samedi 24 janvier 2015

Axel Honneth : Le droit de la liberté: Esquisse d'une éthicité démocratique

Gallimard - 22 janvier 2015 - Collection : NRF Essais


Avec cet ouvrage, Axel Honneth marque une étape décisive dans ce qu'il appelle «le parcours de la reconnaissance», c'est-à-dire l'appréhension de la société contemporaine comme mue par les luttes visant à la reconnaissance par autrui de la spécificité et de l'égale dignité de chaque individualité. Prônant une répartition équitable des libertés individuelles entre tous les membres de la société, il repense à nouveaux frais une théorie de la justice, qui, afin d'échapper à la simple proclamation de principes idéaux, allie impérativement analyse empirique et réflexion normative. Chaque sphère constitutive de notre société incarne institutionnellement un aspect déterminé de notre expérience de la liberté individuelle : l'idée une, moderne, de justice est donc fragmentée en autant de sphères institutionnalisées d'une promesse de liberté efficiente, selon leurs modalités propres. Sur la base de cette idée fondatrice, Axel Honneth se livre à l'une des entreprises les plus ambitieuses de la philosophie contemporaine : une «reconstruction normative» destinée à déterminer, à travers l'évolution historique de chacune de ces sphères sociales (les rapports personnels : amitié, relations intimes, famille ; l'économie de marché : marché et morale, consommation, marché du travail ; la formation de la volonté démocratique : vie publique démocratique, Etat de droit démocratique, culture politique), jusqu'à quel point les conceptions de la liberté qui y furent à chaque fois institutionnalisées (liberté juridique, liberté morale, liberté sociale) ont déjà atteint une concrétisation ou se sont heurtées à des pathologies qui leur sont propres. Une conscience claire des exigences à venir de la justice sociale n'est possible que si nous gardons le souvenir des revendications d'une liberté institutionnalisée qui sont demeurées jusqu'à aujourd'hui sans réponse. A cette fin, il y a nécessité, pour toute théorie de la justice digne de ce nom, d'une récapitulation des combats menés sur le terrain normatif de la modernité.

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mardi 20 janvier 2015

Frédérique Toudoire-Surlapierre : Colorado

Les Editions de Minuit - 15 janvier 2015 - Collection : Paradoxe


Ce livre n'est pas un guide sur le Colorado. C'est à une expédition dans les mots et les images des couleurs que nous vous invitons, voyage qui nous emmènera dans les continents européen et américain - de sorte qu'il sera tout de même question du Colorado. Plébiscitée par nos sociétés contemporaines, la couleur permet à chacun de sentir les vertus sociales, ethniques mais aussi artistiques de la diversité. D'une manière parfois abrupte, la couleur révèle la nature de nos relations aux autres et à nous-mêmes : les couleurs sont-elles juxtaposées, harmonieusement combinées ou se recouvrent-elles au contraire les unes les autres ? Sont-elles séparées ou mélangées ? Si la couleur nous fascine tant, c'est aussi parce qu'elle conforte l'un de nos fantasmes esthétiques les plus tenaces : la possibilité d'un mimétisme parfait de l'art. Dans un monde où tout est coloré, ou le devient, quel sens le noir et blanc de l'écriture peut-il bien prendre, quel rôle peut-il encore jouer ? S'accaparant les possibilités colorées de médias comme la peinture, le cinéma, ou encore la photographie, les mots se servent des couleurs, avec toute l'ambivalence de l'expression : ils en profitent, ils les modifient, parfois ils les abîment aussi. Parler de la couleur n'est jamais seulement métaphorique. La littérature n'évince pas la couleur, elle lui offre des lignes directrices, qu'elles soient fuite ou découverte, lui permettant de faire fi des frontières tant réelles qu'imaginaires. Se découvrent ainsi, au gré des oeuvres, des "lignes de couleurs" où se renégocient quelques-uns des tropismes de l'être humain.

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Simon Canat : La Loi du Désir et les Névroses

Les Contemporains favoris - Décembre 2014 - Collection Psy-Poucet


Alors que les médias ne font plus entendre que les mots simplificateurs de 'dépression' et de 'stress' comme s'ils résumaient à eux seuls l'ensemble des maux psychiques affectant l'homme moderne, alors que le lobby neuropharmacologique étend son hégémonie au moyen du fameux D.S.M. (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), seule la psychanalyse propose encore de chercher du sens derrière les affections psychologiques, faisant l'effort de les structurer dans une logique subjective et existentielle où le désir fait loi. Dans ce court exposé qui se veut avant tout pédagogique et accessible à tous, délibérément expurgé de tout jargon, Simon Canat reprend les fondamentaux de la psychanalyse freudienne et lacanienne autour du concept de névrose tout en nous présentant un tableau psychopathologique bien plus large (incluant notamment perversion et psychose). Qui ne se sentirait concerné par des questions telles que : Un père réel endosse-t-il toujours la fonction paternelle ? Toute existence repose-t-elle sur une identification imaginaire ? Comment s'articulent angoisse et symptôme ? Le pervers est-il un être narcissique ? Le délire est-il une tentative d'auto-guérison ? Etc.

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Sven Ortoli (dir.) : Les philosophes face au nazisme. Avant, pendant, après Auschwitz

Philo éditions (15 janvier 2015)


Qu'en pleine lumière, au vu et au su de tous ceux qui auraient voulu savoir, la patrie de Kant et de Nietzsche, de Hegel et de Husserl, ait pu bâtir la machine de mort nazie n'est sans doute plus un mystère pour les historiens mais pose encore des questions philosophiques qui n'ont pas trouvé toutes leurs réponses.   Quelles sont les sources intellectuelles du nazisme ? Qu'ont écrit et publié les philosophes contemporains de l'ascension et de la chute du Reich ? En quoi la philosophie de Heidegger est-elle, ou non, compromise ? Et comment philosopher après, sur, et malgré Auschwitz ?

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Denis Kambouchner : Descartes n'a pas dit. Un répertoire des fausses idées sur l'auteur du Discours de la méthode, avec les éléments utiles et une esquisse d'apologie

Les Belles Lettres - 15 janvier 2015 


Être cartésien : aucun sens ? 21 idées qui ont la vie dure, répertoriées avec impertinence et démontées avec méthode.
Aucun philosophe n'est plus connu que Descartes, et aucun n'est plus mal connu. Chacun croit savoir ce qu il a dit, et beaucoup se dispensent de le lire.
En vingt et un chapitres clairs et vifs, qui touchent aux différentes parties de l uvre (méthode, métaphysique, physique, morale), ce livre dresse un tableau des méprises les plus constantes et présente les textes de nature à les dissiper.
La raison cartésienne n est pas sèche et doctrinaire comme on l imagine : elle est exceptionnellement réfléchie et par là toujours exemplaire.

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Marie-Odile Goulet-Cazé : Cynisme et christianisme dans l'Antiquité

Vrin - 20 janvier 2015 - Collection : Textes et traditions


Le cynisme ancien critiquait les valeurs de la civilisation, remettait en cause les hiérarchies sociales, exigeait l’accord entre les actes et les paroles, enseignait le mépris des richesses et recommandait une ascèse radicale. Par là il offrait des points de contact idéologique avec le judaïsme et le christianisme des premiers siècles. Parmi les exégètes et les théologiens du Nouveau Testament, on trouve même des gens – les partisans de la « Cynic hypothesis » –, qui pensent que Jésus lui-même et ses compagnons auraient pu connaître en Galilée des cyniques et qu’en conséquence ils auraient pu être influencés de façon décisive par la morale et les comportements de ces prédicateurs itinérants. Ce caractère cynique du message originel de Jésus serait particulièrement manifeste dans ce qu’on appelle la « Source Q » des Évangiles synoptiques, dès lors qu’on la lit à la lumière des chries grecques, voire cyniques, et à travers la grille de la morale diogénienne. Afin de vérifier la validité de leurs arguments, il était nécessaire d’analyser à nouveaux frais la véritable nature du cynisme, loin des clichés et des a priori, et d’évaluer la portée des parallèles mis en avant par les tenants de la « Cynic hypothesis », en prenant en compte les objectifs visés par les textes et l’esprit qui les anime.
Dans les siècles qui suivirent, les chrétiens, partagés entre l’admiration pour l’ascétisme des premiers cyniques et la répulsion qu’ils éprouvaient à l’égard de l’impudeur et de l’athéisme des « Chiens » de leur époque, adoptèrent des attitudes diverses et parfois opposées, n’hésitant pas tantôt à faire appel à l’exemple des philosophes cyniques, tantôt à insulter et à calomnier ces gens épris de vaine gloire, qui représentaient à leurs yeux une affirmation de la volonté humaine diamétralement opposée à la soumission religieuse de la foi chrétienne. Aller le plus loin possible dans l’approfondissement des liens qui unirent la philosophie la plus dérangeante de l’Antiquité et la religion au message le plus révolutionnaire, sans forcer les textes et sans sacrifier à une quelconque idéologie, tel est l’enjeu de la présente étude.

Marie-Odile Goulet-Cazé est chercheur au CNRS. Elle a publié des études sur le cynisme, le stoïcisme et le néoplatonisme anciens

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Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa, Laurence Perbal : Encyclopedie du trans/posthumanisme. L'humain et ses préfixes

Vrin - 20 janvier 2015 - Collection : Pour demain


Les préfixes de l’humain sont nombreux (ab- in-, para-, pré-, post-, proto-, sub-, sur-, trans-humain…). Ils invitent à réfléchir à la nature, aux limites et aux transformations de l’être humain ainsi qu’aux réactions intellectuelles et émotionnelles suscitées. Le trans/posthumanisme concerne toutes les techniques matérielles d’augmentation ou d’amélioration (physique, cognitive, émotionnelle) de l’homme, une perspective volontiers située dans le prolongement de l’humanisme progressiste des Lumières. Mais l’homme « amélioré ou augmenté » – « transformé » – pourrait s’éloigner toujours davantage des conditions de l’homme naturel « cultivé » ordinaire. Le transhumanisme risque de verser, brutalement ou imperceptiblement, dans le posthumanisme, référant à des entités qui, bien que « descendant » de l’homme, seraient aussi étrangères à celui-ci que l’espèce humaine est éloignée des formes de vie paléontologiques. Le posthumanisme flirte avec le nihilisme et l’imagination apocalyptique.
Aux franges les plus audacieuses de la bioéthique, l’Encyclopédie n’écarte pas plus qu’elle ne focalise les questions éthiques. Elle englobe, sans les confondre, l’analyse conceptuelle, l’extrapolation technoscientifique et l’imagination spéculative. La première partie « Philosophie et éthique » est consacrée au débat philosophique relatif au trans/posthumanisme. Les entrées reflètent le vocabulaire conceptuel propre aux principaux auteurs trans/posthumanistes et à leurs critiques directs. La deuxième partie « Technoscience et médecine d’amélioration » parcourt les références actuelles aux sciences et aux techniques biomédicales inhérentes à la problématique transhumaniste. Elle distingue entre ce qui se fait, pourra probablement se faire ou relève du domaine de la projection spéculative et imaginaire.
La troisième partie « Techniques, arts et science-fiction » est centrée autour des échanges entre technosciences et créations artistiques, spécialement l’imaginaire de la science-fiction où les thèmes post/transhumanistes sont fortement représentés.

Ont collaboré à ce volume : S. Allouche, M. Andrin, B. Baertschi, J.-M. Besnier, G. Chapouthier, A. Cleeremans, P.-F. Daled,Ch. Den Tandt, É. De Pauw, G. Dine, L. Frippiat, J. Goffette, J.-Y. Goffi, D. Goldschmidt, M. Groenen, G. Hottois,C. Kermisch, D. Lambert, A. Mauron, J.-N. Missa, D. Neerdael, P. Nouvel, L. Perbal, M.-G. Pinsart, C. Pirson, J. Proust,I. Queval, S. Vranckx

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mercredi 14 janvier 2015

Pierre Rodrigo : Sur l'ontologie de Marx. Auto-production, travail aliéné et Capital

Vrin - Janvier 2015 - BHP


Interpréter le monde, transformer le monde. L’alternative est célèbre depuis les Thèses sur Feuerbach. Sa signification suscite pourtant les plus vifs débats, comme si l’ensemble des problèmes relatifs au statut du philosophique chez Marx se condensait dans l’énoncé laconique de la onzième Thèse, comme si le spectre de la philosophie et de la pensée abstraite n’en finissait décidément pas de hanter le(s) marxisme(s). On écarte ici la version exclusive de l’alternative, qui considère que c’est de deux choses l’une : ou l’on théorise comme l’ont toujours fait les philosophes, abstraitement, en reconduisant l’illusion de la primauté des représentations du réel par rapport à ce réel lui-même, ou l’on donne un fondement économico-historique concret à la réflexion en abandonnant le terrain de la spéculation – y compris dans sa variante dialectique (Hegel) – et celui de l’intuition sensible qui croit en être la réfutation (Feuerbach).
Il est certes vrai que Marx dénonce aussi bien la philosophie de Hegel que celle de Feuerbach, mais il est tout aussi vrai que, desManuscrits de 1844 jusqu’aux derniers textes du Capital, il a explicitement reconnu la « grandeur » de la conception du mouvement dialectique du réel chez Hegel, le « génie » d’Aristote en matière d’analyse formelle de l’échange marchand et de la monnaie, ou la profondeur de la « révolution théorique » accomplie par Feuerbach. La question à affronter est donc celle-ci : comment conciliait-il la dénonciation de « l’idéologie » philosophique avec l’hommage au génie, à la grandeur ou au sérieux de philosophes comme Aristote, Hegel et Feuerbach? C’est en suivant cette voie qu’on espère retrouver le principe de l’ontologie de Marx.

Pierre Rodrigo est professeur de philosophie à l’Université de Bourgogne. Il est membre, dans cette université du « Centre Georges Chevrier » (UMR 7366 C.N.R.S.), et membre associé des « Archives Husserl » de Paris.


Jean-Clet Martin : Le mal et autres passions obscures

Editions Kimé - 13 janvier 2015


Le mal n’est pas un sujet exclusivement moral pour dénoncer des comportements abusifs. Il est au cœur du théâtre, de l’opéra, du cinéma, de la littérature où il montre des figures ultimes, supérieures, qui ne vont pas sans vertus. Le mal est vécu comme l’intrusion démoniaque de forces qui ne sont pas reconnaissables, des forces qui échappent au quotidien et avec lesquelles il s’agira de composer sans disposer de règles. Autant de transgressions dont la philosophie a traité sous le nom de passion.
Le mal n’est pas simplement une mauvaise conduite réprouvée par une société aux valeurs relatives et changeantes. Il fait l’expérience d’une rencontre terrible, bouleversante, qui va au cœur des ténèbres, là où défaille notre propre limite, où s’éveillent angoisse et stupeur devant tout ce qui conteste notre pouvoir d’agir. Le mal dessine une frontière, une ligne d’affrontement pour celui qui va au bout de ce qu’il peut. Il y découvre des mondes impossibles à évaluer de manière empirique, placés hors de nos maximes étriquées. Il s’agira donc d’une approche ontologique, élaborée «par-delà le bien et le mal», loin de tout manichéisme.
Ce livre vaut ainsi comme une Critique de la raison pathétique s’ouvrant à des vertus prises forcément a priori ne disposant d’aucune règle antérieure. L’opinion ne permet pas d’en juger et le tribunal des mœurs ne saurait en mesurer la justesse. Se rencontrent ainsi des monstres et des terreurs dont l’imagination rend l’affrontement accessible par des recours au mythe ou encore à des personnages dont la grandeur dépasse toute interprétation moralisante comme le montre Flaubert mis en procès pour sa version d’Emma Bovary.

Jean-Clet Martin est philosophe et romancier, spécialiste de Deleuze, Derrida, Foucault. Il fut directeur de programme au “Collège international de philosophie” de 1998 à 2004.

lundi 12 janvier 2015

Isabelle Aubert : Habermas. Une théorie critique de la société

CNRS - Janvier 2015 - Collection : PHI.POL.HIS.


Habermas est un des philosophes contemporains vivants les plus célèbres. Cet héritier de l'Ecole de Francfort a participé aux grandes controverses du XXe siècle, celle opposant Adorno à Popper, mais aussi à la querelle des historiens allemands. L'oeuvre abondante d'Habermas croise morale, sociologie, politique et épistémologie. Isabelle Aubert en découvre la profonde unité dans l'intersubjectivité, cette notion que l'on trouve chez Fichte et Husserl mais qu'Habermas s'est efforcé de détourner. Il ne s'agit pas d'éliminer toute forme de subjectivité mais de déplacer la perspective sur le social en mettant au centre une notion qui appréhende la réalité de sujets situés et en relation. Ce modèle alternatif d'intelligibilité s'effectue sur le mode de la participation au dialogue, de l'échange de paroles et non selon le mode de l'observation entre un pôle de représentation et un environnement extérieur. Ainsi naît une nouvelle anthropologie sociale fonctionnelle, à l'écart du mouvement post-moderne.

Isabelle Aubert est maître de conférences en philosophie à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Ses recherches portent sur la théorie critique, le constitutionnalisme, la citoyenneté.

Connexions n°102 : Causalité, Déterminisme et Interprétation dans les Sciences Humaines

Erès - Janvier 2015


La vague ultralibérale, son utilitarisme et son allégeance à la normalisation hygiéniste, aux intérêts des multinationales pharmacologiques et des assurances a amené une régression des interrogations épistémologiques et éthiques dans le champ des sciences humaines et des pratiques cliniques. Entre les enfermements dogmatiques et les dérives œcuméniques, dans un monde où désormais tout se vaut et tout se vend, les théories de la pratique se juxtaposent, se superposent et se mélangent dans des boîtes à outils organisées par les logiques du profit et de l’efficacité immédiate. Dans une perspective d’élucidation des différents paradigmes, les auteurs travaillent à redéfinir une pensée de la complexité et les enjeux des nécessaires débats théoriques. Ils explorent les conceptions de la causalité et du déterminisme telles qu’elles se pensent, et se mettent en œuvre dans la clinique et la théorie. En interrogeant notamment les différents modèles présents dans les théories de l’inconscient, dans l’ensemble de ses configurations et de ses acceptions (psychique, sociologique, anthropologique, biologique, linguistique…), ils abordent la question de leur articulation, intrication et résonance, et les possibilités de transformation des pratiques qui pourraient en découler à partir de leur confrontation.



Corine Pelluchon : Les nourritures. Philosophie du corps politique

Seuil - Janvier 2015 - Collection : L'ordre philosophique


Ce livre constitue une tentative originale de construire une "phénoménologie des nourritures", en partant d'intuitions de Levinas sur les dimensions qui inscrivent l'existence individuelle dans un "vivre-de" : dépendances à l'égard du monde, des aliments, d'autrui, qui rompent avec toute image du sujet maître et autonome au profit d'une subjectivité toujours prise dans des relations. Cette philosophie du corps implique de réviser l'approche de "l'être-là" étrangement "désincarné" que l'on trouvait, notamment, chez Heidegger. C. Pelluchon entend tirer toutes les conséquences politiques de cette phénoménologie qui se développe ainsi en une philosophie de l'écologie. Mais cette écologie ne se cache pas d'être une construction politique et sociale, un "nouveau contrat social" qui revendique l'héritage des Lumières (Locke, Rousseau...). Le livre aborde aussi la question de la transformation de la démocratie dans un sens plus délibératif, capable de faire place à ces exigences de justice de long terme, envers les générations futures, les animaux, etc. L'ouvrage explore ainsi des phénomènes très peu abordés par la philosophie et qui affectent cependant la vie d'un grand nombre de personnes aujourd'hui : la faim, mais aussi la malnutrition, l'anorexie et la boulimie. D'autre part, il tranche avec une grande part de la pensée critique contemporaine en assumant une vision ouverte à la pluralité discursive et joyeuse, une apologie du goût et du plaisir de manger.

mercredi 7 janvier 2015

Thomas Boccon-Gibod : Autorité et démocratie. L'exercice du pouvoir dans les sociétés modernes

Institut Universitaire Varenne - Décembre 2014 - Collection : Thèses


Les rapports de la démocratie et de l'autorité suscitent généralement la perplexité, sinon l'inquiétude. Depuis les Révolutions modernes, nous sommes en effet accoutumés à ne concevoir la liberté que sous la forme de la résistance à l'oppression, et la notion d'autorité constitue dès lors un véritable angle mort de la pensée politique. Mais si l'on inscrit la liberté individuelle dans son contexte social, on peut comprendre la façon dont elle acquiert concrètement valeur et signification. La dynamique de l'autorité peut alors se laisser saisir dans son fonctionnement impersonnel et démocratique : celui d'une augmentation de chacun par tous. Par contrecoup, ce sont toutes les catégories politiques de la modernité qui sont à repenser, et en particulier, les notions de volonté individuelle, de nature humaine, d'État et d'institution. Confrontés aux modalités concrètes de leur exercice, les fondements allégués des sociétés occidentales peuvent ainsi être passés au crible des principes démocratiques de l'autorité : c'est alors de l'intérieur même de l'exercice du pouvoir, dans la manière dont il se trouve structuré et mis en oeuvre par les institutions gouvernementales, que l'on peut comprendre l'organisation de la vie commune, et distinguer de nouveaux chemins pour la liberté. 

samedi 3 janvier 2015

Panagiotis Christias : Platon et Paul au bord de l'abîme. Pour une politique katéchontique

Vrin - 7 décembre 201 - Collection : Tradition de la pensée classique


Quel ou qui est ce mystérieux katechon? Quelle force désigne ce terme capable de « retenir » la course vers l’abîme des sociétés humaines, au moins pour un certain temps ? Terme rare, présent chez Paul, et dont ce livre veut retracer l’histoire, et rechercher l’origine. Ainsi, Augustin avoue sa perplexité mais adhère à l’interprétation commune qui assimile le katechon au pouvoir politique de Rome, identification aussi bien erronée que dangereuse. Si le mystère est resté intact jusqu’à nos jours, la raison en est la séparation radicale entre la tradition logico-philosophique et la tradition théologico-religieuse. L’hypothèse proposée dans cet ouvrage avance que ce n’est au contraire qu’en rapprochant Paul de la tradition platonicienne et de Platon lui-même que lalogique katechontique, logique de l’évitement du plus grand mal, prend sens. De la logique katechontique à la logique constituante du corps politique, les leçons platoniciennes transparaissent dans les épîtres pauliniennes. Leo Strauss disait que pour comprendre la modernité occidentale, il faut être soit un philosophe ouvert à la théologie, soit un théologien ouvert à la philosophie. Le dialogue entre Paul et Platon est parmi les plus riches de la tradition occidentale, et ce serait une énorme perte que de s’interdire d’y voir plus clair sous prétexte que l’on ne doit pas mélanger les registres.

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Jean-François Melon (1675-1738) : Essai politique sur le commerce

Presses Universitaires de Caen - 12 décembre 2014 - Collection : Bibliothèque de philosophie politique et juridique


Les contemporains de Jean-François Melon (1675-1738), qui travailla avec John Law, ont reconnu l'importance de l'Essai politique sur le commerce, même si Voltaire lui a reproché son défaut de construction. Distinguant la finance de l'économie, l'auteur discute les textes et les pratiques des législateurs, des négociants, des théoriciens de la monnaie, des historiens, et ce sont autant d'expériences du politique. Après et avec les physiciens et les moralistes, il applique lui aussi une méthode expérimentale. En soutenant la thèse d'une dette publique qu'on ne rembourse pas et qui donne le mouvement à la machine sociale, il bouleverse la norme prétendue de l'équilibre entre les recettes et les dépenses d'un Etat. Une nouvelle épistémologie se découvre ainsi : elle ne se construit pas dans la conquête d'un territoire ou de l'autonomie d'une discipline, mais dans la recherche d'une compétence législative en matière de finance.

Préface de Francine Markovits

Xavier Verley : Le symbolique et le transcendantal

L'Harmattan - Décembre 2014 - L'ouverture philosophique



Ce livre part du différend qui a opposé Frege et Husserl à propos du psychologisme. Comment ces deux pensées tournées vers une réflexion sur l'arithmétique ont-elles pu parvenir à deux conceptions si différentes de la logique ? Il est apparu qu'il s'agissait d'évaluer l'idée de représentation qui est au coeur du problème. Ainsi, faut-il se (re)présenter pour penser ou y a-t-il la place pour une pensée symbolique et aveugle ?




Stéphane Vinolo : Alain Badiou. Vivre en immortel

Editions L'Harmattan - 18 décembre 2014 - Collection : Ouverture philosophique


A la différence de penseurs comme Deleuze ou Derrida, Alain Badiou est un philosophe classique, cherchant à apporter des réponses aux questions les plus anciennes de la philosophie. Toutefois, bien que classique, Badiou opère de nombreux déplacements conceptuels dont le plus important est que la philosophie n est plus au coeur du processus de production des vérités. Elle ne peut exister que sous procédure de quatre vérités : le philosophe est ainsi amant, militant politique, passionné de sciences et d art. Toute la pensée de Badiou nous enjoint donc à cesser d être des animaux humains pour devenir des Sujets, à ne plus vivre à l aune de nos seuls intérêts pour vivre pleinement.