lundi 16 mai 2016

Miguel Benasayag : Cerveau augmenté, homme diminué

La Découverte - Mai 2016


Le cerveau humain connaît, étudie, explique et comprend, au point qu'il en est arrivé à prendre comme objet d'étude... lui-même. Et les nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau ébranlent profondément nombre de croyances au fondement de la culture occidentale. Car les remarquables avancées des neurosciences rendent en effet désormais envisageable pour certains la perspective d'améliorer le cerveau et de supprimer ses faiblesses et ses " défauts " : le rêve d'un cerveau " parfait " semble à portée de la main. 
Cette vision conduit à considérer notre cerveau comme un ordinateur qu'il s'agirait d'optimiser en l'améliorant par divers outils pharmacologiques ou informatiques. À partir d'une vulgarisation très pédagogique de recherches récentes souvent très " pointues " en neurosciences, Miguel Benasayag montre ici, de façon fort convaincante, pourquoi ce nouvel idéalisme du " cerveau augmenté " est en réalité une illusion dangereuse : le monde qu'entendent préparer les transhumanistes et certains scientifiques risque fort d'être surtout habité par la folie et la maladie... 
Une thèse critique solidement argumentée, qui a commencé à faire son chemin dans le milieu des chercheurs les plus préoccupés par les apories et les failles de ce nouveau mythe du progrès.r

Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste, anime le collectif " Malgré tout ". Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont aux Éditions La Découverte dont, avec Angélique del Rey, professeure de philosophie,Connaître est agir (2006) et Éloge du conflit (2007) ; et avec Pierre-Henri Gouyon, Fabriquer le vivant. Ce que nous apprennent les sciences de la vie sur les défis de notre époque (2012). Dernière parution à La Découverte : Clinique du mal-être. La "psy" face aux nouvelles souffrances psychiques (2015).

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dimanche 15 mai 2016

Thierry Paquot : Géopoétique de l'eau, Hommage à Gaston Bachelard

Editions Etérotopia - Mai 2016


L’eau est indispensable au vivant (aux plantes comme aux animaux) et à l’humain. Chacun à en tête la photographie d’un champ aride, craquelé, sec, encombré de carcasses de bovins en décomposition... La sécheresse depuis des temps immémoriaux est considérée comme une calamité, la punition d’un Dieu mécontent ou un sinistre aussi grave que son contraire, l’inondation ! Si la quantité d’eau présente sur Terre ne varie guère d’une année à l’autre, elle est inégalement répartie, aussi certains territoires doivent effectuer un dessalement coûteux en énergie (solaire, éolienne...), tandis que d’autres pratiquent l’épuration et protègent l’aquifère. Au final, l’eau apparaît aux uns comme un enjeu et aux autres comme une ressource, dans les deux cas, elle fait l’objet de tensions géopolitiques et enrichie les multinationales qui la distribuent... C’est principalement l’agriculture productiviste qui surconsomme l’eau, les canons à eau arrosent les champs de maïs tandis que le lisier des cochons pollue les nappes phréatiques... L’industrie agro-alimentaire n’est pas en reste, chaque bien nécessite une certaine quantité d’« eau virtuelle », ainsi un kilo d’hamburger réclame en moyenne 16000 litres d’eau, un kilo de poulet 5700, un kilo de fromage 5000, de pain 1300... Pour le dire autrement, il faut de 400 à 2000 litres d’eau selon les régions pour récolter un kilo de blé ! Les entreprises de textiles, d’électronique, de métallurgie, etc., utilisent également beaucoup d’eau. Chaque année les organisations internationales dénombrent les sans eau (plus de 800 millions en 2015), la majorité résident en Afrique et sont victimes des maladies hydriques (choléra, diarrhées, légionellose). L’inégalité face à l’eau potable est flagrante. Si l’on considère que 20 litres par jour et par personne est un minimum, certains terriens ne disposent que d’un à deux litres tandis qu’un Américain « moyen » en consomme 500 litres (certains moins et d’autres plus pour laver leurs 4x4, remplir leur piscine et arroser leur pelouse dans les régions particulièrement chaudes de la Sun Belt), un Européen « moyen » environ 300 litres... L’eau appartient aux quatre éléments selon la culture occidentale, avec la terre, l’air et le feu. La culture orientale admet cinq éléments et ajoute le métal ou le bois. Les philosophes s’en sont préoccupés dès l’aurore de la pensée... Gaston Bachelard (1884-1962) a consacré plusieurs ouvrages à cette « imagination matérielle » des éléments, dont L’Eau et les rêves (José Corti, 1942) que nous relisons ici et situons dans l’ensemble de son œuvre afin de penser l’eau en ce début du XXI siècle où nombreux sont ceux qui la proclament « bien en commun ».

Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, ardent bachelardien et soucieux de la question environnementale (il est l’auteur du Petit Manifeste pour une écologie existentielle, Bourin-éditeur, 2007) examine philosophiquement la place de l’eau dans la vie des sociétés et des individus, mêlant informations chimique, économique, géographique, écologique à l’étude symbolique que réclame l’eau stagnante comme l’eau vive, l’eau douce comme l’eau de mer, l’eau de pluie comme l’eau du ruisseau et élabore ainsi une géopoétique de l’eau, garant de cet imaginaire singulier qui assure à chaque humain sa part d’humanité. Il a publié aux éditions Eterotopia France, Le voyage contre le tourisme (2014) avec une préface de Marc Augé.

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samedi 14 mai 2016

Georges Bataille : La limite de l'utile (Préface de Mathilde Girard)

Nouvelles Editions Lignes - Mai 2016


La Limite de l’utile, entre la « Notion de dépense » et La Part maudite, constitue l’un des jalons essentiels de l’œuvre « politique » de Bataille. Il est publié ici pour la première fois séparément.

« […] il est nécessaire à la vie de se tenir à hauteur de la mort », écrit Bataille dans La Limite de l’utile. Commandement où se lit certes l’influence persistante de Hegel sur lui et le projet d’une histoire universelle qui portera bientôt le titre de La Part maudite ; commandement que Bataille déshégélianise cependant aussitôt en apportant cette précision : « Une communauté ne peut durer qu’au degré d’intensité de la mort, elle se décompose dès qu’elle manque à la grandeur particulière au danger. »

Par quoi l’on voit que la question, dès lors, n’est pas pour lui qu’ontologique, mais sociologique aussi, et économique. Certainement, l’une des singularités les plus grandes de son génie se mesure-t-elle au fait d’avoir su, durant les mêmes années du début de la guerre, mener de front l’écriture de L’Expérience intérieure et du Coupable, livres d’une expérience authentiquement intérieure, et celle de La Limite de l’utile, où l’expérience qui est entreprise est celle de l’universalité des formes de l’histoire.

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Collectif : Penser avec Fukushima

Editions Cécile Defaut - Mai 2016


Le mot avec est écrit en italiques parce qu'il prend ici la place d'un autre qu'on attendrait, mais qu'on doit s'interdire d'écrire, du moins tant qu'on n'a pas réfléchi à ce qu'il signifie désormais?: après. L'ensemble d'événements rassemblés sous le nom de Fukushima n'a en effet pas achevé son déroulement, quoi que certaines voix intéressées essaient d'en dire, et c'est pourquoi après serait une erreur objective. Il n'y a pas, pour l'instant, d'après Fukushima, et au fond, l'alarme dont ce livre est aussi la traduction tient à ce détail sémantique d'importance majeure.Si la préposition après ne convient pas pour penser Fukushima, c'est qu'il n'y a pas d'«?après-Fukushima?», au sens où on pourrait passer à autre chose, «?dépasser?» Fukushima. Pourtant, il y a bel et un bien un monde – à décrire, à critiquer, mais aussi à construire et à accompagner – à partir de cette catastrophe et sous sa lumière. C'est ce que ces textes s'efforcent de mettre en place : venus d'horizons variés (littérature, philosophie, histoire de l'art, poésie, géographie), ils s'efforcent tous de penser après Fukushima si l'on veut, dans son ombre portée, contre Fukushima évidemment (dans ses effets mortifères), mais surtout avec Fukushima, c'est-à-dire en tenant compte de Fukushima, dans la proximité sans cesse renouvelée de ses problèmes et de ses ressources, de ses paysages et de ses habitants.

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Jean Salem : Lénine et la révolution

Encre Marine - Mai 2016


Concernant l'idée de révolution, six thèses principales paraissent ressortir d’un examen systématique des Œuvres complètes de V. I. Lénine.
1°/ La révolution est une guerre; et la politique est, de manière générale, comparable à l’art militaire.
2°/ Une révolution politique est aussi et surtout une révolution sociale, un changement dans la situation des classes en lesquelles la société se divise.
3°/ Une révolution est faite d’une série de batailles; c’est au parti d’avant-garde de fournir à chaque étape un mot d’ordre adapté à la situation objective; c’est à lui de reconnaître le moment opportun pour l’insurrection.
4°/ Les grands problèmes de la vie des peuples ne sont jamais tranchés que par la force.
5°/ Les révolutionnaires ne doivent ni ne peuvent renoncer à la lutte en faveur des réformes.
6°/ À l’ère des masses, la politique commence là où se trouvent des millions d’hommes, voire des dizaines de millions. Et les foyers de la révolution tendent à se déplacer vers les pays dominés.

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jeudi 12 mai 2016

Vanessa Oltra et Jean-Marie Harribey (dirs.) : Les lumières d'Adam Smith. La philosophie et l'économie en scène

Editions Le Bord de l'eau - Mai 2016 - Collection : L'économie encastrée


Rendre compte de la figure tutélaire d’Adam Smith par le théâtre ? Telle est la volonté de Vanessa Oltra qui, en écrivant et en montant la pièce Adam Smith, Le Grand Tour, nous montre que l’économie n’est, peut-être, qu’une grande pièce de théâtre et la loi du marché une fiction…
Cet ouvrage permet ainsi de réinterroger les fondements philosophiques du capitalisme et de revenir aux origines d’un discours économique omniprésent, empreint de dogme et de fatalisme.
Le texte de la pièce est commenté et analysé par sept auteurs universitaires, qui ont tous vu la pièce et, pour certains, participé à son élaboration et sa diffusion. Leurs contributions permettent d’entrer dans le sujet par différentes portes : l’analyse littéraire, l’histoire de la pensée, la philosophie et l’analyse économique. Cette exploration transdisciplinaire éclaire de manière inédite l’articulation complexe entre la nature humaine, la morale et l’économie politique.

Vanessa Oltra est maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux, Chargée de mission Culture, arts et sciences de l’université de Bordeaux et Auteure de théâtre.
Jean-Marie Harribey est agrégé de sciences économiques et sociales et fut maître de conférences d’économie à l’Université Bordeaux IV. Il est chroniqueur pour Politis et ancien pressent d’Attac (2006/2009). Il a publié, entre autres, Raconte-moi la crise (Le Bord de L’eau, 2009), Les Feuilles mortes du capitalisme (Le Bord de L’eau, 2012), La Richesse, la valeur et l’inestimable. Fondements d’une critique socio-écologique de l’économie capitaliste (Les Liens qui Libèrent, 2013).

Les autres contributeurs,

Laurie Bréban, Maître de conférences en économie, Laboratoire d’économie dionysien (L.E.D), Université Paris 8.
Jean Dellemotte, Maître de conférences en économie, PHARE, Université de Paris 1.
Gavin Kennedy, Professeur émérite, Heriot-Watt University, Edimbourg.
Claude Lacour, Professeur émérite d’économie, Université de Bordeaux.
Alexandre Péraud, Maître de conférences en littérature française, Université de Bordeaux Montaigne.
Arnaud Schmitt, Professeur en littérature et philosophie américaines, Université de Bordeaux.

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Patrice Guillamaud : La femme, l'esclave et le génie. Traité pour une réhabilitation philosophique des natures humaines

Editions Kimé - Mai 2016 - Philosophie en cours


Ce livre propose de penser ce qui ne l’a encore jamais été. Il étudie d’abord avec rigueur et précision la genèse philosophique de la théorie du genre. Il montre que, par-delà Beauvoir, Sartre, Foucault et Derrida, la théorie dont Judith Butler est la plus célèbre représentante plonge ses toutes premières racines chez Platon lui-même. Tout se passe comme si la confusion des natures était une menace à l’œuvre dès la naissance de la philosophie.
Contre cette menace originaire et contre l’opinion dominante de la modernité, il s’agit de comprendre de manière philosophique la profondeur morale et la vérité de la revendication grecque d’une pluralité des natures humaines intégrant la différence entre la féminité, l’esclavage et l’excellence. Dépassant cette conception ancienne, il s’agit notamment de comprendre ce que signifie la belle conception chrétienne de la féminité ainsi que ce que pourrait signifier la féminité comme nature suprême à savoir comme ce que Nietzsche appelait la sur-humanité. Il s’agit enfin ultimement de restaurer, en la comprenant de manière originale et nouvelle, la richesse de l’humanité. Il s’agit de restaurer, par-delà la nature du génie, la pluralité des essences humaines.

Patrice Guillamaud enseigne la philosophie en khâgne. Ses derniers livres aux Éditions Kimé sont L’Essence de la renonciation(2013) et Anti-Marion. Essai sur la barbarie universitaire et philosophique (2015), Le Cinéma et la renonciation, Éditions du Cerf, 2015.

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Parménide : De l'Etre (Traduit et commenté par Patrick Négrier)

Editions Kimé - Mai 2016 - Philosophie, épistémologie


En notre temps où le terrorisme meurtrit le monde, l’actualité du philosophe grec Parménide d’Elée (vers 542 – vers 449) tient à sa conception de l’être selon laquelle exister, c’est être maintenu à l’existence par la volonté car les choses n’existent qu’autant que les humains mûs par l’instinct de conservation les créent et ne les détruisent pas. Et comme l’existence ne peut être conservée que par la volonté de tous, Parménide a reconnu dans le culte de la déesse Athéna au temple une expression de la dimension politique de l’être. Témoin de la victoire actuelle mais toujours problématique de l’être sur toutes les formes d’anéantissement, et faisant de la conservation de l’existence une affaire de justice, il a dénoncé les formes de destruction que sont la guerre et l’adultère cause de divorce, et il a justifié le droit d’objection de conscience lié au droit d’asile. Enfin il a reconnu dans les destructions d’étants une conséquence de la sensualisation de la pensée irréfléchie, dénonçant ainsi dans l’hédonisme et dans ses effets nihilistes une expression de l’incurie pour le devoir-être.

Patrick Négrier, philosophe né en 1956, a traduit du grec deux courts traités ascétiques du moine philosophe Evagre du Pont (IVe siècle), établi l’édition de deux discours maçonniques de Maine de Biran, et publié avec une « Introduction » la première traduction française, par Henri Rochais, des Entretiens sur la franc-maçonnerie de J.G. Fichte.

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Didier Eribon : Principes d'une pensée critique

Fayard - Mai 2016 - Histoire de la Pensée


De Réflexions sur la question gay à Retour à Reims et à La Société comme verdict, Didier Eribon a placé au centre de son œuvre plusieurs thèmes essentiels : la formation du sujet, l’inconscient et l’auto-analyse ; le système scolaire, les classes et les identités sociales ; les catégories de la politique et les mouvements sociaux ; la tradition critique… Les essais qui composent ce volume explicitent et systématisent le projet situé au fondement de ces investigations : celui d’élaborer une théorie radicalement historique et sociale des subjectivités individuelles et des groupes, de la logique de la domination et de la résistance.
Mêlant références théoriques et littéraires, cet ouvrage affronte et déploie toutes les implications d’une pensée réellement sociologique et politique. Il renouvelle ainsi la réflexion sur un ensemble de questions qui sont au cœur du débat à l’échelle internationale et se proposant de définir les conditions d’une pensée critique.

Didier Eribon est philosophe et sociologue, professeur à l’université d’Amiens. Il est l’auteur de nombreux livres, parmi lesquels Réflexions sur la question gay (Fayard, 1999), Une morale du minoritaire (Fayard, 2001),Retour à Reims (Fayard, 2009) et La Société comme verdict (Fayard, 2013).

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Bernard Stiegler : Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ?

Les liens qui libèrent - Mai 2016


Dans la disruption, les organisations sociales se désintègrent. Or les individus psychiques ne peuvent pas vivre raisonnablement hors des processus d’individuation collective qui forment les systèmes sociaux. Il résulte de cet état de fait un désordre mental qui incline au délire de mille manières – sur un fond de désespoir où prolifèrent des types extraordinairement violents et meurtriers de folie. C’est ce dont la France découvre à présent la terrible réalité.
Ces sombres évolutions radicalisent les contradictions de l’Anthropocène, où ne cesse de s’aggraver le retard structurel des systèmes sociaux sur le système technique qui, en les désintégrant, désinhibe systémiquement les pulsions. Avec la réticulation numérique, le système technique qui s’est totalement planétarisé porte ainsi l’épreuve que Nietzsche annonçait sous le nom de nihilisme à son acmé.
La question de la folie est l’épreuve de l’hybris (ὕϐρις), qui est toujours elle-même la conséquence de la technicité des êtres non-inhumains, et dont la disruption, comme dernière période de l’Anthropocène, est la radicalisation.
Pour la première fois, le philosophe livre quelques éléments biographiques – notamment sur ses années d’incarcération pour braquage – pour alimenter son propos sur la prison comme vecteur de radicalisation et de haine.

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Guillaume Lejeune : Hegel anthropologue

CNRS Editions - Mai 2016


D'aucuns croient encore que Hegel serait un penseur perdu dans des abstractions logiques. Rien n'est moins vrai. Il s'inscrit dans la continuité de Kant et étudie à ce titre " ce que l'homme en tant qu'être de libre activité, fait ou peut et doit faire de lui-même ". Des sujets comme la folie, la mort et l'éducation sont au centre de la pensée du philosophe allemand et forment un ensemble cohérent concourant à caractériser l'homme comme une nature en conflit entre une particularité figée et un universel auquel il lui faudrait s'élever. Les réflexions anthropologiques de Hegel, loin de se réduire à la partie de son système portant ce nom, essaiment dans l'ensemble de sa pensée et contribuent à forger une réflexion audacieuse qui, partant de l'homme comme être du possible, s'attache à dégager les modalités de sa réalisation. En adoptant une perspective dynamique, la pensée de Hegel rencontre nombre d'enjeux contemporains. Elle permet notamment une autre approche des débats éthiques, et renouvelle notre questionnement sur les relations entre l'homme et la technique.

Guillaume Lejeune est chargé de recherches à l'Université de Liège. Ses travaux portent principalement sur l'idéalisme allemand et sur l'histoire de la philosophie moderne. Il a notamment publié La question de la logique dans l'idéalisme allemand (2013) et Sens et Usage du langage chez Hegel (2014).

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lundi 9 mai 2016

Cédric Chandelier : Science et liberté. Crise de la conscience et transformation de la science au tournant du XXème siècle

Hermann - Avril 2016


Une synthèse paradoxale s’opère en France, au tournant du XXe siècle, entre les notions de liberté et deconvention, de création et d’accord. En partant de la tension critique qui accompagne l’introduction du concept poincaréen de convention en mathématiques et en physique, Cédric Chandelier montre comment se forme un nouveau positivisme. La crise de la conscience née des transformations de la science a le caractère structurel d’un état qui se prolonge à travers la philosophie bachelardienne, et jusqu’à la récente tentative de conciliation entre l’épistémologie historique et la tradition analytique. La thèse défendue est que le positivisme a survécu à sa remise en cause au nom de la liberté. En revenant aux origines du conventionnalisme, l’auteur soutient qu’il est cependant possible de mesurer la dimension cosmique de l’action réflexive de la conscience.

Cédric Chandelier, après avoir réalisé une thèse à l’université Paul Valéry-Montpellier III sur l’émergence de l’épistémologie en France au tournant du XXe siècle, a effectué des travaux postdoctorat à l’Institut du Cercle de Vienne sur les conséquences philosophiques de la révolution einsteinienne.

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Pierre Cassou-Noguès : Métaphysique d'un bord de mer

Cerf - Mai 2016 - Passages


Comment s’est inventé le bord de mer ? Avec quelles figures historiques, quels rituels sociaux, quelle littérature ? Quel est le sens de cette construction ? Et comment la décrire ? Car les concepts usuels de la métaphysique sont essentiellement terrestres et sont inadéquats pour traduire le mouvant, le fluctuant, le sans sol. Il faut les y faire jouer à contre-emploi ou les détourner pour les rattacher à ce milieu particulier qu’est la plage. Aussi le bord de mer semble appeler une autre métaphysique, qui reste à élaborer. Un livre polyphonique, construit par fragments, où chacun peut entrer comme il veut, à la saison de son choix, en fonction de son humeur ou de ses goûts, comme on peut passer un week-end à la mer en hiver, ou y rester tout un mois l’été. S’entrecroisent des récits, des scènes de plage, des souvenirs d’enfance ou le portrait de personnages singuliers, avec l’analyse de textes littéraires et des réflexions proprement philosophiques sur les concepts et le statut de la métaphysique.
Ces fragments s’organisent en une chronique retraçant une année au bord de la mer. Une histoire des bords de mer, ou comment un territoire du vide est devenu un petit paradis. Une autre manière de faire de la philosophie.

Écrivain, philosophe, Pierre Cassou-Noguès est professeur à l’université Paris 8. Ses travaux portent sur les rapports entre raison et imaginaire. Il a notamment publié Les démons de Gödel (2012), Mon zombie et moi. La philosophie comme fiction (2010), La mélodie du tic-tac et autres bonnes raisons de perdre son temps (2013).

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dimanche 8 mai 2016

Fethi Benslama : Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman

Seuil - Mai 2016 - Débats


Fethi Benslama propose dans ce livre de penser les diverses formes de radicalisation au nom de l'islam, à partir de l'émergence et de la diffusion au XXe siècle d'un impératif inconscient aux effets redoutables, celui de devenir surmusulman. Du fondamentalisme supposé pacifique au djihadisme, cet impératif lie la fidélité et la dignité du musulman à des conduites où il faut être encore et encore plus musulman, au prix d'un harcèlement moral vis-à-vis de soi-même, et d'une cruauté à l'égard d'autrui. Si l'une des significations majeures du vocable " musulman " est d'être l'" humble ", il s'agit au contraire ici de manifester sa puissance et son invincibilité en tant que musulman. Cela se traduit par des démonstrations visibles : stigmate sur le front, prière dans la rue, marquages corporels et vestimentaire, qui vont avec l'accroissement des prescriptions témoignant de la proximité avec Allah, évoqué à tout bout de champ. Les " surmusulmans " deviennent les bouches ouvertes de Dieu dans le monde, crachant leur haine de ceux qui n'ont pas la même croyance de fer que la leur. L'expression " Allahou Akbar " qui, normalement, devrait témoigner pour celui qui la prononce de sa petitesse apaisante, devient pour les djihadistes la manifestation furieuse de tout pouvoir faire, y compris en égorgeant. " Surmusulman " désigne donc le renversement de l'humilité en arrogance, en une supériorité qui peut aller jusqu'à mépriser la vie et faire l'apologie de la mort.

Fethi Benslama est psychanalyste, professeur de psychopathologie et doyen de l'UFR d'Etudes psychanalytiques à l'université Paris-Diderot. Il a notamment publié La Psychanalyse à l'épreuve de l'islam (Flammarion, 2004), Déclaration d'insoumission. A l'usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2011) et La Guerre des subjectivités en Islam (Nouvelles éditions Lignes, 2014).

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vendredi 6 mai 2016

François Charbonneau (dir.) : L'exil et l'errance. Le travail de la pensée entre enracinement et cosmopolitisme

Liber - Mai 2016



La naissance de la philosophie s'accompagne d'un refus énigmatique, celui de l'exil. Persécuté par Athènes, Socrate choisira de se donner la mort plutôt que de vivre les dernières années de sa vie à errer hors de ses murs. Par ce refus qui résonne par-delà les siècles jusqu'à nous, Socrate nous oblige à réfléchir à ce lien intime entre l'individu et sa communauté d'origine. Dans l'histoire de la vie de l'esprit, tous ne feront pas le même choix. Plusieurs, écrivains, poètes, philosophes, préféreront la vie ailleurs à la persécution ou à la mort certaine. Comment l'exil ou les longues périodes d'errance ont-ils influencé ceux qui en ont fait l'expérience ? Leur témoignage nous permet-il de penser les défis particuliers de notre époque ? De manière plus précise, est-ce que la pensée des auteurs qui ont vécu l'exil est de nature à nous inciter à célébrer davantage les vertus de l'enracinement ou au contraire nous convie-t-elle à souhaiter qu'advienne encore plus rapidement un monde cosmopolite ? À l'heure où les enjeux migratoires deviennent de plus en plus pressants et où est remise en question de multiples manières la pertinence des frontières, la pensée de ceux qui ont connu l'exil doit éclairer notre réflexion.

TABLE DES MATIERES : 1. « L’homme sans monde » ou le triple exil de Günther Anders - 2. Hannah Arendt, à la recherche du monde commun - 3. Castoriadis : la défense de l’autonomie - 4. Le chardon des steppes : errances et exil dans l’œuvre de Léon Chestov - 5. Cioran – quatre exils et un enterrement - 6. Crémazie, un romantisme « sain » ? - 7. Le cosmopolitisme de Jacques Derrida et ses ombres : un idéal fragile ? - 8. Frantz Fanon, figure du dépassement - 9. Benjamin Fondane et l’exil - 10. Victor Hugo : « Ex-il ». Sur un dessin qui dit tout - 11. Éthique sous tension. Le difficile équilibre des exils chez Emmanuel Levinas - 12. Les exils de Karl Löwith - 13. Joseph de Maistre. L’exil de l’écrivain - 14. L’Allemagne en Amérique. Le Docteur Faustus : un roman de l’exil - 15. Nietzsche ou les métamorphoses de l’exil - 16. Edward W. Said, de l’exil réel à l’exil métaphorique - 17. Leo Strauss et la loyauté des infidèles - 18. Les exils de Trotsky...

François Charbonneau est professeur à l'École d'études politiques et directeur de recherche au Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (Université d'Ottawa au Canada).

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Annie Ibrahim : Le Vocabulaire de Diderot

Ellipses Marketing - Mai 2016 - Le vocabulaire de


Ce philosophe qui refuse d’être désigné comme l’auteur d’un livre a laissé une prolifération de textes éclectiques, dont le Vocabulaire des vocabulaires, la grande Encyclopédie ! L’effet de ce paradoxe est l’entrée en philosophie d’un vocabulaire traditionnel dont l’usage est décentré et désorienté, auquel s’entremêle un vocabulaire iconoclaste, importé, qui n’y eut jamais droit de cité. Les partisans de la rigueur du concept ne s’y sont pas trompés : inutile d’organiser la défense de Diderot par une vaine plaidoirie au tribunal de la Raison. Il s’agit d’entrer avec lui dans une écriture et un vocabulaire susceptibles d’« exprimer » par une prolifération de genres littéraires et rhétoriques la prolifération des formes de l’énergie de la « molécule ». Approuver la décision matérialiste de sa philosophie pour un naturalisme aléatoire, c’est s’engager à « voir la chose », se rendre aveugle au vocabulaire du concept et à l’ordre du système, pour éprouver, avec l’aveugle de la Lettre cette autre cohérence du vocabulaire philosophique où les idées sont « moulées » par les sensations.

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Christian Ferrié : La politique de Kant. Un réformisme révolutionnaire

Payot - Mai 2016 - Critique de la politique


Kant, penseur de la démocratie participative ? La pensée politique moderne a admis la dichotomie entre la réforme, entreprise par le souverain, et la révolution, accomplie par le peuple. Kant est réformiste. Toutefois, sa sympathie pour la Révolution française l'amène à élaborer une politique pragmatique. Animé par un esprit révolutionnaire, le réformisme kantien entend réussir le processus politique de la républicanisation par le moyen de la réforme, tout en rendant justice à la nécessité du processus naturel de la révolution qui réagit à l'oppression de la liberté.

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Bénédicte Boudou : Montaigne et les animaux

Editions Léo Scheer - Mai 2016


« On a tous entendu parler de la théorie cartésienne de l’animal-machine. On sait moins que cette théorie a largement riposté à la bienveillance envers l’animal préconisée par certains penseurs de la Renaissance, Montaigne en particulier. L’intérêt de Montaigne pour l’animal est philosophique : il conteste l’arrogance de l’homme à s’estimer maître de la nature, et opère un renversement de perspectives. Il invente une pensée de l’animal regardant l’homme. À une vision verticale, Montaigne substitue une relation horizontale entre les hommes et les bêtes, faite de solidarités réciproques. Les animaux ne rappellent-ils pas aux hommes le respect de la nature ? La réflexion de Montaigne le conduit encore à réhabiliter le rôle de la sensibilité dans la compréhension du monde. Ne serait-ce que pour cette raison, les Essais méritaient bien un nouveau regard. »

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