mercredi 20 janvier 2016

Gaëlle Fiasse : Amour et fragilité. Regards philosophiques au cœur de l'humain

Hermann - Janvier 2016 - Kairos


Quelles sont nos fragilités ? Comment les distinguer ? Nous aident-elles à aimer ou, au contraire, sont-elles un obstacle à la rencontre d'autrui ? La philosophe répond à ces questions en situant les fragilités qui nous habitent et qui forment notre être profond. Elle s'arrête aussi aux fragilités plus subtiles, qui restent parfois cachées, mais qui nous font bien souvent souffrir. Elle nous guide enfin vers celles qui mettent en jeu nos désirs de réciprocité, nos langages de l'amour et nos défensives psychologiques. Dans la dernière partie du livre, l'auteur va à la rencontre de personnes fragilisées par le handicap ou la maladie. Qui n'a pas accompagné un être cher à l'hôpital jusqu'au moment de la séparation ultime ? A partir d'exemples concrets, de principes philosophiques de l'Antiquité et de la philosophie contemporaine, Gaëlle Fiasse nous livre une analyse capable de rejoindre tous ceux et celles qui portent une attention particulière à la fragilité de l'être humain.

Gaëlle Fiasse est docteure en philosophie, chercheuse en éthique fondamentale et professeure agrégée de l'Université McGill à Montréal. Ses travaux ont notamment été publiés dans des revues académiques européennes et américaines. Elle a écrit L'autre et l'amitié chez Aristote et Paul Ricoeur. Analyses éthiques et ontologiques (Louvain, Peeters, 2006) et elle a dirigé l'ouvrage collectif Paul Ricoeur. De l'homme faillible à l'homme capable (Paris, PUF, 2008).

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mardi 19 janvier 2016

Jean-Marie Wipf : Conflit de la raison

Editions Kimé - Janvier 2016 - Collection : Philosophie en cours


Préface de Jean-Luc Nancy

Philosophie doit se faire justice : ce pourrait être la maxime accompagnant un imaginaire blason de Jean-Marie Wipf. S'il n'emploie pas l'expression, il aurait pu le faire et ce qu'elle porte en elle circule partout à travers le texte qu'on va lire. Se faire justice, c'est d'abord se rendre justice à soi-même. C'est aussi exécuter la ou les sentences de justice qui peuvent être prononcées soit à son endroit, soit à celui de ses accusateurs. Cela peut conduire jusqu'au suicide ou bien jusqu'à l'exécution de la partie adverse. On peut enfin comprendre que la philosophie se métamorphose en justice - en scène entière de la justice, y tenant tous les rôles, prévenue, juge, avocate, procureure mais surtout pour finir incarnant la loi elle-même. Ou se reconnaissant comme l'exercice déployé d'une loi qui la dépasse et qui la fonde. Loi par-delà la loi, comme toute loi l'implique, l'exige et le redoute en même temps. Un Dieu sans doute pouvait se concevoir comme créateur et corps de la loi. Mais un Dieu ne se conçoit plus ou s'il se conçoit ce n'est que comme un être imaginaire. Il peut servir d'idée régulatrice, mais certainement pas de loi. La raison doit désormais se juger selon la loi qu'elle est en même temps qu'elle doit s'y soumettre. Il y a donc conflit dans la raison et de la raison avec elle-même. Le célèbre Kampfplatz, le champ de bataille forme le lieu naturel d'un affrontement constitutif de la raison et par là constitutif de la condition foncièrement juridique et judiciaire de la raison. Le philosophe n'occupe plus la chaire du maître mais le siège du juge. D'un juge toutefois qui ne met pas en oeuvre le droit établi à l'intérieur d'un Etat : il doit au contraire donner la loi elle-même. Autrement dit, le conflit est aussi bien le lieu d'instauration de la loi et celle-ci ne met pas proprement fin au conflit : elle ne cesse de le résoudre et de le reconduire car aucune loi ne peut s'établir sinon celle du libre conflit de la raison avec elle-même. Jean-Marie Wipf a pratiquement voué sa vie entière - trop tôt interrompue - de philosophe et d'enseignant à mettre en lumière et en scène l'agitation, l'animation et la ferveur de ce conflit qui se déchaîne et se règle sans fin. C'était en quelque façon le sien, c'était sa passion que de délivrer Kant de ses interprétations froides pour lui rendre - on pourrait dire tout simplement la vie, cette force vitale " sans analogon " dont parle la troisième Critique. La force de Jean-Marie, son tempérament bourru, têtu, affectueux et intransigeant était à l'image (à moins qu'elle n'en fût le modèle ?) de cette vitalité puissante, débordante qu'il éprouvait au sein de la raison, dans la poussée - le Trieb - de son exigence pour l'inconditionné. A l'image d'un règlement kantien délimitant la juridiction légitime de l'entendement par rapport à l'illégitimité métaphysique il veut opposer la poursuite infinie au sein de la raison de son conflit intime et insurmontable en tant que condition même du procès que la raison se fait à elle-même. En instruisant ce procès elle s'instruit toujours plus - et pourtant sans fin - de sa propre condition conflictuelle et judiciaire, de sa situation de juge appelé à faire comparaître devant lui des parties qui s'affrontent en lui.

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lundi 18 janvier 2016

Jean-François Billeter : Esquisses

Editions Allia - Janvier 2016


On fait une esquisse pour saisir rapidement une idée. Ne sont retenus que les traits essentiels, qui permettront de la retrouver aisément, de la reconsidérer ou de la suggérer à d'autres. En cinquante esquisses, l'auteur éclaire le moment historique actuel, la crise dans laquelle nous sommes et le moyen pour tenter d'en sortir : la critique ne suffit plus, il faut des idées neuves, en particulier une façon juste de se représenter l'être humain et ses besoins. Avec l'aisance du pédagogue averti, Billeter retrace la genèse de la crise, l'héritage ambigu des Lumières et tente de faire saisir à son lecteur ce dont le sujet humain est capable en vertu des lois de son activité. C'est de l'homme en tant que sujet qu'il s'agit. Ces esquisses forment un essai philosophique autant que politique. Elles s'inscrivent dans le prolongement des travaux précédents de l'auteur, mais constituent une proposition nouvelle, présentée avec la sobriété et la clarté dont Billeter est coutumier. Elles remettent en cause les grandes questions philosophiques, moins pour les saper que pour leur redonner leur pleine valeur.

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Michel Surya : Capitalisme et djihadisme. Une guerre de religion

Nouvelles Editions Lignes - Janvier 2016 - Lignes


Qu'en est-il de la situation nouvelle qui a résulté des attentats du 7 janvier 2015 ? A entendre les représentants de la pensée critique radicale, une césure opérante a semblé se dégager : ce serait selon que le capitalisme est premier ou second dans l'analyse, que s'établiraient les pensées et se distribueraient les déclarations. Ce qu'on peut dire autrement : ou bien l'anticapitalisme est premier, et il n'y aurait de moyen de penser cette situation que comme l'un des symptômes dont seul le renversement du capitalisme aura raison ; ou bien cette situation témoigne d'autre chose, qui ne menace pas davantage le capitalisme que l'anticapitalisme qui conspire à le renverser. La difficulté qu'on n'a alors vu presque personne aborder : les rapports ne sont-ils pas en train de changer au point que penser selon les termes des puissances respectives du capitalisme et de son opposition ne suffit plus. Une autre puissance émerge qui ravage des territoires entiers, y répandant la terreur (terreur qui n'atteint encore l'Europe qu'épisodiquement), qui n'est sans aucun doute pas moins hostile à l'anticapitalisme qu'au capitalisme lui-même. De là que l'étau se resserre : plus de gauche ou presque, où que ce soit ; un plébiscite au contraire pour un libéralisme sans fard ni frein ; une extrême droite à l'affût et aux portes du pouvoir ; et, enfin, le déferlement d'un archaïsme historique qu'on ne voit pas à quoi comparer sinon à une variante du fascisme.

Michel Surya est philosophe et écrivain, directeur de la revue Lignes. Il a récemment fait paraître L'autre Blanchot : L'écriture de jour, l'écriture de nuit, Gallimard, coll. " Tel ", 2015. Capitalisme et djihadisme est le sixième volume de la série " De la domination ", dont les précédents volumes parus chez Lignes sont : Portrait de l'intermittent du spectacle en supplétif de la domination (2007) et Les Singes de leur idéal (2013).

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Erwin Schrödinger : L'esprit et la matière

Points - Janvier 2016 - Collection : Points Sciences


Précédé de L'élision, de Michel Bitbol

Erwin Schrödinger est universellement connu comme l'un des fondateurs de la théorie quantique. Sa position unique dans l'histoire de la pensée du XXe siècle reste en revanche largement ignorée. L'Esprit et la Matière, publié en 1958, témoigne d'une pensée philosophique et d'options métaphysiques en avance sur son temps. Authentiquement philosophe, et scientifique brillant, Schrödinger était bien placé pour mesurer tout à la fois la nécessité et le coût exorbitant de l'acte fondateur des savoirs objectifs : le retrait ou, plus précisément, l'" Elision " du sujet connaissant. Que cette tension nous paraisse, aujourd'hui, essentielle - comme en témoigne l'essai de Michel Bitbol - montre que la rencontre avec la conception du monde de Schrödinger est désormais possible.

Erwin Schrödinger (1887-1961), pionnier de la théorie quantique, il obtient le prix Nobel en 1933. Passionné par la philosophie depuis son adolescence, il s'y consacre presque exclusivement à plusieurs périodes de sa vie. Michel Bitbol, physicien et médecin, est directeur de recherche au CNRS (CREA / Ecole Polytechnique) et auteur de travaux d'épistémologie de la théorie quantique et de philosophie de l'esprit.

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Georges Bataille : La Part maudite II. L'Histoire de l'érotisme

Gallimard - Décembre 2015 - Tel



L'Histoire de l'érotisme devait être la suite de La part maudite. Essai d'économie générale. Georges Bataille avait un grand projet : élaborer, à partir d'une critique de l'utile, une économie générale qui désaliène l'homme rivé au travail et lui restitue sa «part maudite» – la consumation, libre, gratuite. 
«Je me sens très seul à chercher, dans l'expérience du passé, non les principes mis en avant, mais les lois ignorées qui menèrent le monde et dont la méconnaissance nous laisse engagés sur les voies de notre malheur.» Il fait l'hypothèse d'un temps originaire où le monde se serait donné à l'homme dans un pur rapport d'immanence et d'immédiateté. Le monde était alors l'intime de l'homme, dans un rapport d'excès, de passion : «Le monde intime s'oppose au monde réel comme la démesure à la mesure, la folie à la raison, l'ivresse à la lucidité.» 
Désormais, dans le monde transcendant – ce monde où l'homme rivé au travail s'invente des fins à atteindre hors de lui et dans l'avenir –, l'érotisme permet de redécouvrir la possibilité de dépenses d'énergie sans cette utilité immédiate qui nous asservit. L'érotisme enfièvre, dépense, gaspille. Puisque sur lui seul l'avenir n'a pas de prise, il est «la voie la plus puissante pour entrer dans l'instant».

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dimanche 17 janvier 2016

Hans Blumenberg : Préfiguration. Quand le mythe fait l'histoire

Seuil - Janvier 2016 - Collection : L'ordre philosophique


Dans son livre monumental de 1979, Arbeit am Mythos - Travail sur le mythe, Blumenberg effectuait une sorte de réhabilitation du mythe contre toute approche qui le renverrait à un passé archaïque ou à une forme provisoire vouée à être dépassée par la rationalité scientifique ; mais Blumenberg semblait avoir esquivé le problème de l'usage idéologique du mythe. Quand le mythe préfigure l'histoire aborde de front le cas Hitler et le" mythe nazi" tout en élargissant la question à ce qu'il appelle une logique de la" préfiguration" : dans l'incertitude de l'action historique, le passé, vu comme un réservoir de possibilités que l'on peut répéter, est constitué en mythe. Car l'action historique et la décision politique prennent parfois leur origine très loin du calcul et de la rationalité. Blumenberg révèle notamment comment des figures comme Alexandre le Grand, César et Frédéric II ont servi à légitimer actions et rituels politiques du régime nazi. Il suit les effets de cette mise en scène de l'action et du destin de l'Allemagne, qui finit par constituer un véritable" contre-monde" auquel adhèrent Hitler et son entourage et où des analogies historiques fragiles deviennent des éléments déterminants de la politique étrangère-impériale - voire de décisions stratégiques. Toute une série de" cas impériaux" permettent à Blumenberg de développer une réflexion sur les analogies, les images et les figures qui orientent l'action et les récits historiques.

Né à Lübeck, Hans Blumenberg (1920-1996) a été contraint d'interrompre ses études et de se cacher pour échapper aux persécutions antisémites du IIIe Reich. A partir des années 1960, il publie une série d'ouvrages marquants, consacrés en particulier à l'interprétation de la modernité et à la place du mythe et de la métaphore à l'âge de la science.

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Philippe Fleury : Philosophie de l'histoire et cosmopolitisme

L'Harmattan - Décembre 2015 - Ouverture philosophique


Le cosmopolitisme a subit différentes métamorphoses ; présent chez les Cyniques et chez les Stoïciens, mis en réserve par l'humanisme de la Renaissance, il réapparaîtra en force à l'époque des Lumières. Critiqué par Rousseau, soutenu par Kant, il ne cesse d'être actuel dans la globalisation ou la mondialisation. Sur la scène européenne, il inspire les débats actuels contradictoires des eurosceptiques et des eurofédéralistes. La liaison du cosmopolitisme et de la philosophie de l'histoire s'impose cependant indéniablement dans notre horizon.

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Jean-Luc Evard : Du sensible au sensé

L'Harmattan - Décembre 2015 - Ouverture philosophique


"On se propose de prolonger par ce livre les premières analyses présentées en 2013 dans Métaphonies. Essai sur la rumeur (éditions Conférence). Le discrédit attaché aux phénomènes des rumeurs n'est intelligible que relié aux prises de la perception, autant dire au pli le plus grec de la pensée : au privilège inconditionnel donné au vu, et à l'optique, au détriment non moins massif de l'entendu, de l'ouï et de l'acoustique. Le logos hésite encore entre ses deux destins. Or, qu'advient-il au philosophe qui se risque au pari inverse ?"

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Christian Salomon : La condition corporelle

L'Harmattan - Janvier 2016 - Ouverture Philosophique


La Condition corporelle part du constat que « nous sommes corps » et considère la matérialité la plus « triviale » du corps humain. C'est ainsi l'occasion de mener une enquête historique qui part de la salle de dissection pour visiter ensuite d'autres lieux où le corps humain est placé en situation : le cabinet du philosophe, l'atelier du facteur d'automate, le stade, la bibliothèque... Nous pouvons alors retrouver l'histoire de la constitution du « corps objet » objet de la technique et de la médecine, objet de nouvelles pratiques sociales et nous donner des éléments pour rélféchir aux regards du sujet sur son corps, sur lui-même, sur ce que nous nommons le « corps sujet ».

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Édouard Louis : Pierre Bourdieu. L'insoumission en héritage

PUF - Janvier 2016 - Quadrige


Quel est l’héritage de Pierre Bourdieu aujourd’hui ? Quel apport son œuvre fournit-elle à l’élaboration contemporaine de nouvelles théories et de nouvelles politiques ? La pensée de l’auteur de La distinction continue à servir de point d’ancrage à ceux qui entendent fournir des instruments de réflexion et de critique de la réalité.
Chacun à leur manière, les auteurs de ce recueil montrent à quel point Pierre Bourdieu constitue une source inépuisable pour aborder des sujets aussi divers et actuels que la domination et la reproduction sociale, les rapports de classe, les théories de la reconnaissance et de la justice, l’amour et l’amitié, les luttes et les mouvements sociaux, la politique et la démocratie, etc. Ces textes s’efforcent de mettre au jour ce que Pierre Bourdieu a rendu pensable et visible bien au-delà de la sociologie, c’est-à-dire dans tous les espaces de la création : la littérature, l’art, l’histoire ou encore la philosophie.
Faire vivre Bourdieu, ce n’est pas seulement faire vivre une doctrine. C’est avant tout réactiver une attitude : l’insoumission.

Table des matières

Ce que la vie fait à la politique, par Édouard Louis

La Distinction, œuvre totale et révolutionnaire, par Annie Ernaux

Indisciplines : La domination masculine, par Arlette Farge

Exister socialement. Sur la sociologie et les théories de la reconnaissance, par Geoffroy de Lagasnerie

Lutte de classes, par Frédéric Lebaron

La servitude volontaire. Consentement et domination, entre Spinoza et Bourdieu, par Frédéric Lordon

La voix absente. Philosophie des états généraux, par Didier Eribon

Esquisse d’un idéal-type transversal : le bon garçon, Pierre Bergounioux

A propos des auteurs

Édouard Louis est écrivain et directeur, aux Puf, de la collection « Des mots ».
Il a fait appel pour cet ouvrage à Pierre Bergounioux, Didier Eribon, Annie Ernaux, Arlette Farge, Geoffroy de Lagasnerie, Frédéric Lebaron et Frédéric Lordon.

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samedi 16 janvier 2016

Estelle Ferrarese : Éthique et politique de l’espace public. Jürgen Habermas et la discussion

Vrin - Décembre 2015 - La vie morale


Jürgen Habermas s’est tout au long de son œuvre efforcé de préserver les contenus normatifs de la modernité, les situant à l’origine dans l’espace public et dans la culture. De quelle teneur sont les promesses de la modernité? En quoi sont-elles d’ordre éthique, en quoi sont-elles d’ordre politique? Que signifie le silence qui entoure depuis quelques années dans son œuvre le thème de la culture?
Estelle Ferrarese montre comment, oubliant progressivement la culture, Habermas se concentre sur l’espace public, lieu de résistance auquel il donne une connotation strictement politique, lui prêtant une indétermination fondamentale et une capacité à produire son propre être-ensemble.

Estelle Ferrarese est professeure à l’Université de Strasbourg, où elle enseigne la théorie sociale et politique, et chercheuse au Centre Marc Bloch à Berlin.

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vendredi 15 janvier 2016

Alter N° 23 : Anthropologies philosophiques

Alter - Novembre 2015


L’anthropologie philosophique fait depuis une dizaine d’années l’objet d’un véritable renouveau. On assiste en effet à un retour en grâce, en Allemagne comme en France ou en Italie, de la fameuse « anthropologie philosophique allemande » de l’entre-deux-guerres. Max Scheler, Arnold Gehlen, Helmuth Plessner, Paul Alsberg, autant de noms prestigieux et pourtant passablement oubliés, dont les hypothèses aventureuses (la « néoténie », la « positionnalité excentrique », « l’être lacunaire ») sont à nouveau commentées, prises au sérieux, discutées.
Or il faut se souvenir qu’un tel mouvement a joué un rôle crucial, positivement ou négativement, dans l’histoire de la phénoménologie. Husserl, Heidegger, plus tard Patočka, Merleau-Ponty ou Blumenberg, eurent à prendre position, soit en assumant une certaine « phobie de l’anthropologie », constitutive de la phénoménologie historique, soit pour la surmonter et tenter alors une anthropologie « d’un point de vue phénoménologique ». Ce numéro de la revue Alter entend rouvrir ce dossier pour en explorer les différents aspects et en évaluer, à l’âge de la psychologie évolutionniste ou des spéculations sur le post-humain, toute la portée philosophique.

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jeudi 14 janvier 2016

Enrico Berti et Michel Crubellier (dirs.) : Lire Aristote

Presses Universitaires de France - Janvier 2016 - Collection : Quadrige Manuels


Comment situer la pensée d'Aristote dans l'histoire de la philosophie ? Quel est son apport dans les différents domaines scientifiques ? Quel est l'état actuel de la discussion savante autour de ses oeuvres ? Les traités d'Aristote couvrent l'ensemble des champs de la philosophie : métaphysique, logique et philosophie de la connaissance, esthétique, éthique et politique - à quoi il faut ajouter la philosophie naturelle. Le style du philosophe étant complexe, il est nécessaire d'apprendre à le lire. En effet, à la distance historique s'ajoutent la technicité du vocabulaire, la difficulté propre des problèmes abordés, ainsi que la force et l'originalité des réponses apportées. Les dix-sept études originales rassemblées dans ce volume sont autant de clés pour bien comprendre les problématiques soulevées et les enjeux philosophiques sous-jacents. Le plan d'ensemble de l'ouvrage suit l'ordre traditionnel des traités aristotéliciens. Chaque chapitre est suivi d'une courte bibliographie permettant de prolonger et d'approfondir la réflexion.

Enrico Berti est professeur émérite à l'université de Padoue et membre de l'Accademia Nazionale dei Lincei. Michel Crubellier est professeur émérite de philosophie ancienne à l'université de Lille 3.

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Pascal Chabot : ChatBot le robot. Drame philosophique en quatre questions et cinq actes

PUF - Janvier 2016


Les chatbots sont des intelligences artificielles aux aptitudes conversationnelles développées. On apprit la philosophie à l'un de ces robots, et il fut demandé à un jury de penseurs réputés de répondre à cette question : s'agit-il vraiment d'un philosophe ? Ils décidèrent pour le savoir de l'auditionner.

Pascal Chabot est philosophe. Il enseigne à l'Ihecs (Bruxelles) et est notamment l'auteur de Global burn-out (Puf, 2013) et de L'âge des transitions (Puf, 2015).

Cette fiction a été adaptée pour la scène au Festival Les Inattendues, avec Robin Renucci dans le rôle titre.

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Giuseppe Bianco et Frédéric Fruteau de Laclos : L'angle mort des années 1950 : Philosophie et sciences humaines en France

Publications de la Sorbonne - Janvier 2016 - Collection : La philosophie à l'oeuvre


Les historiens de la philosophie présentent souvent les années 1950 comme une décennie de transition, prise entre la vogue existentialiste et la montée en puissance du paradigme structuraliste. La période équivaut-elle pour autant à un ventre mou de la pensée où se déliteraient d'anciens modèles et se fomenteraient les révolutions futures ? Tout le problème est de savoir si le manque de visibilité dont souffrent les années 1950 provient de la valeur réelle de ce qui s'est alors produit en philosophie : ne s'agit-il pas plutôt d'un problème de focale, dépendant du regard que nous portons sur elle ? Loin d'être une époque vide, ou sans vie, ces dix années souffrent certainement des perspectives qui sont les nôtres, et des angles morts que recèlent ces perspectives. Car les penseurs qui s'affirment alors ne se contentent pas de prolonger leurs prédécesseurs ; ce ne sont pas davantage de simples précurseurs des philosophes à venir. Il est vrai que leurs positions ne se laissent pas subsumer sous la généralité d'une catégorie englobante. Mais elles représentent par là même un ensemble complexe de positions toutes originales. Les auteurs réunis dans cet ouvrage ont eu à coeur d'évoquer quelques-unes des conceptions singulières apparues dans les années 1950. Ils ont pris en considération des efforts avortés ou des constructions achevées, des phénomènes de transferts conceptuels comme des filiations inattendues, des controverses disciplinaires autant qu'interdisciplinaires, que ces ouvertures aient ultérieurement donné des fruits théoriques ou qu'elles n'aient débouché sur rien, tout en méritant d'être reprises aujourd'hui.

Giuseppe Bianco a été Research Fellow à l'Institut d'Etudes Avancées de Paris et Research Assistant à l'université de Warwick. Il a récemment publié Après Bergson. Portrait de groupe avec philosophe (PUF, 2015) et édité La signification du concret. Psychologie et philosophie chez Georges Politzer (Hermann, à paraître début 2016). Frédéric Fruteau de Laclos est maître de conférences en philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre du Centre d'histoire des systèmes de pensée moderne (EA 1451). Il a récemment publié La psychologie des philosophes. De Bergson à Vernant (PUF, 2012) et Emile Meyerson (Les Belles Lettres, 2014). Il a également coordonné avec Corinne Enaudeau l'ouvrage Différence, différend. Deleuze et Lyotard (Encre Marine, 2015).

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Guillaume Payen : Martin Heidegger

Perrin - Janvier 2016


" Le national-socialisme est un principe barbare ", écrit Martin Heidegger dans ses Cahiers noirs, ajoutant : " C'est ce qui lui est essentiel et sa possible grandeur. " Révolutionnaire radical, ayant vu et approuvé le caractère destructeur du nazisme, le recteur de Fribourg a réservé d'autres surprises dans ses journaux philosophiques, dans lesquels il évoque par exemple l'" auto-anéantissement du "juifˮ ". Alors que le philosophe est devenu un objet d'incompréhension et d'horreur, nombre de spécialistes en appellent désormais à l'histoire. C'est cette réhistoricisation que l'auteur a entreprise dans ce livre. Refusant la polémique, l'adoration et la détestation, il s'emploie à comprendre l'homme et le penseur, de l'intérieur et en son temps, par le biais de toutes les sources disponibles : cours, lettres, textes de circonstance, de même que les Cahiers noirs qui suscitent tant d'émoi. Excédant largement le III e Reich, le cheminement de Heidegger fut heurté : il commença par un catholicisme intransigeant, qui laissa la place, après la Première Guerre mondiale, à une volonté farouche de révolution philosophique, terreau dans lequel son nazisme vint jeter de profondes racines qui survécurent à l'effondrement du régime d'Adolf Hitler. De cette biographie se dégage un portrait fait d'ombres et de lumières : grand philosophe, maître, ami ou amant de juifs ou d'étrangers, Heidegger fut aussi un nationaliste antisémite, inquiet de l'" enjuivement " de son peuple et soucieux de son rôle historique prééminent.

Guillaume Payen, historien et philosophe de formation, chercheur associé au Centre Roland Mousnier de la Sorbonne où il enseigne, a soutenu une thèse sur Heidegger dans la période 1889-1933 et publié de nombreux articles.

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Delphine Horvilleur : Comment les rabbins font les enfants. Sexe, transmission et identité dans le judaïsme

Grasset - Octobre 2015


A l’heure des replis communautaires et des identités figées, que signifie appartenir et transmettre ? Contrairement à ce qu’affirment tous les fondamentalismes, la transmission d’un héritage ne doit pas être une réplication à l’identique. Elle dépend d'une infidélité partielle, garante de surgissements inattendus, aujourd’hui comme hier.
Mariant filiation et rupture, la tradition juive ne se renouvelle qu’en étant bousculée et nourrie par sa rencontre avec d'autres ; cela implique l’ouverture à l’Etranger, ainsi que l’ouverture au Féminin. Cet ouvrage est donc d’abord un plaidoyer pour une « religion matricielle » qui, à la manière d’un utérus, est un lieu de fertilisation. Les textes sacrés eux-mêmes y sont fécondés par des lectures inédites.
Illustrant brillamment cette vision ouverte de la religion, Delphine Horvilleur revisite, loin des interprétations convenues, quelques épisodes fameux de la Genèse, notamment Adam et Eve, Caïn et Abel, l'histoire biblique des premiers parents et des premiers enfants de l'humanité. Elle montre aussi sa capacité à repenser les grands problèmes contemporains à partir de la tradition rabbinique. Trois thèmes sont successivement abordés : Comment, selon le judaïsme, se fabriquent un parent, une identité et un désir, c'est-à-dire la possibilité d'enfanter l'avenir.
Procédant avec clarté et humour, citant aussi bien Emile Ajar et Amos Oz que la Genèse et le Talmud, elle conclut son livre par une analogie entre le Texte et le Féminin, dotés d’une même capacité de croître et de multiplier.

Née en 1974 à Nancy, femme rabbin, Delphine Horvilleur exerce au Mouvement juif libéral de France (MJLF) et dirige la rédaction du magazine Tenou a et intervient dans l'émission La Source de vie de Josy Eisenberg sur France 2. Elle a été désignée par le magazine l Express comme une des neuf jeunes intellectuelles françaises constituant la « relève », et nommée « manager de l année 2015 » par le magazine Le Nouvel Economiste. Elle a fait l objet d un documentaire de 52 minutes, diffusé en France et en Suisse, Delphine Horvilleur, Madame le rabbin. Elle est l auteur d un premier livre important et public : En tenue d Eve : féminin, pudeur et judaïsme(Grasset, 2013).

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