dimanche 8 janvier 2012

Deux siècles d’utilitarisme


Malik Bozzo-Rey et Émilie Dardenne (dir.)



Janvier 2012 - Presses Universitaires de Rennes - 18 €

Sous l’impulsion de Jeremy Bentham, le principe d’utilité a été défini comme visant la « maximisation du plus grand bonheur du plus grand nombre ». Cet ouvrage rend compte de la richesse de la pensée utilitariste et de la vivacité du débat qui l’entoure. Il entend proposer une vision pluridisciplinaire approfondie de l’utilitarisme à la fois critique et constructive en questionnant les racines historiques et philosophiques de la doctrine, et en interrogeant son héritage, ses mutations et ses développements contemporains.

samedi 7 janvier 2012

Le zéro et le un. Histoire de la notion d’information au XXe siècle

Sous la direction de : Jérôme Segal



Octobre 2011 - Matériologiques - "Sciences & philosophie" - 29 €

La notion d’information est particulièrement polymorphe, luxuriante même. Ses définitions prolifèrent, son domaine lexical est si vaste que la probabilité que deux spécialistes de l’information (sans plus de précision) évoquant cette notion ne parlent en fait pas de la même chose est très élevée. Nous avons tous une idée vague et courante de que ce terme veut dire, nous utilisons tous ce vocable aux multiples acceptions propres à notre quotidien, tandis que les physiciens et les mathématiciens, entre tentatives de formalisation rigoureuses et multiplications des domaines d’application de l’information, développent sans cesse leur compréhension de ce que certains voient comme une nouvelle catégorie du réel. Les sciences humaines, via notamment les sciences de l’information et de la communication, et la linguistique, ont également contribué à l’inflation conceptuelle et lexicale des usages et significations de ce terme. Quant à la biologie, il est patent qu’elle a incorporé l’information à son socle théorique de manière massive. Cette discipline est sans doute celle où cette notion est des plus discutée, notamment parce que la biologie peut dialoguer avec la physique, l’informatique et les mathématiques via la notion d’information, et parce que le programme génétique, Deus ex machina du fonctionnement cellulaire pendant ces cinquante dernières années, est redevable de fortes critiques issues de théories très stimulantes. Le chapitre 7, véritable essai de 110 pages sur «  l’information et le vivant  : aléas de la métaphore informationnelle  », offre une vision panoramique de cette histoire dense et complexe.
Le livre de Jérôme Segal permet de comprendre les racines historiques et épistémologiques de cette profusion et des confusions qui continuent encore trop souvent à perturber notre perception de la notion scientifique d’information. Il s’interroge également sur l’unité du savoir que certains théoriciens de l’information ont cru fonder sur cette instance du réel qui a véritablement révolutionné le XXe siècle et qui sera sans nul doute un objet scientifique crucial durant le siècle en cours.

Nouvelle édition (ouvrage initialement paru en 2003), augmentée d’une postface d’Antoine Danchin et de 800 liens hypertextes bibliographiques.

jeudi 5 janvier 2012

Une morale pour les mortels. L'éthique de Platon et d'Aristote

Anne Merker


Décembre 2011 - Les Belles Lettres - 39 €

Une morale pour les mortels est une étude d'ensemble de l'éthique de Platon et d'Aristote, à partir de la problématique philosophique qui lui donne corps: la mortalité de l'être humain, source de ses désirs et de leur perpétuelle insatisfaction. Par contraste avec une morale du devoir, on découvre ici une morale qui s'exprime par un « il faut » (δεί, χρή), poussant vers une fin qui puisse répondre au manque (ένδεια) et au besoin (χρεία) qui marquent la condition humaine. À partir de cette problématique sont repris et éclairés tous les concepts et thèses classiques de l'éthique ancienne: la question de la mesure et de l'harmonie, la vertu dans son unité et sa pluralité, le bonheur, le bien, le plaisir, l'amitié, l'amour de soi, la volonté et les autres désirs, l'intention, l'action, et surtout la vérité du paradoxe « nul n'est méchant de plein gré », dont sont exposées la résistance face aux critiques d'Aristote et les conséquences dans le domaine pénal. L'ensemble met en valeur la spécificité de l'être humain décelée par les Anciens: qu'il soit un être tout à la fois désirant et pensant.

La circulation entre les savoirs au siècle des Lumières. Hommage à Francine Markovits

Sous la direction de François Pépin


Janvier 2011 - Hermann - Collection "Histoire des sciences" - 22 €

Cet ouvrage collectif constitue un hommage à Francine Markovits, spécialiste de Diderot et des Lumières, dont l’œuvre a révélé l’importance d’un « ordre des échanges » éclairant les relations entre des domaines que l’on a souvent tendance à séparer. Les diverses contributions de cet hommage concernent les Lumières, avec quelques excursions dans le XVIIe siècle, et s’intéressent à différentes manière de circuler entre les savoirs, que ce soit la philosophie, les sciences de nature, celles de la société et de l’homme. Il est ainsi question d’interprétation de la nature, de médecine et de chimie, mais aussi d’esthétique, d’anthropologie et de politique. Contre la tendance à classer les « disciplines » et à transformer les Lumières en système, les chapitres de ce livre tissent des réseaux de relations complexes, parfois étonnants, qui sont autant de parcours dans la philosophie et les savoirs de l’âge classique. Une question politique demande une théorisation anthropologique, elle-même renouvelée par le scepticisme et spinozisme, les arts se mêlent aux sciences pour façonner une philosophie expérimentale, le matérialisme et l’empirisme se nourrissent de la chimie et de la médecine. Derrière une pluralité de figures (l’aveugle, l’artiste, le savant, le philosophe) et d’auteurs (Rousseau, Spinoza, Montesquieu, Bayle, La Mettrie), se dessine un type de circulation entre les savoirs particulièrement bien mis en valeur par Diderot et l’Encyclopédie.

mardi 3 janvier 2012

Philosophie n°112 : Philosophie animale française

Janvier 2012, Editions de Minuit, 10 €


Sous le titre de philosophie animale, il faut entendre une discipline philosophique d’origine anglo-saxonne dont la réflexion est centrée sur la responsabilité éthique des hommes à l’égard des animaux. Or, s’il n’existe pas vraiment de « philosophie animale française » – les travaux français sur l’animalité s’étant développés dans des perspectives très diverses sans souci d’unification –, certains philosophes français majeurs du XXe siècle ont cependant contribué au renouvellement de la réflexion sur l’animalité. L’ambition de ce numéro est d’en mettre en lumière quelques aspects centraux.



Sommaire

EMMANUEL LEVINAS
Le paradoxe de la moralité (entretien)

CLARE PALMER
« Apprivoiser la profusion sauvage des choses existantes » ? Une étude sur Foucault, le pouvoir et les relations
homme-animal

PATRICK LLORED
Les deux corps sacrifiés de l’animal. Réflexions sur le concept de zoopolitique dans la philosophie de Derrida

BRIAN MASSUMI
Ceci n’est pas une morsure.
Animalité et abstraction chez Deleuze et Guattari

lundi 2 janvier 2012

Le sens du temps et de la perception chez Husserl

Gérard Granel



Décembre 2011 - T.E.R. - 26 €

Le sens du temps et de la perception chez Husserl propose une interprétation générale de la phénoménologie transcendantale qui en traverse les textes fondamentaux: Leçons sur le temps, Ideen I, Philosophie première, Krisis.

Gérard Granel y soumet à lʼanalyse les thèmes conducteurs du husserlianisme (la reconnaissance de lʼintentionnalité de toute forme de conscience et de lʼabsoluité de la conscience intime du temps, lʼexigence dʼintuitivité et de rationalité, etc.), et il procède à une évaluation critique de lʼidée même de constitution transcendantale qui montre que les concepts husserliens dʼimmanence et de transcendance sont grevés par des équivoques quʼHeidegger lèvera dans Être et temps.

dimanche 1 janvier 2012

Schopenhauer et l'inconscient

Jean-Charles Banvoy, Christophe Bouriau, Bernard Andrieu (éditeurs)


Décembre 2011 -  Presses universitaires de Nancy - 15 €

Sont réunis ici des textes issus d'horizons philosophiques très différents, centrés sur la question de l'inconscient dans la pensée d’Arthur Schopenhauer. La perspective ici adoptée est celle de ne pas lire Schopenhauer à partir de Freud, comme s’il n’en était qu’un pâle précurseur, mais d’examiner la théorie schopenhauerienne de l’inconscient pour elle-même, dans ses difficultés, sa richesse, mais aussi sa fécondité. Le présent ouvrage cherche à élucider la place et le rôle de l’inconscient schopenhauerien, encore peu connu, dans l’histoire des théories de l’inconscient et plus largement dans l’histoire de la philosophie contemporaine.

Sommaire

Jean-Charles Banvoy – La notion d'inconscient dans l'œuvre d'Arthur Schopenhauer
Christopher Janaway – La véritable essence de l'Homme : Schopenhauer et la Volonté inconsciente
Marie-José Pernin-Ségissement – Enjeux métaphysiques et religieux de la Volonté « inconsciente » dans la philosophie de Schopenhauer
Christophe Bouriau – Schopenhauer : les inférences inconscientes
François Félix – Entre inconscient psychique et inconscient neuro-cognitif
Peter Welsen – Schopenhauer précurseur de Freud
Bernard Andrieu – La corporéisation du rêve par le cerveau de la Volonté chez Schopenhauer

jeudi 29 décembre 2011

Agonie terminée, agonie interminable. Sur Maurice Blanchot

Philippe Lacoue-Labarthe


2011 - Galilée - "La philosophie en effet" - 26 €

Dans « Le miracle secret », Borges imagine la mort étrange d’un écrivain praguois que la Gestapo arrête en mars 1939 et condamne, au seul prétexte qu’il est juif et qu’il a été dénoncé comme tel, à être passé par les armes. La nuit qui précède son exécution, il a rêvé que la voix même de Dieu lui accorde le temps nécessaire pour achever son travail. Le lendemain à l’aube, entre le moment où les soldats du peloton braquent leurs fusils sur lui et celui de la décharge mortelle, le temps de l’« univers physique » est comme suspendu : l’écrivain remanie et accomplit en secret son « œuvre », à jamais pourtant inachevée.

À la considérer sous l’angle de son ultime « récit » publié, L’Instant de ma mort, et d’un énigmatique fragment « autobiographique » antérieur, « (Une scène primitive ?) », on est peut-être en droit d’estimer que le conte de Borges emblématise assez bien l’œuvre « désœuvrée » de Blanchot, tout entière écrite ou réécrite, achevée inachevable, dans le temps incommensurable qui sépare le 20 juillet 1944, date à laquelle il faillit être fusillé par les nazis (ou telle journée de l’hiver 1914 ou 1915, qui fut celle d’une extase enfantine), et la mort désormais survenue le 20 février 2003 : le temps atemporel de l’agonie native et de la mort immémoriale, « impossible nécessaire », qui aura autorisé la dernière méditation de celui qui avait interrogé sans relâche la Littérature ou l’Écriture dans sa possibilité même.

Ce livre tente de proposer une lecture de ces deux textes. Plus exactement, il les interroge pour mettre à l’épreuve ce qui, à travers la hantise du « mourir », s’est joué quant aux catégories majeures de la fiction et du mythe, du testimonial et du testamentaire, de l’aveu et du secret, de la non-présence à soi et du retrait, de l’autre (éthique) et de l’être-ensemble (politique), etc. Mais surtout quant à ce qu’il faut bien se résoudre à nommer l’écriture posthume de Blanchot.

dimanche 25 décembre 2011

Opus dei archeologie de l'office, homo sacer II, 5.

Giorgio Agemben


Janvier 2012 - Seuil - 19 €

Si la philosophie politique ne se donne pas pour tâche de nettoyer la situation verbale, d'entreprendre une critique radicale de sa tradition et de son vocabulaire, elle se trouve dans une situation qui n'est pas sans rappeler celle que décrivait Pasolini : un homme utilise un horaire des chemins de fer périmé et s'étonne de ne pas voir passer les trains.
Poursuivant l'archéologie entamée dans Le Règne et la Gloire, Giorgio Agamben mène dans ce nouvel ouvrage l'enquête sur la signature théologique des concepts cruciaux de la pensée morale et politique contemporaine. Comment penser l'action aujourd'hui ? Comment articuler action et œuvre ? Alors que ces questions agitent la philosophie morale mais aussi les discussions politiques les plus vives, Giorgio Agamben se tourne vers leur passé théologique.
A partir d'une archéologie de l'Opus Dei - l'Oeuvre de Dieu - et ses notions fondamentales telles que la liturgie, le sacerdoce ou l'office, le philosophe italien montre que l'Eglise a inventé un nouveau paradigme ontologique et pratique dans lequel l'être prescrit l'action, mais l'action définit intégralement l'être. Et ce paradigme " offert à l'action humaine s'est révélé constituer pour la culture séculaire de l'Occident un pôle d'attraction étendu et constant ".


Darwinisme et marxisme

Patrick Tort et Anton Pannekoek



Janvier 2012 - Arkhe editions - 19 €

Au cours de l'année 1909, l'astronome et astrophysicien révolutionnaire hollandais Anton Pannekoek (1873-1960), à l'occasion du centenaire de la naissance de Charles Darwin (1809-1882), publie un essai intitulé Darwinisme et Marxisme. Ce spécialiste reconnu des révolutions cosmiques y interroge la plus grande révolution biologique du XIXe siècle pour tester sa relation possible avec la révolution politique placée par Marx à l'horizon du processus historique. Ce faisant, il affronte un héritage : celui d'une intuition critique de Marx, inscrite dans une lettre à Engels du 18 juin 1862, selon laquelle, en dépit de l'intérêt manifeste qu'offre chez lui un matérialisme naturaliste apte à servir de socle au matérialisme historique, Darwin n'aurait fait en définitive que projeter sur la nature le schéma social de lutte concurrentielle qu'il avait emprunté à Malthus -, ce qui pouvait lui permettre en retour de naturaliser ad aeternum la structure même de la société capitaliste. Les positions anti-malthusiennes exprimées par Darwin en 1871 dans La Filiation de l'Homme donneront tort à Marx, qui a cédé trop tôt au devoir militant de combattre certains "darwinistes bourgeois", et qui ne pouvait en tout état de cause avoir lu en 1862 l'ouvrage au sein duquel Darwin allait exposer ouvertement sa théorie du dépérissement de la sélection éliminatoire au profit des conduites bienfaisantes, coopératives et altruistes dont s'accompagne l'extension indéfinie du processus de civilisation. Pannekoek, lui, a lu La Filiation. Comme il a lu, à l'opposé, Spencer, véritable inventeur de ce que l'on nommera plus tard, malencontreusement, le "darwinisme social". Il en résulte l'idée que Darwin et les "darwinistes sociaux", ce n'est pas la même chose. Et que darwinisme et marxisme ne sont plus incompatibles, mais, effectivement, complémentaires, à condition de pouvoir penser, entre l'histoire de la nature et l'histoire des sociétés, le recouvrement partiel des échelles temporelles et la combinaison connexe des tendances évolutives. Au coeur de cette problématique fondamentale, Patrick Tort, explique, dans son introduction et ses commentaires intercalés, l'intérêt, les enjeux et les limites du travail effectué par Pannekoek autour de ces questions majeures de la pensée contemporaine, et propose des clés pour mieux les comprendre.

jeudi 15 décembre 2011

Philosophie des possessions

Didier Debaise (Ed.)

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Décembre 2011 – Les Presse du Réel – Collection Relectures – 22 €

Edité par Didier Debaise.
Textes de Didier Debaise, Michael Halewood, David Lapoujade, Bruno Latour, Pierre Montebello, Camille Riquier, Isabelle Stengers, Olivier Thiery.

Une série de portraits de penseurs restés en marge des mouvements majoritaires de la philosophie contemporaine, réunis autour du thème de la « possession » : une enquête sur la manière dont les divers modes de possession (toutes opérations par lesquelles des éléments physiques, biologiques, psychiques ou techniques sont intégrés, capturés par un être qui les fait siens) permettent d'envisager des projets de reconstruction métaphysique originaux en dialogue avec des champs d'investigation hétérogènes – de la psychologie expérimentale aux sciences sociales et politiques, en passant par la philosophie de la nature, de la biologie et de la perception.

Tout au long du XXe siècle, une série de théoriciens, plus ou moins minoritaires, introduisent un nouveau genre de questions, faisant directement communiquer la philosophie avec les sciences sociales, la psychologie et l'esthétique. Comment un individu se constitue-t-il par des activités possessives ? Avec quelle intensité un être en possède-t-il un autre ? Quelle est l'étendue spatiale et temporelle de ces possessions ? Et quelles en sont les techniques ?
Ce livre tente, à partir d'une série des portraits – Gabriel Tarde, William James, Alfred North Whitehead, John Dewey, Charles Péguy, Etienne Souriau, Raymond Ruyer et Gilbert Simondon –, de donner une nouvelle actualité à la question de la possession et, par là même, de mettre en évidence une autre scène de la philosophie contemporaine.

Didier Debaise, docteur en philosophie, est chercheur au FNRS et enseigne la philosophie à l'Université Libre de Bruxelles. Il travaille principalement sur les formes contemporaines de la philosophie spéculative et les théories de l'événement. Il est notamment l'auteur d'un livre intitulé Un empirisme spéculatif.

mercredi 14 décembre 2011

Cahiers de lexicologie, n° 99 (2011 – 2) - Lexique et philosophie

Décembre 2011

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Classiques Garnier – 45 €

Le numéro 99 des Cahiers de lexicologieLexique et philosophie – est la contribution de la sémantique lexicale à l’analyse conceptuelle. Il s’articule en trois sections: une générale, concernant les universels, les rapports langue-pensée et individus-catégories en langue; une appliquée, concernant l’expression et la conceptualisation de l’espace, des sentiments et des couleurs, la sémantique de vrai, faux, bien et la notion de norme. Une dernière section présente les perspectives informatiques dans l’élaboration d’ontologies naturelles.

Une autre existence - La condition animale

Florence Burgat

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Janvier 2011 - Albin Michel - Bibliothèque Idées – 24 €

Il faut modifier radicalement notre façon de parler des animaux et reconnaître l'évidence de la condition animale, ne plus penser uniquement par rapport à l'être humain ou par rapport à la nature.
Pour cela, l'auteur propose un parcours critique à travers les philosophies qui ont pensé l'animal. Florence Burgat montre comment l'existentialisme (Sartre et Levinas notamment), plus encore peut-être que la philosophie classique, a liquidé et interdit la question de l'animal. Elle explicite ces positions en développant le thème de l'organisme, non plus en tant que machine mais organisation, et démontre que le sens biologique est autre chose que l'ensemble des parties d'un animal, et qu'il fonde cette conscience animale dans l'angoisse dont les animaux sont atteints.
Elle questionne la condition animale, et s'interroge sur la subjectivité des animaux, mettant en évidence leur pensée, leur résistance, avant d'attaquer les traitements inhumains et indifférents qui leur sont souvent réservés, dont elle dénonce l'idéologie sous-jacente. Enfin, avec l'évidence de la pratique de l'art chez les animaux, l'auteur propose une réflexion sur le symbolique et sur la capacité à symboliser, montrant, pour conclure, que les animaux sont " sujets d'une vie ".
Une invitation à dépasser le cadre de la compassion pour fonder notre changement d'attitude sur la base d'une phénoménologie de l'existence animale, ce qui a des conséquences également sur notre façon d'appréhender la vie humaine.

La République de Platon

Alain Badiou

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Janvier 2011 – Fayard – 25 €

La République de Platon est peut-être le texte le plus connu, le plus traduit et le plus commenté de toute l’histoire de la philosophie.
Mais comment restituer la vérité de cette œuvre aujourd’hui, 2500 ans après sa rédaction? Alain Badiou a choisi d’inventer un genre nouveau pour rendre au texte de Platon son universalité et sa vivacité sans passer par un commentaire critique. Il a traduit l’œuvre à partir de l’original grec et a procédé à quelques changements afin de l’adapter à notre temps. Tout d’abord, il a supprimé toute référence aux particularités de la société grecque antique, des interminables développements sur la valeur morale des poètes aux considérations politiques destinées par Platon à la seule élite aristocratique (les mesures révolutionnaires que Platon réserve aux seuls « gardiens » de la cité valent, sous la plume de Badiou, pour tous les habitants du pays).
Il a élargi les références culturelles : la philosophie fait feu de tout bois, ainsi Socrate et ses compagnons connaissent-ils Beckett, Pessoa, Freud et Hegel. Ils  réalisent l’actualité intemporelle de toute philosophie véritable, propre à s’ajuster à son époque. Enfin, Badiou, par ailleurs dramaturge, a fait du dialogue socratique une véritable joute oratoire : dans cette version de la République, les interlocuteurs de Socrate ne se contentent pas d’approuver ce qu’énonce le Maître.
Ils lui tiennent tête, le mettent en difficulté et livrent ainsi une pensée en mouvement. Grâce à ce travail d’écriture, d’érudition et, avant tout, de philosophie, Alain Badiou donne à lire pour la première fois une version absolument contemporaine, vivante et stimulante du texte de Platon. (Présentation de l’Editeur)

Le Travail sans fin. Discours et représentations à l’oeuvre

RAISON PUBLIQUE N°15 - DOSSIER COORDONNÉ PAR SYLVIE SERVOISE

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Décembre 2011

Le thème de la fin du travail traverse de multiples horizons. De la promotion d’une automatisation toujours plus avancée de la production à l’affirmation d’un « droit à la paresse », en passant par la critique écologiste du productivisme et de la société de consommation, il exprime une diversité de perspectives qui pourrait nous faire perdre de vue l’unité d’un questionnement qui interroge fondamentalement la valeur travail telle qu’elle se pose et se pense aujourd’hui. Bien loin de constituer un vecteur d’émancipation et d’humanisation, le travail serait en effet devenu cette forme d’aliénation dont il est souhaitable de se libérer. Un monde sans travail serait-il alors l’utopie de notre temps ?

Très influente dans les années 1980 et 1990, une telle perspective se nourrissait alors d’un diagnostic alarmant et juste quant à la dégradation du marché de l’emploi et des conditions de travail. Si le travail pouvait avoir un sens, nul doute qu’en auraient raison le chômage de masse, la précarisation de l’emploi et la montée en puissance d’un discours managérial intégralement soumis, au nom d’une concurrence mondialisée, à des impératifs de rentabilité économique toujours plus contraignants. Cette perspective n’épuisait toutefois pas le sens de ce qui survenait alors dans ce domaine. La raréfaction de l’emploi, la mise en cause de la condition salariale, la détérioration des conditions de travail, bien loin de le déstabiliser comme valeur et comme statut, ont entraîné son fort réinvestissement social, politique, intellectuel et culturel. Critiqué, le travail semble de fait n’avoir jamais été autant désiré. Dans le contexte de ces transformations, quel sens conserve le travail ?

C’est à ce niveau que le présent dossier se situe. Comment la question des finalités du travail est-elle appréhendée dans les discours et représentations ? Comment les sciences sociales, la philosophie, la littérature, les documentaires, les arts en général, la prennent-ils en charge, la nuancent-ils, la reconfigurent-ils ? Dans l’espace de la réflexion ici menée, tous les types de discours et d’écriture, tous les genres et toutes les disciplines ne sont pas représentés. Les chemins explorés – de la littérature au documentaire en passant par l’histoire des idées et la philosophie – offrent cependant un aperçu saisissant des problèmes que le travail pose aujourd’hui et des interrogations auxquelles il donne lieu.

samedi 10 décembre 2011

Sur l'Etat. Cours au collège de France (1989-1992)

Pierre Bourdieu


Janvier 2011 - Seuil - 29 euros

Transversale à l'oeuvre de Pierre Bourdieu, la question de l'Etat n'a pu faire l'objet du livre qui devait en unifier la théorie.
Or celle-ci fournit à bien des égards la clé d'intégration de l'ensemble de ses recherches. Etudier cet " objet impensable ", c'est en effet appréhender le lieu d'où, dans les sociétés modernes, tous les pouvoirs tirent en dernière instance leur légitimité et leur autorité. Dévoilant les illusions de la " pensée d'Etat ", vouée à entretenir la croyance en un principe de gouvernement orienté vers le bien commun, comme celles de l'" humeur anti-institutionnelle ", qui résume la construction d'un appareil bureaucratique à une fonction de maintien de l'ordre social, Pierre Bourdieu montre que cette " fiction collective " aux effets bien réels est à la fois le produit, l'enjeu et l'espace ultimes de toutes les luttes d'intérêts.
Mais, à rebours de sa réputation de théoricien ardu, cette transcription donne aussi à lire un " autre Bourdieu ", d'autant plus concret et pédagogue qu'il livre sa pensée en cours d'élaboration. A l'heure où la crise financière permet à des instances supranationales de hâter le basculement du rapport de force et de condamner, au mépris des démocraties, les services publics au démantèlement, cet ouvrage apporte enfin les instruments critiques nécessaires pour assumer, en toute lucidité, un rôle de citoyen.

vendredi 9 décembre 2011

Georges Canguilhem, Œuvres complètes Tome I : écrits philosophiques et politiques (1926-1939)

Préface de Jacques Bouveresse


Vrin, « Bibliothèque des Textes Philosophiques », 2011

Georges Canguilhem fut un personnage majeur dans l’univers intellectuel français de l’après-guerre. Pendant longtemps, sa notoriété a largement reposé sur ses travaux d’histoire des sciences, et ses vues originales sur la technique. Aux yeux de ses disciples, il apparaissait comme un maître dans le maniement rigoureux des concepts, avec une attention particulière aux sciences de la vie et aux pratiques de la médecine.
Depuis une décennie, on a le sentiment que ses écrits et sa personne, au-delà de cette spécialisation de l’exercice philosophique, sollicitent l’intérêt et les recherches de publics nouveaux, dépassant largement les cercles de ceux qui l’ont connu. Le premier volume de ces Œuvres Complètes devrait aider à comprendre ce phénomène : Georges Canguilhem est sans aucun doute un représentant de l’école française d’histoire des sciences, mais cette spécialisation intellectuelle repose sur un engagement philosophique, politique, profond, passionné, parfois virulent, dont va témoigner son engagement dans la Résistance. C’est ce qui devrait apparaître aux lecteurs des textes publiés par le jeune Canguilhem, de 1926 à 1939.
Réunis et présentés par un collectif d’universitaires et de jeunes chercheurs, ces textes sont regroupés en trois parties : l’ensemble des articles de revues, lettres et divers documents de circonstance, le fascicule Le Fascisme et les paysans de 1935, et le Traité de Logique et de Morale, publié à compte d’auteur à Marseille en 1939, avec Camille Planet.