mardi 16 février 2016

Etienne Gilson : L'unité de l'expérience philosophique

Petrus a Stella - Février 2016


Dans ce livre qui n'avait jamais été traduit en français, Etienne Gilson utilise l'histoire de la philosophie comme un outil pour tenter de dégager certaines lois générales de l'esprit humain : L'histoire de la philosophie est au philosophe ce que le laboratoire est au scientifique ; elle montre en particulier comment les philosophes ne pensent pas comme ils le veulent, mais comme ils le peuvent, car les relations mutuelles des idées philosophiques sont tout aussi indépendantes de nous que le sont les lois du monde physique. […] Un homme est toujours libre de choisir ses principes ; mais une fois qu'il les a choisis, il lui faut faire face à leurs conséquences jusqu'au bout  (p. 117). L'auteur examine une série de tentatives philosophiques, depuis le Moyen-Age jusqu'au XXe siècle, et il constate dans l'histoire de la pensée la récurrence de certains enchaînements de phénomènes. A chaque fois qu'un penseur veut philosopher à l'aide d'une science autre que la métaphysique, par exemple la logique pour Abélard, la théologie pour Al Ashari et Malebranche, les mathématiques pour Descartes, la physique pour Kant, la sociologie. Pour Comte, son système aboutit à des impasses, qui elles-mêmes fraient la voie au scepticisme. Nous ne pouvons vivre sans assigner un certain sens à notre existence, ni agir sans assigner un certain but à notre activité. Lorsque la philosophie ne fournit plus aux hommes de réponses satisfaisantes à ces questions, les seuls moyens pour ceux-ci d'échapper au scepticisme et au désespoir sont le moralisme, ou le mysticisme, ou une certaine combinaison des deux (p. 98). L'auteur dégage de ces tentatives une expérience philosophique : seule la métaphysique, science de l'être et de ses propriétés, est à même de mener l'homme à une réelle connaissance philosophique, qui lui permet de tirer de la réalité une authentique connaissance du monde, de lui-même et de Dieu. Car notre commun juge, le voici : c'est la raison, qui est elle-même soumise au jugement de la réalité ; et tous, nous sommes égaux et libres au plus haut point lorsque nous nous plaçons également sous son gouvernement (p. 44). Renoncer à la métaphysique, à cet usage de la raison qui consent à s'ouvrir au mystère de l'être, c'est en fin de compte mutiler la raison elle-même, et de ce fait la science. La condamnation initiale de la métaphysique au nom de la science, que de telles philosophies postulent être le seul type de connaissance rationnelle, atteint invariablement son point culminant dans la capitulation de la science elle-même devant un certain élément irrationnel. C'est là une loi nécessaire, que l'on peut déduire de l'expérience philosophique (p. 259).

Etienne Gilson (1884-1978) fut professeur à la Sorbonne, à l'Ecole pratique des Hautes Études, à Harvard et au Collège de France ; il fut élu a l'Académie française en 1946. Plusieurs ouvrages ont fait de lui l'un des maîtres de l'histoire de la philosophie médiévale. Il a renouvelé l'étude de la pensée de saint Thomas d'Aquin en y dégageant une métaphysique de l'acte d'être. En 1929, il fonda à Toronto l'Institute of Mediæval Studies.

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Jean-Christian Michel : Confidences d'une truite près d'un pont (conte philosophique)

La vie du rail - Février 2016 - Collection : Quai des plumes


Jean-Christian Michel, auteur du Petit dictionnaire philosophique de la pêche à la truite en pédalo, paru en 2013, propose ici un ouvrage unique qui s'inscrit dans la collection Histoires de Pêche. C'est l'histoire d'une truite qui regarde passer l'eau et les hommes et voit apparaître un pont. Une truite étonnante : elle est douée de parole et possède la particularité de ne pas mourir. Alors, comme elle a le temps, elle se met à lire. Car depuis que le monde est monde, dans son fleuve, des mains inquiètes lancent leurs ouvrages à la façon de filets. Cette truite connaît tout des hommes. Elle connaît les pêcheurs, leurs désirs et leurs vies. Elle connaît Orion et le Père François. Elle a connu Kant, Pascal et Jésus Christ... Elle vous a peut-être même connu vous !

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lundi 15 février 2016

Sandra Boehringer et Daniele Lorenzini (dirs.) : Foucault, la sexualité, l'Antiquité

Editions Kimé - Février 2016


La sexualité est l'un des derniers grands chantiers ouverts par Michel Foucault. L'Histoire de la sexualité est une entreprise immense, qui marqua profondément le champ des sciences humaines : dans les deux volumes portant sur l'Antiquité, Michel Foucault allait proposer de nouveaux epistemai aux spécialistes pour aborder les sociétés grecque et romaine, et un nouveau cadre épistémologique pour penser l'érotisme et le processus par lequel l'individu est amené à se reconnaître comme sujet de son désir et de sa propre existence. Qu'en est-il, trente ans après ? Comment définir l'impact dans le champ des sciences humaines des travaux de Michel Foucault sur la sexualité et l'Antiquité, au moment où paraît le volume Subjectivité et vérité - le premier cours de Michel Foucault au Collège de France entièrement consacré à l'Antiquité gréco-romaine ? Et quel est l'usage qu'en font actuellement les anthropologues des mondes grec et romain, vingtcinq ans après l'ouvrage pionnier Before Sexuality : The Construction of Erotic Experience in the Ancient Greek World ? Dans cet ouvrage, il s'agit de comprendre comment les travaux de Michel Foucault ont infléchi les réflexions des chercheur-e-s et des intellectuel-le-s qui s'appuient aujourd'hui sur l'Antiquité dans les champs nombreux que sont l'éthique, les études de genre, la philosophie, l'histoire, l'anthropologie, la politique et la psychanalyse.

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Eric Marion : Lumières arabes et lumières modernes

Editions Kimé - Février 2016


Le présent essai se propose de montrer, en prenant pour fil directeur l'expérience de soi dans l'allégorie philosophique d'Ibn Tufayl, Hayy lbn Yaqzân, que la philosophie arabe, du IXe siècle au XIIe siècle, forme une tradition de pensée vivante et unifiée, trop souvent négligée, s'inscrivant pleinement dans le destin de la métaphysique occidentale et permettant de ressaisir une époque distincte de l'être, qui n'a pas été jusque-là considérée comme telle. D'autre part et inséparablement, il s'agira d'établir que cette tradition philosophique des Lumières médiévales arabes est à la source des Lumières modernes, tout en se distinguant radicalement de celles-ci, et que cet héritage est resté jusqu'alors insuffisamment pensé. La diffusion effective de cette oeuvre charnière au XVIIe en Europe, et l'expérience décisive qu'elle propose, le confirme : Yaqzàn est bien ce philosophe autodidacte qui pense soi-même, sinon par soi-même. Nous espérons ainsi contribuer à ce que Christian Jambet appelle de ses voeux : " l'étude des philosophes 'arabes' serait à faire dans le cadre de l'histoire de la raison, qui est l'histoire de la raison occidentale ". Enfin, mettre en évidence ce rapport entre la falsafa d'un côté, elle-même étant étroitement liée à la révélation coranique, et d'un autre côté ce qui est proprement moderne, pourrait aider à dissoudre bien des préjugés concernant l'lslam. Comme le soutient P. Mégarbané dans ses ouvrages sur deux immenses poètes arabo-musulmans, Al Mutanabbî et Al Ma'arrî : " depuis deux siècles, on discute de savoir si l'islam est compatible avec la modernité. Le verdict de l'époque voudrait que le monde arabo-musulman n'ait de choix qu'entre une modernité étrangère à sa tradition et une fidélité ombrageuse à son archaïsme. La réalité pourrait s'avérer bien différente ". L'étude de la philosophie arabe, non moins que celle de la poésie arabe, nous semble être en mesure de confirmer ce jugement salvateur. Ces motifs et ces raisons nous conduisent à cet essai : esquisser, tenter de proposer une définition des Lumières arabes, définition dont l'élaboration suppose conjointement une élucidation de l'économie de la présence à laquelle elles appartiennent.

Agrégé de philosophie, Eric Marion enseigne la philosophie arabe à l'Université de Dijon.

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Carole Talon-Hugon : Modernité. Une histoire personnelle et philosophique des arts

 Presses Universitaires de France - Février 2016 - Une histoire personnelle


La philosophie de l’art sans histoire de l’art est vide, l’histoire de l’art sans philosophie de l’art est aveugle. Car l’art est fait non seulement d’œuvres, mais aussi de mots pour les dire, de concepts pour les distinguer et de théories pour les penser.
Pourquoi le XIXe siècle a-t-il défendu « l’art pour l’art » ? Pourquoi la musique, la littérature ou la peinture furent-elles si soucieuses de formalisme ? Que signifia la création en 1863 d’un « Salon des refusés » ? Comment évolua le régime économique des arts plastiques ? Telles sont quelques-unes des questions dont traite cet ouvrage et auxquelles on ne peut répondre sans convoquer à la fois les œuvres, les acteurs et les courants, mais aussi les concepts même d’« art » et d’« artiste ». Il analyse donc la production et la réception artistiques de la Modernité au sein de l’atmosphère théorique du XIXe siècle, et étudie notamment l’importance considérable qu’eurent sur le devenir de l’art le Romantisme allemand, la philosophie de Hegel et celle de Schopenhauer.

Spécialiste d’esthétique et de philosophie de l’art, Carole Talon-Hugon enseigne à l’université de Nice-Sophia Antipolis. Elle est présidente de la Société française d’esthétique et directrice de laNouvelle Revue d’esthétique. Aux Puf, on peut lire d’elle Morales de l’art (2009) et L’esthétique(2013). Le présent volume est le quatrième de cette série.

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dimanche 14 février 2016

Georges Gastaud : Lumières Communes. Cours laïque de philosophie à la lumière du matérialisme dialectique (Grande souscription)

Editions Delga - date inconnue


Le prochain livre de Georges Gastaud, en 4 tomes, « Lumières Communes. Cours laïque de philosophie à la lumière du matérialisme dialectique », s’annonce comme un événement éditorial.

Afin d’accompagner cette publication ambitieuse, preuve de la vitalité de la pensée marxiste et progressiste aujourd’hui, nous lançons une grande souscription. Ne tardez donc pas à envoyer votre bon de commande ci-dessous.

Pour commander les 4 tomes et les recevoir à votre domicile, envoyer un chèque de 70 euros (frais de port inclus) à : Editions Delga / 38 rue Dunois / 75 013 Paris

samedi 13 février 2016

Leon-Battista Alberti (1404-1472) : Entretiens sur la tranquillité de l'âme

Seuil - Février 2016 - Collection : Sources du savoir


Leon Battista Alberti (1404-1472) fut à la fois écrivain, théoricien des arts, architecte et... surprenant athlète. Son aisance en tout fut telle que J. Burckhardt vit surgir en lui le type d'" homme universel " qu'illustrera Léonard de Vinci. Mais cet homme dissimulait un être souffrant dont les écrits contiennent aussi des pages d'un profond pessimisme. Sa naissance illégitime dans une famille patricienne en exil explique son perpétuel désir d'excellence et de reconnaissance. Ses relations difficiles avec les humanistes et les artistes florentins furent à l'origine de ces Entretiens sur la tranquillité de l'âme, rédigés en langue toscane vers 1443 et dotés d'un titre latin : Profugiorum ab aenumera libri III. Alberti y rapporte des conversations tenues en sa présence, lors d'une promenade à Florence, par Agnolo Pandolfini et Nicolas de Médicis. Agnolo s'interroge sur les moyens d'éviter les tourments intérieurs ou de s'en libérer. Nourries de lectures classiques, ces réflexions se distinguent par des notes existentielles et une grande liberté de pensée.

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Evelyne Buissière : La Dialectique sans la téléologie. Gentile, Hegel, Adorno

Kimé - Février 2016


La dialectique hégélienne, en tant que négation de la négation, est souvent interprétée comme irrémédiablement téléologique, comme une froide mécanique qui rejette hors du sens toute contingence. Mérite-t-elle pour cela d'être abandonnée ? Si la dialectique est bien ce qui meut tout donné, montrant qu'il ne peut résider en repos en lui-même, abandonner la dialectique revient à se résigner à la factualité et à renoncer à la promesse d'émancipation, de dépassement de ce monde donné, dont la pensée hégélienne est porteuse. Il faudrait alors penser la dialectique sans la téléologie. Mais l'effort de Hegel n'est-il pas déjà de libérer autant qu'il est possible la dialectique de toute téléologie ? De fait, si l'on se tourne vers deux auteurs qui ont critiqué et profondément réformé la dialectique hégélienne - Giovanni Gentile et Theodor Adorno - on se rend compte à l'examen de leur tentative que leur volonté de sauver la totalité de la contingence et leur refus conjoint de toute perspective téléologique conduit la dialectique à, en quelque sorte, s'écrouler sur elle-même. Ces deux formes " d'auto-destruction " de la dialectique montrent ainsi par l'absurde que la téléologie minimale conservée par Hegel n'a pour fonction que de préserver la dialectique. On peut alors interpréter la dialectique plutôt comme principe de détermination que comme moteur d'une téléologie prise en son sens plein ; c'est peut-être ce que nous le suggère la référence à Aristote par laquelle Hegel choisit de clore son Encyclopédie des Sciences philosophiques. La dialectique hégélienne reposerait ainsi sur une téléologie minimale au-delà de laquelle on ne peut aller sans renoncer à la dialectique elle-même.

Evelyne Buissière, née en 1962, agrégée de philosophie, docteur (Paris X), HDR (Nice), enseigne en classes préparatoires au Lycée Champollion de Grenoble. A publié Guido Calogero, Laïcisme et Dialogue (Septentrion, 2007), Giovanni Gentile et la Fin de l'Autoconscience, (Harmattan, 2009).

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Lionel Ruffel : Brouhaha. Les mondes du contemporain

Editions Verdier - Février 2016


Tout a commencé comme une enquête classique, avec l'espoir de déterminer ce que le nom " contemporain " dit de notre rapport au temps, à l'histoire, à l'espace. Mais très vite des myriades de données, parfois contradictoires, se sont imposées. Un véritable brouhaha. On aurait pu les ignorer, faire comme si elles n'existaient pas, et tenter de construire une fiction unitaire qui aurait prétendu dire la totalité de notre identité historique. C'eut été se méprendre sur la dynamique profonde que traduit le nom contemporain. Elle se déploie ainsi : la représentation moderne du monde est débordée de toutes parts par une multiplicité qu'elle ne peut plus contenir, et qui la fait apparaître pour ce qu'elle est : un imaginaire, une illusion ; imaginaire de la distinction, de la séparation, alors que le contemporain propose, lui, un imaginaire marqué par l'indistinction, la déhiérarchisation, la globalisation. Toutes les histoires documentées dans cet essai retrouvent ce mouvement. Ainsi des espaces publics de l'art qui voient la fin du dispositif institution musée d'art moderne au profit des centres d'art contemporain et évoquent par là une manière différente d'habiter le monde. Ainsi du très grand nombre qui ne se laisse plus discipliner dans les concepts politiques hérités de la modernité. D'autres émergent (multitude, publics), prenant mieux en compte la double poussée de la massification et de la différenciation. Ainsi de la production du savoir qui se décentre et s'horizontalise. Ainsi du temps vécu comme une concordance de temporalités à l'ère hypermédiatique. Ainsi de l'imaginaire littéraire, emblématique de la modernité et lié au support-livre, qui intègre un plus vaste régime de publication. Ainsi de la pensée du monde qui est désormais une pensée des mondes. En six stations qui sont autant de mots-clés du contemporain (exposition, médias, controverses, publication, institutionnalisation, archéologie), cet essai s'attache à décrire les transformations actuelles des formes culturelles et des visions de l'histoire.

Né en 1975, Lionel Ruffel est professeur de littérature générale et comparée à l'université Paris-VIII et membre junior de l'Institut universitaire de France (promotion 2011). Il est l'auteur de deux essais : Le Dénouement (Verdier, 2005) et Volodine post-exotique (Cécile Defaut, 2007). Il est par ailleurs codirecteur de la collection " Chaoïd " (Verdier), ancien codirecteur de la revue du même nom, et membre fondateur du collectif " L'école de littérature ".

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Jacques Derrida : Surtout, pas de journalistes !

Editions Galilée - Février 2016 - Collection : La philosophie en effet


Pour point de départ, cette question, cette scène, reprise en charge par Jacques Derrida :
« Qu’est-ce que Dieu a dû dire à Abraham ? Que lui a-t-il nécessairement signifié au moment où il lui a donné l’ordre de monter sur le Mont Moriah accompagné d’Isaac et de son âne, en vue du pire “sacrifice” ? Qu’est-ce qu’il a pu lui dire et devoir lui signifier ? »
et l’éclairage qu’il lui donne :
« On peut avancer, en toute certitude, sans rien savoir d’autre, qu’il a dû lui signifier quelque chose que je résumerai ainsi : “Surtout, pas de journalistes !”. »

Dans cette intervention de 1997 lors d’un colloque à l’Institut néerlandais de Paris (« Religion et Média », organisé par Hent de Vries et Samuel Weber), Jacques Derrida s’emploie à croiser les fils de la médiation et de la religion pour questionner à nouveau la « foi et le savoir » :

« Pas de lien social sans promesse de vérité, sans un “je te crois”, sans un “je crois”. […] Et même pour mentir, pour tromper, pour abuser, il faut que ce “je te crois” ou “je crois à toi” ou “je crois en toi” soit à l’œuvre. Sur le sol de cette croyance nue, les media se construisent, en essayant de reconstituer sans cesse la perception nue de cette expérience du “crois-moi” ? C’est en ce lieu que les discours des religions essaient de refaire leur nid, quelquefois chacune pour sa chapelle et quelquefois dans l’œcuménisme. Qu’est-ce que les trois grands monothéismes ont en commun ? Si ce n’est pas seulement la référence à Abraham (différemment modulée entre les trois), c’est la foi partagée. »

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Sébastien Rongier : Théorie des fantômes. Pour une archéologie des images

Les Belles Lettres - Février 2016


Les fantômes sont partout: dans la littérature comme dans le cinéma, la photographie, la peinture, la philosophie, les sciences, la technologie et même dans notre vie psychique. Mais qu'est-ce qu’un fantôme?
L’essai Théorie des fantômes tente d’offrir une réponse à cette question. Le fantôme est certes une figure de la peur, mais se pencher sur les formes de la revenance, c’est apprendre à penser les images et les formes artistiques. Envisager le fantôme comme mode de définition de l’image, c’est revenir aux sources culturelles de l’image (étymologies, formes artistiques, questions esthétiques et philosophiques).
Qu’est-ce qu’un fantôme? Réponse qui, de Pline à Derrida, de Platon à Spinoza, de Poussin à Hippolyte Bayard, de Homère à Shakespeare, de Hitchcock à M. Night Shyamalan, de Botticelli à Mankiewicz, de Kubrick à Benjamin, d’Aristote à Boccace, de Dante à Oliveira, de Barthes à Alain Cavalier, de Mesmer à Billy Wilder, de Proust au Général Instin, donne les contours esthétiques du fantomatique et des images en s’appuyant sur de nombreuses analyses d’oeuvres littéraires, artistiques et cinématographiques.
Cette hantise de la mort qui traverse les oeuvres et la pensée nous permet d’envisager un acte esthétique fondamental, le fantôme.

Sébastien Rongier est romancier et essayiste, agrégé de lettres, docteur en esthétique, membre du collectif remue.net. Derniers ouvrages parus: Cinématière (2015), 78 (2015).

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Françoise Armengaud : Apprendre à lire l'éternité dans l'oeil des chats. Ou : De l'émerveillement causé par les bêtes

Les Belles Lettres - Février 2016 - Collection : Essai


On peut lire ce livre comme un Bestiaire. Mais en sachant que ce n'est pas tout à fait un Bestiaire. S’il concerne essentiellement « les bêtes », il n’a rien d’encyclopédique ni d’alphabétique. L’ordre qui dispose les chapitres n’est calqué que sur les attitudes humaines. Un vagabondage personnel a permis à l’auteur de rassembler des textes où des écrivains, principalement poètes, disent leur émerveillement devant les animaux, en les honorant de la reconnaissance qui leur est due et en épelant les motifs et les nuances d’un enchantement toujours renouvelé. Pour étayer cette « bible poétique animalière », comme l’appelle Élisabeth de Fontenay, il fallait aussi interroger l’« état d’émerveillement ». Souhaitons que cet ouvrage soit lui-même un émerveillement pour ses lecteurs: qu’ainsi ils entrent en la présence animale.

Françoise Armengaud, normalienne, agrégée et docteur en philosophie, a enseigné à l’Université de Paris X – Nanterre. Elle s’est consacrée à des questions de philosophie du langage: la pragmatique, la poésie, les titres des oeuvres d’art, ainsi qu’à l’analyse des représentations des animaux dans la culture. On lui doit Réflexions sur la condition faite aux animaux (2011), ainsi que Requiem pour les bêtes meurtries. Essai sur la poésie animalière engagée (2015). Elle travaille actuellement comme scénariste.

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Lucien Jerphagnon : Entrevoir et vouloir : Vladimir Jankélévitch

Encre Marine - Février 2016


« Je travaille pour le XXIe siècle. » Bonne raison pour y rendre de nouveau présente cette courte initiation qu'on m'avait demandée au siècle dernier. On était alors dans ces années de l'après-guerre, où par-delà les désastres et crimes imprescriptibles, chacun se refaisait tant bien que mal une santé et un moral, et tentait de redonner un sens à l’humain. Comme tout un chacun, je cherchais des réponses, des solutions, bref, un absolu, et qui - excusez du peu - se serait traduit en mots. Des mots, on en trouvait. La mode était à l’existentialisme, au marxisme, au personnalisme et autres mots en isme. Des mots, des mots, mais d’absolu, point. Tel, du moins, que je m’en faisais l’idée - ou l’image. Jusqu’au jour où me tomba entre les mains un livre de Jankélévitch. Nous étions en 1949: c’était la première édition du Traité des vertus. Et si je ne craignais de pousser un peu loin le pastiche, je dirais que m’advint ce qui était arrivé à saint Augustin à qui l’on avait prêté des textes de Plotin et de Porphyre: ma façon de voir s’en trouvait changée du tout au tout. Je n’aurais de cesse, à mesure que passeraient les années, que je n’aie lu l’oeuvre en son entier. Mais sur le moment, comment aurais-je imaginé que onze de ces volumes me seraient offerts au cours des ans par leur auteur, avec un mot de sa main?

Lucien Jerphagnon, auteur de nombreux ouvrages, a notamment dirigé l’édition des Œuvres de saint Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade.
François Félix, qui est à l’initiative de la présente édition, enseigne la philosophie moderne et contemporaine à l’université de Lausanne.

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jeudi 11 février 2016

Jean-Baptiste Gourinat (dir.) : L'éthique du stoïcien Hiéroclès

PU du Septentrion - Février 2016


Hiéroclès est un philosophe stoïcien méconnu de l'époque impériale. Combinant éthique appliquée et réflexion sur les fondements naturels de la morale, les longs fragments que l'on conserve de lui offrent une image originale du stoïcisme en prise avec bien des débats contemporains. Ils sont tous analysés en profondeur dans cet ouvrage. Négligé par rapport à Sénèque, Epictète ou Marc Aurèle, Hiéroclès aborde pourtant des thèmes cruciaux du stoïcisme : les rapports de l'âme et du corps, la genèse et la spécificité des facultés animales, nos différents devoirs à l'égard des autres (les dieux, nos concitoyens, nos parents, etc.) et leur articulation. Comment les animaux connaissent-ils leurs forces et leurs faiblesses et se conservent-ils ? Devons-nous traiter tous les hommes comme s'ils faisaient partie de notre famille ? Quelle est la spécificité de la relation entre mari et femme ?

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mercredi 10 février 2016

Philosophie Antique n°15 : Questions sur le scepticisme pyrrhonien

PU du Septentrion - Novembre 2015


Édité par Jean-Baptiste Gourinat, Michel Narcy, Thomas Benatouïl

Le dossier de ce numéro porte sur le scepticisme antique et associe des articles de jeunes chercheurs et de chercheurs confirmés pour faire le point sur ce courant philosophie paradoxale, et plus particulièrement sur le néopyrrhonisme d'Enésidème et de Sextus Empiricus. Ce courant se présente comme une philosophie originale, sans doctrine. Peut-il être reconstruit à partir d'autres sources que Sextus Empiricus? Pourquoi cet acharnement à se distinguer de toutes les autres philosophies ? Le scepticisme se considère-t-il même comme une philosophie ? Les sceptiques peuvent-ils utiliser sans contradiction un "critère" pour connaître ou agir ou se réclamer de la seule vie quotidienne contre la philosophie ? Pourquoi Sextus critique-t-il les mathématiques et qu'en accepte-t-il ?
Les articles hors-dossier de ce numéro abordent les rapports entre le cynisme et Platon, la nature de la réflexion antique sur l'économie chez Xénophon et Platon, la question controversée des rapports entre épicurisme et géométrie ou la réception de la notion héraclitéenne de contradiction chez Hölderlin et Heidegger.

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mardi 9 février 2016

Javier Moscoso : Histoire de la douleur. XVIe-XXe siècle

Les Prairies Ordinaires - Octobre 2015 - Collection : Singulières modernités


Des martyrs chrétiens à l’invention de l’anesthésie, de don Quichotte au masochisme, du théâtre de la cruauté à la chirurgie dentaire, des pénitences religieuses à la naissance d’une culture de la sensibilité, et de l’obstétrique à la prise en charge médicale de la douleur chronique, Javier Moscoso livre une étude magistrale consacrée aux transformations du rapport à la douleur en Occident. En s’appuyant sur de très nombreuses sources, philosophiques, médicales, littéraires, iconographiques ou personnelles, il reconstitue les formes à travers lesquelles cette expérience s’est articulée de la Renaissance à aujourd’hui. 

Javier Moscoso est directeur de recherches en histoire et philosophie des sciences à l’Institut d’histoire du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique, Madrid). Il a été chercheur au Centre Alexandre Koyré à Paris, à l’Institut Wellcome d’histoire de la médecine, au département d’histoire des sciences de l’Université de Harvard et à l’Institut Max-Planck à Berlin. Auteur de nombreux articles et d’un ouvrage sur L’Encyclopédie, il a été commissaire d’expositions, en Espagne et dans d’autres pays. La plus récente, SKIN, a attiré plus de cent mille personnes à la Wellcome Collection de Londres.

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Arnault Skornicki : La grande soif de l'Etat. Michel Foucault avec les sciences sociales

Les Prairies Ordinaires - Novembre 2015 - Collection : Essais


Michel Foucault n'est pas réputé être un théoricien de l'Etat, mais un penseur du pouvoir partout où il se trouve (dans l'école, la prison, la caserne, l'usine, l'hôpital). Et pourtant, il apparaît qu'il s'était lancé dans une grande généalogie de l'Etat moderne. Cet ouvrage se propose de dissiper ce paradoxe en démontrant deux choses. Oui, il existe bel et bien une théorie foucaldienne de l'Etat : elle n'est ni systématique ni achevée, mais on peut la reconstituer tant à partir de la fabuleuse richesse des textes de Foucault qu'en le faisant dialoguer avec de grandes entreprises voisines, venues de la philosophie et des sciences sociales : le marxisme, Weber, Elias et Bourdieu, entre autres. Oui, la généalogie est compatible avec la sociologie. Les concepts de biopolitique, discipline, pastorale, gouvernementalité ne sont pas autre chose que des outils pour saisir l'étatisation des rapports de pouvoir, c'est-à-dire les processus de monopolisation politique qui, du Moyen Age à nos jours, sont au principe de nos prétendus Léviathans en Europe. L'Etat ? Non pas le plus froid de tous les monstres froids, ni seulement un grand appareil répressif, mais l'effet et l'opérateur de gouvernementalités multiples, de rationalités hétérogènes, de dispositifs variés. Ceci n'est pas un nouveau livre sur Foucault. C'est un livre sur l'Etat et la possibilité toujours vivante d'en faire une théorie, retrempée dans l'eau acide de la généalogie.

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Manuel Cervera-Marzal : Pour un suicide des intellectuels

Textuel - Février 2016


Une critique radicale des intellectuels mettant en cause la séparation entre réflexion et exécution.
Les débats sur les intellectuels sont souvent vifs en France. Benda, Sartre, Aron, Foucault et Bourdieu ont tous consacré des pages fameuses à l’engagement politique des intellectuels. À partir d’une relecture critique de ces classiques, Manuel Cervera-Marzal, jeune universitaire engagé, n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat sans se laisser aller à l’anti-intellectualisme. 
Provocateur, il cherche à faire réfléchir dans une direction hérétique : la redistribution radicale des tâches de réflexion et d’exécution dans nos sociétés. 
Ce pamphlet, en plus de proposer une critique actualisée des intellectuels, pose de manière originale les bases d’une utopie reconstructrice entre mutualisation des savoirs et construction d’une intelligence collective.
Un point de vue original, associant la polémique à l’imagination utopique.

Manuel Cervera-Marzal est docteur en science politique. Il est attaché d’enseignement et de recherche à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. À 28 ans, ce jeune chercheur a déjà publié 5 ouvrages dontGandhi. Politique de la non-violence (Michalon, collection « Le bien commun », 2015) et Désobéir en démocratie. La pensée désobéissante de Thoreau à Martin Luther King (Aux forges de Vulcain, 2013).

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