jeudi 10 juin 2010

Langage et image dans l'oeuvre de Platon

Fulcran Teisserenc



Parution : mai 2010
Editeur : Vrin
Collection : Tradition de la pensée classique
Prix : 32 €

Comment rendre compte du langage et de ses effets, qu’ils soient de vérité ou d’illusion ? Comment décrire les puissances de l’image, qu’elles soient ouverture vers un ailleurs ou idole masquant le vrai ? Ces deux questions, Platon les pose de façon solidaire, comme en surplomb de ces partages consacrés par la tradition qui opposent sans plus de précaution le sensible à l’intelligible, les figures poétiques au discours rationnel, les artifices mimétiques du sophiste à la rectitude linguistique du philosophe. Le présent ouvrage s’attache à défaire ces simplifications et à renouer le fil que suit Platon quand il se sert de l’image pour penser le langage et du langage pour penser l’image. Si, tour à tour, un des deux termes forme le paradigme de l’autre, on s’est efforcé de montrer qu’il s’agissait à chaque fois d’un paradigme ambigu, signalant autant la proximité que l’écart. La proximité, quand les mots se lient au monde selon un rapport de ressemblance ou de correspondance, chaque version de ce lien spéculaire étant antagoniste de l’autre. Paradigme qui revêt enfin une fonction ironique, peut-être aporétique, à considérer du moins son application au discours même de Platon dont il éclaire la modalité expressive et l’articulation en différents niveaux – noétique, physique, politique –, tout en permettant d’affronter l’étonnant paradoxe d’une dialectique sans images présentée avec force métaphores.

Canguilhem et la vie humaine

Guillaume Le Blanc



Parution : mai 2010
Editeur : PUF
Collection : Essais, débats
Prix : 14 €

Ce livre peut être lu comme une réflexion sur le statut de l'anthropologie. Souvent, l'analyse des actes humains se tourne vers l'investigation de formes symboliques et culturelles, largement dépouillées de tout ancrage naturel. Mais on peut adopter une autre démarche, dans la tradition inaugurée par Auguste Comte. On attribue alors au concept de vie un rôle majeur, et c'est en fonction des phénomènes organiques que les phénomènes humains sont appréhendés. Il s'ensuit une véritable réforme de l'anthropologie. Celle-ci a pour condition une philosophie biologique et médicale qui fait apparaître la vie comme puissance d'individualisation et production de normes. Elle trouve son accomplissement dans une théorie de l'innovation sociale.
Telle se présente la philosophie de la vie de Georges Canguilhem qui va du vital au social. Le centre de gravité de l'anthropologie se déplace d'une analyse linguistique ou artificialiste des faits sociaux vers une compréhension des types d'activité produits dans la vie. Une invitation à repenser les bases philosophiques de toutes les sciences humaines.

Variations sur le sublime et le soi

Marc Richir



Parution : mai 2010
Editeur : J. Millon
Collection : Krisis
Prix : 25 €

Variations sur le sublime et le soi. Variations parce qu'elles traitent de la même question, l'articulation du «moment» du sublime et de la naissance du soi en contact avec soi, en prenant différents points d'entrée qui impliquent autant de cheminements, faits d'allers et de retours, et où l'accent est mis ici où là dans l'ensemble problématique lui-même. Sur le sublime et le soi, parce que l'on ne peut, sous peine de circularité, présupposer le soi comme toujours déjà constitué en tant qu'être, et parce que la seule origine possible, en stricte phénoménologie, est le «moment» du sublime, surgissement de l'incommensurable, comme passage de l'animal à l'homme, de l'être tout entier pris dans sa vie et ses expériences, à l'être qui énigmatiquement, n'y adhère jamais complètement, vit d'un écart à soi qui n'est primitivement ni différence temporelle ni distance spatiale.

Ainsi sont proposées, dans ces variations, des esquisses de la genèse transcendantale et archaïque de ce soi lui-même archaïque qui, tout à la fois, nous singularise dans notre «facticité» et palpite sourdement dans nos profondeurs - genèse qui ne peut être confondue avec le développement, lequel relève en lui-même du physico-physiologique. Une part importante de l'énigme du fait humain réside dans la discordance, déjà relevée par Freud, entre l'une et l'autre. Et c'est là qu'il y a aussi du jeu pour la phénoménologie.

On sera peut-être surpris, dans la «base époque» où nous sommes forcés de vivre et où tout paraît s'effondrer, que nous accordions une telle place au sublime, qui fait signe vers la transcendance aujourd'hui abhorrée parce que confondue avec une limitation insupportable de la liberté, quand elle n'est pas très stupidement représentée par le spectaculaire. Il s'agit ici de quelque chose de beaucoup plus intime, au point d'être radicalement infigurable, et qui ouvre aux questions de sens, dont il n'en est aucune, si nous voulons être sincères avec nous-mêmes, qui puisse trouver de réponse propre à nous satisfaire. Toute réponse, aussi raffinée soit-elle, pose à son tour des questions de plus en plus éloignées de nos pouvoirs d'énonciation et d'interrogation.

L'odyssée d'Adorno et Horkheimer

Frédéric Coché



Parution : mai 2010
Editeur : Ollendorff & Desseins
Collection : Le sens figuré
Prix : 24 €

Cette lecture illustrée de l'Odyssée d'Homère nous introduit aux thèses de la Dialectique de la Raison de Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, une des oeuvres maîtresses de l'école dite de " Francfort ", écrite entre 1941 et 1944 au moment où la civilisation basculait dans le gouffre. Les deux auteurs y démontraient comme la raison occidentale fondatrice de la société européenne est viciée en son essence : une terreur originelle la motive. Sa relation à la Nature est pensée dans les termes antagonistes du tuer ou mourir. La fameuse raison des Lumières perpétue finalement la violence et les réflexes irrationnels qu'elle prétendait vouloir éliminer, elle contient son contraire, elle est d'essence dialectique. Pour illustrer leur propos, Adorno et Horkheimer sont remontés jusqu'à l'Ulysse d'Homère qu'ils présentent comme le passeur de la pensée mythique - qui pactise encore avec les forces naturelles - à la pensée rationnelle, qui est une stratégie, une ruse en vue de dominer celles-ci. Il incarne à la fois une victime ballottée par les éléments et un bourreau, le porteur d'un espoir - en grande partie déçu - d'émancipation et l'ancêtre du bourgeois qui défend à tout prix ses intérêts contre ceux des autres. Ce livre, illustré en eaux-fortes avec un anachronisme assumé, commente l'Odyssée depuis les jalons posés par les penseurs allemands. Il nous dévoile ainsi la geste sanglante de la naissance de la rationalité européenne.

La mère & le philosophe

Jean-Louis Cianni



Parution : mai 2010
Editeur : Le Bord de l'eau, Latresne (Gironde)
Collection : Clair & net
Prix : 20 €

Cet essai explore les relations méconnues des philosophes avec leurs mères. Il décèle les effets de ces relations sur le mode de pensée, les thèmes de réflexion, la tonalité affective d’une philosophie. A l’écart de la psychologie, il suit le fil reliant la biographie à l’oeuvre, l’intime à l’universel. De Socrate à Simone de Beauvoir, dix gestations philosophiques sont développées, dans une suite à la fois chronologique et répétitive. Dix parce que penser prend du temps et que sans être un éléphant, le philosophe a de toute évidence besoin pour se former d’un cycle plus long que l’homme ordinaire…
Cette généalogie, qui se veut récréative, rend sans doute les philosophes plus humains et la philosophie plus proche de la vie. Elle éclaire aussi la fonction maternante de la discipline et les vertus de son exercice : la possibilité d’une réinvention du sujet à la source même de sa pensée. A une époque qui cherche à étouffer dans l’oeuf tout ce qui pense, une telle renaissance prend valeur de résistance.

Le temps de la multitude

Vittorio Morfino



Parution : mai 2010
Editeur : Amsterdam
Collection : Caute !
Prix : 25 €

La notion d’immanence telle qu’elle a été développée par Spinoza, en tant que négation radicale de l’origine, peut à bon droit être considérée comme l’un des concepts pivots de la modernité. Vittorio Morfino tente dans cet ouvrage de retracer les contours d’une généalogie de la notion d’immanence chez Spinoza, ainsi que sa postérité, c’est-à-dire les interprétations, les déplacements ¬– et les neutralisations – dont cette notion a fait l’objet dans l’histoire de la philosophie.

S’appuyant sur Aristote, Lucrèce, Augustin, Machiavel, Descartes, Leibniz, Hegel, Engels, Darwin, Husserl, Heidegger ou encore Simondon, et se fondant tout particulièrement sur la nouvelle lecture de Spinoza qu’autorise le concept de « matérialisme aléatoire » théorisé par Louis Althusser, Vittorio Morfino interroge les conséquences systémiques qu’eut l’« invention de l’immanence » sur l’épistémologie, l’éthique, la métaphysique et la politique, et, ce faisant, met au jour la manière dont les définitions de la causalité, de la temporalité, du rapport, de la forme ou encore de la contingence sont devenues l’enjeu d’un affrontement philosophique majeur entre deux conceptions de l’immanence : celle de Spinoza et celle déployée dans une certaine tradition allemande qui court de Leibniz à Husserl, puis de Hegel à Heidegger.

Conscience et finitude : l'hypothèse de la surfinitude

Jean-Louis Chédin



Parution : mai 2010
Editeur : Hermann
Collection : Philosophie
Prix : 25 €

L'analyse de la relation fini - infini, tiraillée entre primauté absolue de l'infini (dans le schéma classique) et celle du fini, propre à la vision contemporaine de la «finitude radicale», appelle un véritable renouvellement. Un troisième terme, au point de blocage où l'on est parvenu, est philosophiquement nécessaire et concevable.

La «surfinitude», il s'agit d'elle, doit procéder d'un système actif de double finitude : celle des éléments constituants et celle du tout constitué dans le système... Dédoublement relatif, qui permet le premier recul «conscienciel» de la finitude par rapport à elle-même et par opposition à un infini. Il permet dès lors de penser, sur des bases nouvelles, l'effet générateur de représentation (et de conscience), qu'une évolution déterminée peut entraîner au sein même de la finitude.

(Ceci à l'écart de l'alternative ancienne et nouvelle, entre dualisme et matérialisme ou néo-matérialisme, dès qu'il s'agit de conscience et de représentation.)

Les avatars du vide : Démocrite et les fondements de l'atomisme

Heinz Wismann



Parution : mai 2010
Editeur : Hermann
Collection : Le Bel aujourd'hui
Prix : 28 €

Démocrite n'est pas un matérialiste au sens ordinaire : ses atomes ne sont pas des corps. Les trois études ici réunies offrent leurs éclairages croisés pour réfuter cette idée reçue, vieille de deux mille ans. Et la tradition ainsi forgée perdure aujourd'hui, aveugle au fait que les atomistes - Démocrite et Leucippe - n'avaient nullement en tête des corpuscules ou des molécules préfigurant Dalton et l'atomisme du XIXe siècle. La théorie platonicienne des idées a d'emblée refusé la concurrence insupportable avec l'identification des atomes à des «idées». D'où l'impressionnant silence de Platon à l'égard de Démocrite.

Plus visiblement polémique, Aristote a ensuite systématiquement retraduit les concepts démocritéens en les privant tous de leur sens dynamique : cette traduction est allée de pair avec une interprétation qui voulait faire de Démocrite un adversaire aisément réfutable.

Or, malgré l'état déficient des sources - aucun ouvrage de Démocrite ne nous est parvenu -, l'auteur mène une enquête extrêmement précise, à la fois philologique et philosophique, et parvient à reconstituer ce que la réception a voulu étouffer ou fausser à travers les citations dont elle usait. Au terme de sa lecture insistante, l'auteur révèle l'atomisme antique sous un jour très différent, mais d'autant plus proche de nos spéculations contemporaines.

mercredi 9 juin 2010

Études sur le Commentaire de Proclus au premier livre des Éléments d’Euclide

Alain Lernould (éd.)



Parution : 2010
Edition : Septentrion
Collection : philosophie ancienne
Prix : 23 €

Le Commentaire de Proclus (Ve s. apr. J.-C.) au premier livre des Éléments d’Euclide est un texte fondamental pour l’étude de la philosophie néoplatonicienne des mathématiques et pour celle de la réception du Néoplatonisme à la Renaissance et à l’Âge classique. Pourtant la philosophie des mathématiques du Néoplatonisme tardif en général, et le Commentaire sur Euclide de Proclus en particulier, constituent des objets d’études encore insuffisamment explorés (notamment en France, comme en témoigne l’absence d’une traduction française récente de ce Commentaire, la dernière étant celle de P. Ver Eecke, qui remonte à 1948). Depuis l’essai pionnier de N. Hartmann (publié en 1909 par H. Cohen et P. Natorp) des travaux importants, en particulier ceux de S. Breton, d’A. Charles-Saget, et de D. O’Meara, ont fait progresser notre connaissance de cet ouvrage.

Mais le Commentaire sur Euclide de Proclus attendait encore d’être étudié en lui-même, d’une manière compréhensive, qui rende compte non seulement de sa dimension philosophique, mais aussi de ses dimensions religieuse, pédagogique, rhétorique, épistémologique et scientifique. Le présent volume, qui réunit des contributions d’historiens des sciences et d’historiens de la philosophie ancienne, venus de France et de l’étranger (Italie, Suisse, Israël, Canada et États-Unis), répond à cette attente.

Philosophie du rock

Roger Pouivet



Parution : mai 2010
Edition : PUF
Collection "L'Interrogation philosophique"
Prix : 23 €

Les sciences humaines étudient le rock comme un nouveau genre musical dont l’explication devrait être sociologique. Elles nous parlent de jeunes révoltés écoutant Jimi Hendrix à Woodstock ou de l’antiracisme des fans de U2 elles décrivent l’ambiance « sex, drugs and rock’n roll » des grands concerts. Ce livre est très différent. Il ne relève ni de la critique musicale ni de la sociologie de l’art. Il porte sur la nature des œuvres musicales rock. Elles sont constituées par des enregistrements et faites en studio pour une diffusion de masse. — Quoi, le rock n’est pas avant tout une musique live ? — Non. Car l’œuvre musicale rock est essentiellement une certaine sorte d’artefact, un enregistrement, conçu pour être aisément disponible, grâce aux moyens techniques que furent le disque ou la bande magnétique, et que sont le CD ou le fichier informatique. Ce livre propose ainsi une ontologie et une métaphysique de ces choses ordinaires, les œuvres musicales rock, contenues dans les objets familiers : les CD ou les lecteurs mp3. Il révèle aussi la finalité de cette ubiquité des œuvres de rock : nous gérons nos émotions en nous passant un CD ou en écoutant notre ipod, en voiture, dans le métro, en travaillant, en dînant, etc. Cette disponibilité de l’œuvre de rock est la conséquence de son mode d’existence. Seule une philosophie conçue comme une ontologie pouvait nous l’apprendre.

Table des matières

Introduction
Qu’est-ce que le rock ?
Qu’est-ce qu’une philosophie du rock ?
La métaphysique des choses ordinaires
L’esthétique n’est pas autonome
Émotions et valeurs

Chapitre premier. — L’ontologie du rock
Programme
Cultures et arts populaires
Les arts de masse, une perspective comparée
L’art de masse et son public
Le rock comme catégorie ontologique
Qu’est-ce qu’une œuvre musicale rock ?
L’enregistrement : une nouvelle poétique
Objections et réponses
Coda

Chapitre II. — Métaphysique des choses ordinaires et ontologie de l’art
Ce qui est réel
Contre l’ontologie de l’art
Ontologie de l’art vs empirisme esthétique
Appréciation esthétique et présupposés ontologiques
Le nihilisme artefactuel
Le problème de la constitution matérielle
Il y a des choses ordinaires

Chapitre III. — Les œuvres d’art comme artefacts
Mode d’existence
L’ameublement du monde
Qu’est-ce qu’un artefact ?
Les œuvres d’art sont-elles des artefacts ?
La réalité des artefacts et des œuvres d’art
Constitution, identité et persistance des œuvres d’art
Les dieux sont dans la cuisine

Chapitre IV. — Le rock en contexte
Non à l’ontologie, oui à la vie ?
Contre l’approche historique
Contre l’approche postmoderne
L’approche sociologique
Ontologie, contexte et performance
Ontologie de la production artistique

Chapitre V. — La maîtrise des émotions
Musique enregistrée et maîtrise des émotions
Musique, émotions et ontologie
Qu’est-ce qu’une propriété émotionnelle ?
La réponse émotionnelle appropriée et la maîtrise des émotions
Maîtrise des émotions et ustensilité des œuvres-enregistrements

Conclusion
Bibliographie
Index nominum

lundi 7 juin 2010

Dictionnaire de la philosophie russe

Françoise Lesourd (dir.)



Parution : juin 2010
Edition : L'âge d'homme
Collection : "Slavica"
Prix : 77 €

Essayer de comprendre les grandes constantes de la philosophie russe, c’est aban­donner certaines représentations habituelles pour un lecteur occidental – non pas dé­couvrir une différence au sens strict, mais une autre répartition des centres d’intérêt. En 1955, Vycheslavtsev écrivait : « Les problèmes fondamentaux de la philosophie universelle sont aussi, bien évidemment, ceux de la philosophie russe. En ce sens, il n’existe pas de philosophie spécifiquement russe. Mais il existe une manière russe d’aborder les problèmes philosophiques universels, une aptitude proprement russe à les vivre et les prendre en charge. »

Ce Dictionnaire contribue à situer la pensée russe par rapport à l’Europe, et cela dès les origines.

Depuis un demi-siècle, le regard porté sur la Russie ancienne (XIe-XVIIe siècles) s’est transformé, permettant de donner toute sa place à une tradition spirituelle moins tournée vers le raisonnement que vers le silence, la contemplation, l’ascèse – tendance également présente en Occident, mais moins exclusive.

On sait qu’en Russie les contraintes de l’histoire (régimes autoritaires, censure, emprise d’une idéologie totalitaire…) ont pesé particulièrement lourd. Elles sont pro­portionnelles à l’ampleur des questions suscitées. Au XIXe siècle, à travers l’histoire d’institutions telles que les universités, on découvre une peur panique de toute pensée, considérée comme une menace pour l’ordre établi. C’est à cause de ces conditions d’existence que le manque d’une philosophie critique se fait sentir au moins jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle. Mais la faiblesse presque constante de la philosophie institutionnelle explique aussi, peut-être, la floraison de théories parfois très surpre­nantes, originales, non conventionnelles – tradition qui se maintiendra au XXe siècle, où sous la chape de plomb du régime soviétique on découvrira un véritable foison­nement idéologique.

C’est au XXe siècle surtout (en URSS ou dans l’émigration) que la philosophie russe rejoint véritablement la conception occidentale de la philosophie. À côté du marxisme ou des vastes systèmes développant la notion d’unitotalité, on rencontre des phéno­ménologues, des existentialistes… qui, cette fois, ne sont pas des imitateurs. Certains rapprochements sont inattendus. On découvre ainsi que Pascal est au coeur de tout un domaine de la pensée russe.

Ce Dictionnaire fait écho à d’autres entreprises : à la monumentale Histoire de la littérature russe publiée chez A. Fayard, qui a montré que tout panorama un peu ex­haustif de la culture russe ne peut ignorer sa philosophie ; au Vocabulaire européen des philosophies, qui a souligné l’apport original de la Russie sur le plan conceptuel. Mais sa visée propre est de relier les différents concepts originaux à la culture et à l’histoire qui les ont forgés. Dans la refonte de l’original russe, on s’est attaché à faire ressortir la spécificité de cette philosophie et de ses conditions d’apparition. On trouvera parfois même certains grands événements dont l’incidence sur le développement ultérieur de la pensée est indiscutable (par exemple les Décembristes).

L’ambition de ce Dictionnaire est de faire pressentir la richesse d’un domaine philosophique qui commence à se découvrir, de dépasser les jugements ou sympathies convenus, pour proposer un travail de compréhension en profondeur, offrant un nou­vel angle d’approche de la culture russe.

dimanche 6 juin 2010

Le premier Lyotard : philosophie critique et politique

Amparo Vega



Edition : l'Harmattan
Date de parution : mai 2010
Prix : 28 €

L'auteur nous propose une étude sur la philosophie critique développée par Jean-François Lyotard (1924-1998), de ses premières réflexions jusqu'à la naissance de la pratique des dérives, au début des années 1970. La question de la critique est centrale dans l'ensemble de la pensée du philosophe et étroitement liée à celle de la politique. Des concepts centraux sont ainsi abordés tels que le désir et la résistance, l'écoute et la dette, l'indéterminé, le totalitarisme, le différend...

ESSAI SUR LA PROBLÉMATOLOGIE PHILOSOPHIQUE

Constantin Salavastru



Editions : L'Harmattan
Date : mai 2010
Prix : 21 €

Dans cet ouvrage l'auteur propose une investigation sur un nouveau concept de la philosophie contemporaine, la problématologie, au centre duquel on retrouve l'analyse du concept de problème et de son corollaire, le questionnement. La première partie de l'ouvrage est une approche théorique sur quelques aspects fondamentaux de la problématologie. La seconde partie est une application du modèle théorique à trois ouvrages fondamentaux de l'histoire de la philosophie : Théétète de Platon, le traité Ethique de Spinoza et L'expérience de la pensée de Heidegger.

Adam ou l'innocence en personne. Méditations sur l'homme sans péché

Jean-Marc Rouvière



Edition : L'Harmattan
Parution : septembre 2009
Prix : 11 €

Quelle serait une humanité préalablement à son basculement dans le péché indélébile ? L'homme non pécheur est-il un homme ordinaire, la tache du péché en moins ? Son existence est-elle la nôtre, la joie béate en plus ? Avec ces méditations sur l'homme encore incapable de pécher, L'auteur poursuit au moyen de la foi et de la raison ses commentaires d'évènements bibliques où se dit la condition de l'homme.

Philosophie n°106 : l'Individu

Stéphane Chauvier, François Schmitz, Vincent Descombes, Julien Rabachou, Frédéric Worms, Marc Pavlopoulos



Les Editions de minuit
Juin 2010
Prix : 10 €

Ce numéro porte sur la question de l'individu. Or loin d'être univoque, elle a été déployée dans des registres problématiques distincts.
La notion d'individualité concerne tout d'abord tout étant en général et relève de l'ontologie formelle ou des ontologies mondaines. Au sein d'un domaine spécifique - domaine idéal des nombres entiers, champ des objets intra-mondains en général, domaine réal des objets de temps, des choses étendues, matérielles, culturelles, des êtres animés, des personnes, etc. –, on se demande quel est le principe d'individuation qui rend compte de la singularité des étants de ce domaine : qu'est-ce qui caractérise l'individualité d'un nombre entier au sein de leur suite indéfinie ? celle d'un objet intra-mondain par rapport à tout autre ? qu'est-ce qui distingue de toute autre une chose spatiale dans le champ sensible, ou un objet culturel dans l'environnement ? La question se subdivise donc en deux, selon que l'on considère la singularité des idéalités formelles d'un champ de pensée, ou celle des objets intra-mondains : la première tâche de dégager les principes purement logiques d'individuation d'un objet de pure pensée, la seconde, de thématiser les principes d'individuation réale des objets mondains (temps, espace, matérialité ou causalité, signification culturelle, système de renvois, etc.). Dans cette perspective, Stéphane Chauvier tente de distinguer deux sens de l'individualité (hénade et monade) corrélatifs à deux modes d'accès aux choses – l'un qui le considère comme une singularisation au sein d'une espèce, l'autre comme une singularité absolue et close sur soi. Et François Schmitz analyse l'argument célèbre de Ramsey discuté par Russell, relativement à la question de savoir si les objets intra-mondains se partagent ou non en deux classes – celle des particuliers et celle des universaux.
La question se complique lorsqu'on la restreint au domaine de l'individualité humaine : est-il possible de penser la singularité d'un individu humain à partir des instruments conceptuels qui ont permis de caractériser celle de l'étant en général (catégories et principes d'individuation), ou bien l'individualité humaine est-elle sui generis et requiert-elle une conceptualité nouvelle ? Ainsi, Julien Rabachou examine la pertinence de modèles ontologiques traditionnels pour penser l'individu humain. Et, partant de la thèse heideggerienne qui distingue l'identité ontologique d'un étant quelconque (Selbigkeit) et l'ipséité d'un être humain (Selbstheit) – alors que l'identité à soi-même d'une chose de la nature est simplement ce qui fait d'elle cette chose, l'ipséité relève de la manière d'être vis-à-vis de soi-même ou de choisir entre être soi-même ou non –, Vincent Descombes s'attache à dégager la confusion grammaticale qui grève implicitement l'analyse heideggerienne : la confusion entre le quis et le quid, l'identification d'un individu et la caractérisation de ses actes. De même, Frédéric Worms réinterroge le rapport entre individu et relation, en se demandant si les relations interindividuelles sont ou non constitutives de l'individualité – ce qui conduit de l'ontologie à l'éthique. Enfin, Marc Pavlopoulos et Andy Hamilton repensent l'individuation humaine à partir de l'expérience interne : quel type d'expérience me permet d'avoir accès à mon Soi et de fixer mon ipséité ?
D. P.

Sommaire

Stéphane Chauvier
L'unique en son genre

François Schmitz
Ramsey : sur la distinction entre particuliers et universaux (1925)

Vincent Descombes
La question de l'individualité humaine

Julien Rabachou
Repenser l’ontologie de l’individu à partir d’un modèle pratique

Frédéric Worms
Les relations entre individus comme fait primitif :
de l’ontologie à l’éthique

Marc Pavlopoulos
« Je » est-il une institution ?

Notes de lecture

vendredi 4 juin 2010

Cahiers de philosophie de l'Université de Caen N° 46 : Les diviseurs de l’être

Études publiées sous la direction de Vincent Carraud et Stéphane Chauvier.



Paru le : 03/06/2010
Editeur : PU de Caen
Prix : 15 €

L’histoire de la métaphysique a été portée par un double mouvement : celui de la recherche d’un sens premier du mot « être », mais aussi celui de la mise en ordre des acceptions subordonnées ou « modifiées » du mot « être ». Or s’il existe une vaste littérature historique et critique sur l’objet premier de la métaphysique, les historiens et les analystes ne se sont en revanche que peu intéressés au statut et au contenu des « diviseurs de l’être », autrement dit des grandes dichotomies qui permettent au métaphysicien d’ordonner la diversité des sens de l’être et de distinguer des types ou des classes d’étants. Ce volume, issu d’un colloque organisé en novembre 2006 à l’université de Caen par l’équipe de recherche « Identité et subjectivité », entend donc faire sortir cette dimension fondamentale de l’histoire de la métaphysique de son occultation. Les contributions qu’il rassemble interrogent le statut logique et la portée ontologique des diviseurs de l’être en même temps qu’elles s’emploient à identifier quelques-unes des divisions que l’on peut dire critiques du point de vue de l’histoire de la métaphysique autant que de ses développements contemporains.

mercredi 2 juin 2010

Le Dernier Homme

Jean-Baptiste de Grainville



Paru le : 02/06/2010
Editeur : Payot
Collection : critique de la politique
Prix : 23 €

Dans L'Oraison funèbre en l'honneur des citoyens tombés le 10 août 1792, Grainville, prêtre constitutionnel, brossait un tableau enthousiaste de l'avenir. "Depuis l'aurore jusqu'au couchant, le Peuple va régner. Le bonheur attend ce moment pour descendre du Ciel sur la Terre... quelque part où les Hommes porteront leur pas, ils y trouveront un Frère et l'abondance." Le même Grainville se suicida en février 1805 - l'hiver du sacre de celui que Fichte appelait "l'homme sans nom" - après avoir écrit Le Dernier Homme. Cette oeuvre, le poème de "la mort du monde" selon Michelet, sera publiée la même année par Bernardin de Saint-Pierre.

Que convient-il de percevoir dans ce renversement, dans ce saut du règne de la liberté à l'épuisement du monde et des hommes ? Charles Nodier, Jules Michelet, Raymond Queneau, d'autres encore, prêtèrent toute leur attention à ce texte - qualifié par certains de chef-d'oeuvre méconnu - qui décrit les aventures d'Omégare, le bien nommé Dernier Homme, entre l'Europe et l'Amérique dans un monde proche de sa fin où règnent ruines et stérilité. Le Dernier Homme peut se lire comme l'effet métaphorique de la Révolution française. N'associe-t-il pas la clôture de l'événement à la fin d'un monde et à l'avortement d'un monde nouveau ?

Très sensible à l'énigme de l'oeuvre à sa pluralité de sens, Anne Kupiec, dans une postface très informée, poursuit le thème du dernier homme et de ses métamorphoses, à travers la modernité post-révolutionnaire de Mary Shelley jusqu'à Nietzsche. Grâce à une lecture attentive, elle parvient à rendre sensible l'étrangeté d'un texte qui défie toutes les catégories où la critique cherche à l'enfermer. C'est ainsi qu'Anne Kupiec parvient à faire apparaître comme une oscillation entre un monde de malheur en proie à une inéluctable stérilité - une "expérience du gouffre" - et une dimension utopique voilée qui prend la forme d'un avenir ouvert, d'une aurore indéterminée.

On comprendra aisément à lire Grainville que cet "étrange rêveur" puisse prendre place aux côtés d'un autre poète bouleversé par l'ébranlement révolutionnaire, celui que B. Pautrat appelle un "astre énigmatique", William Blake.

mardi 1 juin 2010

La philosophie du soin. Ethique, médecine et société

sous la direction de Lazare Benaroyo, Céline Lefève, Jean-Christophe Mino et Frédéric Worms



Edition : PUF
Parution : mai 2010
Prix : 35 €

Le soin ne désigne pas seulement un domaine particulier de l’activité médicale, au sens où l’on parle par exemple des soins infirmiers ou des soins palliatifs. Il ne correspond pas non plus à un « supplément d’âme » de la médecine, mais il en constitue une, sinon la finalité essentielle. Car le soin est aujourd’hui le point où s’articulent la médecine, l’éthique et la société dans leur ensemble, à la fois dans les expériences, les pratiques et les institutions. Partout, le soin est une référence, un souci et une valeur, parfois un prétexte et un leurre, toujours un problème. Le but de cet ouvrage est de décrire et d’interroger le soin sous tous ses aspects et à partir de disciplines et d’approches différentes dans les champs de la médecine, de la philosophie et des sciences sociales. Destiné aux philosophes, médecins, citoyens, soignants mais aussi soignés que nous sommes ou serons tous un jour, il fait apparaître combien le soin nous aide à penser au plus près le moment actuel.

Table des matières


Présentation

Les contributeurs

Avant-propos, par Dominique Lecourt

Introduction, par Lazare Benaroyo, Céline Lefève, Jean-Christophe Mino, Frédéric Worms

Première partie. — Éthique
Vers un moment du soin ? Entre diversité et unité, par Frédéric Worms
Éthique et herméneutique du soin, par Lazare Benaroyo
Narration et accompagnement : accéder au monde de l’autre, par Catherine Draperi
Aux sources de l’éthique : les enjeux psychiques de la relation de soin, par Simone Korff-Sausse
L’éthique du care : entre sollicitude et soin, dispositions et pratiques, par Fabienne Brugère
Quelle tâche pour une éthique du soin aujourd’hui ? Assurer l’articulation du sémantique et du pragmatique, par Jean-Philippe Cobbaut

Deuxième partie. — Médecine
La relation de soin doit-elle être une relation d’amitié ?, par Céline Lefève
« Who cares? » Quelle attention au malade dans la relation thérapeutique ?, par Claire Marin
Prendre soin dans « la relation endeuillée », par Catherine Dekeuwer
Le soin comme accompagnement et facilitation de l’individuation avec la maladie chronique, par Philippe Barrier
Vécu de la parole en réanimation : complexité et ambiguïtés de la relation soignants-soigné/famille, par Nancy Kentish-Barnes
« L’humanité », enjeu majeur de la relation médecin/patient. Y a-t-il une violence intrinsèque à la situation de soin ?, par Marie Gaille et Nicolas Foureur
Médecine contemporaine et disposition au soin, par Alain-Charles Masquelet

Troisième partie. — Société
Dire ou ne pas dire… Quand informer c’est aussi soigner, par Jean-Christophe Mino
Du sens unique au sens interdit. Les malades et l’épreuve de la maladie, par Sylvie Fainzang
Care et institutions : quels regards sur le style organisationnel et le soin aux personnes ?, par Nathalie Zaccaï-Reyners
Une médecine active : comment le travail prend valeur thérapeutique, par Marie-Odile Frattini
La volonté de soigner. D’un singulier désir de soin dans les politiques pénales, par Claude-Olivier Doron
L’expérience vécue de la maladie, par Guillaume Le Blanc