auteurs et artistes - Kubin, Chardin, Poe, Mallarmé, etc. - afin de réunir différentes utilisations et ramifications du mot ongle. 
C'est précisément à partir de ces interprétations, et conjointement à elles, que se révèlent certains enjeux de la forme artistique — d'une peinture d'abord, d'un poème ensuite - et de ses rapports à l'extérieur, auteur ou public, puisque l'art lui-même est apparent et manifeste. Il ressort de cette fonctionnalité de la forme que celle-ci n'a d'autre fin que la pratique de quelque chose, spectrale, fantomatique, celle des apparitions, d'une épiphanie. 

Éric Hervieu, docteur en philosophie, est né en 1957 à Paris et enseigne actuellement dans le sud de la France. Il est auteur de romans et d'ouvrages d'études sur le XVIIè siècle.

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dimanche 29 janvier 2017

Jean-Clet Martin : Asservir par la dette

Max Milo - Janvier 2017


La dette est pointée comme une faute dont il est impossible d'éponger l'exigence sans frein. Elle se rembourse selon une soumission devenue infinie et une vision du travail totalement dérégulée. Les États sont progressivement démis de leur légitimité, soumis à une gouvernance aussi inhumaine que l'ont été les Régences à travers l'histoire. Dans cette suspension de l'État se déchaînent toutes les violences et toutes les usurpations pour réduire l'homme à un sujet sans droit, déchu de sa citoyenneté. 
Mais la fin de l'histoire n'est pas pour aujourd'hui...

Jean-Clet Martin est philosophe. Directeur de programme au "Collège International de Philosophie", il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'époque contemporaine.


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Ernst Bloch : Héritage de ce temps

Klincksieck - Janvier 2017 - Critique de la politique


L'écriture expressionniste d'Héritage de ce temps, composé sous forme de tableaux, de petites vignettes ne faisant jamais totalité mais qui se contentent de nous livrer des détails significatifs, "des prodiges de petits détails", le rend impossible à résumer. Il comporte une introduction, "La poussière", et trois parties : "Employés et distraction", "Non contemporanéité et environnement", "Grands bourgeois, objectivité et montage". Retenons par conséquent deux idées essentielles : Ernst Bloch propose dans cet ouvrage une thèse tout à fait nouvelle sur la pluralité des temps sociaux. Se tournant successivement vers différents groupes, il montre que certains d'entre eux, par exemple les paysans, vivent dans un décalage temporel par rapport au temps présent, ce qu'il appelle une "non-contemporanéité". Il apparaît alors que la société est composée d'une pluralité de temps en lutte pour constituer une temporalité dominante. "Tous ne sont pas présents dans le même temps présent". Il discerne également, derrière la raison instrumentale en rapport avec la technique moderne et qui triompherait avec le nazisme, une irrationalité, véritable tohu-bohu idéologique, nourri d'occultisme et d'archaïsme. Ces thèses sont à comparer avec celles du sociologue G Gurvicht sur la pluralité des temps sociaux, et avec celles de Neumann sur l'irrationalité nazie : ce dernier se refuse à parler à son sujet d'un Etat totalitaire dans la mesure où l'Etat reste une figure de la raison. Il préfère donc définir le nazisme comme un non-Etat.

Présentation et traduction de Jean Lacoste.

Ernst Bloch (1885-1977) a très tôt adhéré au socialisme et a fait campagne contre le militarisme prussien. En 1915, il part pour la Suisse où, pendant toute la guerre, il défend des positions anti-impérialistes. Rentré en Allemagne, il publie en 1918 L'Esprit de l'utopie, un des grands livres du marxisme non orthodoxe. En 1922, il publie sa thèse consacrée à Thomas Munzer. Il attaque de plus en plus violemment le nazisme et publie en 1935 L'Héritage de ce temps, ouvertement antinazi. Déchu de la nationalité allemande et exposé aux persécutions antisémites, il quitte l'Allemagne et part pour New York. A la fin de la guerre, il revient en Europe, en Allemagne de l'Est, et occupe la chaire Karl Marx à l'université de Leipzig. Il commence à faire paraître son opus magnum, Le Principe espérance (trois tomes, 1954-1959). D'abord salué par les autorités de la RDA, il est ensuite accusé de professer un marxisme hérétique et de "corrompre la jeunesse". En 1961, il quitte la RDA et achève sa carrière à l'université de Tübingen.

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Jean-Paul Curnier : La piraterie dans l'âme. Essai sur la démocratie

Nouvelles Editions Lignes - Janvier 2017


Démocratie et piraterie : pourquoi un tel rapprochement ? On aurait plutôt tendance à penser que la piraterie, monde des hors-la-loi, du crime et du pillage, est à l'exact opposé de la démocratie qui incarnerait, elle, le triomphe du droit. Que font donc ici, associés, les représentants respectifs de la morale et de l'immoralité ? On savait, depuis quelque temps déjà, et par les historiens, qu'au XVIIIe siècle, époque de son apogée aux îles Caraïbes, la piraterie se dotait d'une forme d'organisation assez exemplaire de ce que nous mettons sous le mot démocratie. Ce seul point méritait que l'on réfléchisse plus avant sur le sens d'un emprunt aussi inattendu. II fallait donc aller chercher plus loin la nature de cette association que dans la seule motivation des pirates : non plus du côté de la piraterie mais du côté de la démocratie cette fois-ci, de son histoire et de sa nature profonde. L'argument qu'avance ce livre procède d'un renversement complet de nos habitudes de penser. II tient en ceci : si la piraterie s'est faite si spontanément démocratique, c'est en réalité parce que c'est la démocratie qui a, en son essence, à voir avec la piraterie, avec la prédation et l'extorsion, et non l'inverse. C'est parce qu'elle a, en quelque sorte, la piraterie dans l'âme. Et cela, depuis ses origines jusqu'à nos jours.

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Bertrand Vergely : Traité de résistance pour le monde qui vient

Le Passeur - Janvier 2017



Bertrand Vergely propose une réflexion stimulante sur notre société qui mêle idéologie socialiste et consommation en poursuivant comme but une consommation qui pense bien et une bonne pensée qui consomme. Il s'appuie sur le texte retentissant de Vaclav Havel paru en 1978, Le pouvoir des sans pouvoirs, dans lequel ce dernier pressentait la fin du communisme mais aussi ce qui allait advenir : le post-totalitarisme qui nous gouverne aujourd'hui, ce mélange d'idéologie et de consommation apparu dans les années 80 avant la chute du mur de Berlin. 
Dans ce Traité de résistance à l'usage du monde d'aujourd'hui, Bertrand Vergely pose au lecteur trois questions fondamentales : qu'avons-nous fait de l'amour, prenant l'exemple emblématique du mariage pour tous ? Que faisons-nous de la société, c'est-à-dire sur quoi repose notre pacte social aujourd'hui ? Enfin, quelle est notre conception de l'Homme ? 
Pour le philosophe, la seule voie envisageable face à ce post-totalitarisme est de vivre pour la vérité, comme les poètes qui disent ce qui vient du plus profond d'eux-mêmes. Il défend avec ardeur un modèle de société dans lequel les gouvernements fondent leurs actions sur le vrai et non le pouvoir et l'argent.

Bertrand Vergely est philosophe. Il enseigne en classes préparatoires à Orléans, ainsi qu'à l'Institut Saint-Serge à Paris. Il est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages de philosophie générale et d'essais, parmi lesquels Petite Philosophie du bonheur (2002), Le Silence de Dieu (2006), Retour à l'émerveillement (2010), Deviens qui tu es (2014) et La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015). Il a également coécrit avec Marie de Hennezel Une vie pour se mettre au monde (2010).


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samedi 28 janvier 2017

Bjarne Melkevik : Introduction à la Philosophie du Droit

Buenos Books - Janvier 2017


Notre imagination peut nous faire emprunter d’innombrables chemins, mais ceux que nous fait emprunter la philosophie du droit ne sont dédiés qu’aux esprits ouverts, critiques et réfléchis. Ce livre s’inscrit comme une initiation à l’étude de la philosophie du droit, en tant que domaine de réflexion et des interrogations juridiques. Les principaux thèmes abordés porteront sur un droit qui se veut moderne et démocratique. Cependant, nous le verrons, c’est un droit pour lequel il faut s’engager et militer pour, in fine, assurer son développement et contrecarrer toute régression antijuridique. Il ne s’agit pas ici de défendre un « être » ou un « devoir-être » (deux ontologies) du droit, et encore moins d’envisager une conception idéaliste et métaphysique du droit. L’objectif qui est ici recherché est non seulement d’arriver à raisonner (iusphilosophiquement parlant) sur une question juridique, mais également de réfléchir à la « meilleure » façon de concevoir le droit et de le réaliser comme tel, d’une façon raisonnable, saine et démocratique. Loin de nous l’idée de défendre ou de soutenir philosophiquement une « représentation du droit » soit-elle unidimensionnelle ou pluridimensionnelle, factuelle ou « normative ». Ex adverso, nous préférons nous mettre à la portée des individus intéressés, pour lesquels nous œuvrons à mettre en place une compréhension plus claire du droit. Cela nécessite un perpétuel «contrôle de la réalité» qui s’impose impérativement et de plus en plus dans la philosophie du droit, face à une prolifération contemporaine d’idéologies (et de plus en plus d’idéologies réactionnaires, fumistes et contre-productives), prêtes à prendre d’assaut le domaine juridique pour imposer leurs philosophies de pacotilles.

Bjarne Melkevik, docteur ès droit de Paris II, est professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval (Québec). Il est auteur de Philosophie du droit 1 (2010) et 2 (2012), et Habermas, Légalité et Légitimité (2014). Chez Buenos Book International, il a publié Marxisme et philosophie du droit. Le cas Pasukanis (2010), Droit et l’agir communicationnel : Penser avec Habermas (2012) et Épistémologie juridique et déjà-droit (2015).

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Michel Juffé : Café Spinoza

Le bord de l'eau - Janvier 2017


Spinoza, né en 1632 et mort en 1677, n’a jamais été aussi vivant. Adulé par les uns, dénigré ou travesti par les autres, il reste mal connu. Pour le connaître mieux vaut l’aimer et pour cela devenir familier – sans chercher à le posséder. Considérer Spinoza comme un ami c’est converser avec lui, par exemple dans son atelier d’opticien. Atelier que nous imaginons devenir un café philosophique, où nous écoutons ses leçons, lui demandons son avis sur d’autres savants, passés ou futurs, sans souci d’anachronisme. Il y côtoie Épicure, Darwin, Nietzsche, Freud, Lévinas, quelques biologistes (Uexküll, Goldstein, Gould, Atlan). Il pense souvent à Descartes et à Hobbes. Il n’oublie pas, même s’il les rejette, les rabbins qui lui ont appris à lire et à écrire.
Ce livre, composé de douze épisodes, qui peuvent être lus chacun pour soi, a été conçu – et en bonne partie « testé » en groupe – pour aider le lecteur à entrer dans le cercle des amis de Spinoza.

Michel Juffé, philosophe, est l’auteur de Les fondements du lien social (PUF, 1995), La tragédie en héritage, de Freud à Sophocle (ESHEL, 1999), Expériences de la perte (direction d’un colloque de Cerisy, PUF, 2005), Sigmund Freud-Benedictus de Spinoza, Correspondance, 1676-1938 (Gallimard, 2016).

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Annie Hourcade : Le conseil dans la pensée antique. Les sophistes, Platon, Aristote

Hermann - Janvier 2017


Le conseil est un discours dont la finalité première n’est pas de transmettre un savoir, de dire le réel tel qu’il est, mais d’agir sur les âmes, par le biais de la persuasion, dans une visée avant tout pratique. En s’adressant à sa raison ou à ses affects, le conseil incite – ou dissuade – en effet celui qui l’écoute à agir ou à se comporter d’une certaine façon, dans son intérêt ou dans l’intérêt du groupe.
Une telle conception du discours, comme essentiellement tourné vers l’action, est susceptible de fournir un outil de compréhension privilégié pour aborder les pratiques et les orientations théoriques à l’œuvre dans le contexte ou dans le prolongement de l’émergence de la démocratie dans l’Athènes classique.
Dans cette perspective, le but de cette étude est triple : mettre en évidence les modalités de la naissance et de l’élaboration progressive du vocabulaire du conseil et de la délibération ; montrer que la problématique du conseil structure littéralement la réflexion de Platon et d’Aristote et éclaire d’un jour nouveau leur conception des rapports entre rhétorique, politique et philosophie ; souligner, enfin, qu’une réflexion sur l’activité de conseil et sur ce statut de conseiller que revendiquent sophistes, orateurs et philosophes, permet de mieux appréhender les différents aspects de leur inscription dans les pratiques politiques et éducatives de l’époque.

Annie Hourcade Sciou est maître de conférences habilité à diriger des recherches en histoire de la philosophie antique et en philosophie morale et politique à l'université de Rouen. Un de ses axes de recherche actuels est consacré à la problématique du conseil et de la délibération en histoire de la philosophie et à ses enjeux contemporains dans les domaines de la politique, de l'éducation et de l'éthique appliquée.

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